Avec LFP, jamais de ratés !

Gosse de riche - Paris

Par Laurent Bury | mer 19 Avril 2017 | Imprimer

Au fil des saisons, on en vient à se poser cette question existentielle : l’ensemble Les Frivolités Parisiennes serait-il capable de ne pas réussir un spectacle ? Après le succès d’entreprises aussi téméraires ou improbables que la résurrection de Don César de Bazan de Massenet, du Farfadet d’Adolphe Adam ou du Petit Duc de Lecocq, on finit par se demander s’il est possible qu’un jour « LFP » nous déçoive.

En effet, la dernière création du groupe dirigé par Mathieu Franot et Benjamin El Arbi s’inscrit dans une liste toujours plus longue de spectacles suprêmement réjouissants. Et les heureux mélomanes qu’avait ravis Yes ! au Café de la Danse en janvier 2016 pouvaient se douter que Gosse de riche du même Maurice Yvain promettait de semblables délices. Cette comédie musicale de 1924 se situe chronologiquement entre Ta bouche (1922) et Pas sur la bouche (1925). Avec son complice Henri Falk, Jacques Bousquet (scénariste des adaptations cinématographiques de Mam’zelle Nitouche et de Dédé) devait à nouveau collaborer avec le compositeur en 1929 pour Jean V. S’ils n’égalent pas la verve d’un Albert Willemetz, ces deux librettistes n’en surent pas moins offrir à Maurice Yvain une très bonne pièce de boulevard sur laquelle greffer airs et ensembles. Quant à la musique, si elle n’inclut aucun des tubes qui ont fait le succès planétaire de Là-haut, elle est toujours entraînante et, dans les passages sentimentaux, elle égale ce dont était capable Messager à la même époque. Dirigé avec vigueur par Jean-Yves Aizic, qui officiait déjà au piano pour Yes !, le Frivol’ Ensemble assure dans la fosse (ou plutôt au pied de la scène, à la place des premiers rangs d’orchestre).

Sur la très petite scène du Théâtre Trévise, où le spectacle est arrivé après sa création à Saint-Dizier, port d’attache régulier des Frivolités, le décor est réduit à sa plus simple expression, mais l’on apprécie les charmants costumes de Daniella Telle, qui transportent l’œuvre dans les années 1950 ; le texte utilisé semble d'ailleurs être le fruit d’une révision datant de l’après-guerre, car il inclut quelques allusions qui semblent plus liées aux fifties qu’aux Années Folles, à moins que ces adaptations ne soient l’œuvre du dramaturge Christophe Mirambeau. Dénuée de toute vulgarité malgré la pantalonnade de l’intrigue, la mise en scène fait mouche : elle est signée Pascal Neyron, à qui l’on devait déjà la réussite du Farfadet. Il faut préciser qu’elle s’appuie sur une excellente équipe de chanteurs-acteurs grâce auxquels les dialogues parlés passent comme une lettre à la poste.


A. Martin-Varroy, D. Lorthiois, C. Duval, G. Paire, A. Pirie, L. Raud, O. Podesta  © M.-C. Behue

Bien sûr, on retrouve ici quelques artistes associés aux Frivolités Parisiennes depuis plusieurs spectacles. Pour une fois, Charlène Duval hérite d’un rôle dénué de toute extravagance, auquel son interprétation donne malgré tout une grande saveur. On est ravi de revoir Olivier Podesta, déjà irrésistible dans Yes !, et qui confère au personnage de Léon Mézaize le maximum de relief. Alexandre Martin-Varroy faisait lui aussi partie de la distribution de Yes ! et l’on apprécie à nouveau son timbre grave dans ce rôle de père dont il n’a pourtant pas l’âge. Applaudie notamment dans la revue Paris Chéries, Léovanie Raud impose une aisance confondante, et une diction qui permet de ne pas perdre une syllabe de ce qu’elle chante.

Les nouveaux-venus ne passent pas inaperçus. Surtout entendue dans un répertoire sérieux (Armida de Haydn, Don Giovanni...), Dorothée Lorthiois possède un timbre d’une délicieuse fraîcheur et une présence scénique ; dommage seulement que son texte ne soit pas toujours totalement intelligible. Simple comparse dans La Grande-duchesse de Gérolstein adaptée en 2013 par Les Brigands, le baryton Guillaume Paire se montre tout à fait à la hauteur d’une musique plus exigeante qu’il n’y paraît. Mais nous avons gardé le meilleur pour la fin : si l’on ne craignait le risque de blasphème envers les dieux du théâtre, on écrirait que la stupéfiante Ariane Pirie est la réincarnation de Pauline Carton. Extraordinaire baronne Skatinkolovitz, elle fait de chacune de ses interventions un sommet, et l’on n’est pas près d’oublier « Avez-vous compris » ou « Combine », par exemple. Espérons que les Frivolités Parisiennes la réengageront bientôt pour d’autres personnages du même acabit !