Le superbe Roméo de Grigolo au Met

Par Christian Peter | dim 22 Janvier 2017 | Imprimer

Ce samedi 21 janvier le Metropolitan Opera a diffusé dans les cinémas Roméo et Juliette de Gounod dans une nouvelle mise en scène signée Bartlett Sher. Il s’agit d’une coproduction avec la Scala de Milan et le Festival de Salzbourg où elle avait été créée en 2008 avec Rolando Villazon et Nino Machaidze.

Disposé sur un plateau tournant, le décor représente au premier acte la façade sombre d’un palais, ornée d’un balcon sous lequel Roméo viendra guetter l’apparition de sa belle. On l’aura compris, il s’agit d’une vision traditionnelle de l’ouvrage même si le metteur en scène transpose l’action au XVIIIe siècle, ce qui nous vaut de somptueux costumes, notamment les robes très seyantes que porte Juliette. Au troisième acte, le duel a lieu sur une place où se tient un marché tandis que la grande scène du quatre nous montre les deux amants sur un lit gigantesque. Le dernier acte se déroule comme il se doit dans un caveau. La direction d’acteurs est à la fois inventive et vivante ; les duels, en particulier, sont remarquablement réglés.

L’équipe de chanteurs réunie pour l’occasion est d’un niveau superlatif jusque dans les rôles secondaires. Signalons la Gertrude haute en couleurs de Diana Montague​, le Duc autoritaire d'Oren Gradus et le Tybalt vindicatif de Diego Silva. Laurent Naouri est un Capulet au timbre de bronze, particulièrement émouvant lors de la mort de Tybalt. Le baryton canadien Elliot Madore, âgé d’à peine 29 ans, possède déjà une belle présence scénique et des moyens prometteurs comme le montre son air « Mab, la reine des mensonges » impeccablement phrasé. Le frère Laurent de Mikhail Petrenko aux graves abyssaux impressionne autant qu’il émeut.  Membre du Lindemann Young Artist Development Program, la jeune mezzo-soprano française Virginie Verrez campe un Stephano on ne peut plus convaincant. Son air « Que fais-tu blanche tourterelle » joliment nuancé témoigne d’un style pleinement maîtrisé. Diana Damrau effectue une prise de rôle réussie en Juliette, elle confiera même à l'entracte qu'elle préfère ce personnage à celui de Violetta. Si au premier acte la soprano allemande a tendance à minauder et à laisser échapper quelques notes aiguës acidulées, elle se montre par la suite tout à fait à la hauteur de l’entreprise. Sensible et amoureuse lors de la scène « Va, je t’ai pardonné » avec Roméo, elle atteint une grandeur tragique saisissante dans un « Amour, ranime mon courage » déchirant. Dommage que de nombreuses coupures intempestives lors de la retransmission de la scène du tombeau nous aient empêchés d’apprécier pleinement sa prestation. Enfin la performance de Vittorio Grigolo n’appelle que des louanges. De bout en bout, il domine le plateau. Il est Roméo tant sur le plan physique que vocal. Le timbre lumineux dans l’aigu se pare de couleurs sombres dans le grave, l’incarnation est à la fois sobre et juste et le style impeccable, le ténor ayant visiblement gommé certains de ses tics passés. Enfin, si la diction de la plupart des chanteurs est satisfaisante, le français de Grigolo, sans un soupçon d’accent, est irréprochable au point qu’on jurerait qu’il s’exprime dans sa langue maternelle.

Cerise sur le gâteau, la direction enlevée et théâtrale de Gianandrea Noseda contribue à faire de cette retransmission un spectacle fastueux qu’on aimerait retrouver un jour sur DVD.

Le samedi 25 février prochain, c’est encore une nouvelle production que diffusera le Metropolitan Opera : Rusalka  d’Antonín Dvořák avec la superbe Kristina Opolais.