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Le courrier des lecteurs
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Monsieur le rédacteur en chef,

Je lis régulièrement votre revue et je l’apprécie énormément. Enfin… régulièrement si l’on peut dire, car le rythme de mise à jour me semble soumis à des aléas vraiment arbitraires et parfois ma curiosité est déçue pendant de trop longs jours, alors que d’autres fois une avalanche de nouveautés me donne le vertige. Je ne comprends pas. Ce n’est quand même pas si difficile. Il suffit d’échelonner la production de vos critiques. Ce ne devrait pas exiger tellement d’efforts. Mais non, rien à faire, c’est le Grand huit ! C’est l’Accordéon magique ! C’est n’importe quoi ! Aucune régularité, aucun suivi, aucun respect du lecteur quotidien qui réclame sa petite dose d’information ! toujours entre famine et déluge ! C’est se foutre du monde, je vous le dis. Si vous avez besoin de stabilisateurs d’humeur, allez vous faire soigner dans une bonne pharmacie, mais cette cyclothymie est consternante même alarmante. Vous êtes, je pense, complètement malade, c’est pathétique.

Sylvie Brouillet

Giens

Chère lectrice,

Votre lettre me comble d’aise. Enfin quelqu’un qui fait un peu attention à la vie la plus intime de Forum Opéra, à la pulsation secrète de ses hormones en folie. Vous, on ne vous la fait pas. On repère tout de suite l’experte. Celle qui sait faire la cartographie précise des moindres soubresauts d’un site dynamique et entreprenant, soumis aux surprises de la vie quotidienne. J’aimerais beaucoup avoir de nombreux lecteurs et lectrices comme vous, pleins de petits soins et de compassion. Simplement, vous me permettrez de me les souhaiter un peu moins aigres et un peu moins agressifs. Il me semble que vous confondez le souci pédagogique et la thérapie de choc. Si vous mettez des électrodes à vos enfants lorsqu’ils ont renversé leur soupe sur la nappe, ça doit sentir le roussi chez vous. Des frappadingues qui donnent des leçons à la terre entière, j’en ai connu, mais des dangereuses comme vous, c’est rare. Ma grande, l’internement n’est pas loin. Le stade ultime de la schizophrénie pointe son nez bigarré derrière les rideaux sales et déchirés de votre inconscient scrofuleux. Mon conseil : renseignez-vous bien avant de choisir l’asile qui aura la bonté d’accueillir vos déportements sauvages, toutes les cellules de cantonnement n’ont pas l’ADSL pour recevoir Forum Opéra.

Sylvain


Monsieur,

Je vous ai déjà écrit il y a quelques temps et vous ne m’avez pas répondu. Vous répondez pourtant à des déments qui vous insultent. Ma lettre qui vous demandait simplement où me fournir des disques d’opéra vous aurait-elle paru trop gentille ? Désolé, on ne peut pas tous être des experts comme Môôôôssieu Di Rèjke ou Môôôssieu Chrouders !

Antoine Seligmann

Paris

Cher lecteur,

Je suis véritablement désolé. Votre courrier a dû me parvenir dans une de ces périodes hélas trop fréquentes où mon statut de protagoniste de la presse musicale internationale m’envoie aux quatre coins du monde porter mon expertise. Je reviens justement du Japon où j’ai révélé à l’Empereur – un homme simple et accessible – les secrets du bel canto au XVIIIe siècle à Naples. Je crois pouvoir dire qu’il a bu mes paroles avec beaucoup d’affabilité. Je lui parlais tantôt en français, tantôt en italien, tantôt en allemand, tantôt en russe – je réserve mon japonais aux dîners en ville – et il suivait avec une assiduité fascinée qui ne m’a pas déplu. Le soir, il a pris l’incognito pour m’accompagner à l’Opéra, très fameux à Tokyo. Je pensais assister à un concert lyrique, il s’agit tout simplement d’une maison d’aisance passablement lépreuse dans un des bas-fonds de la capitale, où l’on attrape toutes sortes de maladies honteuses sans payer trop cher. Mais je m’égare. Pour répondre à votre question, je crois me souvenir que je n’ai plus acheté de disques depuis 1977. Mais je suis certain que cela se trouve chez Leroy Merlin ou Monsieur Bricolage.

Bien cordialement,

SF


Monsieur Forum Opéra,

Je suis un collectionneur assez connu sur la place de Paris. J’ai mes réseaux à Londres, Berlin, Munich, Milan. Je suis ce qu’il est convenu d’appeler un « érudit de la chose enregistré ». Aussi suis-je un peu surpris de voir que votre site ne traite que très rarement des « vieilles cires ». Toujours les dernières nouveautés, jamais les rééditions. C’est une grave lacune que je vous encourage amicalement à combler.

Bien à vous,

Charles S***

Neuilly-sur-Seine

Cher Charles,

Je vous donne entièrement raison. Moi-même, j’aime beaucoup les vieilles cires. Je m’en sers assez régulièrement pour caler l’armoire bretonne léguée par mon oncle René. Hélas, ces objets sont de faible résistance. La semaine dernière encore, j’ai entendu un grand « crac » dans la nuit : le croirez-vous ? toute la collection originale des 78 tours de Mitropoulos venait de céder sous le poids d’une jolie console en fer forgé. Je ne saurais recommander à nos lecteurs de si médiocres investissements, vous comprenez ?

Bien à vous aussi,

Sylvain


Monsieur,

Sur votre site certes divertissant, il est de très bon ton de critiquer vertement les « fausses valeurs ». Le positionnement réactionnaire de Forum Opéra est une chose maintenant bien connue. Il ne m’étonne guère de voir ce site recommandé par l’Association des Choristes de Saint-Dimanche (Ile-et-Vilaine) à laquelle appartient ma belle-mère (elle est vilaine). C’est elle qui m’a fait découvrir ce site, d’ailleurs. La vieille bique se pique de GRANDE musique. Moi, tout ça me fait plutôt penser aux éructations d’un collectif de bouchers-charcutiers en colère. Je ne vous cache pas que je ne connais rien à l’opéra. Mais pas besoin de ça pour sentir la teneur politiquement nauséeuse de votre site vaguement sarkozyste. Pourquoi je vous écris ? Eh bien, pour faire entendre une voix différente dans le choeur des béni-oui-oui de droite qui s’agenouillent devant vos prises de position crypto-vychistes. Inutile de vous dire que j’interviendrai personnellement pour liquider votre site dès que nous serons au pouvoir, bande de social-traîtres.
Salutations,

Yann Legras

Bayonne

Monsieur,

Je viens de déposer votre lettre au comité de défense des bouchers-charcutiers, syndicat très puissant dans la filière agro-alimentaire qui fait encore l’honneur de notre bon vieux pays d’agriculture et de terroir. Ils entendent, me disent-ils, lui donner les suites qui s’imposent, la diffamation étant constituée de toute évidence. L’avocat du CDBC est un homme exemplaire et scrupuleux. Je n’en dirais autant du gros Gérard : après la lecture de votre lettre, le brave homme, père de famille admirable comme notre pays s’enorgueillit encore d’en compter au sein de la chienlit ambiante, s’est emparé de son plus beau hachoir à côtes et a hurlé « je vais en faire des steaks ». Il court, à l’heure où je vous écris, dans les rues de Bayonne, bien décidé à vous inscrire au palmarès de ses plus beaux jambons. Désolé.

Sylvain


Cher ami,

Issu d’une banque d’investissement américano-allemande où je viens de passer douze ans de ma carrière et de ma vie, j’ai décidé de me retirer suite à la perception de mon dernier « bonus » - une somme rondelette qui me met à l’abri, ainsi que mes enfants, pour le reste de mes jours. Je compte maintenant investir dans ma passion : l’opéra. Par exemple en créant une troupe de chanteurs que je ferais tourner dans toute la France pour donner des spectacles que je mettrais en scène. Pourriez-vous m’indiquer des agents pouvant me fournir les artistes adéquats ? Je vous en remercie par avance.

Serge Tittolo

Londres

Cher Monsieur,

Savez-vous comment s’appelle ce que vous me demandez de faire pour vous ? Du proxénétisme. Je vous vois venir. On en a connu des comme vous. Ils arrivent l’air de rien, la gueule enfarinée, avec leurs grosses bagues et leurs dollars qui dépassent de la poche. Ils font mine de s’intéresser. Ils posent des questions d’un air dégagé. Ils sifflotent, comme ça, tranquilles. Vous recrutent des intermédiaires qui les mèneront… à qui ? Mais oui ! Aux petites danseuses et aux gentilles sopranos ! Toujours le même coup ! On leur promet Turandot, et elle se retrouvent au « Turandot », la plaque tournante de la traite des blanches à Bangkok ! Je me suis laissé avoir, je l’avoue, plusieurs fois. Mon agence a servi involontairement les intérêts de bandes organisées. Ma meilleure mezzo s’est retrouvée à faire la plonge dans un bouge immonde de la banlieue pauvre d’Irkoutsk. J’ai été mis en accusation. Mon procès a piétiné mon honneur. J’ai payé ma dette. Très cher. Trop cher. Et maintenant, je suis en colère. J’ai la haine. Je veux retrouver ma réputation bafouée. Je crie vengeance ! Je vous écris de Irkoustsk. Je l’ai retrouvée, ma petite mezzo. Salement amochée. Je les ai tous nettoyés. Ca sent le sang au Rebroff’s Boyband Bar. Je leur ai joué un air qui ne faisait pas partie de leur répertoire. Requiem pour un russkof, ça s’appelle. Crois-moi, ça leur est resté en travers de la gorge. C’est plus eux qui vous nous chanter Sibérie mon amour ou Carmencita reviens ! C’est pas de si tôt qu’ils rejoueront du Tchaïkovski à la balalaïka ! Allez viens, Suzanne, on rentre chez nous, faut tout oublier, tout, tout… tout.

SF


Cher Monsieur Fort

Depuis que j'ai troqué la fréquentation de salles obscures très spécialisées pour celles également obscures mais plus propres de l'opéra, ma vie a pris un tour nouveau. La contemplation avide de ces glottes féminines largement ouvertes, offertes à tous les regards, et de ces luettes vibrionnantes frémissant au moindre son, me transporte dans des états proches de l'élévation tantrique. Cette découverte revigorante a bouleversé mon existence et relégué dans le passé des décennies de veillées conjuguales lugubres en compagnie de Marie-Gilberte, ma consorte. Depuis que j'assiste aux spectacles des opéras de Paris, j'ai pu résilier mes coûteux abonnements à diverses publications spécialisées scandinaves pour me repaître sans crainte d'opprobre de la luxure et de la débauche qu'on nous y donne à voir sans retenue.

Ah ! Tout cela me rappelle mes jeunes années passées sous les ordres du général Massu, lorsque nous allions trousser la fille de ferme pour nous revigorer entre deux interrogatoires.

Lisant depuis peu la revue Diapason, je n'ai pu m'empêcher de remarquer vos contributions imprimées en italiques et souvent conclues d'un point d'interrogation. La pertinence de vos propos me laisse croire que vous êtes bien introduit dans le milieu lyrique, ce que m'a confirmé une visite sur le site de Forum Opéra. D'où ma requête qui est l'objet de la présente missive. Je me demandais si vous pourriez me mettre en rapport avec une de ces créatures de peu de vertu qui pullulent sur scène. Je pourrais, par exemple, l'inviter dans ma garçonnière parisienne sous prétexte de lui faire admirer ma collection de photos prises durant la bataille d'Alger. Une personne de votre qualité et de votre influence ne saurait certainement pas me refuser une telle faveur. En gage de ma bonne foi, je vais vous livrer une information explosive que je tiens de mes contacts haut placés: l'équipe rédactionnelle de Forum Opéra a, semble-t-il, été infiltrée par un clan aux moeurs fort douteuses.

J'attends votre réponse avec impatience.

Meilleures salutations,

Lucien Bricard  (Quimper)

Cher ami,

Vous avez vu juste : je suis bien introduit dans le milieu lyrique. Je comprends que vous rêvez de jouir de cette position surplombante qui est la mienne, pour en tirer des bénéfices concrets et tangibles, je dirais même : tripotables. Eh bien, ne croyez pas que je vous tendrai la main. Savez-vous ce qu’il m’en a coûté pour me hisser où je suis ? Imaginez-vous les sacrifices personnels auxquels j’ai consenti ? Pas plus que je ne saurais prétendre demain devenir colonel des parachutistes comme vous (remarquez, je suis déjà amiral de réserve dans la Royale), vous ne sauriez prétendre gravir d’un coup d’un seul – et grâce à mon aide ! – les échelons nombreux qui vous séparent des aériennes régions où je me meus. Oui, je le dis sans honte, les créatures qui alimentent vos songes les plus fous et les plus moites sont toutes miennes. Un geste de la paupière gauche et les voici qui accourent. Et alors ? Je ne l’ai pas volé, que je sache ! Lorsque j’entre dans une loge de diva, tous les admirateurs sortent et me laissent avec l’artiste vêtue en tout et pour tout d’un léger déshabillé de soie rose et vaporeuse pour un entretien particulier caractérisé par une série inédite de contre-uts tonitruants. Qu’y a-t-il de mal ? Pendant des années, j’ai écrit des chroniques ingrates, alimenté les news lyriques les plus infimes des journaux les plus obscurs, j’ai interviewé des barytons en retraite, j’ai servi la soupe à des ténors tétraplégiques, j’ai couvert de roses des divas nonagénaires et aveugles, j’ai écouté l’intégrale des enregistrements de France Clidat pour le compte d’un magazine luxembourgeois, j’ai trouvé du talent à José Marti et exalté la beauté de Montserrat Caballé, j’ai fait des voyages de presse en Lituanie inférieure, essayé la chaîne hi-fi de la dernière Peugeot deux portes, couvert le festival de Saint-Chougnac (Isère), porté la valise de Camille de Rijck – garnie de charcuteries et de lingots d’or – dans tous les aéroports d’Europe de l’Est, j’ai écrit sur les opéras de Zandonai pour le programme de l’Opéra de Novossibirsk… Jusqu’au jour de la consécration, tant attendue, si méritée : Camille de Rijck, me croyant atteint d’une forme précoce de neuropathologie (je bavais beaucoup, j’étais blême), m’offrit d’être rédacteur en chef de Forum Opéra. Grande était sa pitié, immense son erreur. Vite rétabli, je me hâtais de m’entourer de collaborateurs sans scrupules prêts à faire régner autour de moi la peur et l’envie, mais aussi à œuvrer à ma plus grande gloire. Aujourd’hui, je suis le Maître. Ce n’est que justice. Pourtant, je suis clément et compatissant. Par solidarité entre soldats, je consens à vous engager dans nos équipes. Vous y commencerez avec un petit métier, comme le courrier ou l’astiquage quotidien de mes Berluti. Ainsi, nous pourrons enfin remplacer Camille, qui fatigue un peu, le pauvre vieux.

Je vous attends, caporal.

Sylvain



Cher Monsieur Fort,

J’apprends de source sûre que l’Opéra de Bordeaux prépare en ce moment même un opéra dédié à la mémoire de Georges Marchais intitulé « Encore un p’tit coup d’rouge ? » dont le librettiste serait Florian Zeller et le compositeur nul autre que Thierry Escaich ! En sauriez vous un peu plus long sur cette entreprise qui me semble un peu saugrenue quoi que résolument sympathique de la part d’une maison d’opéra dont le directeur possède un portrait des époux Chirac sur son bureau ?

Jean-Hubert de Lacretelle – Paris 16

Cher Jean-Hubert,

Je reconnais bien là ton esprit farceur. Si tu crois que je ne t’ai pas immédiatement repéré malgré ce nom grotesque de « De Lacretelle » dont tu t’affubles, tu te trompes. L’humour d’un camarade, c’est comme sa voix, c’est comme son regard : ça ne s’oublie pas facilement. Nous n’avons pas ensemble passé pour rien des nuits blanches au QG de campagne de Robert Hue, à picoler du litron avec André Lajoinie. Ah la la ! Qu’est-ce que tu leur mettais aux fachos, aux réacs, aux bourgeois et aux rupins ! C’était un plaisir de te voir tanner la figure poupine des semi-puceaux de l’avenue Georges Mandel ! Je me souviendrai toujours de cette bonne farce, quand tu avais obligé une scoute intégriste à défiler nue rue de la Pompe vêtue en tout et pour tout d’une écharpe à l’effigie de Kroutchev et Georges Marchais ! La pauvre, je crois que c’est après cet épisode qu’elle s’est mariée à un ingénieur agronome lepéniste et naturiste. La lutte des classes emprunte parfois des voies bizarres. Moi, vois-tu, j’ai un peu changé. Je n’exagérerais pas en disant qu’Alain Juppé me semble singulièrement modéré et que Nicolas Sarkozy m’apparaît parfois comme un apôtre du tiers-mondisme. Ainsi va la vie. Et toi ? Toujours lieutenant-colonel dans les paratroops zimbawéienne ?


Cher Sylvain,

Je tenais à donner suite à votre édito et à prouver, par cette lettre, que les courriers des lecteurs sont authentiques. En vous l’écrivant, je me pince, et je vous assure que j’existe. Une petite rougeur apparaît sur ma peau à l’endroit où je me suis pincé. Puis-je vous faire suivre les images « webcam » prises pour le prouver ? (Vous pardonnerez ma nudité qui est vraiment fortuite…)

Clément Peroni – Maubeuge

Cher ami,

Fortuite, fortuite… même quand il m’arrive, par hasard, de promener ma musculature dénudée à travers les vastes pièces de ma demeure, j’omets de le faire en tenue de parade brésilienne : alors que vous… Sont-ce d’authentiques plumes d’autruche ?

Sylvain


Monsieur Fort !

Je suis indignée, vraiment indignée ! Ah, comme je vous trouvais cruels envers cette petite écervelée de Marie-Aude Roux qui, certes présente l’étonnant paradoxe d’être critique musical dans l’un des principaux quotidiens de France et de ne connaître strictement rien à la musique. Voyez-vous, je suis toujours un peu secouée quand on s’en prend à une femme. Mais là je suis bien obligée de rejoindre les forces d’opposition de Forum Opéra et de crier avec la meute : ces journalistes du Monde sont vraiment de sombres crétins ! Je lis de la plume de Renaud Machart que le sympathique directeur de l’Opéra National du Rhin, Nicholas Snowman (qui en plus est fort bel homme) n’aurait pas encore trouvé ses marques dans la maison alsacienne. J’en ai avalé mes Gesundheitskuchen de travers à tel point qu’il me fallut vider une pleine bouteille de Gewurztraminer pour retrouver mon souffle. Nicholas Snowman n’a pas fait que trouver ses marques : il porte cette maison à bouts de bras et en a fait l’une des toutes premières maisons d’Europe avec des metteurs en scène comme Christoph Loy et des chanteurs comme Robert Chafin. Je me suis dit que ce gros couillon de Machart avait dû à de nombreux spectacles pour tirer une conclusion aussi cruelle… eh bien, vous savez quoi ? Renseignements pris, il n’est venu qu’une seule fois ! Donc voilà, monsieur Machart arrive, juge et condamne, hop, c’est aussi facile que ça. Quelle honte !

Réginette Neveu (78 ans !) – Epinal

Réginette chérie,

Je vous prie de ne pas mettre à aussi rude épreuve votre pacemaker. Cela n’en vaut pas la peine. Laissez-moi vous dire que Monsieur Machart passe aujourd’hui dans le monde musical pour le plus délicieux des hommes et le plus informé des critiques. Ce que vous dites me laisse perplexe et même pantois. Car j’aime Renaud Machart ! Renaud, je t’aime ! Ah, quelle émotion de voir RM se glisser discrètement parmi les rangs d’orchestre quand baissent les lumières de la salle. Peu de spectateurs le remarquent, car il a toujours sauvegardé jalousement son anonymat. Il salue de loin une altesse luxembourgeoise, un membre de l’Académie des Sciences, un virtuose russe et, parfois, une jeune mannequin de l’Agence Elite, de celles à qui il sait depuis toujours faire aimer la musique. Moi, tapi dans l’ombre, je vois immédiatement sa crinière blonde et les moirures de son costume de soie vierge. A l’entracte, pendant qu’il répond avec la courtoisie qui lui est propre aux importuns et aux puissants de ce monde qui se croient musiciens, je l’observe depuis un coin du foyer, coincé entre un gros monsieur qui sirote bruyamment son prosecco et un adolescent qui envoie des SMS cochons, et j’admire sa contenance, son style, ce sourire fin avec lequel il corrige les approximations pédantes de ses interlocuteurs… ah ! ce sourcil droit qui imperceptiblement se lève lorsqu’une lectrice du Monde lui propose une conférence en Mer Egée sur son yacht de trente-sept mètres peuplé de lituaniennes célibataires de moins de vingt ans ! Il décline poliment. Sa vie n’est pas celle-là. Sa vie, c’est la conversation quotidienne, l’entretien des âmes, avec Beethoven et Dvorak, Kurtag et Monteverdi, Steve Reich et Heinichen. De sa poche dépasse un petit in-folio, sans doute la première édition des Pensées ou bien la fameuse édition hollandaise des Caractères.

N’y touchez pas, il est sacré.

Sylvain


Monsieur Fort,

Vous ne me connaissez pas, je suis le petit ami de Monsieur Le M****. J’ai passé de folles nuits en sa compagnie à lire Mein Kampf en chantant des grands airs de Carl Orff et en faisant semblant de défiler avec nos grosses bottines dans sa chambre sans réveiller ses parents qui ne supportent pas les homosexuels. Seulement, depuis votre dernière dispute avec D****, qui –je vous l’avoue- l’a un peu secoué, je ne reconnais plus mon D*** : il me refuse tout autodafé de livres subversifs, il refuse d’aller casser du nègre avec moi ; vous me l’avez rendu tout grognon. La journée entière il s’enferme dans son cabinet de travail et traduit les mémoires de Julius Streicher, le sympathique créateur de « Der Stürmer » dont le très vague antisémitisme lui valut une pendaison scandaleuse suite à cette supercherie que fut le procès de Nürnberg. Dans une tentative désespérée, j’ai acheté sur E-Bay d’authentiques copies des sous vêtements affriolants que portait Eva Braun dans le bunker, pour redonner du courage à son grand fou d’Adolf. D*** n’a été que très peu intéressé de me voir me tortiller dans ces reliques qui m’ont fait très mal, particulièrement à cause du string en fil de fer barbelé. Non, vraiment, je crois que vous avez heurté une corde sensible, pas tant en le taxant de nazi, mais surtout en disant qu’il était un peu bête. Ca, ça lui a fait mal. Pourriez-vous vous dédire ? Il en va de la santé de notre couple… Vraiment je n’aimerais pas aller défiler sans lui au prochain rassemblement des homosexuels négationnistes qui se tiendra à Wiesbaden dans quelques semaines, que dirais-je aux organisateurs à qui D*** a promis un discours sur le parallélisme avéré entre le plaisir de sodomie et de crémation d’un Shtreimel… ?

Ludovic de la Môle – Bordeaux

Ludovic,

Vous faites partie de la trop nombreuse cohorte des cancrelats qui défigurent l’idée que je me fais de l’homosexualité. Pour moi – et je le dis en bon père de famille rassis et tranquille – l’homosexuel n’est plaisant que muni d’une vaste culture, d’amis choisis et de goûts délicats. Parfois aussi, ils ont de jolies bagues. Vos simagrées barbares me donnent le même haut-le-corps que les cris de joie éraillés poussés par la critique littéraire française à la lecture de ce navet goncourisé que sont Les Bienveillantes. La fascination morbide de nos contemporains pour les reconstructions historiques mêlée à leur curiosité malsaine pour les choses qui entretiennent un rapport direct ou indirect avec la région anale me laissent à penser qu’il est des enfants dans ce pays que l’on a dû torcher un peu trop violemment.

Je ne vous salue bien évidemment pas.

Sylvain


Cher Sylvain Fort,

C’est en lisant votre édito sur le courrier des lecteurs que l’idée m’est venue à mon tour…de vous écrire. J’ai 23 ans et j’ai découverts l’opéra il n’y à pas longtemps, et votre site m’aide beaucoup à combler mes lacunes ! C’est vrai que je ne sais pas bien ce qu’est un contre-ut, ce qu’est la différence entre bel canto et vérisme (j’entends déjà hurler vos lecteurs les plus orthodoxes) mais je sais que je n’ai pas pu m’empêcher de pleurer en écoutant La Bohème pour la première fois, alors j’en ai déduit qu’aimer l’opéra c’était sans doute ça…Alors voilà je voudrais vous remercier pour les précieuses informations que vous nous donnez, pour l’humour de vos textes (chose que vos orthodoxes lecteurs ont aussi du mal à saisir…). Je pense que l’art d’une manière générale est synonyme de liberté, de passion et d’éthique. On a le droit de ne pas aimer une œuvre, de ne pas apprécier un artiste, mais rien ne peut justifier l’intolérance et la violence. Je suis la preuve qu’on peut avoir vingt ans, aimer l’opéra et le rock sans aucune forme d’intolérance. J’entends encore vos orthodoxes lecteurs mais, ils sont la preuve vivante qu’ils ont définitivement tort.

Merci encore, cordialement

Hélène, Nîmes.

Chère Hélène,

Vous vous doutez bien que vos appréciations me vont droit au cœur. Elles sont empreintes de cette naïveté légèrement érotique qui comble le vieux baroudeur au grand cœur que je suis. Vous raconterai-je comment j’ai découvert l’opéra ? Ah ! J’avais à peu près votre âge ! Je vivais alors parmi la tribu Falapipu, dans le nord de l’Amazonie. La vie était rude, mais belle. Nous nous nourrissions de fruits sauvages et de boas constrictors grillés. Ne me demandez pas comment j’étais arrivé là. Je vous le dirai une autre fois, lorsque vous serez grande.---- Sachez seulement qu’un jour, une vieille carlingue s’écrasa près de notre village, un matin. Fracas épouvantable. Nous courons vers les lieux du crash. Oh, ce n’était pas la première fois qu’un tel accident survenait. La jungle est pleine de ces navires volants qui parfois retrouvent malgré eux la bonne terre ferme – un peu violemment. Cette fois-ci, quelle ne fut pas notre surprise de trouver à bord de l’appareil, outre un pilote affreusement broyé et déjà à moitié consommé par les fourmis gourigouri (une variété carnivore et féroce de bestioles, excellentes dans la salade de fougères), une famille de race blanche. Le père était empalé sur l’hélice qui tournait encore. Il ne ressemblait plus beaucoup à la photo de son passeport. Les enfants offraient le spectacle attendrissant de trois petits rôtis noircis dans les flammes du cockpit, sagement alignés, prêts à déguster. Ce qui bougeait encore ressemblait à une femme, et une étude plus approfondie menée par moi et mes douze compagnons nous le confirma. Nous ne parlions pas sa langue. Nous ne comprenions rien à ses paroles. Mais le soir, lorsque les moustiques zébrés faisaient taire leur rumeur, il s’élevait de sa gorge rebondie une complainte à faire pleurer un indien hattigu au moment du supplice de la corde sèche. Avec le temps, elle remit en l’état un étrange outil qui se trouvait à bord de l’avion. C’était un pick up. Elle put nous faire entendre les plus beaux opéras de Puccini et Mascagni en 78 tours. Mes compagnons se bouchaient les oreilles. Moi, je regardais Elizabeth et je lui souriais. Elle resta avec nous pendant une petite semaine. Après quoi, nous nous la servîmes en méchoui avec d’excellentes patates douces. Depuis ce temps-là, l’opéra me donne l’eau à la bouche.

Sylvain



Monsieur,

Avide lectrice de la revue Forum Opéra, je me positionne dans le camps des verdinophiles ou puccinolâtres. Je n'aime rien tant que le grand lyrisme italien, ces ténors très virils et ces femmes offertes à la force du destin (et pas uniquement...) : c'est tellement magnifique ! Ce qui me plaît aussi ce sont les barytons au timbre noir, les basses de deux mètres, toutes ces voix entremêlées, ces corps qui se déchirent. Génial ! Quand même, il faut bien dire que José Cura est une bête et qu'Anna Netrebko est une femelle comme on en fait plus, avec des ovaires qui crient famine ! Ah là là j'aimerais tellement les voir ces deux-là dans Otello, lui bondissant sur elle comme un fauve, elle le pauvre petit agneau vierge plein de sang et de substance virile ! Ou bien ce que j'aimerais aussi c'est dans Turandot, quand elle offre son corps de femme sans tabou à sa bestialité frustrée ! ! ! Et à la fin, tous ces êtres superposés dans une grande mêlée obscène, rhalala !...

Karine G., Paris.

Chère lectrice,

Tout d'abord, ne m'en veuillez pas de ne publier que les toutes première lignes de votre aimable courrier. Le reste ne m'était guère intelligible, bien que je crusse y remarquer des mots que je n'avais plus employés depuis les temps bénis de ma douloureuse adolescence. Je pense en outre, sur un plan purement linguistique, qu'une onomatopée ne remplace jamais l'expression d'un sentiment. Je ne suis pas un adepte des phylactères remplis en tout et pour tout de quelques lettres écrites gros. Sur le fond, je ne puis être d'accord avec vous, car pour moi l'opéra est par excellence un genre chaste. Il n'est rien de plus tendrement innocent que ces grosses dames qui chantent leur solitude aride, de plus sympathiquement prude que ces ténors qui hurlent leur désir pour ensuite le contenter dans d'improbables - mais toujours très vertueuses - étreintes. Un bisou du bout des lèvres est le geste érotique le plus intense que j'aie jamais vu sur une scène d'opéra. Il est certes de bon ton, parfois, de présenter des corps dénudés ou des simulations de coït, mais je pense que nous sommes suffisamment adultes pour n'y rien voir d'autre que la provocation attendrissante de metteurs en scène coincés au stade anal. Bref, si vous allez à l'opéra pour y trouver un aliment à vos aspirations les plus primales, j'y vais, moi, pour me reposer dans une douce pénombre, voler quelques heures de sommeil à l'agitation de la rue, bercé par les voix suaves de professionnelles de la glotte, et je ressors de là avec un  seul désir ardent : celui de manger une bonne côtelette.

Bien cordialement,

Sylvain

PS : Il est naturellement hors de question que je vous porte à domicile un exemplaire dédicacé de mes éditoriaux.

Bonjour,

Je suis super intéressée par votre site, car je ne connais pas du tout l'opéra mais j'aimerai très beaucoup à le connaître. Alors la question que j'ai elle est super simple c'est qu'est-ce que je pourrais commencer par où pour apprendre l'opéra et aimer ça très bien ? Je ne sais pas mais je ne suis jamais allé à l'opéra et j'ai écouté un disque de la chanteuse Boceli qui m'a pas vraiment beaucoup plu, pourtant l'opéra c'est très beau sur les photos avec les fauteuils et les rideaux partout, mais aussi la musique comme celle des serviettes hygiéniques et des nouilles. Merci de répondre. Avec mes amitiés pour tous et bravo.

Stéphanie Ratsele,
Colmar

Chère Stéphanie,

Je vous avouerai que je partage votre enthousiasme. A moi aussi l'opéra plaît très beaucoup. Cela nous fait un point commun, y compris grammatical. Vous orienter ? Mais très certainement. Rien n'est plus simple. Tout d'abord, je pense qu'il faut écouter quelques disques afin de vous familiariser avec le genre, si spécifique, certains diraient : si codifié. Pour cela, commencez par le plus accessible : l'admirable Kopernikus, de Claude Vivier . Vous verrez, cela ressemble beaucoup à un film de TF1. Vous pourrez continuer par la Révolte des Escholiers de Szeligowski, à moins que vous ne soyez séduite par les oeuvres tardives de Morton Feldman. J'imagine que, votre passion prenant forme, vous serez désireuse de vous tourner vers la forme vivante du spectacle. Les installations lyriques de Jeff Bartenson dans les anciens abattoirs de Chartres vous convaincront. Moins peut-être que les spectacles tout simples et si touchants de Kate Grigoriam, notamment son excellent Chiffon-Crachat-III, présenté ces jours-ci à la salle polyvalente de Staft-sur-Hessen. Je vous conseillerai toutefois d'arriver à ces présentations totalement dépourvue de préjugés. Ce n'est qu'après que je vous recommande de lire les Théories pour une Esthétique Contrariale et Macératoire de la "Musik" de Enrique Perez-Stroheim, notamment le très drôle volume VII ("Quelques protases anticipatorielles sur la métaphorisation de la "Quenouille de Dante", postface de Gérard Mortier).

Bienvenue au club,

Sylvain



Redac chef,

Depuis qu'il n'y a plus de forum, je lis la revue Forum Opéra avec plus d'attention. Comment vous remercier ? Toujours fourre sur le forum, je. Ne m'étais pas rendu compte de la pertinence de cette revue, de sa richesse : vu le genre du forum (très marrant), je croyais que c'était un fanzine. Eh bien je découvre une revue merveilleuse. Merci !

Emilien Goury
Ixelles


Cher lecteur,

Heureux de votre découverte. Vous verrez que nous ferons tout pour entretenir votre joie. Pour commencer, nous avons décide de supprimer aussi la partie revue, afin de nous en tenir a l'essentiel.

Cordialement

Sylvain

Sylvain, Camille,

Vous croyez vraiment qu'on vient sur FO pour lire les articles prétentieux de vos pseudo journalistes ? Le forum était nul, mais le crasher ça montre votre insupportable arrogance : si on doit lire seulement les editos de monsieur Sylvain et les articles de Schreuders, autant se tirer une balle !

Steve Mauceri
Biarritz


Cher ami,

Nous n'avions pas le choix. Le groupe Hachette nous proposait une telle somme pour le rachat du Forum que nous avons craque. A cette occasion, Bernard Schreuders s'est enfin offert la villa toscane dont il rêvait : il s'y retirera et n'écrira plus une ligne. Quant a moi, je ne ferai plus d'editos : cette tache est trop ingrate. Je publierai les photos prises depuis ma terrasse de Saint Jean  Cap Ferrat. Les ocres admirables du soleil couchant sur le golfe remplaceront assez bien les moirures délicates de ma prose. Quant aux aurores mediterraneennes, elles vous rappelleront peut-etre la flamboyance de mon style incomparable. Mais ce sont les cascades de bougainvilliers en fleurs qui traduiront le mieux cette écriture précise et lyrique dont je suis désormais fatigue de vous régaler. Quant a Camille de Rijck, seule une photo des dauphins virevoltant dans le bassin du parc pourra vous faire ressouvenir de son intelligence stupéfiante quoique pauvre en vocabulaire.

Bien a vous,

S.Fort

Monsieur,

Grâce au forum j'étais en contact suivi avec Monsieur Clément Taillia. Comme j'apprécie énormément les jeunes adolescents qui donneraient tout pour un petit billet pour Bayreuth, je suis très triste d'avoir perdu ce contact. C'est simple : je n'en dors plus. L'image nébuleuse de ce Tadzio flotte dans mon demi-sommeil. Je songe a toutes les promesses qu'il m'a faites pour un autographe de Waltraud Meier. Il m'avait même dit que j'aurais le droit de la lui glisser «dans le caleçon». Et même il m'avait dit qu'il prierait sa duègne de sortir de la pièce le jour ou je lui remettrais une plume du cygne de Heppner. J'ai aussi ici un petit slip violet a lui offrir. Auriez-vous son adresse personnelle ?

Merci d'avance,

Lucien, Saint-Nazaire


Cher Lucien.

Je vous remercie de la photo du petit slip violet. Le rossignol qui en décore la partie antérieure est du plus joli effet. Cependant, ce vêtement me semble étriqué pour la belle musculature de notre juvénile collaborateur. J'ai même cru un instant qu'il s'agissait d'un lance-pierre... Mais soyons franc, vos manoeuvres sont vaines : Clément était un la mascotte virtuelle générée automatiquement par le serveur du Forum. Je suis désole que vous ayez cru a ce cyber-ectoplasme aussi comique qu'improbable : nous aurons beaucoup ri de cet «ado wagnerien», mais il est devenu une molécule impalpable circulant a la vitesse de la lumière dans les canaux glaces de l'Internet.

Salutations

Sylvain


Cher Monsieur Fort,
Loin de moi l'idée de prôner la préférence nationale mais je trouve que le paysage lyrique français devient très belge ! Gérard Mortier à Paris, Paul-Emile Fourny à Nice, Serge Dorny à Lyon et maintenant Bernard Foccroulle à Aix ! Pourquoi tant de belges qui ramènent dans leurs valises ces horribles mises en scènes flamandes à la Jan Fabre où on fait caca sur scène et où des femmes portant enfant se trémoussent nue*s sur des rythmes endiablés ? Je hais le slogan "la France aux français", mais tout de même, pourquoi cet envahissement belge ? ça sent la frite ici !
Mylène Parimu
Nantes

Chère Mylène,

Votre message me scandalise. Ce n'est pas parce que le directeur de la publication de Forum Opéra est belge, que le rédacteur en chef adjoint est belge, que certains rédacteurs sont largement belges, mais enfin. Comme vous, il peut m'arriver d'avoir des sursauts de défiance ou de dégoût. Comment n'en serait-il pas ainsi lorsqu'on met les pieds dans une de leurs tavernes infâmes, où le remugle de la frite grasse et de la moule gluante vous prend littéralement à la gorge ? (moins toutefois que le spectacle atterrant de gros messieurs faisant trempette dans une mayonnaise tournée où ils laissent à chaque fois quelques poils de leurs doigts velus). Mais moi, je ne me laisse pas aller à mes bas instincts. Je me reprends et je me dis : "la différence des cultures, c'est notre richesse". Et aussitôt, je trinque à l'amitié franco-belge - non sans avoir, précaution d'usage, désinfecté le bock douteux où m'est servi ce qu'on voudrait faire passer pour de la bière mais qui renifle comme une urine de cheval arthritique. D'ailleurs, ces gens parlent notre langue, et les incorrections nombreuses qu'ils apportent à cette pratique sont plutôt comiques et attendrissantes, non ? Après tout, ce n'est pas leur langue, et ils font bien des efforts pour la parler. On peut leur pardonner les solécismes et je vous assure qu'avec un peu de temps on comprend ce qu'ils veulent dire à travers l'écran opaque de leur accent râpeux. On voit bien d'ailleurs qu'ils ont donné de formidables chanteurs et artistes: Annie Cordy, Hergé, et surtout Annie Cordy, toujours aussi gaillarde ! Et Jan Fabre, me direz-vous? Eh bien, certes il nous inflige le spectacle désolant de vieilles femmes faisant sous elle pour mieux souligner les rapports dominés-dominants dans l'opéra de Haendel, mais chez lui, à Anvers, il lui arrive de ne pas tirer la chasse après la grosse commission : ah, la tête de Madame Fabre ! je vous assure qu'elle ne crie pas au génie conceptuel  Enfin, il est une dernière chose qui achève de me rendre les Belges sympathiques : ils se sont fait une spécialité de la taxidermie de quelques-une de nos vieilles gloires - Giscard, Delors, Cohn-Bendit, Johnny : ils assurent la formolisation et la momification. Ca vaut bien quelques étrons sur les planches de l'ONP, non ?

Meilleures salutations,

Sylvain
 


Monsieur Fort !
J'apprends de source quasiment sûre que le spectacle RHEINGOLD auquel j'ai participé en tant que soliste de tout premier plan (je ne vous révèlerai pas mon nom, cela vous ferait trop plaisir), j'apprends donc que ce spectacle du festival d'Aix a été chroniqué dans vos colonnes par un adolescent de quinze ans et demi ! Croyez-vous que ce soit vraiment un gage de sérieux que de nous envoyer un journaliste en culottes courtes ayant encore plein la bouche des dents de lait prêtes à cracher leur jeune fiel sur les artistes malmenés que nous sommes ?
Monsieur X

Cher ami,

Dit comme cela, évidemment, cela prête à interrogation. Laissez-moi vous expliquer. Le jeune homme dont vous parlez pourrait presque être mon fils. D'ailleurs, je suis pour lui comme un père spirituel, et Camille de Rijck est en quelque sorte sa grand-mère gâteuse et adorée. Lorsqu'il est venu me trouver pour chroniquer ce spectacle, j'ai cru à une blague de mon ami Alain Guédé, jamais en retard d'un bon canular. Mais non. C'était une véritable candidature, étayée et sérieuse. Nous avons alors décidé de tester l'impétrant. Pendant sept jours, nous nous sommes isolés dans un mien château, en Bourgogne, avec pour seuls compagnons : les viandes de boeuf séchées et parfumées offertes par Madame Lechut (mon ancienne gouvernante, toujours très attachée à ma personne), les crus anciens pris dans la cave, un peu au hasard des 14517 bouteilles (je me vante de n'avoir eu que de grandes années) et Wagner. A mon immense surprise, le jeune impétrant savait son Ring par coeur. Mieux : à l'audition de trois notes, il pouvait vous dire de quelle mesure il s'agissait, dans quelle journée. Il savait analyser musicalement n'importe quel Leitmotiv et en retrouver les variations dans n'importe quel passage. Il connaissait sur le bout des doigts les écrits théoriques de Wagner, mais aussi toutes les implications nietzschéennes et schopenhauériennes du Ring. Aucun événement intellectuel de l'Allemagne des années 1820-1860 ne lui était étranger. il vous récitait le Second Faust par coeur et vous expliquait sans coup férir les sous-entendus alchimiques chez E.T.A. Hoffmann. Les bandes dessinées clandestines et pornographiques du Berlin des années 1850 lui étaient familières. Les chansons à boire des tavernes de Dresde vers 1851 étaient sa spécialité. Rien ne lui était mieux connu que traités d'apiculture laissés par Ernst Böllendorf, camarade de classe de Wagner dans les années 1817. Grâce à sa fortune familiale, il avait financé intégralement la restauration du plafond de Wahnfried et permis le nettoyage des toilettes de Bayreuth, souillées par des générations de consommateurs de bière et de saucisse. Il dormait dans le pyjama mauve que Richard portait lors de ses séjours à Venise. Son hamster d'appelait Alberich. Enfin, quoique de constitution chétive voire franchement débile, affligé d'un zozotement pathétique et d'un regard torve, il arborait au niveau du poignet droit une musculature digne de Siegmund. Nous avons bien entendu reçu d'autres propositions. Les plus fameux wagnériens de la presse française se sont pressés à nos portes - nous avons même dû refuser une accréditation à Monsieur Jacques S., de Lausanne, qui s'était pour l'occasion grimé en Walkyrie replète (il fut trahi par ses sandales). L'article réalisé par ce jeune et méritant rédacteur vient d'obtenir le prix de composition française du concours de journalisme organisé par le Cercle Wagnérien de Mühlsheim-sur-Bader (Haut-Rhin) : nous remercions vivement les vieux croulants réactionnaires qui ont décerné cette récompense.

Bien à vous,

Sylvain


Cher Monsieur Fort,
D'abord je vous admire beaucoup et je regrette qu'on ait supprimé votre photo de l'éditorial. Vous qui savez tout, j'aimerais connaître votre avis sur la succession de Gérard Mortier à l'Opéra de Paris ? Franchement j'espère que ce sera Nicolas Joël, j'aime tant ses belles mises en scène fidèles aux livrets qui nous rappellent un peu l'opéra du temps où nos arrières grands parents nous y traînaient de force. Si c'est Lissner en tout cas, je ne m'abonne plus. Si c'est pour avoir Delunsch en Traviata, merci !
Aldo Balducci
Paris

Cher Aldo,

Comme je vous comprends ! La photo qui ornait mon éditorial était des plus réussies ! Quelques jours avant la séance, j'avais fait maigre afin de perdre un peu ce double menton qui affirme mon autorité naturelle, mais porte atteinte, selon certains, au charme juvénile qu'entretient ma pensée caracolante et mon verbe flamboyant. J'avais mis une chemise cerise écrasée du plus bel effet. Les prises de vue ont eu lieu dans les hauteurs de Biarritz. C'était le plein été. Ma chevelure épaisse et léonine était battue par le vent atlantique et retrouvait à ce contact toute sa brillance. Le soleil généreux défiait mes paupières, mais, se coulant dans le vert lumineux de mes yeux, leur donnait quelque chose de radieux et de conquérant. Le sel marin burinait mes traits d'athlète grec. Enfin, le photographe était une jeune femme dans les vingt-cinq ans, dont la chevelure blond vénitien révélait, en cet été aveuglant, des moirures étourdissantes, tout en épousant parfaitement la ligne sinusoïdale de ses hanches et de ses reins - d'où sans doute ce sourire mâle et impérieux que vous pouvez observer sur la photo. Bref, je pense tout à fait comme vous et je n'aurai rien contre une pétition visant au retour de mon portrait. Je ne sais plus où j'ai mis votre courrier, mais il me semble vous avoir exhaustivement répondu, non?

Je vous embrasse

Sylvain


Non vraiment c'est trop fort. Passer sous silence le passé fasciste de Madame Schwarzkopf, dans votre article tire larmes, vraiment, on est pas dupes ! Alain Lompech, responsable de la rubrique jardinage et loisirs du Monde l'a longtemps dit: Elisabeth Schwarzkopf a été présidente des jeunesses Hitleriennes, ça ne se passe pas sous silence ça, monsieur, même si on aime les sons qui sortaient de son vilain gosier de nazie. Je vous trouve très complaisant avec l'extrême droite.
Marthe de Merode

Chère Madame,

Ce n'est pas tous les jours que l'Histoire nous offre des téléscopages acides. Ainsi, à l'heure où les écrivaillons de tout poil dont les oreilles sont de toute façon bouchées par une pratique largement post-adolescente de l'onanisme matinal s'en prennent au prétendu nazisme de Madame Schwarzkopf, voici qu'une rumination de remords contraint Monsieur Günter Grass, prix Nobel de littérature, à avouer qu'il fit partie des Waffen-SS, où il s'engagea volontairement à 17 ans. Autrement dit, pendant qu'une femme, artiste de vingt-cinq ans, prenait sa carte du parti nazi parce qu'elle entrait dans la troupe régulière de Berlin, un jeune nazillon de 17 ans s'engageait pour casser du coco et du juif. Résultat : la première avoua cette appartenance, en livra les circonstances, manifesta en toute transparence le type d'activité qu'elle eut à accomplir et se tut ; le second garda le silence, donna pendant soixante ans des leçons de bonne conscience à tout-va et fit à toute l'Allemagne repentante des injections de moraline, pour finalement, au soir de sa vie et de son oeuvre, lâcher la sinistre vérité et ajouter : "mais je n'y ai commis aucun crime", tant il est connu que les Waffen-SS se signalèrent essentiellement par leur douceur et leur humanité. Tous deux étaient de naissance polonaise. L'une voua sa vie à réhabiliter la culture allemande, à en faire refleurir les beautés, à en reconquérir les secrets dévastés par le nazisme ; l'autre acheva le travail de ruine en fouaillant les plaies, excavant les esprits, en jouant les procureurs tenaces et amers. L'une eut à se justifier des années, à subir les revers de la dénazification, les réserves des directeurs de théâtre, l'agressivité des journalistes, le feu nourri des biographies non-autorisées, pendant que l'autre mettait sa plus belle jaquette pour aller recueillir le prix Nobel (richement doté) et, paupière lourde et pipe au bec, poursuivre son travail d'intellectuel chassant les fantômes puants de la germanité. Eh bien, voyez-vous, Madame, que cet incident advienne au moment où Elisabeth Schwarzkopf s'éteint dans la rumeur encore bruissante des accusateurs de la vingt-cinquième heure, est une leçon d'histoire, de morale et de vie dont j'espère qu'elle pourra faire taire les historiens en chambre, si toutefois ils savent l'entendre et l'apprendre. J'ajouterai une chose, si vous me le permettez. C'est qu'Elisabeth Schwarzkopf nous laisse un legs qui rend au monde d'après l'apocalypse de merveilleuses couleurs, des reflets tendres et profonds, une subtilité alcyonienne, pendant que le gros Günter, qui sent fort le tabac et dont les dents pourries ne disent rien qui vaille, a accumulé les pavés indigestes et les romans les plus illisibles, présentant des paraboles controuvées et des messages véhémentement banals, allant jusqu'à épouser les soubresauts de l'opinion publique la plus petite-bourgeoise avec ses voyages en Inde et tout le toutim, non sans accumuler au passage les rôles officiels et les médailles nationales. Bref, vous me permettrez de trouver tous ceux qui, s'étant essuyés les savates sur Madame Schwarzkopf, ne reprendront pas le refrain - avec sforzando ! - au sujet de Monsieur Grass, oui, vous me permettrez de les trouver bien complaisants avec les Waffen-SS !



Cher Monsieur Fort,

A la lecture de vos articles sur monsieur Herlin je suis très troublé. Étant moi-même d'extrême droite et n'ayant à ce sujet aucune honte, je me demande pourquoi mes collègues spirituels sont aussi mal traités dans vos colonnes. On passe sa vie à casser du sucre sur le dos des nazis à cause des camps de la mort et j'avoue moi-même que cette idée n'était pas la plus défendable du troisième Reich... mais n'est-ce pas oublier un peu vite les grandeurs de cette magnifique entreprise humaine ? Pour un Goebbles un peu siphonné (j'avoue) combien de grands hommes ? Le ReichMarchal Göring n'était-il pas un homme d'un goût exquis ? Il suffit pour s'en convaincre de lire Le Roi des Aulnes de Michel Tournier, qui le décrit comme un être fin, passionné de chasse, d'art baroque et de charcuterie fine ? Tout cela pour dire que nous aussi, les gens d'extrême droite, aimons les arts, les enfants et les chiots. Pourquoi n'aurions-nous pas le droit d'exister, de vivre en paix avec nos idées et d'avoir une place de choix dans le monde de l'opéra ?
Wilfried Heydrich - Alsace


Monsieur,
Bien qu'émanant d'une correspondance privée, vos provocations nazillonnes tombent sous le coup de la loi pour apologie de crimes de guerre, pro-nazisme, appel  à la violence, falsification historique, négationnisme et tout le toutim. Dans la mesure où c'est déjà la onzième fois que vous me harcelez avec vos insinuations de vieillard pathétique, je publie votre lettre afin de jeter sur vous l'opprobre public et la honte nationale. Je suis absolument convaincu que même l'individu dont vous faites mention au début de votre torchon serait indigné par ces prises de position.
Sylvain FORT


Monsieur Fort,
Vous dites dans les colonnes de Diapason beaucoup de mal de Peter Schreier. Comme à Diapason on ne publie pas mes lettres, je me tourne vers Forum Opéra où j'ose espérer qu'on aura plus de courage. Vous traitez Schreier comme s'il couinait, or c'est un artiste de grand mérite qui personnellement me fait un effet monstre et dont les suavités de la voix n'ont pas fini d'animer mes ébats maritaux. Un peu de respect SVP pour les gens qui n'ont pas les mêmes goûts que vous. Inutile d'en dégoûter les autres. Surtout que vous n'y connaissez rien.
Robert Bonaventure - Fort-de-France


Cher Robert,
Vous avez raison, Peter Schreier ne couine pas. Il grince. Pour me faire pardonner cette approximation, je vais vous envoyer par courrier le disque 6 de sa récente intégrale chez Berlin Classics : il y chante quelques rengaines classiques du répertoire teuton accompagné par une guitare (à moins que ce ne soit un banjo bavarois). Vous devriez, à l'écoute de ce cédé, recouvrer la vigueur de vos vingt ans. Un détail amusant : savez-vous comment fait Peter Schreier pour avoir les mêmes lunettes carrées à triple foyer depuis 1946 ? Simple : il en acheté une cargaison de 7657 à un soldat américain ivre, le soir de la reddition allemande.
Bien à vous
Sylvain


Cher Monsieur Fort,
Sur Resmusica.com on annonce 60.000 lecteurs individuels par mois. Combien vous faites, vous, sur votre petit sitaillon de m... hein ? On rigolerait bien si on savait !
Mylène C. Schollermann - Le Mans


Chère Madame,
Resmusica n'est pas un site rival. C'est notre modèle. Notre source première d'inspiration. Lorsque les équipes de Forum Opéra, épuisées par les orgies louches auxquelles les convie un directeur de la publication généreux mais dévoyé, errent hagardes dans les rues de Hambourg à la recherche du dernier bar ouvert où elles pourraient (les équipes) laver dans la bière grasse les traces de rouges à lèvre bon marché et de déodorant à l'alcool de menthe, et purifier un tant soit peu leur haleine affectée par la consommation excessive de chamallows frits, lorsque ces équipes, donc, constatent qu'une nuit entière de décadence et d'ivrognerie ne leur a pas apporté le début d'un soupçon d'inspiration, que les colonnes du journal vont une nouvelle fois être remplies d'inepties, voire de vide sidéral, que les photographies des artistes vont être floues, que le forum va devenir le théâtre de logomachies lamentables dont sortiront vainqueurs non les plus talentueux ni les plus savants, mais à coup sûr les esprits les plus retrempés de fiel et de haine, alors, oui alors, une petite voix s'élève du fond du bistro infâme des sous-sols de la gare de Rotterdam où la petite bande a fini par atterrir (et cette voix est souvent celle du brave Bernard, dont le rimel dégoulinant et les bas filés n'étouffent pas le coeur d'or ni l'âme d'enfant) et cette petite voix dit : "hé les filles, si on allait voir sur Resmusica". Alors, de son immense poche de devant, où il enfourne aussi bien ses tickets de péage usagé que ses gâteaux au chocolat et à la vanille que son chien puant , notre directeur de la publication extirpe son ordinateur portable de marque Hewlett Packard acheté comptant à la Fnac, et tous les yeux fatigués se plissent lorsque s'allume l'écran de nos songes : nous dévorons, comme un dernier os à ronger avant de succomber aux vapeurs d'éther et d'ammoniaque, le site Resmusica. Et nous savons alors, dans la confusion morbide de nos cervelles enténébrées, que nous pouvons dormir tranquilles sur nos lauriers fripés : c'est pas demain la veille qu'un site causera aussi bien de musique que le nôtre.
Amicalement,
Sylvain


Cher Monsieur Fort,
Je suis très étonné de ne lire sur votre site aucun compte rendu des concerts ayant lieu dans le cadre du Festival au Château de la Follie. Mon épouse et moi nous y rendons tous les week-ends, c'est très beau: une belle bâtisse, un repas champêtre et des artistes fabuleux, le tout baigné dans le soleil si chaud du Pays de Charleroi. Quel dommage qu'on ne s'intéresse qu'aux Festivals majeurs...
Robert Van de Putte - Ecaussinnes


Cher ami,
Et ego in Ecaussines... Comment ne pas partager votre point de vue, pour ce Festival qui fut cher à mon coeur l'espace d'un hiver. Hélas, le printemps a amené avec lui son lot de déceptions, de fleurs mortes, de bourgeons avortés. Ce qui aurait pu être un Festival de bonne tenue a pitoyablement trébuché pour se vautrer dans une fange huileuse. Je ne puis en dire davantage sur ce sujet. Je suis tenu au secret par mon avocat, qui filtre tous mes courriers et en déchire la plupart. Du fond de la cave humide où il me tient, je vous assure simplement que ce ne fut pas par oubli, mais par volonté que je ne foulai pas les plates-bandes jaunies de ce Festival, que je ne posai point mon séant dans les fauteuils incommodes de ce lieu, bien que les artistes s'y produisant fussent de mes amis. En dire plus, non, je ne le puis. Mon avocat me ferait les gros yeux. J'avais écrit toute une tribune. Il l'a déchirée et m'a dit : "quel torchon". Depuis, il me passe une fois par jour une gamelle de haricots rouges par le guichet de l'huis ferré. Je voudrais parler. M'exprimer. Tout révéler. Mais c'est impossible. Ca y est j'entends son pas qui approche. Il va couper la connexion. Je n'ai plus que quelques secondes. Ce Festival c'est vraiment de la... arggghhhh.... le réseau est coupé.... il fait noir.... aidez-m.............;


Monsieur Fort,
On a compris: Alagna est votre pote: est-ce pour autant que vous devez manquer de toute objectivité par rapport à ses prestations ? Ce gosier prétentieux n'est plus que l'ombre de ce qu'il était. Il est temps que quelqu'un le dise HAUT ET FORT. Moi je n'ai pas peur de cette brute épaisse.
Mylène C. Schollermann - Le Mans


Chère Madame,
Roberto Alagna n'est pas mon pote. Nous ne nous promenons pas le soir, en joyeuse bande riante, sur les plages de Miami, pieds nus, refaisant le monde et nous réjouissant à l'idée de la folle nuit qui nous attend dans les bars à tapas de cette scintillante cité. Nous n'avons jamais, que je sache, grignoté un morceau de saucisson sec en haut de la Tour Eiffel (un geste qui, selon moi, fonde les pactes d'amitié). Nous n'avons même pas partagé, que je me souvienne, une grappa bien forte sur le quai degli Schiavoni, au moment où le soleil caresse amoureusement les fesses des Atlas qui ornent la Douane de Mer. En revanche, j'ai ma carte des brigades du TPAR (Touche pas a Roberto) : avec mes camarades albanais, roumains et siciliens, nous protégeons la réputation du boss contre les fâcheux comme toi. Avec ton adresse IP, on t'a déjà loggé, on sait où tu habites et maintenant on sait aussi que ton dernier achat au Leclerc du Mans, c'est l'intégrale de RécréA2 remixée par Corbier. A l'heure où j'écris, je te vois distinctement sur les écrans satellite dont le mur de mon bureau est tapissé reprendre pour la septième fois le couplet du "Nez de Dorothée" en te goinfrant de chouquettes au beurre. Dans une de ces chouquettes, l'agent Alpha Metro a injecté une dose infinitésimale et indétectable de cyanure concentré à effet fulgurant. De toi ne restera qu'une flaque de bave blanchâtre. C'est la réponse aux insolentes dans ton genre. Bonne nuit.
Commandant Zébra Kangourou. Zone d'intervention B12. Brigade TPAR.



Cher Monsieur Fort,
Vous parlez régulièrement du site Opera Giocoso. Ca a l'air rudemet bien ! Quelle en est l'adresse ?
Mylène C. Schollermann - Le Mans


Mais bien sûr. Tu trouveras ce site à cette adresse : http://www.momes.net/BD/schtroumpfs.html. (Si le lien est redirigé vers : http://www.generationslepen.com/ c'est peut-être une erreur, ou peut-être pas)



Salope de Français, si tu n’aimes pas Nella Anfuso, c’est que tu es un connard d’ignorant de français qui ne connais rien et qui sort de la merde parce que l’opéra c’est de la merde et toi tu crois que tu connais mais Nella Anfuso a découvert le vrai sens du chant italien et elle est capable de faire des choses qu’elle seule est capable de faire, et vous les gens d’opéra et les salopes de Français vous ne savez rien, vous devriez apprendre l’italien et moi sinon je vais vous tuer vous allez voir qui va rire bande de cons (etc.etc.)

(Traduit et synthétisé de l’italien)

Nous ne doutons pas que Nella Anfuso sache faire des choses qu’elle seule sait faire avec sa grande bouche. C’est d’ailleurs bien ce qui nous plaît tant chez elle. Depuis que Raymond Devos est mort, elle est décidément la seule à pouvoir nous offrir d’authentiques tranches de rigolade avec ses bruitages exotiques. Pourriez-vous toutefois nous indiquer si dans la plage 9 de son plus récent disque elle produit elle-même ces roucoulades gloussantes ou bien si elle a eu besoin pour ce passage de son fidèle mainate Alberto ? Merci d’avance.

Sylvain

Bonjour,

Connaissez-vous David Le Marrec ? Il n’apparaît plus sur Opera Giocoso mais il contribue encore à des sites littéraro-linguistico-philosophiques. Que devient-il ? Merci.

Muriel, Arles

Chère lectrice,

Je ne connais David Le Marrec que fort mal. Je lui avais proposé jadis de créer des liens entre son sympathique forum et le nôtre, mais il a refusé tout net. Il est vrai que je ne lui avais pas proposé de titre ronflant à la clef - une erreur psychologique de ma part. Il a ensuite trouvé bon de calomnier Forum Opéra et ses responsables parce que nous nous étonnions de l’inculture et des propos étrangement biaisés de son ami Philippe Herlin. Moyennant quoi nous ne parlions pas de Monsieur Le Marrec, mais Monsieur Le Marrec n’aime pas quand on traite ses amis du Front National de fascistes. Lui les trouve « sympathiques et cultivés ». Cette polémique s’est heureusement terminée par l’évaporation de David Le Marrec. Quant aux contributions qu’il peut éventuellement faire sur d’autres sites, permettez-moi de dire que je vois autant de rapport entre David Le Marrec et la philosophie qu’entre un canard sauvage atteint de rougeole et un fer à repasser.

Bien cordialement,

Sylvain

Monsieur le Rédacteur en Chef,

Ca fait maintenant trois mois qu’Edita Gruberova a donné un récital à Minsk et toujours pas un mot dans vos colonnes, mais qu’est-ce que c’est que ce site pourri ? (Traduit du russe)

Fiodor (Minsk)

Cher Monsieur,

Nous sommes un site d’opéra sans prétentions encyclopédiques. Je crois savoir que Jussi Björling a récemment donné son récital d’adieu dans la forêt équatorienne : eh bien, nous n’y étions pas, et pourtant, c’était autrement intriguant que ce dont vous parlez. Notre seule règle est de faire exactement ce qui nous plaît, car Forum Opéra est à peu près le seul endroit en ce bas-monde où les raseurs et les lourdauds ne peuvent entraver notre bon-vouloir.

Sylvain

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Mario

Cher Monsieur,

Merci de limiter vos ardeurs. La présence à mes côtés de deux enfants rebondis et joyeux atteste l’inutilité de votre offre. Veuillez la rediriger vers le site d’Opéra Magazine dont la rédaction octogénaire requiert certainement vos services.

Sylvain

Monsieur le Rédacteur en Chef,

Je trouve votre site de plus en plus intéressant. Toutefois, votre dossier Mozart n’a connu qu’un numéro. Pourquoi ? Meilleures salutations.

Brigitte Pommier (Rouen)

Chère Lectrice,

Vous êtes observatrice. Rassurez-vous : la suite arrive. D’abord, 2006 n’est pas fini. Nous n’en sommes qu’à la moitié. Ensuite, nous avons voulu laisser passer la vague des dossiers en tout genre dans toutes les publications possibles, pour offrir notre propre vision dans un moindre brouhaha. Nous vous proposerons donc la suite et la fin de notre dossier dans les mois à venir, en tout état de cause avant la fin 2006. A coup sûr, il balaiera à lui seul tout ce que vous aurez pu lire ailleurs en cette année célébrante.

Bien à vous,

Sylvain

Monsieur,

Bravo pour votre site. Dommage qu’il soit entaché par les méchancetés que vous distillez sur Natalie Dessay dans votre dernier éditorial, même si je n’ai pas entendu sa Traviata. D’autant que vous la comparez défavorablement à Anna Netrebko, pur produit marketing. Je ne comprends pas bien votre système de valeurs.

Jean-Pierre Arrighi (Paris)

Cher lecteur,

Je fus des premiers admirateurs de Madame Dessay – je puis même vous dire que je pris pour elle un billet pour le concert des lauréats du concours Mozart à Paris en 1991, j’avais alors six ans. Eh bien, elle annula ce soir-là (mais je ne lui en veux pas). J’ai vu moult productions avec Madame Dessay, que j’ai toujours applaudie au prix de la bonne santé des mes cartilages. Aujourd’hui, après des épreuves que peu auraient surmontées aussi crânement, elle trouve bon de réaliser quelques fantasmes vocaux : nous en comprenons les raisons, mais sans doute ne devrait-elle pas oublier que nous ne venons pas assister à une séance de thérapie libératoire, mais à un récital de chant. Sa Traviata était, entre nous, piteuse. Et le Iago triomphant d’arrogance et de noirceur de Monsieur Naouri augmenta notre malaise, un peu comme si Dessay c’était François Hollande et Naouri Ségolène Royal – enfin, à peu près. Personnellement, je n’ai rien contre le marketing lorsqu’il nous oblige à découvrir des chanteuses de la trempe de Madame Netrebko. Je suis moi-même un pur produit marketing.

Sylvain


(février 2006)

Cher Monsieur,
Depuis longtemps je rêvais d’emmener ma petite fille à l’opéra. M’y étant enfin décidé, je réservai deux places de première catégorie au Grand Théâtre pour Tannhäuser de Wagner. Quelle ne fut pas ma stupéfaction de voir sur scène un homme marchant, entièrement nu avec un énorme pénis en érection dressé vers les cintres. A mon âge, je ne me fais pas d’illusions sur l’innocence relative d’une jeune fille de 13 ans, pour qui les choses de la sexualité ne doivent avoir aucun mystère ; mais tout de même, je regrette le temps où j’aurais pu me rendre à l’opéra avec ma petite fille, sans risquer une rencontre aussi « tendue ».
Jacques Damien Schmidt – Genève

Cher lecteur,
Père de famille moi-même, je partage votre émoi. Comme vous avez dû frémir ! Quelle gêne dut être la vôtre ! Pour ma part, je n’ai qu’un conseil à vous donner : prenez ces instants difficiles comme autant d’épreuves envoyées par le Ciel. La Tentation diabolique prend des formes et des attributs divers ! Voilà bien longtemps que j’ai décidé de surmonter les pernicieux signaux que nous envoie Satan, et je ne me rends plus à l’Opéra que pour le Dialogue des Carmélites ou, tout au plus, Saint François d’Assise (toutefois assez olé-olé). Mais le déluge de fesses observé à l’Opéra Comique, les abouchements lascifs que nous proposent les metteurs en scène dès qu’il est question de sentiments, et maintenant cette verge offerte à la vue témoignent assez que l’Opéra est devenue la proie des Sardanapales et des succubes. Je vous donne rendez-vous le 15 août prochain devant le Grand Théâtre pour une procession de rédemption. Nous offrirons alors, si vous en êtes d’accord, votre charmante petite fille en holocauste à la Purification sacrificielle. Cette offrande sera suivie d’un couscous-merguez dans le Jardin botanique. D’ici là, prenez bien soin de ce petit agneau.
Sylvain


Cher Sylvain,
Forum Opéra attribue une récompense à un ténor mégalomane qui s’illustre dans de la musique d’une qualité relative et vous fustigez Gérard Mortier qui a ses défauts, c’est clair, mais qui nous offre des spectacles fabuleux comme Cardillac et Tristan und Isolde. Je me demande dans quelle mesure vous ne récompensez pas le ténor car il vous a accordé une longue interview et tirez à boulets rouges sur Mortier parce qu’il refuse d’accréditer votre site.
Eric Limier – Montélimar

Cher lecteur,
Quelle clairvoyance ! Vous avez raison ! J’aime beaucoup Roberto Alagna, sa fougue, son audace, son talent, son allant. Et je n’aime pas de Gérard Mortier les allures de Monsieur Prudhomme matois, les programmations clinquantes, les choix médiatiques, les déclarations consensuelles, mais pas très sensuelles quand même. Mais… vous oubliez une chose ! Ce vote n’est pas le mien ! C’est celui de la rédaction dans sa grande sagesse, et dans sa totale indépendance. Je ne puis que l’approuver, mais je ne l’ai pas téléguidé. Vous me flattez en pensant que je suis, sur ce site, le Grand Guide, le Maître des Clefs, le Gourou Stratosphérique, alors que je suis le modeste capitaine d’une troupe de francs-tireurs bourrés de talent et pleins de morgue altière. Ah ! Comme ils sont beaux lorsque le dimanche ils viennent déjeuner au Château, tout de blanc vêtus, la fleur à la boutonnière et, pour les femmes, quelques saphirs ou émeraudes discrets autour du cou. Ils devisent, boivent des crus anciens, se livrent à des jeux de bravoure et d’adresse, puis repartent, frais comme l’œil, sur leurs montures puissantes, et caracolent vers d’autres horizons où la gloire les attend.
Sylvain

Alors là, franchement, c’est fort. Bravo pour votre article sur Patrick Thil qui n’a cessé de rendre la vie culturelle à Metz de moins en moins intéressante. A quand le label « Vie culturelle zéro » décerné par Forum Opéra à certaines villes ? Pourquoi ne pas avoir balancé votre Ortrud de Cristal à la figure de Thil ?
Elsa Chapier – Épinal

Chère Elsa,
Votre joie fait plaisir à voir. Je vous imagine trépignant d’aise devant l’écran de votre ordinateur. Vous avez raison pour l’Ortrud de Cristal. Mais les votes étaient clos. Ce n’est que partie remise. Quant à la labellisation dont vous parlez, c’est une idée brillante que je me désespère de n’avoir pas eue. Elle reposerait toutefois sur une connaissance fine des réalités locales. Ainsi, il n’est pas certain que l’extinction des réverbères à dix heures du soir dans la bonne ville de Troumeillan-les-Abois soit le signe d’une « vie culturelle zéro », car il se peut que, quelque part, dans une cave, un pianiste ignoré de tous donne en récital privé pour des amis troumeillannais l’intégrale des transpositions de Liszt, dans une interprétation à faire pâlir d’envie Lugansky ou Brendel. En tout cas, Epinal ne ferait pas partie de ces villes épinglées par notre site : vous avez le bonheur de profiter d’un Festival musical de très haut vol, et surtout de voir fleurir aux devantures du moindre épicier ces images immortelles qui rappellent le passé glorieux de notre glorieuse France, images qui jettent sur la médiocrité de certains édiles se réclamant du suffrage populaire une lumière cruelle et démystifiante – sans doute tirez-vous de leur contemplation cette fierté de ton que j’aime tant, cette insolence pleine de jovialité qui me ravit !
Je vous embrasse sur les deux joues
Sylvain

Monsieur,
J’ai entendu votre directeur à la radio l’autre jour. Il disait que Forum Opéra n’avait aucune espèce de rentrée financière. Y a-t-il un moyen d’apporter une petite contribution à votre site que je lis fidèlement depuis bientôt quatre ans ?
Michel Van Haag – Bruxelles


Cher Michel,
Ce que vous avez entendu de la bouche d’or de notre aimable guide est hélas véridique. Nous faisons nos réunions de rédaction dans une cave que nous prête l’association Emmaüs et nos repas se composent de riz pourri et de vin éventé. Nous ne sommes riches grâce au patrimoine exceptionnel dudit guide, directeur de la publication. Encore ce patrimoine est-il de plus en plus illiquide – se composant de propriétés, d’œuvres d’art, de vaisselles anciennes plus que de bon argent. Pour nous aider, le plus simple serait peut-être de vous porter acquéreur de ce petit Ruysbroeck qui sera bientôt mis en vente par notre directeur de la publication chez Sotheby’s à Londres. Guettez les catalogues et faites monter les enchères ! Un autre moyen vous est désormais fourni sur notre site : grâce au paiement sécurisé Paypal, vous pourrez à tout moment verser votre écot à notre bonne santé financière, donc morale et physique. Ce bon argent que vous nous donnerez, nous en ferons le meilleur usage. D’ores et déjà, nous avons repéré chez un antiquaire un alambic flambant neuf dans lequel nous pourrons distiller des eaux-de-vie de qualité, de celles qui vous donnent un tournis plein d’inspiration, vous chatouillent la plume, et font naître dans nos colonnes les aperçus les plus saisissants, les formules les plus percutantes, les jugements les plus justes et les synthèses les plus spectaculaires. Vous pouvez aussi envoyer vos bouteilles de vieux Cognac directement à la rédaction.
D’avance merci
Sylvain


Cher Sylvain Fort,
À l’heure où le scandale des caricatures du prophète Mahomet secoue le monde libre, je suis consternée de constater que vous présentez Catherine Scholler, rédactrice en chef de Resmusica.com, sous les traits d’un gros chien qui bave (j’ai vu ça sur votre forum il y a quelques jours !). Je ne vois pas non plus ce que votre allusion au nez de cette dame apporte au très bel éditorial que vous signez ce mois-ci. Est-ce de la misogynie ? Ne comprenez vous pas que des méthodes aussi douteuses desservent votre site ? Forum Opéra est une très belle publication, je n’en comprends malheureusement pas certaines dérives.
Nathalie Laumier – Paris

Nathalie adorée,
C’est avec une grande tristesse que je prends connaissance de votre mail. Il est vrai que, suite à une erreur de montage, Catherine Scholler n’apparaît pas dans le cadre aux côtés du grand José Van Dam et de son fidèle labrador (répondant au doux nom de Gérard). En regardant bien à droite, vous apercevrez le bout du nez de Catherine. Par quelle immense confusion avez-vous pu penser que nous désignions le chien comme étant Catherine ? Nous prenez-vous pour de vils garnements ? pour d’immondes affabulateurs ? pour des plaisantins de bas-étage élevés au lait de bique galeuse ? pour les victimes présumées d’une encéphalite spongiforme galopante ? Ou bien avez-vous oublié de faire votre visite annuelle chez l’ophtalmologue ?
Quant à ce nez balzacien, je ne vois vraiment pas ce qui vous chiffonne. Connaissez-vous un écrivain plus puissant, plus enthousiasmant que Balzac ? Et si j’avais parlé de son front hugolien ? de ses yeux byroniens ? L’eussiez-vous mal pris ? Non, chère Nathalie, vous vous méprenez par trop sur nos intentions, et ce degré de malentendu entre nous m’arrache des larmes amères. Oui ! je pleure sur l’incompréhension et l’incommunication, sur cette solitude foncière qui fait de nous des êtres à la dérive, dérisoires brindilles sur un océan d’indifférence voire d’hostilité sourde et muette. Auriez-vous un mouchoir, je vous prie ?
Sylvain

Cher Sylvain,
Je suis atteint depuis plusieurs années d’un mal génétique qui me consume et qui viendra bientôt à bout de mon énergie. Dans mon isolement de plus en plus important, votre site m’a permis de me tenir au courant des affaires de l’opéra. Ne pouvant plus sortir de chez moi depuis presque cinq ans, vous comprenez que c’est très important. J’ai fait quelques économies et j’aimerais savoir comment m’y prendre pour les léguer à votre site quand ma dernière heure sera venue ? J’avoue aussi, non sans rougir, que votre photo – qu’on trouve près de votre dernier éditorial – m’a fait soupirer d’aise.
Musicalement,
Lucienne Simon – Bourg-en-Bresse

Chère Lucienne,
Permettez-moi de vous exprimer tout mon soutien, et celui de la rédaction. Il est réconfortant de savoir que nous servons à soulager (un peu) la douleur des êtres dans la difficulté. Nous avons tellement l’habitude de nous faire injurier par des malotrus pétant de santé ! Je dois, naturellement, refuser votre proposition financière. Nous n’en sommes certes pas dignes. Je craindrais trop que certains responsables du site en fasse un usage dispendieux et, pour tout dire, condamnable (savez-vous que l’un de nos rédacteurs a été pris en flagrant délit d’achat de films de Max Pécas ?). Toutefois, je vous indique par mail séparé mes coordonnées bancaires. Quant aux compliments que vous m’adressez sur mon physique, ils me touchent beaucoup – et ce d’autant plus que la photo est très mauvaise et ne rend pas compte du rayonnement sensuel et charismatique qu’on s’accorde à me reconnaître avec des sifflements d’admiration baveuse.
Gros bisous
Sylvain


(Janvier 2006)

Monsieur,

Au moment des vœux, je voudrais en tant que fidèle lectrice de Forum Opéra vous faire part de mon agacement face aux dérives du Forum qui ressemble de plus en plus à un lieu de rendez-vous pour des gens qui semblent se connaître par ailleurs et faire montre de goûts particuliers pour ne pas dire malsains. Je regrette que ce Forum ne soit pas à la hauteur du site d’information. Faites quelque chose ! Meilleurs vœux.

Liliane Chaise
Aubervilliers

Chère Madame,

Le site d’information est conçu et réalisé par nos rédacteurs, avec le soutien et parfois le contrôle du rédacteur en chef et du rédacteur en chef adjoint. A ce titre, il est toujours porteur d’une morale saine et des valeurs traditionnelles auxquelles nous sommes attachés autant que vous. Nous nourrissons également un sens aigu de l’esthétique, du bon goût et de la belle langue. Sur le « Forum » lui-même triomphent, j’en conviens, l’obscénité et le dévergondage. C’est en me bouchant les narines que je m’y connecte, et j’y dépose parfois des rappels à l’ordre que les visiteurs du Forum, odieux succubes vendus à Satan, s’empressent de moquer, redoublant la violence ignoble de leurs éructations diaboliques. Je ne puis que le regretter et m’associer à votre indignation.

Tous mes vœux fraternels,

Sylvain



Cher Redac Chef,

Ou devrais-je dire « Réac Chef » ? vous râlez, vous pestez, vous critiquez, mais allez-y vous : chantez un peu, mettez un opéra en scène, et après on en reparle ! Franchement en tant que chanteur ça me dégoûte de devoir lécher les bottes de gens qui se croient tout permis et croient tout savoir !

Antoine G.
Toulon

Cher Antoine,

Vous avez raison, je ne suis qu’une émanation fétide du néant, à peine capable d’exhaler de temps en temps une haleine nauséabonde que certains ont la bonté de considérer comme des « points de vue ». Rien à voir avec les notes puissantes et mordorées qu’exhale votre gosier glorieux ni avec les stupéfiantes œuvres d’art que les metteurs en scène offrent à nos regards.  Toutefois, je me permets de vous indiquer que j’apprécie un mouvement lent et concentrique, sans trop de salive, et surtout sans les dents, lorsque vous lécherez mes bottes pour que je mentionne votre misérable figuration dans une production de troisième ordre. D’avance merci.

Sylvain



Monsieur le Rédacteur en chef,

Je vous souhaite ainsi qu’à votre équipe de très joyeuses fêtes. J’apprécie beaucoup votre site mais je suis inquiet de ne pas voir plus souvent traiter l’opérette car c’est  un genre tout à fait noble. Récemment près de chez moi (j’habite une petite ville) une troupe tout à fait valeureuse a représenté La Fille de Madame Angot et ma foi c’était très bien et très musical avec ces véritables artistes jeunes mais très bien. Merci de votre réponse.

Henri Valoria (74 ans)
Cuers

Cher vieil Henri,

Nous aimons l’opérette, comme vous. Nous n’en rendons que rarement compte parce que nous ne sommes pas en contact avec les personnes chargées d’en assurer la promotion. Nous le déplorons, car nous passerions très volontiers certaines de nos soirées dans des salles surchauffées fleurant bon le Petrol Hahn et l’eau de Cologne ou de rose à contempler les simagrées lamentables de prétendus chanteurs grimés comme des clowns de bas étage, et à nous ruiner les tympans au son de leurs criailleries stridentes ornant des textes ineptes supposés bâtir une intrigue vraisemblable mais justifiant surtout le mépris complet où les gens de goût tiennent ce genre. Comme vous toutefois, nous sommes également très intéressés par la quantité presque absurde de nichons et de fesses qu’exposent bien souvent les productions dont semblent être friandes les surveillantes générales de maisons de retraite, mais nous avons d’autres adresses pour cela, je vous les communiquerai par lettre séparée.

Bien à vous, et bonne année,

Sylvain



Cher Sylvain,

Merci pour votre site. Comme vous êtes souvent à la limite de la diffamation, je vous propose de vous épauler dans toutes vos démarches juridiques. Bien à vous.

Maître D., avocat au barreau de Bordeaux
Mérignac

Cher Maître,

Merci de votre offre de services. Nous sommes déjà « épaulés » par deux des meilleurs avocats de la place, l’un à Paris, l’autre à Bruxelles. Cette année, nous avons gagné tous nos procès, et avons pu empocher de très juteux dommages et intérêts que nous avons pour partie (une fois déduites les charges fixes du manoir normand hébergeant notre site) reversé aux veuves de ceux qui, après nous avoir accusés à tort, s’étaient, pour laver l’affront de leur échec devant les tribunaux et rétablir l’honneur de leur lignée, suicidés d’une balle dans la bouche.

Cordialement vôtre

Sylvain



Chère équipe de Forum Opéra,

Joyeux Noël à vous tous. J’ai une question, j’espère que vous pouvez répondre : comment fait-on pour écrire dans Forum Opéra ? Amicalement.

Elodie Rodinski (21 ans)
Roubaix

Chère Elodie,

Merci de vos bons vœux. Je me permets de répondre à votre question au nom de la Rédaction de Forum Opéra. La réponse est très simple : il faut avoir du talent. C’est-à-dire réaliser l’alchimie si rare et si mystérieuse d’une compétence inattaquable en matière d’opéra et, plus largement, de répertoire vocal, et d’une plume alerte apte à décrire les moindres nuances d’une représentation ou d’un enregistrement. La beauté physique qui caractérise les membres de la rédaction n’est qu’une option, mais nous ne voudrions pas déparer nos réunions de rédaction en favorisant l’embauche de quelque gnomesse hideuse. Merci donc de m’envoyer votre photo de face, en pied et en maillot de bain.

A bientôt j’espère,

Sylvain 


(Décembre 2005)

Monsieur le rédacteur en chef,
En tant que fidèle lecteur de Forum Opéra, je voudrais vous féliciter de
tout le travail réalisé depuis quelques mois. La ligne éditoriale, la
rigueur des articles, le renouvellement des contributions, la pertinence de
vos éditoriaux - et leur humour ravageur - m'emplissent de joie ! Comme je
regrette que tant de gens autour de moi ne connaissent pas votre site : il
devrait être remboursé par la Sécurité Sociale, car il a un double effet
rajeunissant et éducatif ! Je me charge d'en faire la promotion auprès de
tous mes amis !
Respectueusement,
Berthille Lamarque
Nancy

Chère Lectrice,
Vos compliments me vont droit au coeur. Les équipes de Forum Opéra font de
leur mieux pour vous informer et vous donner de quoi réfléchir. Nous
poursuivrons notre tâche malgré les animosités et les jalousies que cela
nous vaut trop souvent.
Sylvain


Monsieur,
Je suis un lecteur assidu de votre site, le seul à donner une idée vivante
et éclairante de l'opéra tel qu'il est aujourd'hui. Je regrette toutefois
que vous ne couvriez pas toutes les productions de l'Opéra de Paris, entre
autres. Pourquoi ce manque d'exhaustivité ?
Jean-Gilbert Glum
Sarrebourg

Cher Lecteur,
Vous soulevez là un problème épineux et douloureux. Nous ne souhaitons pas
fondamentalement le mettre sur la place publique, mais enfin, il faut aussi
que nos lecteurs sachent la vérité. Cette vérité, c'est que les sites
internet ne sont pas les bienvenus dans nombre de théâtres lyriques. Les
excès du passé (sites fantômes, ou peu professionnels, ou malséants...) ont
valu aux sites sérieux comme le nôtre une très grande méfiance de la part
des attaché(e)s de presse. Nous le comprenons et nous en expliquons le plus
ouvertement possible avec les théâtres. Nous avons ainsi pu être accrédités
- non sans réserves et contraintes, il est vrai - au Châtelet et à l'Opéra
de Paris. Toutefois, concernant cette dernière maison, nous n'avons pas
pour autant cessés d'être en butte à une hostilité manifeste, arbitraire et
très désobligeante, allant jusqu'au souhait clairement exprimé de
s'immiscer dans le contenu rédactionnel. Nous couvrons donc la saison de
L'Opéra de Paris par nos propres moyens c'est-à-dire par le biais de nos
rédacteurs abonnés, ce qui évidemment nous interdit toute exhausivité, mais
garantit une totale liberté de parole et d'expression, dont nous faisons un
usage absolu et inconditionnel.
Meilleures salutations,
Sylvain Fort


Monsieur le Rédac chef,
Votre édito sur Deschamps est nul. C'est scandaleux de contester un type
qui n'a encore rien fait. Vous n'aimez pas les Deschiens ? Eh bien moi ça
me fait mourir de rire. Tous les goûts sont dans la nature ! Et puis,
rassure-toi, espèce de vieux réactionnaire, il a dit qu'il ne ferait pas
les Deschiens à l'Opéra Comique, alors de quoi te plains-tu ?
Cédric Humbert
Paris

Cher ami,
Tout d'abord, je ne suis pas un vieux réactionnaire, mais un jeune homme
fringant qui trouve que les Deschiens puent le renfermé et le mépris de
classe, camarade. Ensuite, permets-moi de te dire que je ne reproche pas à
Deschamps ce qu'il va faire, puisque par définition je ne sais pas ce qu'il
va faire. Relis mon éditorial entre deux Club des Cinq. Prends une loupe,
si besoin : la mas tur bation t'a fait baisser la vue, comme disait ma
grand mère. Ce que je reproche à Deschamps c'est de devoir sa réputation et
donc son élection aux Deschiens, et de jurer qu'il ne le refera plus - il a
honte ou quoi ? Bref, c'est comme si je te choisissais comme garde du corps
pour ta mauvaise haleine légendaire et que tu te présentais le lendemain
les dents propres et la langue nettoyée.  L'autre point, c'est que
Deschamps avait un programme, mais on voit bien qu'il est vague,
opportuniste et de court terme : pas moyen de savoir quoi que ce soit, il
nous arrose de généralités consensuelles, brossant tout le monde dans le
sens du poil, de Minkowski à Pierre Boulez en passant par ta mère. Donc :
nomination purement politique.
A la revoyure,
Sylvain


Cher Monsieur,
Je trouve Forum Opéra super, et même de mieux en mieux ! Le Forum m'amuse
beaucoup, même si je n'y participe pas en raison de mon âge (67ans). Mais
mon neveu (19 ans) s'y connecte tout le temps avec son pseudo que je ne
cite pas si vous permettez. Par contre, ce n'est pas très pratique
internet, il faudrait un journal en papier pour prolonger la lecture, ce
serait bien : pourquoi pas reprendre Opéra International ?
Amicalement vôtre,
Yves Recoing
Bordeaux

Cher lecteur,
Merci de vos impressions. Concernant Opéra International, sachez tout d'abord que notre lectorat est de trois à quatre fois plus important.
Toutefois, les magazines papier ont leur intérêt. Il faudrait relancer Opéra International, ou un autre journal - on parle beaucoup ces temps-ci de la publication d'Opéra Magazine -, et le faire bénéficier du savoir-faire des déjantés du web. Comme dit Bill Gates : "internet est le seul avenir de la presse" ! Parole d'augure !

Amicalement,
Sylvain


Sylvain,
Êtes-vous Camille de Rijck ? Je me le demande parce que Camille n'écrit
plus dans le magazine, alors qu'il était omniprésent. Pouvez-vous prouver
votre existence ?
Merci
Maximine Jacquier
Laon

Chère Maximine,
Les personnes à qui j'ai prouvé mon existence constituent aujourd'hui un
petit cercle d'adorateurs et surtout -trices privilégié(e)s que je ne
souhaite pas agrandir à ce jour, étant marié et père de famille. Apprenez
toutefois que Camille est resté directeur de publication de Forum Opéra. A
ce titre, il donne toujours son avis sur le magazine, et perçoit
d'importants dividendes financiers annuels suite à l'introduction en bourse
du site. Vivant désormais à La Barbade, il s'est un peu éloigné des
réalités du monde de l'opéra. Toutefois, vous retrouverez sa griffe
inimitable sur le Forum, où il continue de sévir sur tous les sujets lui
permettant de manifester son esprit caustique et de montrer sa grosse
verve.
Amicalement,
Sylvain


De : JJ. Mathieu (France)
(août 2005)

Bonjour ,
Je suis très surpris de n'avoir lu jusqu'à présent aucune critique de
Elektra, une des nouvelles productions de la saison 2004 / 2005 de l'opéra de Paris.
J'ai pu assister à l'une des représentations et j'ai été très impressionné
par la mise en scène ; j'aurais aimé connaître l'avis de vos critiques .
J'observe aussi que la dame de pique , production de l'opéra de Paris en mai , n'a
fait l'objet d'aucune critique non plus . J'attends aussi avec impatience une critique de la nouvelle production de cosi fan tutte à Aix mais je crois qu'elle va être diffusée prochainement sur Arte . Désolé pour ces commentaires mais , ceci étant , je continue à consulter votre site avec beaucoup d'intérêt . J'y découvre entre autres que de nombreuses scènes lyriques qui n'ont pas la réputation de celles des grandes capitales,
produisent des spectacles passionnants .
Meilleures salutations

Cher lecteur,
Vous offrez vous-même la réponse la plus adéquate à votre question :
nous sommes convaincus de l'importance des grandes scènes nationales,
mais attachons une attention toute particulière aux scènes moins
visibles, proposant souvent un travail de haute valeur. Malgré nos
requêtes nombreuses, le don d'ubiquité ne nous a hélas pas été accordé
à ce jour - et il nous arrive donc de ne pas couvrir tous les
spectacles ! Ajoutons que le service de presse de l'Opéra de Paris a
engagé une politique malthusienne devant la prolifération de sites
internet dépourvus de sérieux. Nous avons attiré l'attention de l'Opéra
de Paris sur la longévité et la rigueur de notre site. Nous espérons
n'être pas victimes de la vaste "remise à plat" qui s'opère ces
temps-ci, et assimilerait regrettablement Forum Opéra aux
sites-vitrines créés par des malandrins dans l'espoir de capter des
places de presse pour leur seul agrément. Merci en tout cas de vos
encouragements, qui nous touchent beaucoup.
Meilleures salutations,
Sylvain


De : Scylla Ravignon (Paris)
(13/07/05)

Cher Rédac Chef,
Je suis moi même le rédac chef d'un site internet consacré à la littérature, plutôt en fait noire, trash, beat, etc. On a décidé d'arrêter la musique, parce que ça n'intéresse pas les gens. Par contre, moi je suis fan d'opéra : allez comprendre ! Je me disais qu'on pourrait tenter des échanges entre votre site et le nôtre, que ça enrichirait le débat....... pour moi, l'opéra est aussi un genre trash vraiment, qui sue qui pue qui hurle c'est pour cela que j'aime bcp Berg, mais aussi Verdi , ou carrément les transsexuels chez Monteverdi --- je suis fan de Laurent Péli et des mises en scène trash ou de Pete Sellars. J'aimerai aussi écrire un dossier sur la poésie de Dantec et son rapport avec l'opéra contemporain . Pour moi, Eminem est un grand baryton, c'est pas comme Florent Pagny !

Cher confrère,
J'aime à voir que les amateurs d'opéra savent donner à leur goût une épaisseur charnelle, au lieu de résumer l'art lyrique à d'évanescentes poses et d'immatérielles extases. J'accepte d'enthousiasme votre proposition, toutefois, je suis contraint par les règles internes du site de soumettre cet échange à l'approbation du directeur de la publication. Or, vous n'ignorez sans doute pas que Camille de Rijck présente tous les traits du parfait réactionnaire, et a bloqué le compteur à 1860, portant haut la nostalgie d'un dilettantisme et d'un esthétisme de classe qui ont fait leur temps, comme l'ont fait les cocottes et les fracs. A bientôt j'espère.
Sylvain


De : Albert Cieutat (Nantes)
(12/07/05)

Monsieur,
Je veux vous féliciter pour votre éditorial, qui nous convie à ne pas écouter de musique cet été. Je pense que c'est ce genre de recommandations stupides qui rend les gens bêtes, les détourne de la culture et de la connaissance. Finalement, vous préférez ceux qui bouffent des frites sur la plage ou qui jouent au foot au camping : ça, c'est sain, ça c'est les vacances, pas la musique, les festivals, la Culture ! Je suis très déçu qu'un site comme le vôtre se fasse le défenseur de ce poujadisme culturel !

Cher lecteur,
Vous avez raison : pour ma part, je passerai mon été à m'asperger de monoï et à disputer la Coupe des Canards, qui est à la pétanque ce que le Tour de France est au cyclisme. Du reste, je ne perdrai pas une miette des retransmissions qui nous permettront de voir Lance Armstrong remporter son septième Tour. Le reste du temps sera consacré à la dégustation de mon anisette et à la contemplation émue de l'élection de Miss Champougnac-les-Vagues. Plus sérieusement, cher lecteur, je vous invite à distinguer le poujadisme du juste éloge de ce que l'été offre à nos organismes et à nos méninges épuisés. Vous ne me ferez pas croire que le Nantais que vous êtes ne se lancera pas sur l'océan à la barre de son fier voilier, flèche silencieuse sur les flots, et ne renoncera pas au Festival d'Art Lyrique des Amateurs de Chouchen au profit de la contemplation extatique d'un coucher de soleil sur la côte sauvage. Bref, je ne persiste à vous convier à un usage raisonné des saisons.
Sylvain


De : Bruno Maret (Toulon)
(23/05/05)

Bonjour,
je n'adhère en rien à votre critique du Don Juan de Marseille. J'ai assisté à la représentation du 14/05. Un spectacle réussi est une alchimie dans laquelle il faut aussi de la modestie et de l'esprit, et là, hors la satisfaction évidente du chef de sa propre direction, tout tombait à plat. Et les très belles prestations de Zerline, de Don Ottavio et du Commandeur restent isolées et n'ont fait que mettre en évidence la triste platitude de l'ensemble de la représentation : Direction, chant, mise en scène laissent un goût d'inutile et de gâchis. L'on santait bien que chacun tentait de s'investir, mais les graves carences vocales de Donna Anna dont on ne distinguait pas la ligne de chant, la transparence de Don Juan et de Leporello et la direction qui ne nous offrait qu'un magma sonore, ont eu raison de toute résolution de prendre plaisir. Un spectacle peut être réussi malgré des imperfections quand il est animé d'un certain esprit. C'est ce qui manquait finalement le plus.

Cher lecteur,
Tout d'abord, merci de votre lecture attentive et engagée de nos comptes rendus.
J'ai moi-même assisté à la représentation de Don Giovanni, pas le même jour que
vous il est vrai. J'ai noté comme Maurice Salles de grandes qualités, et des
défauts pour le moins frustrants. Toutefois, vous conviendrez avec moi que
l'enthousiasme de notre collaborateur est argumenté, voire documenté - il me
plaît qu'il ait su découvrir dans cette représentation des intentions, une
cohérence, qui ont su le conquérir. Que mon point de vue diverge légèrement du
sien n'est pas pour me gêner, et que le vôtre en diverge radicalement ne
saurait empiéter sur les privilèges de la subjectivité. En quelque sorte, c'est
à ceux-ci que nous rendons hommage en publiant votre intéressant courrier.
Bien cordialement
Sylvain


De : Danièle Just (France)
(19/05/05)

Bonjour,
J'admire depuis longtemps ce que fait François Leroux et j'aime profondément la musique. En cliquant je découvre votre magazine.
Comment devenir une abonnée ? .. j'habite un minuscule village perdu mais situé entre les Chorégies d'Orange et le Festival d'Aix en provence ..

à bientôt.
Danièle Just

Chère Madame,

Je vous remercie de vos chaleureux encouragements. Sachez que notre site est intégralement gratuit et ne fonctionne pas sur le système financièrement juteux mais moralement douteux de l'abonnement. Pour obtenir toutes les nouvelles que vous souhaitez, il suffit de vous connecter régulièrement, les mises à jour se faisant globalement hebdomadairement.
Vous êtes également bienvenue sur notre Forum.

Comme vous, je suis un grand admirateur de François Le Roux. Il nous serait aisé de vous adresser de lui une photo amicalement dédicacée, car Forum opéra, comme vous le savez peut-être, entretient avec lui des relations amicales.

Avec mes meilleurs hommages,

Sylvain Fort


De : Damien Roulier - Roubaix (France)
(16/05/05)

Monsieur le rédacteur en chef,
Je prends la plume aujourd’hui parce qu’étant un amateur d’art lyrique je sais que je trouverai sur votre site les informations que je recherche avec beaucoup de persévérance depuis des années déjà. Je suis un admirateur forcené des grandes voix de l’opéra et je suis en train d’écrire une nouvelle biographie de Maria Callas. Sur un autre sujet, je suis aussi un admirateur ébloui de Madame Von Otter qui pour moi, de ce que je vois ici à Roubaix, est le symbole de la beauté et du succès de l’art vocal de notre temps. Toutefois je me serais laissé dire que Madame Von Otter a récemment subi une opération lui permettant d’interpréter Kundry à Nancy en 2007. Etant grand admirateur, je voudrais savoir si cette information est exacte et qui chantera Parsifal si cette information est disponible mais je ne l’ai pas trouvée sur le site de Nancy.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le rédacteur en chef, mes plus sincère remerciements et bravo pour votre site.

Cher lecteur,
Je ne puis m’empêcher de sourire à la lecture de votre lettre. Non que j’y trouve quelque blâmable naïveté. Mais enfin, vous conviendrez que si Madame Von Otter, suite à une banale opération, était en mesure de chanter Kundry en 2007, je serais moi-même en train de coiffer la tiare papale ou de remonter le fleuve Amazone en dos crawlé. Votre admiration, tout à fait légitime, et que nous partageons tous, pour Anne-Sofie Von Otter, ne saurait vous égarer à demander l’impossible, eussiez-vous le cœur vaillant. En revanche, il nous est permis d’annoncer que la grande Anne-Sofie (1,83m) prépare chez Deutsche Grammophon un enregistrement consacré au répertoire suédois le plus idiomatique, puisqu’il reprendra les succès planétaires du groupe Abba. Gageons que cela ouvrira des perspectives à tous ses confrères et rêvons d’entendre Bryn Terfel dans le répertoire de Meatloaf, Simon Keenlyside reprendre les standards de Serge Gainsbourg et Roberto Alagna les tubes de Mariano !


De : Vlassios Greibich - Metz (France)
(16/05/05)

Monsieur le rédacteur en chef,
J’ai ouï dire qu’Angela Gheorghiu a récemment annulé sa participation à l’Edison Gala d’Amsterdam parce que son nom était écrit trop petit sur l’affiche. J’ai ouï dire aussi que c’était fini entre elle et Roberto : pendant qu’elle était à Amsterdam, il était à New York et ils n’auraient plus de projets communs, ni au disque ni sur scène, que par contre Angela ne serait pas insensible aux charmes d’un chef d’orchestre barbu exerçant aux Pays-Bas, et que …

Cher Vlassios,
Je me suis permis de censurer quelque peu votre lettre ; vous voudrez bien m’en excuser. Je tenais toutefois à en reprendre les premières lignes, tant cette missive a suscité en moi de colère et d’indignation. Il me semble que vous allez chercher vos informations dans les détritus des publications les moins honorables, et ajoutez foi à des ragots ignobles qui déshonorent le milieu pourtant distingué des amateurs d’opéra. Comment contenir la nausée qui me prend à la lecture d’allégations dictées manifestement par la malveillance la plus putride ? comment ne pas y reconnaître l’effet délétère d’une jalousie écoeurante qui puise ses racines dans le métalent, la nullité et la bêtise ? Décidément, il est interdit, dans ce pays, d’être riche, heureux et célèbre ! Les raisons qui ont poussé Angela à annuler sa participation n’ étaient, ne vous déplaise, que professionnelles : le vilain temps d’Amsterdam, ses canaux humides, ses nuits glaciales ont eu raison de son gosier adamantin ; songez plutôt à la triste soirée qu’elle a dû passer dans sa chambre d’hôtel, aphone, loin de son mari retenu aux Etats-Unis pour y chanter un Faust glorieux – cette pensée vous ôtera l’envie de déverser sur sa précieuse personne les tombereaux d’ordures que je me félicite d’avoir remis à leur place : la poubelle.


De: Joseph Pinto - Liège (Belgique)
(16/05/05)

Monsieur le rédacteur en chef,
Je sais que vous ne publierez pas cette lettre : ça me donne encore plus de raisons de ne pas mâcher mes mots. Soyons clairs : je trouve que le métier de critique musical est [dégoûtant]. C’est vraiment le seul moyen qu’ont trouvé des artistes ratés pour se faire de la pub sur le dos des vrais artistes. Quand on lit la haine Madame [ici est cité le nom d’une consoeur respectée, appartenant à un grand quotidien français du soir] qui s’essuie les talons sur [le faciès] de chanteurs et de chanteuses qui font bien leur métier, on a envie de [vomir]. [Zut] à la fin ! Quand est-ce qu’on comprendra que les artistes ne travaillent pas pour les deux ou trois [personnes intellectuellement limitées] qui sont venues les écouter [à titre gracieux], mais pour tous les autres, souvent pas très savants, mais souvent aussi dotés d’une sensibilité musicale indiscutable ! Bref, vous êtes pour moi un ramassis de [personnes à l’hygiène approximative] payés à [ne pas dépenser une énergie significative], je vous [estime peu] et même, je vous [enduis de matière fécale]. Je ne vous salue pas.

Cher Monsieur,
N’allez pas croire que c’est pour le seul plaisir de vous contrarier que je publie tout de même votre lettre. La présence parmi les lecteurs de Forum Opéra de jeunes personnes m’impose toutefois de rehausser le niveau verbal de votre missive ; vous le comprendrez j’en suis certain. Votre opinion est des plus reçues, et a pour elle le suffrage des artistes depuis fort longtemps. Je trouve comme vous assez comique que l’on puisse contester les capacités de tel ou tel interprète alors même que l’on est, à titre personnel, bien incapable de chanter la moindre phrase sans faire songer aux jappements d’un chien égrotant. Cette incapacité est une souffrance, qui se transfigure de deux manières. La première manière, c’est l’envie, la jalousie, l’aigreur du nain devant les géants ; ce n’est que trop humain, et sans doute peut-on déplorer chez certains confrères décédés aujourd’hui – car nos contemporains immédiats ne présentent fort heureusement aucun de ces travers – une hargne virulente masquant mal le sentiment rageur d’une douloureuse impuissance artistique. De la même façon, vous verrez des hommes contrefaits et puants accabler la moindre femme dotée de quelque charme d’invectives odieuses et pornographiques. La jeune femme en question s’en remettra dans les bras d’un bellâtre fortuné, mais l’artiste, lui, ne peut toujours interdire aux flèches empoisonnées d’atteindre son cœur sensible – et nous avons vu trop souvent certains d’entre eux mettre un terme prématuré à leur carrière, ou à leur existence, à force de lassitude et de blessures face à la rage ardente de certains critiques. L’autre manière, c’est de tirer de ses propres insuffisances la matière d’un respect inconditionnel, lui-même terreau d’admirations sans mélange. L’amour du beau et du bon a ceci de particulier qu’il actionne dans le cœur l’énergie du partage : c’est cela qui anime nos rédacteurs, et rien d’autre. Vous conviendrez toutefois, cher lecteur, qu’il vous est arrivé de concevoir, assistant à certains spectacles, que le statut d’artiste est trop exigeant pour être accordé à de vaines poules qui confondent caquet piaillant et colorature, ou encore à des bûcherons sortis tout droit du paléolithique et qui ahanent leurs notes avec la sensibilité d’un billot. Ceux-là, il est aussi de notre devoir de les traquer et de les frapper d’indignité : non parce que nous nous considérons comme plus capables qu’eux de tenir une ligne de chant, mais parce que nous devons sauver notre Art favori des approximations de ceux qui, supposés en être les grands prêtres, en sont si souvent les lugubres fossoyeurs.


De: Camille De Rijck - Bruxelles (Belgique)
(16/05/05)

Monsieur le rédacteur en chef,
Cher Sylvain,
Je profite de cette nouvelle rubrique pour exprimer ma satisfaction la plus vive quant à ta récente nomination au poste que j'occupais jadis avec le talent et la fortune que tu sais (et envies - sentiment bien humain à défaut d'être fair-play). Ta sagesse proverbiale et ta grande expérience du métier de rédacteur - qui fit la joie de publications prestigieuses - sont à présent nôtres et je ne puis m'empêcher, en écrasant une larme, de me féliciter de ta nomination. Le choix fut pourtant cornélien car à nos portes se pressait la fine fleur du monde de la critique, on vit dormir sous mes fenêtres la correspondante d'un grand quotidien français de centre-gauche qui au bout de trois jours de sitting n'avait plus d'autre argument que d'exhiber sa poitrine volumineuse sur laquelle elle avait fait tatouer des promesses éternelles à ma seule attention. Un romancier et critique célèbre au patronyme espagnolisant me fit envoyer une dizaine de kilos d'or, en importation directe des Indes et un sympathique psychopathe moustachu, ancien rédacteur en chef d'une publication fameuse et président désormais aux destinées d'une grande maison d'opéra italienne alla jusqu'à renier sa haine de Montserrat Caballé et son amour pour June Anderson en espérant -le naïf- que mes appétences se détourneraient de celui qui avait été initialement choisi pour occuper tes fonctions, à savoir: toi. Car dans ta Jaguar flambant neuve et derrière ta plume gracieuse que t'envient nos plus illustres prosateurs, de Tite-Live en passant par Florian Zeller, un air fabuleux de Gatsby le magnifique émane de toi et seul un tel charisme serait à la fois en mesure de tenir en respect les fauves qui peuplent notre rédaction et de ne pas trop souffrir du souvenir que mon talent aura laissé à cette rédaction. En somme, cher Sylvain, permets-moi de t'adresser un compliment qui t'ira droit au coeur: tu es digne de moi et sois-en fier.

Cher lecteur, et respecté confrère,
La vive sensibilité qui est la mienne ne peut brider les larmes que ma modestie voudrait contenir. C'est moins la reconnaissance accordée à mon modeste génie que la perspective inespérée de me voir hisser à un rang m'autorisant l'illusoire pensée d'un début de ressemblance (reflet furtif sur un miroir déformant) avec ton auguste talent, qui me jette dans des manifestations lacrymales irrépressibles, pour la plus grande surprise de mon entourage, qui voit en moi un homme froid, sûr de son excellence et pétri de cette morgue distante qui signale les esprits supérieurs. Ainsi, je vais par les rues, exhibant mes yeux rougis et mes paupières tuméfiées au regard de passants stupéfaits et curieux - les sots ! s'ils savaient ! mais il semble que ce soit notre destin de hanter seuls et incompris les hauteurs glacées où le grand Art rejoint l'expression la plus pure de l'Intelligence - c'est un bonheur sans mélange qu'être admis par toi à fouler de mon pas prudent les salles riches et vastes de ce palais réservé aux Elus, qu'on appelle Elysée, ou encore Walhalla. Si vivement ému par ce salut que tu m'adresses, je ne puis non plus m'interdire la crainte de voir les rédacteurs de Forum Opéra établir sans cesse la comparaison entre mon maigre savoir-faire et tes fulgurances répétées. Sache d'ores et déjà que ma place sera toujours la tienne, que nos portes te restent grand ouvertes, et que nous t'accueillerons au plus haut rang au moindre de tes signes - je te vois déjà, revenir harassé, bourbeux, tanné par le soleil des espaces lointains, le regard plein encore de pays inconnus et d'êtres rares, déguenillé comme les princes seuls savent l'être, quémandant d'une voix rocailleuse ayant oublié les sons de nos parlers françois ton trône : eh bien, crois-moi, ce jour-là, tu n'auras pas à regretter de m'avoir nommé aux dépens de noms prestigieux et de personnalités reconnues, car alors, oui, alors, tu pourras toujours courir pour reprendre ce siège que j'ai amplement mérité et qui me revient désormais de droit.

 

 


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