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	<title>Andreas SCHAGER - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Andreas SCHAGER - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>WAGNER, Rienzi &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-rienzi-bayreuth/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Jul 2026 20:35:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il a fini par être accepté dans la maison, cet enfant maudit de Wagner, 150 ans après la création du festival. Œuvre inégale mais impressionnante, acclamée à sa création mais dépréciée par le compositeur, Rienzi reste aujourd’hui un opéra de connaisseur, peu donné dans les grandes salles. Qu’aurait-il été de sa postérité s’il n’avait pas &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il a fini par être accepté dans la maison, cet enfant maudit de Wagner, 150 ans après la création du festival. Œuvre inégale mais impressionnante, acclamée à sa création mais dépréciée par le compositeur, Rienzi reste aujourd’hui un opéra de connaisseur, peu donné dans les grandes salles. Qu’aurait-il été de sa postérité s’il n’avait pas été adulé par un certain Adolf Hitler, qui se reconnaissait dans le personnage éponyme ? Et si ce même homme n’avait pas emporté avec lui dans la tombe le manuscrit original, faisant s’arracher les cheveux des musicologues. Difficile à dire tant l’intégralité de l’œuvre évoque aujourd’hui des références esthétiques et idéologiques récupérés par les régimes fascistes. C’est là l’un des exemples les plus flagrants d’œuvres salies par le temps, qu’il est désormais impossible de ne considérer que pour elles-mêmes. L’œuvre mérite pourtant une visibilité au-delà de ces questions politiques, pour la puissance dramatique de l’ensemble, et pour la réussite musicale de certaines scènes (la prière de Rienzi, le chœur de femmes du 3e acte, le chœur d’hommes dans l’église du 4e acte…).</p>
<figure id="attachment_218102" aria-describedby="caption-attachment-218102" style="width: 1000px" class="wp-caption alignnone"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-full wp-image-218102" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rienzi-7.jpg" alt="" width="1000" height="667" /><figcaption id="caption-attachment-218102" class="wp-caption-text">©️Enrico Nawrath</figcaption></figure>
<p>Chaque production de l’œuvre étant une recréation, il convient que l’on décrive un instant la version choisie. Il s’agit d’une nouvelle édition critique du festival, pour une durée d’un peu moins de quatre heures. Le ballet est conservé, mais dans sa forme réduite, sans la pantomime complète enregistrée par Edward Drownes. Le finale de l’acte 3 accorde plus de place à la lamentation lors de l’accueil des cadavres, au lieu d’enchaîner directement avec le chœur de victoire comme dans la plupart des versions. Enfin, la prière de Rienzi ouvre l’acte IV au lieu de l’acte V. Globalement, cette édition est plus cohérente dramaturgiquement que celle qu’utilisait Hollreiser par exemple, plus contrastée aussi, sans souffrir de longueurs.</p>
<p>Il faut dire que la fosse d’orchestre est tenue par une <strong>Nathalie Stutzmann</strong> très inspirée, et bruyamment acclamée aux saluts. On n’était pourtant pas spécialement convaincu par la première partie, en particulier du fait d’ensembles très rapides qui mettent le plateau en péril, sans pour autant trouver le juste rebond rythmique. La suite, plus dramatique, plus lyrique aussi, va mieux à son geste ample, et elle livre plusieurs moments de grande beauté, en particulier un troisième acte profondément émouvant. L’<strong>Orchestre du Festival de Bayreuth</strong> la suit dans cette recherche de plénitude sonore, avec notamment un remarquable pupitre de cuivres : l’œuvre étant nouvelle au répertoire, on suppose que l’ensemble devrait encore gagner en homogénéité et synchronisation dans les représentations suivantes. Il en va de même pour le <strong>Chœur du Festival</strong>, préparé par <strong>Thomas Eidler-De Lindt. </strong>Passés les décalages de la première partie, on apprécie l’investissement et l’homogénéité de chacune de leurs interventions, dans un opéra où la masse populaire est un personnage de premier plan.</p>
<figure id="attachment_218101" aria-describedby="caption-attachment-218101" style="width: 1000px" class="wp-caption alignnone"><img decoding="async" class="size-full wp-image-218101" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rienzi-5.jpg" alt="" width="1000" height="667" /><figcaption id="caption-attachment-218101" class="wp-caption-text">©️Enrico Nawrath</figcaption></figure>
<p>Sur scène, <strong>Alexandra Szemerédy</strong> et <strong>Magdolna Parditka</strong> livrent un spectacle intelligent, cohérent et témoin d’un vrai savoir-faire dans la direction d’acteurs. Située dans une dystopie contemporaine grisâtre, certes vue ailleurs, la production s’intéresse particulièrement à la psychologie du trio principal. Rienzi et Irene sont montrés comme les prémices de Siegmund et Sieglinde, en frère et sœur à tendance incestueuse : le rapt d’Irene au premier acte est ici une campagne de diffamation à son encontre sur les réseaux sociaux, la présentant comme la maîtresse de son frère. Elle l’accompagne comme une première dame, en figure influente et aimante, mais progressivement distante vis-à-vis de son évolution politique, là où le livret la cantonne au rang de fidèle inconditionnelle. Rienzi est très loin du bloc monolithique de l’homme providentiel ici, la mise en scène insistant évidemment sur sa dérive autoritaire mais surtout sur le parcours intérieur qui l’y conduit. Du traumatisme inaugural de la mort de son petit frère jusqu’au comportement auto destructeur du dernier acte, il s’enfonce dans une spirale psychotique et hallucinatoire (les voix du 4e acte ne sont ici qu’un délire, assez joliment illustré par la vidéo en négatif de <strong>Leonard Koch</strong>). Adriano est le personnage le plus complet et ambigu du livret, et appelle donc moins de réécriture : la dynamique entre Rienzi et Irene le rend cependant d’autant plus intéressant, en vouant son amour à l’échec.<br />
Sur le plan politique, le spectacle insiste sur la manipulation des masses, notamment par l’image. Les téléphones sont omniprésents, de même que l’image des pouces de like et dislike, qui rappelle le geste de vie ou de mort de la Rome antique. Les complots et fake news se construisent par messages, tandis que toute apparition publique d’une personnalité politique est filmée en direct. Orsini et Colonna sont ainsi deux bellâtres obsédés par leur image, sur laquelle ils misent pour monter dans les sondages.<br />
Enfin, les metteuses en scène savent faire preuve d’humour avec le ballet revisité en parodie de toute l’œuvre de Wagner, dans un théâtre de Bayreuth factice. La production appellerait davantage de commentaires, notamment sur la dignité du traitement des victimes du troisième acte, mais finissons simplement en soulignant son habileté à prendre du recul avec la résonance politique de l’œuvre sans la trahir.</p>
<figure id="attachment_218100" aria-describedby="caption-attachment-218100" style="width: 567px" class="wp-caption alignnone"><img decoding="async" class="size-full wp-image-218100" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rienzi-3.jpg" alt="" width="567" height="850" /><figcaption id="caption-attachment-218100" class="wp-caption-text">©️Enrico Nawrath</figcaption></figure>
<p>Chaque rôle étant dirigé et caractérisé avec précision, le plateau vocal brille globalement par la qualité du jeu et par l’investissement scénique. <strong>Michael Nagy</strong> (Orsini) et <strong>Andreas Bauer Kanabas</strong> (Colonna) sont ainsi parfaits en politiciens charmants mais malsains. On apprécie particulièrement la basse caverneuse du second, riche en résonances. <strong>Vitalij Kowaljow</strong> est un Cardinal Raimondo charismatique et saisissant vocalement, tandis que <strong>Michael Kupfer-Radecky</strong> (Cecco) et <strong>Matthias Stier</strong> (Baroncelli) font sortir leurs rôles de l’anonymat par des voix saines et bien projetées. La Messagère de paix de <strong>Victoria Randem</strong> s’amuse également beaucoup à jouer la journaliste, tandis que son solo est un modèle de phrasé et de souplesse vocale : une voix à suivre. Irene est un rôle qui pourrait n’être que passif, mais on a décrit l’importance que lui donne ici la mise en scène. Le choix de casting de <strong>Gabriela Scherer</strong> va également dans ce sens : soprano au timbre dense, voix souple à l’émission typiquement germanique, cette Irene là n’a rien de la pauvre fille, et réussit par son seul regard à traduire toutes les contradictions du personnage. Incontournable du Festival, <strong>Andreas Schager</strong> (Rienzi) est aussi impressionnant qu’il se doit dans ce rôle de heldentenor parfait pour lui. Au delà de la projection toujours aussi saisissante, de cet engagement qui semble inépuisable, on apprécie cet art de mâcher les mots, les consonnes, pour les rendre tous intelligibles et expressifs. Pour être honnête, signalons quand même une bonne partie des aigus attaqués par en dessous, et une tendance à chanter trop bas dès que la nuance se fait piano. La triomphatrice de la soirée pour nous est cependant <strong>Jennifer Holloway</strong>, qui livre un Adriano de haute volée. De ses débuts de carrière en mezzo-soprano, elle garde un grave affirmé qui donne toute sa force expressive au jeune homme tiraillé par ses sentiments, tandis que le métal clair de sa voix la tire aujourd’hui vers le soprano dramatique. Interprète incandescente sur scène, voix parfaitement projetée, actrice charismatique, elle livre une performance exceptionnelle.</p>
<figure id="attachment_218104" aria-describedby="caption-attachment-218104" style="width: 1000px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-218104" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rienzi-1.jpg" alt="" width="1000" height="667" /><figcaption id="caption-attachment-218104" class="wp-caption-text">©️Enrico Nawrath</figcaption></figure>
<p>Pourquoi représenter Rienzi aujourd’hui ? Dans un monde où les fascistes reviennent au pouvoir dans les plus grandes puissances mondiales, pourquoi s’infliger des récits ambigus à leur égard ? Les images ont un poids, les œuvres aussi, et certaines sont plus dangereuses que d’autres. L’enthousiasme unanime du public de Bayreuth, ravi de découvrir enfin cette œuvre rejetée, montre en tout cas que ces récits continuent à griser aujourd’hui. Un peu par fascination, un peu par effroi. Le numéro d’équilibriste nécessaire pour ne pas tomber dans l’indécence est ici réussi par l’ensemble de l’équipe artistique, mais rappelle la précaution requise pour manier ces sujets. Continuons à apprendre de l’Histoire, et à garder notre regard critique sur ses témoins.</p>
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		<item>
		<title>WAGNER, Siegfried – Londres (ROH)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-londres-roh/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Réussir Das Rheingold et confirmer avec Die Walküre simplifie beaucoup la vie d’un metteur en scène. L’inverse est tout aussi vrai et le Ring parisien en témoigne cruellement. Deux mois, après la capitale française, Londres poursuit l’exploration du cycle de Wagner emmenée par Barrie Kosky. Siegfried, opéra d’apprentissage presque picaresque, présente de nombreuses contraintes : on &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-londres-roh/">Réussir <em>Das Rheingold</em></a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-londres/">confirmer avec <em>Die Walküre</em></a> simplifie beaucoup la vie d’un metteur en scène. L’inverse est tout aussi vrai et le Ring parisien en témoigne cruellement. Deux mois, après la capitale française, Londres poursuit l’exploration du cycle de Wagner emmenée par <strong>Barrie Kosky</strong>. <em>Siegfried</em>, opéra d’apprentissage presque picaresque, présente de nombreuses contraintes : on parlait traités, runes, trahison et peurs existentielles, nous voici dans une forge avec un ado insupportable et un nain grincheux. Il y a bien un dragon et un oiseau bavard mais il faudra attendre le troisième acte pour vraiment retrouver les affaires du monde, avant un duo d’amour. Que faire de ce héros antipathique ? Le metteur en scène australien va au plus simple. Il tire le fil du monde et des thèmes qu’il a installés jusqu’à maintenant. Erda vieillie demeure dans son rôle d’observatrice permanente de la tragédie du monde. Celui-ci touche le fond : Mime vit reclus dans une cabane juchée sur un tronc carbonisé, la limaille éparpillée tout autour finit d’assécher son univers. Le deuxième acte se retrouve plongé dans un hiver total où la neige permanente vient recouvrir la carcasse de Fafner et les traces des intrigants. Si l’on se rappelle du costume du <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/siegfried-bayreuth-2015-bayreuth-regler-le-cas-siegfried/">Waldvogel de Castorf à Bayreuth</a>, on se souviendra longtemps de celui du dragon tout en pépites d’or et pierres précieuses qui mettent en valeur un maquillage de <em>calavera</em>*. La cupidité et la captation des richesses du monde ont achevé de le désertifier. En comparaison, la prairie aussi verdoyante que fleurie où repose Brunnhilde donne le la de la rédemption à venir. Tout le duo se trouve transfiguré dans une belle scène naïve, où une Erda apaisée retrouve son rôle de Pachamama, gants et arrosoir en main. Barry Koskie capitalise sur son univers aussi lisible que parlant. Il peut dès lors se concentrer sur la direction théâtrale, supplément d’âme de cette intelligente proposition, très souvent adossée au leitmotiv et à leur signification dramatique. Siegfried se voit dépeint comme un ado (il joue de la « air batterie » et prend Notung pour une guitare), en conflit avec la figure masculino-féminine de son tuteur (Mime porte le tablier de Sieglinde vu dans la journée précédente). Si la relation entre les deux est faite de menaces, elle est aussi complice – ce qui permet beaucoup d’humour et de légèreté dans le jeu &#8211; et aimante à sa manière, ce qui explique pourquoi l’attelage des deux se maintient jusqu’au meurtre parricide. Enfin, au deuxième acte, Barry Koskie continue de tisser le fil du rapport à la nature. Siegfried, seul compagnon des animaux, confond Erda/Pachamama avec l’oiseau – chanté radieusement hors scène par <strong>Sarah Dufresne</strong>. Si l’anthropocène ne peut aller que vers l’effondrement en une chute des « dieux » humains inéluctable, ce Ring place l’espoir non dans la rédemption par l’amour mais dans le retour à une nature simple et naïve dont Siegfried ne peut être que le héraut parfait. La dernière journée, prévue au Royal Opera House en janvier 2027, apportera surement les dernières réponses à un projet rondement mené.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/siegfried_bk_roh_232-1294x600.webp" />© Monika Ritterhaus</pre>
<p>De la rondeur justement, <strong>Antonio Pappano</strong> n’en manque pas. Son orchestre irréprochable fond les leitmotive avec la même évidence que lors des journées précédentes et supporte le plateau en l’irrigant du sens que la musique de Wagner construit méticuleusement. Le nuancier a encore progressé : des pianos diaphanes dans la forêt, en passant par la harpe ductile autour de Brunnhilde endormi, à une scène de la forge dantesque… le spectacle est haut en couleurs et porte tout le romanesque de la fresque.</p>
<p>Londres enfin réunit une distribution de tout premier plan, qui n’est pas exempte de défaut. On savait depuis <em>Die Walkure</em> que <em>Siegfried</em> serait un vrai défi pour <strong>Elisabet Strid</strong> tant Brunnhilde évolue dans le haut de la tessiture lors de cette deuxième journée. Passé un éveil laborieux, elle finit par s’installer dans le duo et dégage une belle complicité vocale avec son partenaire. Surtout, jamais elle ne va au-delà de ses moyens et cette probité lui permet nuances et interprétation qui au global compensent son manque de largeur. L’Erda de <strong>Wiebke Lehmkuhl</strong> souffre de la comparaison avec elle-même. L’ampleur vocale lui manque ce soir dans cette scène pourtant resserrée. De même pour <strong>Christopher Purves</strong> (Alberich) qui possède la noirceur, l’intelligence musicale et scénique mais à qui il manque un demi-ton à chaque extrémité de la tessiture. On se demande pourquoi <strong>Solomon Howard</strong> est discrètement sonorisé – a part vouloir amplifier la « reverb ». Son volume suffit à lui seul à caractériser le dragon. Enfin <strong>Christopher Maltman</strong> achève son cycle magistralement. Le rôle lui tombe sans un pli dans la gorge. L’incarnation, entre noblesse et déchéance, splendeurs vocales et saillies perçantes, en font déjà un Wotan incontournable du circuit actuel. <strong>Peter Hoare</strong> délivre une performance géniale. Son Mime androgyne s’avère aussi attachant que répugnant. Il multiplie les facéties vocales et scéniques avec une aisance confondante. Faut-il encore présenter le Siegfried vitaminé et triomphant d’<strong>Andreas Schager </strong>? Le ténor fait ses débuts londoniens et se voit acclamé pour une soirée de chant galvanisante où le public aura pris autant de plaisir à l’écouter que lui à évoluer dans cette proposition scénique où, pour une fois, il a le beau rôle.</p>
<pre>* Maquillage traditionnel de la Fête des Morts au Mexique.</pre>
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		<title>Pour la présentation de sa nouvelle saison, le Wiener Staatsoper fait son show</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/pour-la-presentation-de-sa-nouvelle-saison-le-wiener-staatsoper-fait-son-show/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Mar 2026 05:46:27 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La présentation des saisons lyriques 2026-27 bat son plein et Forum Opéra en rend compte régulièrement. Vienne reste fidèle à sa prestigieuse tradition et organise, comme elle sait le faire, les choses en grand. La présentation se fera le dimanche 12 avril 2026 à 11h au Staatsoper comme il se doit. Et, comme il se &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La présentation des saisons lyriques 2026-27 bat son plein et Forum Opéra en rend compte régulièrement.<br />
Vienne reste fidèle à sa prestigieuse tradition et organise, comme elle sait le faire, les choses en grand.<br />
La présentation se fera le dimanche 12 avril 2026 à 11h au Staatsoper comme il se doit. Et, comme il se doit <strong>Bogdan Roščić</strong> le patron de l’institution, ne sera pas seul en scène. C’est à un véritable spectacle que sont conviés les spectateurs (qui doivent du reste réserver et payer leur place !).<br />
Cette année, au cours de la présentation, <strong>Ekaterine Buachidze</strong>, <strong>Ivan Gyngazov</strong>, <strong>Christopher Maltman</strong>, <strong>Vida Miknevičiūtė</strong>, <strong>Marina Rebeka</strong> et <strong>Andreas Schager</strong> se produiront accompagnés de l’orchestre de l’Opéra de Vienne sous la direction de <strong>Axel Kober</strong>. Le ballet ne sera pas oublié (<strong>Margarita Fernandes</strong> et <strong>António Casalinho</strong>). D’autres invités prendront la parole : <strong>Alessandra Ferri</strong>, <strong>Bertrand de Billy</strong>, <strong>Franz Welser-Möst</strong>, <strong>Nikolaus Habjan</strong>, <strong>Barrie Kosky </strong>et <strong>Evgeny Titov</strong>.<br />
Cérémonie qui sera transmise en directe par la télévision autrichienne (ORF III).</p>
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		<item>
		<title>WAGNER, Der Ring des Nibelungen &#8211; Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/wagner-der-ring-des-nibelungen-berlin-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Jan 2026 07:24:33 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’enregistrement que propose le label Unitel est la captation du deuxième des trois cycles de la Tétralogie proposés par le Staatsoper Berlin à l’automne 2022. Celle-ci fut reprise au printemps 2024, puis à l’automne 2025. Il s’agissait de la nouvelle production signée Dmitri Tcherniakov, sous la baguette de Christian Thielemann à la tête de la &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’enregistrement que propose le label Unitel est la captation du deuxième des trois cycles de la Tétralogie proposés par le Staatsoper Berlin à l’automne 2022. Celle-ci fut reprise au <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-berlin-staatsoper/">printemps 2024</a>, puis à l’automne 2025.<br />
Il s’agissait de la nouvelle production signée <strong>Dmitri Tcherniakov</strong>, sous la baguette de <strong>Christian Thielemann</strong> à la tête de la Staatskapelle Berlin. Cette captation avait fait l’objet d’une diffusion sur arte.tv, disponible plusieurs semaines en 2023.<br />
C’est précisément ce deuxième cycle que nous avions chroniqué les 30 octobre (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-berlin-staatsoper-lor-resume-a-lanneau/">Das Rheingold</a>), 31 octobre (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-walkure-berlin-staatsoper-emotions-questions-et-regrets/">Die Walküre</a>), 5 novembre (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/siegfried-berlin-staatsoper-plateau-vocal-hors-norme/">Siegfried</a>) et 8 novembre 2022 ( <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gotterdammerung-berlin-staatsoper-un-plaisir-a-prolonger/">Die Götterdämmerung</a>).<br />
L’initiative de cette nouvelle production revient, il convient de ne pas l’oublier, à <strong>Daniel Barenboïm</strong>, qui souhaitait à cette occasion célébrer un double anniversaire : les 80 années de son existence et ses 30 années passées au poste de GMD, Generalmusikdirektor de la Staatskapelle Berlin. On sait que malheureusement la maladie contraindra Barenboïm à la fois à renoncer à diriger cette production, mais aussi à céder la place de GMD à Christian Thielemann, que chacun du reste pressentait comme successeur. «  Nous nous connaissons depuis des années et je sais qu’avec lui le <em>Ring</em> est entre de bonnes mains », dira-t-il.<br />
De fait, la presse allemande et internationale (dont Forum Opéra) a encensé cet Anneau dont il fut dit qu’il a posé, au moins en ce qui concerne la direction musicale, de nouveaux jalons dans l’interprétation du cycle. Il faut dire que la distribution XXL (Volle, Kampe, Schager, Mahnke, Doron, Rügamer, Urmana, Watson, Villazón, Kissjudit, Vasar, Kränzle, Kares) laissait présager les plus hauts sommets vocaux – les attentes, autant le dire tout de suite, ne furent pas déçues.<br />
<strong>Michael Volle</strong> en Wotan/Wanderer scelle avec ce cycle berlinois une prestation de très haute tenue. Présent sur les quatre (!) épisodes (on le comprendra plus bas), il possède, outre la puissance, un moelleux dans le grave qui ne semble toujours pas prendre de rides, même <a href="https://www.forumopera.com/michael-volle-il-ny-a-quun-seul-bayreuth/">si cette question le taraude</a>. Son premier arioso de <em>Rheingold</em> donne le la, ses actes II et III de <em>Walküre</em> et particulièrement le duo avec Brünhilde feront référence (« Leb wohl, du kühnes, herrliches Kind » ). Et quelle articulation ! La Brünnhilde d’<strong>Anja</strong> <strong>Kampe</strong> est elle aussi superlative ; son omniprésence dans <em>Götterdämmerung</em> ne semble pas l’atteindre et elle finit son monologue d’adieu en majesté. Et que dire du Siegfried d’<strong>Andreas</strong> <strong>Schager</strong>, qui ne connaît aucune limite, aucune faiblesse. Malgré tout ce que lui impose la mise en scène (fracasser des tables à coup de masse, porter ses partenaires, prendre une douche sur scène, etc. !), le Heldentenor ne vacille jamais et emplit la salle du Staatsoper de sa surpuissance. Autre héros du cycle, <strong>Mika Kares</strong> qui chante Fasolt puis Hunding et enfin Hagen. Terrible méchant qui possède la profondeur et la noirceur de la basse et qui font de lui le diable qu’on adore détester. Son tonitruant « Hoiho » dans Götterdämmerung nous donne encore le frisson.<br />
Dans <em>Walküre</em>, le couple Sieglinde (<strong>Vida Miknevičiūtė</strong>) – Siegmund (<strong>Robert</strong> <strong>Watson</strong>) fait merveille en jeunes amoureux somme toute maudits. Leur duo d’amour est d’une immense tendresse. <strong>Johannes Martin Kränzle</strong> est un habitué du rôle d’Alberich. On ne sait s’il faut louer l’acteur d’abord ou le chanteur. Il se plie avec grande humilité à tout ce qu’exige de lui la conduite d’acteurs et ce n’est pas mince. <strong>Stephan Rügamer</strong> est un Mime qui se révèle diabolique dans <em>Siegfried</em>, après un <em>Rheingold</em> déjà réussi. <strong>Peter Rose</strong> est Fafner à la voix peut-être pas caverneuse mais qui donne au personnage (qui est tout sauf un dragon) toute crédibilité dans la noirceur. <strong>Lauri Vasar</strong> se révèle davantage en Gunter que dans le modeste rôle de Donner, <strong>Siyabonga Maqungo</strong> étant un Froh tout aussi juste. <strong>Rolando Villazón </strong>est-il aussi juste en Loge ?  Ses pitreries et ses manières semblent un peu excessives, et la diction (même si Villazón parle un allemand courant) laisse un peu à désirer. <strong>Anett Fritsch</strong> est une Freia bien fragile (elle sera Ortlinde dans la première journée), soutenue par la Fricka de <strong>Claudia Mahnke</strong> qui donne toute sa mesure dans <em>Walküre</em>. A l’inverse, c’est dans <em>Rheingold</em> que <strong>Anna Kissjudit</strong> brille de mille feux (plus que dans <em>Siegfried</em> où le rôle est moins prégnant). L’alto est magnifique de douceur et de force tout à la fois, le timbre d’une chaleur enivrante. A noter que Kissjudit va « monter en grade » à l’été 2026 puisqu’elle sera la Fricka du <em>Ring</em> anniversaire.<br />
Les Walkyries (<strong>Clara Nadeshdin</strong>, <strong>Christiane</strong> <strong>Kohl</strong>, <strong>Michal</strong> <strong>Doron</strong>, <strong>Alexandra</strong> <strong>Ionis</strong>, <strong>Anett</strong> <strong>Fritsch</strong>, <strong>Natalia</strong> <strong>Skrycka</strong>, <strong>Anna</strong> <strong>Lapkovskaja</strong>, <strong>Kristina</strong> <strong>Stanek</strong>) feront une dôle de chevauchée (dans un amphithéâtre plutôt qu’à cheval !). A noter que pour <em>Götterdämmerung</em> c’est <strong>Violeta Urmana</strong> en Waltraute qui affrontera sa sœur. Les filles du Rhin (<strong>Evelin Novak</strong>, <strong>Natalia Skrycka</strong>, <strong>Anna Lapkovskaya</strong>) possèdent à la fois la légèreté et la souplesse pour venir à bout de leurs interventions initiales et conclusives. Même satisfecit pour les trois nornes (<strong>Noa</strong> <strong>Beinart</strong>, <strong>Kristina</strong> <strong>Stanek</strong>, <strong>Anna</strong> <strong>Samuil</strong>) : rôles brefs et parfaitement tenus. <strong>Victoria Randem</strong> est un oiseau bien agile de la voix, et <strong>Mandy Fredrich</strong> une Gutrune idéale.<br />
<strong>Christian Thielemann</strong> gagne à tous les coups à l’applaudimètre. La Staatskapelle Berlin brille comme jamais ; tous les intermèdes orchestraux sont des pièces de choix en soi (à commencer par la Rheinfahrt entre le Prologue et le I de <em>Götterdämmeung</em> et la marche funèbre) et même s’il est difficile de ne pas citer chaque pupitre, on ne peut pas ne pas rendre un hommage tout à fait admiratif aux cuivres, absolument irréprochables d’un bout à l’autre et qui ont donné une assise orchestrale parfaite pour permettre aux autres musiciens (et en premier lieu les cordes) de faire chanter l’orchestre.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/das_rheingold_B_102-scaled-1-1294x600.jpg" />© Monika Rittershaus</pre>
<p>On le voit, pratiquement aucune réserve sur le plateau vocal ni en fosse ; on ne pourra pas en dire autant de la mise en scène signée <strong>Dmitri Tcherniakov</strong>.<br />
Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, la deuxième vision de sa mise en scène ne résout pas tous les problèmes dont nous avions déjà rendu compte. Tout n’est pas clair dans sa proposition même si l’idée de base (une expérimentation des comportements humains, dont Wotan serait l’instigateur) semble assez claire. Moins évidents apparaissent les positionnements de Siegfried et Brünnhilde qui feront tout au III de <em>Siegfried</em> pour éviter l’amour dans leur duo.<br />
Voyons quelques détails des spécificités du travail de Tcherniakov.<br />
Tout commence avant le lever de rideau de <em>Rheingold</em> ; une vidéo projette une image montrant comment un produit est inoculé dans le cerveau (on supposera qu’il s’agit de celui d’Alberich). On comprend que nous ne sommes pas au bord du Rhin, mais dans un centre d’expérimentation à l’acronyme (E.S.C.H.E.) signifiant le « frêne » , arbre que l’on retrouvera à la fin du dernier tableau. Les trois filles du Rhin sont des infirmières qui prennent des notes sur le comportement d’Alberich, enfermé dans une chambre où il est branché de partout. Point d’or (si ce n’est l’anneau qui apparaîtra plus tard), c’est incontestablement le parti pris cette mise en scène ; quand Alberich s’enfuit à la fin du premier tableau, il part avec sous le bras tout le matériel d’expérimentation dont il aura au préalable furieusement arraché tous les câbles, laissant les observateurs sans réaction.<br />
Au second tableau de <em>Rheingold</em>, les plans du château (pas encore baptisé Walhalla) sont vidéoprojetés et nous nous retrouvons dans les bureaux de Wotan qui se transforment vite en salle de négociations lorsqu’il s’agit de rendre à Fafner et Fasolt leur dû. Ceux-ci apparaissent en vulgaires mafieux (enlevant Freia en l’emportant comme un vulgaire sac à patates) ce qui se confirmera au quatrième tableau, quand Fafner abattra son frère d’un coup de revolver dans le dos. Loge semble un entremetteur un peu farfelu, Froh, Donner et Freia totalement dépassés par les enjeux du deal. Quant à Wotan, c’est le parrain, affublé du reste de la bague (l’«anneau » en réalité).  Un ascenseur permet de descendre au Nibelheim. Les Nibelungen sont des esclaves maltraités par Alberich qui s’en prend brutalement à Mime lorsque celui-ci veut embarquer le Tarnhelm ; chacun porte un uniforme identique avec son nom. Alberich ne se transforme en dragon puis en crapaud que dans sa tête, de même qu’il imagine les Nibelungen apportant l’or en rançon, un or que l’on ne verra jamais, si ce n’est sous la forme donc de la bague-anneau. La dernière scène de <em>L’Or du Rhin</em> restera sans doute la moins réussie du cycle, d’un kitsch risible pour ne pas dire ridicule.</p>
<p>Dans <em>Walküre</em>, là encore une vidéoprojection précède le lever de rideau. Elle nous apprend qu’un criminel « dangereux et instable » vient de s’échapper. Des images de vidéosurveillance vont très vite nous permettre de reconnaître dans le fuyard Siegmund qui se présente dans la maison de Sieglinde et Hunding. Celle-ci est située dans le centre d’expérimentation que nous avions découvert dans le Prologue. En réalité il est situé derrière le bureau de Wotan qui, grâce à une vitre opaque, voit l’intérieur de l’appartement sans être vu. Hunding est un policier à la recherche du dangereux criminel. Sa journée finie, celui qui nous est présenté comme un butor boit sans modération de la Vodka Parlament, on le voit manger, pisser et maltraiter sa femme qu’il oblige à passer les menottes à Siegmund pendant qu’il va dormir, l’épée Nothung fichée au-dessus de la porte d’entrée !<br />
Au II, on voit Sieglinde et Sigmund s’enfuir pendant que Hunding dort encore. Arrivent alors dans cet appartement Wotan et Brünnhilde qui sabrent le champagne, avant que Wotan retrouve sa femme dans son bureau pour lui faire signer un contrat l’engageant à ne pas défendre Sigmund.<br />
Dans la 3<sup>e</sup> scène on retrouve le couple de fuyard dans les sous-sols (le Nibelheim). Le combat entre Hunding et Sigmund ne nous est pas montré, on le vit au travers des réactions de Sieglinde. Finalement Sigmund ne sera pas tué mais attrapé par les mêmes policiers auxquels on l’avait vu échapper dans la vidéo précédant le lever de rideau.<br />
Le troisième acte se déroule dans l’amphithéâtre du centre de recherche ; on va évaluer le degré de violence de plusieurs criminels, dont le pedigree est vidéoprojeté. On comprendra vite que ce sont des combattants que les Walkyries doivent conduire au Walhalla. Dans l’amphi les huit Walkyries, hilares,  écoutent de la musique, prennent des photos, attendent Brünnhilde. Le cercle de feu où Brünnhilde sera enfermée est piètrement représenté par un cercle de chaises, sur lesquelles Brünnhilde dessinera des flammes au marqueur fluo. Très belle image conclusive en revanche avec les adieux du père et de la fille. Le décor de l’amphithéâtre recule en fond de scène et dans le noir, laissant Brünnhilde, seule sur l’avant scène, comme livrée à elle-même.<br />
<em>Siegfried</em> commence encore par une vidéoprojection. On y voit Siegried enfant malheureux au milieu de ses jouets, ne sachant que faire avec. Siegfried et Mime sont toujours dans le même appartement, surveillés de loin par Wotan et, cette fois-ci, les trois nornes. Point d’enclume on le devine mais du matériel de cuisine. Dans l’appartement les jouets de Siegfried vont être brisés au moment où le héros va forger Nothung. On comprendra que le feu mis aux jouets marque la fin de l’enfance et le début des années de formation d’un gamin hyperactif, sale et mal éduqué. Le Voyageur a bien vieilli depuis le Prologue et la première journée. Il s’appuie sur une canne. Son œil droit est totalement fermé.<br />
Au deuxième acte, la grotte est une salle d’expérimentation. Les six phases de l’expérimentation (c’est Siegfried qui en est l’objet) se déroulent. La phase 5 est la « confrontation au conflit, la réaction au danger » : c’est le combat entre Siegfried et Fafner. Celui-ci est amené par deux infirmiers geôliers. Il est muselé comme un dangereux criminel. L’affrontement entre Siegfried et son grand-père se tiendra dans la salle de négociations. C’est finalement Wotan qui brise lui-même et comme malgré lui sa propre lance. <em>Götterdämmerung</em> débute toujours dans le même appartement ; les 3 nornes sont maintenant de très vieilles femmes et les fils du destin qui se brisent correspondent à la porcelaine qui se casse sous leurs mains tremblantes alors qu’elles prennent le thé. Tout le monde a vieilli, sauf Brünnhilde et Siegfried qui ne prennent pas une ride ; Alberich est maintenant un vieillard presque nu et qui tricote des chaussettes pour son fils Hagen. A noter que quand Siegfried se rend chez Brünnhilde, il ne porte pas le Tarnhelm et ne prend pas l’aspect de Gunther. Au III, Siegfreid sera tué pendant son match de basket, par la hampe d’un drapeau de supporter. Brünnhilde pleure son amant, de même que les principaux personnages qui viennent se recueillir auprès de Siegfried (dont Erda et Wotan) et s’en va, seule avec sa valise, pendant que le centre d’expérimentation (le Walhalla) se dissout.</p>
<p>On le voit, et nous n’avons donné là que quelques exemples marquants ; les idées foisonnent, Tcherniakov est soucieux du moindre détail,<a href="https://www.forumopera.com/andreas-schager-une-representation-reussie-cest-quand-on-se-dit-au-baisser-de-rideau-allez-on/"> ce que confirmera Schager</a>. Mais n’y en a-t-il pas trop et sont-ils surtout toujours cohérents ?<br />
Telle est la question qui, au final, demeure.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/wagner-der-ring-des-nibelungen-berlin-staatsoper/">WAGNER, Der Ring des Nibelungen &#8211; Berlin (Staatsoper)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Siegfried – Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Jan 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après un prologue et une première journée du Ring qui n’ont pas exactement remporté tous les suffrages, Calixto Bieito semble avoir été plus inspiré par l’atmosphère de conte de fées dans laquelle baigne Siegfried. La deuxième journée de la tétralogie retrouve en effet plus d’un motif du Conte de celui qui s’en alla pour apprendre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/">un prologue</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-paris-bastille/">une première journée</a> du <em>Ring</em> qui n’ont pas exactement remporté tous les suffrages, <strong>Calixto Bieito</strong> semble avoir été plus inspiré par l’atmosphère de conte de fées dans laquelle baigne <em>Siegfried</em>. La deuxième journée de la tétralogie retrouve en effet plus d’un motif du <em>Conte de celui qui s’en alla pour apprendre la peur</em> des frères Grimm, où l’initiation semée d’embûches du jeune héros le conduit à découvrir l’amour et à alterner exploits et déconvenues dues à sa naïveté. Les décors immenses de <strong>Rebecca Ringst</strong> plongent le spectateur dans une forêt post-apocalyptique : entendez par là que les arbres y poussent à l’envers et à l’horizontale. L’effet est réussi : les frondaisons des arbres vont servir de toile, tout au long de l’opéra, à des projections de <strong>Sarah Derendinger</strong> qui, sans avoir un sens bien clair, animent avec puissance la scène. Les lumières de <strong>Michael Bauer</strong>, éclairant alternativement les différents plans et angles de la forêt, créent efficacement des atmosphères tantôt lugubres et tantôt idylliques. Le tout remplit ingénieusement le plateau de Bastille, recouvert de gazon.</p>
<p>Cet esprit de conte de fées se retrouve, mélangé à des influences pop culture, dans les costumes qu’<strong>Ingo</strong> <strong>Krügler</strong> imagine pour Fafner (voir <a href="https://www.forumopera.com/breve/spoiler-le-dragon-dans-siegfried-selon-bieito/">notre post à ce sujet</a>) et pour l’Oiseau (post-it jaune canari et perruque rutilante). La scène du dragon est magistralement servie par un gigantesque masque noir transpercé de faisceaux lumineux aveuglants qui déchirent le navire parisien. L’abondant emploi de fumée est souvent judicieux, favorisant des brumes mystérieuses et renforçant l’efficacité des lumières.</p>
<p>Alors quelle déception quand la dernière scène nous ramène dans le monde des constructions métalliques posthumaines ! Brünnhilde est congelée façon Nicholson à la fin de <em>Shining</em>, dans une salle rectangulaire dont le quatrième mur est une pellicule plastique que Siegfried transperce de son épée (pour ceux qui n’auraient pas compris qu’il s’agit d’une scène d’initiation sexuelle). La lumière est d’une blancheur extrêmement froide et la direction d’acteur manque totalement sa cible dans le duo d&rsquo;amour. Heureusement qu’à ce stade <strong>l’orchestre de l’Opéra de Paris </strong>s’était réveillé, car la musique doit faire beaucoup pour racheter la laideur du plateau.</p>
<p>Réveillé, dit-on, car l’orchestre placé sous la baguette de <strong>Pablo Heras-Casado</strong> nous avait donné des frayeurs dans le premier acte : tout en mollesse, sans netteté ni mouvement, jusque dans un chant de la forge poussif et rythmiquement fragile qui faisait craindre le pire. Le chef espagnol a repris la main sur sa phalange au cours du deuxième acte pour proposer un beau troisième acte, tendu de désir et pas avare en décibels – malgré les approximations régulières des cuivres, qu’on retrouve jusque dans l’appel du cor au II. Les pages d’idylle avec Brünnhilde sont magnifiquement caressées par la ligne expressive que Heras-Casado insuffle à l’orchestre et la soirée s’achève ainsi sur un moment musical réussi.</p>
<p>Ce <em>Siegfried</em> se signale, dans la continuité de la <em>Walkyrie</em>, par son plateau vocal de très bonne tenue et, plus que dans la journée précédente, par des incarnations abouties. <strong>Ilanah Lobel-Torres</strong> est un Oiseau moins colorature qu’on ne le conçoit habituellement, mais cela importe peu tant elle affiche une juvénilité irradiante qui fait merveille des quelques phrases de son rôle. Le charisme de <strong>Marie-Nicole Lemieux</strong> sert une Erda qui perd la raison et qui est plus maternelle qu’à l’accoutumée : Bieito la fait assister au duo Siegfried-Wotan, ce qui permet ensuite une scène assez forte, où elle contemple la lente arrivée de la prison de plastique de sa fille, avec une douleur touchante. Vocalement, la brièveté du rôle ne lui laisse pas le temps d’asseoir sa projection, même si on admire toujours ses couleurs somptueuses. <strong>Tamara Wilson</strong> confirme la très bonne impression qu’avait laissée sa Brünnhilde dans la première journée : si le timbre n’a pas les dernières séductions, la voix est dotée d’une ampleur parfaitement contrôlée, qui permet un bouleversant « Ewig war ich, ewig bin ich » chanté à mi-voix, peut-être le sommet d’émotion de la soirée.</p>
<p>Le versant masculin de la distribution, bien plus sollicité par l’œuvre, est presque irréprochable. Fafner caverneux et sonore alors même qu’il n’est pas amplifié, <strong>Mika Kares</strong> force l’admiration. L’Alberich de <strong>Brian Mulligan</strong> est parfaitement abouti, jouant juste ce qu’il faut d’une certaine dose de Sprechgesang, se montrant parfait diseur des allitérations de Wagner et traînant sur le plateau sa joie mauvaise après l’assassinat de son frère. Mime justement, trouve en <strong>Gerhard Siegel</strong> un interprète de premier plan : la proposition est moins pittoresque que ce à quoi d’anciennes versions ont pu habituer, mais on gagne en ligne de chant et en subtilité du jeu ce qu’on perd en nasalité et en glissandi. Son art d’acteur éclate dans la scène où il dévoile contre son gré son plan d’empoisonner Siegfried, ainsi que dans la dispute entre les deux nains, franchement réussie. <strong>Derek Welton</strong> possède de Wotan la stature, la noblesse de chant et l’émission autoritaire qui feraient de lui un interprète quasi idéal, mais manquant un peu de projection : le premier acte le trouve ainsi à court de son contre l&rsquo;orchestre. Comme dans la <em>Walkyrie</em> où il dansait de joie pendant ses adieux, ce Wotan est en proie à des accès d’hystérie surprenants, comme lorsqu’il mord Alberich ou violente Erda. <strong>Andreas Schager</strong>, enfin, est assurément l’un des meilleurs tenants actuels du rôle de Siegfried, dont il a la vaillance, l’éclat, la projection insolente et le caractère impulsif. La direction d’acteur semble l’avoir poussé vers une incarnation plus héroïque que touchante, et il n’est du reste pas un Siegfried franchement juvénile, ni physiquement, ni vocalement, mais on tient là un interprète au charisme efficace et aux moyens démesurés – auxquels, notons-le, Gerhard Siegel tient tête dans le duo de l’acte I, ce qui n’est pas une mince affaire.</p>
<p>Bieito s’emploie scrupuleusement à montrer qu’il n’est pas esclave des indications du livret : ainsi Siegfried ne forge rien pendant la chanson du forgeron ni ne brise aucune enclume. Plus grave, la lance de Wotan, que ce dernier rafistole au premier acte (puisque Fricka l&rsquo;a réduite en morceaux dans la <em>Walkyrie</em>), n’est pas brisée par Notung au dernier acte. Siegfried ne brandit même pas son épée (que, curieusement, il tient par la lame et non par la poignée tout au long de la soirée) : il se contente de saisir la lance de son grand-père, qui s’en va tout penaud pour sa dernière apparition&#8230;</p>
<p>La cohérence du projet de Bieito à l’échelle du <em>Ring</em> a encore du mal à se dégager à ce stade, malgré quelques clins d’œil aux soirées précédentes (les humanoïdes d’Alberich, le fauteuil rouge de Wotan, la robe de Sieglinde revêtue par Siegfried). Si l’on ressort de <em>Siegfried</em> avec plus d’images marquantes que des deux premiers volets, on a l’impression d’un intermède verdoyant et merveilleux qui se referme brusquement dans la dernière scène, en laissant songeur sur ce que <em>Le Crépuscule des dieux</em> pourrait apporter comme synthèse de tout cela.</p>
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		<title>Bientôt deux Ring complets à Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/bientot-deux-ring-complets-a-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 13 Oct 2025 14:47:32 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Opéra National de Paris dévoile déjà une partie de sa saison 2026-27 en annonçant la programmation de deux Ring complets en novembre 2026. Il s’agira de la production de Calixto Bieito qui court encore à Bastille avec actuellement la première journée. Nous retrouverons dans les rôles principaux Elza van den Heever, Iain Paterson, Andreas Schager, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Opéra National de Paris dévoile déjà une partie de sa saison 2026-27 en annonçant la programmation de deux <em>Ring</em> complets en novembre 2026.<br />
Il s’agira de la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/">production de Calixto Bieito</a> qui court encore à Bastille avec actuellement la première journée.<br />
Nous retrouverons dans les rôles principaux <strong>Elza van den Heever</strong>, <strong>Iain</strong> <strong>Paterson</strong>, <strong>Andreas</strong> <strong>Schager</strong>, et <strong>Tamara</strong> <strong>Wilson</strong> entre bien d’autres. La direction d’orchestre sera assurée par <strong>Pablo</strong> <strong>Heras</strong>&#8211;<strong>Casado</strong>.<br />
Premier Cycle : 6, 7, 10 et 13 novembre 2026. Second cycle : 15, 17, 19 et 22 novembre 2026. Deux cycles, comme à Berlin (Ring Tcherniakov de cet automne) ; seul Bayreuth 2026 fera mieux avec trois tétralogies programmées pour l’édition anniversaire. Ouverture de la billetterie : 12 novembre 2025 à midi !<br />
Toutes les infos <a href="https://www.operadeparis.fr/info/festival-ring-26">ici</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Tristan und Isolde &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tristan-und-isolde-bayreuth-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Aug 2025 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il peut s’en passer des choses en six heures et demi de temps (à Bayreuth, les entractes durent une heure, le temps de se laisser la possibilité de déguster un « Risotto Gurnemanz » ou un « Filet Melot » commandés dès son arrivée au sommet de la colline verte). Le Tristan und Isolde donné &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tristan-und-isolde-bayreuth-3/"> <span class="screen-reader-text">WAGNER, Tristan und Isolde &#8211; Bayreuth</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il peut s’en passer des choses en six heures et demi de temps (à Bayreuth, les entractes durent une heure, le temps de se laisser la possibilité de déguster un « Risotto Gurnemanz » ou un « Filet Melot » commandés dès son arrivée au sommet de la colline verte). Le <em>Tristan und Isolde</em> donné en reprise de la production du metteur en scène islandais <strong>Thorleifur Örn Arnarsson</strong>, pour la cinquième et dernière représentation, nous en aura fourni un exemple manifeste. Et rappelé que ce qui fait un acte ne fait pas forcément le suivant et qu’il faut toujours se garder de jugements trop hâtifs.<br />Cette représentation de gala, avec, sur le papier, un casting éblouissant, aura, au final, fait honneur à ce que l’on est en droit d’attendre à Bayreuth, c’est-à-dire le meilleur et dans les meilleures conditions.<br />Les conditions sont idéales en cette après-midi délicieusement ensoleillée, avec une température qui ne contraint plus les festivaliers, comme ce fut le cas il y a trois semaines, à s’habiller léger et lutter contre la fournaise. On se prend à remarquer des sièges vides – une bonne dizaine alentour ; ce temps n’est plus où les places se réservaient quelques années à l’avance. Là, le site web du Festival proposait encore il y a quelques semaines des places restantes ; et les formules d’abonnements pour l’année jubilaire 2026 sont déjà en vente…</p>
<p>Les attentes pour ce <em>Tristan</em> sont fortes, donc : outre la distribution, il y a cette proposition d’Arnarsson de 2024 qui nous promet épure et poésie. Il faudra distinguer dans son approche la mise en scène elle-même et la conduite d’acteurs. Autant la première est, dans l’ensemble, une réussite, autant la seconde laisse à désirer.<br />Commençons par celle-ci. Les mouvements et déplacements des chanteurs échappent à toute tentative de compréhension. Tristan est présent en arrière-scène dès le lever du rideau avec Kurwenal. Tous deux vont, viennent, reviennent, se prennent la tête dans les mains, disparaissent, reviennent. Ils n’interagissent nullement avec l’avant-scène (Isolde et Brangäne).  Au III, les arrivées des différents protagonistes se font en dépit de toute logique. <br />Bien sûr, la conduite d’acteur dans <em>Tristan</em> est un défi incommensurable tant l’action s’étire infiniment dans l’inaction. Bien sûr aussi, <strong>Andreas Schager</strong> (Tristan) ne fait pas toujours dans la dentelle – on parle de la présence sur scène, pas de la voix, s’entend ! Heureusement il y a ce soir le magnifique contre-exemple de <strong>Camilla Nylund</strong> (Isolde) qui, même dans son immobilité quasi statuaire d’une bonne partie du premier acte, réussit à faire passer dans sa gestuelle, ses yeux, ses regards, ses coups d’œil enflammés ou assassins, une vie qui semble avoir déserté le navire. Saluons aussi l’authenticité de <strong>Günther Groissböck</strong> (Marke), au port royal et à la mine défaite, déconstruite même au III, incapable du moindre mouvement lorsqu’il comprend qu’il est trop tard pour tout.<br />Quant à la proposition elle-même du metteur en scène islandais, elle aura réservé ces beaux moments de poésie attendus sans convaincre entièrement du début à la fin.<br />On retiendra avant tout le premier acte avec cette Isolde parée d’une robe blanche à l’ampleur interminable. Plus qu’une robe (de future mariée ?), plus qu’une immense traîne, c’est l’empreinte de toute une vie qui s’étale autour d’elle. Il faut voir cette Isolde magnifique de majesté trônant au milieu de ces montagnes d’étoffe, tourner autour, s’y plonger, s’en emparer – y écrire même, au moment où le rideau se lève, d’une plume rageuse, un nouvel épisode de sa vie. Car sur cette étoffe blanche sont consignés les temps forts de la vie d’avant, mais aussi les mots qui font sens. Au fil de l’acte, on peut lire « Tantris », « Betrug » (trahison), « Liebe » (amour), « Augen » (yeux), « Rache » (vengeance)… Cette robe étalée, c’est toute la vie d’Isolde résumée et nul ne peut y pénétrer, excepté les rares admis (Brangäne, Tristan), Kurwenal l’apprendra à ses dépens. Quand Isolde se défera de cet encombrement, c’est pour se préparer à accueillir Tristan. Celui-ci n’aura alors de cesse de vouloir tout y déchiffrer et puis de faire disparaître les traces d’une vie – celle d’Isolde – qu’il veut sans doute oublier. Ainsi, au II, pendant le duo, Tristan remisera la robe dans une malle et Isolde, au III, l’en fera ressortir.<br />Cette robe emblématique constitue en quelque sorte tout le décor du premier acte. Seul un éclairage furtif nous fera comprendre que nous nous trouvons sur un bateau.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Tri_090725_004_©EnricoNawrath_press-1294x600-4-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-198078"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Enrico Nawrath</sup></figcaption></figure>


<p>La figure du navire, ou plutôt ses entrailles, apparaîtront aux deuxième et troisième actes. Mais sous des formes différentes. Au III, la carcasse du navire sera entièrement déconstruite, désossée, comme un vulgaire mécano dont les pièces gisent pêle-mêle et auquel il faudrait donner vie. Mais là, c’est plutôt la mort qui rôde et personne n’aura idée de redonner forme à une vie qui n’a plus de sens. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ; ce bateau recèle lui aussi, comme la robe d’Isolde, les éléments les plus disparates de ce qui a pu faire sa vie à elle. Ce capharnaüm, cette caverne d’Ali Baba , nous les découvrons au deuxième acte. On y voit, en vrac, un globe terrestre, des statuettes, des statues, des lustres, miroirs, armoires, lampes, coffres. Tristan y pénètre comme un étranger, découvrant ici une malle et là un miroir, Isolde y est en confiance.<br />Le jeu avec les philtres n’est pas clairement explicité ; on saisit seulement qu’Isolde jette la flasque sans l’avoir ouverte. Il y aura ainsi des raccourcis, des ellipses, dans cette mise en scène, qui nous disent : «  là n’est pas l’essentiel ». Ainsi, l’étreinte, quasi immobile au terme du duo d’amour, nous indique à son issue que l’amour a été consommé. On est dans la suggestion plus que dans la démonstration et c’est sans aucun doute une force de cette proposition – qui ne va pas sans le risque d’une moindre compréhension des intentions du metteur en scène.<br /><strong>Semyon Bychkov</strong> dirige un orchestre du Festival bien inégal. La prélude du I ne nous fait pas vibrer, malgré un tempo, lent, parfaitement seyant. Le souffle du drame n’y est pas encore. Il le sera davantage dans les deux préludes suivants et notamment au III où les sourdes injonctions de l’orchestre anticipent magnifiquement le tragique du dénouement à venir. On remarquera particulièrement la clarté du discours et la mise en avant stupéfiante des vents, irréprochables quant à eux. On regrettera un malencontreux décalage dans le « Wer Kornwall’s Kron », sans que nous puissions préciser à coup sûr si la faute en revient au chanteur ou au chef. De même, la voix de Brangäne, en arrière-plan du duo au II est-elle quasiment inaudible, ce qui est bien fâcheux quand on connaît l’incidence dramatique croissante de ces interventions. Mais il y a cette mort d’Isolde, sur laquelle nous reviendrons, et qui emporte dans sa vague irrésistible, jusqu’aux dernières mesures, interminablement étirées (on aurait voulu qu’elles le fussent davantage encore !) et qui s’achèvent, rideau déjà fermé, dans un silence vite écrasé par l’enthousiasme du public.<br />Le plateau vocal est grandiose et aucun détail n’est laissé au hasard – on aurait presque envie de dire qu’il n’y a pas, ce soir, de « petits » rôles. Que ce soit <strong>Matthew Newlin</strong> (Junger Seemann), <strong>Lawson Anderson</strong> (Steuermann), <strong>Daniel Jenz</strong> (Hirt), ou <strong>Alexander Grassauer</strong> (Melot), ils sont pleinement dans le drame, tiennent toute leur place vocalement parlant, même lorsqu’ils sont confinés aux fins fonds de la gigantesque scène du Festspielhaus. Nous découvrons en <strong>Jordan Shanahan</strong> un superbe Kurwenal. Lui qui a chanté à Bayreuth Kothner des <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-meistersinger-von-nurnberg-bayreuth/">Meistersinger</a> au début de l’été et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-3/">Klingsor plus récemment</a>, se voit dévolu ici un autre rôle conséquent. Le timbre est clair mais sans chaleur particulière ; la projection est solide et l’incarnation, quels que soient les moments où il intervient, toujours crédible. Il reçoit de solides applaudissements bien légitimes. <strong>Ekaterina Gubanova</strong> en Brangäne a droit quant à elle à un triomphe aux saluts du premier acte. Sa fine présence, son empathie, son jeu toujours juste auront ajouté à la qualité vocale dans son ensemble. Capable d’un parfait cantabile, elle sait aussi appuyer le discours avec force et toujours avec justesse. Elle est décidément une magnifique Brangäne ! Günther Groissböck était attendu dans ce Marke qu’il fallait savoir hisser au-dessus des tréfonds où le roi se meut dans ses deux interventions. Présence altière au II, timbre d’exception, gamme habitée de haut en bas (surtout en bas), s’est-il retenu de donner toute la puissance qu’on aurait voulu entendre, surtout au III, lorsqu’il s’agissait de tout effacer, de tout pardonner ?<br />Andreas Schager, ce soir, restera pour nous un mystère. Bien en voix au I et au III, il est comme passé à côté de son II, en décalage musical – et émotionnel – avec sa partenaire. Il faut dire que la mise en scène n’aide pas à l’effusion : les deux amants se cherchent, s’évitent et ne se trouvent que la demi-heure passée…De menus défauts de justesse nous ont même fait craindre un troisième acte périlleux. Non point, le gaillard est revenu après le second entracte plus fort que jamais. On a pu le connaître plus vaillant encore (on pense à son <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tristan-und-isolde-vienne-staatsoper-impossible-amour/">Tristan viennois en 2022</a>) mais l’énergie de Schager, son inépuisable générosité demeurent une énigme. Oserons-nous poser la question du bien-fondé de son marathon bavarois (il avait chanté Tristan l’avant-veille, Parsifal la veille, et à nouveau Parsifal le lendemain) ? Dit autrement : peut-il tenir longtemps à ce rythme-là ?<br />Quant à Camilla Nylund (Isolde), elle aura opéré une invraisemblable opération de séduction en maîtrisant la partie d’un bout à l’autre. Quel plus beau compliment lui faire que de dire qu’elle a, tout au long des trois actes, toujours chanté. A aucun moment elle ne tombe dans le travers de bien des Isolde entendues qui basculent sur le cri quand le chant n’est plus accessible. Les aigus et suraigus sont entiers, brillants certes, cinglants aussi quand il le faut, mais ils ne se départissent jamais de le poésie inhérente au texte. Nylund, n’est ce soir, jamais en difficulté, elle remporte haut la main le duo avec Tristan quand il s’agit, au II, de chanter non seulement la violence, mais encore la douceur, la sensualité du sentiment amoureux. Tout cela est magnifié dans un « Mild und leise » extatique, pétrifiant de justesse et d’émotions, qui, à lui seul, suffirait à hisser Camilla Nylund au rang des plus grandes interprètes de ce rôle.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tristan-und-isolde-bayreuth-3/">WAGNER, Tristan und Isolde &#8211; Bayreuth</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Bayreuth 2026 : demandez – déjà – le programme !</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/bayreuth-2026-demandez-deja-le-programme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Aug 2025 09:42:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A peine les portes de l’édition 2025 se sont-elles refermées sur le Festspielhaus que les regards se tournent vers l’édition du Jubilé. En 2026, Bayreuth célèbrera les 150 ans d’existence des Bayreuther Festspiele et le programme vient d’en être communiqué. Après le désormais traditionnel (et gratuit) Festspiel Open-Air, l’édition s’ouvrira le 25 juillet avec la &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>A peine les portes de l’édition 2025 se sont-elles refermées sur le Festspielhaus que les regards se tournent vers l’édition du Jubilé.<br />
En 2026, Bayreuth célèbrera les 150 ans d’existence des Bayreuther Festspiele et le programme vient d’en être communiqué.<br />
Après le désormais traditionnel (et gratuit) Festspiel Open-Air, l’édition s’ouvrira le 25 juillet avec la <em>IXe symphonie</em> de Beethoven (<strong>Thielemann</strong> / <strong>van den Heever</strong>, <strong>Mayer</strong>, <strong>Beczala</strong>, <strong>Zeppenfeld</strong>).<br />
Puis <em>Rienzi</em> sera donné pour la première fois <em>in loco</em> (cast non encore connu). Il y aura cette année trois cycles complets d’un <em>Ring</em> mis en scène par l’IA, sous le patronnage de <strong>Christian Thielemann </strong>(<strong>Vogt</strong>, <strong>Volle</strong>, <strong>Nylund</strong>, <strong>Kissjudit</strong>, van den Heever, <strong>Kares</strong>). <em>Der</em> <em>fliegende</em> <em>Holländer</em> (avec la Senta d&rsquo;<strong>Asmik</strong> <strong>Grigorian</strong>) et <em>Parsifal</em> (<strong>Schager</strong>, Volle, Zeppenfeld) sont également à l&rsquo;affiche.<br />
Tout le programme est à <a href="https://www.bayreuther-festspiele.de/programm/spielplan/">découvrir sur le site du Festival</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Parsifal &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Aug 2025 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les discussions envenimées autour des aléas de l’Or du Rhin parisien cette année ont pu faire oublier à quel point il y avait un grand chef dans la fosse pour le défendre. Pablo Heras-Casado continue ici, dans une production qu’il connaît déjà bien, de prouver qu’il est l’une des valeurs sûres de la scène actuelle, &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-3/"> <span class="screen-reader-text">WAGNER, Parsifal &#8211; Bayreuth</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Les discussions envenimées autour des aléas de l’<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/">Or du Rhin parisien</a> cette année ont pu faire oublier à quel point il y avait un grand chef dans la fosse pour le défendre. <strong>Pablo Heras-Casado</strong> continue ici, dans une production qu’il connaît déjà bien, de prouver qu’il est l’une des valeurs sûres de la scène actuelle, que ce soit pour Wagner ou pour le répertoire lyrique en général. Sa direction constitue le plus grand atout de la représentation. Le phrasé, fluide et souple, s’inscrit toujours dans le rythme du texte, tout en menant un discours parallèle à la scène quand il le faut. La lisibilité est telle qu’on pourrait comprendre la narration par la seule partie orchestrale (plus limpide que la mise en scène par ailleurs, grâce aux leitmotive). On est à tout instant ravi par le jeu des timbres, la transparence de l’orchestre. Il propose un Wagner épuré, sensible, loin de toute démonstration de force : c’est là une forme d’idéal pour Parsifal. Le troisième acte en particulier est d’une beauté désarmante, notamment lors de la transformation du décor vers la cérémonie funéraire de Titurel. Là où certains en font (avec souvent beaucoup de réussite) un moment orchestral pathétique et violent, il choisit de l’interpréter en regard à la désolation qui ouvre l’acte, c’est-à-dire triste et abattu plutôt que grinçant. L’Enchantement du Vendredi Saint est évidemment un bonheur de délicatesse. Il faut dire qu’il est aidé par un <strong>Orchestre du Festival</strong> superlatif, que ce soit par sa cohésion, le son d’ensemble ou ses solistes (le hautbois). S’il faut émettre une réserve, disons simplement qu’il nous a manqué un soupçon d’urgence lorsqu’elle est demandée, notamment dans le deuxième acte. Saluons en tout cas bien bas cet artiste exceptionnel.</p>
<p><figure id="attachment_197896" aria-describedby="caption-attachment-197896" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197896 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0330-1024x682.jpeg" alt="" width="1024" height="682" /><figcaption id="caption-attachment-197896" class="wp-caption-text">Pablo Heras-Casado<br />©️Waldemar Kamer</figcaption></figure></p>
<p>La mise en scène de <strong>Jay Scheib</strong> n’appelle pas les mêmes éloges. Sans la décrire précisément (on renverra plutôt au <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-2/">compte rendu de Jean Michel Pennetier</a>), rappelons-en l’axe principal. Le plus grand drame de la communauté du Graal n’est pas ici le péché d’Amfortas, mais l’erreur initiale de leur culte, reposant sur l’exploitation des métaux rares comme le cobalt et le lithium. En mettant en danger le vivant, ce mode de vie les entraîne vers leur propre fin tant qu’ils ne le remettent pas en question. Toute dramatique qu’elle soit, la réalité politique que Scheib et la dramaturge <strong>Marlene Schleicher</strong> dénoncent ici est maladroitement amenée. Il faut attendre le troisième acte, et même sa conclusion, pour que le tout devienne cohérent et lisible. Sans même chercher à juger de l’adéquation ou non de cette thématique au livret de Wagner, disons simplement que c’est un échec de mise en œuvre de n’avoir aucun moyen de comprendre l’axe choisi autrement que rétrospectivement ou par la lecture du programme.<br />
Là où l’équipe de mise en scène s’éloigne en revanche considérablement du livret original, c’est par son traitement de la chasteté et du désir. Gurnemanz s’unit à Kundry dans le prologue ; Klingsor semble bien sexuel pour un aspirant saint qui se serait châtré lui-même pour renoncer à l’amour ; les Filles-fleurs sont des sortes de sirènes meurtrières, le danger pour les chevaliers n’étant alors plus d’être bannis de la communauté pour avoir péché, mais d’y laisser la vie ; le baiser de Parsifal à Kundry n’a rien de chaste, et la scène globalement est tout à fait sexuelle. On peine à comprendre la façon dont la mise en scène souhaite prendre en charge cet aspect car la thématique est trop présente dans le livret pour être complètement évacuée : la blessure d’Amfortas est bien montrée comme causée par le rapport avec Kundry, tandis que des symboles comme un pelvis percé surviennent régulièrement. En résulte une certaine incohérence.<br />
Le traitement de Kundry interroge également, mais on aime assez la direction que prend son axe dans le dernier acte. Globalement, elle semble sincère dans son entreprise de séduction de Parsifal, et développer un réel attachement pour lui, jusqu’à ce que les deux finissent comme un couple emblème du renouveau à mener après la destruction du Graal. Ainsi, plutôt que de chercher à apaiser Parsifal avec de l’eau lorsqu’il revient de son errance, c’est par un baiser qu’elle le réconforte. À la lecture des entretiens, on suppose que son dédoublement traduit le hiatus entre ce qu’elle voudrait être (incarné par Garanča, dans une forme &#8211; minimale &#8211; d’émancipation), et ce que la société patriarcale voudrait qu’elle soit (cette figure muette, prostrée et serviable, incarnée par une comédienne).</p>
<p><figure id="attachment_197912" aria-describedby="caption-attachment-197912" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-197912" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0333.jpeg" alt="" width="900" height="600" /><figcaption id="caption-attachment-197912" class="wp-caption-text">©️Jay Scheib, Joshua Higgason</figcaption></figure></p>
<p>Il reste à parler de la véritable déception du spectacle. Nous avons vu la fameuse version avec réalité augmentée (là encore, on renvoie au <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-2/">compte rendu de 2024</a> pour l’explication du procédé). La moquerie serait très facile pour parler du rendu visuel, qui nous a mis en colère dans un premier temps. Nous l’éviterons ici, préférant supposer que l’équipe de réalisation a dû composer avec un outil encore limité. Cette nouvelle strate peut se justifier par la fameuse citation de Gurnemanz « Zum Raum wird hier die Zeit » (ici le temps devient espace). Partant de la constatation que le récit est très régulièrement tourné vers le passé, la réalité augmentée offre alors un contrepoint au présent représenté sur scène, emplissant l’espace à 360º de symboles et scènes du passé et du futur. Le résultat est une invasion de symboles d’une lourdeur considérable (cercueils, crânes, pommes) voire d’un simplisme qui prête à sourire (des livres lors de certains récits), sans aucune poésie. À noter d’ailleurs que certains symboles essentiels (le pelvis percé pour Klingsor, la lance suspendue dans les airs, le Saint-Esprit, la destruction de Montsalvat), n’apparaissent pas dans la version simplement scénique, confrontant ainsi la majorité du public à un manque ou à une alternative bien pauvre (la lance est un accessoire pris des mains de Klingsor par Parsifal). A l’inverse, les lunettes mettent considérablement à distance de l’action scénique, du fait de l’hystérie des informations envoyées par ce canal qui dissimule simplement la scène. On en perd l’émotion, l’humain, mais aussi certains détails de mise en scène plutôt intéressants. À l’issue de la représentation, il est impossible de dire si ce dispositif a un avenir dans la mise en scène d’opéra tant le résultat est inabouti artistiquement. Peut-être faudrait-il d’abord un spectacle exclusivement conçu pour des spectateurs équipés pour pouvoir en tenir compte.<br />
Dans cette abondance d’idées, plusieurs nous paraissent cependant assez intéressantes. Le troisième acte, en assumant de prendre de grandes libertés avec le livret, offre des images assez saisissantes, ainsi qu’une certaine idée de la désolation tout à fait contemporaine (décor de Mimi Lien). Pas d’enchantement du vendredi saint pour le public si ce n’est les fleurs de la réalité augmentée, le paysage est dévasté par le forage, et les seules fleurs sur scène sont des bouquets funéraires artificiels. Le tableau du jardin enchanté est tout à fait réussi, aussi bien par son aspect luxuriant que par son horreur gore, avec ce chevalier décapité dont les filles-fleurs se repaissent. Enfin, on apprécie la longue scène de soin de la blessure d’Amfortas, transmise en vidéo en gros plan dans une imagerie très Cronenberg, qui fait de cette blessure repoussante l’évocation d’une cavité sexuelle.</p>
<p><figure id="attachment_197899" aria-describedby="caption-attachment-197899" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197899" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0327-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-197899" class="wp-caption-text">Andreas Schager</figcaption></figure></p>
<p>Le Festival de Bayreuth a fait appel en grande majorité aux artistes des éditions précédentes pour cette reprise. Le principal nouveau venu est luxueux vu qu’il s’agit de l’Amfortas de <strong>Michael Volle</strong>. La voix est immédiatement saisissante, mais on s’étonne dans le premier acte d’un phrasé un peu statique, l’intensité passant davantage par le volume que par le détail. Ces réserves disparaissent totalement dans sa détresse du dernier acte, cette fois admirable aussi bien de puissance que de science du texte. Son pendant maléfique, Klingsor, est incarné par <strong>Jordan Shanahan</strong>, dont on ne sait trop si on veut lui faire jouer une caricature de capitaliste à la Jordan Belfort (Le Loup de Wall Street) ou un hédoniste gay, dans cette vieille tradition cinématographique d’affubler les antagonistes de codes queer. Toujours est-il que son chant est admirable, sain, et n’a rien de la caricature qu’on lui impose scéniquement.<br />
La Kundry d’<strong>Elīna Garanča</strong> triomphe auprès du public. Elle a le format exact du rôle, sur toute son étendue. Le saut d’intervalle vertigineux du « lachte » est impressionnant, les aigus sont aisés mais gardent la couleur de mezzo qui les rend si intenses, tandis que les graves sont toujours audibles, jusqu’en dessous de la portée. Son souffle, sa projection témoignent d’un chant athlétique très efficace. Ainsi, le « Parsifal, weile » qui interrompt la scène des Filles-fleurs coupe le souffle par son simple effet physique. Tout en étant admiratif, on n’y voit cependant pas nécessairement une interprétation absolue. Garanča n’a jamais été une grande diseuse, mais réussit à nous surprendre agréablement au début de la scène de séduction. Elle y recherche des nuances, une souplesse, une articulation qu’on ne lui connaissait pas. Puis revient l’occasion de faire du son, et on perd ce soin. Le phrasé se fait minimal, et on cherche en vain la griffure, la fêlure qui caractérise le personnage. L’intensité y est alors strictement acoustique. Il ne s’agit pas pour nous de détails, car c’est le texte qui donne sa force à Kundry, sa malice et sa force de manipulation contribuant à son potentiel de séduction. Waltraud Meier le démontrait avec brio.</p>
<p><figure id="attachment_197901" aria-describedby="caption-attachment-197901" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197901" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0329-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-197901" class="wp-caption-text">Georg Zeppenfel, Andreas Schager, Elīna Garanča</figcaption></figure></p>
<p>On se permet aussi d’être exigeant sur ce point car au moins deux membres de la distribution rappellent à quel point le chant wagnérien ne peut se passer de l’art du récit et de l’éloquence. <strong>Andreas Schager</strong> d’abord, Parsifal très investi, qui réussit malgré son format héroïque à trouver les nuances piano et la couleur juvénile dont a besoin par instants le rôle. <strong>Georg Zeppenfeld</strong> ensuite, pour nous l’atout majeur de la distribution. Son Gurnemanz rayonne de bonté, par la magie d’une voix riche en harmoniques, mais surtout par son art du mot. Il ne s’agit pas tant de diction que d’accentuation, de phrasé naturel pour donner l’illusion du parlé-chanté. Impossible de parler de tunnels quand les longs récits du personnage sont déclamés avec une telle intelligence. Il est par ailleurs très juste sur scène, alors que le niveau de jeu est assez inégal.<br />
Les seconds rôles sont tous distribués avec soin, du Titurel aussi grave que nécessaire de <strong>Tobias Kehrer</strong> aux Filles-fleurs, parmi lesquelles on distingue le beau soprano lyrique de <strong>Victoria Randem</strong>. Citons aussi le court solo de <strong>Marie-Henriette Reinhold</strong> en conclusion du premier acte, qui obtient l’effet céleste escompté grâce à une ligne impeccable.</p>
<p>Le <strong>Chœur du Festival de Bayreuth</strong> bénéficie avec Parsifal de nombreux moments pour briller, au premier rang desquels on met l’entrée du cortège funéraire de Titurel (« Geleiten wir im bergenden Schrein »). La violence des consonnes, l’expressivité, la cohésion en font un moment glaçant. Cependant, c’est l’ensemble de leur prestation qu’il faut saluer, des Filles-fleurs aux cérémonies du Graal. Les voix célestes en particulier réussissent pleinement l’effet androgyne trouble recherché par Wagner. Les artistes des chœurs ont été préparés par <strong>Thomas Eitler-de Lint</strong>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197902 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0325-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /></p>
<p>Excès d’ambition ? Limites techniques ? Projet voué à l’échec ? On ne peut pas cacher une vraie frustration à la sortie du Festspielhaus face à une production qu’on attendait avec une vraie curiosité, voire une certaine bienveillance. Inaboutie, son plus grand tort est peut-être d’empêcher la transcendance créée par les interprètes de totalement se déployer, du fait de la pauvreté de son imaginaire. Et pourtant, on choisit d’en retenir la dernière image, celle de Kundry et Parsifal regardant vers l’avenir, prêts à guider l’humanité vers plus de respect mutuel, plus de « Mitleid ». Cette compassion, cette sensibilité, c’est bien ce que nous ont donné à entendre orchestre et chant ce soir, dans une interprétation résolument tournée vers le sensible.</p>
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		<title>Bayreuth 2026 : premières annonces</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/bayreuth-2026-premieres-annonces/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Jul 2025 14:59:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A la veille de l’ouverture du Festival de Bayreuth (Die Meistersinger von Nürnberg), le service de communication donne, via le réseau social Instagram, les premières indications sur l’édition 2026 qui marquera le 150e anniversaire. Et elles sont intéressantes. Rienzi, troisième opéra de jeunesse de Wagner, sera donné exceptionnellement dans le cadre du Festival. Andreas Schager &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A la veille de l’ouverture du Festival de Bayreuth (<em>Die Meistersinger von Nürnberg</em>), le service de communication donne, via le réseau social Instagram, les premières indications sur l’édition 2026 qui marquera le 150<sup>e</sup> anniversaire. Et elles sont intéressantes.<br />
<em>Rienzi</em>, troisième opéra de jeunesse de Wagner, sera donné exceptionnellement dans le cadre du Festival. <strong>Andreas Schager</strong> tiendra le rôle-titre, <strong>Gabriela Scherer</strong> sera Irene, <strong>Jennyfer Holloway</strong> Adriano. La mise en scène, les décors et les costumes seront signés <strong>Magdolna Parditka</strong> et <strong>Alexandra</strong> <strong>Szemeredy</strong>. C’est une autre femme, <strong>Nathalie Stutzmann</strong>, qui sera dans la fosse.<br />
Quant à l’annonce du Ring, elle est assez énigmatique : « Ring 1001011 – vom Mythos zum Code » (« du mythe à l’encodage ») : l’intelligence artificielle est en effet explicitement annoncée comme partie intégrante de la saga des Nibelungen. C’est <strong>Christian Thielemann</strong> qui dirigera cette tétralogie.<br />
Concernant la distribution, <strong>Michael Volle</strong>, sans surprise, sera Wotan/Der Wanderer, et <strong>Camilla Nylund</strong> incarnera Brünnehilde. <strong>Anna Kissjudit</strong>, habituée au rôle d’Erda, sera cette fois-ci Fricka, <strong>Mika Kares</strong> est toujours incontournable en Hunding. Sieglinde sera tenue par <strong>Elza van den Heever</strong>. A noter que c’est le même chanteur, à savoir <strong>Klaus-Florian Vogt</strong>, qui incarnera Loge dans <em>Rheingold</em>, Siegmund, puis Siegfried – le seul donc à être présent dans les quatre pièces de la tétralogie, ce qui, en soi, s’annonce comme une performance. On nous annonce également un <em>Fliegender Holländer</em> de très haute volée : <strong>Oksana Lyniv</strong> dirigera Mika Kares (Daland), <strong>Nicolas Brownlee</strong> (Holländer) et…<strong>Asmik Grigorian</strong> (Senta). <em>Parsifal</em> ne sera pas en reste ; <strong>Pablo Heras-Casado</strong> dirigera <strong>Volle</strong> (Amfortas), <strong>Zeppenfeld</strong> (Gurnemanz), Schager (Parsifal), <strong>Shanahan</strong> (Klingsor) et <strong>Miina</strong>&#8211;<strong>Lisa</strong> <strong>Värelä</strong> (Kundry).<br />
A titre exceptionnel, la <em>IXe symphonie</em> de Beethoven sera interprétée dans le cadre du Festival. C’est encore Thieleman qui dirigera et le quatuor de chanteurs sera composé de van den Heever, <strong>Christa</strong> <strong>Meyer</strong>, <strong>Beczala</strong> et Zeppenfeld.</p>
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