
Photo - Benjamin Britten
Benjamin Edward Britten naît à Lowesoft, dans le Suffolk, le 22 novembre 1913, jour de la Sainte Cécile. Benjamin d’une fratrie de quatre enfants, il suit une scolarité normale dans sa ville natale, parallèlement à laquelle il reçoit des leçons de piano, puis également d’alto. C’est par l’intermédiaire de son professeur de piano, Edith Astle, qu’il rencontre à cette époque le compositeur Frank Bridge, son premier professeur de composition, grâce auquel le déjà prolifique Britten (qui avait une centaine d’opus à son actif à l’âge de quatorze ans) apprendra dans un premier temps à discipliner son instinct créatif.
Après avoir complété ses études générales au lycée de Gresham (Norfolk), il intègre le Royal College of Music de Londres, où il a pour professeurs Arthur Benjamin (piano) et John Ireland (composition), dont il dira plus tard qu’il l’avait “tendrement bercé dans une adolescence musicale très difficile”. Britten continue, parallèlement à cela, d’étudier avec Frank Bridge, qui se révèle
d'une influence bien plus forte qu’Ireland, lui faisant découvrir notamment Schönberg et l’Ecole de Vienne, et se rend assidûment au concert, se passionnant pour
Mahler et certaines œuvres de Stravinsky.
Le choc déterminant sera cependant Wozzeck, qui lui fera émettre le désir, après avoir obtenu fin 1932 son diplôme ainsi qu’une bourse de voyage de 100£, d’aller étudier avec Alban Berg, ce que ses parents refusent, sur injonction du Royal College (motif invoqué : Berg aurait été “immoral” et “de mauvaise influence”).
Autre tournant : 1935, année durant laquelle Britten commence à travailler pour la General Post Office Film Unit. C’est là qu’il rencontre notamment W.H. Auden, Christopher Isherwood et le Group Theatre pour lequel il composera des musiques de scène, ou encore Montagu Slater, qui sera son librettiste pour
Peter Grimes. Mais c’est plus encore sur le plan personnel et politique que cette période s’avère déterminante -c’est à cette époque, notamment, que Britten prend peu à peu conscience de son homosexualité, même si celle-ci restera toujours un sujet épineux pour lui-même.
C’est également à cette époque -en 1936 très exactement- qu’il compose l’une de ses œuvres vocales les plus fascinantes (et les plus fabuleusement orchestrées), le cycle
Our Hunting Fathers, fruit de sa collaboration avec Auden, et dont la balance si particulière entre drame et ironie déconcerta à sa création au festival de Norwich.
En janvier 1937, Britten perd subitement sa mère, qui était jusque là en quelque sorte le centre émotionnel de son existence -autre tournant crucial, à la fois difficile et libertaire. La même année, il rencontre le ténor Peter Pears, qu’il commence à fréquenter, tout en entretenant quelques liaisons parallèles, souvent avec des hommes plus jeunes que lui ; et ses
Variations on a Theme of Frank Bridge sont créées en août au Festival de Salzbourg.
1938 voit la création de son Concerto pour Piano, aux Proms de Londres, avec Britten au piano sous la direction de Sir
Henry Wood.
En avril 1939, Britten et Pears entreprennent un voyage aux Etats-Unis, passant par New York et visitant Aaron Copland à Woodstock. Ils y séjournent jusqu’en 1942, période prolifique durant laquelle Britten compose notamment
Les Illuminations, les Seven Sonnets of Michelangelo, la
Sinfonia da Requiem ou encore Paul Bunyan, commence à s’intéresser aux folksongs, et écrit également des réalisations d’œuvres de Purcell et certains de ses contemporains. Citons également l’Hymn to Saint Cecilia et
A Ceremony of Carols, toutes deux composées durant le voyage de retour vers la Grande-Bretagne.
De retour en Grande-Bretagne, l’objectif principal de Britten était sans aucun doute d’une certaine manière de devenir une figure centrale de la musique britannique -comme l’était Copland aux Etats-Unis ; et c’est notamment dans le domaine de l’opéra qu’il cherchera sa voie.
Son premier grand chef d’œuvre en ce domaine, Peter Grimes, est créé avec succès au Sadler’s Well Theatre de Londres le 7 juin 1945 (et vite repris par nombre de maisons d’opéra en Europe et aux États-Unis), suivi un an plus tard par
The Rape of Lucretia (création : Glyndebourne, juillet 1946), fraîchement accueilli, puis
Albert Herring, tous deux créés par l’English Opera Group, dont Britten était membre fondateur.
C’est durant la tournée de l’English Opera Group de 1947 (avec Albert Herring et
The Rape of Lucretia) que Pears propose l’idée d’un festival à Aldeburgh.
Pour les saisons 1948 et 1949 de l’EOG, Britten réalise ensuite “sa” version du
Beggar’s Opera de John Pepusch (qu’il réharmonise et orchestre), et compose le diptyque
Let’s Make an Opera / The Little Sweep.
Puis, en 1951, c’est l’événement : Billy Budd, commande du Arts Council pour le Festival of Britain, est créé à Covent Garden -et marque un tournant dans la carrière de Britten, considéré à présent comme faisant partie de l’establishment, et honoré Companion of Honour deux ans plus tard.
La mort de George VI en 1952 lui inspire ensuite Gloriana, mal reçu en raison de son ambiguïté et de sa complexe psychologie. Pendant la préparation de
Gloriana, Britten s’attelle à l’adaptation de la nouvelle de Henry James,
The Turn of the Screw, sur un livret de Myfanwy Piper, créée en 1954 à Glyndebourne. Une large tournée entreprise avec Pears les deux années suivantes lui donne par ailleurs l’occasion d’entendre le gamelan balinais, que lui avait déjà fait découvrir le compositeur Colin McPhee lors de son séjour aux Etats-Unis (note : on peut entendre un bel exemple d’inspiration gamelanesque dans
Tabu-Tabuhan de McPhee), et qui, comme pour beaucoup de compositeurs du XX° siècle (citons entre autres Debussy, Poulenc…), sera une forte source d’inspiration, notamment sur le plan de l’orchestration, pour ses œuvres à venir (l’exemple le plus flagrant en étant le ballet
The Prince of the Pagodas).
En 1960, Britten achève A Midsummer Night’s Dream, composée pour célébrer l’agrandissement du Jubilee Hall à Aldeburgh ; la création en a lieu la même année. Durant l’été, il revoit
Billy Budd, réduisant les quatre actes initiaux à une forme plus ramassée en deux actes. La rencontre en septembre avec Mstislav
Rostropovitch lance chez le compositeur un regain d’intérêt pour la musique instrumentale, quelque peu délaissée depuis une dizaine d’années.
Le cinquantième anniversaire de Britten est marqué en 1963 par de grands évènements tels qu’un concert monographique aux Proms (programme :
Sinfonia da Requiem, Spring Symphony, et création de
Cantata Misericordium, le tout sous la direction du compositeur), une représentation en concert de
Gloriana, un voyage de Britten à Moscou, et la réalisation d’un recueil d’hommages par ses amis.
La même année, Britten et Pears séjournent six semaines à Venise -voyage durant lequel Britten s’attache à la composition de
Curlew River, inspirée de la pièce de nô Sumidagawa et en projet depuis 1954 ; la pièce, achevée et crée en 1959, s’avèrera finalement être plus un mystère médiéval qu’une véritable transposition du nô, même si les atmosphères instrumentales ne laissent aucun doute sur l’inspiration très forte que dût avoir sur lui le gagaku.
En 1964, Britten quitte son éditeur Boosey & Hawkes pour Faber Music, fondée par Faber & Faber expressément pour lui, et décide de prendre un congé sabbatique pour l’année 1965 (durant lequel il fait un voyage en Inde), sur injonction de ses médecins -il n’en compose pas moins, parmi d’autres pièces, ses trois
Suites pour violoncelles (dédiées à Rostropovitch) et ses
Songs and Proverbs of William Blake (inspirés par Dietrich Fischer-Dieskau).
Il compose ensuite durant les trois années suivantes The Burning Fiery Furnace et
The Prodigal Son, qui, jointes à Curlew River, formeront le triptyque des
Parables for a Church Performance, ainsi que The Golden
Vanity.
1968-69 marquent une pause durant laquelle Britten enregistre (notamment des Lieder de Schubert avec Pears, mais aussi des œuvres de Percy Grainger, ainsi qu’un
Peter Grimes pour la télévision).
En 1968 se profile un projet d’opéra pour la télévision, pour lequel il s’inspirera, comme pour
The Turn of the Screw, d’une nouvelle de James à inspiration gothique -ce sera le pacifiste
Owen Wingrave, achevé en 1970, enregistré en novembre de la même année, et diffusé en Europe et aux Etats-Unis en 1971.
Suit en 1972 une nouvelle collaboration avec Myfanwy Piper, Death in
Venice, d’après le roman de Thomas Mann. Mais les médecins diagnostiquent une détérioration cardiaque, qui le force à être hospitalisé au printemps 1973. Bien que l’opération se fût bien passée, Britten en conserva des séquelles, et cessa de composer jusqu’en juillet 1974. La majorité des œuvres composées à partir de cette date (notamment
The Death of Saint Narcissus, Sacred and Profane, ou encore
A Birthday Hensel) peuvent être considérées comme un vibrant hommage à l’art de Peter Pears, absent d’Aldeburgh lors de la convalescence de Britten, et appelé à chanter
Death in Venice au Metropolitan Opera de New York à l’automne 1974.
Le dernier opéra de Britten, Phaedra, inspiré à Britten par Janet Baker après qu’il l’a entendue chanter
les Nuits d’été de Berlioz, est créé à Aldeburgh en 1976.
Benjamin Britten meurt à Aldeburgh dans la nuit du 3 au 4 décembre 1976.
Mathilde
Bouhon