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	<title>Charles CASTRONOVO - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Charles CASTRONOVO - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>GOUNOD, Roméo et Juliette &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Feb 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La soirée commence avec l’annonce du décès de José van Dam par le Directeur de la maison qui, après un bref hommage, dédie le concert à la mémoire du baryton disparu. Ce concert, coproduit par le Théâtre des Champs-Élysées et Les Grandes Voix, réunit une distribution globalement homogène notamment pour les seconds rôles remarquablement tenus. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La soirée commence avec l’annonce du décès de José van Dam par le Directeur de la maison qui, après un bref hommage, dédie le concert à la mémoire du baryton disparu. Ce concert, coproduit par le Théâtre des Champs-Élysées et Les Grandes Voix, réunit une distribution globalement homogène notamment pour les seconds rôles remarquablement tenus. <strong>Maurel Endong</strong> et <strong>Abel Zamora</strong> campent leurs personnages avec conviction et des moyens adéquats. Notons l’intervention convaincante de <strong>Matthieu Gourlet</strong> au début du cinquième acte. Doté d’une voix bien projetée, le Pâris de <strong>Yuriy Hadzetskyy</strong> ne passe pas inaperçu. <strong>Julien Ségol</strong> possède l’autorité qui convient au Duc de Mantoue, dommage que sa voix au medium sonore, plafonne dans l’aigu. <strong>Marc Barrard</strong> interprète le père Capulet avec sa bonhommie coutumière. <strong>Marie-Ange Todorovitch</strong> tire son épingle du jeu dans le rôle de Gertrude grâce à son timbre cuivré qui a conservé son volume, et une diction exemplaire. Le rôle du page est impeccablement servi par <strong>Éléonore Pancrazi</strong> qui se montre tour à tour espiègle et téméraire. Son air « Que fais-tu blanche tourterelle » est chanté avec goût et des ornementations précises, mais pourquoi n’a-t-elle eu droit qu’à un seul couplet ? Dès son entrée en scène, <strong>Léo Vermot – Desroches</strong> capte durablement l’attention. Le ténor possède une belle présence, un timbre séduisant et une ligne de chant d’une bonne tenue, au point que l’on regrette que son rôle ne soit pas plus développé. <strong>Philippe-Nicolas Martin</strong> s’inscrit d’emblée dans la lignée des Mercutio qui ne laissent pas indifférent. Son air de la reine Mab est chanté avec une précision et une vélocité exemplaires. <strong>Paul Gay</strong> est un Frère Laurent de grande classe. Sa voix large et profonde convient idéalement à ce personnage solennel et foncièrement bon.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Romeo-et-Juliette-19-fevrier-2026-Theatre-des-Champs-Elysees-c-Tom-Gachet-16-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-208730"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Tom Gachet</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Kathryn Lewek</strong> et <strong>Charles Castronovo</strong> forment un couple parfaitement idoine sur le plateau, leur allure, leurs regards, leurs gestes de tendresse sont tout à fait en situation, en revanche leurs voix peinent à s’accorder harmonieusement. Le rôle de Roméo est-il encore adapté aux moyens actuels du ténor ? En début de soirée, la voix a paru engorgée dans le medium avec un aigu souvent négocié en force, notamment dans la dernière partie de son air « Ah ! Lève-toi, soleil ! ». D’autre part Castronovo évite prudemment de lancer le contre-ut, certes non écrit, à la fin du quatrième acte. Fort heureusement, son cinquième acte, tout à fait émouvant, lui vaut d’être copieusement applaudi au salut final. Contrairement à lui <strong>Kathryn Lewek</strong> s’est montrée parfaitement à l’aise sur toute l’étendue de sa tessiture dès son entrée en scène. On ne sait qu’admirer le plus, ses aigus brillants émis avec une facilité déconcertante, son medium pulpeux, la précision de ses vocalises dans son air du premier acte ou les infinies nuances dont elle parsème sa ligne de chant. Au quatrième acte elle livre un air dit « du poison » absolument spectaculaire avec une véhémence inouïe et des graves sonores, qui lui vaut une longue ovation bien méritée. Saluons également les belles interventions des chœurs, toujours en situation, préparés avec soin par <strong>Frédéric Pineau</strong>. Au pupitre, <strong>Clelia Cafiero</strong> propose une direction élégante et sobre, respectueuse des chanteurs. Toujours attentive à l’équilibre entre voix et orchestre, elle met en valeur le lyrisme des duos d’amour et souligne avec efficacité, mais sans effets gratuits, le dramatisme de l’air du poison.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-paris-tce/">GOUNOD, Roméo et Juliette &#8211; Paris (TCE)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>PUCCINI, La Bohème – Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-boheme-paris-bastille-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 15 Sep 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Que reste-t-il du scandale de La Bohème de Claus Guth, huit ans après sa création ? Pas grand-chose si on en croit la réaction enthousiaste de la salle, bien remplie pour cette soirée d’ouverture de la saison lyrique de l’Opéra de Paris. Il faut dire qu’une fois les esprits refroidis et parvenus à la quatrième &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Que reste-t-il du scandale de <em>La Bohème</em> de <strong>Claus Guth</strong>, huit ans après sa création ? Pas grand-chose si on en croit la réaction enthousiaste de la salle, bien remplie pour cette soirée d’ouverture de la saison lyrique de l’Opéra de Paris. Il faut dire qu’une fois les esprits refroidis et parvenus à la quatrième présentation de cette production, on se rend compte que celle-ci n’est pas aussi iconoclaste qu’on a pu le penser (elle a connu de menus ajustements). Ce qui nous frappe ce soir, c’est à quel point la dimension spatiale s’affaiblit après l’entracte, accentuant l’impression, fugace jusque-là, que, si la scénographie nous amène bien loin du Quartier latin, la mise en scène à proprement parler (la façon d’occuper l’espace scénique) est finalement très proche d’une <em>Bohème</em> traditionnelle : les quatre amis font leurs numéros, la neige tombe sans fin, Musetta chante en exhibant sa jambe, on souffle (lourdement) une bougie lors du finale (comme si l’orchestre déchaîné ne faisait pas déjà entendre les trompettes du destin). Les deux premiers actes, inscrits dans le vaisseau spatial en perdition, sont nécessairement marqués par la claustration et la froideur d’un monde où l’on ne trouve le bonheur que dans son imagination : il n’y a pas là de trahison magistrale du livret, hormis la scène de ventriloquisme du cadavre de Benoît. Mais une fois le crash du vaisseau survenu, l’espace n’est plus qu’une toile de fond dans les deux derniers actes pour des chanteurs qui jouent tout en avant-scène. Alors au bout du compte restent une scénographie spectaculaire, un déplacement pas si radical que ça qui fonctionne parfois assez bien pour suggérer une déréliction diffuse, et quelques détails confus qui remplissent sans rien apporter (le cortège funèbre de Mimi, le mime qui truste la scène jusqu’au finale, les échanges de vêtement entre Rodolfo et son double).</p>
<p>Une conséquence inattendue de ce regard rétrospectif <em>in articulo mortis</em> sur l’histoire d’amour entre Mimi et Rodolfo est de porter un coup au paradigme de la petite femme puccinienne. Ici Mimi a presque un sort enviable, elle repose en paix dans un monde passé bercé d’une lumière douce, un monde de cabaret et de robes rouges, rempli de références enfantines ; elle échappe à la faillite mystérieuse, à l’agonie glacée et désespérée de Rodolfo et de ses amis. Cela rééquilibre la dynamique des sexes et gomme ce que <em>La Bohème</em> peut avoir d’anecdotique dans son déroulé narratif. Il n’est pas sûr que cette production ait un jour des thuriféraires, mais elle n’a plus, de toute évidence, de vrais détracteurs.</p>
<p>S’il y avait une raison d’applaudir au tombé de rideau, c’était pour acclamer <strong>Domingo Hindoyan</strong>, qui nous fait penser que <em>La Bohème</em> gagnerait à être plus souvent envisagé comme un opéra de chef. Il fait chanter le flux foisonnant de l’orchestre de Puccini, en accordant son importance à chacune des cellules mélodiques qui s’entrelacent avec complexité, sans rien négliger du drame. Les tempi sont très convaincants et Hindoyan parvient à moduler le son de l’orchestre pour créer de vraies atmosphères aux teintes franches (on croit parfois entendre des grandes orgues dans la fusion parfaite des timbres de l&rsquo;harmonie et des cordes). La plénitude et le phrasé de l’orchestre de l’Opéra de Paris rappelle que, si <em>La Bohème</em> est un opéra limité en termes d’action, on trouve dans l&rsquo;orchestre les événements et la progression qui manquent au livret. Un bémol cependant : les deux premiers actes sont émaillés de décalages plutôt légers mais audibles, notamment avec les chœurs au deuxième acte.</p>
<p>Le plateau vocal est globalement solide mais sans rien de franchement saillant. Le trio des amis de Rodolfo est très bien servi : on aime toujours autant la voix puissante et claire d’<strong>Étienne Dupuis</strong>, qui campe un Marcello crédible et attachant. En Colline, <strong>Alexandros Stavrakakis</strong> fait des débuts remarqués à Paris : sa voix de basse est exceptionnellement sonore et facile, et sa « Vecchia zimarra » est chaudement applaudie par le public, à juste titre. Le rôle étant moins étoffé, <strong>Xiaomeng Zhang</strong> se démarque moins en Schaunard mais livre une prestation très soignée. La Musetta idoine d’<strong>Andrea Carroll</strong> bénéficie de son timbre clair malgré des si aigus attaqués par en-dessous un peu trop laborieux pour être intégrés à la ligne de chant dans « Quando m’en vo ». On apprécie cependant sa présence scénique dans le dernier acte.</p>
<p>En Rodolfo, <strong>Charles Castronovo</strong> a semblé en difficulté pour la première. « Che gelida manina » le surprend sans mediums et sans graves, comme s’il s’économisait, avec des aigus tendus qui ne semblent pas totalement sous contrôle et un contre-ut qui sort sans brillant, de telle sorte qu’il opte pour la version sans aigu extrapolé de « O soave fanciulla ». Surtout, il semble au premier acte en désaccord avec le tempo du chef qui résiste, ce qui occasionne, sinon de gros décalages, un manque de symbiose regrettable dans toute la scène de la rencontre. Il semble moins gêné dans les deux derniers actes, sans que l’on ait le sentiment d’une aisance suffisante pour permettre une incarnation totale du poète parisien.</p>
<p>Enfin <strong>Nicole Car</strong> est une Mimi solide, qui convainc par ses indéniables qualités de chanteuse. Une direction d’acteur plus soignée aurait sans doute pu tirer plus de cette artiste qu’on sait être par ailleurs bonne actrice : la scénographie des deux premiers actes semble l&rsquo;engoncer, mais elle trouve plus d&rsquo;aisance scénique par la suite. Passés des aigus un peu tendus au début de la soirée (qui font que « Si, mi chiamano Mimi » n’a pas la grâce suspendue qu’on aime y trouver), on apprécie son art du legato et son émission assurée ; c&rsquo;est elle qui offre au troisième acte le premier moment d&rsquo;émotion de la soirée.</p>
<p>En sentant son cœur se dérober lors du finale irrésistible, alors qu’on fait face à des amants séparés de vingt mètres qui ne se regardent pas et sont situés de part et d’autre de débris lunaires sous le regard d’un mime en tenue de deuil, on a surtout envie de saluer une fois encore le sens impeccable du drame dont était doté Puccini. Il assure le succès d’une œuvre qui demeure bouleversante dans presque toutes les situations – surtout quand le chef est au rendez-vous.</p>
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		<item>
		<title>VERDI, Macbeth &#8211; Salzbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-macbeth-salzbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Revoir une production qu’on a beaucoup aimée et qui a laissé des traces pérennes dans les mémoires, c’est évidemment prendre le risque de la déception ; confronter des souvenirs enthousiastes à la réalité peut parfois s’avérer douloureux. Rien de tel pourtant ici, et tout ce que j’écrivais avec ferveur il y a deux ans sur le &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Revoir une production qu’on a beaucoup aimée et qui a laissé des traces pérennes dans les mémoires, c’est évidemment prendre le risque de la déception ; confronter des souvenirs enthousiastes à la réalité peut parfois s’avérer douloureux. Rien de tel pourtant ici, et <a href="https://www.forumopera.com/wp-admin/post.php?post=139413&amp;action=edit">tout ce que j’écrivais avec ferveur</a> il y a deux ans sur le Macbeth mis en scène par <strong>Krzysztof Warlikowski</strong>, j’y souscris toujours aujourd’hui, entièrement.</p>
<p>Je prendrai donc la liberté de renvoyer le lecteur à mon article d’alors pour tout ce qui a trait à la description du spectacle et aux intentions du metteur en scène : c’est le désir inassouvi d’une descendance qui conduit le couple Macbeth à l’escalade d’exactions nécessaires pour prendre le pouvoir, pour le garder et qui conduit ensuite à la déchéance puis à la folie, si bien décrites par la mise en scène. Est-ce le fait que l’effet de surprise n’y est plus, ou qu’on s’habitue aux pires horreurs, les outrances du spectacle m’ont paru moins criantes, moins gratuites que lorsque je les ai vues pour la première fois. D’autres références cinématographiques me sont aussi apparues, au-delà des citations explicites tirées de Pasolini, on ne peut pas ne pas penser, par la façon dont sont traités les enfants, comme des adultes en miniature, à Peter Greenaway dans <em>Le cuisinier, le voleur sa femme et son amant</em>.</p>
<p>L’obsession des chemises tachées de sang, d’un sang qui n’est soluble dans rien et qui finit par maculer tant Lady Macbeth que son mari comme image de la faute originelle, les références à la fuite en Égypte ou au massacre des Saints Innocents filmés par Pasolini, bref les références bibliques, me sont aussi apparues plus clairement à la deuxième vision. Mais tout cela ne fait que confirmer l’impression générale d’un spectacle extrêmement riche, où il se passe sans cesse plusieurs choses à la fois, où chaque détail fait sens, le tout porté à l’échelle grandiose du Grosses Festspielhaus (près de 2.200 places) dont Warlikowski élargit encore l’espace en utilisant abondamment les deux proscéniums situés de part et d’autre de la scène principale pour y disposer les chœurs.</p>
<p>Et si sur la scène, quasi rien n’a changé, qu’en est-il de la distribution ?</p>
<p>Dominant largement le casting vocal, <strong>Asmik Grigorian </strong>(Lady Macbeth) reste éblouissante, totalement investie dans le rôle. Sa prestation ne connait aucune faiblesse, on pourrait citer chacun de ses airs comme un exemple de présence à la fois vocale et scénique. Elle éblouit sans cesse par sa solidité, sa projection et sa détermination à incarner le rôle de façon radicale, c’est à cela (notamment) qu’on reconnait les grands artistes.</p>
<p>On retrouve aussi le Macbeth de <strong>Vladislav Sulimsky, </strong>avec les mêmes petites réserves qu’en 2023, ayant trait principalement à une voix moins puissante qu’attendu, mais qui se développe en cours de représentation, alors que la mise en scène le montre de plus en plus diminué physiquement, coincé dans un fauteuil roulant. Son appel à prendre les armes, à la fin de l’acte IV est à la fois poignant et dérisoire, magnifique. Toujours investi du même rôle de Banco, <strong>Tareq Nazmi</strong> fait une très forte impression vocale, il dépasse en volume et en impact la prestation de Sulimsky, avec une surprenante richesse de timbre. L’air « come dal ciel precipita » dans lequel il prend congé de son fils au début de l’acte II est magnifique de noblesse, à la fois poignant et somptueux.</p>
<p>Mais il y a aussi des nouveaux venus dans cette production : les deux ténors <strong>Charles Castronovo</strong> (Macduff) et <strong>Davide Tuscano </strong>(Malcolm) ne figuraient pas dans la distribution initiale. L’américain Charles Castronovo, né à New-York mais qui a fait ses études en Californie, a fait forte impression. La voix s’impose facilement, brillante et claire, et il a une sorte d’autorité naturelle qu’il transmet généreusement au rôle. Tuscano, italien comme son nom l’indique, voix puissante également, au caractère plus réservé, a déjà abordé dans sa jeune carrière plusieurs rôles verdiens, dont il semble vouloir se faire une spécialité. La jeune mezzo moldave <strong>Natalia Gavrilan</strong> complète impeccablement la distribution dans le rôle de la femme de chambre de Lady Macbeth.</p>
<p>La prestation des chœurs est remarquable de bout en bout, par la masse des troupes réunies, tout d’abord, qui débordent de partout et forment une cohorte compacte très impressionnante, par la qualité du travail de détail ensuite, très perceptible par exemple dans le magnifique chœur aux accents patriotiques « Patria oppressa » au début de l’acte IV, qui voit les écossais dénoncer la tyrannie de Macbeth devant un décor vidéo d’arbres agités par les vents. A ce chœur très vaste, sont encore adjoints un nombre considérable de figurants, dont énormément d’enfants, très présents dans cette mise en scène, et tous dirigés très sobrement (sauf au moment des saluts, où visiblement ces malheureux n’avaient pas reçu de consigne…).</p>
<p>C’est un <strong>Philippe Jordan</strong> très à son aise qui dirige le Philharmonique de Vienne, excusez du peu, la qualité des orchestres étant, en plus des castings fabuleux, un des atouts non négligeables de Salzbourg. Et il faut sans doute attribuer à la chaleur ambiante les quelques écarts d’intonation entendus aux cuivres tout au début de la soirée, vite corrigés pas la suite.</p>
<p>Alors que toute l’équipe musicale, solistes, orchestre et chœurs étaient très chaleureusement applaudie, le public volontiers conservateur de Salzbourg a réservé un accueil très mitigé à Warlikowski et sa troupe, on pouvait s’y attendre.</p>
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		<title>WEBER, Der Freischütz – Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-baden-baden/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Déjà proposée au Théâtre des Champs-Élysées il y a quelques jours, cette version de concert du Freischütz est à présent donnée au Festspielhaus de Baden-Baden. Comme à Paris, l’opéra se voit dépouillé de ses dialogues parlés d’origine au profit d’une prose écrite par Steffen Kopetzky en 1971, correspondant au seul rôle de Samiel. Quand bien &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Déjà proposée au <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-paris-tce/?utm_source=refresh&amp;utm_content=1746348510&amp;utm_medium=self&amp;utm_term=age-70532&amp;utm_campaign=auto-refresh-stale-content">Théâtre des Champs-Élysées</a> il y a quelques jours, cette version de concert du <em>Freischütz</em> est à présent donnée au Festspielhaus de Baden-Baden. Comme à Paris, l’opéra se voit dépouillé de ses dialogues parlés d’origine au profit d’une prose écrite par Steffen Kopetzky en 1971, correspondant au seul rôle de Samiel. Quand bien même ce texte est récité avec éclat et une belle énergie par la comédienne <strong>Johanna Wokalek</strong>, cette dernière doit être équipée d’un micro pour emplir l’immense salle badoise et surtout, lui permettre de se mesurer aux solistes. Mais le procédé est artificiel et nuit fortement à la cohérence voire au rythme de l’opéra, sans même s’appesantir sur la nature de ce monologue, pour le moins ronflant et ampoulé. On s’interroge sur les motivations de ce choix : les dialogues parlés n’auraient nui en rien au plaisir pris par les auditeurs, tout en permettant de garantir une progression normale de l’intrigue. En l’état, il ressort une sensation de télescopage, voire de mutilation, d’où surnage une succession d’airs plus beaux les uns que les autres, enfilés comme des perles trop espacées sur leur chapelet. Ce tripatouillage est bien éloigné tant du singspiel que de l’opéra romantique dont Carl Maria von Weber est un éminent représentant. Et pourtant, on sort fasciné de ce spectacle, car cet opéra est un chef-d’œuvre qu’on aimerait entendre plus souvent et il se trouve qu’il a été remarquablement interprété ce soir.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/20250503_DerFreischutz_c-ManoloPress_MichaelBode-2-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-188850"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Manolo Press/ Michael Bode</sup></figcaption></figure>


<p>Si les rôles de <strong>Milan Siljanov</strong> et <strong>Levente Páll</strong> ne sont pas très étoffés, les deux artistes sont tout à fait en phase avec leurs partenaires, tous impeccables. En méchant obligé de conclure un pacte avec le diable pour arriver à ses fins, <strong>Kyle Ketelsen</strong> excelle et instille dans son rôle de belles subtilités qui magnifient le rôle. Au-delà de ses qualités de diction, le baryton-basse américain possède une vraie présence et rendrait plus que sympathique le plus insignifiant suppôt du diable… Rivalisant d’excellence avec lui, la basse coréenne <strong>Jongmin Park</strong>, quoique cumulant les rôles de Kuno et de l’Ermite, n’a droit qu’à de courtes interventions, mais très remarquées. Le timbre est d’une beauté ineffable et les graves d’une profondeur à la sensualité délicate. En comparaison, le Max de <strong>Charles Castronovo</strong> ferait presque pale figure. La diction du ténor américain, régulièrement invité au Festspielhaus, est tout à fait convaincante&nbsp;; l’incarnation du rôle également (en particulier au début de l’opéra, où le jeune homme n’arrive plus à toucher la moindre cible et se fait moquer par son entourage). Mais lorsque le héros reprend pied, on aurait souhaité davantage de puissance et de rayonnement.</p>
<p>La distribution féminine est, quant à elle, un enchantement. La soprano allemande <strong>Nikola Hillebrand</strong> campe une Ännchen absolument délicieuse, minaudant avec art et beaucoup d’humour, trouvant instinctivement les accents adaptés aux développements de son rôle. La facilité apparente de ses aigus brillants et délicats laisse augurer le meilleur pour la suite de sa carrière. Elle accompagne merveilleusement la superbe <strong>Golda Schultz</strong>. La soprano sud-africaine parvient à faire de son Agathe un personnage d’une richesse peu commune. La moindre note est accentuée par des nuances sensuelles, frémissantes ou autoritaires dans les registres les plus variés&nbsp;: de l’amour pur et sincère à la terreur pour finir en soulagement extatique, tant le visage de la cantatrice que ses ornementations nous émeuvent au plus haut point. Les solistes sont soutenus par le <strong>RIAS Kammerchor</strong> dont on ne peut dire que le plus grand bien, tant dans les liesses villageoises que les scènes d’épouvante de la Gorge-aux-Loups. Et l’on s’incline devant le fringuant <strong>Antonello Manacorda</strong> à la tête de la <strong>Kammerakademie Potsdam</strong>, très en forme, dans tous les pupitres. Un vrai régal&nbsp;!</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-baden-baden/">WEBER, Der Freischütz – Baden-Baden</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>WEBER &#8211; Der Freischütz &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/weber-der-freischutz-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Momal]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Donner un Singspiel en version de concert, qui plus est devant un public non-germanophone, tient de la gageure, peut-être encore plus quand il s’agit du Freischütz, opéra aussi bavard qu’il est chantant. Pour ce cycle de représentations commencé hier soir au Théâtre des Champs-Élysées et qui se poursuivra le 3 mai à Baden-Baden, le 5 &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Donner un <em>S</em><em>ingspiel</em> en version de concert, qui plus est devant un public non-germanophone, tient de la gageure, peut-être encore plus quand il s’agit du <em>Freischütz</em>, opéra aussi bavard qu’il est chantant. Pour ce cycle de représentations commencé hier soir au Théâtre des Champs-Élysées et qui se poursuivra le 3 mai à Baden-Baden, le 5 à Potsdam, le choix a été fait de couper tout simplement tous les dialogues parlés, à l’exception de quelques répliques de Max et Kaspar dans la scène de la Gorge-aux-Loups. Décision compréhensible, elle nuit tout de même significativement à la cohésion de l’intrigue, l’opéra étant réduit à des morceaux de musique dont on a du mal, même en connaissant l’œuvre, à saisir d’emblée les enjeux dramatiques, tant tout cela est décousu. L’ajout systématique entre chaque page de musique de textes d’une platitude assez déconcertante, confiés à une comédienne jouant également le rôle de Samiel, ne fait qu’augmenter cette étrange impression de flottement et, disons-le, l’hilarité de certains spectateurs du parterre, visiblement atterrés par ces nouveaux intermèdes parlés.</p>
<p>Heureusement, la distribution rassemblée est d’une telle excellence que l’on consent à passer outre. Des rôles secondaires, on retiendra le Kilian bien chantant de <strong>Milan Siljanov</strong> qui tire son épingle du jeu avec adresse dans ses couplets du premier acte. Au service du rôle de Kaspar, le chasseur ayant conclu un pacte avec Samiel, <strong>Kyle Ketelsen</strong> offre un baryton-basse riche en graves ténébreux d’un bel effet dans son air « Schweig! Schweig! damit dich niemand warnt! », dont il déploie la redoutable coda avec une aisance adéquatement diabolique. Face à lui, le Max de <strong>Charles Castronovo</strong>, en prise de rôle, est un pas de côté quelque peu inattendu dans la carrière d’un ténor fréquentant peu le répertoire allemand. Sa dernière incursion chez Mozart, un Don Ottavio à Londres, date déjà d’il y a trois ans. Malgré tout, son Max au timbre chaud, à la fougue juvénile est convaincant. Son évocation des temps heureux vécus avec Agathe dans « Durch die Wälder, durch die Auen », dans lequel il déploie un délié élégant, est tout à fait séduisante. La jeune <strong>Nikola Hillebrand</strong>, jusqu’à récemment membre de la troupe de l’opéra de Dresde, est une Ännchen délicieuse, piquante et pleine d’humour, dotée d’un timbre fruité et léger. Elle est aussi à l’aise dans le récitatif faussement dramatique «&nbsp;Einst träumte meiner sel’gen Base&nbsp;» que dans le superbe «&nbsp;Trübe Augen », magnifiquement accompagné à l’alto, dans lequel elle fait montre d’une belle sensibilité. À ses côtés, l’Agathe de <strong>Golda Schutz</strong> séduit par la sensualité frémissante de son timbre velouté. Son air « Leise, leise, fromme Weise », tout en retenue et piani suspendus, est bouleversant, tout comme sa prière à l’acte III « Und ob die Wolke sie verhülle ». Que cette maîtrise technique et cette intériorité remarquable ne laissent pas croire que son Agathe est placide ou désincarnée. L’envolée lyrique, si célèbre, à la fin de son premier air est la preuve du contraire, tant elle est frénétique et viscérale. Golda Schutz fait également montre, dans le très court duo d’Agathe et Ännchen, où sa voix et celle de Nikola Hillebrand se marient avec une charmante fraîcheur, d’un piquant et d’une complicité qui ne sont pas sans rappeler une Comtesse et sa Susanne.</p>
<p>Accompagnant cette belle distribution vocale, le <strong>RIAS Kammerchor</strong> est un régal de bout en bout, dans la scène de la Gorge-aux-Loups, bien-sûr, avec ses superbes effets atmosphériques, mais aussi dans les pages plus folkloriques de fête et de mariage. Le chœur d’hommes semblait éprouver un plaisir marqué à chanter le superbe chœur des chasseurs à l’acte III, « Was gleicht wohl auf Erden dem Jägervergnügen », plaisir partagé par le public. Enfin, à la tête de la <strong>Kammerakademie Potdsam</strong>, <strong>Antonello Manacorda</strong> dirige la soirée d’une main de maître. Dès une ouverture éclatante de contraste, véritable bataille entre le thème du pacte avec le diable et celui, lyrique et romantique dans le sens musical du terme, d’Agathe, Manacorda annonce ce que sera la soirée : pleine de fougue, d’enthousiasme et de jeux de nuance. La suite est à l’avenant, sous cette direction à la fois attentive aux chanteurs et débordante d’énergie. Soulignons ici avoir vu hier soir Manacorda donner un départ au pupitre d’alto… avec le pied !</p>
<p>Servi par une direction musicale absolument excellente et par une très belle distribution vocale, ce <em>Freischütz</em> est une réussite indiscutable.</p>
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		<title>VERDI, Don Carlos &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-don-carlos-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Mar 2025 09:20:26 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créée en 2017 à l’Opéra Bastille, la mise en scène de Don Carlos par Krzysztof Warlikowski fait son retour à l’Opéra national de Paris après une reprise en 2019 dans sa version italienne. La production avait à l&#8217;époque suscité des réactions contrastées, comme à chaque fois avec le metteur en scène polonais. Sept ans après, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Créée </span><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/don-carlos-paris-bastille-la-fete-continue/" target="_blank" rel="noopener"><span style="font-weight: 400;">en 2017 à l’Opéra Bastille</span></a><span style="font-weight: 400;">, la mise en scène de </span><i><span style="font-weight: 400;">Don Carlos</span></i><span style="font-weight: 400;"> par </span><b>Krzysztof Warlikowski</b><span style="font-weight: 400;"> fait son retour à l’Opéra national de Paris après une reprise en 2019 dans sa version italienne. La production avait à l&rsquo;époque suscité des réactions contrastées, comme à chaque fois avec le metteur en scène polonais. Sept ans après, les regards se sont affinés et les controverses se sont estompées : quasiment aucune huée ne retentit ce soir d&rsquo;ailleurs lors des saluts du metteur en scène. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La représentation laisse une impression de proposition plutôt consensuelle, parfois peu inventive. Warlikowski aborde, on s&rsquo;en doute, </span><i><span style="font-weight: 400;">Don Carlos</span></i><span style="font-weight: 400;"> comme un drame intimiste, se concentrant sur la psychologie des personnages. Il privilégie les conflits intérieurs à la grandeur scénique. Les décors minimalistes et modernes de </span><b>Małgorzata Szczęśniak</b><span style="font-weight: 400;"> accentuent cette approche, mettant l’accent sur les personnages et leurs luttes personnelles plutôt que sur les effets visuels spectaculaires. La scène de l’autodafé en est un exemple : presque abstraite, elle place le public dans un amphithéâtre, guidant l’attention du spectateur sur l’action qui se déroule devant lui. Les belles projections vidéo, signées </span><b>Denis Guéguin</b><span style="font-weight: 400;">, ajoutent une dimension onirique à l&rsquo;ensemble, illustrant les pensées et les souvenirs des personnages. Face à cet esthétisme chic mais un peu vain, que dire en revanche de ces espaces vides (le dernier acte !) qui gênent la projection des chanteurs ou ces images déjà croisées tant de fois :  personnages fumant, canapés élégants et tenues glamour ? Si l&rsquo;approche scénique, introspective et contemporaine, trouve une forme d’intérêt, impossible d&rsquo;y trouver une réponse totalement satisfaisante aux innombrables richesses de ce chef d&rsquo;oeuvre verdien de près de cinq heures.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">L’affiche vocale de ce soir ne présente aucun chanteur francophone dans les rôles principaux, ce qui peut être regretté au vu de la qualité actuelle du chant français. En comparaison avec les éditions récentes de 2017 et 2019, avouons qu&rsquo;il est difficile de retrouver ce soir les étincelles qui avaient été livrées par Jonas Kaufmann, Roberto Alagna, Sonya Yoncheva, Aleksandra Kurzak, Elīna Garanča, Anita Rachvelishvili ou Ludovic Tézier. Il manque d&rsquo;abord un Don Carlos. Le courageux et valeureux </span><b>Charles Castronovo</b><span style="font-weight: 400;">, bien que donnant toute son énergie, peine à faire passer son chant au-delà de la rampe de l’impitoyable Opéra Bastille. Dès les premières notes de l’air de Fontainebleau, un peu bancales, on sent le ténor en lutte avec un personnage et une salle qui lui échappent. Bien que le chant reste noble et policé, notamment lors d&rsquo;un magnifique duo final avec Elisabeth, ce sentiment de frustration demeure tout au long de la représentation. </span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le contraste avec l&rsquo;Elisabeth de </span><b>Marina Rebeka, </b><span style="font-weight: 400;">pour ses débuts dans le rôle, est frappant. Fidèle à sa formation belcantiste, la soprano lettone aborde le rôle avec une maîtrise vocale incontestable. « O ma chère compagne » au troisième acte, après que le Roi répudie sa femme de chambre, en est ainsi exemple éclatant : maîtrise du legato, subtilité du chant jusqu&rsquo; à la moindre appogiature, aisance sur toute la tessiture. Telle une Julia dans </span><i><span style="font-weight: 400;">La Vestale</span></i><span style="font-weight: 400;">, Marina Rebeka aborde « Toi qui sus le néant » tel qu&rsquo;il est, un air de Grand opéra Français, avec une déclamation royale, une variation des couleurs et un souffle infini. Quelques petits </span><i><span style="font-weight: 400;">pianissimi</span></i><span style="font-weight: 400;"> et un soupçon d&rsquo;abandon supplémentaires, et nul doute que l&rsquo;on tiendra alors la grande titulaire actuelle de ce rôle verdien.</span></p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/26952-Franck_Ferville___OnP-Don-Carlos-24-25-Franck-Ferville-OnP-8-800px.jpg" /><span style="font-size: revert; color: var(--ast-global-color-3); background-color: var(--ast-global-color-5); font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif; font-weight: inherit;">
Marina Rebeka - © Franck Ferville / Opéra de Paris</span></pre>
<p><span style="font-weight: 400;">Le Philippe II de </span><b>Christian Van Horn</b>, s<span style="font-weight: 400;">ans renoncer à l’autorité du personnage, parvient à insuffler une belle fragilité au rôle, et réussit son « Elle ne m&rsquo;aime pas » grâce à une excellence déclamatoire. La ligne vocale du baryton-basse, souple et claire, lui permet par ailleurs de maintenir une ligne précise, qui rend justice aux subtilités de l&rsquo;écriture vocale du</span><span style="font-weight: 400;"> quatuor du quatrième acte. </span><b>Ekaterina Gubanova</b><span style="font-weight: 400;">, déjà Eboli dans la distribution de 2017, assure le rôle avec efficacité, démontrant une aisance relative du grave à l’aigu, qui lui permet d&rsquo;aborder aujourd&rsquo;hui une grande variété de rôles, de Kundry à Adalgisa. La mezzo-soprano se joue habilement des embuches de son Air du voile</span><span style="font-weight: 400;"> et assume avec conviction le « Oh Don fatal », mais sans véritable éclat. Une prononciation légèrement relâchée et un vibrato parfois trop prononcé laissent une impression de manque de stabilité, qui apparaît d&rsquo;autant plus en antithèse face à la maîtrise de Marina Rebeka.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Le Rodrigue d’</span><b>Andrzej Filończyk</b><span style="font-weight: 400;"> séduit au premier abord : juvénile, précis, avec un médium et un aigu solides. Toutefois, là encore par manque de puissance, le personnage reste en retrait et la scène de sa mort au quatrième acte, impeccablement phrasée, manque d&rsquo;impact émotionnel. Difficile il est vrai à ce moment de ne pas penser à l’interprétation de Ludovic Tézier, qui bouleversa tant ici même il y a quelque années. Le grand Inquisiteur d&rsquo;</span><b>Alexander Tsymbalyuk</b><span style="font-weight: 400;">  est inégal : convaincant dans son face-à-face avec Philippe II, mais trop en retrait par ailleurs. Des chœurs très en place aux seconds rôles excellemment tenus (on retiendra notamment le pétillant Thibault de </span><b>Marine Chagnon</b><span style="font-weight: 400;">), le reste du cast vocal n&rsquo;appelle aucune réserve.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La direction musicale de </span><b>Simone Young</b><span style="font-weight: 400;"> se distingue par sa tendresse et sa précision. Elle propose un </span><i><span style="font-weight: 400;">Don Carlos </span></i><span style="font-weight: 400;">privilégiant l’équilibre et la stabilité de la partition, sans rechercher l’emportement ni la foudroyance. Ceci semble cohérent avec l’esprit du Grand Opéra hérité de Gluck ou Rameau, bien que la direction de la cheffe australienne n’ait aucunement une approche « baroqueuse » de l’œuvre. Simone Young réussit ainsi parfaitement le troisième acte, notamment avec une Scène de l&rsquo;autodafé qui séduit sans tomber dans le kitsch. Toutefois, en sortant de cette relative réserve, Simone Young aurait-elle pu réussir à donner un peu d&rsquo;éclat à une soirée non sans qualités mais trop inégale vocalement ?</span></p>
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		<title>VERDI, Un Ballo in maschera &#8211; Zurich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-un-ballo-in-maschera-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Dec 2024 05:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Toute la difficulté de Un Ballo in maschera, c’est de trouver l’équilibre juste entre la comédie et le pathétique. La nouvelle production zurichoise, mise en scène par Adele Thomas, co-directrice de l’Opéra National du Pays de Galles, réussit cette gageure. Servie de surcroît par un cast de tout premier ordre.La transposition est astucieuse, annoncée par &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Toute la difficulté de <em>Un Ballo in maschera</em>, c’est de trouver l’équilibre juste entre la comédie et le pathétique. La nouvelle production zurichoise, mise en scène par <strong>Adele Thomas</strong>, co-directrice de l’Opéra National du Pays de Galles, réussit cette gageure. Servie de surcroît par un <em>cast</em> de tout premier ordre.<br />La transposition est astucieuse, annoncée par un rideau de scène en forme d’affiche électorale (et pour nous de clin d’œil vers Lucky Luke) : « Élisez Riccardo comme gouverneur de Boston ». On sera en Amérique à la fin du XIXe siècle. Au début des temps modernes et de l’électrification (les globes lumineux clignoteront parfois – le progrès n’est pas encore tout à fait au point)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="677" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ballo_ohp_c_herwig_prammer_o9a1613-1024x677.jpeg" alt="" class="wp-image-178865"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Hedwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Sur l’ouverture, le ton est donné d’emblée avec un rideau se levant sur une salle d’autopsie, ou plutôt un théâtre d’anatomie, sur les gradins de bois duquel se pressent des messieurs en redingotes et hauts-de-forme. Sur la table, un corps recouvert d’un drap, entouré de blouses blanches.</p>
<p>La scène n’est pas macabre, burlesque plutôt : tandis qu’un vieillard barbu s’évente avec son chapeau (à cause de l’odeur), apparaît un prisonnier en tenue rayée (comme les frères Dalton pour rester dans les références BD) entre deux <em>cops</em>, sortis tout droit d’un film de Mack Sennett. On le devine, c’est Renato. Puis voici une femme (trop) éplorée, en robe à tournure violette, à l’image des Bostoniennes du <em>Temps de l’innocence</em>, de Scorsese d’après Henry James, enfin un petit jeune homme dont on voit bien que c’est une femme travestie, le page Oscar, qui apporte sur son bras une redingote grise.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="677" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ballo_khp_c_herwig_prammer_r3_8762-1024x677.jpeg" alt="" class="wp-image-178861"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Charles Castronovo et Katharina Konradi ©&nbsp;Hedwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Le cadavre, à peine la balle extraite, soulève ses draps, enfile la redingote, la table d’opération est évacuée, la salle d’autopsie devient arène électorale et Riccardo peut lancer son air d’entrée «&nbsp;La rivedrà nell’estasi&nbsp;» où il chante son amour secret pour Amelia.</p>
<p><strong>Charles Castronovo</strong>, avec ses airs de <em>latin lover</em>, s’affronte à un rôle intéressant parce qu’ambigu (comme l’ensemble de cet opéra, chef-d’œuvre formidablement verdien) : il est à la fois un jeune homme pimpant et léger, une manière de Duc de Mantoue, et un homme sincère, amoureux, honnête, profond. Il y faut donc deux voix, et si Charles Castronovo aura sans conteste la voix du lyrisme, de l’effusion, de la gravité, avec de belles couleurs mordorées, la <em>pimpance</em> lui manque quelque peu. Dommage pour cet air d’entrée qui demande de l’éclat et de l’extraversion. On aimerait davantage de projection (mais la voix est sans doute cueillie un peu à froid), d’autant que l’orchestre joue fort.</p>
<p>L’acoustique de Zürich est très claire. Avantage : on distingue tous les détails d’orchestration, l’usage expressif des bois notamment, en revanche on est un peu en déficit de fondu, de rondeur, de chaleur sous la baguette ardente et nerveuse de <strong>Gianandrea Noseda</strong>. Déjà, dès l’ouverture, on aurait aimé plus d’onctuosité dans les lignes des cordes, –&nbsp;dont l’effectif est peut-être un peu léger d’ailleurs.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ballo_ohp_c_herwig_prammer_r3_0635-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-178872"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Charles Castronovo, George Petean, Katharina Konradi, Martin Zysset © Hedwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La passion et ses ravages</strong></h4>
<p>Très vite survient Renato, le bras droit de Riccardo. Le récit de la metteuse en scène est le suivant : Riccardo est un jeune anglais d’une classe supérieure (<em>upper class</em>) venu combattre au côté de Lincoln, puis ayant entamé une carrière politique et appelé pour le seconder son ami Renato, arrivé d’Angleterre avec son épouse Amelia. Tous sont des personnages honnêtes, rangés, bourgeois, scrupuleux, moraux. Et donc victimes désignées pour les ravages de la passion.</p>
<p><strong>George Petean</strong> n’a pas de mal dès ses premières mesures à s’imposer comme un superbe Renato. La beauté du timbre, le legato, la conduite de la ligne musicale, la chaleur, une voix longue dont les notes hautes sont franches et fermes, la projection (il passe la barrière de l’orchestre sans coup férir), tout cela est évident. Il y ajoute ce qui signe le grand baryton verdien : l’humanité, l’épaisseur humaine, l’intériorité, le tourment.</p>
<p>Après cet air, « Alla vita che t’arride », où Renato dit sa confiance amicale et politique envers Riccardo (et le prévient d’un complot contre lui), Verdi ose une rupture de ton, d’abord avec le premier air d’Oscar « Volta la terra » où <strong>Katharina Konradi</strong> avec brio lance ses premières étincelles. La mise en scène en fait un comparse de music-hall ou de cirque (on pense au <em>Lola Montès</em> d’Ophuls) cabotinant au second degré et chantant «&nbsp;au public&nbsp;», avant de lancer une strette finale, traitée dans une esthétique <em>cancan</em> revendiquée, frôlant l’esprit <em>Gaieté parisienne</em>, les hauts-de-forme descendant de leur gradin pour lever la jambe en cadence sur les flonflons de l’orchestre, eux aussi joyeusement assumés.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="676" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ballo_ohp_c_herwig_prammer_r3_0763-1024x676.jpeg" alt="" class="wp-image-178873"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Agnieszka Rehlis © Hedwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une très belle Ulrica</strong></h4>
<p>On passe ensuite dans le salon d’Ulrica, diseuse de bonne aventure réunissant ses clientes (bourgeoises en robes à pouf et chapeaux emplumés), autour d’une boule magique clignotante (l’électricité décidément…). Si elle aussi porte une de ces tenues qui tiennent surtout de l’art du tapissier, ses longs cheveux filasses et ses yeux charbonneux suffisent à la rendre étrange. Mais le plus désarçonnant est sans doute le contraste entre la silhouette gracile de <strong>Agnieszka Rehlis</strong> et les couleurs de contralto de sa voix. Son invocation «&nbsp;Re dell’abisso&nbsp;» aux longues lignes galbées, en contrepoint avec une clarinette dans son registre le plus grave, est impressionnante.</p>
<p>Là encore on regrette une certaine intempérance de la fosse, tant ce timbre est idéal pour ce personnage fantasque. Agnieszka Rehlis est aussi une Azucena, une Amneris, une Brangaene, mezzo-soprano donc, mais avec des frémissements très sombres et des notes graves aisées. Elle bouge sur scène avec vivacité, dessinant une magicienne <em>new look</em> très amusante.<br>Joueuse, voire débridée, la mise en scène le sera à nouveau, avec l’entrée de Riccardo déguisé en matelot de la Baltique (costume bleu vif et béret assorti), puis l’arrivée de Silvano le marin (un grand costaud en marinière, pantalon à pont et bonnet de docker, truculente prestation vocale de <strong>Steffan Lloyd Owen</strong>), et enfin l’apparition d’Amelia, venant chercher un remède à l’amour secret qui la tourmente.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="664" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ballo_khp_c_herwig_prammer_r3_9157-1024x664.jpeg" alt="" class="wp-image-178863"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Steffan Lloyd Owen et Agnieszka Rehlis © Hedwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>S&rsquo;installe un merveilleux trio entre Ulrica (insinuante phrase évoquant une herbe magique poussant près d’un gibet), Riccardo caché derrière un rideau vert et Amelia, <strong>Erika Grimaldi</strong> au juste timbre de soprano dramatique, suggérant la douleur profonde du personnage dans sa prière, première apparition («&nbsp;Consentimi, o Signore&nbsp;») du thème du gibet. Derrière cette montée en intensité, il y a bien sûr la main très ferme de Noseda, et on sait le verdien qu’il est.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ballo_gp_c_herwig_prammer_r3_2019-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-178858"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Charles Castronovo,</sub> <sub>Agnieszka</sub> <sub>Rehlis, Erika Grimaldi ©</sub> <sub>Hedwig</sub> <sub>Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un cast vocal très équilibré</strong></h4>
<p>La fin de la scène sera spectaculaire et drôle avec l’entrée des marins, compagnons de bordée de Silvano, dans la même défroque incongrue que Riccardo. Charles Castronovo, debout sur la table d’Ulrica, sera extraverti à souhait, la voix désormais plus chaude, dans sa chanson « Di’ tu se fedele » et le restera dans un brillantissime quintette « È scherzo od è follia », très équilibré vocalement : les assises de basses des deux conspirateurs, <strong>Brent Michael Smith</strong> (pilier de Zurich, toujours remarquable) et <strong>Stanislav Votobyov</strong> (lui aussi membre de la troupe), le ténor un peu cuivré de Riccardo, les couleurs ombrageuses d’Ulrica et les dentelles d’Oscar voletant par là-dessus, la pulsation rythmique de l’orchestre soutenant l’ensemble.</p>
<p>Le final sera tonitruant avec danse des matelots éméchés (un peu <em>too much</em>…) et triomphe de Riccardo porté en triomphe (les dames enthousiastes <em>too much</em> aussi), et le contraste n’en sera que plus grand avec l’austérité de la scène du gibet, qui est bien sûr l’un des sommets de Verdi («&nbsp;son <em>Tristan</em> à lui&nbsp;», comme dit joliment André Tubeuf).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="612" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ballo_ohp_c_herwig_prammer_r3_0983-1024x612.jpeg" alt="" class="wp-image-178875"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Agnieszka Rehlis, Stefan Lloyd Owen, Charles Castronovo © Hedwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le juste poids de tragique</strong></h4>
<p>Une simple boiserie bleutée, un globe lumineux en guise de lune, sous lequel passent deux prostituées et leur client, puis une pauvresse à l’évidence <em>stoned</em>… C’est là qu’Amelia vient chercher l’herbe qui l’a délivrera de la passion qui la hante. Beau prélude, ponctué des notes piquées de la flûte, avant un récitatif d’un pathétique poignant.</p>
<p>Soprano dramatique au vibrato expressif, Erika Grimaldi incarne sur les sombres accords de l’orchestre une femme fragile dépassée par un amour fatal. L’<em>aria</em> ensuite, depuis son premier vers, <em>mezza voce</em>, «&nbsp;Ma dall’arrido stelo divulsa&nbsp;», collection de belles voyelles, jusqu’à la cadence finale précédée d’un contre-<em>ut</em>, sera d’un très beau legato, en dialogue avec le hautbois, la conduite vocale se jouant des sauts de notes et des notes graves (jusqu’au <em>la</em>) avant de s’achever sur un beau <em>messa di voce</em>. Surtout Erika Grimaldi donne son juste poids de tragique à ce moment. La couleur de la voix est d’une lancinante mélancolie et prélude à un grandiose duo avec Riccardo.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="790" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ballo_gp_c_herwig_prammer_r5_2498-1024x790.jpeg" alt="" class="wp-image-178860"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Charles Castronovo, Erika Grimaldi © Hedwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un des plus beaux duos de Verdi</strong></h4>
<p>C’est là que la voix très chaude de Castronovo trouvera sa plus belle expansion, depuis la violence de son arrivée et de leur embrasement, en passant par le <em>cantabile</em> de l’épisode plus lent (sur «&nbsp;ah crudele, e mel rammemori&nbsp;»), repris par Amelia dans « deh soccordi tu&nbsp;» (avec le contrechant de la clarinette), jusqu’à la strette à deux sur «&nbsp;Oh qual soave brivido&nbsp;». Tout cela, dans ses variation de tempo, ses <em>rallentandos</em> et ses montées en tension respire sous l’impulsion de Gianandrea Noseda, lui aussi à son meilleur. Formidable duo tout en rebondissements et en frémissements, Erika Grimaldi montant jusqu’au sommet de sa voix, et de quelle sublime manière, sur cette phrase, tout de même extraordinaire : « Ma tu, nobile, / Me difendi dal mio cor –&nbsp;C’est à toi, parce que tu es noble, de me défendre contre mon propre cœur »…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ballo_gp_c_herwig_prammer_r5_2484-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-178859"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Erica Grimaldi et Charles Castronovo © Hedwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>La fin de l’acte, mélodramatique à souhait, restera à ce niveau de tension. Avec le noble trio qu’ils entonneront avec Renato (survenu là pour prévenir Riccardo de l’arrivée des conspirateurs). Théâtre d’action se déroulant à toute vitesse (et là encore entente parfaite entre l’action qui galope et la main ferme de Noseda). On connaît l’histoire : Riccardo fait promettre à Renato de raccompagner cette femme sans chercher à savoir qui elle est sous son voile. Mais le voile tombe… « Sue moglie ! » s’écrient Tom et Samuel, et tout s’achève par un quatuor avec chœur qui fait se chevaucher la stupeur de Renato, la douleur d’Amelia et l’ironie des conspirateurs (avec les ponctuations très jeune Verdi de leurs <em>ah ! ah ! ah ! ah !</em>) <br>Musicalement la réalisation est superbe : l’étagement des plans sonores, les accents de l’orchestre, l’acidulé des bois, ce festival de voix graves, les ultimes notes hautes d’Amelia, le <em>decrescendo</em> de leur sortie en coulisse.</p>
<h4><strong>Le grand style verdien</strong></h4>
<p>Non moins superbes au troisième acte, le lamento d’Amelia «&nbsp;Morrò, ma prima in grazia&nbsp;» où le violoncelle et Noseda se mettent à l’écoute de cette cantilène désespérée et des très belles demi-teintes d’Erika Grimaldi, jusqu’à l’impeccable vocalise descendante menant à un nouveau <em>messa di voce</em> parfait ; puis le grand monologue de Renato : le récitatif «&nbsp;Non é su lei,&nbsp;» puissant et vindicatif, puis la longue plainte «&nbsp;Eri tu&nbsp;» sont de nouveaux modèles de chant verdien. La voix est immense et le ton grandiose. Le <em>cantabile</em> sur « O dolcezze perdute ! » est d’une noblesse et d’une émotion constamment tenues. D’autant que, belle image, est entré un petit garçon en chemise de nuit, son ours en peluche à la main, que son père prend sur ses genoux, image d’une quiétude familiale détruite par une passion amoureuse pourtant chaste, mais Renato ne le sait pas.</p>
<p>Une image qui montre bien la justesse de la lecture par Adele Thomas de cet opéra : le drame est d’autant plus authentique que les moments légers sont assumés franchement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="680" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ballo_ohp_c_herwig_prammer_r3_1582-1024x680.jpeg" alt="" class="wp-image-178876"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Brent Michael Smith, George Petean, Katharina Konradi, Stanislav Vorobyov, Erika Grimaldi © HP</sub></figcaption></figure>


<p>On mentionnera encore le trio de la conjuration (avec le tirage au sort : qui tuera Riccardo ?) où on peut entendre un peu mieux les deux belles voix de basses des conspirateurs, Brent Michael Smith et Stanislav Vorobyov, qui semblent sortir d’un feuilleton d’Eugène Sue (Adele Thomas évoque, elle, un roman gothique) avec leurs hautes silhouettes graphiques et un bandeau sur l’œil de pirate pour Tom.</p>
<h4><strong>Castronovo magnifique dans le cantabile</strong></h4>
<p>L’autre grand air de Riccardo, « Forse la soglia attinse –&nbsp;ma se m’è forza perderti » faisant pendant à son air d’entrée, montrera Charles Castronovo dans un registre cantabile qui lui convient pleinement. Sur un accompagnement des violoncelles d’abord, puis des couleurs orchestrales finement dosées (l’orchestre semble d’ailleurs jouer moins fort qu’avant l’entracte), on pourra entendre sa voix dans toute son expansion, sa chaleur, de larges phrasés et un style d’une grande élégance.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ballo_ohp_c_herwig_prammer_o9a2189-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-178867"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Erika Grimaldi, Charles Castronovo © Hedwig Prammer</sub></figcaption></figure>


<p>Quant au bal lui-même, il sera sous un kiosque à musique tournant sans cesse et dans un style <em>Veuve joyeuse</em> assumé (et réussi) avec flots de falbalas aux couleurs de confiserie anglaise (ou galloise), authentique cancan (on disait plutôt chahut à l’époque) et orchestre de coulisses (bel effet). L’air d’Oscar, «&nbsp;Saper vorreste&nbsp;», air à cocottes s’il en fut, brillera de ses trilles, de ses <em>tra là là là</em> (avec de jolis r<em>allentandos</em>) et Katharina Konradi y sera dûment applaudie.</p>
<p>Mais le plus beau sera le dernier duo des deux amants, sur un rythme de danse et un arrière-plan de rires au loin, comme un écho blafard de leur grand duo. <br>Le coup de feu de Renato y coupera court. Et Charles Castronovo réussira parfaitement la mort du héros… d’abord dans un <em>mezza voce</em> touchant, sur fond de prière avec harpe et voix de femmes au loin, dans une vaste architecture vocale d’une plénitude sonore superbe. Il mobilisera ses dernières forces pour un ultime «&nbsp;Addio&nbsp;»&nbsp;que ponctuera un «&nbsp;Notte d’orror !&nbsp;» général fortissimo.</p>
<p>Fin fulgurante par un Verdi plus génie théâtral que jamais, et servi ici magnifiquement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/ballo_ohp_c_herwig_prammer_o9a2241-1-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-178962"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>George Petean, Erika Grimaldi, Charles Castronovo © HP</sub></figcaption></figure>
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		<title>Munich 2024-25 : un nouveau Ring s&#8217;annonce</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/munich-2024-25-un-nouveau-ring-sannonce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Mar 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La tradition est respectée ; un nombre conséquent des grands noms des scènes lyriques se retrouvera Munich pour une saison marquée par le lancement d’une nouvelle tétralogie. Malheureusement, ce cycle s’étalera sur trois saisons et nous n’aurons droit l’an prochain qu’au prologue ; Das Rheingold a été confié à Tobias Kratzer et Vladimir Jurowski pour &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La tradition est respectée ; un nombre conséquent des grands noms des scènes lyriques se retrouvera Munich pour une saison marquée par le lancement d’une nouvelle tétralogie. Malheureusement, ce cycle s’étalera sur trois saisons et nous n’aurons droit l’an prochain qu’au prologue<em> ; Das Rheingold</em> a été confié à <strong>Tobias Kratzer</strong> et <strong>Vladimir Jurowski</strong> pour la direction d’orchestre. Parmi les autres nouvelles productions, <em>La Fille du régiment</em>, coproduction du San Carlo dans la mise en scène de <strong>Damiano</strong> <strong>Michieletto</strong> avec en alternance <strong>Pretty</strong> <strong>Yende</strong> et <strong>Lisette</strong> <strong>Oropesa</strong>. Il ne faudra pas manquer non plus le rare <em>Die Liebe der Danae</em>, mis en scène par <strong>Claus Guth</strong>, avec <strong>Malin</strong> <strong>Byström</strong> dans le rôle-titre et le Midas d’<strong>Andreas</strong> <strong>Schager</strong>. Pas plus que le nouveau <em>Don Giovanni</em>, le <em>Pénélope</em> de Gabriel Fauré mais avec <strong>Loïc Félix</strong> (Antonoüs) et <strong>Hélène Carpentier</strong> (Alkandre) comme seuls chanteurs français.<br />
Comme chaque année le festival d’été, les Münchner Opernfestspiele 2025 du 27 juin au 31 juillet. Le festival proposera la trilogie Da Ponte, <em>Katia</em> <em>Kabanova</em>, le dyptique <em>Cavalleria</em>/<em>Pagliacci</em> (<strong>Semenschuk</strong>, <strong>Kaufmann</strong>, <strong>Grigolo</strong>) ou encore <em>I Masnadieri</em> somptueusement servi (<strong>Schrott</strong>, <strong>Castronovo</strong>, <strong>Oropesa</strong>). <em>Lohengrin</em> sera aussi à l’honneur avec <strong>Pape</strong>, <strong>Beczala</strong>, <strong>Willis-Sørensen</strong>, <strong>Kampe.</strong><br />
Parmi les reprises une <em>Tosca</em> avec <strong>Lise Davidsen </strong>et <em>Turandot</em> avec <strong>Sondra</strong> <strong>Radvanovsky</strong>. Celle-ci sera aussi Lady Macbeth dans <em>Macbeth</em> (avec <strong>Gerald Finley</strong> dans le rôle-titre) <em>Die Tote Stadt</em> avec <strong>Klaus-</strong> <strong>Florian</strong> <strong>Vogt</strong> en Paul, <em>Aida</em> avec <strong>Elīna Garanča</strong> en Amneris et <strong>Arsen Soghomonyan</strong> en Radamès. A noter aussi une <em>Bohème</em> avec <strong>Angel Blue</strong> et<strong> Pene Pati</strong> ou encore un <em>Don Carlo</em> dirigé par <strong>Zubin Mehta</strong> (<strong>Schrott</strong>, <strong>Costello</strong>, <strong>Willis-Sørensen</strong>.<br />
Le programme est à retrouver <a href="https://www.staatsoper.de/spielzeit-2024-25">ici</a>.</p>
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		<title>VERDI, Simon Boccanegra &#8211; Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-simon-boccanegra-paris-bastille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Mar 2024 07:46:53 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En serait-il des productions d&#8217;opéra comme des grands vins qui avec le temps se bonifient ? La reprise de Simon Boccanegra couché de nouveau cette saison sur le divan par Calixto Bieito ne suscite pas la même indignation que lors de sa création en 2018 – « Ce n’est pas scandaleux, c’est nul au sens strict &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En serait-il des productions d&rsquo;opéra comme des grands vins qui avec le temps se bonifient ? La reprise de <em>Simon Boccanegra</em> couché de nouveau cette saison sur le divan par <strong>Calixto Bieito</strong> ne suscite pas la même indignation que lors de sa création en 2018 – « Ce n’est pas scandaleux, c’est nul au sens strict du terme » <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/simon-boccanegra-paris-bastille-cest-pas-bieito-fini/">écrivait notre confrère Clément Taillia au lendemain de la première</a>. L’effet de mauvaise surprise étant désormais éventé, l’attention se détourne de la mise en scène pour se concentrer sur ce qui a l’opéra compte d’abord, qu’on le veuille ou non : les voix.</p>
<p>Alors finalement, peu importe l’unique dispositif scénique : une carcasse de bateau condamnée à tourner inlassablement dans un vide que n’emplit pas la projection en gros plan du visage des chanteurs. Peu importe l’absence de narration, la pauvreté de l’approche psychologique, la tristesse tubulaire du décor, la laideur des costumes que l’on dirait ramassés à la sauvette dans un point de collecte Emmaus, l’inutile provocation d’une Maria dépoitraillée. Peu importe l’indigence théâtrale puisque le chant triomphe. En témoigne l’ovation que le public réserve à <strong>Ludovic Tézier</strong> au tomber de rideau.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/23573-Simon-Boccanegra-23-24-Vincent-Pontet-OnP-28-1600px-1294x600.jpg" />
© Vincent Pontet- OnP</pre>
<p>Boccanegra déjà dans cette même mise en scène en 2018, notre baryton national a approfondi son interprétation du doge verdien sans que le passage des ans n’altère la beauté d’un instrument, glorieux une fois franchi le Rubicon du prologue nécessaire à son échauffement (à moins que la différence de tenue entre ce prologue et le premier acte ne s’explique par une volonté de caractériser le passage de Simon de la jeunesse à la maturité). Le bronze – la mâle fierté du timbre – l’égalité de l’émission, la souplesse de la ligne que l’on dirait infinie tant elle se déroule, longue et flexible, sur toute la tessiture avec un naturel qui semble relever de l’évidence. Tout cela et plus encore, sans lequel ce chant ne serait qu’apollinien, vain hédonisme sonore oublieux du drame qu’il lui faut interpréter. Plus encore, c’est-à-dire la force de l’expression, traduite par l’attention constante portée au texte, la quête de sens, la largeur de la déclamation, la recherche de nuances pour que finalement s’élève un doge superbe, colosse aux pieds d’argile, imposant et magnanime, monumental et vulnérable, humain tout simplement. Qui dit mieux ? Aujourd’hui, personne à notre connaissance.</p>
<p>Autre rescapé de 2018, <strong>Mika Kares</strong> reste un Fiesco élevé chez les boyards, avec une tendance à grossir les voyelles et tuber les notes, frère de Pimène plus que du Padre Guardiano, d’une stature suffisante cependant pour affronter d’égal à égal son Simon qu’il accable de puissance et de graves abyssaux.</p>
<p>Des voix encore ? <strong>Alejandro Baliñas Vieites</strong> en Pietro, membre de la troupe lyrique de l’Opera national de Paris dont on mesure les progrès d’une production à l’autre, plus affirmé, plus concentré, plus libre aussi.</p>
<p><strong>Etienne Dupuis</strong>, qui a en mains toutes les cartes d’un grand Simon, Paolo cynique en attendant, la parole claire et déliée, riche lui aussi d’une large palette d’intentions, trop noble presque pour un rôle de félon qui, tapi dans l’ombre, tire les ficelles de l’intrigue.</p>
<p>Et <strong>Charles Castronovo</strong> dont le ténor assombri par les ans trace la filiation entre Adorno et Don Carlos qu’il chantait <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-don-carlos-geneve-en-cours/">à Genève en début de saison</a>, plus à l’aise cependant en patricien qu’en infant car soumis à moins de tension, mais comme le fils de Philippe II, fébrile, blessé, débordé par des sentiments qu’il laisse épancher dans un « Sento avvampar nell&rsquo;anima » impétueux – et applaudi.</p>
<p><strong>Nicole Car</strong>, enfin, fait bénéficier Amélia de la santé d’un soprano au médium solide, à l’aigu précis où la musicalité et l’éclat prennent l’avantage sur l’approche belcantiste – la demi-teinte, le trille par lesquels s’énonce l’innocence de la jeune fille.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/23575-Simon-Boccanegra-23-24-Vincent-Pontet-OnP-32-1600px-1294x600.jpg" />© Vincent Pontet- OnP</pre>
<p>Des voix donc, un chœur superlatif, aveuglant de lumière dans la scène du conseil, et aussi un orchestre, essentiel dans <em>Simon Boccanegra</em>, opéra daté de 1857 mais révisé en 1881 par Verdi ciselant tel un orfèvre une partition jusqu’alors taillée dans le marbre brut. Les musiciens de l’Opera national de Paris trouvent là matière à opulence. Cordes de soie, zébré de cuivres, ourlée de bois, qu’exalte la direction de <strong>Thomas Hengelbrock</strong>. Le chef allemand que <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/faust-paris-bastille-angel-blue-ange-radieux/">Faust </a></em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/faust-paris-bastille-angel-blue-ange-radieux/">excepté</a>, l’on a davantage connu à Paris dans Gluck et Mozart que dans Verdi rappelle combien il est stérile de catégoriser les artistes. Son <em>Simon</em> résout la difficile équation posée par une œuvre navigant entre deux eaux, entre fougue risorgimentale et sagacité de la maturité. Les coutures entre les deux versions sont comme gommées par cette lecture vive et détaillée dont une autre des qualités, on l’a compris, est d’apporter aux chanteurs le soutien indispensable pour qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes.</p>
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		<title>VERDI, Don Carlos &#8211; Genève</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-don-carlos-geneve-en-cours/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 Sep 2023 04:37:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les murs de l’Escurial ont des oreilles. Ce n’est pas nouveau. L’atmosphère de la cour du roi d’Espagne a toujours été délétère. Mais Lydia Steier dans la nouvelle production genevoise de Don Carlos – en Français donc – se plaît à en rajouter. Faire dans la dentelle n’est pas son genre. Nul n’a oublié le traitement réservé à Salome sur la &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les murs de l’Escurial ont des oreilles. Ce n’est pas nouveau. L’atmosphère de la cour du roi d’Espagne a toujours été délétère. Mais <strong>Lydia Steier</strong> dans la nouvelle production genevoise de <em>Don Carlos</em> – en Français donc – se plaît à en rajouter. Faire dans la dentelle n’est pas son genre. Nul n’a oublié le traitement réservé à <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/salome-paris-bastille-du-sang-du-sexe-et-une-grande-salome/">Salome sur la scène de la Bastille</a></em> la saison dernière. Par comparaison, le chef d’œuvre de Verdi, qui n’avait pas été joué à Genève depuis la réouverture du Grand Théâtre en 1962, semble avoir été épargné. Les vicissitudes des Habsbourg stimuleraient-elles moins l’imagination ? Le manque patent d’idées caractérise une approche scénique qui cherche à se démarquer du livret sans y parvenir. « Nous avons beaucoup travaillé pour construire une situation analogue à celle de l’Espagne des années 1560 », explique la metteure en scène dans le programme. Pourquoi tant d’efforts ? Pourquoi d’ailleurs transposer ? <a href="https://www.forumopera.com/breve/quand-lopera-doit-reapprendre-le-respect-le-coup-de-semonce-demiliano-gonzalez-toro/">Remise sur la table par Emiliano Gonzalez Toro</a>, la question est d’actualité.</p>
<p>Montrer Elisabeth enceinte s’avère la seule extrapolation notable d’une lecture fastidieuse inspirée notamment par <em>La vie des autres</em>, le film de Florian Henckel von Donnersmarck narrant l’espionnage par la Stasi d’un dramaturge est-allemand. Au passage, Dieu a été mis au placard. Les moines sont défroqués ; la Voix du ciel descendue des cintres ; l’apparition surnaturelle de Charles Quint tolérée car imposée par la partition mais non montrée. Jugés coupables, Elisabeth et Carlos sont pendus, sous l’œil indifférent de Philippe II trop occupé à faire des gazous gazous au nouveau-né pour se soucier du sort de sa famille. Avant d’arriver à cette extrémité fatale, il aura fallu subir dans une lumière uniformément grise le mouvement incessant d’une tournette qui pallie l’absence de danseurs lors du ballet en accélérant sa vitesse de rotation. A bailler d’ennui, si Don Carlos n’était œuvre suffisamment exaltante pour surmonter toute entreprise de déconstruction.</p>
<pre style="text-align: center;"><strong><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DON-CARLOS_Geneve_5-1294x600.jpg" /></strong>Don Carlos (Genève) © Magali Dougados</pre>
<p>Le parti pris n’est pas sans incidence sur l’interprétation musicale lorsque la scénographie met en péril le chant et que le cri se substitue à la note. Il ne faudrait pas que la voix d’<strong>Eve-Maud Hubeaux</strong>, flamboyante Eboli, soit sacrifiée sur l’autel du <em>regietheater</em>. La chanson du voile expose la souplesse acquise sur les bancs du bel canto quand, à l’inverse, le dramatisme des tableaux suivants la pousse à des excès expressionnistes et des éructations contraires aux règles du beau chant. On craint que son mezzo-soprano à terme n’en sorte pas indemne. Sans se plier à de telles extrémités, veillant au contraire à préserver l’égalité de son émission, <strong>Charles Castronovo</strong> est aussi mis à rude épreuve par l’écriture inconfortable de Carlos. Sur une ligne dont on perçoit les tensions et les limites, subsistent la sombre beauté du timbre et, dans les moments d’élégie, une douceur conforme à la fragilité de l’Infant. Grand Inquisiteur moins charbonneux que ne le veut la coutume, <strong>Liang Li</strong> s’incline face à la puissance de <strong>Dmitry Ulyanov</strong>, bien que ce dernier soit annoncé souffrant. De l’Escurial au Kremlin, il y a peu. C’est moins l’orgueil blessé de Philippe que l’âpre cruauté de Boris qui s’exprime au travers de ce chant taillé à la faucille et au marteau, dont les défauts d’intonation sont mis sur le compte de l’indisposition. Sans (encore) posséder l’exacte dimension du falcon voulu par Elisabeth, <strong>Rachel Willis Sørensen</strong> dépose aux pieds de la Reine l’étoffe d’un soprano lyrique incandescent, aux aigus vainqueurs, qu’ils soient dessinés à la pointe fine, dans l’adieu à la Comtesse d’Aremberg par exemple, ou lancés fièrement à larges traits lorsque la souveraine outragée prend le pas sur la femme sacrifiée. « Toi qui sus le néant des grandeurs de ce monde », son grand air du cinquième acte, est un des deux moments forts de la soirée, l’autre étant la mort de Posa. De tous, <strong>Stéphane Degout</strong> reste le seul à répondre aux impératifs de diction et de déclamation imposés par le choix de la version française. Le mélodiste transparaît derrière l’attention portée au mot tandis que la maîtrise du legato donne l’impression que chaque phrase est tracée d’une seule ligne, nette, claire, égale. C’est magnifique. Les membres du Jeune Ensemble – <strong>Ena Pongrac </strong>(Thibault), <strong>William Meimert</strong> (Un moine), <strong>Giulia Bolcato</strong> (La voix céleste) – semblent encore trop inexpérimentés pour des seconds rôles qui, en dépit de leur brièveté, demandent des chanteurs de premier plan.</p>
<p><strong>Marc Minkowski</strong> enfin inscrit sa direction dans la généalogie du grand opéra français, dont il est devenu un des premiers spécialistes. Mais Verdi avec <em>Don Carlos</em> ne veut-il pas se démarquer d’un modèle en voie en perdition pour opérer une espèce de syncrétisme – français par la forme, allemand par l’orchestre, italien par le chant ? D’où l’impression de ne pas trouver entièrement son compte dans cette lecture attentive aux chanteurs mais en mal de lyrisme et de contraste chez un chef qui nous a habitué à plus de théâtralité. Effet pervers de la mise en scène, des choix ne manquent pas d’interroger, telles l’insertion d’un numéro de ballet avant le 4e acte et la suppression dans une version voulue intégrale de la déploration sur la dépouille de Posa. Cette perplexité est renforcée par une certaine confusion chorale, notamment dans la scène monumentale de l’autodafé.</p>
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