Label Hellène

La Belle Hélène - Clermont-Ferrand

Par Roland Duclos | jeu 05 Avril 2012 | Imprimer
 

« Ce matin, à mon réveil, je crie encore bravo en cherchant à me rappeler le délicieux air de Dupuis au 1er acte et les deux romances de Schneider, et le finale du 1er, et le finale du 2e acte et la pièce entière d’ailleurs m’a trotté toute la nuit par la tête ! ». Comme au lendemain de la création de La belle Hélène, l’enthousiasme de Victorien Sardou eut-il été intact après avoir entendu la production de l’Opéra Eclaté ? Dans la mise en scène survitaminée d’Olivier Desbordes à n’en pas douter ! Il est en revanche à parier qu’il eut pondéré sa dithyrambe sur la direction plus en retrait de Thierry Weber. Mais pour se faire l’avocat du diable les jubilatoires outrances de la scénographie justifient le parti pris d’une conduite musicale toute en nuance. Les tenants d’un Offenbach extraverti voire pétaradant n’y auront, c’est sûr, pas trouvé leur compte. A contrario les afficionados d’une théâtralité parodique exacerbée et iconoclaste auront été aux anges. Desbordes étrille consciencieusement les travers de notre société et les pouvoirs dans le droit fil de la tradition bouffe. En clair il raille tous les corps constitués – politico-militaro-religieux sans exclusif – avec une délectation contagieuse et une verve acidulée toute offenbachienne.

 

Il fallait oser une Hélène-Castafiore sur le retour ! Brigitte Antonelli franchit la ligne blanche sans complexe. Parodie de la diva elle ramène le rôle à sa dimension de cocotte satisfaite sure de ses charmes surannés. Y compris vocaux ? Chacun appréciera la performance notamment dans un « Dis-moi, vénus » qui n’incite que très modérément à s’encanailler. Ici, la reine est nue lorsque républicaine grimée en Marianne elle suit en gloussant son Pâris d’amant sur la pente savonneuse de la faillite économique. Toute allusion à l’actualité n’est surtout pas le fait du hasard. Raphaël Brémard en priapique fils de Priam domine, lui, la distribution. Excellente diction (l’air du jugement dans l’acte premier), vaillance sans outrance et éclat du timbre n’ont d’égal que ses talents de comédien en matois berger des Landes vêtu de laine qui opère une mue écarlate en pervers pontife pour suborner la vertu d’Hélène. Une production où le visuel des clins d’œil costumés le dispute à la cocasserie des répliques et saillies : irrésistible autant que décapant duo d’Ajax en Dupond affublés de jupettes d’evzones et tout droit sortis d’un album d’Hergé ; faconde barytonnante du Calchas ensoutané d’Eric Perez qui ne dépareille pas entre l’Oreste rappeur de la pimpante Agnès Bove, l’Achille plongeur si peu académique avec palme masque et tuba de Yassine Benameur ou la soubrette émoustillée de Flore Boixel en Bacchis. Autant d’affutés seconds couteaux pour tenir la dragée haute à Eric Vignau, histrionique Ménélas golfeur de salon, skieur d’opérette, tennisman de club-house mais vrai Amphitryon. Son alter ego d’Agamemnon, ne lui cède en rien en satrape de pacotille.

L’effectif light – dix instrumentistes – qui prenait de la hauteur sur une estrade en fond de scène aurait incontestablement gagné en présence en forçant le trait. Olympe illusoire pour cette formation qui n’a nul besoin d’être survendue pour justifier la vivacité de ses couleurs de son sens du relief. En prenant du volume pour occuper l’espace elle risquait aussi d’écraser les voix. Desbordes n’est pas dupe. Fin tacticien autant qu’habile manœuvrier, il s’appuie sur les qualités des uns autant qu’il joue en les relativisant, des limites des autres…