La Monnaie étranglée : à qui profite le crime ?

Par Bernard Schreuders | jeu 18 Décembre 2014 | Imprimer

« Quand, en 1983, Mitterrand avait imposé la rigueur, il ne prévoyait que deux exceptions : la culture et la recherche. Car ce sont deux portes pour préparer l’avenir » rappelait hier Guy Duplat dans La Libre Belgique en commentant la politique d’austérité qui frappe aujourd’hui la Monnaie. Or, qui se moque de l’avenir, sinon ceux pour qui la Belgique n’en a plus ? Les séparatistes de la NVA, dont l’indépendance de la Flandre figure en tête des statuts et qui font partie de la coalition au pouvoir, sont ainsi soupçonnés d’être à la manœuvre et de viser à travers la prestigieuse maison d’opéra un des plus brillants symboles de la nation belge. Ce ne serait donc pas Monteverdi, à qui la Monnaie devait consacrer un nouveau cycle dirigé par René Jacobs et inauguré en 2016 avec L’Incoronazione di Poppea, que l’on assassine, ce ne serait ni le baroque ni la danse contemporaine, mais bien la Belgique dont, ironie du sort, un duo d’opéra, « Amour sacré de la patrie » (La Muette de Portici), précipita la naissance il y a 184 ans. « La culture, observe Guy Duplat, est un secteur économique très important (3,8 % de la population active de l’UE, 4,5% de son PIB), un secteur en croissance, qui génère de l’emploi ». Elle devrait donc être, sinon choyée, du moins préservée par un gouvernement qui prétend justement vouloir relancer l’économie et créer des emplois ; mais la culture, ajoute également l’éditorialiste, « peut créer une image de marque pour un pays » avant de conclure : « Michel Ier [le gouvernement du Premier ministre Charles Michel] semble l’avoir bien oublié ». A moins que d’aucuns ne l’aient, au contraire, trop bien compris… 

Partager