Avant
tout, la beauté d'un timbre unique. Une clarté exemplaire,
une articulation impeccable, un goût suprême. Alain Vanzo fut
certainement le Prince du chant français, et avec lui disparaît
toute une époque. Epoque malheureusement peu favorable, en France
du moins, à l'Opéra, celle de l'après- guerre. Le
théâtre lyrique était mal considéré,
jugé désuet, mort même. Les années 60, et 70
surtout, verront Vanzo faire triompher le répertoire français
et italien sur les scènes internationales, sans pour autant connaître
la gloire absolue des Domingo ou autres Pavarotti. Il était né
trop tôt, et le prodigieux succès du genre opéra ne
submergera le monde qu'un peu plus tard. Durant ces années un peu
creuses, il porta seul le flambeau de rôles tels que Nadir, Gérald
ou Raoul, fleurons du patrimoine français. Mozart, Donizetti ou
Verdi le tentèrent et il chanta Ottavio, Ashton et Alfredo. Mais
c'est par ses rôles français qu'il restera au Panthéon
du chant du XXème siècle. Personne d'autre que lui n'aura
interprété " Je crois entendre encore " , " Fantaisie aux
divins mensonges " ou " Beauté divine, enchanteresse " de manière
si suave, si hédoniste. Là résidait le secret d'Alain
Vanzo : atteindre l'extase vocale par un usage parfait d'une émission
idéalement contrôlée. Grâce à lui, le
répertoire français a parcouru, indemne, la traversée
du désert de ces décennies infertiles, et connaît actuellement
une éclatante renaissance. Ce n'est pas là le moindre mérite
de cette voix rêveuse...
Bruno Peteers
Deux hommages spontanés...
Quelle douloureuse surprise
d'apprendre le décès d'un artiste beaucoup trop méconnu
en comparaison d'une gloire par trop excessive de certains de ses collègues
de l'époque !
Né en 1928, Alain
Vanzo avait gardé ces dernières années une certaine
fraicheur de timbre ! Il m'a été donné de l'entendre
il y a 4 ans à Nancy lors d'un gala donné en l'honneur de
Jacqueline Brumaire. Alain Vanzo dont la carrière, certes en rien
négligeable, n'a pas pris tout l'envol qu'elle méritait,
a toujours regretté de n'avoir pas été traité
par les médias français (radio et télévision)
sur le meme plan que ses néanmoins amis Placido Domingo et Luciano
Pavarotti. Et pourtant ! Avec lui, s'éteint une période du
chant français ! Il était avec Nicolai Gedda et Alfredo Kraus,
le ténor le plus apte à rendre justice au répertoire
français tout en étant capable de réelles merveilles
dans l'opéra italien ! C'est d'ailleurs dans Lucia di Lammermoor
de Donizetti aux cotés de Joan Sutherland qu'en 1960 à Paris
il accède à la notoriété en obtenant un triomphe
à peine inférieur à celui remporté par la nouvelle
star du Bel Canto. D'ailleurs Richard Bonynge ne se souviendra t'il pas
de lui pour l'enregistrement chez DECCA de Lakmé de Delibes ?
En 1965 c'est aux côtés
de Montserrat Caballé qui accèdait ce soir là au statut
de diva au Carnegie Hall de New York dans Lucrezia Borgia de Donizetti,
qu'il prend à son tour une dimension internationale. Toutefois il
lui faudra attendre 1985 pour faire un retour triomphal à l'Opéra
de Paris dans le rôle principal de Robert Le Diable de Meyerbeer
en alternance avec Rockwell Blake. En effet l'ère Liebermann, axée
essentiellement sur le star- system, n'a pas été très
propice à Alain Vanzo qui dut se contenter des grandes scènes
de province (Lille, Marseille, Toulouse, Nancy, Nice,...) !
Sa voix était très
lumineuse, s'épanouissant à sa belle époque dans un
aigu éclatant jusqu'au contre- ré qu'il savait faire en voix
de poitrine mais qu'il mixait également de façon exquise
! La diction était irréprochable et le style scrupuleusement
respecté !
Sa discographie, trop maigre,
est en grande partie composée au studio de disques d'extraits d'opéras
italiens chantés en français, ce qui peut indisposer ! !
En revanche, presque tout ce que le disque a conservé d'Alain Vanzo
dans le répertoire français est une splendeur !
En fait, Alain Vanzo est
au ténorat français ce que Robert Massard est aux barytons
français ! Et ce n'est pas dans ma bouche un petit compliment !
Au revoir M. Vanzo ! Nous
vous aimions et nous sommes déjà très nombreux à
vous regretter !
Jérôme
Royer
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Je venais justement d'acquérir
ce week- end un enregistrement du Werther de Vanzo à l'Opéra
de paris en 78 où il est merveilleux, peut- être même
le meilleur Werther que je connaisse. Bien que différent, à
tout le moins comparable en qualité aux deux autres ténors
qui, par leur répertoire, lui ont souvent été associé
: Alfredo Kraus et Nicolai Gedda.
La mort d'Alain Vanzo, ce
n'est pas une triste nouvelle "pour le chant français", c'est une
triste nouvelle pour tous les amateurs d'opéra et notamment d'opéra
français.
Au panthéon des ténors,
restera son timbre de velours, ses mezza voce frémissantes, sa chaleur
d'expression. A mon goût, personne n'a jamais aussi bien chanté
Gérald et surtout "Fantaisie, ô divins mensonges", personne
!
Que nous reste-il aussi une
intégrale de son Chevalier des Grieux ou bien encore un enregistrement
sur le vif de 1960 où au Palais Garnier, avec Robert Massard, son
complice de tant d'enregistrements hexagonaux, il donnait la réplique
à une jeune Lucia : Joan Sutherland.
Car Vanzo ne chantait pas
que l'opéra français, on l'oublie parfois. Un soir de 1965,
à Carnegie Hall, dans Lucrezia Borgia, c'est aussi lui qui donnait
la réplique à une chanteuse que le monde entier découvrait
: Montserrat Caballe.
Qui, en outre, a déjà
entendu Alain Vanzo chanter Mozart, Ottavio surtout, sait à quel
point il est regrettable qu'on ne lui ait pas plus proposé ce genre
d'emplois.
Et je pourrais parler longuement
du contre- ut filé de Salut demeure chaste et pure ; de la leçon
de ligne de Je crois entendre encore ; de la fraicheur de ses Vincent,
en 1968, en 1972 et en 1980 encore ; de l'humour de Piquillo ou de Fritz
; de ses innombrables Duc de Mantoue et autres Alfredo, certes en français
mais que n'auraient pas renié Verdi ; de son Don Carlos même,
sur scène et à la radio, que j'aimerais tant entendre en
entier...
Au moment où Camille
appèle notre attention sur un jeune et excellent ténor, Joseph
Calleja, dont la voix m'avait tant fait penser à celle de Vanzo
pour le moelleux du timbre et la maîtrise du mezza voce, voilà
que décède un des ténors les plus subtiles qu'on ait
entendu, c'est triste en vérité.
Xavier
PS : Comme quoi, Jérôme
et moi, sans nous concerté, avons écrit des choses similaires.
D'autres infos : en sus d'extraits
en français d'opéras italiens, Vanzo a beaucoup enregistré
pour l'ORTF des "Soirées lyriques" entouré de Massard, Bacquier,
Micheau, Esposito, Bianco, Guiot et autres Adrien Legos. Chant du monde
en a édité pas mal en CD.
Xavier Luquet
Message initialement publié
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