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	<title>Jacqueline BRUMAIRE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Jacqueline BRUMAIRE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Le Roi David</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/le-roi-david-du-travail-pour-castellucci/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Feb 2017 06:48:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Romeo Castelluci vient de signer à l’Opéra de Lyon une production de Jeanne au bûcher qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Peut-être serait-il opportun qu’il se penche sur Le Roi David du même Honegger, pour redonner à cette œuvre une actualité qu’elle semble avoir perdue ces dernières décennies. La musique en est belle, tout &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Romeo Castelluci vient de signer à l’Opéra de Lyon une production de <em>Jeanne au bûcher</em> qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. Peut-être serait-il opportun qu’il se penche sur <em>Le Roi David</em> du même Honegger, pour redonner à cette œuvre une actualité qu’elle semble avoir perdue ces dernières décennies. La musique en est belle, tout à fait représentative d’une certaine modernité des années 1920, proche de ce qu’écrivait à la même époque Darius Milhaud avec <em>L’Homme et son désir</em>, et il est dommage qu’on ne puisse l’entendre plus souvent.</p>
<p>Evidemment, par rapport à <em>Jeanne</em>, cet autre oratorio signé par l’Helvète du groupe des Six souffre de ne pas s’appuyer sur un texte signé par Claudel, mais par le nettement moins connu René Morax, et d’être l’adaptation d’une série de musiques de scène composée pour une pièce de théâtre, d’où peut-être un résultat moins cohérent que <em>Jeanne au bûcher</em>. On a vu récemment apparaître plusieurs enregistrements de la partition sous sa forme originale, pour petit ensemble instrumental, mais il s’agit ici de la version remaniée pour grand orchestre, avec récitant remplaçant les acteurs du drame dont il résume l’action, trois voix solistes et chœur. Au total, les solistes ont assez peu de choses à chanter, les chœurs étant bien plus souvent sollicités, sans oublier les différents fragments pour orchestre seul.</p>
<p>Jusqu’ici, on trouvait surtout au catalogue plusieurs disques déjà anciens : citons notamment la version de 1957 avec Andréa Guiot, Christiane Gayraud et Camille Maurane, celle de 1962, dirigée par Ernest Ansermet, avec notamment Suzanne Danco, ou celle de Charles Dutoit en 1973 (Christiane Eda-Pierre, Jeannine Collard et Eric Tappy). Malibran vient en ajouter une, qui peut se prévaloir de sérieux atouts. D’abord, la direction de <strong>Serge Baudo</strong>, auquel on doit aussi une des belles intégrales de <em>Jeanne au bûcher</em>. En 1962, le chef français venait d’être nommé à l’Opéra de Paris, qu’il dirige ici, et sa carrière commençait à peine. En 1987, il remettra d&rsquo;ailleurs l&rsquo;ouvrage sur le métier, avec Daniel Mesguich en récitant. Ensuite, la présence du <strong>Chœur Elisabeth Brasseur</strong>, une référence dans ce genre de répertoire : intelligibilité constante du texte, précision rythmique, ferveur presque naïve de l’interprétation. Le nom d’<strong>Henri Doublier </strong>(1926-2004) ne dira peut-être pas grand-chose aux plus jeunes, mais il fut en 1950 appelé par la direction de l’Opéra de Paris pour remplacer Jean Vilar comme récitant dans <em>Jeanne au bûcher</em>, et il fut sollicité par Georges Auric en 1962 pour plusieurs mises en scène Salle Favart, notamment celle du <em>Zoroastre</em> de Rameau en 1964.</p>
<p>Les solistes, enfin. Peu connu du grand public, lui aussi, le ténor <strong>Jacques Pottier</strong> assura pourtant à l’Opéra de Paris la plupart des grands rôles du répertoire dans les années 1960 (on peut notamment l’entendre en Premier Philistin dans le <em>Samson et Dalila</em> enregistré par Georges Prêtre). Sa voix bien timbrée en fait un David plus convaincant que certains titulaires trop légers pour le personnage. La grande <strong>Denise Scharley</strong> assure les quelques pages confiées à une mezzo, trop peu nombreuses, hélas, pour qu’elle puisse y déployer tout son talent. Quant à <strong>Jacqueline Brumaire</strong>, dont le legs discographique est injustement négligé aujourd’hui, ce disque vient nous rappeler quelque grande artiste elle fut, à travers les quelques interventions plus exigeantes que le compositeur requiert de la soprano.</p>
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		<title>Faust</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/faust-le-tourne-disque-explore-le-temps/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Mar 2016 07:41:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En matière d’opéra français, les années 1960 semblent bien avoir privé le mélomane de ce qui pourrait (devrait ?) être ses repères : pour une écrasante majorité des œuvres du répertoire, nous n’avons de références discographiques que gravées par des artistes maîtrisant notre langue de manière approximative, et s’exprimant dans un style sans rapport avec celui qui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En matière d’opéra français, les années 1960 semblent bien avoir privé le mélomane de ce qui pourrait (devrait ?) être ses repères : pour une écrasante majorité des œuvres du répertoire, nous n’avons de références discographiques que gravées par des artistes maîtrisant notre langue de manière approximative, et s’exprimant dans un style sans rapport avec celui qui existait jadis dans notre pays. Cette internationalisation du chant fut provoquée par les grands labels, qui imposèrent leurs stars dans la distribution des intégrales. Bercés par des accents parfois à couper au couteau, formés par l’intrusion d’écoles tout autres, nous en sommes arrivés à cette situation paradoxale : un opéra français chanté par des artistes français nous paraît incroyablement exotique.</p>
<p>C’est un peu le cas du <em>Faust</em> aujourd’hui proposé par le label Malibran. A force d’entendre les rôles français interprétés par Nicolai Gedda, par Victoria de Los Angeles, par Placido Domingo ou par Renée Fleming, le style, le timbre, la diction des chanteurs hexagonaux a quelque chose de fort dépaysant. Ecouter ce <em>Faust</em>, c’est être transporté vers un passé pas si lointain, où l’on pouvait encore confier (presque) tous les grands rôles français à des artistes francophones. Et forcément, c’est autre chose…</p>
<p>Bien sûr, il faut composer avec les éléments propres à une soirée de routine à Garnier dix ans après la Deuxième Guerre mondiale, notamment les coupures traditionnelles : pas de tableau de la chambre à l’acte IV, mais quand même, forcément, le ballet entier, et quelques mesures de la mort de Valentin qu’on n’entend pas dans toutes les versions de studio (« Oses-tu bien encore, oses-tu, misérable… »). Même pour la représentation du 1<sup>er</sup> janvier 1955, le chœur traîne, avec des conséquences assez terribles pour la kermesse du deuxième acte. On a parfois l’impression que l’orchestre doit ralentir pour éviter les décalages trop graves, alors même que <strong>Louis Fourestier</strong> communique à sa direction une belle urgence, qui fait avancer l’œuvre implacablement jusqu’à son dénouement.</p>
<p>Dans ce <em>live</em>, certains chanteurs sont moins méconnus que d’autres. <strong>Liliane Berton</strong> est le même Siebel plein de fraîcheur que dans la version Cluytens 1959 (en 1953, c’était Martha Angelici). <strong>Robert Massard</strong> est encore connu des jeunes générations grâce à son Escamillo avec Callas : à cent lieues du hiératisme sublime d’Ernest Blanc, il parvient à rendre sympathique ce Valentin qui ne peut que trop aisément devenir l’incarnation du militaire bien-pensant. Ceux qui connaissent le <em>Faust</em> de Beecham (1947) retrouveront dans le rôle-titre un <strong>Georges Noré</strong> autrement plus inspiré par le direct : c’est sans doute un Faust plus athlète que poète, plus fougueux que rêveur, mais comment résister à l’extraordinaire contre-ut de sa cavatine, suivi d’un la bémol tenu presque aussi longtemps ? Avec <strong>Jacqueline Brumaire</strong>, c’est aussi toute une époque du chant français que l’on entend : timbre plus dramatique et certes moins juvénile que celui de Geori Boué, partenaire de Noré en 1947, mais noblesse du phrasé, même si tout cela pourra sonner bien désuet aux oreilles habituées à un tout autre style. Le point noir, c’est le seul non-francophone de la bande, le Bulgare <strong>Raphaël Arié</strong>, Méphisto assez grisâtre, personnage absent, que seules ses fautes de prononciation rapprochent de son compatriote Christoff qui avait, lui, toute la démesure du diable.</p>
<p>Autrement dit, ce <em>Faust</em>-là ne prétend pas rivaliser avec les plus grandes réussites du studio, mais il nous renvoie un reflet fidèle de ce que fut l’Opéra de Paris. Et comme en ce temps-là, la caméra explorait le temps grâce à l&rsquo;ORTF, le tourne-disque – comme on ne dit plus – nous montre comme on ne chante plus&#8230;</p>
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		<title>Les Indes galantes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/les-indes-galantes-quand-le-calumet-de-la-paix-netait-pas-encore-un-tube/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Mar 2015 06:05:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quand on leur demande ce qui s’est passé de plus important dans l’interprétation de la musique au cours du dernier demi-siècle, beaucoup de mélomanes répondraient : la révolution baroqueuse. Comment ne pas leur donner raison en écoutant ce témoignage ô combien précieux, l’enregistrement des Indes galantes telles qu’on les donna à Paris de juin 1952 à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quand on leur demande ce qui s’est passé de plus important dans l’interprétation de la musique au cours du dernier demi-siècle, beaucoup de mélomanes répondraient : la révolution baroqueuse. Comment ne pas leur donner raison en écoutant ce témoignage ô combien précieux, l’enregistrement des<em> Indes galantes </em>telles qu’on les donna à Paris de juin 1952 à janvier 1965 ? Le plus souvent devant des salles combles, le Palais Garnier en offrit 286 représentations, en mobilisant toute sa troupe dans sa diversité. Evidemment, personne n’était alors spécialiste de ce répertoire, et l’on vit défiler les participants les plus inattendus : Denise Duval en Zaïre, Alain Vanzo en Tacmas, Mady Mesplé en Fatime ! José Luccioni ou Guy Chauvet en Adario, Nicolaï Gedda en Damon !! De toute manière, la plupart des spectateurs se déplaçaient non pour la musique, mais pour assister à un divertissement fastueux digne des opérettes du Châtelet. Si la partition ne sort pas trop estropiée de la « révision » de Paul Dukas et Henri Busser – les coupes sont moins graves qu’on aurait pu le craindre et donnent une image pas si incomplète de l’œuvre, malgré un acte des Fleurs assez raccourci –, le plus dur à avaler est l’orchestration épaisse qui se substitue au continuo. Quant à l’interprétation, il vaut mieux tout de suite laisser au vestiaire les habitudes acquises au cours des trois dernières décennies pour tenter d’écouter avec le moins de préjugés possibles.</p>
<p>Les choses commencent pourtant plutôt mal : l’orchestre dirigé par Louis Fourestier étonne nos oreilles « historiquement informées », et l’ouverture sonne comme une mécanique grippée, comme un de ces pastiches grand-siècle commis dans les années 1930 ou 50, dans le goût du <em>Si Versailles m’était conté</em> de Sacha Guitry. Le Prologue réserve d’autres surprises pas toujours agréables. Alors qu’Hébé était « son » rôle, qu’elle ne céda qu’occasionnellement à Renée Doria ou à Nadine Sautereau, <strong>Christiane Castelli</strong> devait être dans un très mauvais jour ; la vocalisation est poussive, et la chanteuse paraît s’être proprement fourvoyée avec plus d’un aigu faux dans son premier air. Bellone étant une déesse, il semblait hors de question de laisser un homme chanter ce rôle, comme Rameau l’avait pourtant voulu. Ce soir-là, c’est <strong>Rita Gorr</strong>, qui l’interpréta assez rarement (c’était le plus souvent Hélène Bouvier ou Denise Scharley). Malgré toutes les qualités de ces dames, ce n’est pas pour leur voix que le rôle est écrit. Enfin, comme on pouvait s’y attendre, l’Amour de <strong>Paulette Chalanda</strong> est une petite voix très pointue. Le chœur a tendance à crier, et pas toujours très en rythme. Horreur supplémentaire : ce que le présentateur radio appelle  « l’indispensable commentaire littéraire » en vers, concocté par le septuagénaire René Fauchois, librettiste de la <em>Pénélope </em>de Fauré, et déclamé par un récitant et une récitante avec l’inimitable ton gourmé des voix de feu la RTF.</p>
<p>Heureusement, les quatre entrées sont beaucoup mieux traitées, et donnent à entendre de grandes voix, certes peu habituées à cette musique mais dotées d’une diction française superlative. <strong>Jacqueline Brumaire </strong>et <strong>Suzanne Sarroca</strong> campent toutes deux de très nobles héroïnes, au dramatisme affirmé. On a rarement l’occasion d’entendre en Huascar un grand baryton d’école française comme <strong>René Bianco</strong>. Si les tempos sont parfois très lents, peut-être pour faciliter la tâche à des voix peu rompues à l’agilité (la basse <strong>Georges Vaillant</strong> dans Osman, par exemple), toute la fête du soleil est rondement menée. On découvre aussi que <strong>Jean Giraudeau </strong>et<strong> Raymond Amade</strong> étaient assez acceptables dans les rôles de haute-contre à la française, mais l’on n’en dira pas autant de <strong>Raphaël Romagnoni</strong>, nettement moins agréable à écouter. On remarque la pureté de timbre de <strong>Jeanne Guihard</strong>, dont la courte carrière semble s’être ensuite terminée au Canada. Avec <strong>Henri Legay</strong>, <strong>Janine Micheau, Geori Boué</strong> et son époux <strong>Roger Bourdin</strong>, on se trouve transporté dans le monde de l’opéra-comique, ce qui n’est pas gênant pour les deux dernières entrées, où le galant l’emporte nettement sur l’héroïque. On se prend à imaginer que tout pourrait donc se terminer beaucoup mieux que cela n’a commencé, quand survient hélas le grand tripatouillage final, sur lequel il vaut mieux tirer un voile pudique (la sublime chaconne est passée à la trappe, au profit d’un invraisemblable reprise du chœur sur la musique de « La gloire nous appelle », avec des paroles nouvelles censées chanter l’amour plutôt que la guerre). Indubitablement, ce disque est un témoignage précieux, mais il risque d&rsquo;avoir pour plus d&rsquo;un auditeur un goût de « Plus jamais ça ».</p>
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		<title>Darius Milhaud</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/darius-milhaud-chanteurs-francais-a-vous-de-jouer/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Dec 2014 06:42:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Par quel mystère la production lyrique d’un des principaux compositeurs français a-t-elle pu disparaître presque entièrement ? Associé à l’avant-garde du premier XXe siècle, dont il côtoya les plus grands représentants, dans la littérature, la musique et les arts visuels, Darius Milhaud ne serait-il mémorable que pour son œuvre symphonique, et son travail pour la scène &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Par quel mystère la production lyrique d’un des principaux compositeurs français a-t-elle pu disparaître presque entièrement ? Associé à l’avant-garde du premier XXe siècle, dont il côtoya les plus grands représentants, dans la littérature, la musique et les arts visuels, Darius Milhaud ne serait-il mémorable que pour son œuvre symphonique, et son travail pour la scène devrait-il se réduire à ses ballets ? Ou s’agit-il plutôt d’une désaffection générale dont pâtit encore l’opéra français des années 1920 à 1950 ? Heureusement, des signes de réchauffement se manifestent ici et là : <em>Bolivar </em>a été remonté à Caracas en 2012 (voir brève), le Theater an der Wien accueillera en mai prochain Mireille Delunsch dans <em>La Mère coupable </em>(1966), dont on a pu récemment entendre quelques fascinants extraits en banlieue parisienne (voir brève). Au disque, la firme Naxos vient de publier le tout premier enregistrement intégral de la musique pour l’<em>Orestie</em> d’Eschyle, et l’on croit savoir que Gérard Mortier avait caressé le rêve de monter cette dernière œuvre à l’Opéra de Paris. De fait, on imagine assez bien l’Opéra-Bastille accueillant cette partition, composée entre 1913 et 1924, et tout directeur de notre première scène nationale s’honorerait en y montant <em>Christophe Colomb</em>.</p>
<p>Tout cela est bel et bon, mais encore faut-il disposer des interprètes ad hoc. Car malgré toute leur bonne volonté et toute leur science, c’est là où le bât blessait dans l’<em>Orestie</em> sortie cet automne chez Naxos : pour faire revivre cette musique, il faut plus que des artistes de bonne volonté mais au français hésitant, il faut de grands chanteurs à la diction magistrale, comme ceux de l’historique version des <em>Choéphores</em> qu’on retrouve sur le premier disque de ce coffret : un <strong>Heinz Rehfuss</strong> magistral en Oreste, une <strong>Hélène Bouvier</strong> envoûtante en Electre, dirigés par <strong>Igor Markevitch</strong>. Directeur du label Malibran, Carlo Ciabrini a préparé pour Forlane ce bouquet d’enregistrements réalisés entre 1951 et 1963 (à l’exception d’un document d’archive permettant d’entendre <strong>Claire Croiza</strong> à la création partielle à Anvers en 1928). Pour <em>Les Euménides</em>, de grandes voix sont là (<strong>Jacqueline Brumaire, Michèle Vilma</strong>), mais c’est la prise de son qui laisse à désirer, comme c’est hélas inévitable avec ce genre de captations. Malgré une restauration soigneuse, l’écoute est difficile, le chœur passe mal et le son se réduit parfois à un cliquetis métallique.</p>
<p>Pourtant, dans le parcours chronologique que proposent ces dix CD, les belles découvertes sont légion. Quelle oeuvre admirable que <em>Le Retour du fils prodigue</em>, superbement servie par <strong>Gabriel Bacquier</strong> et l’omniprésent <strong>Bernard Demigny</strong>, entre autres. Car c’est aussi l’un des grands mérites de ce coffret, que de rappeler à notre souvenir toute une génération d’interprètes qui auront su servir avec dévouement des œuvres qui n’avaient rien de facile. Les trois « opéras-minutes » permettent ainsi de savourer la voix haut-perchée de <strong>Raymond Amade</strong>, dans des tessitures proches de celle d’une haute contre à la française. A l’autre extrême, <strong>Xavier Depraz</strong> brille dans divers emplois de basse, notamment dans la délicieuse pochade intitulée <em>Le Mariage de la feuille et du cliché</em>, qui unit à des chanteurs lyriques une actrice (Simone Renant) et une chanteuse de variété (Léo Marjane). <strong>Robert Massard</strong> prouve que <em>Christophe Colomb  </em>exige un interprète de premier plan. Créé A Berlin en 1930, sur un livret de Claudel, dont Milhaud avait été le secrétaire, voilà une œuvre qui aurait toute sa place à l’Opéra-Bastille, avec sa masse chorale impressionnante et son style théâtral proche du <em>Soulier de satin</em>. Olivier Py à la mise en scène, Ludovic Tézier dans le rôle-titre, voilà qui ferait de nos jours une belle affiche…</p>
<p>Plus difficile s’avérera peut-être le retour des deux œuvres créés à l’Opéra de Paris, <em>Maximilien</em> (1932) et <em>Bolivar </em>(1950). Leur intrigue latino-américaine autorisa Milhaud à employer ces rythmes qui lui avaient si bien réussi dans <em>Saudades do Brasil </em>ou <em>Le Bœuf sur le toit</em>, mais ce type d’opéra historique nous parle-t-il encore ? Seule l’épreuve de la scène pourrait le dire, à condition de pouvoir réunir des distributions comparables à celles d’il y a un demi-siècle, qui alignaient <strong>Denise Scharley</strong> en princesse Salm-Salm ou en Précipitacion, <strong>Liliane Berton</strong> en Manuela Saenz, <strong>René Bianco</strong> en Bolivar, <strong>Jean Giraudeau</strong> en colonel Lopez et en Nicanor. Souvent lui-même à la tête d’orchestre plus ou moins identifiés, Darius Milhaud pouvait en son temps compter sur une <strong>Janine Micheau</strong> pour être la reine Isabelle dans <em>Christophe Colomb</em>, ou pour interpréter, dans un registre moins grandiose, ses mélodies sur des poèmes de Francis Jammes ou Robert Desnos. Qui, parmi les chanteurs français d’aujourd’hui, relèvera le gant ?</p>
<p> </p>
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