Le tour du monde en cent-trente opéras

Par Sylvain Fort | ven 12 Novembre 2021 | Imprimer

Notre collègue et ami Christophe Rizoud sort ces jours-ci aux éditions Premières Loges un fort ouvrage qui paraît à point nommé pour le Noël des lyricophiles. 


Jugez un peu : une visite guidée de cent trente opéras à travers le monde sur papier glacé, en grand format avec une belle couverture à renforts, et pour chacune de ces maisons les coordonnées exactes (réservations ouvertes !) et une rapide identification (nombre de places, architecte, date de naissance), un « point de vue panoramique » évoquant en quelques lignes la place de la maison concernée dans l’histoire lyrique, une « flânerie architecturale » détaillant l’histoire du bâtiment, une « déambulation historique » faisant revivre ses fantômes (car il n’est point d’Opéra digne de ce nom sans fantôme), un rappel des « créations notables », enfin une anecdote marquante, ancienne ou récente. Tout cela est fort joliment rehaussé de photos de la façade et des intérieurs, mais aussi d’une carte du monde en filigrane pour se repérer. Les grandes salles – Paris, New York, Munich – ou celles d’importance historique majeure – Venise, Naples – ont droit à plusieurs pages quand les autres sont exposées en une double page. C’est très bien ainsi. 

Notre lecteur se figurera sans peine le travail colossal que requiert un tel ouvrage – à notre connaissance sans équivalent en France – mais sa vertu est précisément là : il instruit en souriant. L’érudition ici est sans sécheresse et la promenade se déroule dans la meilleure des compagnies, car l’auteur possède l’art assez rare de la synthèse et – plus déterminant encore – une contagieuse affection pour ces lieux de plaisir que sont les maisons d’opéra. Les noms de chanteuses d’hier et d’aujourd’hui résonnent avec ceux des compositeurs, des architectes, des décorateurs. C’est là, sous les aspects d’un guide, un dictionnaire amoureux des théâtres. 

On aime ainsi que Christophe Rizoud ait le front de consacrer deux pages seulement à l’atroce salle de Bastille, mais quatre à Garnier et, plus fort encore, quatre à la Salle Favart ! De même n’hésite-t-il pas à faire sentir son bonheur d’être à Venise (les pages consacrées à la reconstruction font passer de l’angoisse d’une perte définitive à la joie d’une présence retrouvée) et la morosité de se trouver dans des cathédrales de béton (Salzbourg, Rouen). 

On l’aura compris, derrière ce parcours se cache un manifeste : celui pour que demeurent ouverts et vivaces ces théâtres qui, avec leurs qualités et leurs défauts, ont en commun de nous relier à un passé glorieux et de perpétuer un art magique dans un univers où la grisaille du quotidien menace toujours davantage la substance de nos rêves. 

Comme le dit l’auteur en conclusion de son très bel avant-propos, les théâtres d’opéra sont bien le « dernier lieu des possibles ». Aussi ce « tour du monde » est-il, comme dans Peter Pan, un envol vers le Pays imaginaire.

 

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