Eh Alan, c'est le printemps !

Ariodante - Versailles

Par Maximilien Hondermarck | jeu 15 Mars 2012 | Imprimer
 

 

On attendait un Ariodante de printemps, deux ou trois soleils auprès desquels se réchauffer, une flopée d’embrassades, des cordes onctueuses, un peu de l’été qui arrive. Las ! Alan Curtis nous a donné un Ariodante d’automne. Dès l’ouverture, on devine le ton de toute la soirée : c’est mollasson et asthénique, et les instrumentistes parfois même à la limite de l’imprécision. Et alors qu’on s’exaspère de tempi désespérément uniformes, le « Scherza infida » est pris avec une vitesse inédite et clairement inopportune.

Cela n’aura pas suffi à gâcher les moments d’émotion pure que nous a réservé Sarah Connolly, remplaçante de luxe de Joyce DiDonato. Quand la seconde ornementait presque trop au disque, perdant en sincérité ce qu’elle gagnait en beauté plastique, la première joue l'esquisse, le souligné, le pastel. C’est un chevalier de mesure, passionné mais point trop lyrique, une ligne riche mais jamais ostentatoire : un chant salvateur. On ne peut pas dire que Marie-Nicole Lemieux trace le même chemin. Son Polinesso est explosif et grimaçant, formidablement vivant sans doute, et la québecoise caractérise son méchant comme un vrai méchant de dessin animé. Même sans surtitres – comme ce soir là – personne ne pourrait se méprendre sur « qui-est-qui » : elle est la folie malveillante faite chant. Le public la suit à fond, mais l’on se permettra d’avoir quelques réserves sur une vocalité qui aura perdu au passage un peu de sa grâce. Au milieu, celle qui déchaine ces cœurs moyenâgeux se tient en retrait. Petite forme sans doute pour Karina Gauvin : sa Ginevra est bien chantante mais souvent limitée par on ne sait quel plafond de verre physique, la forçant à se concentrer sur sa partition lorsqu’il aurait fallut s’en détacher et porter au loin. Peu importe : on a tant de preuves de son insolent talent pour ne pas nous inquiéter.

 

Autour de ce trio amoureux, une belle compagnie de seconds rôles, qui n’hésitent pas à outrepasser la placidité de l’orchestre pour imposer leurs qualités. Matthew Brook domine son roi d’Ecosse, basse noble et souple. Nicholas Phan a les notes et le tempérament de Lurcanio. On le sent hésitant avant tel ou tel da capo, comme suspendu en haut d’une montagne russe, et pourtant rien à craindre : les notes s’enchaînent et la partition coule de source, avec la fraîcheur requise pour le rôle. Sabina Puértolas tire enfin l’épingle de son jeu de Dalinda, malgré un timbre auquel l’on est pas forcément immédiatement sensible. A noter la petite mesquinerie consistant à lui faire chanter également le rôle d’Odoardo, quitte à même supprimer son existence dans le programme de salle… Ni vu ni connu !

Au final, un triomphe, deux bis et un public comblé. L’Ariodante de mi-saison a trouvé son été dans la salle.