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	<title>Sinéad CAMPBELL-WALLACE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Tue, 13 May 2025 21:36:23 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Sinéad CAMPBELL-WALLACE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BRITTEN, Peter Grimes – Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/britten-peter-grimes-lyon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le premier opéra de Benjamin Britten, créé voici quatre-vingts ans au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, est donné à l’Opéra de Lyon dans la mise en scène bouleversante que Christof Loy avait conçue pour Vienne en 2015 (reprise en 2021). Rappelons que le livret s’inspire d’un poème de Crabbe largement modifié, dans lequel un &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le premier opéra de Benjamin Britten, créé voici quatre-vingts ans au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, est donné à l’Opéra de Lyon dans la mise en scène bouleversante que <strong>Christof Loy</strong> avait conçue pour Vienne en 2015 (reprise en 2021). Rappelons que le livret s’inspire d’un poème de Crabbe largement modifié, dans lequel un pêcheur solitaire est soupçonné de violences avec ses apprentis ; la mort accidentelle de l’un d’eux, puis d’un autre, suscite contre lui le ressentiment et la haine de tout le village ou presque, jusqu’à l’issue tragique de son suicide contraint.</p>
<p>Sans barque, sans voiles et sans filets de pêche, sans perspective sur la mer ni sur le paysage côtier, ce <em>Peter Grimes</em> est entièrement voué à la représentation visuelle d’un huis-clos étouffant dans lequel se débattent, comme des insectes pris au piège, les habitants du Borough. Les murs sombres contiennent les rancœurs et les frustrations qui se reportent sur le personnage fascinant du marginal, inquiétant et séduisant à la fois, et révèlent les failles psychiques et éthiques des villageois, ainsi que l’existence d’autres formes de marginalité soucieuses de se donner l’apparence de la morale et de la dignité. La sobriété de ce décor minimaliste laisse pleinement ouvert le champ de la musicalité – orchestre et voix.</p>
<p>La figuration d’un rivage au sol, à l’avant-scène, suggère que la mer se trouve du côté de la salle : la fosse est un gouffre d’où sortent les sons et les mouvements de la houle, les mugissements des flots et le fracas de la tempête. Sur le proscenium, à jardin et de biais, un lit, sur lequel dort Peter Grimes avant le lever du rideau, accueillera durant les trois actes plusieurs personnages, comme un refuge et un espace intermédiaire, voire transitionnel, un tiers-lieu propice aux espoirs, aux rêves ou aux tentatives de consolation. Dans le Prologue de l’opéra, premier choc, cet espace intime (qui remplace la salle d’audience des indications scéniques) est livré à l’intrusion des habitants et de l’homme de loi qui traquent puis éblouissent Peter Grimes avec leurs lampes torches. La scénographie (<strong>Johannes Leiacker</strong>) propose par la suite de véritables tableaux vivants dans lesquels l’austérité du décor est nuancée par des jeux de lumières (<strong>Bernd Purkrabek</strong>) aux tonalités changeantes et des couleurs de costumes (<strong>Judith Weihrauch</strong>) particulièrement contrastés.</p>
<p>Le plateau est dominé par le rayonnement vocal et scénique de l’interprète du rôle-titre, le ténor américain d’origine sri-lankaise <strong>Sean Panikkar</strong>, Peter Grimes athlétique et sensible, doté d&rsquo;une émission puissante et souple à la fois. Sa voix séduit par la pureté du timbre, par un sens des nuances et une projection exemplaires, qui lui permettent de rendre audibles et touchants les passages les plus confidentiels, d’émouvoir par son lyrisme – dès le magnifique duo <em>a cappella</em> du premier acte avec Ellen (« There’ll be new shoals to catch ») ou encore dans son air « Now the Great Bear and Pleiades… », de bouleverser par son désespoir (« What harbour schelters place ») ou sa colère à l’acte II (« Go there ! »), ses visions oniriques ou sa folie passagère. La soprano irlandaise <strong>Sinéad Campbell-Wallace</strong> donne à la veuve Ellen Orford l’apparence stricte de l’institutrice, soulignée par le tailleur gris qui distingue sa fonction du statut de pêcheur de Peter Grimes, vêtu la majeure partie du temps d’un pantalon de toile et d’un simple débardeur – mais aussi par une certaine raideur sensible dans l’attitude comme dans la voix. Son intervention en faveur du réprouvé s’accompagne cependant d’effusions qui tempèrent et humanisent son personnage, en dépit des soupçons qui finissent par la contaminer. Elle aussi révèle la vaillance vocale et la technique impeccable nécessaires au rôle, l’autorité sonore mais également la tendresse indispensable pour déployer toute la beauté de son air du troisième acte, « Embroidery in childhood was a luxury of idleness ».</p>
<p>Le personnage ambivalent du capitaine Balstrode, retraité de la marine marchande, présenté ici comme possible amant de Peter Grimes, est physiquement séduit par John, l’apprenti, rôle muet qu’interprète le danseur <strong>Yannick Bosc</strong>. Reprenant <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/embarquement-immediat/">à Lyon le rôle qu’il y tenait en 2014 dans la mise en scène de Yoshi Oida</a>, <strong>Andrew Foster-Williams</strong> démontre les mêmes qualités vocales, restées intactes. Son interprétation est nécessairement différente dans ce contexte, où il apparaît souvent en retrait, et même parfois dos au public – sauf pour une étreinte passionnée mais fugace avec John –, ou bien, assis sur le lit de l’avant-scène, comme prenant le public à témoin de la lecture proposée par Christoph Loy, déclarant dans un entretien de 2021 inséré dans le programme de salle, que, pour lui, « Peter Grimes est homosexuel » – une  piste d’interprétation (parfois proposée, parfois contestée) et une composante parmi d’autres dans cette réflexion sur la fabrique des marginaux.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2025_PeterGrimes_GcAgathePoupeney_HD_045-1294x600.jpg" alt="" />© Agathe Poupeney</pre>
<p>Dans le reste de la distribution, la mezzo-soprano <strong>Carol García</strong> s’illustre par une aisance scénique et une ampleur vocale qui font de cette propriétaire de la taverne du Sanglier une Auntie (Tantine) de caractère, à vocation comique, tandis que <strong>Katarina Dalayman</strong> donne au personnage de Mrs Sedley, la veuve désœuvrée et commère, une allure un peu désinvolte, dans un registre plus léger que tragique ; et sans doute lui manquait-il, le soir de la première, un peu de volume sonore pour s’affirmer dans ce rôle. Les deux nièces, les sopranos <strong>Eva Langeland Gjerde</strong> et <strong>Giulia Scopelliti</strong> (toutes deux solistes du Lyon Opéra Studio) sont scéniquement irrésistibles et vocalement remarquables dans le grand quatuor féminin de l’acte II.</p>
<p>Du côté des hommes, les rôles sont bien investis, avec une mention spéciale à <strong>Lukas Jakobski</strong> qui prête au charretier Hobson sa basse imposante et témoigne d’un sens frappant du rythme (musical et théâtral), et à <strong>Filip Varik</strong> (du Lyon Opéra Studio) qui confère au pêcheur Bob Boles, zélé méthodiste, le fanatisme grotesque du personnage, qu’il souligne dans sa diction comme dans sa gestuelle. Le Swallow de <strong>Thomas Faulkner</strong> mériterait une meilleure articulation pour rendre plus crédible le personnage du maire et juge, et <strong>Alexander de Jong</strong>, qui maîtrise parfaitement le rôle de l&rsquo;apothicaire Ned Keene, pourrait entamer de manière plus entraînante, avec un phrasé davantage marqué et plus de volume sonore la chanson populaire « Old Joe has gone fishing ».</p>
<p>La mer, élément essentiel de cet opéra, puisque Britten disait avoir voulu exprimer « les rigueurs de la lutte perpétuelle menée par les hommes et les femmes » qui dépendent d’elle, est tout entière dans la musique. On mesure dès lors la pertinence de la proposition scénique qui fait de la fosse le lieu du ressac et, au-delà, du large : elle est ce gouffre insondable agité de tourbillons, et aussi le lieu d’une promesse de pêche (et donc d’un avenir meilleur), dans lequel cependant la tempête se déchaîne et les apprentis meurent. La direction magistrale de <strong>Wayne Marshall</strong>, d’une rare sensibilité et d’un dynamisme saisissant, donne vie à ces diverses dimensions, mettant en évidence toute la palette des nuances instrumentales et la richesse des timbres, avec une maîtrise des modifications d’intensité sonore capable de transporter, d’envoûter ou de clouer sur place. L’<strong>Orchestre de l’Opéra de Lyon</strong>, tout comme les <strong>Chœurs de l’Opéra de Lyon</strong> préparés par Benedict Kearns, font entendre l’éclectisme musical (dans le sens le plus positif du terme) de la composition de Britten, particulièrement apte à figurer de manière sonore l’ambiguïté et la versatilité de la mer. Les <em>tempi</em>, les respirations, les choix interprétatifs, la répartition des masses sonores soulignent à quel point le compositeur fait cohabiter les parties consonantes avec diverses dissonances, un style que l’on pourrait parfois qualifier de néoclassique avec des rythmes empruntés au jazz mais aussi aux chants populaires, des références à la musique baroque ou classique avec des réminiscences de la musique romantique et de la tradition opératique.</p>
<p>Le spectacle dans son ensemble est donc une incontestable réussite, marquée par ce silence éloquent – devenu rare à l’opéra – de plusieurs secondes après les derniers accords, précédant de longs applaudissements et de nombreux rappels.</p>
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		<title>BEETHOVEN, Fidelio &#8211; Dijon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/beethoven-fidelio-dijon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Nov 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cyril Teste aborde Fidelio en homme de théâtre, passant du singspiel – du sourire initial au drame et à son dénouement – à la série américaine qui privilégie l’action, quitte à l’amputer de sa richesse psychologique. Au prix de quelques adaptations, bienvenues comme parfois malencontreuses, nous sommes plongés, dès l’ouverture, au cœur du système carcéral &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Cyril Teste</strong> aborde <em>Fidelio</em> en homme de théâtre, passant du<em> singspiel</em> – du sourire initial au drame et à son dénouement – à la série américaine qui privilégie l’action, quitte à l’amputer de sa richesse psychologique. Au prix de quelques adaptations, bienvenues comme parfois malencontreuses, nous sommes plongés, dès l’ouverture, au cœur du système carcéral américain, déshumanisé, violent, aseptisé. La vidéo, en gros plan, nous présente, sans les nommer, Florestan subissant les violences de ses gardiens (1), puis Leonore se muant en Fidelio, anticipant le drame. Force est de souligner l’intelligence de cette vidéo, virtuose, inventive, parfois redondante (2) et invasive, distrayant l’attention portée à la musique. Au prix de quelques transformations, un cadre unique prévaudra durant les deux actes. La mise en scène, sans réelles surprises, use de tous les moyens, quasi codifiés, empruntés au cinéma et aux séries. Quelques panneaux mobiles, alignés ou séparés, structurent l’espace et servent de support aux projections : gros plans des visages et des corps tourmentés, pavés d’écrans de caméras de vidéosurveillance etc. Les portes des cellules s’alignent de chaque côté, l’espace central sera celui des déambulations parmi lesquelles les protagonistes se retrouveront.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MIR7502-Fidelio-Opera-de-Dijon-%C2%A9-Mirco-Magliocca-1294x600.jpg" />© Mirco Magliocca</pre>
<p>La mise en scène fait le choix de l’horizontalité, alors que le monde de Beethoven s’articule des profondeurs du cachot à la lumière. A ce propos, l’intensité des éclairages, des écrans, nous prive de l’opposition de l’obscurité à la clarté céleste. Cet univers carcéral est toujours froid, même lorsque les prisonniers sont censés trouver l’éclat du jour, ou au dénouement. L’oppression y est constante et l’étonnant ajout d’enfants n’humanise pas pour autant l’heureuse fin. Pas d’entracte pour maintenir la tension dramatique. C’est au nom de cette tension que les textes parlés ont été largement amputés, parfois déformés, ou adaptés au contexte (3) : La vivacité, le rythme d’une série américaine, à laquelle renvoie la vidéo, qui amplifie de façon hyperréaliste la violence et les sévices de Florestan, y compris son exécution par injection létale.</p>
<p>Point de routine :  Le chef, <strong>Adrien Perruchon</strong>, comme l’orchestre abordent l’ouvrage pour la première fois. L’ouverture, ample, pathétique, fougueuse, est bien en place. La marche marquant l’entrée de Pizarro, vivace, prend ici un tour guilleret. Si on note quelques décalages internes et imprécisions, ils n’altèrent pas la vision que porte la direction, attentive aux voix. Il faudra attendre l’introduction de l’air de Marzelline (<em>O wär ich schon mit dir vereint</em>) pour que les cordes trouvent la plénitude attendue et que l’équilibre entre la fosse et le plateau se réalise.</p>
<p>Le chœur, où les hommes sont évidemment les plus engagés, se montre exemplaire. Attendu, celui des prisonniers fait toujours son effet. Le tableau final (3) leur réserve le meilleur : les femmes des détenus, les rejoignent depuis la salle, pour s’aligner devant la herse grillagée qui les en sépare et disparait enfin. Chacun renonce à sa condition, dont l’uniforme était la marque, pour une union fraternelle. Mais l’émotion n’est pas au rendez-vous.</p>
<p>L’ouvrage, bien davantage que ses contemporains ou modèles, exige des voix amples et souples, longues, d’une large tessiture. Totalement renouvelée par rapport aux représentations de l&rsquo;Opéra Comique et de Nice, la distribution, sans faille, est exemplaire, de Leonore aux rôles épisodiques. D’autre part, le <em>Singspiel</em> exige une élocution allemande et un jeu dramatique affirmés pour assurer les nombreux dialogues parlés. Même si l’aisance n’est pas également partagée par les chanteurs, la crédibilité de leurs personnages n’en souffre pas.</p>
<p>La soprano irlandaise<strong> Sinead Campbell Wallace</strong>, familière de l’emploi, nous vaut une Leonore rare, sans doute à marquer le rôle, tant son chant et son jeu sont exceptionnels de vérité, de naturel. Le timbre, les couleurs, les solides graves, l’agilité comme la longueur de voix, tout est là, l’émotion constante. Son grand air du premier acte est bouleversant. L’autre rôle confié à une voix de femme, celui de Marzelline, est trop souvent réduit à celui d’une soubrette. C’est une prise de rôle pour <strong>Martina Russomanno</strong>, jeune cantatrice, issue de l’Académie de l’Opéra national de Paris, et déjà remarquée pour la qualité de ses interprétations (4). Svelte, fraîche, sensible, ses moyens vocaux et dramatiques exceptionnels lui permettent de camper un personnage attachant, palpitant. Nous tenons là une voix plus que prometteuse. Rocco est confié à <strong>Mischa Schelomianski</strong>, basse de luxe que les maisons d’opéra s’arrachent. On se souvient, entre autres, de ses incarnations de Sparafucile (à Metz), puis de Polkan (<em>le Coq d’or</em>, revisité par Koskie à Lyon). Sa composition est magistrale : un large médium, des graves solides, sans ostentation, pour un Rocco pétri d’humanité, dont il faudrait citer toutes les interventions.</p>
<p><strong>Maximilian Schmitt</strong> après la 2<sup>e</sup> de Mahler donnée ici même il y a un an, revêt ce soir les habits de Florestan. Il l’avait enregistré (dans sa première version) avec René Jacobs. Les aigus en voix de tête, d’une extrême douceur, s’accordent bien au misérable prisonnier. Son unique récitatif et air, qui ouvre le II, de sa prière initiale à l’état second, allègre, est d’une grande beauté. Le Pizarro d’ <strong>Aleksei Isaev</strong>, dont le répertoire se partage entre Verdi et l’opéra russe, est brut, brutal. Il a le mordant, la projection, la santé vocale qui lui permettent d’animer ce personnage maléfique. Autre basse, au caractère radicalement opposé, Fernando est <strong>Edwin Crossley Mercer</strong>, apprécié depuis son Don Giovanni ici même il y a dix ans. La voix est claire, noble et stylée. Le pauvre Jaquino est <strong>Léo Vermot Desroches</strong>, le Bisontin – familier de Dijon – qui conduit une belle carrière. Pauvre à double titre, puisque Marzelline s’en détourne, mais aussi et surtout car le rôle est ici tronqué par la mise en scène.  Son duo, frémissant, où Marzelline l’éconduit confirme ses talents mozartiens. Pas moins de sept ensembles émaillent l’ouvrage. Dès le quatuor en canon (<em>Mir ist so wunderbar</em>), la cause est entendue : la complicité entre les chanteurs est totale. Du premier duo à l’ample finale avec chœur, c’est vocalement un constant régal.</p>
<p>Une production luxueuse, intelligente et froide, dont la beauté visuelle est rare, où la musique semble captive de l’enfermement carcéral.</p>
<pre><strong> </strong>(1) Alors que le livret ne le fait apparaître scéniquement qu'au second acte. Il nous y est présenté comme tenu au secret, à l'insu des autres prisonniers et des gardiens, Rocco étant seul chargé de le surveiller et de le nourrir.
(2) Ainsi, lorsque Florestan, dans son air qui ouvre le II, évoque la figure angélique de Leonore, était-il besoin que la vidéo nous en projette le regard ? Lorsque Fidelio, supposée descendre au cachot, ne parvient pas à en distinguer les traits, pourquoi l’exposer à la lumière la plus vive ? De multiples invraisemblances auraient pu être évitées.
(3) Ainsi, avant son duo avec Rocco, Pizarro,cherchant à l'amadouer, lui propose-t-il « Whisky ? Vodla ? Champagne? ». Plus question de cachot, de fosse ou de citerne, bien sûr. La scène 7 du premier acte, où le malheureux Jaquino est éconduit par Marzelline disparaît, la suivante est réduite au strict minimum. Les coupures nous privent largement de ce qui enrichit la psychologie des personnages et façonne leurs relations. La main était lourde.
(4) Le chœur de la version finale combinait celui des prisonniers à celui du peuple. Ici, le choix a été de lui substituer le quintette avec chœur de <em>Leonore</em>.
(5) Eudoxie, de <em>La Juive</em> à Turin ; Drusilla, du <em>Couronnement de Poppée </em>; à 14 ans, elle était déjà la vedette de la série <em>In Tour</em> diffusée par Disney Channel…</pre>
<p><strong> </strong></p>
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		<item>
		<title>VAN BEETHOVEN, Fidelio — Boulogne-Billancourt</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/fidelio-boulogne-billancourt-deconstruit-ou-abouti/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 17 May 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On allait voir ce qu’on allait voir ! Sans être bien sûr de savoir à quoi s’attendre on se dirigeait, ce samedi, vers la Seine Musicale avec l’intuition que ce Fidelio serait placé sous le sceau d’une certaine volonté de déconstruction ; c’est que David Bobée est célèbre pour ses collaborations avec Virginie Despentes, ses relectures tranchantes &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On allait voir ce qu’on allait voir ! Sans être bien sûr de savoir à quoi s’attendre on se dirigeait, ce samedi, vers la Seine Musicale avec l’intuition que ce <em>Fidelio </em>serait placé sous le sceau d’une certaine volonté de <em>déconstruction </em>; c’est que <strong>David Bobée</strong> est célèbre pour ses collaborations avec Virginie Despentes, ses relectures tranchantes de <em>Lucrèce Borgia</em> avec Béatrice Dalle ou d’<em>Elephant Man </em>avec Joey Starr (lequel comptait d’ailleurs parmi ses invités en ce soir de première, et semblait moins préoccupé par la partition de Beethoven que par le souci de faire des Hauts-de-Seine un nouveau cluster épidémique en expectorant à gorge déployée tout au long de la représentation). Et <em>Fidelio</em>, avec sa célébration de l’émancipation et le visage singulier de son héroïne sur fond de détentions arbitraires et de violence carcérale, peut ouvrir de larges perspectives de relectures</p>
<p>En quittant son fauteuil, c’est pourtant le mot « sagesse » qui nous revenait inlassablement en tête pour résumer nos impressions. Sagesse du dispositif scénique, au demeurant assez esthétique : un décor unique à la verticale, composé de larges gravats entourant la trappe qui mène à la geôle de Florestan, qui ne tire pas vraiment parti de la spécificité consistant à représenter un opéra dans une salle de concert plutôt que dans un théâtre. Sagesse de la direction d’acteurs, peut-être en raison de ce même dispositif scénique, puisque les chanteurs, qui évoluent le plus souvent sur les gravats de cet espace désolé, n’ont pas beaucoup d’espace pour interagir directement, et ne semblent pas guidés par un regard très radical sur l’œuvre. Sagesse enfin des projections vidéo, passant de figures géométriques pendant l’ouverture à de discrètes évocations de Florestan à l’acte I. Pas de quoi bouder son plaisir : le spectacle, présenté sans entracte, garde pour lui sa fluidité, que viennent suspendre quelques images saisissantes, celle des prisonniers en ombres chinoises escaladant le fond de scène pendant « Oh welche Lust » n’étant pas la moins marquante.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="313" src="/sites/default/files/styles/large/public/fidelio_4.jpg?itok=XTpOSSHM" title="© La Seine Musicale" width="468" /><br />
	© La Seine Musicale</p>
<p>Il a pour autre vertu de mettre en valeur une troupe de chanteurs enthousiasmante. Dans le rôle éponyme, la soprano irlandaise <strong>Sinéad Campbell-Wallace</strong> impose un touchant portrait de femme : au diapason d’une présence scénique féline, son timbre aux reflets mordorés, efficacement projeté par un vibrato large mais contrôlé, vient sans faiblir à bout de cette partition éprouvante. Non moins assassin est le rôle de Florestan ; non moins convaincant s’y révèle <strong>Stanislas de Barbeyrac</strong>. Dès le long crescendo par lequel il entame son air d’entrée, il dessine un personnage infiniment touchant, clair de timbre, parfois contraint dans les changements d’émission, mais jamais fragilisé, jusque dans les éclats du final. Face au digne Rocco de <strong>Christian Immler</strong>, <strong>Sebastian Holecek</strong> pourra sembler caricatural à ceux qui aiment leur Pzizaro phrasé comme un Jesus-Christ de la <em>Passion selon Saint-Matthieu</em> ; il faut au contraire lui savoir gré de rester musical, tout en incarnant un méchant digne de nos meilleurs nanars. La Marzelline juvénile mais sonore d’<strong>Hélène Carpentier</strong>, le Jacquino dynamique de <strong>Patrick Grahl</strong> et l’élégant Don Fernando d’<strong>Anas Seguin</strong>, à l’impeccable stature vocale et scénique, complètent une distribution de laquelle on s’en voudrait d&rsquo;exclure les choristes. Car fidèle à sa réputation, le <strong>Chœur Accentus</strong> fait ici figure de véritable protagoniste, qui dispense d’exquises nuances dans le final du I aussi bien que les accents triomphaux qui emportent celui du II. De nuances, il est également question dans le geste de <strong>Laurence Equilbey</strong>. Si elle opte pour des tempi globalement modérés et qu’elle insère un plaisant <em>rallentando </em>entre les deux parties de « Hat man nicht auch Gold beineben » , c’est pour mieux mordre dans la chair du drame quand celui-ci se fait plus prégnant – tout le deuxième acte passe ainsi comme l’éclair. Son <strong>Insula Orchestra</strong> ne nous épargne certes pas une certaine sécheresse ni, dans « Abscheulicher », les défaillances dont les cors naturels sont coutumiers mais, en vaillant dramaturge, il donne à cette soirée le souffle et la sève qui scellent sa réussite.</p>
<p> </p>
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			</item>
		<item>
		<title>VON WEBER, Der Freischütz — Ratisbonne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/der-freischutz-ratisbonne-un-pour-tous-tous-pour-un/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Jul 2019 22:19:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Fin de représentation émouvante ce soir-là à Ratisbonne. Après les derniers applaudissements, le Generalmusikdirektor s’avance sur scène, micro et paquets-cadeaux en main et délivre en toute simplicité à deux membres de la troupe de l&#8217;opéra un adieu émouvant et quelques mots sortis du cœur. En effet, Sinéad Campbell-Wallace, l’Agathe de la soirée, se voyait remerciée &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/der-freischutz-ratisbonne-un-pour-tous-tous-pour-un/"> <span class="screen-reader-text">VON WEBER, Der Freischütz — Ratisbonne</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Fin de représentation émouvante ce soir-là à Ratisbonne. Après les derniers applaudissements, le Generalmusikdirektor s’avance sur scène, micro et paquets-cadeaux en main et délivre en toute simplicité à deux membres de la troupe de l&rsquo;opéra un adieu émouvant et quelques mots sortis du cœur. En effet, <strong>Sinéad Campbell-Wallace</strong>, l’Agathe de la soirée, se voyait remerciée pour une année passée en Bavière (où elle fut la première Dame, mais aussi Floria Tosca) ; de son côté, <strong>Jongmin Yoon</strong> (qui chantait Kuno), venait d’achever sept années dans la troupe et s’en allait rejoindre Mannheim après plus de 320 représentations à Ratisbonne (König Marke, Leporello, Daland, Sarastro entre bien d’autres). Deux noms que vous ne connaissez sans doute pas, deux chanteurs de troupe, presque anonymes : ils n’ont pas de site internet, ils n’ont pas de calendrier booké sur 3 ans, ils ont un périmètre de production très limité, ce sont les chanteurs vaillants, éléments indispensables pour que des maisons d’opéra à rayonnement régional comme celui de Ratisbonne puissent dispenser le répertoire à un public large et à des tarifs imbattables. Qu’il était juste cet hommage !</p>
<p>Nous assistons donc à la dernière représentation de la saison du <em>Freischütz</em>, dont la première avait eu lieu en mai de cette année. Ce soir-là, tous les protagonistes sont membres de la troupe et on se dira, en quittant la Bismarckplatz accablée par la canicule, que décidément la troupe a du bon.</p>
<p><strong>Mathias Reichwald</strong>, qui met en scène, prend un parti et s’y tient jusqu’au bout : placer Samiel en tête d’affiche. C’est lui, l’esprit maléfique, qui tirera les ficelles, y compris celles de ses deux proies de choix, Kaspar et Max, sans cesse accompagnés sur scène par de biens morbides pantins à leur ressemblance. Dès l’ouverture Samiel apparaît en <em>deus ex machina</em>, shiva à 8 bras qui va diriger son monde du début à la fin. Elle tient sous son emprise Kaspar bien sûr, mais aussi Max, l’ermite et Ottokar et il s’en faut de peu qu’Agathe elle-même plonge dans ses filets. Lecture pertinente, cohérente, sombre. Dans la fameuse scène de la Wolfsschlucht, Kaspar apparaîtra attaché dans une salle de torture et au moment  où la sixième balle est fondue, c’est Max qui, comme par magie, prendra sa place, actant par là sa soumission définitive aux forces du mal. Dommage toutefois que dans sa vision, Reischwald ait cru bon de gratifier Samiel de longs monologues visant à expliciter l’action, à la commenter, rendant du coup superflus les sur-titres, réduits à la plus simple expression du résumé de l’action : autant dire parfaitement inutiles. Certes le texte ajouté est magnifique et à-propos puisqu’il s’agit d’extraits du <em>Wallensteins Lager </em>de Schiller, dont l’action se déroule elle aussi durant la guerre de Trente Ans, mais on évitera d’autant moins l’impression de surcharge que <strong>Andine Pfrepper</strong>, Samiel d’un soir et qui joue fort bien la perversité diabolique, est sonorisée et que ses monologues lyriques se superposent parfois à l’orchestre. Cette vision bien sombre d’un drame qui voit en sa conclusion une ultime victoire satanique, est remarquablement servie par des décors soignés et des éclairages somptueux de <strong>Martin Stevens</strong>.</p>
<p><em>Der Freischütz</em> ne recèle pas d’immenses difficultés vocales mais contient quelques jalons attendus par l’amateur. On guette l’air d’entrée de Max, les deux arias de Agathe, ceux de Ännchen, le chœur des chasseurs, on surveille le diabolisme rampant de Kaspar et le final concentré de l’Ermite. Ce soir-là, c’est sans conteste le deuxième acte qui emporte la plus franche adhésion avec une prestation remarquée de nos deux dames. <strong>Saria-Maria Saalmann</strong> est une Ännchen espiègle et fine à souhait. Elle sait tout faire en chantant et le fait admirablement sans jamais perdre le fil. Voix assurée, virile parfois, timbre moins enthousiasmant peut-être mais une belle technique qui la rend maîtresse de sa partition. On pourra dire la même chose de sa prestation dans son aria au III. Agathe était <strong>Sinéad Campbell-Wallace</strong>. On n’ira pas jusqu’à lui reprocher de se lancer dans son « Leise, leise, fromme Weise » comme dans un air de concert, avec toute la concentration nécessaire face à la longueur et la difficulté réelle du morceau. Car il s’agit bien là d’un véritable air de concert. Alors, tant pis si son jeu de scène est réduit à la portion congrue. Elle est toute application, réussit de très beaux pianissimi et ravit le public par sa générosité. Là aussi une belle performance réitérée au III. Ajoutons un duo ajusté Agathe/Ännchen au début du II.</p>
<p>Chez les hommes, on retiendra essentiellement la belle prestation de <strong>Seymour Karimov</strong> dans le rôle de Kaspar. Un baryton assuré, timbre agréable, jeu de scène parfait. La très courte partie de l’ermite de <strong>Selcuk Hakan Tirasoglu </strong>est elle aussi réussie. Difficile d’entrer sur scène dans les dix dernières minutes et d’être immédiatement d’attaque. C’est pourtant ce que réussit cette basse bien sombre et profonde, au timbre chantant malgré un vibrato peut-être trop audible. Le Max de<strong> Denis Yilmaz </strong>nous aura moins enthousiasmé. On sent que la partition est une épreuve pour lui, épreuve dont il se tire très honorablement mais sans facilité.</p>
<p>Les chœurs sont d’importance dans cette pièce champêtre et il n’y a pas que le « Jägerchor » du III qui capte l’attention. C’est en tout cas ce morceau de choix que le chœur de l’opéra de Ratisbonne aura le mieux réussi. Il aura su retrouver une cohésion et une concentration qui auront fait défaut dans les actes précédents. La direction d&rsquo;orchestre de <strong>Alistair Lilley </strong>est en soi irréprochable dans la conduite d’ensemble de la partition mais on sera en droit de regretter quelques bévues des cors et un violoncelle mal accordé pour la cavatine d’Agathe au III.</p>
<p>On avait le sentiment, au sortir de cette représentation du <em>Freischütz,</em> que c’est l’esprit de troupe qui faisait -plutôt bien- vivre l’opéra dans cette ville moyenne d’une région (la Bavière) où l’opéra ne manque pas de places fortes. Symptomatique à cet égard auront été les saluts en fin de représentation : ici, on salue d’abord en troupe avant de brefs rappels individuels. Foin du star system où l’on mesure pour chacun la durée des applaudissements, les bravi et les éventuelles huées. Ici c’est un pour tous et tous pour un.</p>
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