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	<title>Matthew CAIRNS - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Matthew CAIRNS - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>L’Or du Rhin maudit à l&#8217;Opéra de Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/lor-du-rhin-maudit-a-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Feb 2025 12:45:01 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après l’annulation de Ludovic Tézier dont le premier Wotan était très attendu, après les désillusions causées par la mise en scène affligeante de Calixto Bieito, après l’aphonie de Ian Patterson sans remplaçant prévu pour venir à son secours, après la confusion dans les annonces entre Nicholas et Lawrence Brownlee, les grandes et petites misères de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après <a href="https://www.forumopera.com/breve/ludovic-tezier-ne-chantera-pas-lor-du-rhin-a-lopera-de-paris/">l’annulation de <strong>Ludovic Tézier</strong></a> dont le premier Wotan était très attendu, après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/">les désillusions causées par la mise en scène affligeante de <strong>Calixto Bieito</strong></a>, après <a href="https://www.forumopera.com/breve/panne-de-wotan-dans-lor-du-rhin-a-paris/">l’aphonie de <strong>Ian Patterson</strong> sans remplaçant prévu pour venir à son secours</a>, après <a href="https://www.forumopera.com/breve/un-tenor-rossinien-en-wotan-a-lopera-de-paris/">la confusion dans les annonces entre Nicholas et Lawrence Brownlee</a>, les grandes et petites misères de ce premier volet de la Tétralogie wagnérienne se poursuivent.</p>
<p>L’abus de pommes sur le plateau, certaines broyées d’une seule main par <strong>Matthew Cairns</strong> – <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/42e-international-hans-gabor-belvedere-singing-competition-jurmala/">jeune ténor remarqué au Belvedere l’an dernier</a> – s’avère dangereux pour la santé des chanteurs. Hier, 11 février, <strong>Kwangchul Youn</strong>, l’excellent interprète de Fasolt, a glissé sur un des fruits qui jonchent le sol. La chute ne semble pas avoir eu de conséquences physiques fâcheuses – Wotan merci ! La dramaturgie, seule, en a pris un coup, puisqu’à rebours des rapports de force entre les personnages, c’est Loge qui a aidé l’ainé des Géants à se relever.</p>
<p>L’incident, s’il reste au stade de l’anecdote, constitue une mise en garde à l’intention des metteurs en scène. Les transpositions, déformations et autres élucubrations scéniques peuvent-elles s&rsquo;exercer au risque de mettre en danger les artistes ? Anathème à Calixto Bieito !</p>
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		<title>42e International Hans Gabor Belvedere Singing Competition &#8211; Jurmala</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/42e-international-hans-gabor-belvedere-singing-competition-jurmala/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Jun 2024 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Environ 800 chanteurs auditionnés dans 51 villes du monde entier ; 121 d’entre eux invités à Jurmala, dont 52 qualifiés en demi-finales pour au bout du compte ne sélectionner que 9 finalistes. Pourquoi un chiffre aussi modeste alors que les éditions précédentes convoquaient en finale une quinzaine de candidats et que le palmarès de cette &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Environ 800 chanteurs auditionnés dans 51 villes du monde entier ; 121 d’entre eux invités à Jurmala, dont 52 qualifiés en demi-finales pour au bout du compte ne sélectionner que 9 finalistes. Pourquoi un chiffre aussi modeste alors que les éditions précédentes convoquaient en finale une quinzaine de candidats et que <a href="https://www.forumopera.com/breve/le-baryton-sud-coreen-jungrae-noah-kim-remporte-le-belvedere/">le palmarès de cette 42e Belvedere singing competition</a> distingue plusieurs demi-finalistes ? Ce n’est pas la seule question que l’on se pose à l’issue de cette édition lettone, la troisième dans l’histoire du concours.</p>
<p>Pour l&rsquo;ultime épreuve, avantage semble avoir été donné aux grands formats vocaux, au détriment de larges pans du répertoire. Contre-ténor baroqueux, mezzo-sopranos belcantistes, coloratures aux ailes de libellule, passez votre chemin ! L’art de la nuance, la recherche de subtilités expressives, les figures de style ne sont pas cette année les premières qualités requises. C’est pourquoi <strong>Matthew Cairns, </strong>ténor canadien à la stature de Siegmund – qu’il chantera sans nul doute un jour –, dénote au sein d’une sélection que la direction offensive de <strong>Mārtiņš Ozoliņš</strong> entraîne dans une course aux décibels. Son air de la fleur ne se satisfait pas d’être articulé, intelligible du premier au dernier mot, il est conduit d’une voix égale à l’émission naturelle, assise sur un médium solide, et animée d’une somme d’intentions dictées par le texte : des contrastes, des effets de volume, une recherche de couleurs et le fameux <em>si</em> bémol aigu sur « une chose à toi » diminué comme il se doit. Voilà le troisième prix, le prix de la presse internationale, et notre révélation de la soirée devant <strong>Artur Garbas</strong>, baryton américain qui, en dépit de quelques syllabes écrasées, agite bravement la muleta d’Escamillo, dans un français correct, où chaque mot est non seulement compréhensible mais compris, où bravoure et séduction – les deux visages du matador – alternent sans que l’un prenne le pas sur l’autre. A se demander pourquoi il repart les mains vides. Le troisième nom à rapporter dans ses bagages est celui <strong>d’Etīna Saulīte</strong>, soprano lettone de 18 ans à la maturité vocale stupéfiante compte tenu de sa jeunesse. Il est encore trop tôt pour prétendre à un prix autre que celui de notre regrettée Jane Carthy, décerné à un jeune potentiel, mais que de promesses délivrées par une Mimi plus vraie que nature, modeste, simple, sincère. Timbre à la saveur de pêche blanche, conduite du chant soignée… Il lui reste à s’affranchir de quelques duretés et parvenir dans les hauteurs de sa tessiture à l’allègement nécessaire pour éviter l’ennui qui, on le sait, nait de l’uniformité.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Belvedere1-1294x600.jpg" />© Dzintari Concert Hall – Pauls Zvirbulis</pre>
<p>Récompensé par le premier prix, le baryton coreen <strong>Jungrae Noah Kim</strong> suscite peu de discussions. Une fois échauffée, la voix se libère, longue, saine. Le métal est noble. La technique solide lui permet d’assumer le dernier air de Posa, sans excès de sentiments cependant… C’est beaucoup. Est-ce assez pour retenir durablement l’attention ? Le jury l’a estimé.</p>
<p>« Che gelida manina » touche aux limites de <strong>Daniel O’Hearn</strong>, récompensé par le deuxième prix. Le chanteur américain n’est pas – à en juger sur ce seul air – ténor lyrique à la quinte aiguë rayonnante mais plutôt ténor <em>di grazia </em>qui doit enrichir son vocabulaire expressif, raffermir son aigu et étoffer son medium au contact de rôles moins exigeants pour prétendre à l&rsquo;échelon supérieur. Nemorino assurément. Au-delà, aujourd’hui est-ce bien raisonnable ?</p>
<p>La faveur du public s’est portée sur le baryton swazilandais, <strong>Thando Zwane</strong> qui vocifère « Alzati, là tuo figlio » à la manière d’un sortilège vaudou. Chant impressionnant, terrifiant même, d’une puissance redoutable mais aux consonnes avalées, comme privé d’arêtes, ce qui, passées les imprécations, s’avère préjudiciable au cantabile. Souhaitons que l’engagement gagné au Staatstheater de Wiesbaden l’aide à sculpter cette matière encore brute.</p>
<p>Doté d’une belle voix de ténor lyrique, <strong>Hwapyeong Gwon</strong> se fourvoie dans la cavatine de Faust dont il malmène la prosodie, sans apparemment comprendre un traître mot de ce qu’il chante, plutôt bien d’ailleurs. <strong>Daniel Noyola</strong> surjoue un Leporello à l’aigu fragile et <strong>Teona Todua</strong>, que l’on a applaudie à Paris cette saison dans <em>L’Enfant et les sortilèges</em> et dans <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/weill-street-scene-bobigny/">Street Scene</a></em>, met en péril la justesse de son soprano léger en se confrontant prématurément à Micaëla.</p>
<p>L&rsquo;année prochaine, la finale de l’International Hans Gabor Belvedere Singing Competition aura lieu en Suisse, au Stadttheater Bern.</p>
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		<title>Le baryton sud-coréen Jungrae Noah Kim remporte le Belvedere</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/le-baryton-sud-coreen-jungrae-noah-kim-remporte-le-belvedere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Jun 2024 21:17:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le jury de la 42e International Hans Gabor Belvedere Singing Competition a décerné son premier prix au baryton sud-coréen Jungrae Noah Kim. Le 2e et le 3e prix vont respectivement au ténor américain Daniel O&#8217;Hearn et au ténor canadien Matthew Cairns qui chantera la saison prochaine Froh dans Das Rheingold à l’Opéra national de Paris. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le jury de la 42e International Hans Gabor Belvedere Singing Competition a décerné son premier prix au baryton sud-coréen <strong>Jungrae Noah Kim</strong>. Le 2<sup>e</sup> et le 3<sup>e</sup> prix vont respectivement au ténor américain <strong>Daniel O&rsquo;Hearn</strong> et au ténor canadien <strong>Matthew Cairns</strong> qui chantera la saison prochaine Froh dans <em>Das Rheingold </em>à l’Opéra national de Paris. Ce dernier reçoit aussi le prix de la presse internationale tandis que le prix du public revient au baryton swazilandais <strong>Thando Zwane</strong>. Le palmarès complet est détaillé ci-après.</p>
<p>1er prix : Jungrae Noah Kim, Baryton, Corée du Sud<br />
2e prix : Daniel O&rsquo;Hearn, Ténor, USA<br />
3e prix : Matthew Cairns, Ténor, Canada<br />
Prix de la presse internationale : Matthew Cairns, Ténor, Canada<br />
Prix du public : Thando Zwane, Baryton, Swaziland<br />
Hans Gabor Prize: Jing Yi Yu, Soprano, China (demi-finaliste)<br />
Prix commémoratif Jane Carty, offert par ses amis et décerné par des collègues à la mémoire de la jurée presse de longue date du Concours de chant du Belvédère, pour une chanteuse de 25 ans ou moins qui démontre un réel potentiel : Etīna Saulīte, Soprano, Lettonie</p>
<p><strong>Engagements et séances de coaching</strong><br />
Royal Opera House Covent Garden : Janice van Rooy, Soprano, Namibie (demi-finaliste)<br />
Dutch National Opera Amsterdam : cours de chant avec Rosemary Joshua : Etīna Saulīte, Sopraon, Lettonie<br />
The Metropolitan Opera New York, Lindemann Young Artist Development Program &amp; Laffont Competition pour une audition au Metropolitan Opera House : Michael Mensah, Bass, Ghana (demi-finaliste)<br />
Dzintari Concert Hall Jurmala : Etīna Saulīte, Soprano, Lettonie | Adrian Janus, baryton/basse, Pologne (demi-finaliste)<br />
Stadttheater Bern : Nicole Chirka, Mezzo-Soprano, Ukraine (demi-finaliste)<br />
Deutsche Oper Berlin : Teona Todua, Soprano, Ukraine | Volodymyr Morozov, Basse, Ukraine (demi-finaliste)<br />
Theater Bonn : Andrew Hyunjung Kim, Ténor, Corée du Sud (demi-finaliste)<br />
Hessisches Staatstheater Wiesbaden : Thando Zwane, baryton, Swaziland</p>
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		<item>
		<title>MASSENET, Thaïs &#8211; Toulon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/massenet-thais-toulon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Jan 2024 06:37:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Commençons par sourire : « …Membre obéissant d’un vrai monastère, Athanaël n’aurait point faibli (…) l’aventure de Thaïs et du moine Athanaël est parfaitement inconvenante à l’opéra, dans un accompagnement de paroles et de pensées lubriques, parmi des danses indécentes et des festins orgiaques (…) Massenet aurait dû laisser tranquilles la tentation, la perdition, le pêché, le remords, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Commençons par sourire : « …Membre obéissant d’un vrai monastère, Athanaël n’aurait point faibli (…) l’aventure de Thaïs et du moine Athanaël est parfaitement inconvenante à l’opéra, dans un accompagnement de paroles et de pensées lubriques, parmi des danses indécentes et des festins orgiaques (…) Massenet aurait dû laisser tranquilles la tentation, la perdition, le pêché, le remords, la grâce, le salut… il aurait dû ne s’occuper ni des prêtres, ni des moines ». Ainsi s’exprimait l’abbé Bethléem, censeur de l’opéra, il y aura bientôt un siècle. Tout à fait dissemblable de celui de <em>Werther</em>, sinon par la maîtrise dramatique et le génie musical, le sujet de <em>Thaïs</em> a pu paraître scabreux aux soutanes d’alors (1).</p>
<p>Anatole France a emprunté son héroïne à Plutarque (Livre LII) : Thaïs fut une hétaïre célèbre, maîtresse d’Alexandre le Grand et de Ptolémée Ier. L’ardeur amoureuse de l’écrivain pour madame Caillavet, doublée d’une inquiétude intellectuelle voltairienne, avaient valu le feuilleton. Louis Gallet et Massenet, focalisant l’attention sur la personnalité de Thaïs, couronneront le « petit roman » pour en devenir la meilleure illustration. Athanaël s’est retiré au désert, entouré de ses disciples. Il est parti convertir Alexandrie la décadente, dont il fustige les turpitudes. Il décide de « sauver » la courtisane Thaïs, mais va se perdre lui-même. De l’amour charnel et de la foi, le dénouement permute les mobiles de la courtisane et de l’ermite. Si Athanaël est parvenu à convertir Thaïs, il prend conscience que son amour est mû par le désir : alors que l’hétaïre meurt en sainte, le cénobite renie sa foi et désespère de son propre salut.</p>
<p>Massenet, passionné par son sujet, avait été distrait de la composition par Méhul, dont il inaugurait, à Givet, la statue qu’offrait l’Académie des Beaux-Arts (2), en s’inscrivant dans sa lointaine descendance. La célèbre courtisane connut 689 représentations à Garnier jusqu’en 1956, pour n’y plus réapparaître que de façon épisodique, les scènes internationales et régionales se montrant moins oublieuses (3). La version de concert proposée ce soir nous évite les lectures transposées, parfois déplorables, comme les reconstitutions empesées (4). Mais, a contrario, la privation de tous les éléments visuels participant à la vérité dramatique (les visions et songes …) constitue un handicap à sa compréhension, d’autant que les costumes, inchangés, ne permettent pas de distinguer Mirtale d’Albine (5).</p>
<p>Les prises de rôle se traduisent fréquemment par un engagement exemplaire des artistes. Ce soir, en dehors des personnages d’Athanaël et de Sabine, tous les chanteurs abordent l’ouvrage pour la première fois, avec la générosité attendue. Thaïs est évidemment au centre de l’œuvre. Avec Athanaël, ce sont les rôles principaux, les plus lourds et les plus riches. Le personnage a de quoi fasciner. On se souvient de sa Manon à l’Opéra-Bastille, la jeune et brillante <strong>Amina Edris</strong> (6) construit une belle carrière où Massenet occupe une place de choix puisqu’elle a ajouté Ariane, et maintenant Thaïs, au nombre ses incarnations.</p>
<p>Entre l’émission corsée, gourmande et colorée du début et celle, fraîche, pure, fervente, extatique de la fin, la progression psychologique est peinte avec des moyens hors du commun. On ne sait qu’admirer le plus, de cette incarnation habitée, et de ses incroyables qualités techniques, nuances et longueur de voix, aisance d’aigus filés jusqu’au contre-ré, pianissimo, conduite et soutien de la ligne, puissance et légèreté… Dès son « C’est Thaïs, l’idole fragile », lorsqu’elle apparaît, de rouge vêtue, le chant caressant, sensuel voire capiteux, en dit tout autant que ses paroles sur sa nature, toujours élégante. « Qui te fait si sévère ? », le récitatif le plus souple, mêlé d’arioso, au balancement séduisant, est juste.  Sa lassitude, ses interrogations du monologue du miroir, qui ouvre le II, ont une force d’émotion peu commune, servie par un orchestre superlatif, languide. Son dialogue avec Athanaël, où chacun invoque sa divinité, « Ah ! pitié, ne me fais pas de mal » est un moment fort. On pourrait énumérer chacune de ses interventions jusqu’à sa disparition exaltée et douce. Une très grande voix, à suivre.</p>
<p><strong>Josef Wagner</strong>, le baryton autrichien, s’est progressivement centré sur le répertoire germanique (Wagner et Strauss). A Vienne, il a déjà chanté Athanaël, ce rôle éprouvant par ses exigences et sa lourdeur. Pour autant, on demeure en-deçà des attentes : où est le farouche illuminé, passionné, violent, orgueilleux dominateur ou nostalgique ?  Le caractère excessif de l’ermite enflammé est estompé. Si la qualité de la diction est au rendez-vous, la puissance, la projection, les couleurs nous laissent sur notre faim. De sa première intervention, on retient l’orchestre et ses intermèdes. « Voilà donc la terrible cité », seul véritable « air » de l’ouvrage, où l’ermite exprime sa nostalgie comme son dégoût, paraît superficiel ou artificiel, limité, trop sage. Si les songes, les visions font naturellement partie de son univers, on peine à y croire. Cependant la belle déclamation, puis la colère jalouse du second tableau du II (avant l’épisode de la statuette d’Eros) est bien conduite, comme son ultime vision (« Thaïs va mourir »), hallucinée. Un Athanaël consciencieux…</p>
<p>Le rôle de Nicias, bien que réduit, apporte la note masculine joyeuse, hédoniste, insouciante (« Certes je la connais… »). <strong>Matthew Cairns, </strong>jeune ténor canadien, à l’émission claire, toujours intelligible, lui donne une vérité crédible. Jouisseur, joueur, le parfait hédoniste, l’ami fidèle et l’amant généreux sont illustrés avec naturel et opulence. Son bref duo avec Thaïs « Nous nous sommes aimés une longue semaine » est remarquablement conduit. Non moins intéressants, bien que secondaires, les personnages de Palémon et Albine. On connaît l’ampleur des moyens de <strong>Jean-Fernand Setti</strong>, comme son amour du répertoire français. Il nous vaut un Palémon de première grandeur : voix aussi impressionnante que sa stature, sonore, bien timbrée. Malgré les limites qu’impose la partition, notre basse campe une figure, juste et touchante, qui sera particulièrement ovationnée lors des saluts. Myrtale et Crobyle, souvent associées, sont savoureuses, railleuses, pétillantes, et on se régale de chacune de leurs interventions, vocalisées ou intelligibles. L’animation, la joie sont au rendez-vous. « Celle qui vient est plus belle… » où elles dressent le portrait de Thaïs nous réjouit. On souhaite la plus belle des carrières à <strong>Faustine de Monès</strong>, soprano dont les couleurs, la qualité des aigus, la conduite de la ligne et la technique forcent l’admiration. Sa Crobyle est aussi séduisante que la Myrtale d’<strong>Anne-Sophie Vincent</strong> (déjà à Tours il y a deux ans, et on se souvient de sa Dorothée de <em>L’amour des trois oranges</em>, à Nancy). Albine, quant à elle, n’intervient que dans les deux derniers actes, avec sérénité et ferveur. La voix est solide, sonore, colorée, expressive et égale, avec de beaux graves.  Seul petit regret, le fait de chanter les deux rôles dans la même tenue en altère la distinction par le public.  Pas de Charmeuse, hélas, la belle page vocalisée que Massenet lui réservait est coupée, comme il arrive trop souvent.</p>
<p>Riche de plus d’une trentaine de chanteurs, fréquemment divisé entre hommes et femmes, très bien préparé par <strong>Christophe Bernollin</strong>, le choeur se montre exemplaire. Des unissons parfaits aux polyphonies complexes, avec des solistes qui jamais ne déméritent, il n’appelle que des éloges. Acteur beaucoup plus que simple illustrateur, l’orchestre, en grande formation, nous vaut une performance digne de l’enregistrement. Dès les premières mesures, les modelés sont admirables, les cordes chantent, c’est plein, rond, coloré. Les nombreux soli (violoncelle, clarinette, hautbois, violon etc.) sont exemplaires. Evidemment, attendue, la Méditation, est un moment essentiel et bienvenu. Mais les nombreux intermèdes, les préludes, le ballet, où l’orchestre est seul, nous rappellent encore davantage les éminentes qualités d’un Massenet, qui tire de la formation la plus riche palette expressive. L’écriture, luxuriante et raffinée, savamment colorée, chaude, aux tons pastel, ponctuellement orientalisée, est magistrale, du chambrisme aux effets paroxystiques. Parenthèse instrumentale correspondant au cheminement spirituel de Thaïs, la <em>Méditation</em>, qui fit les bonheurs des générations passées, n’a rien perdu de son pouvoir. Le violon solo de <strong>Laurence Monti</strong> lui restitue son ample souffle mélodique, sans mièvrerie ni fadeur. Les citations au III sont autant de bonheurs.  La fin du deuxième acte, avec l’incendie et la révolte de la foule, est quasi cinématographique. <strong>Victorien Vanoosten</strong>, signe ici sa première réalisation lyrique à l’opéra de Toulon dont il prend la direction musicale, et l’on peut affirmer que c’est là une collaboration prometteuse. D’un geste sûr, ample, démonstratif, efficace, précis, souple, ductile comme incisif, il construit ses progressions, toujours attentif au chant, tout en communicant aux solistes, au choeur et à l’orchestre la dynamique attendue. Séduction, volupté et religiosité sulpicienne, loin de s’opposer, se conjuguent souvent, ambiguës. La superbe scène finale nous arracherait des larmes.</p>
<p>Bien qu’en version de concert, plus qu’un somptueux divertissement, cette <em>Thaïs</em> toulonnaise fut une révélation pour un auditoire qui ne ménagea pas ses ovations aux interprètes.</p>
<pre>(1) Le curieux ne manquera pas de découvrir l’excellent article d’Anne Renoult, publié sur le blog Gallica<strong> : </strong><a href="https://gallica.bnf.fr/blog/05042022/thais-une-idole-de-lopera?mode=desktop">https://gallica.bnf.fr/blog/05042022/thais-une-idole-de-lopera?mode=desktop </a>
(2) remplaçant un buste en marbre de 1842), la statue fut fondue en 1918, puis reproduite, de nouveau fondue, durant la seconde guerre mondiale, et remplacée enfin par l’actuelle statue de pierre. 
(3)  Toulon ne l’avait pas entendue depuis 2010 (avec Ermolena Jaho, Ludovic Tézier, mise en sc. J.L. Pichon, dir. musicale Giuliano Carella). 
(4) encore plus que les évangiles, les Cénobites vénéraient les graphes (La Comtesse). 
(5) Quelques ajouts de didascalies aux textes surtitrés auraient suffi aux auditeurs découvrant l'ouvrage.
(6) A la ville, épouse de Pene Pati. Ce dernier campait un remarquable Nicias au TCE en avril 22. Qui parviendra à les réunir dans une même production ?</pre>
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		<title>Julie Roset lauréate des Auditions du Met</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/julie-roset-laureate-des-auditions-du-met/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 May 2022 13:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce dimanche 1er mai se tenait au Metropolitan Opera la finale de la Metropolitan Opera Eric and Dominique Laffont Competition, anciennement Metropolitan Opera National Council Auditions (in French : « Les Auditions du Met »).  Ce dernier concert voyait s&#8217;affronter une ultime fois dix chanteurs sélectionnés après de multiples compétitions régionales, chaque artiste disposant de deux airs pour convaincre le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce dimanche 1<sup>er</sup> mai se tenait au Metropolitan Opera la finale de la Metropolitan Opera Eric and Dominique Laffont Competition, anciennement Metropolitan Opera National Council Auditions (<a href="/breve/finale-des-auditions-du-met-en-streaming">in French : « Les Auditions du Met »</a>).  Ce dernier concert voyait s&rsquo;affronter une ultime fois dix chanteurs sélectionnés après de multiples compétitions régionales,<a href="https://www.metopera.org/globalassets/season/2021-22/laffont-competition/050122-laffont-grand-finals-concert.pdf"> chaque artiste disposant de deux airs pour convaincre le jury</a>. La française Julie Roset y a chanté « Se pietà di me non senti » de <em>Giulio Cesare</em> en première partie (choix audacieux car le Met n&rsquo;est pas vraiment une terre baroque !) puis, après l&rsquo;entracte, « Où va la jeune indoue » de <em>Lakmé </em>. Tandis que Nadine Sierra interprétait la grande scène de Violetta du premier acte de <em>La</em> <em>Traviata</em>, le jury a terminé ses délibérations et retenu 6 artistes dont la jeune avignonnaise de 25 ans. Les autres vainqueurs de l&rsquo;édition 2022 du concours sont Le Bu (baryton-basse chinois de 26 ans), Matthew Cairns (ténor canadien de 27 ans), Alexandra Razskazoff (soprano du Minnesota âgée de 30 ans), Anne Marie Stanley (mezzo-soprano du New Jersey, également trentenaire) et Esther Tonea (soprano de 28 ans de l&rsquo;Etat de Géorgie). Chacun des 6 lauréats  remporte un prix de 20 000 $.  Le public parisien a<a href="/titon-et-laurore-paris-opera-comique-mondonville-contre-le-blue-monday">vait récemment pu apprécier le soprano à l’Opéra-comique</a> dans <em>Titon et l&rsquo;Aurore</em>. On a également pu l&rsquo;entendre dans <em><a href="/la-finta-pazza-versailles-lincoronazione-di-deidamia">Les Indes galantes</a> </em>(Versailles et Beaune), Papagena à Toulon, Aurora et Giunone (<em>La Finta Pazza</em>, Dijon et Versailles) ou <a href="/spectacle-la-theorie-du-cygne-noir-aix-en-provence-monteverdi-and-co"><em>La Théorie du Cygne noir</em></a> (Aix-en-Provence)&#8230; Le soprano léger avec déjà remporté deux « deuxième prix » lors des compétitions du<a href="/breve/un-verdict-cornelien"> Concours Corneille</a> et du <a href="/breve/un-palmares-prometteur-a-froville">Concours International de Chant Baroque de Froville</a>.  Julie Roset sera également Galatea dans <em>Acis and Galatea</em> de Haendel le 21 mai prochain, sous la direction de Leonardo García Alarcón, malheureusement à l&rsquo;Auditorium de Radio France, salle peu adaptée aux voix. Ancien membre de l&rsquo;Académie du Festival d&rsquo;Aix-en-Provence, Julie Roset y interprétera l&rsquo;été prochain Amore et Valetto dans<em> L’Incoronazione di Poppea.  </em> </p>
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