Les cadeaux de Noël de la rédaction

Par Anonyme (non vérifié) | lun 01 Décembre 2014 | Imprimer

Quel cadeau de Noël offrir à son meilleur ami ? Et à son meilleur ennemi ? Nos rédacteurs se sont creusé les méninges pour trouver des idées, parfois évidentes, parfois originales, mais toujours judicieuses.  

Le choix de :


Sylvain Fort

A mon meilleur ami, j’offrirai sans aucune hésitation la version magnifiquement repackagée par les éditions de la Philharmonie de Berlin de la Passion selon Saint-Matthieu mise en scène par Peter Sellars, dirigée par Simon Rattle et captée en 2010. Rarement l’intensité de la passion christique aura à ce point marqué les visages, les gestes, les voix, dans un rituel confondant d’intensité et de vérité.
Jean-Sebastian Bach, Passion selon Saint-Matthieu  - DVD Berliner Philharmoniker

A son meilleur ennemi, il est vain d’offrir les nanars discographiques parus cette année ou un abonnement à un théâtre féru de Regietheater : je me contenterai de lui adresser sur une clef USB l’intégrale podcastée des matinées de France-Musique. Machiavélique, non ?


Guillaume Saintagne

A mon meilleur ami, qui ne comprend toujours pas cette manie baroque de mettre en musique quinze fois les mêmes livrets, j'offre le superbe récital d’Anna Bonitatibus consacré au personnage de Sémiramis. Non seulement il y entendra la variété de style des différents compositeurs, de Caldara à Paisiello, mais il verra que les romantiques aussi, au premier rang desquels Rossini, ont cédé à cette mode.

Anna Bonitatibus : Semiramide, la signora regale - CD Sony Music (plus d'informations)

A mon meilleur ennemi, qui est persuadé que l’opéra n’est qu’un ennuyeux musée, j’offre le DVD de Written on Skin qui devrait le convaincre – aussi bien pour la musique que le livret ou les interprètes – , que l’histoire de l’opéra n’est pas close et que la création y a toute sa part.

George Benjamin, Written on skin – DVD Opus Arte (plus d'informations)


Laurent Bury

Mon meilleur ami a bon goût, sinon il ne serait pas mon meilleur ami, mais sa culture musicale ne remonte pas au-delà des cinq dernières années. Sans le moins du monde lui servir la rengaine du « C’était mieux avant », je lui offrirai les disques de la série La Troupe de l’Opéra de Paris, dans laquelle le label Malibran ne cesse de nous proposer d’éblouissantes pépites, grands noms restés dans les mémoires (Bacquier, Crespin, Vanzo) ou immenses artistes scandaleusement oubliés, comme Denise Scharley.

Denise Scharley, La Troupe de l'Opéra de Paris - CD Malibran (plus d'informations)

Cette année, je serai bon avec mon meilleur ennemi. Pour les fêtes, je lui suggère de ne plus faire ses courses de Noël au BHV, mais au PBZ (Palazzetto Bru Zane, alias Centre de musique romantique française). Au lieu des abominables « disques de Noël », il y trouvera des cadeaux sortant vraiment des sentiers battus : ouvrages rares de compositeurs connus (Le Mage de Massenet, Les Barbares de Saint-Saëns) et exhumations totales, comme Les Bayadères de Catel ou l’admirable Dimitri de Victorin Joncières. Aucun risque de doublon : il n'existe aucune version concurrente de ces oeuvres.

Victorin Joncières, Dimitri - 2 CD Palazzetto Bru Zane (plus d'informations)


Nicolas Derny

Fais-toi beau, mon ami, je te sors ! Et pas n’importe où : à La Monnaie, fleuron culturel de la capitale de l’Europe. Comme tu le lisais ici fin octobre, le gouvernement fédéral belge voudrait supprimer l’eau qui accompagne son pain sec – le ministre « compétent » a néanmoins assuré, avec un temps de retard, qu’on s’est ému pour rien et qu’il ne laissera pas faire ; on ne demande qu’à le croire. J’accompagne pour ma part le champagne de ton réveillon d’un chèque-cadeau à valoir sur les spectacles de la maison. De 5 à 739 euros, on en trouve pour toutes les hottes.

La Monnaie, chèques cadeaux, abonnements Duo, Maestro, Donna.

Kitsch, la pochette ultra-photoshopée de ce cadeau de saison ? Tu as beau aimer Renée Fleming avec passion, mon pauvre ennemi, tu n’es pas au bout de ta déconvenue. Car n’est pas Ella qui veut. Arrangements en toc et swing douteux (ou l’inverse), Papa Noël t’a manifestement sur sa grosse dent. A moins qu’il ne devienne dur la feuille, c’est de son âge. Non parce que, franchement, ce duo « popopéra » avec Rufus Wainwright…

Renée Fleming , Christmas in New York - CD Decca (plus d'informations)


Christophe Rizoud

Nous avons, avec mon meilleur ami, écumé les théâtres du monde entier afin d'applaudir ces opéras italiens du premier ottocento que Paris n'aime pas représenter. En souvenir des moments de joie et d'émotion alors partagés, je lui offre Stella di Napoli, l'album que Joyce DiDonato consacre à ce répertoire, trop souvent dédaigné, et qui en vaut d'autres quand il est comme ici chanté dans les règles de l'art.

Joyce DiDonato, Stella di Napoli - CD Erato (plus d'informations)

Pour enterrer la hache d'une guerre somme toute infructueuse, j'invite mon meilleur ennemi à voir et revoir l'Elektra du Festival d'Aix (bien) captée en DVD par BelAir Classiques. A l'issue de deux heures d'un spectacle sans concession, les dernières images de Patrice Chereau acclamé au milieu des artistes par un public enthousiaste nous précipiteront dans les bras l'un de l'autre, réconciliés.

Richard Strauss, Elektra - DVD BelAir Classiques (plus d'informations)


Christian Peter

A mon meilleur ami qui a été impressionné par Les Noces de Figaro dirigées par Teodor Currentzis, j’offrirai sans hésiter le nouvel enregistrement Mozartien du chef grec, Così fan tutte, qui d’après les extraits que nous en avons entendus, promet d’être aussi spectaculaire que le précédent.

Wolfgang Amadeus Mozart, Così fan tutte - 3 CD Sony Classical

A mon meilleur ennemi qui apprécie au plus haut point les productions modernes, voire le regietheater le plus abscons dont il se pique d’avoir compris le message caché du metteur en scène, j’offrirai le DVD du Trovatore de Tcherniakov, ou comment transformer une intrigue complexe où se mêlent rivalité amoureuse et conflit politique sur fond de guerre civile en une sorte de jeu de rôle familial où les personnages s’affrontent autour d’une table. Il va adorer.

Giuseppe Verdi, Il Trovatore - Théâtre Royal de la Monnaie - 1 DVD BelAir Classiques  (plus d'informations)


Maurice Salles

A mon meilleur ami j’offre un bon pour un week-end à Rome où la trinité Jonas Kaufmann, Anja Harteros et Ludovic Tézier devrait faire de l’Aïda en version de concert sous la direction d’Antonio Pappano un moment d’élection !

Giuseppe Verdi, Aida - Accademia de Santa Cecilia, Roma, le 27 février 2015 à 19h30

 

A mon meilleur ennemi, qui bâille au seul nom de Rameau, j'offre la somme savante mais pétrie d’amour que  Sylvie Bouissou a consacrée à ce génie encore trop rare sur nos scènes !

Jean-Philippe Rameau, par Sylvie Bouissou, aux Editions Fayard, 1024 pages, 39 euros

 

 


Fabrice Malkani

À mon meilleur ami, je voudrais offrir, pour le réconforter en cette morne fin d’année, la transparence et la folle allégresse de l’interprétation des Noces de Figaro par Theodor Currentzis. Il ne devrait pas se lasser d’écouter et de réécouter ce fantasque printemps au cœur de l’hiver, avec la Comtesse inattendue de Simone Kermes, le Comte magistral d’Andrei Bondarenko, le Figaro léger de Christian van Horn et la juvénile Suzanne de Fanie Antonelou, sans omettre le charme de Mary-Ellen Nesi en Cherubino.

Wolfgang Amadeus Mozart, Le Nozze di Figaro – coffret CD Sony (plus d'informations)

Mon meilleur ennemi feint d’ignorer Wagner, mais apprécie les épopées en moyen-haut-allemand. Je me réjouis donc de lui offrir le DVD du Parsifal dirigé par Daniele Gatti au Met dans la mise en scène de François Girard tout en lui parlant du Parzival de Wolfram von Eschenbach : sa curiosité n’y résistera pas. Le spectacle est tellement grandiose et l’interprétation tellement exceptionnelle (Jonas Kaufmann, René Pape, Peter Mattei) qu’il pourrait bien réviser son jugement sur Wagner. En tout cas, c’est tout le mal que je lui souhaite.

Richard Wagner,Parsifal - 2 DVD Sony (plus d'informations)


Brigitte Cormier

A mon meilleur ami, dont je partage l’amour des opéras de Haendel, j’offre un délicieux récital par la mezzo anglaise Alice Coote. Une merveille d’équilibre entre virtuosité, précision, et douceur extrême. Ce partenariat exemplaire entre un chef et une chanteuse a pour sommet la scène de folie de Dejanira dans Hercules. Cerise sur le gâteau : un cor confondant de naturel.

ALice Coote, Handel Arias - CD Hyperion (plus d'informations)

Que cela lui plaise ou non, je ne renonce pas à convaincre mon meilleur ennemi des vertus théâtrales du genre « opéra ». Je lui offre Les Contes d'Hoffmann par Laurent Pelly. Comment pourrait-il être insensible à l’incarnation de Michael Spyres, Hoffmann criant de vérité ; rester de marbre devant l’extraordinaire présence de Laurent Naouri dans chacun des quatre diables ; ne pas être fasciné par la poupée Olympia de Kathleen Kim ; enfin, se montrer indifférent au pétillant Nicklaus androgyne de Michèle Losier ?

Jacques Offenbach, Les Contes d'Hoffmann -  DVD Virgin (plus d'informations)


Clément Taillia

Mon meilleur ami aime l’opéra, probablement, mais aussi la nature, les promenades, l’air frais, le confort bourgeois des cités thermales désuètes et la politique monétaire. Je m’attacherai son indéfectible reconnaissance en lui offrant quelques jours à Wiesbaden au moment des Maifestspiele qui s’y déroulent chaque printemps. A quelques encablures de Francfort et de la Banque Centrale Européenne, il s’installera dans le petit théâtre où il pourra entendre des récitals d’Anja Harteros et de Christian Gerhaher, la Norma d’Edita Gruberova, la Tosca d’Adina Aaron, le Lohengrin de Klaus Florian Vogt ou l’Ortrud de Waltraud Meier. Sauf si je décide de conserver ce beau cadeau pour moi…

Maifestspiele, Wiesbaden, du 1er au 31 mai 2015

Mon meilleur ennemi n’aime pas Anna Netrebko. Les quelques cheveux gras qui parsèment encore son crâne épais se hérissent à l’évocation même de la chanteuse. Sa popularité le scandalise. Son glamour l’horripile. Sa beauté l’indiffère. Alors, comme il est parfois utile de complaire même à ceux qui vous sont le plus odieux, j’offrirai à mon meilleur ennemi un plaisir lâche et facile en déposant, sous son sapin de plastique vert, un exemplaire du dernier album d’Anna Netrebko consacré aux Quatre derniers Lieder de Strauss. Il reviendra vers moi, heureux de dire tout le mal qu’il pense de son interprétation, soulignant une par une chaque erreur de prononciation, conscient que, cette fois-ci, je ne pourrai que lui donner raison…

Richard Strauss, Vier letzte Lieder par Anna Netrebko – 1 CD Deutsche Grammophon (plus d'informations)


Jean-Marcel Humbert

A mon meilleur ami, contraint de remettre sans cesse son prochain voyage en Égypte et qui ne s’en remet pas, j’offre un charmant livre-disque, La Caravane du Caire, de Grétry. Non seulement il s’agit d’une très bel objet, joliment présenté, mais les thèmes orientalisants et la Marche égyptienne apporteront du baume à son cœur meurtri. Couché sur des coussins, fumant le narguilé, il ne lui restera, à l’écoute de cette musique à redécouvrir, qu’à se laisser porter par les vapeurs d’encens.

André Ernest Modeste Grétry, La Caravane du Caire, 2 CD Ricercar (plus d'informations)

A mon meilleur ennemi, fan de Maria Callas, j’offre le roman d’Alain Duault, Dans la peau de Maria Callas : écrit à partir de souvenirs déjà édités et cent fois ressassés, ce nouvel ouvrage n'apporte rien de nouveau ni d'intéressant à la biographie de la diva. Mon plus cher ennemi devra donc y superposer ses propres souvenirs et connaissances pour y trouver le moindre intérêt. Nul doute qu’à l’arrivée il ne soit gagné d’une migraine bien méritée.

Alain Duault, Dans la peau de Maria Callas, éd. Le Passeur, 2014 (plus d'informations)


Bernard Schreuders

Vous pensez sans doute que mon meilleur ami doit être le plus ardent des belgicains. Loin de là ! Si j’ai choisi de lui offrir l’enregistrement d’Ulisse all’Isola di Circé de Gioseffo Zamponi, ce n’est pas parce qu’il s’agit du premier opéra composé et créé à Bruxelles (1650), mais bien d’un superbe spectacle de cour dont Leonardo Garcia Alarcón et sa fine équipe savent exalter la magnificence et la théâtralité.

Gioseffo Zamponi, Ulisse all’Isola di Circé. 2 CD Ricercar (plus d'information)

A mon meilleur ennemi, séparatiste rabique, qui en sabrant dans le budget de la Monnaie s’attaque au glorieux symbole d’une Belgique honnie, j’offre une place pour Medúlla. Des solistes aguerris, dont Roberta Alexander et Frode Olsen, revisiteront avec des enfants et adolescents issus des chœurs de l’Opéra l’album du même nom que Björk publiait en 2004. Interpellée par le regain de nationalisme et de racisme apparu après les attentats du 11 septembre, l’artiste cherchait à renouer avec une humanité païenne et ancestrale qui ignorait encore les tensions ethniques, religieuses et politiques.

Björk, Medúlla, intergenerational opera. Théâtre royal de la Monnaie, les 4, 5, 7 et 8 février 2015


Claude Jottrand

A mon meilleur ami, j’offre l’enregistrement du Winterreise de Schubert, chanté par Matthias Goerne avec Christoph Eschenbach au piano. Ultime volume de la série enregistrée par le baryton chez Harmonia Mundi, cet album d’une surprenante intensité vient en concurrencer deux autres faits par le même chanteur mais avec des pianistes différents (Alfred Brendel et Graham Johnson) plus tôt dans sa carrière. Il les surpasse largement : sans effets et sans manières, d’une parfaite sobriété, sombre et muri par le temps, Goerne creuse en lui même et explore les limites de la raison, du côté de ceux qui ont tout compris parce qu’ils ont accepté de tout perdre.

Franz Schubert, Die Winterreise, Matthias Goerne, Christoph Eschenbach - CD Harmonia Mundi

A mon meilleur ennemi, j’offre deux places pour le  prochain récital de Anne-Sofie von Otter à la Monnaie, le 15 décembre.  Ne lui dites pas que la mezzo-soprano suédoise a annulé !

 


Thierry Bonal

A mon meilleur ami j'offre deux places à l'une des représentations d'Aïda de Verdi à la Scala de Milan en février prochain dans laquelle se produit dans le rôle d'Amnéris ma nouvelle égérie : Anita Rachvelishvili.

Giuseppe Verdi, Aida, Scala de Milan, du 15 février au 15 mars 2015

A mon meilleur ennemi j'offre ce miel, soi-disant récolté dans les ruches placées sur le toit du palais Garnier à Paris, afin d'adoucir les vilains propos qu'il tient au sujet de mes artistes de prédilections.

 


Julien Marion

Puisque partout l’heure est à la morosité, mes cadeaux de Noël auront cette année en commun le même répertoire heureux, léger et avenant.

A mon meilleur ami, j’offre sans hésiter le dernier récital de Jonas Kaufmann, Du bist die Welt für mich, consacré à la musique légère allemande des années 1925-1935. En CD ou DVD, comme il lui plaira, c’est un festival qui trouve le beau Jonas à son meilleur, enjôleur comme rarement, prodiguant de sa voix de bronze mille caresses dans ce répertoire si attachant, servi ici dans son jus, pour une fois débarrassé de ses oripeaux kitchissimes. C’est irrésistible, cela irradie d’une bonne humeur conquérante : ce récital devrait être remboursé par la sécurité sociale.

Jonas Kaufmann, Du bist die Welt für mich - Sony Classical (plus d'informations)

A mon meilleur ennemi, j’offre, chez le même éditeur, dans un répertoire similaire (quoique bien moins intelligemment composé) le récital guimauve de Klaus Florian Vogt, intitulé (on se demande pourquoi) « Favorites ». Il devra ainsi subir, tout au long de ce programme sans queue ni tête, une débauche de mièvrerie, à grand renfort de sons blanchis et de poses faussement langoureuses. On veut bien croire qu’en scène, l’intéressé puisse séduire par sa prestance, mais enfin, tout ceci ne doit pas rendre sourd.

Klaus Florian Vogt, Favorites – Sony Classical (plus d'informations)