Un jour, une création : 10 décembre 1825, le chant du cygne de François-Adrien Boieldieu

Par Cédric Manuel | sam 10 Décembre 2016 | Imprimer

Prolifique compositeur sous le Directoire et le Consulat, Boieldieu atteint au seuil de l’Empire une renommée européenne grâce notamment à son Calife de Bagdad. Il est engagé par le prince Chakhovskoy, qui s’occupait à Saint-Petersbourg des divertissements du tsar Alexandre et restera 7 ans en Russie, jusqu’à ce que la guerre le contraigne au retour à Paris où il n’avait pas été oublié et où il remporte une série de triomphes. Mais de santé fragile, il doit vite se ménager après 1815. Or, une gigantesque étoile monte dans les cieux lyriques : Rossini emporte tout sur son passage, y compris à Paris, où le cygne de Pesaro vient s’installer en 1824. Loin de le mépriser, Boieldieu en fait son ami, mais est obsédé par sa musique  et sa crainte de disparaître de la scène parisienne. Il imagine alors en 1822 son œuvre la plus ambitieuse et fait appel pour la ciseler au meilleur librettiste possible, Eugène Scribe. Celui-ci puise son inspiration dans deux romans de Walter Scott, alors très en vogue : Guy Mannering et Le Monastère, où il est question d'un spectre, une Dame blanche, qui donnera son nom à l’opéra. Scribe écrit à toute vitesse, Boieldieu compose comme un escargot,  cerné par le doute et accablé par un complexe d’infériorité, si bien que la partition ne sera prête que fin 1825. Lors de la création, à l’Opéra-Comique, le triomphe est pourtant total, donnant lieu cependant à des articles quasiment xénophobes contre Rossini. Ce dernier, pourtant, se montre grand seigneur et prête à son ami son vaste appartement pour lui permettre de recevoir les nombreux hommages de ses admirateurs. L’œuvre fait rapidement le tour du monde durant le XIXe siècle puis disparaît 100 ans après sa création avant de renaître de façon très éphémère grâce à Marc Minkowski sur les lieux de sa naissance à la fin des années 1990. La Dame blanche est l’une des dernières œuvres de Boieldieu qui meurt en 1834, à 59 ans.

Parmi les pépites de l’œuvre, le célèbre « Viens, gentille dame » est devenu l’un des piliers du répertoire pour les tenori di grazia et Juan-Diego Florez en a fait l’un de ses airs fétiches.