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	<title>Alena DANTCHEVA - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Alena DANTCHEVA - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Notre disque du mois : Didon et Énée</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/notre-disque-du-mois-didon-et-enee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Jacques Groleau]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Sep 2025 08:02:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En cette rentrée des classes, difficile de passer à côté du bouleversant Didon et Enée qui vient de paraitre chez Erato/Warner Classics. Cet album tient en effet du miracle. Menée par Maxim Emelyanychev et l&#8217;Ensemble Il Pomodoro, l&#8217;équipe réunie ici a tout pour séduire : une Joyce DiDonato idéale en Didon, le formidable Énée de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En cette rentrée des classes, difficile de passer à côté du bouleversant <em>Didon et Enée</em> qui vient de paraitre chez Erato/Warner Classics. Cet album tient en effet du miracle. Menée par <strong>Maxim Emelyanychev</strong> et l&rsquo;Ensemble Il Pomodoro, l&rsquo;équipe réunie ici a tout pour séduire : une<strong> Joyce DiDonato</strong> idéale en Didon, le formidable Énée de <strong>Michael Spyres</strong>, la Belinda si délicate de <strong>Fatma Said</strong>, un trio de Sorcières assez incroyable (<strong>Beth Taylor</strong>, <strong>Alena Dantcheva</strong>,<strong> Ana Piroli</strong>), pour ne rien dire de l&rsquo;Esprit de <strong>Hugh Cutting</strong>&#8230; Pour plus de détails sur <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/purcell-dido-aeneas/">ce disque</a>, nous vous renvoyons au très détaillé <a href="_wp_link_placeholder" data-wplink-edit="true">compte-rendu de Charles Sigel</a>. Notre indéniable disque du mois !</p>
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		<title>PURCELL, Dido &#038; Aeneas</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/purcell-dido-aeneas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Aug 2025 04:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour illustrer la pochette du disque, on a choisi le visage de Joyce DiDonato, et ce n’est que justice tant son incarnation de la Reine de Carthage est splendide. Et le nom de Michael Spyres, prince troyen de grand luxe, s’inscrit en grands caractères, ce qui se comprend aisément. En revanche on aurait aimé que &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour illustrer la pochette du disque, on a choisi le visage de <strong>Joyce DiDonato</strong>, et ce n’est que justice tant son incarnation de la Reine de Carthage est splendide. Et le nom de <strong>Michael Spyres</strong>, prince troyen de grand luxe, s’inscrit en grands caractères, ce qui se comprend aisément. En revanche on aurait aimé que fût mieux mis en valeur celui de <strong>Maxim Emelyanychev</strong>, tant la réussite de cet enregistrement de l’opéra de Purcell lui revient au premier chef.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/240131_GA_VDT_Joyce_DiDonato_Dido__Aeneas_c_Alfonso_Salgueiro-18-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-197144"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Joyce DiDonato et Maxim Emelyanychev © Alfonso Salgueiro</sub></figcaption></figure>


<p>Une captation faite en public à la Philharmonie Essen en guise de bouquet final d’une tournée, qui passa notamment par le Barbican Center de Londres et le Théâtre des Champs-Elysées dans un programme où <em>Didon et Énée</em> était couplé avec le <em>Jephté</em> de Carissimi (et le ténor des deux œuvres était alors Andrew Staples).</p>
<p>Si Joyce DiDonato avait depuis longtemps à son répertoire de récital la Mort de Didon, c’est la première fois qu’elle chantait l’opéra entier. Et pouvait donner toutes les couleurs d’un rôle qui n’est pas que douleur. Et retrouver un personnage qu’elle incarna, d’ailleurs déjà avec l’Enée de Michael Spyres, dans de mémorables Troyens…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized"><img decoding="async" width="640" height="360" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Spyres-et-DiDonato-edited.jpg" alt="" class="wp-image-197151" style="width:640px;height:auto"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Spyres et DiDonato à l&rsquo;époque des Troyens © D.R.</sub></figcaption></figure>


<p>Le très bref opéra de Purcell, le premier en langue anglaise, est d’une efficacité magnifique, si bref soit-il. Le livret de Nahum Tate prévoyait force danses de Nymphes et Tritons, ce qui d’ailleurs l’aurait fait ressembler à ces masques dont l’Angleterre faisait ses délices. Mais Purcell tailla hardiment pour aller au plus court et au plus expressif.</p>
<p>En cela convaincu que c’était l’Italie qu’il fallait imiter, celle des opéras de Cavalli, et non pas ces opéras à la française dont il écrivait pis que pendre : « L’humeur de nos compatriotes devrait, et il ne serait guère trop tôt, commencer à être dégoûtée de la légèreté et des fadaises (<em>balladry</em>) de nos voisins [français] ».</p>
<h4><strong>Les nerfs à vif</strong></h4>
<p>Rien de plus révélateur que de comparer deux interprétations sous l’étiquette Erato : celle de Raymond Leppard en 1977 qui fit référence, avec déjà une merveilleuse chanteuse américaine (Tatiana Troyanos, bouleversante) et celle-ci… On a le sentiment qu’on a changé de voltage, qu’on est passé du 110 au 220 volts.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="600" height="392" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_9442.jpg" alt="" class="wp-image-197142"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Il Pomo d&rsquo;Oro sous la direction de Maxim Emelyanychev © D.R.</sub></figcaption></figure>


<p>Maxim Emelyanychev électrise ses troupes, ose des contrastes insolents, accentue le pittoresque de certaines scènes d’un grinçant très shakespearien (la scène de la Magicienne et des Sorcières), rend sensible le piège fatal où tombe Didon, accentue encore la prestesse, la fulgurance de ce scénario : Purcell ne s’installe jamais, n’étire jamais les mélodies, change les climats, n’éternise pas les épisodes dansés, joue sans cesse des contrastes de sentiments. S’inscrivant sans doute dans l’esprit de la théorie des humeurs, qui faisait encore florès.</p>
<p>Et le jeune chef russe, bouillonnant d’énergie et les nerfs à vif, lui emboite le pas. D’où la théâtralité vibrante de cette exécution, un caractère d’urgence, une palpitation de vie.</p>
<h4><strong>Fleur de peau</strong></h4>
<p>L’ouverture annonce d’emblée la couleur : un andante intense où les archets semblent figurer déjà la douleur de Didon, puis un allegro frémissant comme ses sentiments à fleur de peau : « Je languirai tant que ma peine restera secrète et pourtant je voudrais que nul ne la devine ». <br />C’est ce qu’elle chante dans son air d’entrée, « Ah ! Belinda, i am press&rsquo;d », en <em>ut</em> mineur, premier sommet de la partition, où, accompagnée du théorbe et de la viole de gambe, DiDonato est magnifique d’introspection, de legato, de nuances, filant les longues lignes de cette cantilène, où la mélodie semble errer sur une basse imperturbable, puis explose comme en un cri sur « yet would », avant que les reprises de la phrase ne s’allègent chaque fois davantage, la voix se faisant diaphane, jusqu’à une fin <em>morendo</em>, où l’ensemble des cordes vient la soutenir. Un air qui est tout entier prémonition de son lamento final.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/241695734_1708326482_v16_9_1200-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-197145"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Joyce DiDonato © D.R.</sub></figcaption></figure>


<p>En contraste avec cette mélancolie sublime, Belinda n’est que fraîcheur, vivacité, juvénilité, personnifiée par la voix limpide de <strong>Fatma Said</strong>, idéale dans ce rôle. Son duetto bondissant et dansant, « Fear non danger to ensue », avec son alter ego, la confidente (<strong>Carlotta Colombo</strong>, aux qualités vocales semblables), est d’une légèreté délicieuse, après le douloureux récitatif « Whence could so much &#8211; Mine with storms », où DiDonato, alternant <em>canto spianato</em> et vocalises virtuoses, transcende la technique pour n’être que désarroi et détresse. Purcell semble là s’inscrire dans la ligne des madrigalistes et de Monteverdi, tant il exprime de sentiments, d’<em>affetti</em>, en si peu de temps.</p>
<h4><strong>Spyres superbe dans le plus succinct de ses rôles</strong></h4>
<p>Michael Spyres est évidement le plus virilement séduisant des princes troyens. Indiqué comme « baritenor », il se montre à vrai dire ici beaucoup plus <em>bari</em> que ténor&#8230; Mais il est surtout d’une noblesse de timbre et de phrasé à faire fondre la plus chaste des reines. Belinda qui la connaît bien observe que « Her eyes confess the flame her tongue denies &#8211; Ses yeux trahissent la flamme que nient ses lèvres »… Purcell suggère ce trouble dans une mélodie brévissime, pétillante et irrésistible, « Pursue thy conquest, Love », qui par tout autre compositeur aurait été développée à n’en plus finir et qui chez lui passe comme un zéphyr désinvolte. Fatma Said y rayonne d’esprit.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="392" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_9441.jpg" alt="" class="wp-image-197141"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Fatma Said et Joyce DiDonato © D.R.</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Humeurs shakespeariennes</strong></h4>
<p>La nature toute entière, sous le charme de l’idylle du prince et de la reine, la célèbrera avec effusion par les voix des choristes d’<strong>Il Pomo d’Oro</strong>, radieux dans l’élégie amoureuse de « To the hills and the vales ».<br />À laquelle, par la loi des contrastes et du théâtre, succèdera la <em>terribilità</em> du tableau de la magicienne, cette âme noire dont découlera toute la suite de l’histoire. Emelyanychev ne lésine pas sur les effets sonores de plaque à tonnerre, de machine à vent, et de stridences en tout genre, pour suggérer la grotte où elle rumine sa détestation des gens heureux.<br />Dans une imprécation, dont le <em>fa</em> mineur signe la noirceur infernale, le mezzo <strong>Beth Taylor</strong> y distille sa vindicte avec autant d’ampleur que de verve, tandis que ses acolytes sorcières (<strong>Alena Dantcheva</strong> et <strong>Anna Piroli</strong>) grincent à loisir. On pense à <em>Macbeth</em> bien sûr. Mais très vite elles vont passer de la caricature à une nouvelle page exquise, le duetto de la malveillance, « To mar their hunting sport », aussi musical dans le registre drolatique et aigrelet que l’était « Pursue thy conquest, Love » de Belinda dans celui de l’amour.<br />Le chœur, lui, sera aussi convaincant dans l’humeur sardonique qu’il l’était dans l’élégiaque.<br />Et l’orchestre, sous la baguette piquante et hypervitaminée du jeune Russe, s’amusera des rythmes syncopés de la danse triomphale autant que des effets d’écho de la danse des Furies.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="392" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_9443.jpg" alt="" class="wp-image-197143"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>La Magicienne (Beth Taylor au centre) et les sorcières © D.R.</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Aux airs les passions de l’âme</strong></h4>
<p>C’est à un Esprit, son âme damnée, auquel elle fera revêtir l’aspect de Mercure, que la Magicienne confiera la tâche de précipiter le départ d’Énée vers l’Italie, où il fondera Rome. Ces moments de pure action, Purcell les écrit en <em>recitativo</em>, réservant les <em>arie</em> à l’expression des passions de l’âme. À l’injonction de l’Esprit (une voix de contre-ténor, <strong>Hugh Cutting</strong>, sur des tenues d’orgue pour en souligner le surnaturel), Énée ne peut répondre que par une sombre méditation. Seule sa vocalise finale sur « Yours be the blame, ye gods ! For I obey your will, but with more ease could die &#8211; Soyez maudits, ô Dieux ! Je me plie à votre volonté, mais j’eusse préféré mourir » indiquera son trouble, rare moment de faiblesse autorisé à un Héros. À nouveau Michael Spyres y est magnifique de ligne et de gravité, dans sans doute le plus succinct de ses rôles…</p>
<p>Entre danses de marins et danses de sorcières, la première scène du troisième acte fait évidemment le bonheur d’Emelyanychev. Tout cela est à la fois bondissant, acidulé, savoureux, insolent (le « Come away » du <em>sailor</em>, <strong>Laurence Kilsby</strong>), truculent (le « Our next motion » de la Magicienne). Cette espièglerie débridée n’étant là que pour mieux faire contraste avec les déchirantes scènes finales.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="746" height="417" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_9440.jpg" alt="" class="wp-image-197140"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Joyce DiDonato et Maxim Emelyanychev © D.R.</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Sublime déréliction</strong></h4>
<p>DiDonato est d’abord sublime de douleur dans son lamento «To Earth and Heav’n I will complain ! » avant de monter à des sommets fracassants de violence dans son récitatif <em>di furore</em> « Thus, on the fatal banks of Nille ». Abasourdi, le pauvre Énée ploie sous l’orage, s’offre à désobéir aux Dieux et à rester… Les « Away, away &#8211; Partez, partez » de Didon sont sans doute les plus cinglants de toute la discographie du rôle…</p>
<p>Génie et fulgurance de Purcell qui sitôt le Prince sorti fera plonger la Reine dans la déréliction la plus dépouillée, la plus éperdue, dans le récitatif « Thy hand, Belinda » sur quelques seules notes de théorbe, où DiDonato est d’une sincérité, d’une solitude bouleversantes.<br />Comme elle le sera dans son ultime plainte, « When i am laid in earth », musicalement la plus simple qui soit : une simple mélodie posée sur une basse obstinée, et ces « Remember me», qui se répètent et qui s’estompent puis s’effacent à mesure que Didon s’enfonce dans la mort.</p>
<p>Joyce DiDonato y est au-delà du beau chant (évidemment splendide, au sommet de son art). Elle y est admirable de pudeur, d’intériorité, de désespoir, de grandeur, d’abandon.</p>
<p>Ajoutons que la déploration finale du chœur se hissera sur les mêmes sommets. Il faudrait dire la transparence des voix de sopranos ou la manière dont Emeyanychev fait respirer cette page, en varie avec délicatesse les accents, mais on se bornera à dire de quelle émotion sont la compassion et l’apaisement qui se donnent à entendre là.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/purcell-dido-aeneas/">PURCELL, Dido &amp; Aeneas</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>BEMBO, L’Ercole amante</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/bembo-lercole-amante/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 Jul 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cet Ercole Amante offre une rare plongée dans une œuvre lyrique baroque composée par une femme, dans un contexte où ce genre était bien évidemment essentiellement masculin. Née à Venise vers 1640, Antonia Bembo bénéficie d’une solide éducation musicale, notamment auprès de Francesco Cavalli. Son mariage avec un noble vénitien tournant au drame (violences conjugales &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p data-start="166" data-end="1657">Cet <em data-start="170" data-end="185">Ercole Amante</em> offre une rare plongée dans une œuvre lyrique baroque composée par une femme, dans un contexte où ce genre était bien évidemment essentiellement masculin. Née à Venise vers 1640, Antonia Bembo bénéficie d’une solide éducation musicale, notamment auprès de Francesco Cavalli. Son mariage avec un noble vénitien tournant au drame (violences conjugales répétées et dépenses inconsidérées), après une tentative de divorce infructueuse en 1672, elle décide de quitter Venise. C’est en accompagnant la délégation du nouvel ambassadeur vénitien en France qu’elle arrive à la cour de Louis XIV. Impressionnée par ses talents, la couronne lui accorde une pension ainsi qu’un logement dans un couvent parisien où elle vivra recluse, consacrant ses dernières années à la composition jusqu’à sa mort vers 1720. Le livret de Francesco Buti, écrit en 1662 pour Cavalli, à l&rsquo;occasion du mariage de Louis XIV et Marie-Thérèse, s’inspire librement des exploits d’Hercule, mêlant passions amoureuses et intrigues divines dans une structure en cinq actes. L’action suit Hercule qui cherche à conquérir Iole, promise à Licco, tandis que Déjanire, épouse légitime d’Hercule, voit avec inquiétude les tensions grandir autour de cet amour naissant. L’œuvre déploie ainsi des scènes mêlant tendresse, jalousie et conflits divins, offrant un terrain idéal pour une musique expressive et nuancée.</p>
<p data-start="1659" data-end="2477">C’est à la Bibliothèque nationale de France que le <a href="https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b10511129x/f6.item" target="_blank" rel="noopener">manuscrit</a> (sur lequel ne figurent que quelques lignes et le continuo) de cet <em data-start="1056" data-end="1071">Ercole Amante</em> a été conservé. Composée en 1707, soit au moment où Haendel écrivait déjà de flamboyants opéras pour l&rsquo;Italie, l&rsquo;œuvre de Bembo adopte une écriture plus retenue, proche de l’esthétique monteverdienne. L’écriture favorise ainsi la fluidité du récit et la clarté du texte, avec des récitatifs expressifs et des airs courts. La musique déploie une atmosphère intime, soutenue par des chœurs élégants, comme celui de la fin de l’acte II. L’orchestration réalisée par <strong>Guillem Borràs Garriga</strong> privilégie une formation de chambre où flûtes, hautbois et cordes dialoguent en délicatesse avec un continuo, accentuant la transparence de la texture plutôt que la démesure orchestrale.</p>
<p data-start="2479" data-end="3620">La distribution réunit des voix homogènes et bien adaptées à ce répertoire délicat. <strong data-start="2563" data-end="2580">Yannick Debus</strong> campe un Ercole à la voix à la fois affirmée et nuancée, particulièrement remarquable dans « Come si beffa Amor del poter mio »&nbsp;(Acte I), où sa ligne vocale révèle une belle finesse expressive. <strong data-start="2794" data-end="2813">Alena Dantcheva</strong>, en Dejanira, séduit par la douceur de son timbre, même si certains passages gagneraient à davantage d’intensité dramatique. Son duo déchirant avec son fils Hyllo (<strong data-start="2978" data-end="2994">David Tricou</strong>) à l’acte III, scène 9, constitue un moment fort, porté par la clarté et la souplesse du ténor. <strong data-start="3091" data-end="3107">Anita Rosati</strong> incarne une Iole d’une belle fraîcheur, tandis que <strong data-start="3159" data-end="3182">Flore Van Meerssche</strong> impose en Giunone une présence vibrante et bien maîtrisée. <strong data-start="3242" data-end="3269">Chelsea Marilyn Zurflüh</strong> propose une Vénus sensuelle et pleine de séduction. L’étonnant contre-ténor <strong data-start="3346" data-end="3362">Arnaud Gluck</strong> se distingue tout particulièrement en Paggio, conjuguant précision et émotion. Enfin, <strong data-start="3439" data-end="3466">Andrés Montilla-Acurero</strong> (Licco) et <strong data-start="3478" data-end="3493">Hans Porten</strong> (Nettuno, Eutyro, Mercurio) complètent cette distribution avec engagement, assurant une belle cohérence d’ensemble.</p>
<p data-start="3622" data-end="4062">Sous la direction de <strong data-start="3643" data-end="3659">Jörg Halubek</strong>, l’ensemble <strong data-start="3672" data-end="3692">Il Gusto Barocco</strong> explore cette partition avec un appétit jamais mis en défaut. Le riche continuo (clavecin, orgue, harpe, luth) est particulièrement expressif et vivant, tandis que l’équilibre entre bois et cordes met en lumière les lignes mélodiques délicates. L’effectif de chambre choisi renforce l’intimité de la musique, même si cela limite parfois la puissance dans les scènes plus dramatiques.</p>
<p data-start="4064" data-end="4556">Cette production est le prolongement d&rsquo;un spectacle <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bembo-lercole-amante-stuttgart/" target="_blank" rel="noopener">donné à Stuttgart</a> en 2023 par la même équipe. L’intérêt pour l&rsquo;œuvre n&rsquo;est en tout cas pas prêt de se tarir : <em>L&rsquo;Ercole amante</em> version Bembo sera en effet repris rien moins qu’à l’Opéra Bastille en 2026, avec une distribution séduisante et probablement des effectifs instrumentaux plus étoffés. En attendant, ce CD constitue une excellente porte d’entrée.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>BEMBO, L&#8217;Ercole Amante &#8211; Stuttgart</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bembo-lercole-amante-stuttgart/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 01 Jun 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=132292</guid>

					<description><![CDATA[<p>Depuis trois ans, L&#8217;ensemble Il Gusto Barocco propose un printemps baroque à Stuttgart avec des programmes qui font la part belle aux découvertes ainsi qu&#8217;aux femmes compositrices. Preuve en est cet Ercole Amante écrit en 1707 par Antonia Bembo qui n&#8217;avait jamais été donné à la scène.Bordelais et Parisiens ont pu découvrir en 2019 la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis trois ans, L&rsquo;ensemble <strong>Il Gusto Barocco</strong> propose un printemps baroque à Stuttgart avec des programmes qui font la part belle aux découvertes ainsi qu&rsquo;aux femmes compositrices. Preuve en est cet <em>Ercole Amante</em> écrit en 1707 par Antonia Bembo qui n&rsquo;avait jamais été donné à la scène.<br>Bordelais et Parisiens ont pu découvrir en 2019 la version de Francesco Cavalli proposée par Raphaël Pichon, Valérie Lesort et Christian Hecq. C&rsquo;est l&rsquo;abbé Francesco Buti qui en avait commis le livret en 1662 à la demande du Cardinal Mazarin à l&rsquo;occasion du mariage de Louis XIV et Marie Thérèse d&rsquo;Autriche.<br>«&nbsp;Variante fort éloignée de l’Hercule furieux d’Euripide, l’Hercule gaulois était une invention de la Renaissance française : un ancêtre que caractérisaient l’éloquence et la volonté d’atteindre la perfection à travers les épreuves, un demi-dieu que Ronsard avait même comparé à Jésus dans son Hercule chrétien » soulignait alors le programme de salle de l&rsquo;Opéra-Comique.</p>
<p>Antonia Bembo, élève de Cavalli, reprend ce texte quarante cinq ans plus tard. Originaire d&rsquo;une famille aisée de Vénétie, la musicienne a reçu une éducation raffinée et épousé un aristocrate qu&rsquo;elle fuit pour se réfugier en France. Chanteuse, pensionnée par Louis XIV, elle lui dédie l&rsquo;essentiel de ses œuvres –&nbsp;motets, cantate ainsi que cet unique opéra .</p>
<p>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une œuvre de la maturité – l&rsquo;artiste est née dans les années 1640 – dont le style combine les apports italiens et français autour d&rsquo;une poésie maniériste à l’intrigue quelque peu embrouillée, avec siège magique et tunique empoisonnée. La ligne musicale en est assez flatteuse, parfois aussi déroutante qu&rsquo;audacieuse. Il est forcement émouvant d&rsquo;entendre une œuvre résonner pour la toute première fois plus de trois cent ans après sa composition ; l&rsquo;Ensemble vient d&rsquo;ailleurs d&rsquo;en achever l&rsquo;enregistrement, à paraitre, la sortant définitivement du silence.</p>
<p>Cette première version concertante aurait sans doute gagné à plus d&rsquo;interactions scéniques entre les protagonistes et à quelques coupes supplémentaires, car, si les deux premiers actes en sont assez enlevés, les deux heures trente de musique comportent finalement peu de grandes arias et une place très importante laissée aux récitatifs, en raison de la complexité de l&rsquo;intrigue. Ceci dit, ces derniers s&rsquo;intercalent entre les airs avec beaucoup de fluidité, une même scène pouvant basculer de l&rsquo;un à l&rsquo;autre à plusieurs reprises.<strong> Jörg Halubek</strong> dirige sobrement ses quatorze musiciens depuis le clavecin, sans emphase, et varie sans cesse son instrumentarium pour ne pas lasser l&rsquo;oreille. Cette inventivité fait merveille, d&rsquo;autant plus que la pâte sonore est aussi riche que souple. La harpe soutient avantageusement le continuo&nbsp;; les vents, les cordes alternent comme dans le magistral final du quatrième acte. Les ouvertures des cinq actes sont, quant à elles, autant de brillantes respirations dans la narration.<br>Malheureusement, fatigue ou trop grande nouveauté de la partition, à partir du troisième acte, les dérapages se multiplient avec de ce fait, plusieurs moments très délicats en terme de justesse, d&rsquo;entrées erratiques voire de continuité mélodique.</p>
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<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DSCF7539-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-132592" /><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Ercole Amante © Philipp Lin</sup></figcaption></figure>


<p>Le plateau scénique est d&rsquo;excellente tenue avec neuf artistes venus de toute l&rsquo;Europe, maîtrisant parfaitement l&rsquo;esthétique baroque. Ils interviennent à plusieurs reprises pour des chœurs superbes à la polyphonie raffinée : « Dormi, o sogno dormi » berce Ercole simulant une respiration qui s&rsquo;apaise. Tout comme le splendide chœur des sacrificateurs, il constitue un indéniable temps fort de la partition.</p>
<p>A tout seigneur, tout honneur&nbsp;: <strong>Yannick Debus</strong> campe un Ercole plein d&rsquo;autorité. Verticalité, beau métal de la projection sont mis en valeur par le gras du timbre. Son ultime aria, celle de sa mort, est particulièrement réussie.</p>
<p>Son rival, <strong>David Tricou</strong>, est un Hyllo magnifique, très expressif, aussi investi scéniquement qu&rsquo;émotionnellement notamment dans l&rsquo;admirable «&nbsp;Ahi che pena è gelosia&nbsp;». Dans «&nbsp;Amor, ardor piu cari&nbsp;», c&rsquo;est via le sentiment qu&rsquo;il négocie fort habilement les notes les plus aiguës, si difficiles. Sa voix s&rsquo;harmonise parfaitement avec celle d&rsquo;<strong>Anita Rosati</strong>, Iole au timbre plein de fraîcheur mais bien campé, aux vocalises nettes et faciles enrichies d&rsquo;intelligentes nuances. Mais la jeune soprano a parfois du mal à caractériser son personnage, contrairement à <strong>Chelsea Zurflü</strong> qui, qu&rsquo;elle personnifie Venere, Pasithéa ou la Bellezza, enthousiasme par la ductilité d&rsquo;une voix parfaitement placée, à l&rsquo;émission naturelle et aux registres unifiés. Pastoral et bucolique «&nbsp;mormorate O fiumicelli&nbsp;» lui donne par exemple l&rsquo;occasion d&rsquo;exprimer sa grande sensibilité.</p>
<p>La Giunone de <strong>Flore Van Meersche</strong> d’enorgueillie pour sa part de vocalises tout en netteté, d&rsquo;un legato généreux, d&rsquo;une présence tout de noblesse, de colère retenue. Elle achève sa partie en apothéose lorsqu&rsquo;elle chante celle d&rsquo;Ercole pour clore l&rsquo;opéra.</p>
<p><strong>Alena Dantcheva</strong> en Dejanire se révèle au cours de la soirée avec des graves plutôt mats dans la première intervention «&nbsp;Ahi ch&rsquo;amarezza&nbsp;» enrichit par de très belles nuances à l&rsquo;orchestre. Ceci dit, les aigus sont brillants, le travail des couleurs et des nuances opulent. L&rsquo;autorité vocale est patente dans «&nbsp;Figlio, tu prigioniero&nbsp;» et le final en trio avec Iole et Licco, magnifique.<br>Ce dernier, incarné par <strong>Andrès Montilla-Acurero</strong>, a beaucoup d&rsquo;espace dans la voix, accrochée bien haut. Impeccable, il forme un couple cocasse avec <strong>Arnaud Gluck</strong>, page plein d&rsquo;allant et de charme tandis qu&rsquo;<strong>Hans Porten</strong> en Nettuno complète avantageusement la distribution.</p>
<p>Spécialiste de JS Bach à qui il a consacré plusieurs enregistrements, Jörg Halubek proposera le <a href="https://www.ilgustobarocco.de/stuttgarterreihe23/">4 juin</a> une soirée Anna Magdalena Bach avant que Camilla de Rossi et Maria Margherita Grimani, autres femmes compositrices, ne tiennent le haut du pavé le 23 juin avec un programme porté par la soprano Suzanne Jerosme.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bembo-lercole-amante-stuttgart/">BEMBO, L&rsquo;Ercole Amante &#8211; Stuttgart</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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