C O N C E R T S
 
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BRUXELLES
(Théâtre de la Monnaie)

30/01/2002

 
Aïda
(Giuseppe Verdi)

Direction musicale: Antonio Pappano
Mise en scène, décors et éclairages: Robert Wilson
Chef des choeurs: Renato Balsadonna

Choeur et orchestre du Théâtre royal de la Monnaie

Aida: Norma Fantini
Radamès: Johan Botha
Amneris: Ildiko Komlosi
Amonasro: Mark Doss
Ramfis: Phillip Ens
Il Re: Maxim Mikhailov
Sacerdotessa: Michaela Remor
Un Messagiero: Giovanni Iovino


 
 

Bob Wilson décide de nous prouver qu'Aïda n'est pas un opéra pharaonique mais un drame tout ce qu'il y a de plus humain, c'est d'ailleurs assez gentil de sa part. À l'entracte, entre deux assistants du metteur en scène, on ose ce commentaire: Wilson c'est du vent, c'est une méthode applicable à n'importe quelle oeuvre et l'art perd de son intérêt quand il devient méthode. Grande formule, légèrement teintée de Lapalisse car - oui - qui aujourd'hui peut encore prétendre que Wilson est un metteur en scène intéressant ? Recherche des couleurs - les mêmes depuis vingt ans - et des gestes, jeu sur le statisme et l'inexpressivité: de Pelléas à Alceste, du Ring à la Fille de Mme Angot (ou pas) tout est passé par la moulinette Wilson, moulinette qui à ce jour ne provoque plus que l'ennui du spectateur moyen et les gloussements satisfaits de grappes de snobinards. Trahi par sa propre esthétique, le metteur en scène américain drape ses deux chanteuses dans de magnifiques toilettes, d'une pureté de ligne totalement éblouissante; manque de chance, le fanon d'Aïda et la cellulite d'Amneris rappellent le spectateur à une réalité moins élégiaque. Apprenons aussi que la scène du triomphe en terme d'intériorité ne serait pas désavouée par les chevaliers du Graal et que les bouleversants monologues d'Aïda sont rendus insipides par un jeu d'acteur réduit à quelques gestes vaguement inspirés de l'imagerie égyptienne. Et pourtant on ne cessera de souligner le très grand professionnalisme d'un homme qui - s'il n'a jamais eu la présence d'esprit de se renouveler - jongle de main de maître avec les plans, les lumières, les couleurs. Reste qu'on s'endormirait volontiers sur l'épaule de son voisin.

Le casting vocal ne démérite pas: Johan Botha est un Radames obèse comme rarement des planches de théâtre ont eu le loisir d'en porter. Fondu dans cette mise en scène, le général égyptien a déjà ses galons de monument, ce n'est pas un jeune homme amoureux qui s'élance vers Aïda, c'est une des quatre statues d'Abu-Simbel. Cette menue remarque mise à part on appréciera le phrasé impeccable du ténor sud-africain, tout juste regrettera-t-on des aigus un peu droits. Remplaçant Elena Zaremba presque au pied levé, la mezzo Ildiko Komlosi a fait peur a tout le monde en début de soirée, ses premières interventions étant à peine audibles. Un jeu scénique quasiment supportable (compliment superlatif dans le contexte) et une très belle intervention finale lui valent un véritable triomphe au rideau. Mark Doss est un Amonasro étrange: sa technique de chant est purement et simplement immonde, reste une présence scénique effrayante et un volume vocal rare. Le roi de Maxim Mikhaïlov séduit par un phrasé impeccable et le Ramfis de Phillip Ens par un bel investissement vocal. Reste l'Aïda de Norma Fantini qui - dévorée par le stress ou trop à l'étroit dans sa robe - gâche par quelques approximations ses belles attaques d'aigus filés. Pour être une grande Aïda il lui manque tout de même une sacré dose d'engagement dramatique... mais comment lui en tenir rigueur; il n'est pas aisé d'être poignante en gesticulant de la sorte.

Restent la chorégraphie pathétique de Makram Hamdam (ou comment faire sautiller un iroquois hystérique pendant dix minutes sans se faire piétiner par le public) et la direction d'Antonio Pappano qui obtient de son orchestre un chef d'oeuvre de nuances et de couleurs. Reste qu'aux saluts, la star... c'était Wilson. Sigh no more ladies, sigh no more; men were deceivers ever !
 
 

Camille De Rijck
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