OPERAS - RECITALS - CONCERTS LYRIQUES
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PARIS
21/01/2008
 
© DR


André MESSAGER (1853 -1929)

VERONIQUE

Opéra-comique en trois actes (1898)
Livret d’Albert Vanloo et Georges Duval

Direction Jean-Christophe Spinosi
Mise en scène Fanny Ardant
Décors Ian Falconer
Lumière Roberto Venturi
Costumes Dominique Borg
Chorégraphie Nathalie van Parys

Hélène Morange (Véronique) : Amel Brahim-Djelloul
Florestan de Valaincourt : Dietrich Henschel
Agathe Coquenard : Ingrid Perruche
Ermerance de Champ d’Azur (Estelle) : Doris Lamprecht
Gaston Coquenard : Laurent Alvaro
Jacques Loustot : Gilles Ragon
Séraphin : Patrice Lamure
Tante Benoît : Catherine Hosmalin

Ensemble Matheus
Chœur du Châtelet
Théâtre du Châtelet 21 janvier 2008

« Couci couca, cahin caha »


Il fallait oser proposer à Fanny Ardant, comédienne fascinée par le drame, la douleur et la mélancolie, d’assurer sa première mise en scène avec Véronique d’André Messager : c’est pourtant ce qu’a fait Jean-Luc Choplin, tout heureux d’être à l’origine de projets inattendus, bizarrement reliés les uns aux autres pour former la programmation du nouveau Châtelet.

La dernière muse de François Truffaut a accompli sa mission sans faux pas, mais sans originalité non plus, en privilégiant une lecture respectueuse et fidèle à la tradition. Là où Laurent Pelly aurait posé un regard radical et novateur (on se souvient de La Belle Hélène et de La Grande Duchesse de Gerolstein, actualisées par la dramaturge Agathe Mélinand), Fanny Ardant s’est contentée de transposer l’intrigue dans le Paris des années cinquante vu par le prisme des comédies hollywoodiennes en technicolor. Soit ! Les robes sont vaporeuses, les tailles de guêpe, les talons hauts, et les bibis évoquent ceux portés par la jeune Audrey Hepburn dans Funny face. Comme par le passé, les décors, signés Ian Falconer, sont en carton-pâte, mais l’apport de la vidéo permet d’animer astucieusement l’arrière-plan, seule concession à la modernité et aux techniques actuelles. Ainsi, de la boutique d’un fleuriste, aux faubourgs de Romainville, jusqu’au foyer du Palais Garnier, suivons-nous sagement les aventures d’Hélène Morange, jeune héritière sur le point d’être mariée à un aristocrate endetté, qui devient Véronique le temps de se jouer de son futur époux qui, sans la connaître, l’a traitée de dinde.

Pour éviter le vide et lutter contre les temps morts, le plateau est constamment occupé : choristes, figurants et danseurs s’agitent autour de personnages volubiles, eux-mêmes en perpétuel mouvement, finalement emportés dans d’incessantes - et peu imaginatives - chorégraphies.

Aucune faute de goût dans ce travail d’équipe, certes, mais l’exercice aussi soigné soit-il manque de piment, d’audace et de la folle jubilation qui aurait permis de moderniser le propos et de dépasser les conventions du genre, en lui donnant un vrai coup de fouet.

Jean-Christophe Spinosi prend manifestement plaisir à diriger cette partition au charme délicieusement suranné, écrite par le fin mélodiste qu’était Messager. Sa sincérité prouve en tout cas que les instrumentistes de l’Ensemble Matheus, acclimatés aux rouages baroques, peuvent s’adapter sans peine aux codes de l’opéra-comique. Amel Brahim-Djelloul possède un joli brin de voix et confère au rôle-titre la grâce et la légèreté d’une ballerine. Dans ce chassé-croisé amoureux, où l’on joue à l’âne « De ci, de là » et où l’on « Pousse l’escarpolette », la jeune femme accorde son jeu frondeur à celui de Dietrich Henschel, Florestan scéniquement efficace, mais dont la raideur compromet le pouvoir de séduction. Malgré ses efforts de prononciation, la langue française lui résiste et sa voix, pourtant sonorisée comme les autres, manque de volume. Rousse volcanique à l’aigu acide, Ingrid Perruche campe une Agathe Coquenard très délurée, qui passe allégrement des bras de son mari Gaston (Laurent Alvaro, tonique) à ceux de son prétendant Loustot (Gilles Ragon très en verve). Tandis que Patrice Lamure (Séraphin) et Catherine Hosmalin (Tante Benoît) sont d’amusants comprimari, Doris Lamprecht compose une Ermerance/Estelle tout en sous-entendus, dont le jeu décalé est un hommage appuyé aux mémorables prestations de Felicity Lott, diva offenbachienne de haut vol.

L’Opéra de Metz affichera Véronique en mai prochain dans une mise en scène de Vincent Vittoz : avis aux amateurs.


François LESUEUR
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