A C T U A L I T E (S)
 
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(photo : Alain Vanzo)
Adieu au prince du chant français
Alain Vanzo 1928- 2002
Avant tout, la beauté d'un timbre unique. Une clarté exemplaire, une articulation impeccable, un goût suprême. Alain Vanzo fut certainement le Prince du chant français, et avec lui disparaît toute une époque. Epoque malheureusement peu favorable, en France du moins, à l'Opéra, celle de l'après- guerre. Le théâtre lyrique était mal considéré, jugé désuet, mort même. Les années 60, et 70 surtout, verront Vanzo faire triompher le répertoire français et italien sur les scènes internationales, sans pour autant connaître la gloire absolue des Domingo ou autres Pavarotti. Il était né trop tôt, et le prodigieux succès du genre opéra ne submergera le monde qu'un peu plus tard. Durant ces années un peu creuses, il porta seul le flambeau de rôles tels que Nadir, Gérald ou Raoul, fleurons du patrimoine français. Mozart, Donizetti ou Verdi le tentèrent et il chanta Ottavio, Ashton et Alfredo. Mais c'est par ses rôles français qu'il restera au Panthéon du chant du XXème siècle. Personne d'autre que lui n'aura interprété " Je crois entendre encore " , " Fantaisie aux divins mensonges " ou " Beauté divine, enchanteresse " de manière si suave, si hédoniste. Là résidait le secret d'Alain Vanzo : atteindre l'extase vocale par un usage parfait d'une émission idéalement contrôlée. Grâce à lui, le répertoire français a parcouru, indemne, la traversée du désert de ces décennies infertiles, et connaît actuellement une éclatante renaissance. Ce n'est pas là le moindre mérite de cette voix rêveuse...
Bruno Peteers
Deux hommages spontanés...

Quelle douloureuse surprise d'apprendre le décès d'un artiste beaucoup trop méconnu en comparaison d'une gloire par trop excessive de certains de ses collègues de l'époque !

Né en 1928, Alain Vanzo avait gardé ces dernières années une certaine fraicheur de timbre ! Il m'a été donné de l'entendre il y a 4 ans à Nancy lors d'un gala donné en l'honneur de Jacqueline Brumaire. Alain Vanzo dont la carrière, certes en rien négligeable, n'a pas pris tout l'envol qu'elle méritait, a toujours regretté de n'avoir pas été traité par les médias français (radio et télévision) sur le meme plan que ses néanmoins amis Placido Domingo et Luciano Pavarotti. Et pourtant ! Avec lui, s'éteint une période du chant français ! Il était avec Nicolai Gedda et Alfredo Kraus, le ténor le plus apte à rendre justice au répertoire français tout en étant capable de réelles merveilles dans l'opéra italien ! C'est d'ailleurs dans Lucia di Lammermoor de Donizetti aux cotés de Joan Sutherland qu'en 1960 à Paris il accède à la notoriété en obtenant un triomphe à peine inférieur à celui remporté par la nouvelle star du Bel Canto. D'ailleurs Richard Bonynge ne se souviendra t'il pas de lui pour l'enregistrement chez DECCA de Lakmé de Delibes ?

En 1965 c'est aux côtés de Montserrat Caballé qui accèdait ce soir là au statut de diva au Carnegie Hall de New York dans Lucrezia Borgia de Donizetti, qu'il prend à son tour une dimension internationale. Toutefois il lui faudra attendre 1985 pour faire un retour triomphal à l'Opéra de Paris dans le rôle principal de Robert Le Diable de Meyerbeer en alternance avec Rockwell Blake. En effet l'ère Liebermann, axée essentiellement sur le star- system, n'a pas été très propice à Alain Vanzo qui dut se contenter des grandes scènes de province (Lille, Marseille, Toulouse, Nancy, Nice,...) !

Sa voix était très lumineuse, s'épanouissant à sa belle époque dans un aigu éclatant jusqu'au contre- ré qu'il savait faire en voix de poitrine mais qu'il mixait également de façon exquise ! La diction était irréprochable et le style scrupuleusement respecté !

Sa discographie, trop maigre, est en grande partie composée au studio de disques d'extraits d'opéras italiens chantés en français, ce qui peut indisposer ! ! En revanche, presque tout ce que le disque a conservé d'Alain Vanzo dans le répertoire français est une splendeur !

En fait, Alain Vanzo est au ténorat français ce que Robert Massard est aux barytons français ! Et ce n'est pas dans ma bouche un petit compliment !

Au revoir M. Vanzo ! Nous vous aimions et nous sommes déjà très nombreux à vous regretter !
 

Jérôme Royer
Message initialement publié sur le Forum

Je venais justement d'acquérir ce week- end un enregistrement du Werther de Vanzo à l'Opéra de paris en 78 où il est merveilleux, peut- être même le meilleur Werther que je connaisse. Bien que différent, à tout le moins comparable en qualité aux deux autres ténors qui, par leur répertoire, lui ont souvent été associé : Alfredo Kraus et Nicolai Gedda.

La mort d'Alain Vanzo, ce n'est pas une triste nouvelle "pour le chant français", c'est une triste nouvelle pour tous les amateurs d'opéra et notamment d'opéra français.

Au panthéon des ténors, restera son timbre de velours, ses mezza voce frémissantes, sa chaleur d'expression. A mon goût, personne n'a jamais aussi bien chanté Gérald et surtout "Fantaisie, ô divins mensonges", personne !

Que nous reste-il aussi une intégrale de son Chevalier des Grieux ou bien encore un enregistrement sur le vif de 1960 où au Palais Garnier, avec Robert Massard, son complice de tant d'enregistrements hexagonaux, il donnait la réplique à une jeune Lucia : Joan Sutherland.

Car Vanzo ne chantait pas que l'opéra français, on l'oublie parfois. Un soir de 1965, à Carnegie Hall, dans Lucrezia Borgia, c'est aussi lui qui donnait la réplique à une chanteuse que le monde entier découvrait : Montserrat Caballe.

Qui, en outre, a déjà entendu Alain Vanzo chanter Mozart, Ottavio surtout, sait à quel point il est regrettable qu'on ne lui ait pas plus proposé ce genre d'emplois.

Et je pourrais parler longuement du contre- ut filé de Salut demeure chaste et pure ; de la leçon de ligne de Je crois entendre encore ; de la fraicheur de ses Vincent, en 1968, en 1972 et en 1980 encore ; de l'humour de Piquillo ou de Fritz ; de ses innombrables Duc de Mantoue et autres Alfredo, certes en français mais que n'auraient pas renié Verdi ; de son Don Carlos même, sur scène et à la radio, que j'aimerais tant entendre en entier...

Au moment où Camille appèle notre attention sur un jeune et excellent ténor, Joseph Calleja, dont la voix m'avait tant fait penser à celle de Vanzo pour le moelleux du timbre et la maîtrise du mezza voce, voilà que décède un des ténors les plus subtiles qu'on ait entendu, c'est triste en vérité.

Xavier

PS : Comme quoi, Jérôme et moi, sans nous concerté, avons écrit des choses similaires.

D'autres infos : en sus d'extraits en français d'opéras italiens, Vanzo a beaucoup enregistré pour l'ORTF des "Soirées lyriques" entouré de Massard, Bacquier, Micheau, Esposito, Bianco, Guiot et autres Adrien Legos. Chant du monde en a édité pas mal en CD.
 

Xavier Luquet
Message initialement publié sur le Forum
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