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	<title>Sara BLANCH - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Sara BLANCH - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>MOZART, Le Nozze di Figaro – Barcelone</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Jun 2026 03:59:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Première déception, au niveau de la distribution, Konstantin Krimmel, annoncé en Figaro, qui à lui seul avait motivé notre déplacement, et Jennifer Larmore en Marceline ont déclaré forfait pour des raisons médicales. Nous leur souhaitons un prompt rétablissement. Seconde déception, le concept de la metteuse en scène Marta Pazos : une énorme pièce montée de pâtisserie &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Première déception, au niveau de la distribution, Konstantin Krimmel, annoncé en Figaro, qui à lui seul avait motivé notre déplacement, et Jennifer Larmore en Marceline ont déclaré forfait pour des raisons médicales. Nous leur souhaitons un prompt rétablissement.</p>
<p>Seconde déception, le concept de la metteuse en scène <strong>Marta Pazos</strong> : une énorme pièce montée de pâtisserie viennoise rose-mauve à la Disney, avec un escalier hélicoïdal qui permet de rejoindre le mirador supérieur, occupe toute la scène. C’est laid et c’est vulgaire, mais c’est le gâteau de mariage de Figaro et de Suzanne, et c’est devant et dessus que va se dérouler toute l’action. Si j’ai bien compris quelques notes d’intention, chaque étage du gâteau représenterait un niveau dans l’échelle sociale ? Dans la pratique, c’est absolument incompréhensible, d’autant que ce sont Figaro et Suzanne qui apparaissent au début tout en haut du gâteau alors qu’ils devraient être tout en bas. Par ailleurs, qui peut comprendre que Figaro prend les mesures de la pièce qu’ils vont habiter alors qu’il prend celles de Suzanne ? Il y a quand même çà et là quelques trouvailles : les pointes de crème à la poche à douille sont en fait les coiffures des choristes ; d’autres coiffures faites de cerises grignotées ; et surtout, la grosse tranche découpée qui se révèle être la chambre de la comtesse, avec de gros vers blancs (danseurs) grouillant dans la crème, c’est répugnant (métaphore sociale ?).</p>
<p>Alors que tout laisse à penser que ce sont les femmes qui mènent le jeu dans la pièce de Beaumarchais et l’opéra de Mozart, sur fond de luttes sexuelles et sociales, on est plutôt ici entre <em>La Grande bouffe</em> de Marco Ferreri, satire du consumérisme et de la décadence de la bourgeoisie, et un conte de fée genre Cendrillon. Est-ce à dire que ce concept rende parfaitement justice à l’œuvre ? Certes non, on est loin du compte, tout reste au niveau des images, jamais à un niveau plus fouillé qui toucherait au psychologique. Car le vrai thème aurait dû être : en cette période prérévolutionnaire, qui aura la meilleure part du gâteau ? Aucune réponse à cela… Entre <em>Casse-Noisette</em>, <em>Babes in Toyland</em> et Disney, l’inspiration <em>Camp</em> de madame Pazos reste beaucoup trop courte et sans véritable lien avec l’action ni impact sur les personnages. Il faut admettre qu’une fois connu le principe de la production, on attendait plus d’un dispositif scénique qui se révèle à la fois limité, répétitif et sous-employé. Il y avait pourtant là un grand potentiel qui donc n’aboutit à rien, comme un pétard mouillé. On n’ose imaginer le parti que quelqu’un comme Jérôme Savary aurait su tirer d’un tel décor pour y animer cette « folle journée ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="896" height="600" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/0-T26-Le-nozze-di-Figaro-D1-147-corr2.jpg" alt="" class="wp-image-214968"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Photos Liceu/ David Ruano</sup></figcaption></figure>


<p>Les costumes, directement inspirés des hommes sandwich de « street marketing », semblent eux plutôt destinés à un bal costumé d’étudiants qu’à une scène d’opéra, et nous laissent tout aussi interrogatifs. D’ailleurs tout l’ensemble fait penser à une représentation de fin d’année dans une université américaine… Ils sont censés représenter tout ce qui est nécessaire à la préparation du gros gâteau. On a ainsi une barquette de beurre d’une marque célèbre, un litre de lait, et bien d’autres ingrédients portés par les personnages, dont d’énormes œufs cassés et animés qui reviennent à deux reprises. Mais tous ces paquets et boîtes, plutôt inesthétiques, sont en même temps très encombrants aussi bien pour les acteurs que pour les spectateurs, et tout cela pour quel résultat, et surtout pour quelle signifiance ? Quand le mariage se précise, ces dames reviennent toutes habillées en pièces montées, ce qui est plus drôle sinon plus pratique. Avec quand même un hiatus de taille : la comtesse porte pour son second air une robe représentant un chocolat rocher bien connu sur sa caissette en papier ; celle-ci fait franchement s’esclaffer bruyamment la salle entière lors de son entrée : c’est donc loupé pour son air « Dove sono », et tant pis pour Mozart, alors que normalement le temps est à ce moment-là suspendu au fil de la voix de la cantatrice.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="619" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/T26-Le-nozze-di-Figaro-D1-207-01-corr-1024x619.jpg" alt="" class="wp-image-215099"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Le costume de la comtesse pour son air « Dove sono » © Liceu/ David Ruano</sup></figcaption></figure>


<p>Il y a ainsi quantité de scènes plus ou moins bien ficelées, voire détournées de l’œuvre originale, et qui créent une espèce de malaise. Il faut s’habituer au blanc des choristes et danseurs : le « Se vuol ballare » de Figaro est accompagné d’un ballet à la russe redondant, tout blanc, qui fait que l’on ne sait plus très bien si l’on est dans <em>Snégourotchka</em>, <em>Casse-Noisette</em> ou <em>La Reine des Neiges</em>. Le duo Suzanne-Marceline du Ier acte, pas drôle du tout, tombe à plat malgré les efforts des deux cantatrices (il n’y a pas de porte à passer, et l’on ne peut donc comprendre ce que le texte implique). D’ailleurs, comme il n’y a pas non plus de meubles, la scène du fauteuil passe à la trappe : Chérubin est simplement escamoté dans un cabinet voisin, encore une scène qui perd tout son côté drôle. Le « Non più andrai, farfallone amoroso » est accompagné d’un pseudo défilé militaire des figurants en blanc : là on en arrive vraiment au music-hall.</p>
<p>Au IIe acte, dans la chambre de la comtesse, Chérubin plonge sous la robe de Suzanne pour lui faire un <em>cunnilingus</em> explicite qu’elle semble beaucoup apprécier, avant de doigter la comtesse sous la sienne. Quant au ruban dérobé par Chérubin à la comtesse, il est devenu sa petite culotte qu’il sniffe avec délices, ce qui est au demeurant plutôt drôle. Mais comme dirait l’autre, si c’est du gâteau, ce n’est pas dans la dentelle.</p>
<p>Au IIIe acte, pendant le duetto « Crudel ! Perchè finora farmi languir cosi ? », par la magie d’un comparse, Suzanne a quatre mains, et les danseurs sous le rideau lèvent les jambes en l’air, tout cela pour évoquer des jeux sexuels à la pensée desquels elle ne serait donc pas insensible. Trois airs, chantés devant le rideau rose, montrent bien que, même pour la metteuse en scène, le gros gâteau a ses limites : c’est un moment très reposant. Pendant l’air du comte qui suit, les gros œufs cassés reviennent danser (au prix de l’œuf, il fallait bien les utiliser), mais là encore, on a beau se triturer les méninges, on ne voit pas le rapport. La scène de la reconnaissance Marceline, Bartholo et Figaro, puis Suzanne est, elle, assez réussie et plutôt drôle. Quant au délicieux duo « Canzonetta sull&rsquo; aria » entre la comtesse et Suzanne, il devient simplement un dialogue pendant qu’elles préparent le gâteau, tandis que Suzanne prend les notes de ce qui devient une recette de cuisine. Fini le côté poétique de la scène, mais au fait, que fait donc la comtesse dans les cuisines du château ?</p>
<p>Pour la scène du parc, comme la nuit est venue, de petites lumières sont allumées sur le gâteau, qui se met à tourner pour les dernières scènes, peut-être pour évoquer l’absurdité des chassés croisés des personnages, mais achevant de donner un côté fête foraine à l’ensemble, tout en donnant alors vraiment le tournis… À noter que les airs de Marceline et de Basile ont été coupés.</p>
<p>La direction d’orchestre du bon chef mozartien <strong>Giovanni Antonini</strong> est très professionnelle et efficace, encore que l’on puisse regretter un manque de légèreté, surtout dans les cordes, et des moments durs et trop marqués, presque trop <em>forte</em>. Du côté des voix, le plateau est un des plus adaptés que l’on puisse réunir aujourd’hui pour ce répertoire. Tous ont des voix tout à fait appropriées, et une connaissance parfaite des rôles qu’ils ont chantés partout à travers le monde. Peut-être est-ce la raison pour laquelle on a l’impression d’un manque de fraicheur, d’invention et de découverte, ce qui est un comble dans une telle mise en scène. De fait, les personnages paraissent incongrus et lâchés en terre inconnue, et parfois plutôt mal à l’aise, ce qui peut expliquer un résultat là aussi quelque peu décevant.</p>
<p>On a vu des centaines de Chérubin, rôle en or s’il en est, tous plus extraordinaires les uns que les autres. Ce soir, c’est <strong>Julia Lezhneva</strong> qui subjugue le public en prêtant à Chérubin sa silhouette et son allure de petit lutin malicieux et quand même un peu vicieux, pour la caractérisation d’un personnage à la fois timide, téméraire, désinvolte et audacieux. La voix est légère et pure, même si l’on aurait préféré moins de chant orné et de variations pyrotechniques. Mais l’interprétation musicale est délicieuse, comme par exemple l’accentuation de la syllabe <strong>pal</strong> de « mi fa <strong>pal</strong>pitar ». Autour de lui, le Figaro de <strong>Luca Pisaroni</strong> (qui a chanté aussi le comte comme beaucoup d’interprètes de Figaro) est on ne plus italien et on ne peut plus à l’aise dans un rôle qu’il a énormément chanté. Mais la question de l’âge est là, et si la voix est toujours dans une excellente forme, il est devenu tout à fait interchangeable : même taille que le comte, même voix, on regrette quelque peu ce mimétisme qui devrait lui faire préférer maintenant le comte à Figaro. La Suzanne de <strong>Sara Blanch</strong>, qu&rsquo;elle chante pour la premièr fois, commence un peu dans la gorge. Un peu trop lyrique, pas toujours assez légère et primesautière mais bonne actrice, elle arrive à la plénitude de ses moyens dans son air final, remarquablement interprété là où certaines de ses consœurs accusent une certaine fatigue.</p>
<p>Le comte d’<strong>Andrè Schuen </strong>ne manque pas d’autorité, la voix est noble et le personnage crédible, sans toutefois emporter totalement l’adhésion, tant son interprétation avec Suzanne fait penser à Don Giovanni avec Zerline. Or on n’est ni dans le même contexte ni dans le même rapport de force, même si Suzanne paraît ici particulièrement délurée et consentante. <strong>Adriana González</strong> fait également voyager sa comtesse depuis des années à travers le monde, et en a fait son rôle fétiche. La voix est belle mais parfois un peu dure, les <em>piani</em> et notes filées raffinés, pour un résultat qui peine à être convaincant. Mais comme on l’a vu plus haut, elle n’est guère aidée par la mise en scène. Restent les <em>comparse</em> qui sont tous épatants. <strong>Mireia Pintó</strong> en Marcellina est en pleine possession de ses moyens. Habituée des premiers rôles, elle prend visiblement plaisir à tenir celui-ci un peu secondaire, auquel elle apporte une magnifique voix de mezzo, une projection solide, et des dons d’actrice qui la mettent au premier plan. On a plaisir à retrouver <strong>Roberto Scandiuzzi</strong> en Bartolo, qui ne fait qu’une bouchée de son air de « La vendetta » du premier acte. Le Don Basilio de <strong>Roger Padullés</strong> est également fort drôle, au jeu efficace sans en faire une caricature, et à la voix musicale et percutante, ce qui fait regretter d’autant plus que son air ait été supprimé. <strong>Moisés Marin</strong> (Don Curzio) et <strong>Luis López Navarro</strong> (Antonio) ajoutent des touches comiques de bon aloi, tandis que les très jolies voix de <strong>Lucía Garcia</strong> (Barberina), <strong>Natàlia Perelló</strong> et <strong>Elisabeth Gillming</strong> (Deux femmes) font regretter que leurs rôles ne soient pas plus étoffés…</p>
<p>Pas un applaudissement jusqu’au premier air de Chérubin. La salle ne commence à se dérider qu’après, mais aux saluts le public fait un triomphe à la production, avec des hurlements en tous genres, certainement venus de la partie la plus jeune du public. Qu’ont-ils donc pu comprendre de l’œuvre originale, sinon découvrir une œuvre nouvelle – le Canada Dry des <em>Noces</em> – qui les a amusés. De fait, cette production, avec les noms des personnages sur les costumes, est visiblement faite pour un public qui ne connait pas l’œuvre, ce qui annihile tout effort de compréhension préalable. Mais il n’en reste pas moins que, sans le moindre doute, Marta Pazos est loin d’être prête pour se présenter à la série de « la meilleure pâtissière » !</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-le-nozze-di-figaro-barcelone/">MOZART, Le Nozze di Figaro – Barcelone</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>DEBUSSY, Pelléas et Mélisande – Milan</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/debussy-pelleas-et-melisande-milan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 09 May 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Né en 1960 à Cesean, Romeo Castellucci aura mis longtemps à faire ses débuts italiens dans le lyrique. L’attente n’aura pas été déçue et la proposition offerte à la Scala est captivante, mélange d’évidences&#8230; et d’obscurités. On ne cherchera pas en effet à essayer de tout comprendre dans le spectacle qui nous est proposé, mais plutôt à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div>
<p style="font-weight: 400;">Né en 1960 à Cesean, <strong>Romeo Castellucci</strong> aura mis longtemps à faire ses débuts italiens dans le lyrique. L’attente n’aura pas été déçue et la proposition offerte à la Scala est captivante, mélange d’évidences&#8230; et d’obscurités. On ne cherchera pas en effet à essayer de tout comprendre dans le spectacle qui nous est proposé, mais plutôt à se laisser porter par une ambiance globale particulièrement en phase avec le drame musical.</p>
<p>Le cadre général est totalement lisible (comme chez Stefan Herheim <i>mutatis mutandis) </i>avec de nombreux décors identifiables : on retrouvera ainsi le château d’Arkel, la forêt, la grotte, la fontaine, la tour… On retrouve aussi un peu de l’imagerie médiévale, avec des armures et des oriflammes, et même des poses qui rappellent les images de la création de l’ouvrage. Le travail de Castellucci n’est ainsi pas une rupture mais une avancée qui prolonge la tradition. À ces éléments viennent en effet se superposer des fulgurances visuelles : la lettre lue par Geneviève tandis qu’elle dévide comme la Parque un fil de laine qui formait un texte sur une tapisserie, les cheveux de Mélisande au sommet de la tour symbolisée par l’écoulement de filets de liquide blanchâtre (1), Pelléas et Mélisande en Pierrot et Colombine pour leur dernière scène, dans un décor blanc qui vient contraster avec la noirceur du château… D’autres images laissent au contraire dubitatif, tels ces numéros en chiffre romains, IV et V sur des oriflammes, la vitrine dans laquelle repose le corps de Mélisande, le cadavre noir de l&rsquo;enfant posé sur un cercueil… Rien de rédhibitoire toutefois : on se laisse vite captiver par cette symbolique parfaitement en phase avec l&rsquo;œuvre. Seul bémol : les éclairages sont assez uniformément sombres et on se demande ce que peuvent bien distinguer les spectateurs les plus éloignés de la scène.</p>
</div>
<div> </div>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/pelleas_et_melisande_RC_Scala_339-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-213139"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus – Teatro alla Scala</sup></figcaption></figure>


<p>Le rôle de Pelléas a été prévu pour un baryton. Il est probable que Debussy ne voulait pas reproduire le trop classique triangle amoureux ténor-soprano-baryton-jaloux. Jean Périer en fut le premier interprète. Il était à la fois acteur au théâtre et chanteur lyrique, baryton Martin, c’est-à-dire un  baryton léger sans grande largeur de timbre. Ce choix de Debussy pointe l’importance de la diction et le compréhensibilité du texte, et aussi la volonté de ne pas devoir subir  un « chanteur qui s’écoute » (ce qui est toujours un peu le risque avec un ténor…) plutôt que de bénéficier d&rsquo;un « acteur qui chante ». Ténor, <strong>Bernard Richter</strong> évite largement cet écueil, avec un parlé-chanté délicat, un chant à la fois solaire et nostalgique, et une diction exemplaire. Ce n’est que vers la fin de l’ouvrage qu’il abandonne un aigu mixé pour offrir des notes plus éclatantes, avec un contraste plus puissant que celui produit par les barytons traditionnels, et finalement assez bienvenu. Enfin, force est de reconnaitre que la voix de ténor vient apporter un supplément de jeunesse à Pelléas (sans compter le fait qu’elle se projette certainement plus facilement dans une grande salle comme la Scala). <br />La Mélisande de <strong>Sara Blanch</strong> contraste avec les interprétations habituelles du rôle. On y trouve moins de mystère et bien davantage de tristesse (il est de fait que Mélisande nous explique en long et en large qu’elle n’est pas heureuse&#8230;). Cette douleur affleure à plusieurs moments dans une expression vocale un peu appuyée (le terme « expressionniste » serait exagéré mais en exprime l’idée). C’est une Mélisande de chair plutôt qu&rsquo;un esprit (à ceux qui rejetteraient en bloc cette conception un peu atypique, on fera remarquer qu’elle peut difficilement avoir vu le jour sans l’accord voire l’impulsion du chef et/ou du metteur en scène). Enfin, la diction est excellente, avec toutefois, mais en de rares occasions, un léger accent espagnol. <br /><strong>Simon Keenlyside</strong> est un Golaud absolument bouleversant, profondément humain, très sollicité dramatiquement par la mise en scène. Sa maîtrise de la langue française est remarquable et la diction est exemplaire, au point que plus d’un francophone pourrait en rabattre. Enfin, sa voix offre un éventail exceptionnel de colorations, du <em>parlando</em> au quasi-cri, en passant par les demi-teintes les plus subtiles, toutes au service de l’expression des émotions, tel un stradivarius sous l’archet d’un virtuose. <br />Un peu trémulante, <strong>Marie-Nicole Lemieux</strong> offre un timbre chaud à sa Geneviève. <strong>John</strong> <strong>Relyea</strong> est un Arkel au timbre profond, d’une belle noblesse mais un peu monochrome. Dans le rôle d’Yniold, plusieurs voix blanches alternent pour cette série (ce qui constitue, à notre sens, un plus par rapport aux voix de sopranos qu’on y entend trop souvent, quels que soient par ailleurs les défauts des voix d’enfant). Ce soir, le jeune <strong>Alberto Tibaldi</strong> offre une voix bien projetée, au timbre délicat, au français impeccable et au chant d’une certaine poésie, d’autant que la « scène des moutons » (coupée par le passé) est ici intégralement rétablie (l’édition se base sur la partition de la création).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/pelleas_et_melisande_RC_Scala_338-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-213138"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus – Teatro alla Scala</sup></figcaption></figure>


<div>
<p style="font-weight: 400;">La direction de <strong>Maxime Pascal</strong> est souple et légère, contrastée et tendue, et donc également un brin atypique (sans parler d&rsquo;extraits encore antérieurs, les premières intégrales remontent à 1927 et 1928, soit 25 ans après la création : on peut donc supposer qu&rsquo;on connait une tradition interprétative assez proche de celle de la création). <br />L’ouvrage a connu une histoire d’amour distendue avec la Scala. Il y est créé en italien dès 1908 sous la baguette de Toscanini, qui le reprend en 1925, puis en français en 1926. D’autres chefs illustres lui rendent justice : de Sabata (1949 et 1953), Baudo (1962), Prêtre (1973, 1977 et 2005), Abbado (1986), à chaque fois avec les meilleures voix du moment. Dans ce répertoire qui ne lui est pas étranger mais pas non plus familier, l’<strong>Orchestre de la Scala</strong> sait s’alléger sous la baguette du chef français, respirant avec les chanteurs, la précision des pupitres appuyant une lecture plutôt analytique. Au global, la symbiose entre chef, chanteurs et metteur en scène est quasi idéale pour une proposition hors norme. </p>
</div>
<pre>1. Rien de gratuit dans cette idée, qu’on pourrait même trouver assez crue. Les didascalies de la pièce de Maeterlinck indiquent en effet « Sa chevelure se révulse tout à coup, tandis qu’elle se penche ainsi et <b>inonde</b> Pelléas. »</pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/debussy-pelleas-et-melisande-milan/">DEBUSSY, Pelléas et Mélisande – Milan</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>VERDI, Un ballo in maschera (distr. B) – Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-un-ballo-in-maschera-distr-b-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Feb 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Une fanfare martiale, quelques ponctuations énergiques des cordes et puis, minéral et abrupt, un « Eri tu » déchaîné et pourtant sculpté d’une ligne expressive à la pureté inouïe, celle-là même qui fait toute la douloureuse mélancolie d’un « O dolcezza » au phrasé altier. Dans toute sa scène du troisième acte (et dans chacune de ses interventions au &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Une fanfare martiale, quelques ponctuations énergiques des cordes et puis, minéral et abrupt, un « Eri tu » déchaîné et pourtant sculpté d’une ligne expressive à la pureté inouïe, celle-là même qui fait toute la douloureuse mélancolie d’un « O dolcezza » au phrasé altier. Dans toute sa scène du troisième acte (et dans chacune de ses interventions au cours de l’opéra), <strong>Ludovic Tézier</strong> est l’incarnation même du chant verdien, où s’entendent encore les longues phrases belcantistes et leur ornementation expressive, et où les contrastes exacerbés épousent librement les revirements de la psychologie et annulent la distance entre récitatif et aria. Son Renato, noble, insondable et pourtant passionné, est un modèle du genre : les aigus sont assumés avec facilité et intégrés au phrasé, l’italien est brillant, le souffle inépuisable, l’engagement scénique irréprochable – en un mot, <em>bravissimo</em>.</p>
<p>Exister et convaincre, en face de cette leçon de chant verdien, n’est pas une mince affaire. <strong>Matthew Polenzani</strong>, qui assure l’intégralité des représentations en Riccardo, relève le défi. Certes, le timbre n’est pas des plus naturellement charmants et la voix montre quelques signes de fatigue, peut-être aussi parce que le rôle n&rsquo;est pas tout à fait dans son centre de gravité : on constate un manque relatif d’harmoniques aiguës et de <em>squillo</em> (ce qui n’empêche pas une projection efficace), ainsi qu’une instabilité du souffle qui produit un battement étrange dans tous les <em>diminuendi</em>. La voix, cependant, est pleine et maîtrisée, l’émission est franche, les aigus sont impeccables et lumineux et l’incarnation, pour originale qu’elle soit, ne manque de convaincre : Riccardo est ici un souverain écrasé par la pratique du pouvoir, moins charismatique que dominé par son trône, par un Renato marmoréen, et par la tentation de l’amour. Ses adieux à la vie sont un très beau moment de la soirée. En des temps de disette de ténor verdien, on est heureux de pouvoir applaudir un Riccardo de cette trempe.</p>
<p><strong>Angela Meade</strong> fait avec Amelia ses débuts à l’Opéra de Paris. Celle que le Met acclame depuis de nombreuses années dans des rôles vertigineusement variés déploie un soprano tout en volume sonore. La projection à toute épreuve se paye d’un timbre métallique qui prend des duretés marquées dans les aigus. Les graves sont systématiquement poitrinés, signe d’une voix qui sacrifie beaucoup à l’exigence de la quantité de son, alors même que l’on sent bien, au cours de la soirée, qu’elle est capable d’autre chose. Peut-être sous le coup du stress, « Morrò, ma prima in grazia » la trouve à court de souffle, ce qui ne s&rsquo;est pas reproduit par ailleurs. On peut espérer que les prochaines représentations lui permettront d’assouplir son incarnation, et de tirer le meilleur d&rsquo;un instrument indubitablement impressionnant.</p>
<p>Oscar et Ulrica sont servis par deux interprètes magnifiques. <strong>Sara Blanch</strong> est un page tout bonnement idéal : la voix est toute d’ambre, chaleur, transparence, rayonnement, à quoi s’ajoutent une agilité irréprochable et un charisme foudroyant. Elle virevolte et danse tout en chantant son deuxième air, incarnant parfaitement ce fascinant feu follet qu’est Oscar, flamboyant garçon qui danse et rit dans un cimetière oppressant – un cimetière que la mise en scène de Gilbert Deflo n’a de cesse d’évoquer visuellement. Elle se fait entendre sans problème dans le quintette qui clôt l’acte III et dans le chœur du finale, signe d’une voix plus large qu’il n’y paraît dans ce rôle. <strong>Elizabeth DeShong</strong> déploie un mezzo dont l’extension grave est stupéfiante, d’autant plus qu’elle semble naturelle à l’oreille : on n’entend pas de saut de registre ou de poitrinage excessif. On regrette qu&rsquo;Ulrica n&rsquo;ait pas une place plus importante dans la partition quand elle a une telle interprète. Passons ici sur les <em>comprimari</em>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-un-ballo-in-maschera-paris-bastille/">déjà justement loués par Christian Peter</a>.</p>
<p>Parvenus à leur sixième représentation (sur onze au total), <strong>Speranza Scappucci</strong> et <strong>l’orchestre de l’Opéra national de Paris</strong> assurent la réussite de la soirée, non sans quelques accrocs peut-être dus à la fatigue ou à la routine. Passons sur quelques problèmes isolés (tout de même, baver sur les brusques coups qui ouvrent la scène chez Ulrica ou détonner dans les premières mesures, sublimes, de la mort de Riccardo&#8230;), pour signaler un souci plus généralisé de coordination avec le plateau, notamment mais pas uniquement avec les chœurs. Speranza Scappucci n’en est pas moins une verdienne experte et inspirée, insufflant l&rsquo;intensité nécessaire à un <em>Bal masqué</em> réussi : les tempi sont dramatiquement efficaces, le rubato est parfaitement dosé, le mordant et la ligne sont exemplaires et ne sont pas pour rien dans les ovations que chaque fin de scène déclenche dans le public. Voilà une cheffe qui croit à la musique qu&rsquo;elle interprète et qui en fait ressortir les qualités les plus essentielles. Les <strong>chœurs de l’Opéra national de Paris</strong> sont en forme : on entend, entre autres, de très beaux timbres et des couleurs efficaces dans le chœur masculin du tout début de l’opéra.</p>
<p>Dans cette série au long court, on guettera l&rsquo;arrivée le 20 février, pour trois représentations, du Renato très prometteur d&rsquo;Ariunbaatar Ganbaatar. Saluons déjà, néanmoins, une reprise solide et bien distribuée du chef-d’œuvre de Verdi.</p>
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		<title>VERDI, Un ballo in maschera – Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-un-ballo-in-maschera-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 Jan 2026 05:53:38 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On attendait beaucoup de cette reprise du Bal masqué selon Deflo, qui proposait une distribution entièrement renouvelée autour d’Anna Netrebko dont c’était le grand retour sur la scène de l’Opéra Bastille, mais force est de reconnaître que le résultat n’a pas été à la hauteur de nos espérances. La production d’abord, pour élégante qu’elle soit, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On attendait beaucoup de cette reprise du <em>Bal masqué</em> selon Deflo, qui proposait une distribution entièrement renouvelée autour d’Anna Netrebko dont c’était le grand retour sur la scène de l’Opéra Bastille, mais force est de reconnaître que le résultat n’a pas été à la hauteur de nos espérances. La production d’abord, pour élégante qu’elle soit, n’est pas exempte de parti pris discutables. A trop vouloir être sobre, Deflo a imaginé un spectacle lugubre, qui se décline en noir, gris et blanc, à l’exception de tableau d’Ulrica. Blanc, comme l’amphithéâtre qui sert de décor unique au premier acte ou la statue de Riccardo qui trône dans le salon de Renato ou encore comme les masques des invités du bal masqué. Gris anthracite comme la plupart des costumes que portent les choristes et les protagonistes masculins, Oscar excepté. Noir comme la robe qu’Amélia promène inlassablement d’acte en acte ou comme les totems surmontés de têtes de monstres qui ornent l’antre d’Ulrica dont la robe rouge constitue le seul élément coloré de l’ensemble avec le gilet orange d’Oscar. De plus, ce décor ouvert sans aucune paroi pour renvoyer le son est préjudiciables pour l’acoustique. En revanche, la mise en scène a été retravaillée, les chanteurs semblent moins livrés à eux-mêmes que lors de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/un-ballo-in-maschera-paris-bastille-quand-sondra-est-la-tout-va/">la reprise de 2018</a>, le grand duo entre Amélia et Riccardo qui ouvre le deuxième acte par exemple, n’en est que plus convaincant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="900" height="599" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Un-Bal-masque-©-Benjamin-Girette.jpg" alt="" class="wp-image-207366"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Un Bal masqué © Benjamin Girette. OnP</sup></figcaption></figure>


<p>Parmi les seconds rôles, tous irréprochables, citons les deux conspirateurs, <strong>Blake Denson</strong> et surtout <strong>Christian Rodrigue Moungoungou</strong>, Samuel dont la voix sonore ne passe pas inaperçue, ainsi qu’<strong>Andres Cascante </strong>tout à fait convaincant en Silvano. <strong>Sara Blanch</strong> effectue dès début remarqués à l’OnP. Cette soprano qui a Ophélie ou Lucia à son répertoire, possède des moyens plus importants que celles que l’on distribue généralement en Oscar. De plus la chanteuse qui ne manque pas d’abattage, se déplace avec grâce sur la scène, esquissant des pas de danse, avec un grand naturel. La voix est bien projetée, les coloratures impeccables et le registre aigu brillant. Autres débuts à l’OnP, ceux d’<strong>Elisabeth</strong> <strong>DeShong</strong> que l’on a pu applaudir voici un an au Châtelet dans <em>Orlando</em>. Cette cantatrice possède un timbre mordoré, un aigu puissant et des graves profonds de contralto, le sol grave qui conclut son air « Re dell’abisso affrettati », émis avec aisance, est parfaitement audible. Avec Renato, <strong>Etienne Dupuis </strong>poursuit avec bonheur son exploration des grands rôles de barytons verdiens. Si sa voix n’a pas encore tout à fait l’ampleur de ses illustres prédécesseurs, il n’en possède pas moins un medium solide, une projection efficace et un legato impeccable. A cela s’ajoute un timbre séduisant et une fière allure sur scène. Son Renato est touchant même dans ses accès de colère du dernier acte. <strong>Matthew Polenzani</strong>, lui, semble délaisser les répertoires mozartien et belcantiste qui ont fait sa gloire pour aborder des rôles plus lourds, notamment chez Verdi, avec moins de bonheur cependant que son collègue canadien. S’il tire son épingle du jeu dans <em>La traviata</em> voire <em>Don Carlo</em>, force est de reconnaître que les habits de Riccardo sont un peu larges pour lui, ce qui l’oblige par moment à forcer ses moyens. Fort heureusement, l’élégance légendaire de sa ligne de chant et son style accompli lui permettent de sauver les meubles et d’offrir au dernier acte un « Ma se m’è forza perderti » de toute beauté, agrémenté de jolies nuances et d’accents poignants du plus bel effet. <strong>Anna Netrebko</strong> a incarné Amelia pour la première fois en octobre dernier à Naples. Les parisiens étaient donc impatients de la découvrir dans ce nouveau rôle. Malheureusement la diva n’était pas au mieux de sa forme. A l’acte un, chez Ulrica la voix a paru atone et la justesse approximative. En revanche la soprano aborde la grande scène qui ouvre l’acte deux avec l’ampleur vocale nécessaire et triomphe des embûches dont Verdi a parsemé cette page. Le contre-ut est émis avec facilité et l’émotion bien présente, cependant si le timbre n’a rien perdu de sa séduction, la cantatrice s’est montrée avare des sons filés qui ont fait sa gloire. Au dernier acte, elle livre un « Morró » particulièrement poignant qui lui vaut une ovation bien méritée de la part du public. Au final, une incarnation en demi-teinte qui ne comble pas tout à fait nos attentes. Souhaitons qu’au fil des représentations Anna Netrebko retrouve progressivement la plénitude de ses beaux moyens.<br />Belle prestation des chœurs, impeccablement préparés par Alessandro Di Stefano.</p>
<p>A la baguette <strong>Speranza Scappucci</strong> fait des merveilles, sa direction vive et nerveuse, son souci du détail et son sens aigu du théâtre captent l’attention sans un temps mort tout au long de la soirée. A cet égard, notons par exemple la manière dont elle créée un climat lugubre dès le début de la scène chez Ulrica ou le rythme précipité de l’introduction de l’air d’Amelia au deuxième acte, qui reflète l’état de panique du personnage, ou, à l&rsquo;opposé, le tempo alangui de « Morró », tout empreint de nostalgie.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-un-ballo-in-maschera-paris-bastille/">VERDI, Un ballo in maschera – Paris (Bastille)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOZART, Mitridate, Re di Ponte &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-mitridate-re-di-ponte-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 06 Aug 2025 04:04:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Présentée à Salzbourg dans une version semi-scénique, avec pour tout décor le trône doré du roi, l’œuvre a remporté hier un véritable triomphe, récompensant tant l’orchestre et son excellent chef Adam Fischer que les solistes, une distribution de premier choix pour des rôles excessivement difficiles. Sur la genèse de l’œuvre, je ne peux que vous &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Présentée à Salzbourg dans une version semi-scénique, avec pour tout décor le trône doré du roi, l’œuvre a remporté hier un véritable triomphe, récompensant tant l’orchestre et son excellent chef Adam Fischer que les solistes, une distribution de premier choix pour des rôles excessivement difficiles.</p>
<p>Sur la genèse de l’œuvre, je ne peux que vous renvoyer à l’<a href="_wp_link_placeholder" data-wplink-edit="true">excellent article</a> de mon confrère Cédric Manuel qui explique si bien dans quelles circonstances le jeune Mozart de 14 ans a composé un opéra entièrement italien.</p>
<p>Et pour ce qui est de la représentation d&rsquo;hier, commençons par la performance d&rsquo;<strong>Adam Fischer</strong>, chef hongrois qui entrera le mois prochain dans sa 77e année, et qui montre, à la tête de l’orchestre du Mozarteum de Salzbourg, une verdeur de jeune athlète. Cette incroyable vitalité, son sens de l’humour et de la dérision (il prend part à la demi-mise en scène avec semble-t-il un grand plaisir), son assurance, son goût de la précision, ils les partage avec l’orchestre sans doute le mieux placé pour défendre la musique du jeune Mozart, à la réserve près qu’il joue sur des instruments modernes, ce qui est petit à petit abandonné, sauf ici, pour ce répertoire. La complicité entre le chef et ses troupes est totale, pour le plus grand bénéfice de la représentation.</p>
<p>Pour servir cette musique difficile, complètement inspirée des opéras italiens de l’époque, avec tout ce que cela comprend d’airs à vocalises, plus redoutables les uns que les autres, mais aussi de rôles travestis dans une convention qui rebute parfois certains auditeurs, le Festival a réuni une distribution réellement exceptionnelle.</p>
<p>Commençons par le rôle-titre, confié au ténor venu des îles Samoa <strong>Pene Pati</strong>.&nbsp;Déjà présent ici il y a quelques mois à Pâques dans l’<em>Elias</em> de Mendelssohn, l’homme est un géant à la personnalité débordante et au sourire désarmant, un physique hors norme, idéal pour interpréter un tyran, faire peur aux uns et en imposer à tous les autres. Au premier contact, la voix m’a paru un peu artificielle, mais dès le premier tour de chauffe passé, on doit se rendre à l’évidence : elle est parfaite pour le rôle. Il montre une dynamique exceptionnelle, entre des aigus pianissimo, filés, délicieusement subtils, et des fortissimos tonitruants à faire trembler les cintres, il se joue des vocalises, faisant preuve d’une flexibilité étonnante pour une voix de ce calibre, il maîtrise les écarts les plus impressionnants – dont la partition regorge –&nbsp;comme <em>Der Wilde Mann</em> (l’homme sauvage des Alpes autrichiennes) enjamberait un torrent de montagne, et vous envoie des contre ré avec une régularité déconcertante et sans effort apparent. Pene Pati est aussi une bête de scène, sa présence sur le plateau est étonnante ; après avoir un instant usurpé la place du chef sur le podium, lorsqu’il s’apprête à partir pour le front, il prend celle du pianiste et enchaîne lui-même le continuo pour le plus grand étonnement des spectateurs.</p>
<p>Il faut beaucoup d’abattage à <strong>Sara Blanch</strong>, soprano catalane qui interprète Aspasia, la fiancée pas très fidèle du roi, et une technique vocale redoutablement solide pour lui donner la réplique. Présente dans le métier depuis une dizaine d’années environ, elle possède tout cela et bien plus, une silhouette de mannequin, un port altier, ce que tous les metteurs en scène affectionnent.</p>
<p>Sifare, fils préféré du roi est interprété par <strong>Elsa Dreisig</strong>, d’origine danoise mais bien connue en France, voix sans doute un peu moins démonstrative, plus modeste si l’on veut mais non moins sure&nbsp;: tout y est, la technique est remarquablement maîtrisée avec l’émotion musicale en plus. Elle fait rugir la salle de plaisir dans son duo avec cor obligé «&nbsp;Lungi da te, mio bene&nbsp;», d’une virtuosité d’exécution inégalée sur cet instrument, un cor d’harmonie moderne en la circonstance (<strong>Rob van de Laar</strong>). Le duo entre les deux chanteuses à la fin de l’acte II «&nbsp;Se viver non degg’io&nbsp;si te mori pur dèi », lorsque Sifare et Aspasia songent ensemble à se donner la mort,&nbsp;fut lui aussi un très grand moment d’émotion musicale pure de la soirée.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/mitridate-2025-c-sf-maro-borrelli-004-1294x600.jpg" alt="">© Maro Borrelli</pre>
<p>C’est le contre-ténor français <strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong> qui endosse le costume de Farnace, l’autre fils du roi, avec une belle virtuosité, mais une voix un peu moins homogène que celle de ses partenaires. Il fait preuve néanmoins de beaucoup de caractère dans le jeu de scène et d’une belle interaction avec le reste de la distribution. La complicité de tous ces chanteurs entre eux est d’ailleurs bien perceptible et participe du succès de l’aventure.</p>
<p>Ismène, le seul personnage pur de la distribution, est interprété de façon très touchante par la jeune <strong>Julie Roset</strong>, lauréate d’Operalia en 2023, le prix de chant lyrique créé et soutenu par Plácido Domingo. Elle parait effectivement remarquablement solide sous des dehors modeste. Encore très jeune cette chanteuse promet beaucoup, et l’incarnation de la vertu qu’on lui avait confiée ici lui convient très bien.</p>
<p><strong>Iurii Iushkevitch</strong>, jeune contre-ténor petersbourgeois chante le plus petit rôle d’Arbate, voix bien en place mais avec peu de charisme face à des camarades plus chevronnés. Enfin Marzio, l’émissaire romain est chanté par <strong>Seungwoo Simon Yang</strong>, ténor sud-coréen qui dans ses rares interventions montre du volume mais parait moins à l’aise avec les vocalises.</p>
<p>La salle de la Haus für Mozart, après avoir déjà copieusement applaudi les airs les plus remarquables ou les plus difficiles de la partition au fil de la représentation, gratifia l’ensemble de la distribution d’un long <em>standing ovation</em> bien mérité à l’issue de la soirée, auquel nous souscrivons avec enthousiasme.</p>
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		<title>THOMAS, Hamlet – Turin</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-turin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 23 May 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Longtemps dédaignés des scènes françaises, l&#8217;Hamlet d&#8217;Ambroise Thomas fait progressivement un vrai retour depuis une quinzaine d&#8217;années. L&#8217;excellent Franco Pomponi a défendu le rôle à Marseille en 2010. Jean-François Lapointe en fut un interprète poétique en 2015 à Avignon et à Marseille pour la reprise de 2016. Stéphane Degout a superbement habité le prince du &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Longtemps dédaignés des scènes françaises, l&rsquo;<em>Hamlet</em> d&rsquo;Ambroise Thomas fait progressivement un vrai retour depuis une quinzaine d&rsquo;années. L&rsquo;excellent Franco Pomponi a défendu le rôle <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/de-confirmations-en-revelation/">à Marseille en 2010</a>. Jean-François Lapointe en fut <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-avignon-le-souffle-de-shakespeare/">un interprète poétique en 2015</a> à Avignon et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-marseille-la-fosse-ou-le-plateau/">à Marseille pour la reprise de 2016</a>. Stéphane Degout a superbement habité le prince du Danemark à l&rsquo;Opéra-comique en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-paris-opera-comique-etre-et-ne-pas-etre/">2018</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-paris-opera-comique/">2022</a> (après Strasbourg en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/degout-hamlet-princier/">2011</a> et Bruxelles en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/chapeau-bas-a-stephane-degout/">2013.</a>&nbsp;<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-salzbourg/">Même Salzbourg</a> s&rsquo;est laissé convaincre de remonter avec le baryton français un ouvrage qui n&rsquo;est pourtant pas dans les gênes du festival). En 2022, Jérôme Boutillier <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-saint-etienne-de-grands-moyens-pour-une-reussite-magistrale/">captivait le public de l&rsquo;Opéra de Saint-Étienne</a>. L&rsquo;Opéra de Paris, d&rsquo;ordinaire plutôt frileux envers son répertoire historique, a permis à Ludovic Tézier d&rsquo;offrir <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-paris-onp/">une de ses incarnations majeures</a> en 2023 (il avait aussi chanté le rôle&#8230; à Turin en 2001). Signal peut-être encore plus important de cette réhabilitation en devenir, en 2024, l&rsquo;Opéra de Massy osait proposer cette œuvre rare portée cette fois par l&rsquo;interprétation convaincante d&rsquo;Armando Noguera.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/11-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_8185-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190326"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>En 1868, <em>Hamlet</em> fut le dernier ouvrage créé à la salle de la rue Le Peletier avant l’ouverture du Palais Garnier. Si la réaction de la critique fut partagée, l&rsquo;accueil du public fut chaleureux, notamment grâce à l&rsquo;incarnation du créateur du rôle, le baryton <a href="https://www.youtube.com/watch?v=63PFdrI3YKo">Jean-Baptiste Faure</a>, star lyrique de l&rsquo;époque (il créa entre autres les rôles de Nélusko dans <em>L&rsquo;Africaine</em> et Posa dans <em>Don Carlos</em>). L&rsquo;ouvrage connait ensuite un succès international et est accueilli triomphalement à Londres (dans une version révisée, disponible en appendice de l&rsquo;enregistrement de Michel Plasson), Budapest, Bruxelles, Prague, New-York, Saint-Pétersbourg, Berlin ou encore Vienne. Depuis, le nombre de productions de l&rsquo;ouvrage a bien diminué, mais sans que celui-ci ne disparaissent totalement des scènes, les barytons célèbres réussissant à faire monter l&rsquo;ouvrage sur leur réputation, celui-ci étant l&rsquo;un des rares où ils ne risquent pas d&rsquo;être éclipsés par le ténor. On citera entre autres interprètes les exceptionnels Sherrill Milnes (Chicago, 1990), Thomas Hampson (Châtelet, 2000) ou encore Simon Keenlyside (Metropolitan, 2010). On sait moins pourtant que l&rsquo;ouvrage fut initialement prévu pour un ténor et que, faute de trouver un interprète à la hauteur de l&rsquo;enjeu, Ambroise Thomas révisa la partition pour un baryton, de sorte que la survie continue de l&rsquo;ouvrage doit beaucoup à cette transposition opportuniste. L&rsquo;<em>Hamlet</em> version ténor aurait-il eu la même longévité, rien n&rsquo;est moins sûr. Cette version originelle (qui a été jouée   sporadiquement toutefois), <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-montpellier-festival-etre-hamlet/">fut recréée en 2022 au Festival de Montpellier</a><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hamlet-montpellier-festival-etre-hamlet/"> en version concert,</a> avec déjà John Osborn et la regrettée Jodie Devos, trop tôt disparue. Le Teatro Regio en propose ici la création scénique mondiale à l’époque moderne.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="549" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/4-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_1520725-1024x549.jpg" alt="" class="wp-image-190334"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>Cette version pour ténor offre un certain nombre de différences qui, sans être nécessairement immédiatement perceptibles, modifient l&rsquo;atmosphère générale du drame. Il s&rsquo;agit notamment de tonalités différentes. Aucun changement toutefois pour le premier air, « Vains regrets ». Les couplets bachiques « Ô vin, dissipe la tristesse » sont en revanche un ton plus haut (avec deux contre ut, pour chœurs et soliste). « Allez dans un cloître » n&rsquo;est pas modifié. « Être ou ne pas être » est un ton et demi plus haut, Le dernier air d&rsquo;Hamlet, « Comme pâle fleur » est aussi plus haut, mais d&rsquo;un ton seulement. Il s&rsquo;agit aussi de lignes vocales qui s&rsquo;envolent dans l&rsquo;aigu chez le ténor au lieu de rester dans le centre de la tessiture pour le baryton. Nous n&rsquo;en donnerons qu&rsquo;un exemple (ceux qui trouveraient la chose fastidieuse peuvent passer directement au paragraphe suivant). Entre les deux refrains de « Ô vin », Hamlet chante la &nbsp;phrase « Chacun, hélas, porte ici-bas sa lourde chaîne ! Cruels devoirs, longs désespoirs, de l&rsquo;âme humaine ! ». Dans la version baryton, les huit syllabes « Cruels devoirs, longs désespoirs » sont chantées sur les quatre notes répétées <em>Fa# Sol# Fa# La</em> (nous avouerons que nous ne sommes pas aller vérifier dans la partition s&rsquo;il s&rsquo;agissait de Fa# ou de Sol bémol : vu les tarifs pratiqués par Forumopera.com, vous en avez quand même pour votre argent). Dans la version ténor, alors qu&rsquo;on attendrait une attaque sur un <em>Sol</em># (compte tenu de la transposition d&rsquo;un ton), on entend une modulation différente et une attaque quatre tons plus aigüe : <em>Mi Mi Mi Mib </em>(deux fois). On se rappelle que le <em>Werther</em>&nbsp;<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/massenet-werther/">avait connu des déboires similaires</a> : le résultat est tout autre ici. Autant la version baryton du chef-d&rsquo;œuvre de Jules Massenet peut être frustrante (dès que l&rsquo;orchestre monte à l&rsquo;aigu de la version ténor, le baryton fait du surplace), autant les deux versions d&rsquo;Ambroise Thomas sont parfaitement réalisées. Sans aller jusqu&rsquo;à parler de deux ouvrages fondamentalement différents, on peut affirmer que ces deux versions ont chacune leurs qualités propres et mériteraient de coexister. Dans la version ténor, Hamlet est ainsi moins neurasthénique, plein de fougue juvénile au contraire. La colère impétueuse remplace la sombre déréliction. L&rsquo;ouvrage est moins uniformément noir, plus contrasté. Les deux options se défendent : avis aux volontaires, s&rsquo;il en est chez les ténors, dussent-ils risquer les foudres des barytons.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/7-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_7614-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190330"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>Reprenant sa prise de rôle montpelliéraine de 2022, <strong>John Osborn</strong> est un Hamlet de grande classe, d&rsquo;une superbe musicalité. On regrette un peu un certain manque de largeur dans le médium, le rôle exigeant une voix plus corsée, mais l&rsquo;aigu est confondant de facilité (notamment son contre-ut à la fin de la chanson bachique). Le legato est impeccable, avec une utilisation toujours à propos de la voix mixte, notamment quand il s&rsquo;agit d&rsquo;exprimer la douceur ou le renoncement, avec par exemple un « Être ou ne pas être » totalement suspendu. L&rsquo;interprétation scénique est de première force, enflammée. Le finale de l&rsquo;acte II est un paroxysme de folie, dramatiquement (et techniquement) impressionnant. Hamlet lance ses imprécations perché sur une table, tandis que les histrions meuvent celle-ci à toute vitesse, faisant un tour complet du plateau entre chaque intervention du chanteur. La prononciation et la diction sont exemplaires, dispensant un francophone de la lecture des surtitres, et chaque mot est coloré avec soin. On peut comprendre que Thomas ait pu avoir des difficultés à trouver la perle rare des ténors pour créer son ouvrage, mais le chanteur américain n&rsquo;est pas loin de cocher toutes les cases. Du grand art.</p>
<p><strong>Sara Blanch</strong> est une Ophélie proprement phénoménale, probablement la meilleure interprète du rôle depuis bien longtemps. Là encore, le français est doté d&rsquo;une excellent technique belcantiste, le soprano catalan maîtrise toutes les difficultés de la partition mais sait surtout les transcender dans une composition bouleversante qui touche au sublime dans la scène de folie où elle n&rsquo;hésite pas à modifier sa voix, avec des phrases chuchotées, détimbrées (« Et vous ? Pourquoi vous parlez bas ? »), tremblantes, précipitées, ou au contraire des alanguissements évaporés (« Hamlet est mon époux, et je suis Ophélie »). Blanch sait aussi traduire le potentiel sous sous-texte de ses interventions. Ainsi, dans « Et si quelqu&rsquo;un vous dit qu&rsquo;il me fuit et m&rsquo;oublie, n&rsquo;en croyez rien ! », son ton exprime qu&rsquo;elle n&rsquo;en croit rien elle-même justement, et qu&rsquo;elle ne cherche qu&rsquo;à se convaincre au travers d&rsquo;un dialogue avec des interlocuteurs imaginaires. Là encore, du grand art.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_8162-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190346"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sub></figcaption></figure>


<p><strong>Clémentine Margaine</strong> est une Reine Gertrude captivante, à la projection impressionnante et aux aigus dardés réjouissants. Sa composition scénique est tout aussi remarquable. Le mezzo français traduit parfaitement toutes les facettes du personnage et son évolution, de la reine hautaine à la mère brisée, en passant par la pécheresse confrontée à ses remords. Son duo avec Hamlet est l&rsquo;un des sommets de la soirée. Loin d&rsquo;avoir la projection de sa partenaire, <strong>Riccardo Zanellato</strong> est un Claudius de belle prestance, avec une bonne diction, au timbre chaud, bien chantant et à la voix homogène sur toute la tessiture. Déjà Laërte à Salzbourg, le jeune <strong>Julien Henric</strong> (né en 1992) confirme sa stature internationale. La voix est bien projetée, d&rsquo;une bonne puissance, la diction et le phrasé sont impeccables, le timbre est agréable, l&rsquo;aigu généreux et la composition dramatique impeccable. La voix profonde et la maturité d&rsquo;<strong>Alastair Miles</strong> conviennent parfaitement au spectre du roi. Les autres rôles n&rsquo;appellent que des éloges (en particulier sur la qualité du français d&rsquo;un niveau bien supérieur à celui de bien des maisons internationales) : <strong>Nicolò Donini</strong> est un Polonius inquiétant. En Horatio, <strong>Tomislac Lavoie</strong> sait se faire remarquer dans ses brèves mais décisives interventions, de même qu&rsquo;<strong>Alexander Marev</strong> dans le rôle plus court de Marcellus. Les deux fossoyeurs,&nbsp;<strong>Janusz Nosek</strong> et&nbsp;<strong>Maciej Kwasnilowski</strong> sont impeccables. La qualité d&rsquo;un théâtre se mesure aussi à celle des interprètes auxquels il a recours pour les seconds rôles : de ce point de vue, c&rsquo;est un sans faute. Comme de coutume dans le grand opéra français, les chœurs sont particulièrement sollicités. Les artistes du <strong>Chœur du Regio de Turin</strong> sont particulièrement enthousiasmants, sonores, vibrants, avec un français impeccable. Les pupitres sont homogènes et à l&rsquo;aise sur les diverses tessitures parfois très tendues (rappelons les contre-ut de la chanson bachique). Leur toute première intervention, impressionnante, est d&rsquo;ailleurs spontanément applaudie par le public avant la fin de la coda orchestrale. Très sollicités par la mise en scène, ils se révèlent également excellent acteurs. Les mouvements des figurants sont habillement chorégraphiés par <strong>Ron Howell</strong> : la scène est animée, sans donner l&rsquo;impression d&rsquo;une vaine agitation.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2-Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_8356-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190322"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>Créateur du Cercle de l&rsquo;Harmonie en 2005, formation sur instruments d&rsquo;époque, <strong>Jérémie Rhorer</strong> a beaucoup dirigé le répertoire du XVIIIe et début du XIXe siècles. Dans cette ouvrage plus tardif, cette expérience lui permet d&rsquo;apporter un supplément de sveltesse à une partition qui pourrait être pesante sous une autre baguette. L&rsquo;orchestre est comme dégrossi, plus vif et plus virtuose. C&rsquo;est une vision tout à fait en adéquation avec cette version ténor, qui incite à être plus alerte, moins ténébreux. Si l&rsquo;on revient à notre exemple de la chanson bachique, chez Plasson, la phrase « La vie est sombre. Les ans sont courts ; De nos beaux jours. Dieu sait le nombre. Chacun hélas ! Porte ici-bas. Sa lourde chaîne ! » est comme ralentie : Hampson semble traîner sa misère. Ici, le tempo est plus vif : un ténor ne s&rsquo;encombre pas de tels soucis ! Il est tout à sa haine. Ajoutons que le chef est attentif aux chanteurs qu&rsquo;il se garde de couvrir. Enfin, l&rsquo;<strong>Orchestre du Teatro Regio</strong> est impeccable, ce qui rend cette lecture renouvelée passionnante. La partition est assez complète (environ 2h40 de musique) mais comprend néanmoins quelques coupures, notamment les ballets, le chœur des comédiens à l&rsquo;acte II (« Princes sans apanages ») et celui des paysans qui introduit la scène de folie « Voici la riante saison »).&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Hamlet-Foto-Daniele-Ratti-Mattia-Gaido_8422-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190361"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Daniele Ratti-Mattia Gaido</sup></figcaption></figure>


<p>La production de <strong>Jacopo Spirei</strong> est une totale réussite. On gardera en mémoire un certain nombre d&rsquo;images fortes : le spectre du roi promenant Hamlet et Ophélie enfants, leur cheval de bois qui deviendra la monture dérisoire d&rsquo;Hamlet couronné, les immenses marionnettes qui jouent le <em>Meurtre de Gonzague</em>, le final exalté de l&rsquo;acte II déjà évoqué, la scène de folie où un immense rideau de tulle fait à la fois figure de voile de mariée et de surface des eaux où Ophélie disparait, les Willis qui l&rsquo;accompagnent et qui évoquent les films d&rsquo;horreurs britanniques de la Hammer dans les années 50&#8230; Qui plus est, grâce aux somptueux décors de <strong>Gary McCann</strong>, aux costumes un brin déjantés de <strong>Giada Masi</strong> et aux lumières élaborées de <strong>Fiammetta</strong> <strong>Baldiserri</strong>, ce spectacle, à la mise en scène intelligente et impeccablement réglée, est aussi un régal esthétique. Le succès public est au rendez-vous, avec près de 10 minutes d&rsquo;applaudissements enthousiastes aux saluts.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/thomas-hamlet-turin/">THOMAS, Hamlet – Turin</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>ROSSINI, Il Turco in Italia – Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-il-turco-in-italia-lyon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 15 Dec 2024 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Plaisant, drôle et bien enlevé, mais aussi profond, grave et par moments émouvant, ce Turc en Italie bénéficie à la fois de la baguette expérimentée de Giacomo Sagripanti et d’une mise en scène à la hauteur de sa création in loco puisque, curieusement, cet opéra de Rossini n’avait jamais encore été représenté sur la scène &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Plaisant, drôle et bien enlevé, mais aussi profond, grave et par moments émouvant, ce <em>Turc en Italie</em> bénéficie à la fois de la baguette expérimentée de <strong>Giacomo Sagripanti</strong> et d’une mise en scène à la hauteur de sa création <em>in loco</em> puisque, curieusement, cet opéra de Rossini n’avait jamais encore été représenté sur la scène lyonnaise. Donné en juin 2023 à Madrid dans le cadre d’une coproduction avec le Teatro Real, le spectacle avait déjà suscité dans ces colonnes <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-il-turco-in-italia-madrid/">les éloges de Yannick Boussaert</a>, auxquels nous souscrivons sans réserve.</p>
<p>L’entrée au répertoire local de cette œuvre majeure de Rossini – qui a longtemps pâti de sa situation chronologiquement coincée entre <em>L’Italienne à Alger</em> et <em>Le Barbier de Séville</em> – rattrape avec bonheur <a href="https://www.forumopera.com/zapping/un-jour-une-creation-14-aout-1814-le-turc-echoue-en-italie/">un retard de 210 ans</a>. Par la magie des voix et de la musique en premier lieu, bien sûr, avec tout le brio rythmique, la finesse instrumentale et toute la verve musicale du compositeur si remarquablement servis par l’<strong>Orchestre de l’Opéra de Lyon</strong> ; mais aussi par la virtuosité de la mise en scène inventive et malicieuse de <strong>Laurent Pelly</strong>, qui tire habilement parti de la mise en abyme proposée par le livret. L’intrigue, plutôt simple mais démesurément étirée, ne se contente pas, en effet, de présenter la quête du grand amour par Fiorilla, une jeune femme qui, près de Naples, s’ennuie en ménage. Elle ne se limite pas non plus à décrire ses rapports contrastés avec Geronio, son vieux barbon de mari et avec Narciso, son sigisbée qui aspire à être davantage qu’un chevalier servant, puis sa rencontre avec le beau Sélim venu de Turquie, coup de foudre sans lendemain puisque le Turc retrouve en Italie celle qu’il aimait, Zaida, fausse bohémienne mais vraie amoureuse, répudiée naguère sur la foi de fausses accusations d’infidélité. L’originalité du livret ne repose pas sur ces poncifs éprouvés de la comédie en général et de l’opéra bouffe en particulier, mais sur la présence du Poète, tour à tour narrateur de l’histoire et acteur qui intervient dans le cours de l’intrigue. Véritable réflexion sur l’art du librettiste, sur les conditions de création d’une œuvre, et sur celles du renouvellement d’un genre, <em>Le Turc en Italie</em> permet souvent de rire au premier degré, mais aussi, à d’autres niveaux de lecture, de sourire et de percevoir le regard critique porté sur l’apparente résorption ou répression des tentatives de transgression.</p>
<p>Avec le talent qu’on lui connaît (comme dernièrement à Lyon avec le <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-barbe-bleue-lyon/"><em>Barbe-Bleue</em> d’Offenbach</a>), Laurent Pelly a eu cette fois recours à l’univers du roman-photo – qui, aujourd’hui, paraît à beaucoup tout aussi désuet que celui de l’opéra bouffe, permettant un double décalage particulièrement efficace. Si en la matière on songe en France à <em>Nous Deux</em>, « le magazine du bonheur » né au début des années 50 du vingtième siècle, il ne faut pas oublier que le roman-photo – tout comme l’opéra – est une invention italienne (le <em>fotoromanzo</em> naît en 1947). Par ailleurs, la redécouverte du <em>Turc en Italie</em> après son long oubli date précisément des années 50. Nous voici donc devant des pages géantes de <em>Carina</em> aux images et intrigues aussi stéréotypées (« Non posso amarti », « Il mio destino sei tu ») que le pavillon de banlieue devant lequel Fiorilla feuillette les magazines qui la font rêver. Le Poète qui habite la maison voisine s’empresse de transcrire sur sa machine à écrire les disputes de Fiorilla et de Geronio avant d’intervenir lui-même pour corser l’histoire. Tout s’enchaîne ensuite en suivant plus ou moins selon les impulsions d’un auteur qui se veut démiurge mais finit par être dépassé par une histoire qui le laissera insatisfait, et comme surpris par un retour à la situation initiale au terme d’un divertissement aussi loufoque que vain. Il faut saluer la réussite de ce parallèle entre un opéra qui semble ne pas vouloir s’arrêter (le livret souffre d’un sérieux problème de découpage dramatique) et un genre qui par définition se prolonge sans cesse, en raison certes de la forme du roman-feuilleton, et surtout parce que l’essentiel n’y est pas l’originalité d’un récit novateur mais le plaisir de ressasser <em>ad nauseam</em> les mêmes clichés et stéréotypes à valeur de refuge sentimental. Des cadres descendent des cintres pour devenir vignettes du roman-photo qui s’élabore sous nos yeux, combinant la présence des chanteurs, de photos et de phylactères affichant leurs propos ou leurs pensées, dans une scénographie très réussie de <strong>Chantal Thomas</strong>, astucieuse, amusante, satirique et pourtant non dépourvue de poésie.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2024_LeTurcenItalie_GcPaulBourdrel_HD_023-1294x600.jpg" alt="" width="755" height="350" />
©Paul Bourdrel</pre>
<p>De la distribution vocale de Madrid ne demeure que l’impressionnant Selim d’<strong>Adrian Sâmpetrean</strong>, dont la séduction vocale et la plastique avantageuse s’accompagnent d’une présence scénique époustouflante, depuis son arrivée à la proue d’un navire (figuré par la tranche inclinée d’un volume géant de roman-photo) jusqu’à la chorégraphie trépidante de la fuite finale, en passant par diverses acrobaties, comme dans le duo « D’un bel uso di Turchia » qu’il chante juché sur un haut tabouret. La profondeur de la voix, le timbre envoûtant de la basse et la vélocité du chant contrastent avec les poses dramatiques ou hiératiques dans lesquelles se fige le chanteur. Remarquable actrice, virevoltante ou enamourée, la soprano espagnole <strong>Sara Blanch</strong> donne beaucoup d’elle-même dans le rôle de Fiorilla qu’elle joue avec conviction : si la voix semble au début manquer un peu de corps et de projection, elle révèle au cours du spectacle toute une palette de nuances et une maîtrise confondante des vocalises – et convainc entièrement dans les moments qui se teintent de tragique (ainsi l’air « Squallida veste e bruna »). Remarquable acteur également, <strong>Renato Girolami</strong>, entendu en 2017 à Lyon en <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-cenerentola-lyon-angelina-au-pays-des-merveilles/">Don Magnifico dans <em>La Cenerentola</em></a>, est un Don Geronio aussi burlesque et étriqué dans ses comportements, comme le veut son rôle, que généreux dans son souffle et sa projection, se jouant des difficultés du chant rossinien, réalisant des prouesses dans son duo avec Selim traité à la manière d’un concours de virtuosité vocale. Le Don Narciso d’<strong>Alasdair Kent</strong> répond parfaitement aux exigences scéniques du rôle et remplit honorablement sa tâche sur le plan vocal, malgré quelques limites dans les aigus, souvent un peu serrés. Le timbre flatteur de la mezzo-soprano <strong>Jenny Anne Flory</strong>, soliste du Lyon Opéra Studio (entendue en Margret à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/berg-wozzeck-lyon/">Lyon dans <em>Wozzeck</em> en octobre dernier)</a>, est très prometteur. Elle donne au personnage de Zaida une présence solide et convaincante, qui pourrait se faire parfois plus sonore et affirmée. <strong>Filipp Varik</strong>, le ténor qui interprétait le Fou dans le même <em>Wozzeck</em>, opère ici une reconversion parfaite, en Albazar bien chantant et bondissant. C’est <strong>Florian Sempey</strong> enfin qui interprète de manière magistrale Prosdocimo, le Poète, semblant sortir du lit, décoiffé, en peignoir vert et pantoufles, tout ensemble hagard et inspiré, instigateur et commentateur passionné, puis désillusionné, des péripéties dramatiques – configuration dans laquelle certains ont voulu voir une dimension pré-pirandellienne.</p>
<p>Comme toujours, les <strong>Chœurs de l’Opéra de Lyon</strong>, préparés par <strong>Benedict Kearns</strong>, sont impeccables dans leurs interventions vocales et dans la précision des ensembles et tableaux qu’ils composent en ponctuant divers moments clés de l’œuvre, comme, entre autres, la scène du bal masqué à l’acte II, présentant une démultiplication à l’infini du couple Fiorilla-Selim – belle métaphore du vertige grisant mais cruel des illusions et faux-semblants.</p>
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		<title>Salzbourg 2025, pluie d&#8217;étoiles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/salzbourg-2025-pluie-detoiles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Dec 2024 15:35:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Direktorium du Festival de Salzbourg (Kristina Hammer, Markus Hinterhäuser et Lukas Crepaz) vient de rendre publique la programmation de l’édition 2025 qui oscillera entre grande tradition et modernité. Côté opéra, le festival ouvrira le 26 juillet dans grande salle du palais du Festival par une nouvelle production signée Dmitri Tcherniakov : Giulio Cesare in Egitto &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le Direktorium du Festival de Salzbourg (Kristina Hammer, Markus Hinterhäuser et Lukas Crepaz) vient de rendre publique la programmation de l’édition 2025 qui oscillera entre grande tradition et modernité.<br />
Côté opéra, le festival ouvrira le 26 juillet dans grande salle du palais du Festival par une nouvelle production signée <strong>Dmitri Tcherniakov</strong> : <em>Giulio Cesare in Egitto</em> dirigée depuis le clavecin par <strong>Emmanuelle Haïm</strong> à la tête de son Concert d’Astrée. Le rôle-titre sera tenu par <strong>Christophe Dumaux</strong>, <strong>Olga Kulchynska</strong> sera Cleopatra et nous aurons la joie d’entendre <strong>Lucile Richardot</strong> en Cornelia.<br />
A partir du 1<sup>er</sup> août, nouvelle production de <em>Maria Stuarda</em> proposée par <strong>Ulrich Rasche</strong> avec <strong>Kate Lindsey</strong> et <strong>Lisetta Oropesa</strong> en duos de reines.<br />
Toujours dans la Grande salle, reprise d’un <em>Macbeth</em> qu’il ne faudra pas rater : <strong>Jordan/Warlikowski</strong> dirigeront <strong>Vladislav Sulimsky</strong> (Macbeth), <strong>Tareq Nazmi</strong> (Banco) et <strong>Asmik Grigorian</strong> (Lady Macbeth). A noter également <em>Andrea Chénier</em> en version de concert dirigé par <strong>Marco Armiliato</strong> (<strong>Beczala</strong>, <strong>Salsi</strong>, <strong>Stikhina</strong>).<br />
A la Felsenreitschule un spectacle intitulé <em>One Morning turns into an Eternity</em> réunira <em>Erwartung</em> et <em>Der Abschied</em>, tiré du <em>Lied von der Erde</em>, dans une mise en scène de <strong>Peter</strong> <strong>Sellars</strong> et sous la direction de <strong>Esa-Pekka Salonen</strong>. On y donnera également la nouvelle production des <em>Drei Schwestern</em> de Peter Eötvös, sous la direction de <strong>Maxime Pascal</strong>, ainsi qu’une nouvelle production mise en espace d’extraits de <em>Zaide,</em> <em>Davide Penitente</em>, et <em>Thamos</em> (<strong>Pichon</strong>, <strong>Devieilhe</strong>, <strong>Desandre</strong>, <strong>Prégardien</strong>, <strong>Behle</strong>, <strong>Kränzle</strong>). A noter encore la version de concert de <em>Castor et Pollux</em> dirigé par <strong>Teodor Currentzis</strong> (<strong>De</strong> <strong>Bique</strong>, <strong>d’Oustrac</strong>, <strong>Van</strong> <strong>Mechelen</strong>, <strong>Mauillon</strong>).<br />
Dans la Haus Mozart, reprise de <em>Hotel Metamorphosis</em>, pasticcio à partir d’extraits d’opéras de Vivaldi, le tout mis en scène par <strong>Barrie</strong> <strong>Kosky</strong> (<strong>Bartoli</strong>, <strong>Abrahamyan</strong>, <strong>Desandre</strong>, <strong>Jaroussky</strong>, <strong>Winckler</strong>), un <em>Mitridate</em> dirigé par <strong>Adam</strong> <strong>Fischer</strong> avec <strong>Pene Pati</strong>, <strong>Sara</strong> <strong>Blanch</strong>, <strong>Elsa</strong> <strong>Dreisig.</strong><br />
Enfin, à la Kollegienkirche les tre atti senza nome <em>Macbeth</em> (composé en 2002) de Salvatore Sciarrino.<br />
Parmi les concerts des Wiener Philharmoniker, <strong>Lorenzo Viotti</strong> dirigera <em>Oedipus Rex</em> (<strong>Clayton</strong>, <strong>Viotti</strong>, <strong>Volle</strong>), <strong>Yannick Nézet-Séguin</strong> le premier acte de <em>Walküre</em> (<strong>van</strong> <strong>den</strong> <strong>Heever</strong>, <strong>de</strong> <strong>Barbeyrac</strong>, <strong>Relyea</strong>). Il y aura aussi les traditionnels Liederabende (<strong>Gerhaber</strong>, <strong>Damrau</strong>, <strong>Kaufmann</strong>, <strong>Devieilhe</strong>, <strong>Grigorian</strong>, entre autres).<br />
Le festival de Salzbourg se tiendra du 18 juillet au 31 août 2025, le programme complet est à <a href="https://www.salzburgerfestspiele.at/blog/das-programm-der-salzburger-festspiele-2025">consulter sur le site</a>.</p>
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		<title>ROSSINI, Le Comte Ory &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-le-comte-ory-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 08 Nov 2024 17:18:40 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=175759</guid>

					<description><![CDATA[<p>Depuis plusieurs saisons, Les Grandes Voix ajoutent aux récitals de chanteurs lyriques, des tubes de musique sacré – Requiem de Mozart, Stabat Mater de Pergolèse… – et des opéras en version de concert, tel ce Comte Ory, prétexte pour Cyrille Dubois à retour dans le répertoire rossinien. L’œuvre pleine de charme et de malice est &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-le-comte-ory-paris-tce/"> <span class="screen-reader-text">ROSSINI, Le Comte Ory &#8211; Paris (TCE)</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis plusieurs saisons, Les Grandes Voix ajoutent aux récitals de chanteurs lyriques, des tubes de musique sacré – <em>Requiem</em> de Mozart, <em>Stabat Mater</em> de Pergolèse… – et des opéras en version de concert, tel ce <em>Comte Ory</em>, prétexte pour <strong>Cyrille Dubois</strong> à retour dans le répertoire rossinien. L’œuvre pleine de charme et de malice est de celles que l’on déplore de ne pas voir programmées plus souvent. Son absence de l’affiche n’est pas due à ses faiblesses mais à ses difficultés. A cheval entre deux écoles, l’une relevant du bel canto italien en ses flamboyances les plus extrêmes, l’autre de la légèreté caractéristique des tréteaux de l’opéra-comique, la partition impose de jongler avec les styles tout en requérant, pour les deux grands premiers rôles tout au moins, une technique et une agilité supérieures.</p>
<p>Les amateurs de sensations fortes s’étaient donné rendez-vous au Théâtre des Champs-Élysées afin d’éprouver une nouvelle fois l’ivresse des cimes lyriques, ce vertige que donnent les voix lorsqu’ensemble ou séparément, elles partent à l’assaut des sommets et, qu’après avoir enjambé des précipices, elles dévalent la portée à la vitesse d’un coureur de ski alpin. Las, on nous promettait deux heures et demies de musique, nous en eûmes à peine deux. Non que des numéros aient été écartés mais certains tempi furent précipités et plusieurs airs et ensembles écourtés au mépris de la règle belcantiste qui considère les reprises comme des perches tendues à l’interprète pour faire valoir son imagination, sa musicalité, son audace et sa virtuosité. Omettre cette règle, c’est aussi priver l’auditoire d’une part de l’excitation inhérente à ce répertoire.</p>
<p>Si l’on ajoute à cette frustration, des solistes souvent hors de propos, soit stylistiquement, soit vocalement, pris en mal de puissance face à un orchestre profus, on comprend la déception ressentie en fin de concert. Plutôt que d’en noircir les raisons d’un trait bileux, adoptons « la positive attitude ». Reconnaissons à la direction de <strong>Patrick Lange</strong> l’énergie et la précision que réclame une musique à la mécanique subtile. Apprécions la facilité avec laquelle le chœur passe en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire de la chanson à boire au recueillement oratoire, ainsi que l’habile dosage du volume pour donner l’impression que les pèlerines supplient au loin la noble Comtesse de leur offrir l’hospitalité.</p>
<p>D’un chant dont on connaît la souplesse et la versatilité, Cyrille Dubois établit la filiation entre le haute-contre de la tragédie lyrique et le ténor d’opéra-comique, avec un usage consommé de la voix mixte et du <em>falsetto</em>. Français donc plus qu’italien, ce qui n’est pas un reproche. Au contraire, l’interprète amoureux du répertoire mélodique s’attache comme nul autre à l’articulation de la phrase et au sens du mot. Si une légitime anxiété altère l’assurance de son air d’entrée, « Que les destins  prospères », si le « bruit des armes » supporterait plus d’ampleur, la partie lente du trio final et, auparavant le duo avec la Comtesse nous restituent le ténor tel qu’en lui-même, dans un état de grâce qui est à la fois élégance, tendresse et poésie, le tout mâtiné d’une espièglerie à laquelle il a moins souvent l’occasion de s&rsquo;adonner. Il lui reste à s’affranchir de la partition pour gagner en liberté, à l’égal de sa partenaire.</p>
<p>Rossinienne doublement patentée à Pesaro et Bad Wildbad, <strong>Sara Blanch</strong> a chanté à plusieurs reprises Adèle. Cela se voit par l’aisance avec laquelle elle se détache du pupitre pour donner vie à au personnage. Cela s’entend à la façon dont elle maîtrise les moindres contours du rôle, diction comprise, non comme le ferait une Lakmé échappée du pays des clochettes, mais en styliste, d’une voix de soprano ravissante. Sa légèreté n’est pas coupable, car pourvue d’une longueur suffisamment confortable pour ne pas trahir l’effort et accuser les ruptures de registre, donnant l’impression que le chant coule de source en dépit des obstacles à surmonter. Ce naturel expressif est l’essence du belcanto. On aurait aimé le goûter dans son intégralité.</p>
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		<title>ROSSINI, Aureliano in Palmira &#8211; Pesaro</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-aureliano-in-palmira-pesaro/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Aug 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Selon Rossini lui-même, à sa création fin 1813 Aureliano in Palmira fut un fiasco sans appel et pourtant il ne doutait pas de la qualité de sa musique, qu’il réutilisa plusieurs fois, à commencer par l’ouverture qui deviendra célèbre avec Il Barbiere di Siviglia. Composée pour La Scala, l’œuvre devait être monumentale et fastueuse, comme &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Selon Rossini lui-même, à sa création fin 1813 <em>Aureliano in Palmira</em> fut un fiasco sans appel et pourtant il ne doutait pas de la qualité de sa musique, qu’il réutilisa plusieurs fois, à commencer par l’ouverture qui deviendra célèbre avec <em>Il Barbiere di Siviglia</em>. Composée pour La Scala, l’œuvre devait être monumentale et fastueuse, comme un reflet de la grandeur du régime impérial de Napoléon, dont l’ex-beau-fils Eugène de Beauharnais régnait à Milan. Pour Rossini, à moins de 22 ans, c’est l’entreprise la plus ambitieuse en termes d’ampleur et de complexité, car il s’ingénie à insérer « un solo dans un duo, un duo dans un trio ou un quatuor, ou dans un final ; les airs ne sont pas de forme standard, et aucun des morceaux ne ressemble à un autre. »</p>
<p>En dépit de cet échec milanais, on a pu dénombrer une centaine de reprises au cours des vingt ans où l’œuvre resta à l’affiche dans de nombreux théâtres, le nom de Rossini étant une marque d’appel. Daniel Carnini, qui co-signe la nouvelle version de l’édition critique établie d’abord par Will Crutchfield, explique dans le programme de salle que si des coupures furent souvent pratiquées ce fut tant pour raccourcir une œuvre jugée trop longue que pour prévenir les nostalgies éventuelles que le portrait de cet empereur magnanime aurait pu réveiller, sans oublier les adaptations liées aux distributions disponibles.</p>
<p>La production proposée est la reprise de celle créée en 2014 au Teatro Rossini, dans une mise en scène de <strong>Mario Martone.</strong> Nous avions gardé le souvenir, assez vague, d’un spectacle conventionnel et peu exaltant. Ce serait mentir que de prétendre qu’en s’installant sur le vaste plateau du Vitrifrigo il a changé de nature, mais l’ampleur de l’espace disponible lui donne une respiration nouvelle et le rend beaucoup plus digeste. Le panneau monumental en fond de scène, dû à <strong>Sergio Tramonti</strong>, est toujours aussi suggestif, cette image où l’aigle romaine disparait à demi sous les rafales de sable qui voilent la lumière – beaux éclairages de P<strong>asquale Mari,</strong> avec une saisissante réponse céleste aux invocations – et la plate-forme invisible installée à mi-hauteur est toujours aussi utile pour y faire apparaître des personnages. Au bas du panneau se dissimule un lieu destiné aux sacrifices, devant lequel s’étale un dédale d’espaces précaires, abris momentanés pour pèlerins que les Romains transformeront en lieux de détention. Formé par la juxtaposition à angle droit de pièces de tissu transparent dont l’ultérieure ascension dans les cintres modifiera progressivement l’espace en fonction des nécessités, ce dispositif simple impose un parcours qui peut colorer entrées et sorties de cérémonie, de pudeur ou de dissimulation.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Sunnyboy-Dladla_Raffaella-Lupinacci-1294x600.jpg" />© Amati-Bacciardi</pre>
<p>Nulle surprise donc dans ce spectacle qui illustre scène après scène, dans une imagerie classique, les étapes de l’action, les points forts étant l&rsquo;entrée des quatre chèvres amenées sur scène au deuxième acte, lorsque Arsace en fuite est confronté à cette vie arcadique à laquelle il aspirerait si son statut et son devoir ne le condamnaient à retourner au combat pour secourir Zenobia, et la reptation d’ Arsace et de Zenobia en fuite jusqu’à leur dernier refuge. « Plate, inepte », les commentaires acerbes ne manquaient pas à l’entracte pour qualifier la proposition de Mario Martone. Doit-on pour autant la mépriser ?</p>
<p>En fait, elle nous semble très susceptible de faire retourner à l’opéra quelqu’un qui serait venu à la découverte : nulle prise de tête, ce qui est montré correspond à peu près au livret, aucun besoin de se demander si l’on a compris ou si l’on est trop stupide pour y être parvenu, rien ne s’interpose entre le spectateur et le plaisir qu’il attend de la musique et des voix. Au risque de rabâcher, la survie de l’opéra ne dépend pas seulement du renouvellement du public, objectif dont on prétend souvent qu’il implique obligatoirement des spectacles en phase avec le monde contemporain. Elle dépend aussi, et l’absence cette année à Pesaro de nombreux habitués en est peut-être la preuve, de sa fidélité, un capital à ménager d’autant plus précieux quand les difficultés de la conjoncture tendent à faire un luxe de l’addiction à l’opéra.</p>
<p>Ainsi rien ne s’interpose entre l’attente des hédonistes et leur satisfaction, et elle commence dès l’ouverture, dont <strong>George Petrou</strong> cisèle la moindre des facettes, d’abord en orfèvre, puis s&rsquo;élance en coureur de fond et fait décoller l&rsquo;orchestre  dans un sprint final qui emporte. Il a visiblement su conquérir les musiciens, dont les membres rivalisent de présence comme pour briller à ses yeux autant qu’à ceux du public. Les instruments chers à Rossini, cor et violon, se distinguent avec brio quand ils sont exposés. La précision rythmique et le nuancier de l’intensité sonore ont le fini impeccable d’une dentelle. Et ce bonheur sonore, quand l’orchestre se tait pour laisser place aux récitatifs secs au pianoforte, se prolonge sous les doigts de la talentueuse <strong>Hana Lee</strong>.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/SaraBlanchSBB04544-1294x600.jpg" />© Amati-Bacciardi</pre>
<p>Couleurs des costumes féminins, corporatismes des costumes masculins des Syriens, pourpres drapés, cuirasses, plis sculpturaux, répartition des masses, diversité des attitudes, gestes rythmés sur la musique, position des protagonistes dans l’espace, utilisation du proscenium, investissement du chef de chant qui par instants semble le reflet muet de Zenobia, tout vise à animer le plateau autant que possible en plein accord avec le discours musical. Le chœur du Teatro della Fortuna s’investit sans compter, sous les costumes parfois pesants qui doivent être un handicap. Dans le court rôle du berger, le baryton <strong>Elcin Adil</strong> fait valoir une voix bien timbrée et sonore. On aimerait en dire autant de la basse <strong>Alessandro Abis</strong> mais la voix semble un peu courte pour les profondeurs du rôle et la projection manquer de la force requise pour le rôle de meneur d’hommes du Grand Prêtre. L’autre basse <strong>Davide Giangregorio</strong> s’exprime en revanche avec la vigueur de l’accent et du son attendue de l’officier qui seconde l’empereur. Oraspe, général de l’armée de Zenobia, reçoit du ténor sud-africain <strong>Sunnyboy Dladla</strong> un investissement sonore et scénique qui donne du relief à ce rôle de comparse. Publia, la fille de Valérien, a le port de <strong>Marta Pluda</strong>, mezzosoprano dont le port et l’élégance vocale sont idoines pour ce rôle de princesse amoureuse qui contrôle l’expression de ses sentiments pour Arsace.</p>
<p>Ce rôle de prince plus doué pour l’amour que pour la guerre était destiné au castrat Velluti. Il est de nos jours confié à une chanteuse en travesti, et c’est à <strong>Raffaella Lupinacci</strong>, qui chantait Publia dans la production de 2014, de s’y confronter. Elle le fait avec les honneurs, son charme physique ajoutant aux plaisirs de sa voix remarquablement homogène, le contrôle et la puissance de son émission, la couleur du timbre, la détermination dans les précipités, la subtilité des mises en voix, l’agilité superlative. Au-delà de ces qualités techniques nécessaires la capacité à transmettre une émotion avec la sobriété qui préserve de tout histrionisme, que dire de plus sinon qu’elle a conquis à l’évidence l’auditoire, qui le lui a fait bruyamment savoir ? La princesse qu’il adore et qui le lui rend bien au point que vivre l’un sans l’autre est inenvisageable a le charme et l’impétuosité de <strong>Sara Blanch</strong>. Sous l’œil qu’on suppose ému de Jochen Schönleber, qui la fit débuter à Bad Wildbad, elle impose sa présence scénique dont la séduction s’accompagne de l’autorité de la souveraine. Son ébouriffante virtuosité vocale fait de son air du premier acte, comme le sera celui d’ Arsace au second, un de ces moments où le plaisir nous comble et nous donne l’illusion que le temps s’est suspendu. La fusion enchanteresse des deux timbres, associée à la musicalité des deux interprètes, portera l’enthousiasme à un tapage prolongé.</p>
<p>On aurait aimé associer <strong>Alexey Tatarintsev</strong> à ce niveau de louanges ; ce ténor est-il affecté par le trac ? L’émission au début manque d’éclat, et quand elle l’acquiert, les sauts vers l’aigu n’ont pas l’aisance, la facilité apparente que réclame le chant rossinien, et les premiers ne font qu’effleurer la cible. On pense à un début prématuré mais la lecture de son cv lui accorde une carrière de près de quinze ans. S’il eût été à la hauteur de ses partenaires, nous serions probablement encore en train de planer !</p>
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