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	<title>Elisabeth BOUDREAULT - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Tue, 25 Mar 2025 17:30:20 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Elisabeth BOUDREAULT - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BATTISTELLI, 7 minutes &#8211; Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/battistelli-7-minutes-lyon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 Mar 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’opéra de Lyon et celui de Nancy entretiennent des liens étroits et s’échangent des politesses : le premier a créé L’avenir nous le dira de Dina Soh à l’occasion de son festival annuel printanier juste avant le second, qui, lui, exporte 7 minutes de Giorgio Battistelli créé sur les bords de la Meurthe en 2019. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’opéra de Lyon et celui de Nancy entretiennent des liens étroits et s’échangent des politesses : le premier a créé <em>L’avenir nous le dira</em> de Dina Soh à l’occasion de son festival annuel printanier juste avant le second, qui, lui, exporte <em>7 minutes</em> de <strong>Giorgio Battistelli</strong> créé sur les bords de la Meurthe en 2019.</p>
<p>Six années plus tard, l’œuvre assez classique pour la musique contemporaine de Battistelli, jouit d’une nouvelle production, cette fois-ci sous le regard féminin de <strong>Pauline Bayle</strong>. L’histoire est un précipité de débats syndicaux entre onze représentantes du personnel dans une usine de textile dans les années 90. La direction propose de réduire la pause journalière de 7 minutes pour maintenir les emplois et les salaires. Les représentantes n’ont qu’une heure pour débattre et voter avant de donner leur réponse. Le deal, simple en apparence, va mettre à jour des lignes de fractures au sein de ce groupe de femmes : antagonisme de génération, racisme sous-jacent entre elles, individualisme contre sens du collectif etc. Pour classique qu’elle soit, la composition de Battistelli réussit le tour de force de nous intéresser à ces débats, parfois rébarbatifs, et construire une tension qui va crescendo jusqu’au final, qui laisse le spectateur sur une fin totalement suspendue. La partition est plus contrastée qu’il n’y parait et ménage des ambiances et des rythmes qui viennent souligner les atmosphères plus au moins amicales entre les protagonistes. L’écriture vocale enfin, confère à chacune des travailleuses une identité propre – ou collective selon les scènes et les partisanes du pour et du contre – qui facilite grandement l’intelligibilité de la pièce. Dommage toutefois que le texte de la pièce de Stefano Massini (1993) n’ait pas été expurgé de certaines répétitions qui trouvent certainement tout leur sens dans le réalisme d’une représentation théâtrale, mais viennent ici alourdir et la musique et la narration.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/7min_web5.jpg-1024x683.webp" alt="" class="wp-image-185797"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>©&nbsp;Opéra de Lyon</sup></figcaption></figure>


<p>Pauline Bayle et son équipe technique se saisissent avec un vrai savoir-faire des éléments dramatiques et de ceux plus immatériels encore de la musique de Battistelli. Le choix de chorégraphier certaines transitions musicales et de donner la même gestuelle à certaines de ces femmes vient renforcer la valeur opératique de l’œuvre et participe de la compréhension générale de l’intrigue syndicale. Les onze interprètes sont en scène pendant les deux heures que dure l’œuvre et la direction scénique s’avère un modèle de précision et de justesse. Ces qualificatifs s’appliquent aussi à la fosse et aux chœurs dirigés par <strong>Miguel Pérez Iñesta</strong>.</p>
<p>Giorgio Battistelli s’appuie sur l’éventail des emplois de sopranos pour donner un trait de caractère global à son personnage (ce que la metteure en scène redoublera d’une devise pour chacune d’elle). Zoélie, « soprano lyrique », interprétée par <strong>Eva Langeland Gjerde</strong> passe pour la discrète du groupe, celle qui s’excuse presque de prendre la parole et de faire valoir son avis. La soliste du Lyon Opéra Studio y parvient à merveille, assise sur une voix légère et colorée qui détonne dans ce concert de baronnes. <strong>Anne Marie Stanley</strong> (Mahtab), puise dans les couleurs fauves de son mezzo-soprano pour faire entendre une ouvrière à part, tant du fait de sa nationalité d’origine (elle est iranienne) que de par ses vues (c’est elle qui remet en cause l’intégrité morale de la porte-parole du groupe). A l’inverse, <strong>Giulia Scopelliti</strong> (Agniezka) entre bille en tête dans le texte et la ligne de chant : sa syndicaliste est une bagarreuse qui  se laisserait essentialiser en ouvrière émigrée. Il en va de même pour <strong>Jenny Anne Flory </strong>(Arielle), pendant mezzo-soprano de ces rôles vindicatifs. Avec <strong>Elisabeth Boudreault</strong> (Sophie) qui complète ce trio de fortes têtes, elles réussissent à défendre avec justesse ce parti de l’acceptation du deal. <strong>Lara Lagni</strong> (Lorraine), <strong>Jenny Daviet</strong> (Mireille) et <strong>Shakèd Bar</strong> (Rachel) forment un autre gang au sein du comité. D’abord virulentes – Jenny Daviet incarne une véritable peste antipathique – elles prêtent l’oreille aux débats et finissent par adopter une posture plus empathique. Shakèd Bar se sort très élégamment de son intervention qui fait basculer un vote favorable évident vers une question philosophique plus complexe. <strong>Sophia Burgos</strong> (Sabine) et <strong>Nicola Beller Carbone</strong> (Odette) forment elles un duo mère-fille dans des emplois de soprano dramatique, astuce habile pour établir la parenté. Toutefois, le rôle d’Odette, presque doyenne du comité, capte bien davantage la lumière en arbitre des élégances griffues entre ces dames. Toutes s’emparent des traits saillants à leur disposition pour briller. Un grand rôle se détache cependant, dévolu à un emploi de contralto, Blanche, la doyenne et porte-parole. Celle que l’on attend un tableau durant, qui vitupère et tance, se trouve profondément meurtrie des allégations de ses camarades et finit par se mettre en retrait par empathie et par respect. <strong>Natascha Petrinsky</strong> magnétise le plateau tant par la présence que la voix et finit de dresser ces <em>7 minutes</em> au rang de vrai succès opératique.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/battistelli-7-minutes-lyon/">BATTISTELLI, 7 minutes &#8211; Lyon</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>ROSSINI, Guillaume Tell &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-guillaume-tell-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le programme de salle de ce Guillaume Tell, quatre pages sont consacrées à deux peintres suisses, Ernest Biéler (1863-1948) et Ferdinand Hodler (1853-1918). De ce dernier sont reproduites trois toiles ; l’une, intitulée Regard dans l’infini, représente une suite de femmes sculpturales moulées dans d’identiques tuniques bleues, en regard de laquelle est accolée une maquette &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le programme de salle de ce <em>Guillaume Tell</em>, quatre pages sont consacrées à deux peintres suisses, Ernest Biéler (1863-1948) et Ferdinand Hodler (1853-1918). De ce dernier sont reproduites trois toiles ; l’une, intitulée <em>Regard dans l’infini</em>, représente une suite de femmes sculpturales moulées dans d’identiques tuniques bleues, en regard de laquelle est accolée une maquette des costumes directement inspirés par le tableau. <strong>Bruno Ravella</strong>, le metteur en scène du spectacle, le déclare d’ailleurs : il a voulu, avec ses collaborateurs, « recréer l’atmosphère des peintures de Hodler…comme si les personnages sortaient d’un livre d’images ». Pourquoi pas, et la dernière scène avant le rideau final montre Tell juché sur un rocher qui s’élève, tel le socle d’une statue, dans l’attitude du tableau de Hodler visible au musée de Solothurn.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" title="hodler-regard-infini" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/hodler-regard-infini.jpg" alt="" />Ferdinand Hodler - Regard dans l'infini © DR</pre>
<p>Le problème, pour nous, c’est que Bruno Ravella s’est trompé de peintre : la tenue uniforme des femmes peintes ne peut pas convenir un instant, car elle est contraire à l’esprit de l’œuvre ! Pourquoi Guillaume Tell est-il devenu légendaire ? Parce que ce personnage, en réussissant à unir des gens différents, à transformé l’histoire. L’uniformité des costumes des Suisses, tant masculins que féminins, donne l’ impression que l’unité existe alors que le drame va montrer sa réalisation. Mais cette impression découle d’une confusion entre unité et uniformité. La réussite de Tell, c’est la fédération des différences, car c’est elle qui a permis la révolution<em>. </em>Ernest Biéler,* dans <em>Le triomphe de Tell</em>, tableau présent dans le programme, le montre à l’évidence : on peut y voir, côte à côte, un fromager, un bûcheron, un pâtre, – qui symbolisent les trois cantons – des êtres distincts dont la volonté et la ténacité de Tell ont obtenu qu’ils se fédèrent. N’est-ce pas l’essentiel de ce que l’œuvre nous dit aujourd’hui, associer nos diversités pour mieux vivre ensemble et résister aux forces de division ?</p>
<p>Dès lors, si l’on n’est pas familier de l’œuvre de Ferdinand Hodler, comme c’est notre cas, on va sûrement passer à côté d’intentions et du même coup ne pas appréhender la réussite artistique de la réalisation. Bornons-nous à dire que souvent nous avons éprouvé une impression de fadeur visuelle qui contrastait avec l’ardeur musicale et vocale, impression que ne corrigeaient pas toujours les lumières de Christopher Ash, pourtant plutôt soignées, et aussi spectaculaires que souhaitable pour la tempête sur le lac. Les décors participaient-ils de cet hommage à Ferdinand Hodler ? Très probablement, du lac entouré de montagnes au lever de rideau, à la forêt étrange où tous les arbres semblent morts et dont une partie est masquée par  un rideau de feuillage présent à l&rsquo;avant-scène côté cour cour dont le rôle dramatique nous a échappé. L’avancée des hommes portant les bancs de bois, l’attitude des femmes pendant la tempête, les évolutions d’une chorégraphie laborieuse, autant d’images esthétiques mais d’un faible impact dramatique, sont cependant rachetées par le traitement de certaines scènes, dont celle de la pomme, émouvante comme on l’attend, ou celle de l&rsquo;attente d&rsquo;Hedwige au dernier acte.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Guillaume-Tell_Pregenerale-@Carole-Parodi_Opera-de-Lausanne-16-1000x600.jpg" alt="" />© Carole Parodi</pre>
<p>L’émotion, c’est la réponse du spectateur à ce qu’il voit et à ce qu’il entend. Il aurait mieux valu commencer par « entend », car l’ouverture est jouée à rideau fermé, Dieu merci. Au plaisir de réentendre une musique aimée, s’ajoute celui d’une exécution ciselée qui en expose la beauté et la renouvelle, les accents beethovéniens, l’usage du leitmotiv, le pépiement de la flûte duquel va sourdre le ranz des vaches, l’expansion mélodique et sonore qui fait planer, majestueuse et déliée, le déchaînement des trompettes qui renvoie dans les cordes le déchaînement du <em>Freischütz</em>, c’est un monde que Rossini nous offrait et que les musiciens de l’Orchestre de chambre de Lausanne nous offrent à nouveau superbement. La direction de <strong>Francesco Lanzillotta</strong>, très précise, aurait dû par instants tenir davantage compte des chanteurs, légèrement couverts, mais il s’agit d’un équilibre de funambule entre l’écriture prévue pour un effectif plus important – mais pour des instruments souvent moins puissants- et l’acoustique impitoyable de l’Opéra. La version proposée n’est pas intégrale, mais si l’on entend par là toute la musique écrite par Rossini, il suffira de dire que lui-même en avait retranché au lendemain de la première.</p>
<p>Ces plaisirs renouvelés s’accompagnent dans cette exploration d’orfèvre de découvertes, comme les échos d’une mélodie de <em>La donna del lago </em>dans le premier tableau, ou ceux de l’orage du <em>Barbiere</em> dans la tempête, ou le soupçon que Delibes s’est souvenu dans <em>Lakmé </em>de l’air de Mathilde « Pour notre amour plus d’espérance ». Plaisir aussi que cette impression d’aventure que donne le toupet de Claude Cortese, le nouveau maître de maison, en alignant huit prises de rôle, probablement un record ! Et plaisir final de se dire que tous comptes faits, le pari est gagné !</p>
<p>Il y a d’abord, dans l’ordre de l’ apparition vocale des solistes, Ruodi le pêcheur. <strong>Sahy Ratia </strong>atteint les notes les plus élevées mais ne semble pas les émettre facilement, probablement la fatigue d&rsquo;un soir. En revanche le Guillaume Tell de <strong>Jean-Sébastien Bou </strong>est manifestement en forme, et s’il semble parfois forcer c’est pour passer l’orchestre ; la voix est pleine, ferme, étendue, et le personnage complètement incarné, de l’insatisfaction de devoir subir l’oppression, l’inquiétude des défections, la défiance envers les tièdes, la volonté obstinée, la tendresse du père et de l’époux, à la foi profonde, inaltérable. Le chanteur se double d’un comédien convaincant et ce coup d’essai est un coup de maître. <strong>Géraldine Chauvet </strong>a déjà chanté Hedwige et, aussi maternelle et digne qu’il convient, elle assure ce soir avec maîtrise ce rôle ingrat. La surprise vient de l’interprète de Jemmy, <strong>Elisabeth Boudreault</strong>, une Canadienne menue qui se coule dans la peau du garçonnet mais dont la voix n’a rien de débile, bien au contraire, les aigus sont faciles et lancés avec vigueur et l’engagement scénique ne laisse rien à désirer, passant du primesautier au grave, confirmant ses récents succès dans l’hexagone.</p>
<p>Pour Arnold, <strong>Julien Dran </strong>relève le gant avec panache ; il exprime avec la minutie qu’on lui connaît toutes les nuances des sentiments du personnage, le doute, l’espoir, la douleur, avec une ardeur vocale généreuse, et cette diction si soignée qu’elle rend inutile le surtitrage. La voix est étendue et la tessiture du rôle ne lui pose pas de problème notable. Dramatiquement il ne semble pas toujours très à son aise, mais cela n’a rien de rédhibitoire. En revanche il devrait  être attentif à une tendance prononcée de surarticuler certaines lettres, ce qui le conduit par exemple à quadrupler les « r » roulés quand deux suffiraient, et quand cela se répète cela finit par empeser le port de voix. Son père, le vieux Melcthal, arbore un complet de notable campagnard assez ambigu car ce costume blanc peut tout aussi bien représenter « la probité candide » que l’uniforme d’un vieux beau. Le personnage est tué à la fin du premier acte, ce qui permet à son interprète de se glisser dans la peau du conjuré Walter Furst au second, <strong>Frédéric Caton </strong>offrant au vieillard une élégance inattendue et au deuxième une hargne en situation.</p>
<p>On retrouve avec plaisir <strong>Marc Scoffoni</strong>, pour son premier Leuthold, personnage dramatique dont il exprime la révolte et la douleur avec l’intensité contrôlée qui convenait à la scène de la création et qui reste de mise aujourd’hui. Le Rodolphe de <strong>Jean Miannay</strong>, autre prise de rôle, manque un peu d’intensité pour révéler toute la veulerie du personnage, dont le sadisme s’abrite du paravent de l’autorité qu’il représente.</p>
<p>Quand apparaît Mathilde, son apparence ne révèle guère son statut princier. Non qu’on prétende qu’elle apparaisse avec un diadème, mais sa tenue paraît bien sobre. Est-ce un préavis de son dédain des interdits de sa caste, qui ira jusqu’à épouser la cause de Guillaume Tell ? Quoi qu’il en soit, elle apparaît bien comme une femme amoureuse à l’instar de celles de Corneille, de celles qui préfèrent la vertu à tout autre tentation. Cette noblesse d’âme, alliée en elle à la noblesse de la lignée, <strong>Olga Kulchynska </strong>s’efforce de l’exprimer ; mais sa voix, riche et généreuse, ne parvient pas toujours à s’alléger suffisamment et les aigus quand ils sont donnés en force ne sont pas très agréables. Car quoi qu’on en dise, si Rossini écrit pour l’Opéra de Paris, il n’a pas renoncé à écrire pour des chanteurs qui modèlent leur émission d’après son enseignement, à commencer par la créatrice du rôle, Laura Cinti-Damoreau. Le potentiel vocal est indéniable, il gagnerait à se plier plus encore aux subtilités rossiniennes. Cela dit, la prestation est somme toute très satisfaisante, et la tenue en scène d’une sobriété de bon aloi.</p>
<p>Le dernier soliste à venir sur le plateau est le gouverneur sanguinaire contre qui la princesse Habsbourg s’élèvera. <strong>Luigi De Donato </strong>est-il encore prudent ? Il ne nous aurait pas déplu de le trouver encore plus sardonique, mais tel qu’il est, le personnage est déplaisant en restant dans les marges de la bienséance, on sait gré à Bruno Ravella de nous avoir épargné les scènes de viol trop souvent d’obligation. La voix est ferme, bien conduite, c’est du beau chant, à notre goût un rien trop peu mordant. Mais c’était une prise de rôle !</p>
<p>Prise de rôle collective pour les chœurs, qui sont les premiers et les derniers à intervenir. On aurait aimé parfois entendre de plus nettes différences entre les chœurs des soldats, des chasseurs, des Suisses, mais outre le soin apporté à réaliser les effets de lointain ou la spatialisation par l’utilisation des loges d’avant-scène, on ne peut que se joindre aux longs applaudissements qui ont salué ses membres et son chef, Alessandro Zuppardo.</p>
<p>Des places étaient restées vides, d’autres se sont vidées à l’entracte, sans que l’on ait compris pourquoi. Le spectacle sera filmé les 11 et 13 pour une diffusion ultérieure sur RTS1, Arte, TV5 et RTS Espace 2.<br />
Même si le parti pris esthétique du metteur en scène, qui a conditionné costumes, décors et éclairages, peut être contesté, il est porté au bout avec constance et ne nuit pas à la réception musicale et vocale. Aussi votons-nous une prime à l’audace de tous ces débuts !</p>
<pre>* On apprend dans le livret de salle, sous la plume de Madame Natacha Isoz,  qu’un mécène français, pour remercier Lausanne d’avoir accueilli des soldats français lors de la guerre de 1870, légua à la Ville 50000 francs en 1906. Une partie de cet argent fut dévolue à la construction d’une chapelle dédiée à Guillaume Tell qui serait ornée de fresques célébrant le héros. La chapelle existe toujours mais les fresques, menacées par le temps, ont été mises à l’abri au Palais de Justice. Leur auteur ? Le peintre Ernest Bieler, dont nous parlons ci-dessus, et <em>Le triomphe de Tell </em>est l’une d’elles.</pre>
<p>.</p>
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		<title>MOZART, Die Zauberflöte — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-flute-enchantee-strasbourg-des-ficelles-merveilleusement-bien-tirees/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Dec 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après dix ans d&rsquo;absence, <em>La Flûte enchantée</em> revient à l&rsquo;Opéra national du Rhin dans une nouvelle production sous la férule de <strong>Johanny Bert</strong>, dont c’est la première mise en scène lyrique. Ce plasticien et comédien se passionne également pour l’art de la marionnette, ce qui est tangible dans le spectacle et procure un enchantement de nature à séduire tous les publics. D’ailleurs, lors de la première dans un théâtre archi-comble, de nombreux rires d’enfants se sont fait entendre, en contrepoint et léger décalage par rapport aux réactions hilares des adultes. « Wolfie » aurait été content de cette réussite à caractère universel, intemporel et faussement naïf, s’il avait pu être dans la salle ce soir. Car, malgré des apparences un peu mornes, à savoir des décors ternes et minimalistes, la poésie, la magie et le merveilleux se sont imposés dès les premières minutes, lorsque l’armure de notre apprenti héros se disloque avant de crouler au sol et que Tamino affronte le serpent, simple ruban agité par les trois marionnettistes <strong><a href="https://www.operanationaldurhin.eu/fr/les-artistes/details/valentin-arnoux" rel="nofollow">Valentin Arnoux</a></strong>,<strong> Chine Curchod </strong>et <strong><a href="https://www.operanationaldurhin.eu/fr/les-artistes/details/faustine-lancel" rel="nofollow">Faustine Lancel</a></strong>, dont il faut saluer le travail remarquable. Tout cela est simple comme du Mozart, simple en apparence seulement, évidemment… Parmi les effets les plus féeriques du spectacle, signalons, par exemple, la beauté des marionnettes à fils de Pamino et Tamina semblant nager dans une onde incertaine, actionnées par deux funambules eux-mêmes suspendus dans les airs, en une très belle mise en abyme…</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/generale.lafluteenchantee6854hdweb.jpg?itok=_u4st_dp" title="© Klara Beck" width="312" /><br />
	© Klara Beck</p>
<p>Afin d’être en mesure d’assurer onze représentations entre Strasbourg et Mulhouse, d’ici début janvier, l’Opéra national du Rhin a prévu une double distribution pour les rôles principaux. La <em>Flûte</em>, c’est avant tout la Reine de la nuit. Cette dernière n’a qu’un air par acte pour s’affirmer, qui plus est, dans cette production, sans le décorum ou les accessoires pour la soutenir. En effet, notre Reine, sur le retour depuis qu’elle est séparée de Sarastro, vit dans un appartement bas de plafond, étriqué et insalubre, affublée d’un training, d’une fausse fourrure et sans couronne. La soprano pétersbourgeoise <strong>Svetlana Moskalenko</strong> a donc fort à faire pour éblouir le public, d’autant que sa prononciation est loin d’être parfaite. Si sa prestation est honorable, les aigus maîtrisés avec aisance, l’impression reste celle d’une colère presque ordinaire, d’où la haute voltige est, au moins visuellement, absente. Son pendant masculin, Sarastro, qui évoque également l’indigence et la fin de règne par son aspect cacochyme, soutenu qu’il doit être dans ses moindres mouvements en permanence, se révèle cependant particulièrement touchant. La figure autoritaire est incarnée par une immense marionnette à la tête surdimensionnée ; elle est manipulée par de discrets manutentionnaires aux longues vestes noires en simili cuir que n’auraient pas reniées les policiers de l’ex-RDA. Spectacle fascinant que ce jeu de marionnettes aux influences multiples, des pupi siciliennes au bunraku japonais. Mais comment détacher son regard de l’immense basse danoise <strong>Nicolai Elsberg</strong> qui double Sarastro, dépassant d&rsquo;une bonne tête tous les autres protagonistes et chantant à chaque fois que l’énorme tête ouvre la bouche, en merveilleux ventriloque ? Son costume un peu élimé mais d’une élégance folle lui confère encore davantage de prestance. Détachant chaque syllabe dans un rythme savamment saccadé qui sublime la noblesse fatiguée du personnage, dotés d’une délicatesse rare, ses graves caverneux touchent le cœur et ravissent l’oreille grâce à un timbre sombre et une voix puissante au potentiel immense. S’ils tirent parfaitement leur épingle du jeu, le jeune couple d’initiés reste néanmoins un tout petit peu en retrait dans la distribution. Le ténor américain <strong>Eric Ferring</strong> campe un Tamino vaillant et courageux, mais dont la voix manque d’un soupçon de brillance pour éblouir totalement. Soyons patients… La soprano hollandaise <strong>Lenneke Ruiten</strong> s’impose en Pamina déterminée et volontaire, dont le cœur pur et le courage se distillent dans un chant tout en plénitude et maîtrise, mais un rien acidulé. Ancienne Jeunes Voix du Rhin, le ténor <strong>Peter Kirk</strong> fait admirablement l’affaire en Monostatos dont il amplifie avec brio les penchants sexuels. Les Trois dames forment un ensemble très réussi et cohérent.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="308" src="/sites/default/files/styles/large/public/lafluteenchanteegp-2799livrethdweb.jpg?itok=Ar6EDmei" title="© Klara Beck" width="468" /><br />
	© Klara Beck</p>
<p>Venons-en à un autre personnage prépondérant, dont dépend bien souvent le succès de l’opéra, celui de Papageno, qui est ici central. Nous sommes ici particulièrement gâtés par le baryton britannique <strong>Huw Montague Rendall</strong>. Ce merveilleux comédien est fait pour le rôle qu’il habite avec bonheur et appétit. Le timbre est aussi séduisant que chaleureux. Ici encore, le costume et la mise en scène contribuent à magnifier sa prestation. Ce Papageno-là est destiné à entrer dans le panthéon des oiseleurs mozartiens les plus marquants. L&rsquo;une des très belles surprises du spectacle est la sémillante interprète de Papagena. Cette petite chose aux faux airs de Maria de Medeiros croisée avec Eva Ionesco se révèle, en plus d’avoir un charme indéniable, être une véritable tornade, dont la souplesse, dans tous les sens du terme (grand écart compris, on se frotte les yeux pour y croire), est l’un des clous du spectacle. La délicieuse soprano canadienne <strong>Elisabeth Boudreault</strong> est une révélation au timbre frais et fruité à suivre.</p>
<p>Les Chœurs de l’Opéra national du Rhin sont remarquables, selon leur habitude, et semblent très à l’aise avec leur nouveau chef de chœur, l’Allemand <strong>Hendrik Haas</strong>, nommé il y a peine un mois. Son compatriote le chef d’orchestre <strong><a href="https://www.operanationaldurhin.eu/fr/les-artistes/details/giuliano-carella" rel="nofollow">Andreas</a></strong><strong> Spering</strong>, grand spécialiste de l’interprétation sur instruments d’époque, réussit à tirer le meilleur de l’Orchestre symphonique de Mulhouse tout en assumant des tempis rapides, ce qui dynamise heureusement les airs. Il s’agit du troisième opéra de Mozart qu’il dirige à Strasbourg, après la <em><a href="https://www.forumopera.com/la-clemenza-di-tito-strasbourg-le-roi-se-meurt">Clémence de Titus</a> </em>en 2015 et <em><a href="https://www.forumopera.com/breve/don-giovanni-provoque-le-depart-de-son-chef-a-strasbourg">Don Giovanni</a></em> en 2019.</p>
<p>Un bien beau spectacle, au final, idéal pour les fêtes de fin d’année et pour une toute première fois à l’opéra pour tout un chacun, qu’il soit bambin ou déjà ancien…</p>
<p> </p></p>
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		<title>DELIBES, Lakmé — Paris (Opéra Comique)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lakme-paris-opera-comique-tout-en-sobriete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Sep 2022 03:27:20 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est devant une salle comble que Lakmé a effectué son retour après huit ans d’absence dans le théâtre qui l’a vue naître, avec une nouvelle production signée Laurent Pelly et, pour incarner le couple d’amoureux, les mêmes interprètes qu&#8217;en 2014. Pour l’occasion, le metteur en scène français a opté pour la sobriété, en éliminant de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est devant une salle comble que <em>Lakmé</em> a effectué son retour après huit ans d’absence dans le théâtre qui l’a vue naître, avec une nouvelle production signée <strong>Laurent Pelly</strong> et, pour incarner le couple d’amoureux, les mêmes interprètes qu&rsquo;en 2014. Pour l’occasion, le metteur en scène français a opté pour la sobriété, en éliminant de sa scénographie toute allusion à une Inde de pacotille qui ne fait plus rêver personne. Point de décors exotiques ni de costumes aux teintes chatoyantes. Pelly pousse l’épure jusqu’à réduire les décors à une succession de rideaux en tissu écru translucide. De plus, il habille les autochtones en tuniques oscillant entre le blanc cassé et le beige et les anglais dans différents tons de gris, bannissant de ce spectacle la moindre couleur hormis celles créés par les éclairages. Cette option a au moins le mérite de fixer l’attention du spectateur sur les protagonistes, leurs jeux de scène remarquablement réglés et les expressions de leurs visages car tous se révèlent d’excellents acteurs. Les accessoires aussi sont également réduits au minimum. Une cage en bambou dans laquelle apparaît Lakmé au premier acte, des lanternes en tissus qui illuminent la scène de leur lumière jaune au deux, une charrette rudimentaire en bambou et en bois dans laquelle Nilakantha promène Lakmé parmi la foule. Pour chanter l’air des clochettes, la jeune fille se dresse devant un écran de tissu sur lequel sont représentées en ombres chinoises les différentes péripéties qu’elle évoque, ce passage constitue l’une des deux images les plus poétiques de cette production. L’autre étant le tapis de fleurs blanches nimbé de lumière bleue sur lequel est étendu Gérald au dernier acte.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/1_lakme_dr_s._brion.png?itok=8zF-RVOC" width="468" /><br />
	© S. Brion</p>
<p>La distribution réunit une équipe solide de chanteurs qui possèdent tous le physique de leurs personnages et défendent avec conviction cette partition. <strong>François Rougier</strong> campe un Hadji au timbre clair, empli de bienveillance, <strong>Mireille Delunsch</strong> est une Mistress Bentson de luxe, <strong>Marielou Jacquard</strong> et <strong>Elisabeth Boudreault</strong> ont en commun des voix juvéniles tout à fait idoines. La seconde, dotée d’une belle projection, capte l’attention durant le quintette du premier acte. En Malika, <strong>Ambroisine Bré,</strong> superbe scéniquement, possède un timbre fruité qui se marie idéalement avec celui de sa partenaire dans le célèbre duo « Sous le dôme épais » dont elles livrent une interprétation de haut vol. <strong>Philippe Estèphe</strong>, impeccable en ami attentionné et prévenant, dispose d’un timbre qui ne manque pas de séduction. <strong>Sabine Devieilhe</strong> est l’une des grandes triomphatrices de la soirée. En huit ans la cantatrice a gagné en assurance et sa voix en épaisseur, le médium est solide et l’aigu, dépourvu de toute stridence, est désormais rond et lumineux jusqu’au contre-mi, comme en témoigne son superbe air des clochettes dont les vocalises, les notes piquées et les trilles sont exécutés avec une aisance irréprochable. Elle campe un personnage à la fois fragile et déterminé tout à fait convaincant. Son partenaire, en revanche, ne s’élève pas sur les mêmes sommets. Si <strong>Frédéric Antoun</strong> possède un timbre agréable à l’oreille, une ligne de chant élégante et un style adéquat dans son air « Fantaisie aux divins mensonges », force est de constater que la projection n’est pas toujours suffisante, surtout lors du duo du premier acte, et que le ténor se trouve par moment à court d’aigu, notamment dans la scène finale. Son Gérald n’en demeure pas moins touchant. L’autre grand triomphateur de la soirée est <strong>Stéphane Degout</strong> qui campe un Nilakantha impressionnant d’autorité avec une voix large et puissante. Il fait de son personnage un véritable fou de Dieu assoiffé de vengeance dont les éclats de voix inspirent la crainte mais qui est capable également de la plus grande tendresse envers sa fille dans l’air « Lakmé ton doux regard se voile », chanté avec une voix suave et nuancée. Du grand art.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/13_lakme_dr_s._brion.png?itok=nRHQxbyu" width="468" /><br />
	© S. Brion</p>
<p>A la tête de son ensemble Pygmalion aux sonorités fruitées, <strong>Raphaël Pichon</strong> propose une direction élégante et subtile de cette musique si éloignée de son répertoire habituel. Les tempos sont généralement alertes, les passages dramatiques sont soulignés sans excès tout comme la sensualité qui se dégage de certaines pages (« Sous le dôme épais »). Les chœurs sont impeccables.</p>
<p>Que ceux qui n&rsquo;auront pas la possibilté d&rsquo;assister à ce spectacle se rassurent, il sera diffusé en direct sur Arte Concert le 6 octobre à 20h et sur France Musique le 22 octobre également à 20h.</p>
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		<title>MOZART, Die Zauberflöte — Rouen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-flute-enchantee-rouen-vos-enfants-seront-enchantes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Jun 2022 08:10:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On a tôt fait de voir dans La Flûte Enchantée un simple conte musical, à la structure et aux développements si prévisibles qu’il serait tout indiqué pour initier les enfants à l’opéra. Peu de pièces, pourtant, présentent une intrigue si touffue, pleine d’allers-retours et de tâtonnements, loin de la construction dramatique fluide et de la &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On a tôt fait de voir dans <em>La Flûte Enchantée </em>un simple conte musical, à la structure et aux développements si prévisibles qu’il serait tout indiqué pour initier les enfants à l’opéra. Peu de pièces, pourtant, présentent une intrigue si touffue, pleine d’allers-retours et de tâtonnements, loin de la construction dramatique fluide et de la virtuosité des enchaînements qui éclairent d’autres chefs-d’œuvre de Mozart. Ici, le spectateur change de point de vue sur un personnage sans trop comprendre quand et pourquoi l’éclairage sur celui-ci s’est modifié ; là, l’humanisme du propos le touche, avant qu’une saillie misogyne le déconcerte. Tant de contre-pieds et de revirements achèvent de faire ressembler <em>la Flûte Enchantée</em> à un vaste puzzle dont les pièces ne s’imbriqueraient pas naturellement, si la musique égale dans sa splendeur vif-argent, n’y mettait pas un peu du sien. D’immenses metteurs en scène s’y sont fourvoyés, quand d’autres, à l’instar de Patrice Chéreau, ont considéré que la tâche était impossible.</p>
<p>Que le chorégraphe <strong>Pierre Rigal </strong>ait relevé le gant en voulant, justement, privilégier une approche lisible était courageux ; qu’il y parvienne avec un certain succès s’avère admirable. <a href="https://www.forumopera.com/die-zauberflote-toulouse-un-conte-de-fees-du-xxie-siecle">Déjà donné à Toulouse en décembre dernier</a>, son spectacle présente l’astuce de laisser le public sur sa première impression : ravisseur de Pamina, gourou irascible d’une confrérie dont les prêtres semblent rescapés de la secte de l’ordre du temple solaire, Sarastro reste le démon décrit au début du premier acte, quand la Reine de la Nuit ressemble moins à une harpie malfaisante qu’à une femme bafouée. Ce paysage posé, la fable se déroule sans temps mort, soutenue par une direction d’acteurs enlevée, pas mal d&rsquo;humour et des décors qui, s’ils cèdent parfois à l’influence du Regietheater (l’entrée du temple prend la forme d’une station-service), n’oublient pas d’apporter à la soirée une dose de féérie qui culmine dans les épreuves du feu et de l’eau ou lors de l’apparition de la Reine de Nuit sur un fond de scène évoquant les légendaires illustrations de Schinkel. Certes, le tableau contient quelques scories : les dialogues parlés, lus en français par des comédiens figurant Mozart et Schikaneder, n’évitent pas certaines longueurs, et les commentaires de texte qui défilent sur des écrans trahissent certaines facilités. Mais enfin, voilà une production cohérente dans son propos et aboutie dans sa réalisation, ne gâchons pas notre plaisir !</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="276" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_flute_enchantee-rouen4.jpg?itok=G7zQ_5Nz" title="  © Opéra de Rouen" width="468" /><br />
	  © Opéra de Rouen</p>
<p>D’autant que la distribution a tout pour enthousiasmer. Sous la direction équilibrée et dynamique de <strong>Ben Glassberg</strong>, les chanteurs donnent le meilleur d’eux-mêmes. Les choristes d’<strong>Accentus</strong>, fidèles à leur réputation, impressionnent à chacune de leurs nombreuses interventions. Les solistes sont à l’avenant : à peine trentenaire, <strong>Krzysztof Baczyk</strong> a non seulement tous les graves, mais aussi l’aplomb d’un beau Sarastro tandis que la puissante <strong>Galina Benevich</strong> a le grand mérite de ne pas réduire la Reine de la Nuit à la justesse du contre-fa, au demeurant inattaquable. Habitué aux emplois rossiniens, <strong>Juan Francisco Gatell</strong>, guère aidé par un costume tiré d’une planche de Tintin, apporte à son Tamino un soupçon de latinité qui pourra rappeler Francisco Araiza. Dans cette équipe sans faiblesse majeure, d’où émergent également un beau trio de dames et l’Orateur au timbre de bronze de <strong>Simon Shibambu</strong>, c’est la Pamina puissante, énergique et ductile d’<strong>Elisabeth Boudreault</strong> que l’on remarquera le plus, avec le Papageno de <strong>Benjamin Appl</strong>, superbe voix de Liedersänger et abattage incomparable, plus insolent et moins pataud que ce que l’on trouve généralement dans ce rôle. Aux saluts, c’est d’ailleurs lui qui reçoit, avec les musiciens de l’<strong>Orchestre de l’Opéra de Rouen-Normandie</strong> menacés d’une fusion par le Conseil régional, les plus grandes ovations d’un public au sein duquel avaient pris place beaucoup de jeunes et de très jeunes ; amener des enfants voir <em>La Flûte Enchantée</em>, dans des conditions pareilles, c’est finalement une très belle idée !</p>
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