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	<title>Maria AGRESTA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Maria AGRESTA - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>CILEA, Adriana Lecouvreur &#8211; Madrid</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-madrid/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Marcel Quillevere]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Brillante ouverture de saison au Teatro Real de Madrid, qui depuis son inauguration en 1997 a vu son public progresser et se fidéliser, comme jamais, sous la direction artistique de Joan Matabosch (successeur de Gerard Mortier en 2013). Théâtre à l’italienne, le Real peut accueillir plus de 1700 spectateurs et possède un amphithéâtre impressionnant de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Brillante ouverture de saison au Teatro Real de Madrid, qui depuis son inauguration en 1997 a vu son public progresser et se fidéliser, comme jamais, sous la direction artistique de Joan Matabosch (successeur de Gerard Mortier en 2013). Théâtre à l’italienne, le Real peut accueillir plus de 1700 spectateurs et possède un amphithéâtre impressionnant de plusieurs centaines de places, très prisé du jeune public, qui descend en pente raide vers la scène. Les spectateurs se sentent alors très proche des artistes car l’acoustique y est en plus remarquable.</p>
<p>La saison lyrique a débuté brillamment le 23 septembre 2024 avec <em>Adriana Lecouvreur</em> de Francesco Cilea, opéra représenté en hommage au ténor José Carreras à l’occasion du 50<sup>e</sup> anniversaire de son interprétation de l’ouvrage au Théâtre de la Zarzuela aux côtés de Montserrat Caballé. Treize représentations à guichets fermés du 23 septembre au 11 octobre et deux distributions de haut vol. Le 7 octobre <strong>Maria Agresta</strong>, dans le rôle-titre, succédait ainsi à Ermonela Jaho, <strong>Matthew Polenzani</strong> (Maurizio) à Brian Jagde et <strong>Teresa Romano</strong> (Princesse de Bouillon) à Elïna Garanča. Reprise <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cilea-adriana-lecouvreur-paris/">à Paris pour la  dernière fois en janvier 2024,</a> la mise en scène, créée par <strong>David McVicar</strong> en 2010 à Londres, n’a pas pris une ride. Dans la lignée d’un Giorgio Strehler, il ne transpose ni l’époque ni le lieu, situe l’action dans le Théâtre-Français qu’il métamorphose en « théâtre dans le théâtre », dans un esprit résolument contemporain, proposant ainsi au public devenu complice, une belle réflexion sur l’art dramatique. Il s’inspire évidemment du premier grand air « Io son l’umile ancilla del genio creator » dans lequel la comédienne Adrienne Lecouvreur, après son succès dans un rôle racinien, s’interroge sur son art. Il est vrai que les déclamations lyriques des célèbres tragédiennes d’antan, proches du chant, fascinaient les spectateurs, tant elles parvenaient à transcender les mots pour atteindre la pure émotion. L’artifice de l’opéra est idéal, en ce sens, pour leur rendre hommage. Ainsi, dans les décors magnifiques de <strong>Charles Edwards</strong> et les costumes rutilants de <strong>Brigitte Reiffenstuel</strong>, McVicar inscrit l’œuvre dans une perspective autrement plus passionnante que la banale anecdote d’une rivalité amoureuse de la pièce de Scribe.</p>
<p>La soprano Maria Agresta incarne de manière impressionnante le personnage d’Adriana avec une ligne vocale puissante aux multiples couleurs jusqu’aux plus fins <em>pianissimi</em> (le public lui fera un triomphe au salut final). À ses côtés, on retrouve avec bonheur le ténor américain Matthew Polenzani qui chante pour la première fois le rôle de Maurizio avec la voix chaude et vaillante qu’on lui connaît. Quelle classe et quelle musicalité ! Dans les coulisses du théâtre, le personnage de Michonnet, régisseur amoureux de la diva qu’il conseille et soutient, acquiert ici une réelle densité, porté par la voix de baryton léger de <strong>Manel Esteve</strong> qui porte loin et peut se permettre les nuances et phrasés qui forcent l’émotion. Le public l’ovationne tout comme la jeune mezzo-soprano italienne Teresa Romano, issue de l’Académie de La Scala, véritable révélation dans le rôle de la Princesse de Bouillon : une forte présence en scène et une voix impressionnante du grave sonore à l’aigu rayonnant. L’abbé incarné par le ténor <strong>Josep Fadó</strong> est irrésistible et tous les autres rôles sont à l’avenant.</p>
<p>Au pupitre <strong>Nicola Luisotti</strong>, directeur principal invité du Teatro Real, que le public madrilène a adopté, donne à la partition de Cilea une ampleur insoupçonnée. Sous sa direction, le prélude du dernier acte est un moment suspendu et lumineux qui annonce la fin tragique lorsque sur, le théâtre réduit à une ossature de bois, les comédiens revêtent à nouveau leurs costumes pour saluer Adriana qui vient de décéder. Le théâtre dans le théâtre s’achève et le public est debout.</p>
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		<title>Jonas Kaufmann, Puccini : Love affairs</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jonas-kaufmann-puccini-love-affairs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sylvain Fort]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Oct 2024 05:53:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un centenaire Puccini sans Jonas Kaufmann&#160;? Impensable, apparemment. Avec sa vocalité si peu italienne, le ténor après tout se sera illustré avec constance à la scène et au disque dans presque tous ses opéras. Il pourrait ici être comparé à lui-même dans ses précédents enregistrements, notamment son récital de 2015 avec Pappano. Force alors est &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un centenaire Puccini sans <strong>Jonas Kaufmann</strong>&nbsp;? Impensable, apparemment. Avec sa vocalité si peu italienne, le ténor après tout se sera illustré avec constance à la scène et au disque dans presque tous ses opéras. Il pourrait ici être comparé à lui-même dans ses précédents enregistrements, notamment <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jonas-kaufmann-nessun-dorma-the-puccini-album-un-peu-plus-que-sublime/">son récital de 2015 avec Pappano</a>. Force alors est de constater que l’instrument a perdu de son éclat, et que les étranges sons baillés qui lui ont souvent tenu lieu de <em>mezza voce</em> sont devenus un peu systématiques (le contre-ut de <em>Bohème</em> annonce un petit somme plutôt qu’une nuit de fête).</p>
<p>L’idée de convoler ici avec six chanteuses de premier plan dont déjà il fut le partenaire à la scène (à l’exception de <strong>Pretty Yende</strong>) permet au moins de vérifier ce qui chez Kaufmann ne s’altère pas : le charisme – que chacun des dix duos illustre admirablement. Certes, on note que le ténor s’invente plusieurs voix au fil des rôles, avec un Rodolfo vieilli mais charmant, un Mario tonitruant mais lascif, un Des Grieux sentimental, un Pinkerton chaleureusement crooner… De ces personnages il n’a audiblement plus vraiment l’âge ni vraiment la voix, mais il en a la carrure et l’enchanteresse séduction. Face à lui, la Mimi de Yende est délicieuse, <strong>Sonya Yoncheva</strong> est une Tosca trop fardée (ce qui est parfait), <strong>Anna Netrebko</strong> une Manon sans vraisemblance ni charme, mais c’est Netrebko, <strong>Maria Agresta</strong> est une Butterfly finement ourlée. N’allons pas ici chercher le théâtre, le drame, une vérité puccinienne et prenons chaque extrait pour ce qu’il est : de formidables numéros réalisés par des professionnels hors-pair.</p>
<p>Mais viennent <em>Il Tabarro</em> et <em>Fanciulla del West</em>. Luigi est vraiment dans la voix et dans le caractère de Kaufmann ; l’écriture puccinienne, travaillant la tension plus que la grande ligne vocale, se prête à son phrasé –&nbsp;quel frisson alors ! Et face à lui, <strong>Asmik Grigorian </strong>n’est pas d’une humeur de gala –&nbsp;elle donne tout ce qu’elle peut donner sans faux-fuyants ni joliesses de bal. De ces deux-là, il nous faudrait une intégrale, tant <em>Tabarro</em> est un parent (assez) pauvre de la discographie puccinienne. Quant à Dick Johnson, c’est une autre évidence. La relative usure vocale entre naturellement dans le portrait du desperado, composant une virilité lasse face a une <strong>Malin Byström</strong> éblouissante (ébouriffante, même) de conviction, d’incarnation. C’est la deuxième intégrale qu’il nous faut, si possible après-demain : <em>Fanciulla</em> n’est même pas parent pauvre, mais la « sola, abbandonata » de la discographie (un Mitropoulos/Steber de haute mémoire ne suffisant pas à notre appétit). Nous la refuser serait une injustice. En <em>fill up</em>, une « gelida manina » pas indispensable (on aurait préféré « Ch’ella mi creda ») et un « E lucevan » vaillant mais sans éclat ne changent rien au tableau, ni à la gloire du ténor. Un centenaire Puccini sans Kaufmann&nbsp;? Allez, admettons : impensable.</p>
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		<title>Nouvelle « Love affair » pour Jonas Kaufmann</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/nouvelle-love-affair-pour-jonas-kaufmann/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 20 Jul 2024 06:07:39 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est en charmante compagnie que Jonas Kaufmann a décidé de célébrer le centenaire de la mort de Giacomo Puccini. Sur les réseaux sociaux et sur son site officiel, le ténor annonce un prochain album intitulé « Puccini : Love affairs » comprenant des duos extraits de Tosca, Manon Lescaut, La Fanciulla del West et « plus &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est en charmante compagnie que <strong>Jonas Kaufmann</strong> a décidé de célébrer le centenaire de la mort de Giacomo Puccini. Sur les réseaux sociaux et sur <a href="https://jonaskaufmann.com/en/home-english/">son site officiel</a>, le ténor annonce un prochain album intitulé « Puccini : Love affairs » comprenant des duos extraits de <em>Tosca</em>, <em>Manon Lescaut</em>, <em>La Fanciulla del West</em> et « plus encore… ». Pour l’occasion, il est rejoint par certaines de nos plus grandes sopranos – <strong>Anna Netrebko</strong>, <strong>Asmik Grigorian</strong>, <strong>Malin Byström</strong>, <strong>Maria Agresta</strong>, <strong>Pretty Yende</strong>, <strong>Sonya Yoncheva</strong>… –, la question étant de savoir laquelle chante quoi. A ce jeu de correspondance, une première paire : Anna Netrebko et <em>Manon Lescaut</em>. <strong>Asher Fisch</strong> dirige l’Orchestre du Teatro Comunale de Bologne. Sortie annoncée le 13 septembre.</p>


<blockquote class="instagram-media" data-instgrm-captioned data-instgrm-permalink="https://www.instagram.com/p/C9mVCcHMNzf/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" data-instgrm-version="14" style=" background:#FFF; border:0; border-radius:3px; box-shadow:0 0 1px 0 rgba(0,0,0,0.5),0 1px 10px 0 rgba(0,0,0,0.15); margin: 1px; max-width:540px; min-width:326px; padding:0; width:99.375%; width:-webkit-calc(100% - 2px); width:calc(100% - 2px);"><div style="padding:16px;"> <a href="https://www.instagram.com/p/C9mVCcHMNzf/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" background:#FFFFFF; line-height:0; padding:0 0; text-align:center; text-decoration:none; width:100%;" target="_blank" rel="noopener"> <div style=" display: flex; flex-direction: row; align-items: center;"> <div style="background-color: #F4F4F4; border-radius: 50%; flex-grow: 0; height: 40px; margin-right: 14px; width: 40px;"></div> <div style="display: flex; flex-direction: column; flex-grow: 1; justify-content: center;"> <div style=" background-color: #F4F4F4; 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margin-bottom:0; margin-top:8px; overflow:hidden; padding:8px 0 7px; text-align:center; text-overflow:ellipsis; white-space:nowrap;"><a href="https://www.instagram.com/p/C9mVCcHMNzf/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" style=" color:#c9c8cd; font-family:Arial,sans-serif; font-size:14px; font-style:normal; font-weight:normal; line-height:17px; text-decoration:none;" target="_blank" rel="noopener">Une publication partagée par Jonas Kaufmann (@tenorkaufmann)</a></p></div></blockquote> <script async src="//www.instagram.com/embed.js"></script>
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		<title>VERDI, I vespri siciliani &#8211; Zürich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-i-vespri-siciliani-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Jun 2024 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>De bruyantes huées pour le metteur en scène (contrebalancées certes par un rebond des applaudissements), la chose n’est pas courante de la part du très policé public zurichois… Il est évidemment aussi difficile de décoder un bououououh qu’un bulletin de vote dominical : trop de mise en scène pour les uns, pas assez pour les &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>De bruyantes huées pour le metteur en scène (contrebalancées certes par un rebond des applaudissements), la chose n’est pas courante de la part du très policé public zurichois… Il est évidemment aussi difficile de décoder un <em>bououououh</em> qu’un bulletin de vote dominical : trop de mise en scène pour les uns, pas assez pour les autres ?<br />On imagine que certains auront pu être décontenancés par la lecture de <strong>Calixto Bieito</strong> ou choqués par certaines images, en effet choquantes, et d’autant plus surprenantes qu’elles semblent tomber comme des météorites de glace sur une mise en scène qui n’évite pas certaines facilités, ou banalités…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="673" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vespri_c_herwig_prammer_r3_1097-1024x673.jpeg" alt="" class="wp-image-165177"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Le thème des violences faites aux femmes touche profondément Calixto Bieito, et <a href="https://www.forumopera.com/edito/malmener-loeuvre-et-changer-de-vie/">Maxime de Brogniez rappelait ici sa lecture de <em>Carmen</em></a>, faisant du féminicide la clé de l’opéra de Bizet. Son approche des <em>Vêpres siciliennes</em> est dans une ligne proche. Montfort et ses reîtres deviennent, vus par lui, des violeurs et des brutes sauvages. Lecture plausible, justifiée par quelques répliques au deuxième acte, où l’un des officiers français évoque l’enlèvement des Sabines. Et Bieito de confier que c’est à partir de ces mots que certaines images lui sont venues à l’esprit, images dont est née sa lecture de l’œuvre.</p>
<p>Et d’expliquer qu’il n’a voulu situer l’action ni dans le temps ni dans l’espace pour lui laisser sa portée universelle et sa leçon : les victimes des guerres, ce sont d’abord les femmes. Le viol étant devenu, on l’a vu à la fin de la Seconde guerre mondiale en Allemagne, on le voit de nos jours dans chacun des conflits qui éclatent ici ou là, une arme de guerre épouvantablement banale. Des femmes en restent détruites à vie, et des sociétés humaines blessées pour longtemps. C’est d’ailleurs le but recherché.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="679" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vespri_c_herwig_prammer_r3_1448-1024x679.jpeg" alt="" class="wp-image-165178"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Le propos de Bieito peut sembler arbitrairement plaqué sur les Vêpres (mais d’ailleurs cela fonctionne), il n’en demeure pas moins que la puissance de Verdi est bien là et que, porté par de très beaux interprètes, l’autre thème de l’opéra, essentiel pour lui, les relations père-fils, garde toute sa force bouleversante.</p>
<h4><strong>Déjà vu…</strong></h4>
<p>Le décor est d’un passe-partout accablant : des containers peints en blanc, des baraques de chantier, une architecture de passerelles métalliques et d’échelles, tout cela tournant inlassablement grâce à la tournette de l’opéra de Zurich, un investissement décidément bien amorti de production en production… dont chaque mouvement révèle un autre aspect de ce meccano, pas plus intéressant que le précédent.</p>
<p>Qui dit décor blanc dit costumes noirs, ça va de soi. Le chœur féminin est en robes de veuves siciliennes, les costumes des hommes sont d’une médiocrité qui confine à l’invisibilité. Les soudards de Monforte et lui-même sont en costumes trois pièces (avec pochette), Procida en petite veste bleue de cadre moyen, la malheureuse Elena porte une veste de cuir, des leggins noir, des talons hauts et une vaste perruque (noire), Arrigo un tee-shirt kaki à la Zelenski. <br />Il s’agit d’être neutre, intemporel, universel. On est surtout économe, de son imagination et peut-être de ses deniers.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vespri_c_herwig_prammer_r5_8076-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-165188"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Sur les containers blanc viendront se projeter des images en noir en blanc. Au cours de la première partie, ce seront surtout des images de manifestations populaires en Italie, époque années trente, et des souvenirs de cinéma néo-réaliste, Bieito disant garder en mémoire le <em>Roma, cittá aperta</em> de Roberto Rossellini ; au cours de la seconde partie, ce seront, en même temps que quelques-unes des <em>Désastres de la guerre</em> gravés par Goya, les images insoutenables de la découverte des camps d’extermination, les fosses communes, les pelleteuses brassant des corps.</p>
<p>La première image, dans le silence précédant l’ouverture montrera Elena tirant à grand peine une vaste cantine métallique blanche, représentant à la fois le cercueil de son frère Federigo et la fatalité pesant sur elle. Cette cantine, mise en position verticale, deviendra au quatrième acte la cellule emprisonnant Arrigo.</p>
<h4><strong>Le corps outragé des femmes</strong></h4>
<p>Sitôt après une ouverture routinière, hâtive plutôt que nerveuse, à laquelle auront manqué la respiration, la rondeur sonore et le <em>slancio</em> verdien, mais certes pas la tonitruance (ah ! ces trombones…), puis un chœur d’entrée, davantage sonore que précis, apparaît, porté par quatre officiers de Monforte, le premier corps féminin outragé : le cadavre à demi nu d’une jeune fille, enveloppé d’une feuille de plastique transparent en guise de <em>body bag</em>.</p>
<p>Et c’est couchée sur le cercueil de son frère qu’Elena commencera son premier air : d’abord la chanson que lui impose de chanter l’un des occupants français, chanson qu’elle transformera en appel à la révolte. <strong>Maria Agresta</strong>, si elle n’est pas vraiment le grand soprano lyrique que réclame ce rôle de passionaria, assume à peu près tous les escarpements de « In alto mare », non sans une certaine âpreté parfois. Mais, est-ce le costume décrit plus haut, ou une présence en scène un peu frêle, son allegro final avec chœur « Coraggio, su coraggio » qui devrait faire grand effet, n’aura ni vocalement, ni dramatiquement, l’ampleur qu’il mérite.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="639" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vespri_c_herwig_prammer_r3_3656-1024x639.jpeg" alt="" class="wp-image-165636"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sergey Romanovsky et Quinn Kelsey © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Soudain Verdi est là</strong></h4>
<p>C’est durant le quatuor a cappella « D’ira fremo » (d’une intonation un peu brinquebalante) qu’apparaît, une tasse à la main (pourquoi ?), Monforte, et peu après Arrigo. Aussitôt, on a le sentiment ou l’intuition ou la certitude que Verdi est (enfin) là. Tout ce qui flottait se met en place, les phrasés de l’orchestre sonnent plus justes, tandis que <strong>Quinn Kelsey</strong> impose immédiatement le personnage de Monforte : affaire de legato, d’appui sur les mots, de plénitude du timbre, de présence en scène, mais aussi une manière de lassitude, d’inexplicable mélancolie, qui paradoxalement humanise ce personnage cruellement despotique. On saura plus tard d’où vient une brisure qui s’exprime d’abord musicalement.</p>
<p>Face à lui, dans le tee shirt qu’on a dit, s’impose très vite le Arrigo du ténor russe <strong>Sergey Romanovsky</strong>, pour qui c’est une prise de rôle, lui qui a beaucoup chanté des rôles de ténor léger (Nadir, le Duca de <em>Rigoletto</em> ou l’Almaviva du <em>Barbier</em>), mais aussi Don Carlos ou Faust. Son sens du phrasé, de la ligne, n’est pas moindre que celui de Quinn Kelsey, le timbre est large et chaud, et surtout, par la maîtrise du vibrato, il prête à son personnage on ne sait quoi de fragile, d’éperdu, une épaisseur humaine, une intériorité, bref de quoi conférer toute son ambiguïté à la relation entre Monforte et lui, et d’abord à leur duo « Qual è il tuo nome ? » de la fin du premier acte. <br />Le passage cantabile « Di giovane audace » où les deux voix s’unissent, le baryton répondant en contrepoint à la ligne mélodique du ténor, est d’une exaltante musicalité, sur un très bel arrière-plan de cordes du <strong>Philharmonia Zurich</strong>, enfin lyrique sous la baguette d’<strong>Ivan Repušić</strong>. Les deux couleurs de voix se mêlant admirablement, ce duo où deux personnages s’affirment ennemis l’un de l’autre sonne d’autant plus étrangement comme un duo amoureux (préfigurant Carlo-Posa).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vespri_c_herwig_prammer_r5_7990-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-165187"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Alexander Vinogradov © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un <em>cast</em> masculin sans faille</strong></h4>
<p>L’entrée de Procida complètera un cast masculin (dans cet opéra d’hommes) très relevé. Styliste lui aussi, <strong>Alexander Vinogradov</strong> est une superbe basse chantante et son « O tu Palermo » est une merveille de noblesse, d’élégance, de phrasé, de couleur aussi. Contraste entre ce gabarit plutôt frêle et cette voix majestueuse ! La cabalette avec chœur « Santo amor che in me favellli », aux notes piquées impeccables, conduira au premier duo amoureux entre Arrigo et Elena. Le « OImé ! Io tremo innanzi » de Romanovsky sera une nouvelle merveille de lyrisme, de couleur et d’élan. Maria Agresta semblera aller parfois jusqu’aux confins de sa voix, malgré quelques demi-teintes ravissantes sur « Tu, dall’eccelse sfere, che vedi il mio dolor. » Il faut dire que Bieito les place à des kilomètres l’un de l’autre, ce qui n’aide pas, et qu’autour d’eux déambule imperturbablement la Ninetta d’<em>Irène Friedli</em>, réduite à arpenter la scène telle une duègne, à boucler des tours et des détours, ce qu’elle fera à peu près jusqu’à la fin de la représentation. Mise à part la nécessité de faire 10000 pas par jour, on s’avoue incapable de trouver une explication.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="654" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vespri_c_herwig_prammer_r3_3594-1024x654.jpeg" alt="" class="wp-image-165180"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Maria Agresta et la femme violée © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Malaise dans le malaise</strong></h4>
<p>C’est à ce moment que l’on entend l’allusion de Tebaldo aux Sabines, que nous avons évoquée, réplique qui répond à une phrase de Procida, jouant les agents provocateurs, en affirmant que « aux vainqueurs tout est permis ». Le « Viva la Guerra, viva l’amor ! des Français explose sur un rythme de tarentelle. <br />Cette tarentelle qui semble absurde au premier abord va devenir de plus en plus effrayante à mesure qu’elle servira de support à une première scène physiquement (et émotionnellement) éprouvante : le quasi-viol sur scène d’une figurante, dont seront lentement arrachés les vêtements, puis déchiré le collant. <br />Une scène qui met mal à l’aise : il y a ce qu’elle représente et dénonce, c’est-à-dire l’acte de guerre, et il y a ce que le metteur en scène fait subir à cette figurante. D’où la gène ressentie (par nous, en tous cas). On verra ensuite l’un des containers s’ouvrir (lumière d’un blanc chirurgical à l’intérieur) et quelques soudards y faire entrer quelques femmes (après un simulacre d’enlèvement des Sabines). Là, on restera dans l’allusif, tandis qu’Elena se penchera au secours de la victime dénudée.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vespri_c_herwig_prammer_r5_8166-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-165189"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Ironiquement, à ce moment-là, le livret prévoyait un riche déploiement de «&nbsp;dames françaises et siciliennes&nbsp;» en atours de fête débarquant d’une barque «&nbsp;splendidement ornée&nbsp;»… Ici c’est sur le «&nbsp;Del piacer s’avanza l’ora !&nbsp;» du chœur qu’on verra la soldatesque sortir du container en rajustant bretelles et braguettes…<br>L’un de ces moments où ce qui se donne à voir est si fort qu’on en oublie d’écouter vraiment la musique, pourtant l’une des grandes scènes d’action de Verdi.</p>
<h4><strong>Quinn Kelsey au sommet de son art</strong></h4>
<p>Changement de focale immédiat avec l’une des plus belles pages de Verdi, le récitatif «&nbsp;Si, m’abboriva ed a ragion !&nbsp;», suivi de l’aria «&nbsp;in braccio alle dovizie&nbsp;», dont Quinn Kelsey, recroquevillé au pied du décor, fait une sublime page introspective. Baryton au timbre clair, capable d’allégements subtils, et surtout de dire un texte, d’en exprimer le sens profond, de gommer tout effet vocal inutile, il semble accomplir à la lettre le rêve de Verdi, d’un chant puissamment vrai, simplement humain. Le paradoxe est que tout en disant les mots en grand acteur, en incarnant la douleur d’un personnage, il ne cesse jamais d’être parfaitement musical, sa science de la projection lui permettant de faire passer la moindre inflexion mélodique sans rien forcer, en dosant les couleurs au millimètre, d’être à la fois intime et puissant, démuni, dénudé et grandiose. Ovation, bien sûr !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vespri_c_herwig_prammer_r3_3624-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-165637"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Quinn Kelsey © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>À nouveau le grand style verdien</strong></h4>
<p>Et que dire du duo avec Arrigo qui va suivre ? Moment où Monforte révèle à Arrigo qu’il est son père, véritable duo d&rsquo;amour, au centre de l’opéra. Tout en contrastes de sentiments, en effusions interrompues, en trouble. C’est Verdi au sommet de son inspiration, alternant les passages <em>arioso</em> et les strettes les plus enivrantes (« Mentre contemplo quel volto amato… » sur un thème entendu dès l’ouverture). Quinn Kelsey et Sergey Romanovsky y sont merveilleusement fusionnels (et Ivan Repušić, comme dans tous les passages purement lyriques, respire à l’amble avec eux). Finalement très proches de timbre, ils sont aussi unis par le style de chant, le soin apporté à la ligne, aux nuances, le velouté, le raffinement (suave passage en voix mixte du ténor sur le premier « O donna ! Io t’ho perduta ! »), en un mot la musicalité. Aussi présente dans le cantabile (« Ah ! Figlio, invani crudo mi chiami… ») que dans la violence (la fusion des deux voix sur « Ombra diletta »).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vespri_c_herwig_prammer_r5_8271-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-165190"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Les pendus de Milan</strong></h4>
<p>Si le ballet des Saisons sera ensuite coupé, Calixto Bieito fera de la scène de la fête du troisième acte un moment assez étrange, Monforte et ses affidés s’affublant de hures de sangliers (pourquoi ?), et le chœur de masques de carnaval, en restant toujours aussi funèbre et statique, on verra les officiers esquisser un French cancan dérisoire, illustration grotesque du tempo pimpant de l’orchestre, avant deux images fortes : Elena bondissant sur Monforte pour le pognarder et arrêtée dans son élan par Arrigo, image de la trahison, et celle de trois femmes pendues par les pieds (on pense évidemment aux cadavres de Mussolini et Clara Petacci), nouvelle image perturbante à deux niveaux : il y a ce qu’elle représente (les femmes dans la guerre), et ce qu’elle met en œuvre (la violence faite ici aux trois figurantes).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vespri_c_herwig_prammer_r3_3755-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-165181"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>On s’arrêtera encore sur deux moments, le premier est musical, le second est ambigu, à la fois image et musique.<br />La scène de la prison est une nouvelle grande page verdienne (faut-il rappeler que les <em>Vêpres siciliennes</em> viennent juste après la trilogie <em>Rigoletto</em>&#8211;<em>Trovatore</em>&#8211;<em>Traviata</em>…). Le récitatif et aria « Voi per me qui gemete-Giorno di pianto » donne à nouveau à entendre le superbe Sergey Romanovsky à son meilleur. Bieito le coince dans une boîte exiguë (recyclage de la cantine-cercueil de Federigo). Torse nu (il est pas mal fichu…), il prête à ce lamento les plus chaudes couleurs de son timbre, sans rien perdre de ses qualités d’expression quand il monte jusqu’aux sommets de sa tessiture (l’air ne monte que jusqu’au <em>si</em>, mais reste le plus souvent dans les hauteurs). La scène avec Elena où il lui avoue que Monforte est son père (d’où sa trahison) est un autre sommet, où, portée par l’élan, Maria Agresta sera à son meilleur, même si on continue à se demander si elle est vraiment une Elena. C’est dans son aria « Arrigo ! Ah ! Parlo a un core » qu’elle aura ses plus beaux phrasés et des sons filés d’une transparence sensible, même si elle escamotera prudemment la redoutable cadence (du contre-<em>ut</em> à l’<em>ut</em> grave) qu’elle remplacera par une colorature d’ailleurs un peu grêle. La strette offrira une belle image, Arrigo l’enlaçant dans un geste tendre, tous deux repliés au pied de leur guérite.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="708" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vespri_c_herwig_prammer_r3_1825_1-1024x708.jpeg" alt="" class="wp-image-165179"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sergey Romanovsky et Maria Agresta © Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La « gégène »</strong></h4>
<p>La scène de l’exécution, où Monforte promet sa grâce à Arrigo s’il proclame qu’il est son fils, Bieito la contemporanéise à l’aide de trois cages à roulettes où il emprisonne Elena, Arrigo et Procida. Dans une savante et stressante progression, on verra les reîtres en complet-veston disposer un générateur et du fil électrique, brancher les cages métalliques, tandis qu’on entendra, <em>da lontano</em>, un <em>De Profundis</em>, Elena et Procida supplieront qu’on les gracie, la tension montera avec une redoutable efficacité jusqu’à la libération du « Oh padre ! Oh padre ! » d’Arrigo. <br />Le final concertant de cet acte IV, une de ces infrangibles architectures verdiennes profuses en trios, quatuors (notamment ici le très beau « Addio, mia patria »), avec ou sans chœur, auxquelles on ne résiste pas, égale en force celui du deuxième acte, sous la solide direction d’Ivan Repušić.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="675" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vespri_c_herwig_prammer_r5_8404-1024x675.jpeg" alt="" class="wp-image-165192"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>On ne s’attardera pas trop sur l’air « à effet » d’Elena, le célèbre boléro « Mercé, dilette amiche », avec lequel se collette tant bien que mal Maria Agresta, ni sur le ridicule de sa grande robe de mariée, ni sur les hures des garçons d’honneur.</p>
<h4><strong>Ter repetita</strong></h4>
<p>On mentionnera plutôt un dernier moment malaisant. Voulu comme tel sans doute par le metteur en scène, et manière d’interloquer le spectateur (voire de le culpabiliser ?). On veut parler de l’entrée de Procida, entouré d’un groupe de femmes, plus ou moins dévêtues, attachées par des cordes, certaines les seins nus, qui à peine en scène s’effondreront comme pour constituer un socle humain, gisant immobiles aux pieds d’un Procida ridiculement couronné de la couronne nuptiale d’Elena et dont il s’agit peut-être de signifier qu’il n’est pas meilleur que les autres (?)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vespri_c_herwig_prammer_r3_4141-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-165185"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Alexander Vinogradov © Hedwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Sans insister davantage sur l’impression mi-figue mi-raisin que laisse ce genre de provocation, on dira plutôt l’incandescente beauté vocale du dernier tableau depuis le trio «&nbsp;Sorte fatal !&nbsp;» illuminé à nouveau par le timbre de Romanovsky jusqu’au farouche engagement d’Agresta clamant son amour pour Arrigo.</p>
<p>Ensuite, comme s’il avait jeté là toutes ses forces, Verdi bâclera en quelques mesures hâtives l’assaut triomphal des Siciliens contre l’occupant, le «&nbsp;Vendetta ! Vendetta !&nbsp;» final.</p>
<p>Épuisement, après quatre heures de musique ? Et après ce combat de haute lutte avec la Grande boutique, le livret de Scribe et le grand opéra à la Meyerbeer ? «&nbsp;Les Vêpres m’ont causé tant de fatigue que je ne sais plus quand j’aurai de nouveau envie d’écrire&nbsp;», dira-t-il.</p>
<p>Restent, au cœur de cette grande machine, quelques-uns des plus beaux exemples de ce que Verdi aime et fait le mieux : l’intime. Magnifiquement servis dans cette production par ailleurs passionnante à déchiffrer.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vespri_c_herwig_prammer_r3_3912-1024x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-165576"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Herwig Prammer</sub></figcaption></figure>
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		<title>Dresde : nouvelle direction au Semperoper pour la saison 2024-25</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/dresde-nouvelle-direction-au-semperoper-pour-la-saison-2024-25/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Mar 2024 12:49:32 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Du changement à l’opéra de Dresde puisque le chef principal à partir du 1er août 2024 sera Daniele Gatti, qui succédera à Christian Thielemann. Et c’est Nora Schmid, ancienne directrice de l’opéra de Graz, qui sera à compter de la saison 2024-25 aux commandes du Semperoper. C’est elle qui a présenté la nouvelle saison qui &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Du changement à l’opéra de Dresde puisque le chef principal à partir du 1<sup>er</sup> août 2024 sera <strong>Daniele Gatti</strong>, qui succédera à <strong>Christian Thielemann</strong>. Et c’est Nora Schmid, ancienne directrice de l’opéra de Graz, qui sera à compter de la saison 2024-25 aux commandes du Semperoper. C’est elle qui a présenté la nouvelle saison qui comportera 10 nouvelles productions et 27 reprises.<br />
Parmi les nouvelles productions, on citera <em>Mefistofele</em> dirigé par <strong>Andrea Battistoni</strong>, le rare <em>Intermezzo</em> (avec <strong>Maria Bengtsson</strong>), <em>L’amour</em> des <em>trois oranges</em> (avec <strong>Georg Zeppenfeld</strong> en Treff), <em>Innocence</em> de Kaija Saariaho dirigé par <strong>Maxime Pascal</strong> ou encore un <em>Saul</em> mis en scène par <strong>Claus Guth</strong>.<br />
Pour ce qui est des très nombreuses reprises, nous serons attentifs à l’ouverture de la saison : <em>Der fliegende Holländer</em> (<strong>Michael Volle</strong>, <strong>Georg Zeppenfeld</strong>). Autrement, <em>Otello</em> (<strong>Gregory Kunde</strong>), <em>Lohengrin</em> avec <strong>Anja Kampe</strong> en Ortrud, une <em>Tosca</em> qui s&rsquo;annonce superlative (<strong>Maria Agresta</strong>, <strong>Joesph Calleja</strong> et <strong>Erwin</strong> <strong>Schrott</strong>), <em>Lucia di Lammermoor</em> (<strong>Pretty</strong> <strong>Yende</strong>), ou encore <em>Turandot</em> (<strong>Elisabeth</strong> <strong>Teige</strong>) parmi bien d’autres.<br />
L’intégralité de la saison est à retrouver <a href="https://www.semperoper.de/interim.html">ici</a>.</p>
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		<title>PUCCINI, Turandot &#8211; Barcelone</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-turandot-barcelone/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Dec 2023 05:48:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le 31 janvier 1994, une étincelle tombe accidentellement sur le rideau du Liceu lors d’une réparation de routine. Le feu se propage avant que les secours aient le temps d’intervenir. Devant le bâtiment en cendres, l’émotion est vive, comparable à celle éprouvée à Paris face aux ruines fumantes de Notre-Dame en 2019. La mobilisation est &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le 31 janvier 1994, une étincelle tombe accidentellement sur le rideau du Liceu lors d’une réparation de routine. Le feu se propage avant que les secours aient le temps d’intervenir. Devant le bâtiment en cendres, l’émotion est vive, comparable à celle éprouvée à Paris face aux ruines fumantes de Notre-Dame en 2019. La mobilisation est à la hauteur du traumatisme. L’édifice est reconstruit en un temps record. Le 7 octobre 1999, l’opéra rouvre ses portes avec l’œuvre qui occupait l’affiche au moment de l’incendie : <em>Turandot</em> dont la mise en scène est alors confiée à la comédienne et directrice de théâtre <strong>Núria Espert</strong>.</p>
<p>Ces quelques éléments de contexte pour comprendre les motivations d’une approche scénique dont la richesse des décors et des costumes surprend en ces temps de disette budgétaire. Voilà un spectacle sans prétention intellectuelle qui ne cherche qu’à renouer avec la magnificence du genre lyrique en une débauche d’effets, proche finalement de l’esprit du dernier opéra de Puccini. A la luxuriance de la partition – prétendument kitch selon certains – répond la reproduction d’une Cité interdite fantasmée avec ses murailles gigantesques au pied desquelles grouille la populace pékinoise et qui, s’entrouvrant, laissent apparaître l’empereur jugé sur un trône ruisselant d’or. Plusieurs fois reprise depuis 1999, cette mise en scène fastueuse tombe à point nommé pour commémorer avec quelques semaines d’avance le centenaire de la mort de Puccini. <strong>Bárbara Lluch</strong>, la petite fille de Nuria Espert, en a actualisé certains détails et rétabli la fin heureuse, avec l’accord de sa grand-mère (dans la version d’origine, Turandot se suicidait).</p>
<p>Au cœur de cette Chine bollywoodienne se déverse le flot musical, dompté d’une main nerveuse par <strong>Diego Garcia Rodriguez</strong>, non sans quelques décalages avec les solistes. Le jeune maestro, qui fait ses débuts au Liceu, préfère l’ivresse de la vitesse, le choc des percussions, des cuivres et des coups de gong au lyrisme des archets et à l’épanchement des sentiments. En une catharsis sonore qui relègue parfois les voix au second plan, l’orchestre prend l’avantage sur le chœur, bien qu’augmenté du Cor Infantil de l’Orfeo Catala.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Turandot_05_Liceu-1294x600.jpg" />© A. Bofill</pre>
<p>Des solistes émerge inflexible, hérissée d’aigus dont la précision n’a d’égal que la puissance du trait, <strong>Elena Pankratova</strong>, princesse de glace qui s’échauffe au fur et à mesure que tombent les remparts dressés par Turandot autour de son prétendant. La nudité de l’écriture ne prend jamais en défaut la musicalité de la soprano, du « In questa reggia » liminaire aux énigmes dardées comme des défis, jusqu’à trouver dans le duo final – version Alfano – des accents troublants et des couleurs inespérées, loin de l’image vociférante que l’on accole souvent au format héroïque de Turandot. La voix ne flanche que dans les profondeurs de la tessiture – le lapidaire « speranza che delude sempre » dont on aimerait entendre davantage l’acrimonieuse amertume.</p>
<p>Annoncée souffrante, <strong>Maria Agresta</strong> dément les reproches de placidité souvent formulées à son encontre – Liu au contraire vivante à laquelle l’ampleur, la maîtrise du legato et la capacité à effiler les notes confèrent une véritable présence dramatique. Une meilleure forme vocale aurait-elle autorisé une longueur de souffle supplémentaire ? On peut le supposer.</p>
<p>Dans la continuité de sa prise de rôle à Rome l’an passé, <strong>Michael Fabiano</strong> met son ténor d’essence lyrique au service dramatique de Calaf, non sans peine mais avec une conviction qui arrache au public une bordée d’applaudissements à l’issue de « Nessun dorma ». Le Ch&rsquo;ao-fu – robe portée par les dignitaires chinois lors des cérémonies officielles –semble encore large pour ce Prince inconnu auxquels font défaut l’éclat et la puissance – mais non la vaillance, ni l’égalité de l’émission, en dépit des tensions auxquelles le soumet la partition. Le deuxième acte voit l’aigu triompher des énigmes et le ténor tenter à ses risques et périls le contre-ut facultatif du « ti voglio tutta ardente d’amor ».</p>
<p>La poignée de seconds rôles témoigne de l’attention portée à cette série de quinze (!) représentations avec deux distributions en alternance – et parfois plusieurs chanteurs à l’intérieur de chacune d’entre elles. Cornaqué par le baryton de <strong>Manuel Esteve</strong>, le trio des ministres rappelle quelle place occupe dans l’opéra le premier tableau du 2e acte, essentiel pour relâcher les tensions accumulées, avant les débordements vocaux du tableau suivant. D’une voix puissamment timbrée, <strong>Marko Mimica</strong> disqualifie les basses en fin de parcours souvent distribuées en Timur au prétexte de son grand âge et de son infirmité. <strong>Siegfried Jerusalem</strong>, en Altoum, confirme au contraire le bien-fondé de confier l’empereur cacochyme à une voix légendaire même si vacillante*. C’est debout que la salle ovationne l’ensemble des artistes.</p>
<pre>*  Autre ténor célèbre, Raúl Giménez chante Altoum dans la deuxième distribution</pre>
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		<title>Palerme ou les adieux de Nina Stemme à Isolde</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/palerme-ou-les-adieux-de-nina-stemme-a-isolde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Aug 2023 05:01:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est au détour du communiqué de presse détaillant la nouvelle saison du Teatro Massimo de Palerme que l&#8217;on apprend la nouvelle : Nina Stemme fera ses adieux à Isolde, son rôle iconique depuis un certain festival de Glyndebourne, à Palerme en mai 2024. Omer Meil Wellber, le directeur musical de l&#8217;Institution glisse cette confidence lorsqu&#8217;il &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.teatromassimo.it/area-stampa/presentata-la-stagione-2023-2024-del-teatro-massimo-di-palermo/">C&rsquo;est au détour du communiqué de presse</a> détaillant la nouvelle saison du Teatro Massimo de Palerme que l&rsquo;on apprend la nouvelle : <strong>Nina Stemme</strong> fera ses adieux à Isolde, son rôle iconique depuis un certain festival de Glyndebourne, à Palerme en mai 2024. <strong>Omer Meil Wellber</strong>, le directeur musical de l&rsquo;Institution glisse cette confidence lorsqu&rsquo;il décrit le chef-d’œuvre de Wagner qui revient à l&rsquo;affiche du Massimo après quarante années d&rsquo;absence :&nbsp; « je suis vraiment content car pour chanter Isolde à Palerme ce sera l&rsquo;interprète la plus importante de ce rôle dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;opéra de ces trente dernières années, Nina Stemme, qui chantera ici sa dernière Isolde, avant d&rsquo;abandonner le rôle. Je suis sûr que ce sera un moment très excitant mais aussi une excellente occasion d&rsquo;attirer des touristes internationaux. » Sur scène, le soprano suédois sera accompagné <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tristan-und-isolde-berlin-deutsche-oper-nina-stemme-stephen-gould-un-couple-entre-dans-la-legende/">de son Tristan le plus complice</a>, <strong>Stephen Gould </strong>et de la vétérane <strong>Violeta Urmana</strong>.<br />
Le reste de la saison témoigne du dynamisme de la maison sicilienne autour du répertoire italien principalement :<strong> Maria Agresta</strong> et <strong>Jonathan Tetelman</strong> se rejoignent dans<em> Madama Butterfly</em> et<strong> Nino Machaidze</strong> et <strong>Enea Scala</strong> le temps d&rsquo;une rare <em>Elisabetta, Regina d&rsquo;Inghilterra</em> en clôture de saison.</p>
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		<title>VERDI, Otello &#8211; Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-otello-aix-en-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Jul 2023 10:36:26 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a de belles leçons à tirer de cette unique représentation d’Otello en version concert donnée au Grand Théâtre de Provence, dans le cadre du 75e festival d’Art lyrique d’Aix-en-Provence. Représentation qui a soulevé d’enthousiasme un public qui, en arrivant &#160;sous une canicule affolante, bruissait d’une seule question, entendue dans toutes les langues, comme &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a de belles leçons à tirer de cette unique représentation d’<em>Otello</em> en version concert donnée au Grand Théâtre de Provence, dans le cadre du 75<sup>e</sup> festival d’Art lyrique d’Aix-en-Provence. Représentation qui a soulevé d’enthousiasme un public qui, en arrivant &nbsp;sous une canicule affolante, bruissait d’une seule question, entendue dans toutes les langues, comme il se doit : qu’allait-on penser de celui, inconnu de beaucoup, qui allait remplacer Jonas Kaufmann, forfait pour cause de méforme ?</p>
<p>La réponse s’impose d’emblée, elle est unanime et c’est le premier enseignement de la soirée ; <strong>Arsen Soghomonyan</strong>, ancien baryton, aujourd’hui ténor arménien, a frappé un grand coup et marqué les esprits ; les esprits et sans doute des points pour sa carrière : lui qui a déjà tenu ce rôle à Berlin sous Mehta, à Munich, Trieste ou encore Bucarest entre en pleine lumière dans la peau du Maure maudit. Avouons que nous ne savions pas à quoi nous attendre, mais les deux premiers actes ont balayé tous les doutes. Les deux premiers actes ? Oui, d’abord parce que l’entame du III a révélé que la voix, tant sollicitée avant l’entracte pouvait très temporairement se voiler – toutefois sans conséquence majeure. Et puis parce que les deux premiers actes sont ceux qui sollicitent le plus les extrémités de la tessiture et les plus hauts degrés de puissance. Et là, Soghomonyan ni ne faiblit ni ne faillit. Tout commence par un « Esultate » impeccable où la liesse est densifiée, portée à un paroxysme effrayant ; et puis c’est l’enchaînement des scènes et des duos (avec Desdémone, Iago), où la voix se plie à toutes les inflexions nécessaires : colère contre Cassio, amour passion partagé avec Desdémone, complicité avec Iago. Il faut entendre cette voix brunie par la passion, déversant tantôt la foudre et tantôt les torrents de miel ; il faut se laisser happer par l’amplitude, la longueur, le souffle qui nous crispent sur les sièges. Il faut voir le colosse invincible d’abord, statue de roc, vacillant pourtant si vite, puis devenant hagard, hébété, hypnotisé, aveuglé par sa propre crédulité et la rouerie de Iago, tombant même à genoux au « Sangue » dont le souvenir fait encore frémir ; il fallait voir enfin la soudaine pâleur, le blêmissement quand la vérité se révèle, trop tard, quand le voile du mensonge se déchire et qu’il ne reste plus qu’à disparaître dans la profondeur des ténèbres. On sort du spectacle incapable de dire s’il manque encore quelque chose à Soghomonyan pour entrer dans la légende.</p>
<p>Deuxième enseignement&nbsp;: <strong>Ludovic Tézier</strong> est décidément aujourd’hui insurpassable en Iago. On comprend en le voyant déambuler, grimacer, se moquer, feinter et feindre, que Verdi avait fait initialement de Iago le protagoniste numéro un de son avant-dernier opéra. Laissez le champ libre à Tézier et il va prendre toute la place ; il met sous le boisseau le Cassio pourtant admirable par son innocence et sa juvénilité de <strong>Giovanni Sala</strong>, le Roderigo tout en conviction de <strong>Carlo Bosi</strong> ou le Lodovico autoritaire d’<strong>Alessio</strong> <strong>Cacciuamani</strong>. Avec l’Otello de ce soir, ce sont deux monstres bientôt sacrés qui s’affrontent. Tézier possède aussi, et c’est en cela surtout qu’il est insurpassable, une maîtrise absolue de la redoutable partition dont il se joue avec une apparente facilité qui tient du miracle sans cesse renouvelé au fil des scènes. Il sait minauder, éructer, exploser et conférer à sa voix la couleur adéquate.</p>
<pre style="text-align: center"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Otello.F.Aix_.V.Beaume.02-1294x600.jpg">© Vincent Beaume</pre>
<p>Troisième enseignement&nbsp;: <strong>Maria Agresta</strong> confirme qu’elle est sur le circuit une Desdémone de toute première classe. Elle survole le IV, qu’elle habite à faire frémir le public…quitte à ce que celui-ci applaudisse bien mal à propos après l’Ave Maria. La Chanson du Saule nous plonge en état de grâce, le cantabile est divin, l’Ave Maria révèle des pianissimi venus du plus haut des étoiles et son «&nbsp;Addio&nbsp;» à Emilia fige le sang. Mais avant cela, elle nous gratifie au I d’un duo d’amour extatique puis rend magnifiquement la lente et irréversible dramatisation du personnage au fil des actes.</p>
<p>Quatrième enseignement et non des moindres&nbsp;: et si l’opéra c’était mieux sans&nbsp;? Nous l’indiquions, cet <em>Otello</em> est donné en version concert, donc sans mise en scène – mais pas sans mise en espace. L’absence de décors (mais pas de lumières,&nbsp; qui ici accompagnent intelligemment la tempête en mer, le feu dans les têtes, la mort qui rôde enfin) et la place occupée sur la scène par chœurs et orchestre, laissent peu de place aux protagonistes pour évoluer. Ils le font pourtant, de façon certes minimale, mais en donnant alors à tout mouvement, tout regard, tout geste, une saisissante acuité. Rien n’est de trop, bien au contraire, rien n’est hors sujet, rien n’est interprété, rien n’est transposé – nous sommes dans la vérité la plus simple, la plus paraphrastique, la plus crue, la plus terrifiante ici en l’occurrence. Oui, une mise en espace peut être une éclatante démonstration de vérité. Non dénuée de belles trouvailles : c’est ainsi qu’une fois étouffée, Desdémone se tapit sur le côté de la scène, puis expire sous la lumière froide d’un projecteur. Quand enfin Otello réclame l’ultime baiser, c’est Desdémone qui se dirige vers lui, fantomatique, tournant délibérément le dos au public ; c’est elle qui enlace une dernière fois son meurtrier, c’est elle qui dépose sur sa joue l’ « ultimo baccio », avant de disparaître définitivement. Superbe image.</p>
<p>Enfin, dernier enseignement&nbsp;: à ceux qui se demandaient pourquoi faire venir le San Carlo de Naples (chœur et orchestre) jusqu’à Aix , démonstration fut faite que cette phalange et ce chœur ont rendu une copie digne de l’abattage des solistes. Orchestre ébouriffant, étincelant et toujours juste, chœurs d’une vigueur invincible, le tout sous la baguette experte d’un <strong>Michele Mariotti</strong> des grands soirs.</p>
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		<title>Jonas Kaufmann forfait à Paris et Aix</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/jonas-kaufmann-forfait-a-paris-et-aix/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 13 Jul 2023 17:15:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La direction du Festival d’Art lyrique d’Aix-en-Provence communique ce 13 juillet que Jonas Kaufmann, qui devait tenir le rôle-titre d’Otello (en version de concert) le lundi 17 juillet à 20h au Grand Théâtre de Provence, doit renoncer à ses prochains concerts pour raison de santé. Souffrant d’une infection microbienne, il doit subir un lourd traitement &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La direction du Festival d’Art lyrique d’Aix-en-Provence communique ce 13 juillet que <strong>Jonas Kaufmann</strong>, qui devait tenir le rôle-titre d’<em>Otello</em> (en version de concert) le lundi 17 juillet à 20h au Grand Théâtre de Provence, doit renoncer à ses prochains concerts pour raison de santé.</p>
<p>Souffrant d’une infection microbienne, il doit subir un lourd traitement antibiotique qui l’empêche de se produire sur scène. C’est le ténor <strong>Arsen Soghomonyan</strong> qui interprétera le rôle d’Otello pour cette représentation unique, aux côtés de <strong>Maria Agresta</strong> et <strong>Ludovic Tézier</strong>, et avec les forces du chœur et de l’orchestre du Teatro di San Carlo de Naples sous la direction de <strong>Michele Mariotti</strong>. <em>Forumopéra</em> sera présent à Aix et rendra compte de ce concert.</p>
<p>Jonas Kaufmann annonce lui-même renoncer également à sa prestation parisienne prévue ce 14 juillet. C&rsquo;est <strong>Pene Pati </strong>qui le remplacera.</p>
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		<title>GIORDANO, Andrea Chénier — Monte-Carlo</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/andrea-chenier-monte-carlo-sans-filtre-deformant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Feb 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un raz-de-marée d’applaudissements et de vivats qui a salué le rideau final de la dernière représentation d’ Andrea Chénier à l’Opéra Garnier de Monte-Carlo. Tant le spectacle que la distribution ont plu, à commencer évidemment par les forces locales, le chœur comme toujours excellemment préparé par Stefano Visconti et l’orchestre philharmonique, qui a manifesté &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un raz-de-marée d’applaudissements et de vivats qui a salué le rideau final de la dernière représentation d’ <em>Andrea Chénier</em> à l’Opéra Garnier de Monte-Carlo. Tant le spectacle que la distribution ont plu, à commencer évidemment par les forces locales, le chœur comme toujours excellemment préparé par <strong>Stefano Visconti</strong> et l’orchestre philharmonique, qui a manifesté sa satisfaction d’être dirigé par <strong>Marco Armiliato </strong>dès son entrée dans la fosse par des démonstrations sonores flatteuses. Et en effet celui-ci a insufflé et maintenu une dynamique vibrante, respectueuse des situations, portant les éclats en lisière du danger pour les solistes mais laissant palpiter les alanguissements sans glisser dans la mièvrerie, faisant briller cuivres, cordes et percussions. La touffeur de la partition, ambitieuse de composer des tableaux où coexistent des contraires, était parcourue par le flux de l’enthousiasme du poète.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/andrea_chenier_2023_comc_-_marco_borrelli_4_0.jpg?itok=kW0utpkA" title="La réception chez la comtesse de Coigny  © Marco Borrelli" width="468" /><br />
	La réception chez la comtesse de Coigny  ©OMC- Marco Borrelli</p>
<p>A cette direction musicale, le projet du metteur en scène s’accorde, car <strong>Pier Francesco Maestrini</strong> adopte le point de vue de Chénier sur les excès qui ont dévoyé la révolution. Ainsi au deuxième tableau il montre en fond de scène un incendie et un viol sur un balcon. On regrettera cependant quelques à-peu-près créateurs d’obscurités. Ainsi dans la scène d’ouverture Gérard est censé s’adresser au sofa qu’il est en train d’installer pour la réception, parce que ce meuble, comme lui, a été le témoin muet de l’autocomplaisance d’un milieu frivole dont le jeune homme ne supporte plus la prépondérance égoïste. C’est peu de chose, mais le personnage se révèle au spectateur. Or il est placé à distance du siège autour duquel s’affairent deux autres serviteurs, et son discours perd la clarté qui aurait coulé de source s’il avait touché le sofa. Plus tard, l’élan de sincérité de Chénier l’ayant indigné, l’abbé lui fait un croc en jambe. Est-ce bien plausible ? Cette sincérité brutale fait comprendre à Maddalena qu’elle avait eu tort de le provoquer selon le mode usuel des salons, et en lui demandant pardon elle se révèle accessible à autre chose qu’à la frivolité de sa vie de privilégiée. Lors de la représentation du 25 fevrier, il est déjà sorti quand elle murmure « pardonnez-moi » et ces mots semblent s’adresser à sa mère, comme si Maddalena regrettait que sa manœuvre envers le poète ait perturbé la réussite de la réception. Autre point discutable, laisser la comtesse seule en scène alors qu’elle a demandé la reprise de la gavotte interrompue par l’irruption des miséreux. Cela fait image, et on comprend que cela permet aux figurants d’aller changer de costumes pour représenter la foule parisienne du deuxième tableau, mais cela affaiblit le tableau de l’inconscience de la caste des aristocrates, que le cadre de guingois de leur vie dorée signalait d’emblée. Ou faut-il comprendre qu’ils ont aussitôt émigré ?</p>
<p>Des images, il y en aura d’autres, suscitées à l’aide des lumières savantes de <strong>Daniele Naldi, </strong>qui recréent ou se contentent d’évoquer des tableaux d’époque. La recherche esthétique est évidente, soutenue par les costumes de <strong>Stefania Scaraggi, </strong>sagement contemporains du moment historique représenté, et par les vidéos de <strong>Nicolas Boni</strong>, qui font trembler les frondaisons, miroiter les eaux et s’envoler des oiseaux dans le domaine de la comtesse de Coigny. La chorégraphie de <strong>Silvia Giordano </strong>y contribue évidemment, même si les costumes des trois danseurs l’éloignent encore davantage de la pastorale archiconventionnelle destinée aux invités. Mais pour l’essentiel il n’y a pas de hiatus entre l’œuvre et la représentation proposée.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/andrea_chenier_2023_comc_-_marco_borrelli_5_0.jpg?itok=YXs7r0UU" title="Maddalena (Maria Agresta) provoque Andrea Chénier (Martin Muehle)  © Marco Borrelli" width="468" /><br />
	Maddalena (Maria Agresta) provoque Andrea Chénier (Martin Muehle)  ©OMC- Marco Borrelli</p>
<p>Dès lors rien ne s’interpose entre le spectateur et les artistes à l’œuvre. Nous avons déjà dit tout le bien possible des choristes et des musiciens et c’est sans aucune cacophonie que l’on pourrait égrener la litanie des solistes. Sans les citer tous, mentionnons la performance de <strong>Giovanni Furlanetto </strong>: alors que son personnage a peu à dire, il semble s’inspirer de Louis Jouvet, dont les regards, les demi-sourires et les attitudes avaient une éloquence irrésistible. Son Fouquier-Tinville impose sa présence muette avant d’affirmer son autorité implacable sur le repentir de Gérard. Même satisfaction avec la Madelon de <strong>Manuela Custer</strong>, dont la voix saine est heureusement dépourvue de la sénescence du personnage, dont elle incarne la faiblesse physique et l’abnégation patriotique sans la moindre outrance larmoyante. Quant à <strong>Annunziata Vestri </strong>elle fait une composition savoureuse en comtesse de Coigny, tout à son affaire en hôtesse mondaine dont le port de tête trahit l’étroitesse d’esprit. La Bersi de <strong>Fleur Barron </strong>a un charme qui dément l’autodénigrement du personnage, mais pourrait prendre plus de relief au deuxième tableau, quand elle se jette dans la mêlée pour aider Maddalena à survivre. Remarquable enfin le Roucher d’<strong>Alessandro Spina, </strong>qui donne au personnage un aplomb crédible et le rend sympathique comme il doit l’être.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/andrea_chenier_2023_comc_-_marco_borrelli_12.jpg?itok=-Hj2_4-R" title="Maddalena et Chénier dans la prison (Maria Agresta et Martin Muehle)  © Marco Borrelli" width="468" /><br />
	Maddalena et Chénier dans la prison (Maria Agresta et Martin Muehle)  ©OMC-Marco Borrelli</p>
<p>Reste le triangle des amoureux. <strong>Claudio Sgura </strong>campe un Carlo Gérard immédiatement crédible, dans l’expression d’une révolte parvenue à maturité. La voix est solide, la projection bonne, l’extension suffisante. Au troisième tableau il exprimera avec conviction l’ardeur amoureuse du personnage, si longtemps contenue qu’elle en est devenue obsessionnelle. Mais quand Gérard pourrait user de la force, la sincérité de Maddalena l’atteint et ravive la sienne. La force de l’interprète est de nous faire croire au personnage. C’est aussi le talent de <strong>Maria Agresta</strong>, pour qui la composition dramatique est peut-être plus ardue, car le personnage doit passer de la frivolité à l’engagement absolu, dans un contexte particulièrement brutal pour lui. C’est une belle réussite que de le faire évoluer ainsi sans qu’on sente les coutures, parce qu’il reste lui aussi fidèle à son être, une fois dépouillé du paraître lié au statut. Cette palette émotive Maria Agresta sait la faire passer dans la voix, avec la légèreté ou l’intensité nécessaires, tant et si bien qu’elle fait exister Maddalena de Coigny pour l’auditoire. La tessiture ne lui pose aucun problème, et son chant est aussi raffiné que son interprétation.</p>
<p>Dans le rôle-titre on attendait Jonas et ce fut Martin. Il est venu et il a vaincu ! Qu’on aime ou non son timbre, qu’on ait pu souhaiter entendre par endroit plus de nuances, <strong>Martin Muehle</strong> affronte le rôle avec une grande probité et il en vient à bout avec les honneurs. Oui, on craint au début et parfois plus tard, au troisième tableau, que la tension n’annonce le craquement ; mais la crainte reste vaine et la résistance, l’endurance, la longueur du souffle, l’intrépidité emportent l’adhésion. C’est bien le personnage, avec ses états d’âme, son enthousiasme et ses entêtements, et les ovations du public le prouvent : sans filtre déformant, André Chénier a revécu à Monaco.</p>
<p> </p>
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