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	<title>Julien CHAUVIN - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Julien CHAUVIN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Récital Marina Viotti &#038; Friends &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-marina-viotti-friends-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Jun 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le contrebassiste entre en scène pour une annonce : Marina Viotti est introuvable, elle a sans doute fait la fête la nuit précédente. Le public la trouve vite en train de cuver sous le Steinway et c’est le pianiste qui la réveille en jouant le jingle SNCF. Le ton de ce concert est donné, à l’image &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le contrebassiste entre en scène pour une annonce : <strong>Marina Viotti</strong> est introuvable, elle a sans doute fait la fête la nuit précédente. Le public la trouve vite en train de cuver sous le Steinway et c’est le pianiste qui la réveille en jouant le jingle SNCF. Le ton de ce concert est donné, à l’image d’une diva qui n’aime rien tant que bousculer les codes avec auto-dérision. Pour cette carte blanche, elle parcoure avec un égal bonheur airs d’opéra, de comédie musicale, de cabaret, de chanson française et latino, accompagnée d’invités, et en suivant le fil rouge d’un récit fictif de sa vie sentimentale.</p>
<p>Au réveil, elle entonne le cynique « Toothbrush time » avec tout le chien nécessaire. Puis elle nous parle de son premier amant, Don José et se lance dans « Près des remparts de Séville ». Immédiatement on perçoit quelle Carmen redoutable de charme et de modernité elle est : ces « je ne te parle pas » sonnent très contemporains, tandis chaque consonne du texte est dégustée et qu’elle s’amuse avec le texte (« à la porte (pause) hier »). L’ambitus est gigantesque et devient l’illustration de sa puissance à la reprise du couplet final. Pour lui répondre, <strong>Stanislas de Barbeyrac</strong> délivre une « Fleur que tu m’avais jetée » assez juste dramatiquement, même si l’émission s’est beaucoup épaissie et que les attaques gagneraient à plus de précision. On reste impressionné néanmoins par le contrôle du souffle et son allure de petit garçon perdu sur le « je t’aime » final. Le second amant est bien sûr le toréador et, en termes de diction, la comparaison tourne au désavantage de <strong>Mark Kurmanbayev</strong> dont le français est assez cotonneux. La projection en pâtit et semble parfois forcée. Son timbre et ses talents d’acteurs seront bien plus mis en valeur dans l’air de Grémine qu’il interprète plus tard avec tout le chic mordant, mélancolique et séducteur requis. Mais c’est d’abord au tour de la Périchole et de son Piquillo de revenir sur ces mêmes planches eux aussi pour leur duo du premier acte, toujours aussi jouissif et emporté, soutenu par le Concert de la Loge fanfaronnant sous la baguette alerte de <strong>Julien Chauvin</strong>. On passe au XX<sup>e</sup> siècle avec « Je te veux » de Satie qu’elle chante avec une simplicité touchante, loin de l’emphase lyrique dans lequel ce répertoire est souvent noyé. C’est cette même simplicité qui rendra magnifique « Dos Gardenia para ti » et « Cry me a river ». Retour à plus de gouaille mais sans vulgarité avec « Padam Padam » et surtout « Tu n’es pas beau, tu n’es pas riche » d’Offenbach déjà gagné par le coté canaille du <em>Song of Black Max</em>. Et de nouveau la chanson française avec « Le cinéma » de Nougaro, accompagnée à l’accordéon et dont elle avoue avoir modifié le texte « pas très woke », en réalité elle le passe du <em>male</em> au <em>female gaze</em>. A ce stade de la soirée, on devient furieux qu’aucun technicien n’ait pris le temps de régler son problème de micro, lequel crachote régulièrement. Transport dans le XVIII<sup>e</sup> avec un gentil duo Zerline-Don Giovanni puis, pièce de résistance, « Dopo notte » qu’elle aborde un peu tard dans le concert, d’où des aigus parfois trop larges et pris par en dessous, mais on lui pardonne aisément en entendant ses trilles et l’ambition du da capo qui multiplie les coloratures audacieuses sur toute la tessiture. Et comme toujours, un naturel en scène désarmant qui la fait danser pendant ses vocalises. Pour clore le programme, la boucle est bouclée avec l’ébriété de la Périchole, équilibre subtil entre crédibilité du jeu comique et tenue du chant. Les rappels commencent avec Brel puis un duo de l’<em>Italienne </em>qui laisse apercevoir quelle formidable Rosine elle devrait être à Bastille à la rentrée. A bientôt deux heures de spectacle sans entracte, il faut une endurance à toute épreuve pour se lancer non seulement dans un rondo de la<em> Cenerentola</em> qu’elle emporte avec une facilité déconcertante, mais également dans le dernier air de Vagaus. Sa sauvagerie s’accommode de quelques approximations, mais on entend tout de même distinctement les notes de ces longues et rageuses cascades de vocalises, et le rendu est bien plus convaincant que dans la version à l’émission malaisée qu’elle a enregistrée récemment. Considérant ce morceau comme « du métal sans guitare électrique », elle invite le public à lancer les « Furiae ! Furiae ! Furiae ! » en même temps qu’elle avant de conclure sur un <em>circular headbanging</em> des familles. <em>Hell yeah </em>!</p>
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		<title>MOZART : Don Giovanni &#8211; Clermont-Ferrand</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-clermont-ferrand/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 Apr 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cette production de l’ « opéra des opéras » (Wagner) est maintenant aussi bien connue que rôdée (*). C’est peu dire que Jean-Yves Ruf s’est pleinement approprié l’ouvrage. On se souvient ainsi d’un Don Giovanni dijonnais et lillois (2013) dont il tirait les ficelles avec ses complices, qui l’accompagnent toujours dans une démarche minimaliste. Plus que &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette production de l’ « opéra des opéras » (Wagner) est maintenant aussi bien connue que rôdée (*). C’est peu dire que <strong>Jean-Yves Ruf</strong> s’est pleinement approprié l’ouvrage. On se souvient ainsi d’un <em>Don Giovanni</em> dijonnais et lillois (2013) dont il tirait les ficelles avec ses complices, qui l’accompagnent toujours dans une démarche minimaliste. Plus que jamais, il évacue tout apparat, tout faste pour focaliser l’attention sur les protagonistes, dont la direction d’acteur est particulièrement fouillée. Pas de fosse, sur le plateau une formation au complet, qui va être intégrée à la dramaturgie.  Le choix a été de jouer sur deux plans : celui de l’orchestre, lieu de déambulations des acteurs, et une passerelle, en fond de scène, le plus souvent réservée aux nobles. La lisibilité musicale y gagne à la faveur d’une proximité renforcée avec le public. Une grande humilité dans une lecture qui laisse le spectateur libre de sa propre interprétation. Transcendance, expressionnisme ne sont ni évacués, ni soulignés, aucune référence à MeToo ni à Epstein. Au sortir de cette soirée, on est toujours porté par la magie musicale, servie par une distribution jeune, sans faiblesse, dont l’ardeur, la vivacité, comme l’engagement et l’écoute collective sont les maîtres mots. L’esprit de troupe est manifeste, lié à la fréquentation régulière et collective de l’ouvrage. <strong>Julien Chauvin</strong>, mozartien d’élection, insuffle l’énergie, les accents dramatiques, tout en gardant la souplesse des phrasés et les équilibres. L’ouverture, impressionnante, intensément dramatique, est la promesse d’une lecture inspirée, et l’on ne sera pas déçu, d’autant que les couleurs et la dynamique de ses musiciens sont confirmées. Seules relatives surprises : le tempo très rapide et la sécheresse des accents orchestraux de l’air « Ah chi mi dice mai », où Elvire exprime sa détresse, et l’absence de mise en évidence des trois orchestres requis pour le bal de la fin du premier acte, imperceptibles ce soir par le public non initié. L’attention portée au chant comme au drame est constante. Bien que placé au cœur de la démarche, et donc de plain-pied avec le public, jamais l’orchestre ne couvre les voix, ce qui est particulièrement méritoire. L’intelligence de son traitement mérite d’être soulignée, ainsi de la circulation des réparties entre les pupitres dans l’air du catalogue, vérité dramatique de l’air où Donna Anna se confie à Ottavio (« Or sai chi l’onore »)&#8230;</p>
<p>Les récitatifs secco sont toujours animés, car les chanteurs sont d’excellents comédiens, bien que soutenus par un piano-forte aussi scolaire qu’étique. Le chœur se réduit à un quatuor vocal. Ce qui fait bien peu, tant vocalement que scéniquement : les paysannes et paysans formant le cortège des futurs époux (« Giovinette che fate all’ amore ») se limitent à deux couples ; oubliées les brèves et puissantes vociférations des démons souterrains de la scène infernale où la punition divine s’accomplit, c’est de l’homéopathie musicale et dramatique. La frugalité gouverne la fête, le bal, les libations, et les spaghettis du festin nous laissent sur notre faim. L’ascèse est la règle. Seuls, les éclairages sobres et efficaces de <strong>Victor Egéa</strong>, et les mouvements du rideau de fond de scène permettent le renouvellement des situations.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/M0A5879-e1777288780511-1294x600.jpg" alt="" />© Yann Cabello</pre>
<p>Au cœur de l’action, un Don Giovanni accompli, et un Leporello sans gémellité avec son maître, ce qui renforce d’autant le comique de l’échange des tenues et des rôles.  « Ni héros, ni crapule sans nom » (J.-Y. Ruf), manipulateur et manipulé, le premier, qu’incarne <strong>Anas Séguin, </strong>croit régner sur son monde. Il en a l’arrogance, la prestance, le panache, la voix est mâle, gourmande et chargée de séduction et c’est un bonheur constant que son chant comme son jeu. Comédien hors-pair, <strong>Adrien Fournaison </strong>campe un Leporello jeune, gauche, soumis et rebelle, d’une grande justesse, servi par d’authentiques moyens vocaux et une diction exemplaire, y compris dans le débit le plus rapide. Plus qu’honorables, sans pour autant susciter l’enthousiasme, sont Donna Anna et Donna Elvira. <strong>Chantal Santon Jeffery</strong>, familière de l’emploi, compose une Donna Anna classique, d’une voix chaude et souple, d’une technique solide. <strong>Alix Le Saux</strong>, toute aussi familière d’Elvira, convainc en trouble-fête délaissée, ardente, possessive. Elle atteint la plénitude de ses moyens dans le « Mi tradi quell’alma ingrata » dont la vocalise sensuelle et triste est remarquablement conduite. Ni mièvre, ni efféminé, Don Ottavio prend ce soir une épaisseur psychologique et expressive. <strong>Abel Zamora </strong>est une heureuse découverte, belle émission, égale, aisée, d’une conduite admirable. Ses accents dans son duo consolateur avec Donna Anna, d’une grande justesse, avec ses couleurs propres, rejoignent ceux des grands. <strong>Nathanaël Tavernier</strong>, noble, impressionnant, a toutes les qualités requises pour l’emploi du Commandeur, tant dans le fatal duel que revenu d’outre-tombe. Particulièrement ovationné par le public, à juste titre, le couple de paysans. <strong>Michèle Bréant </strong>nous avait bouleversé, dans <em>les Dialogues des Carmélites</em> (Sœur Constance) à Nancy, en janvier. Elle se mue en Zerlina, petite fille bellinienne, fraîche et complexe, non sans ambiguïté. L’émission est aussi juvénile que le maintien, la sincérité apaisée du « Vedrai carino » relève du petit miracle. <strong>Mathieu Gourlet</strong>, dont on se souvient du formidable Osmin qu’il campait ici-même en 2023, nous vaut un Masetto d’exception, athlétique, robuste et puissant, jamais caricaturé, sympathique et juste. La souplesse, l’agilité, les nuances dynamiques sont au rendez-vous avec la projection. Un grand bravo !</p>
<p>Est-il besoin de souligner la qualité rare des ensembles (duos, quatuor, trio des masques, &#8230;amples finales de chaque acte) ? Toujours équilibrés, servis par une direction d’acteurs efficace, tous sont à retenir. Une soirée mémorable, à plus d’un égard.</p>
<pre>(*) créée à l’Athénée-Louis Jouvet le15 nov. 2024, elle est passée par Meudon, La Rochelle, Maisons-Alfort, Colombes, <a href="_wp_link_placeholder" data-wplink-edit="true">Compiègne</a>, Massy, Tourcoing, Foix, Perpignan, avant d’arriver en Auvergne.</pre>
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		<title>PERGOLESE, Stabat Mater &#8211; Deauville</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/pergolese-stabat-mater-deauville/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Apr 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Jusqu&#8217;au 2 mai prochain, le Festival de Pâques de Deauville fête le trentième anniversaire d&#8217;un concept remarquable, celui de la cooptation artistique entre générations de musiciens. En effet, depuis l&#8217;époque de Renaud Capuçon ou Julien Chauvin, ce sont huit générations de jeunes artistes qui se sont succédé, accueillies pendant l&#8217;année au sein de la Fondation &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Jusqu&rsquo;au 2 mai prochain, le Festival de Pâques de Deauville fête le trentième anniversaire d&rsquo;un concept remarquable, celui de la cooptation artistique entre générations de musiciens.<br />
En effet, depuis l&rsquo;époque de Renaud Capuçon ou <strong>Julien Chauvin</strong>, ce sont huit générations de jeunes artistes qui se sont succédé, accueillies pendant l&rsquo;année au sein de la Fondation Singer-Polignac afin de se rencontrer, de polir leur répertoire comme leurs affinités de chambristes avant de se produire sous le regard bienveillant de leurs aînés, à un jet de pierre des célèbres planches normandes.</p>
<p>Yves Petit de Voize, le directeur artistique du festival se félicite que le festival soit cette « maison commune joyeuse et studieuse » où les artistes, accompagnés pendant plusieurs années, osent « passer entre les genres et les styles ». Il décrit Julien Chauvin – tenant de cette première génération – comme « une figure emblématique du festival ». Le violoniste et chef d&rsquo;orchestre, pour sa part, souligne combien « le soutien et l&rsquo;exigence du lieu ont été précieux » dans son parcours de musicien, au point qu&rsquo;il se dit « né musicalement à Deauville » où il a vécu des « mues successives [&#8230;] depuis les premières années où [il] dormait dans les écuries ! »</p>
<p><strong>Le Concert de la Loge</strong> ouvre donc le bal de cette nouvelle édition avec un programme dédié à la musique du début XVIIIe siècle. Une superbe première partie propose un <em>cinquième concerto Brandebourgeois</em> de Jean-Sébastien Bach où la tendresse et la légèreté du phrasé ne se limitent pas au second mouvement « Affettuoso » mais infusent toute la pièce.</p>
<p>Délicatesse et joie prévalent dans le magnifique<em> concerto pour flûte à bec, traverso et continuo</em> de Georg Philipp Telemann. Les deux jeunes flûtistes <strong>Sibylle Roth</strong> et <strong>Anna Besson</strong> y dialoguent avec une verve confondante non dénuée d&rsquo;humour comme dans l&rsquo;ébouriffant « Allegro ».<br />
Il faut dire que, fidèle à lui-même, Julien Chauvin mène la soirée tambour battant avec des tempi qui brutaliseraient presque certains passages du <em>Stabat Mater</em> de Pergolèse proposé en seconde partie. C&rsquo;est le cas par exemple du « Quis est homo ».</p>
<pre><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1000197504_edited-1294x600.jpeg" /></pre>
<pre style="text-align: center;">© Musique à Deauville</pre>
<p>Le Concert de la Loge, habitué depuis plus de dix ans à la flamme de son chef, suit avec fougue et l&rsquo;incroyable Sibylle Roth, fait assez rare pour être souligné, délaisse à cette occasion la flûte à bec pour le clavecin !<br />
Raffinement des nuances, intelligence de la ligne, goût de la surprise comme dans l&rsquo;introduction de « Fac ut portem Christi mortem », équilibre des pupitres et des effets sont patents tout au long de l&rsquo;œuvre et culminent dans « Quando corpus morietur » tandis que le « Cujus animam » fait sonner voluptueusement les cordes graves.</p>
<p>L&rsquo;effectif réduit ne nuit aucunement à la plénitude sonore et permet aux deux solistes de déployer les harmoniques graves de leurs timbres respectifs. En effet, même si elles sont classiquement annoncées soprano et mezzo dans le programme, les deux chanteuses sont en réalité mezzo avec un indéniable tropisme vers l&rsquo;alto pour Anouk Defontenay. L&rsquo;équilibre des voix se trouve donc maintenu mais avec une dimension charnelle particulièrement séduisante.</p>
<pre><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1000197400_edited-1294x600.jpeg" /></pre>
<pre style="text-align: center;">© Musique à Deauville</pre>
<p><strong>Ambroisine Bré </strong>incarne donc la voix de Dessus et prend de l&rsquo;assurance au fil de l&rsquo;œuvre jusqu&rsquo;au « Sancta Mater », souverain. Elle aborde l’œuvre avec une certaine distance, comme une froideur, peu dans sa nature. C&rsquo;est parfois pour le meilleur comme dans « Vidit suum dulcem natum » où la voix blanchit, tétanisée par l&rsquo;angoisse, mais la Bretonne semble quelque peu en retrait face à la formidable proposition d&rsquo;<strong>Anouk Defontenay</strong>, révélation de la soirée.</p>
<p>Nous avions déjà souligné le talent de cette dernière à Cracovie dans les<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-monteverdi-testamento-cracovie/"><em> Vêpres de la Vierge</em> de Monteverdi </a>avec le Poème Harmonique. Ici éclatent pleinement l&rsquo;intelligence de la narration – évidente dans « Quae moerebat et dolebat » -, une palette au cuivre sublimement diapré sur l&rsquo;ensemble de l&rsquo;ambitus et un phrasé proprement exceptionnel dans chacun des airs solistes. La générosité et la justesse de l&rsquo;interprétation n&rsquo;appellent que des éloges et culminent en duo avec « Fac ut ardeat cor meum » et « Sancta Mater » qui ébranlent l&rsquo;auditeur, balayé par l&rsquo;émotion.</p>
<p>Julien Chauvin avait créé son premier <em>Stabat Mater</em> au festival de Deauville en 2005 avec le jeune Philippe Jaroussky. Avec ce programme il rend donc hommage au festival en dépit d&rsquo;un intense début d&rsquo;année pour l&rsquo;ensemble auréolé de récents succès comme <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cherubini-medee-paris-theatre-des-champs-elysees/">la <em>Médée</em> de Chérubini </a>au TCE en février, et ce mois-ci la parution d&rsquo;un enregistrement de <em>la<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/haydn-la-creation-du-monde/"> Création du Monde</a></em> de Haydn en français, ou d&rsquo;une réception plus mitigée de la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haydn-die-schopfung-paris-tce/">version allemande</a> au TCE pour nos collègues Antoine Brunetto, Charles Sigel et Guillaume Picard.</p>
<p>Il reste deux week-end pour profiter de la belle programmation du festival de Pâques dont il faut saluer la politique tarifaire volontariste avec des billets de 10€* à 35€ qui se transforment en gratuité une heure avant le concert ! À noter pour les amateurs de lyrique que nous sommes, les <em>Sept Lieder de jeunesse</em> d&rsquo;Alban Berg interprétés par Margaux Poguet complétés par la quatrième symphonie de Mahler transcrits pour ensemble de chambre le vendredi 1er mai.</p>
<p>*pour les demandeurs d’emploi, étudiants et moins de 18 ans.</p>
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		<title>HAYDN, Die Schöpfung – Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haydn-die-schopfung-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Apr 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après avoir donné en concert à la basilique Saint-Denis et enregistré au disque la version française de La Création de Haydn, Julien Chauvin et son ensemble Le Concert de la Loge reviennent à la version allemande pour le Théâtre des Champs-Élysées. Si la fluidité et l’amour du détail du chef sont toujours au rendez-vous, on &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après avoir donné en concert à la basilique Saint-Denis et enregistré au disque <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/haydn-la-creation-du-monde/">la version française de <em>La Création</em> de Haydn</a>, <strong>Julien Chauvin</strong> et son ensemble <strong>Le Concert de la Loge</strong> reviennent à la version allemande pour le Théâtre des Champs-Élysées. Si la fluidité et l’amour du détail du chef sont toujours au rendez-vous, on regrette des effectifs trop restreints et une certaine occultation de la dimension sublime de la pièce, donnant la sensation d’écouter un beau conte musical plutôt qu’une œuvre sacrée et empêchant que naisse chez le spectateur le saisissement si caractéristique de l’oratorio le plus célèbre de Papa Haydn.</p>
<p>Le geste vif, dansant sur (et même à côté de) son pupitre, <strong>Julien Chauvin</strong> livre une lecture très soignée, scrupuleusement attentive aux contrastes de dynamique et de tempo. Les accents sont consciencieusement marqués et les figuralismes sont souvent très travaillés et ostensiblement soulignés : ainsi du roucoulement de la colombe ou du fourmillement des insectes, deux moments où la texture orchestrale réussit une imitation rarement entendue (on nous permettra de trouver moins accomplies les évocations des animaux et monstres marins, manquant de profondeur et de moirures). Il y a du littéralisme dans cette interprétation, parfois trop : l’ouverture (« die Vorstellung des Chaos ») nous semble ainsi trop lente, comme plusieurs autres passages au tempo modéré de l’œuvre, qui n’évitent pas des pesanteurs. Les moments pétillants et légers sont sans doute les plus réussis car Julien Chauvin tire du <strong>Concert de la Loge</strong> un son brillant, souple, et fait montre d’une connivence évidente avec ses musiciens. L’harmonie est d’un très bon niveau, basson et hautbois en tête – même si la timbale est trop discrète à notre goût et même si le cor solo montre des signes de fatigue dans la troisième partie.</p>
<p>Oui mais voilà, si on apprécie l’humour et la fraîcheur de Haydn, on attend d’une <em>Création</em> qu’elle dégage aussi noblesse, grandeur, émerveillement et que sa célébration se porte non seulement sur la création mais bien sur le Créateur (que l’œuvre ait un sous-texte franc-maçon ne change rien à l’affaire).  Sur ce point, il est permis d’éprouver quelques déceptions. L’exécution du soir est charmante mais rarement grandiose, on se surprend souvent à sourire, jamais à tressaillir. La lumière paraît, l’homme est proclamé roi de la Nature, Ève déclare sa joie d’être unie à Adam sans que l’interprétation ne semble faire un sort à ces moments clés. Outre une lecture qui fait le choix de la matière contre l’esprit, une explication se situe du côté des effectifs modestes : moins d’une cinquantaine d’instrumentistes (passe encore), et tout juste vingt-cinq choristes. Comment dès lors rendre toute leur puissance aux chœurs haendéliens, aux fugues simples et doubles, aux unissons épiques et comment même rendre pleinement les jeux des dynamiques ? L’acoustique de la basilique Saint-Denis, où Julien Chauvin a dirigé et enregistré <em>La Création</em> en français, avait empêché que le nombre soit un problème jusque-là.</p>
<p>Ce soir, il faut attendre des moments où l’accompagnement s’allège pour entendre vraiment le <strong>Chœur de chambre de Namur</strong> : la fugue sur « Vollendet ist das große Werk » à la fin de la deuxième partie laisse deviner la qualité et la précision des chanteurs dont les timbres sont noyés à la fin de la première partie dans le célèbre « Die Himmel erzählen die Ehre Gottes » et dont la fureur apparaît bien pâle et avare en consonnes dans « Verzweiflung, Wut und Schrecken ». Le chœur final de l’œuvre est teinté magnifiquement par leurs <em>piani</em> quand Julien Chauvin tient tous les interprètes à un murmure saisissant – mais là aussi trop étiré. On devine en outre un très beau pupitre de ténors.</p>
<p>Le trio des solistes offre de beaux moments. <strong>Nahuel Di Pierro</strong>, qui était déjà présent dans le concert de la version française, est un Raphaël au timbre noble et agréable mais à la projection limitée et aux graves plutôt discrets. L’émission est un peu mate mais la ligne est bien tenue et il s’anime lors de son long récitatif « Gleich öffnet sich der Erde Schoss ». Son Adam fend un peu plus l’armure et laisse voir l’agilité très élégante de cette voix dans le jeu de dialogue avec la soprano. <strong>Regula Mühlemann</strong> est une excellente surprise : le timbre est splendide, délicat, lumineux et les aigus sont faciles et contrôlés. La voix n’est pas non plus énorme, mais elle est ductile et précise. En Uriel, <strong>Petr Nekoranec</strong> fait entendre quant à lui un ténor à la projection saisissante et au timbre charmant. On lui trouve dans les deux premières parties un défaut de ligne qui est corrigé dans la troisième partie où, malgré la modestie de ses interventions, il se montre capable de sculptures du récitatif qui ont manqué au reste de la soirée chez tous les interprètes. Notons qu’un battement un peu étrange parasite la voix dès qu’elle franchit le mezzo forte. Dans les ensembles et les trios, la fusion des timbres n’est pas idéale, notamment car le ténor finit souvent par couvrir ses deux collègues. La synchronisation des consonnes et des respirations est perfectible. Par ailleurs, Julien Chauvin, très attentif à ses instrumentistes, semble souvent oublier les chanteurs ce qui provoque quelques micro-incidents.</p>
<p>Au bout du compte donc, une version scrupuleuse et servie par de bons musiciens, mais qui frustre les amateurs de sensations fortes et de ferveur, et est accueillie par des applaudissements polis plus qu&rsquo;enthousiastes.</p>
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		<title>HAYDN, La Création du Monde</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/haydn-la-creation-du-monde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Apr 2026 03:45:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est bien La Création du Monde, -et non pas Die Schöpfung : la version française, inédite ou presque, de l’oratorio de Haydn. Revenue au jour 223 ans après sa création. Une œuvre dont la première naissance eut lieu le 24 décembre 1800 à l’Opéra de la rue Richelieu, qu’on appelait alors Théâtre de la République &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est bien <em>La Création du Monde</em>, -et non pas <em>Die Schöpfung</em> : la version française, inédite ou presque, de l’oratorio de Haydn. Revenue au jour 223 ans après sa création.</p>
<p>Une œuvre dont la première naissance eut lieu le 24 décembre 1800 à l’Opéra de la rue Richelieu, qu’on appelait alors Théâtre de la République et des Arts. Ce soir-là, le Premier Consul manqua de peu être victime d’un attentat (une « machine infernale ») rue Saint-Nicaise. Impavide, et négligeant les quelque quarante victimes, mortes ou blessées, de la bombe, Bonaparte alla écouter notamment la célèbre Mme Branchu, interprète (avec Chéron et Richer) de la version française du chef d’œuvre du vieux maître, si aimé à Paris (ses symphonies y faisaient les beaux soirs des concerts de la Loge Olympique, pour laquelle il avait composé les « Parisiennes »).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="600" height="400" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/creation_sd_.jpg" alt="" class="wp-image-211194"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Dans le chœur de Saint-Denis le 6 juin 2023 © D.R.</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Tombée miraculeusement dans les bonnes mains</strong></h4>
<p>Voici le premier -et splendide- enregistrement de cette <em>Création du Monde</em>, dont la partition tomba un peu miraculeusement entre les mains de <strong>Julien Chauvin</strong> : c’est à la salle Drouot qu’il la découvrit dans une version chant-piano. Où figurait le texte versifié par Joseph-Alexandre de Ségur, ex-militaire, poète et vaudevilliste, à partir de la traduction que lui en avait faite Daniel Steibelt. Se servant de ce document, et de la version originale orchestrée, Julien Dubruque et Thomas Tacquet ont établi une édition critique.</p>
<p>Faut-il invoquer la ferveur du concert le 6 juin 2023 à la basilique de Saint-Denis ou la tension d’une exécution unique (et bien sûr le talent des interprètes), en tout cas le résultat est extrêmement beau, &#8211; et invite à s’interroger. <br />On sait que c’est d’après le <em>Paradis Perdu</em> de Milton que le baron Van Swieten composa le texte, transcrivant l’anglais en allemand, mais, est-ce l’effet de la langue française, cette <em>Création</em> surenchérit en amabilité et en fraîcheur sur <em>Die Schöpfung</em>… Le texte de Ségur a énormément de charme, et on se prend à penser &#8211; si beau que soit évidemment l&rsquo;original allemand &#8211; que le français décuple le plaisir…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="577" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2026-04-02-a-09.37.21-1024x577.png" alt="" class="wp-image-211187"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Nahuel Di Pierro (captation d&rsquo;écran) © Alpha</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une candeur lumineuse</strong></h4>
<p>La foi de Haydn rayonne, à la fois lumineuse et heureuse, confiante, naïve, sincère dans cette Genèse tour à tour géologique, botanique et zoologique, et enfin humaine.</p>
<p>Une fois passée l’ouverture, « La Représentation du Chaos », un chaos d&rsquo;ailleurs aussi peu désordonné que possible, où tout est merveilleusement équilibré, solennel, ordonnancé, et où le <strong>Concert de la Loge</strong> est d’une plénitude sonore majestueuse, le début de la Création sera d’une telle douce évidence qu’on serait tout disposé à croire ce « Dieu tira du néant et le Ciel et la terre ». Et le ritournelle allègre du chœur, « Quels prodiges nouveaux ! Le monde naît, sort du chaos », semble venir tout droit de la <em>Flûte enchantée</em>. Ces Francs-maçons avaient la métaphysique joyeuse.</p>
<p>Quand l’évocation se veut terrible et grandiose (« L’onde mugit dans l’abime »), cela ne dure pas (« Un ruisseau paisible et lent/ Entre les fleurs fuit mollement… »). <strong>Nahuel Di Pierro</strong> est le parfait narrateur de ces merveilles. La beauté chaude du timbre, une douceur, une rondeur dans le récit, une diction superbe, rien n’est plus aimable que ces débuts de l’Univers… Si on ose dire, ça ne sonne pas oratorio, avec ce je ne sais quoi de compassé que le mot peut suggérer…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="588" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2026-04-02-a-09.36.11-1024x588.png" alt="" class="wp-image-211186"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Julie Roset (capture d&rsquo;écran) © Alpha</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Et la lumière fut !</strong></h4>
<p>La juvénilité de la voix de <strong>Julie Roset</strong>, sa gaieté, le sourire qu’elle donne à entendre(sans parler de l’agilité de ses vocalises et des notes hautes dont elle se joue) illuminent dès sa première aria (« La terre étale ses attraits, Son sein produit un gazon frais… L’air pur vient caresser les fleurs… L’arbre plie sous ses fruits enchanteurs… »)</p>
<p>Plus on on avancera, plus on se persuadera que cet oratorio était fait pour la langue française…</p>
<p>On sait combien la voix de <strong>Stanislas de Barbeyrac</strong> est parvenue à une magnifique maturité, il est un rayonnant Uriel. Le récitatif « Un astre immense et radieux » célébrant la majesté du Soleil est d’une opulence et d’un éclat magnifiques.</p>
<h4><strong>L’esprit de Haydn…</strong></h4>
<p>Tous trois avec le <strong>Chœur de chambre de Namur</strong> et le Concert de la Loge donnent au trio final de la première partie un élan, une vie, une plénitude irrésistibles. Peu après, le préambule orchestral à l’aria de Gabriel « Soudain, l’aigle imposante et fière prend son essor » sera l’occasion d’entendre, dans ce presque début de symphonie, tout ce qui caractérise l’esprit <em>haydnien</em> : à la fois la netteté de l’articulation, la grandeur sans lourdeur, la noblesse et la vivacité. Et la fantaisie ! Celle des imitations d’oiseaux, des ramiers dans la forêt, &#8211; et Julie Roset sera la voix idéale de ces dialogues « avec la tendre voix du rossignol qui, même s’il veut gémir d’amour, doit peindre le bonheur. »</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="598" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2026-04-02-a-09.38.12-1024x598.png" alt="" class="wp-image-211188"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Stanislas de Barbeyrac (capture d&rsquo;écran) © Alpha</sub></figcaption></figure>


<p>L’orchestre (sur instruments anciens) est nombreux, sans trop : 42 musiciens, dont 22 cordes, les bois par deux, mais trois bassons et un contrebasson, 2 cors, 2 trompettes, 3 trombones, à quoi s’ajoutent les 25 choristes, dans l’acoustique très réverbérante de Saint-Denis. La prise de son, qui n’a pas dû être facile, a tendance à privilégier le bas du spectre sonore, néanmoins la grande fugue du n° 19 « Adorons Dieu ! Chantons en chœur son nom, sa gloire, sa grandeur », grâce au geste très net de <strong>Julien Chauvin</strong> ne perd rien de sa clarté ni de son allégresse.</p>
<h4><strong>… et les trouvailles de Ségur</strong></h4>
<p>Ni de son pittoresque : les rugissements du lion, les bondissements du « tigre ardent », les troupeaux égarés qui « s’empressent d’essayer la vie » (Ségur avait de ces trouvailles&#8230;), Nahuel Di Pierro détaille avec un sérieux très drôle cette Genèse bucolique avant d’aller chercher ses infra-basses pour évoquer le serpent se traînant à terre et de monter solairement vers le sommet de sa tessiture pour évoquer dans l’aria n° 27 ce qui manquait jusqu’alors dans l’univers : « l’être pensant et reconnaissant /Aimant un Dieu si bienfaisant » (ici rutilance des cuivres) et Barbeyrac rivalisera de brillant avec lui pour célébrer l’arrivée de l’homme, qui fait Van Swieten et Ségur se surpasser : « Dans ses regards fiers, radieux, le génie étincelle, présent d’un Dieu : son âme y brille en traits de feu…. » <br />Là encore, Haydn incarne l’esprit des Lumières &#8211; et l’utopie humaniste maçonnique, qu’il entremêle à sa foi catholique, dans une musique vibrante et candide à la fois. Merveilleusement portée par les artistes réunis à Saint-Denis…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="555" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2026-04-02-a-09.39.13-1024x555.png" alt="" class="wp-image-211189"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Julien Chauvin (capture d&rsquo;écran) © Alpha</sub></figcaption></figure>


<p>De même qu’ils portent une angoisse qui peut surgir par surprise &#8211; et rien n&rsquo;est plus Haydn que la surprise : c’est à nouveau par la voix de Raphaël (Nahuel Di Pierro) qu’on entendra, sur les lignes insinuantes des cordes basses puis les accords angoissés du tutti, ces mots étonnants, d&rsquo;une soudaine gravité : « L’homme n’est rien sans ton regard, il est victime du hasard. / Tremblant et languissant, la mort l’attend. »<br />Précédant la majesté du chœur final de la seconde partie, une autre fugue : « Ciel ! Quelle magnificence ! Dieu seul est grand par sa puissance ! »</p>
<h4><strong>Jubilation amoureuse</strong></h4>
<p>Un des plus beaux moments est encore à venir avec la troisième partie, entièrement dévolue aux amours d’Adam et Eve. Elle s’ouvre par une symphonie d’ouverture qui ne déparerait pas à l’opéra : de très belles textures orchestrales entourent le trio des flûtes, les cors, les bassons, les hautbois prendront le relais pour accompagner le récitatif d’Uriel « Dans des flots de pourpre et d’azur » (Barbeyrac au sommet de sa forme vocale), puis le duo d’Adam et Eve, (n° 28, « Ô Dieu puissant »), auxquels se joint le chœur en arrière-plan : la voix si légère de Julie Roset virevolte autour de celle de Nahuel Di Pierro, qui a dans le haut de sa tessiture la clarté d’un Adam juvénile. </p>
<p>Ce duo est une manière de chant de reconnaissance auquel le chœur ajoute sa solennité, mais rien n’est plus tendre que leur récitatif avec orchestre qui suivra (n° 29) : Nahuel Di Pierro y est magnifique de diction, de phrasé, de sincérité et de noblesse, à quoi Julie Roset répond avec tendresse, mais aussi avec elle aussi une manière de gravité (sans parler d’une exquise et virevoltante vocalise).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="250" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/trio_creation_c_christophe_fillieule.jpeg" alt="" class="wp-image-211195"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Christophe Fillieule</sub></figcaption></figure>


<p>Puis viendra le duo final (n° 30), « Par ton charme, tendre amie… Toi, mon âme, toi ma vie… » : on est à l’opéra dans un air en deux partie adagio-allegro où, au parfait accord des deux voix, à leurs coloratures entremêlées, se superposent la saveur des cors naturels, la volubilité des cordes, un contrechant de la clarinette ou des flûtes, puis la verdeur des accents de l’orchestre entier dans la strette, tout cela d’un allégresse communicative. </p>
<p>Avant un chœur conclusif, nouvelle savante pyramide fuguée, où le Chœur de chambre de Namur, sera une fois de plus formidable : netteté, incisivité impeccables, polyphonie des voix, plénitude des couleurs vocales, sous la direction énergique d’un Julien Chauvin qui une fois encore démontre qu’il est chez Haydn comme un poisson dans l’eau, ou comme un oiseau dans le ciel (restons dans le contexte).</p>
<p>Mémorable concert, superbe enregistrement.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="&#039;Haydn: La Création du monde&#039; by Le Concert de la Loge and Julien Chauvin" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/3yzCJ5N0Zec?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>CHERUBINI, Médée &#8211; Paris (Théâtre des Champs Elysées)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cherubini-medee-paris-theatre-des-champs-elysees/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Feb 2026 11:19:47 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Serait-ce enfin une sortie du Purgatoire ? Un an après la série de représentations à l’Opéra-Comique, c’est au tour du Théâtre des Champs Elysées de nous proposer une nouvelle Médée de Luigi Cherubini, en français ici encore, mais cette fois-ci pour un concert unique. On retrouve d’ailleurs deux interprètes en commun, Julien Behr en Jason &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Serait-ce enfin une sortie du Purgatoire ? Un an après la série de représentations <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/cherubini-medee-paris-opera-comique/">à l’Opéra-Comique</a>, c’est au tour du Théâtre des Champs Elysées de nous proposer une nouvelle <em>Médée</em> de Luigi Cherubini, en français ici encore, mais cette fois-ci pour un concert unique. On retrouve d’ailleurs deux interprètes en commun, <strong>Julien Behr</strong> en Jason et <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur</strong> en Néris.<br />
La distribution réunie sur la scène du Théâtre des Champs Élysées s’est en effet échappée pour un soir de la Seine Musicale où elle enregistre l’œuvre, sous les hospices de la Fondation du Palazzetto Bru Zane. On sent d’ailleurs toute la cohérence née de ces séances de travail commun, et le travail sur la diction qui en découle (notamment chez <strong>Marina Rebeka</strong>, seule non francophone du plateau).<br />
Par rapport à la <em>Médée</em> présentée l’an passé, une différence saute aux oreilles : ce ne sont pas les dialogues originaux en alexandrins que nous entendons ce soir, mais une nouvelle version avec récitatifs, de la main d’Alain Curtis. On pourra s’étonner de cette entorse à une certaine orthodoxie de la part du Palazzetto Bru Zane, qui défend présenter ici <a href="https://www.forumopera.com/breve/medee-telle-que-la-voulait-cherubini/">la tragédie lyrique dont Luigi Cherubini aurait rêvé</a>. Pourtant, reconnaissons que nos oreilles biberonnées à la version italienne s’y retrouvent davantage que dans la version « opéra comique » (quand bien même on regrettera une moindre efficacité dramatique de cette version française par rapport à la version italienne lors de l’apparition de Médée). Cela modifie également le caractère de l’œuvre, tendant davantage vers un bouillonnement pré-romantique quand la version à l’Opéra-Comique respectait davantage un « tombé » classique.<br />
Cette impulsion dramatique se retrouve dans la direction ébouriffante de <strong>Julien Chauvin</strong>, à la tête de son Concert de la Loge. Elle avance, rue, nous emporte vers l&rsquo;abîme, quitte à précipiter quelquefois les tempos. Il faut entendre la violence de la tempête au début de l’acte 3, tous vents et percussions dehors, décoiffante ! Pour autant, nulle sécheresse dans la texture et les couleurs orchestrales, qui font ressortir des détails inhabituels.<br />
Le chœur Les Chantres du Centre de musique baroque de Versailles est d’une clarté et d’une précision admirables, avec, comme revers de la médaille, un léger manque d’assise dans le grave.<br />
Mais que serait <em>Médée</em> sans une protagoniste hors du commun ? Et la magicienne de <strong>Marina Rebeka</strong> est tout simplement monstrueuse, de colère, de détresse, dès son entrée dans une robe carmin flamboyante. La voix sait se faire velours pour amadouer Créon, mais les griffes affleurent très rapidement. La voix longue et homogène semble infinie, les aigus, dardés, sont autant de gifles adressées au mari volage, et le timbre moiré, aux reflets polaires, semble fait pour révéler les gouffres de noirceur et de folie homicide. Le visage reste fermé, les mains se tordent, et la chanteuse est tellement dans son rôle qu’elle semble encore furieuse au moment des applaudissements à la fin de l’acte 1. Il faudra un incident de tablette récalcitrante après l’entracte (qui provoquera un bis de l’introduction musicale de l’acte 2) pour la troubler et la faire sortir du rôle. Déconcentration ou fatigue tout à fait compréhensible (le rôle est un Everest vocal et émotionnel), la chanteuse semble davantage plongée dans sa partition, un peu moins incarnée, en fin de soirée, mais sans pour autant nuire à l’impact crucifiant du final. Voilà clairement une incarnation majeure dont on est ravi qu’elle soit captée au disque et qu’on a hâte de retrouver dans une version scénique.<br />
Comme à l’Opéra-Comique, Néris a la douceur et le timbre pulpeux de <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur</strong>. Son air « Ah ! Nos peines seront communes » est admirablement modelé, moment suspendu, rayonnant de pudeur et de tendresse, au milieu d’un océan de noirceur. <strong>Mélissa Petit</strong>, Dircé frémissante de juvénilité et de délicatesse, brille également dans son air virtuose de l’acte 1.<br />
<strong>Julien Behr</strong> campe, lui, un Jason ambivalent, à la fois arrogant et pleutre. Il démontre comme l’an passé une grande solidité vocale, et, bien que couvert par sa partenaire dans les duos, il ne plie pas (ce qui est déjà un exploit). Enfin le Créon de <strong>Patrick Bolleire</strong>, à la diction superlative et au légato soigné, manque un peu de mordant dans les éclats et apparait plus monolithique que celui proposé par Edwin Crossley-Mercer à l’Opéra-Comique.</p>
<p>Cette soirée mémorable laisse en tout cas augurer le meilleur pour ce nouvel enregistrement de la <em>Médée</em>, enfin dans sa langue originale.</p>
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		<title>Médée telle que la voulait Cherubini ?</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/medee-telle-que-la-voulait-cherubini/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Dec 2025 07:45:15 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=breve&#038;p=205661</guid>

					<description><![CDATA[<p>Depuis plus d’un siècle, Médée n’a cessé d’être réécrite, traduite et remodelée — au point de devenir un mythe autant qu’un contresens. Entre récitatifs ajoutés, versions italiennes et lectures scéniques souvent brutales, l’opéra de Luigi Cherubini s’est éloigné de son projet initial : une tragédie lyrique française, héritière de Gluck et pensée pour la grande &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis plus d’un siècle, <em>Médée</em> n’a cessé d’être réécrite, traduite et remodelée — au point de devenir un mythe autant qu’un contresens. Entre récitatifs ajoutés, versions italiennes et lectures scéniques souvent brutales, l’opéra de Luigi Cherubini s’est éloigné de son projet initial : une tragédie lyrique française, héritière de Gluck et pensée pour la grande scène parisienne.</p>
<p>En restituant récitatifs chantés (composés par Alain Curtis), ballet et orchestration élargie, le Palazzetto Bru Zane propose moins une nouvelle version qu’un retour à la source. Sous la direction de <strong>Julien Chauvin</strong>, avec <strong>Marina Rebeka </strong>dans le rôle-titre, cette <em>Médée</em> recomposée sera donnée en concert au Théâtre des Champs-Élysées le 11 février 2026 (<a href="https://www.theatrechampselysees.fr/saison-2025-2026/opera-en-concert/medee-2">plus d’informations</a>).</p>
<p>Faut-il y voir l’esquisse d’une vérité retrouvée — ou simplement une strate de plus dans l’histoire mouvante d’une œuvre qui n’a jamais cessé de se dérober. En raison de la monstruosité de son sujet ?</p>
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		<title>MOZART, Don Giovanni &#8211; Compiègne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-compiegne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 02 Dec 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sacré « chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre » par France Musique dans les années 1960, Don Giovanni n’a rien perdu de son attrait, mais se trouve aujourd’hui confronté à toute une fraction de la population qui à juste titre n’admet plus le libertinage non consenti. L’œuvre de Mozart et Da Ponte n’est pas directement construite sur ce principe, mais &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Sacré « chef-d’œuvre des chefs-d’œuvre » par France Musique dans les années 1960, <em>Don Giovanni</em> n’a rien perdu de son attrait, mais se trouve aujourd’hui confronté à toute une fraction de la population qui à juste titre n’admet plus le libertinage non consenti. L’œuvre de Mozart et Da Ponte n’est pas directement construite sur ce principe, mais peut s’y conformer, comme le montre la production mise en scène par <strong>Jean-Yves Ruf</strong>, qui tourne en France depuis un an.</p>
<p>Accueillie avec grand enthousiasme (voir les comptes rendus de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-paris-athenee/">Clément Taillia de novembre 2024</a> et celui de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-paris-athenee-2/">Christian Peter d’octobre 2025</a>), elle se plie maintenant à quelques variantes de distribution présentes ce soir au Théâtre Impérial de Compiègne. Le principe reste le même : l’orchestre occupe quasiment toute la scène, et les chanteurs se déplacent entre les musiciens jusqu’à l’avant-scène où ils trouvent un plus grand espace de liberté, et une passerelle en fond de scène à laquelle ils accèdent par un petit escalier. Quelques rideaux variés montent et descendent, bref tournée oblige, c’est du léger, pas de danse villageoise, par de banquet, pas de statue du Commandeur, tout repose sur les protagonistes.</p>
<p>Deux d’entre eux sont de fait véritablement exceptionnels. D’abord l’orchestre Le Concert de la Loge et son chef, <strong>Julien Chauvin</strong>, qui le dirige du violon. Dès le départ, le ton est donné, le noir se fait brutalement et l’orchestre démarre au quart de tour, prenant les spectateurs par surprise. Le rythme effréné ne faiblira pas un instant, entraînant Don Giovanni dans une irrésistible course à l’abîme. Car, période oblige, le chef « ne tente pas d’excuser Don Giovanni » et au contraire veut le rendre « moins puissant, plus pathétique ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1010" height="600" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Don-Giovanni-13-11-24-Simon-Gosselin-1-52-corr-IN-TEXT.jpg" alt="" class="wp-image-204522"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Margaux Poguet (Donna Elvira) et Adrien Fournaison (Leporello) © Photos Arcal / Simon Gosselin</sup></figcaption></figure>


<p>Autre élément central de la représentation, le Leporello d’<strong>Adrien Fournaison</strong>. On est loin des grands titulaires du passé, de Giuseppe Taddei à Gabriel Bacquier en fin de carrière, qui jouaient plus les Sancho Panza. Ici, Leporello, affublé d’un drôle de pantalon trop court, est léger, virevoltant, menant le jeu, c’est un véritable personnage de premier plan mais en même temps sans exagérations, d’une grande sobriété. Son air du catalogue est notamment un régal, et la manière dont il pointe devant Donna Elvira le nombre des conquêtes de son patron, avec tour à tour délice, respect, surprise feinte et amusement n’est peut-être pas du « politiquement correct », mais constitue un délice théâtral. La voix est ample et chaude, l’articulation parfaite, bref, l’un des grands titulaires actuels du rôle.</p>
<p>Aux dires de Jean-Yves Ruf, qui lui non plus ne cherche en rien à l’excuser, Don Giovanni n’est « ni un héros ni une crapule ». Interprété ce soir par <strong>Anas Séguin</strong>, plus « loubard des banlieues » que grand seigneur (Cesare Siepi, Gérard Souzay, Gabriel Bacquier, Ruggero Raimondi), il n’est pas sans faire penser au <a href="https://www.youtube.com/watch?v=vMXU5pjhPTM"><em>Don Giovanni</em> de Peter Sellars</a>, à la différence près que celui-ci était doublé d’un « frère » Leporello, dans une production qui marqua à la fin des années 1980 un des grands tournants de la mise en scène d’opéra. Ce soir, Anas Séguin paraît surtout prendre ses marques, et continuer à creuser les facettes du personnage, devant des choix non encore fermement tranchés. La voix est bien adaptée au rôle, il lui reste simplement à assumer une présence scénique plus affirmée.</p>
<p>On retiendra du reste de la distribution une grande unité musicale et de jeu scénique d’un grand naturel. <strong>Michèle Bréant</strong> est une Zerline toute de finesse et de légèreté vocale, <strong>Abel Zamora</strong> un Don Ottavio à la belle ligne mélodique, <strong>Mathieu Gourlet</strong> un Masetto sonore bien dans la tradition, et <strong>Nathanaël Tavernier</strong> un Commandeur d’excellente facture. <strong>Chantal Santon Jeffery</strong> est une Donna Anna torturée mais très musicale, et <strong>Margaux Poguet</strong> une Donna Elvira parfois un peu outrée, et qui arrive fatiguée à son dernier air.</p>
<p>Pour autant, quelques autres bémols viennent un peu affaiblir l’enthousiasme né des partis pris scéniques et musicaux. La faiblesse de l’éclairage à l’avant-scène, contrairement à la passerelle, fait qu’on ne découvre vraiment les chanteurs qu’au moment des saluts. L’absence de chœurs un peu plus nourris, remplacés par quatre excellents solistes, se fait sentir (noce de Zerline), tandis que d’autres ensembles, comme le « Sola, sola in buio loco » peinent un peu à rester structurés.<br />Jouer une seule fois en un lieu que l’on découvre n’est pas un exercice sans risques. Il n’en reste pas moins que cette course à la vie, course à la mort, ne laisse personne indifférent, après une magnifique scène finale qui glace comme il se doit, malgré les feux de l’enfer, entrainant une longue ovation.</p>
<p><em>Prochaines représentations à Massy (13, 14 et 16 décembre), Tourcoing (17 et 18 janvier 2026), Foix (10 avril), Perpignan (12 avril) et Clermont-Ferrand (25 et 26 avril).</em></p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-don-giovanni-compiegne/">MOZART, Don Giovanni &#8211; Compiègne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>VIVALDI, Echos de Venise &#8211; Colmar (Festival)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/vivaldi-echos-de-venise-colmar-festival/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Jul 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>«&#160;Echos de Venise&#160;» titrent les affiches et le programme. Exempte de réverbérations qui parasitent tant d’édifices, la vaste nef, aussi large que haute, de l’Eglise protestante Saint-Matthieu impressionne toujours, visuellement, mais tout autant au plan acoustique. Le jubé, les balustrades enrichies de magnifiques peintures, tout concourt à ce que l’ancienne église des Franciscains constitue le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>«&nbsp;Echos de Venise&nbsp;» titrent les affiches et le programme. Exempte de réverbérations qui parasitent tant d’édifices, la vaste nef, aussi large que haute, de l’Eglise protestante Saint-Matthieu impressionne toujours, visuellement, mais tout autant au plan acoustique. Le jubé, les balustrades enrichies de magnifiques peintures, tout concourt à ce que l’ancienne église des Franciscains constitue le cadre idéal de l’écoute.</p>
<p>Le concert dédié à Vivaldi, que nous valent le Concert de la Loge <span style="text-decoration: line-through;">Olympique</span> (1), <strong>Julien Chauvin</strong> qui le créa voici dix ans déjà, et <strong>Tim Mead</strong>, a rempli l’église, et la qualité d’attention aura été singulière. En témoignera, le long silence qui suivra la dernière note de l’aria <em>Sovvente il sole</em>, que chantera le contre-ténor, avant de chaleureuses ovations.</p>
<p>Le programme fait alterner avec bonheur sinfonia, sonate en trio et concerti avec les trois œuvres confiées au contre-ténor. Les quatorze musiciens (2) que dirige notre violoniste-chef, tous également engagés, virtuoses accomplis, ne font qu’un. Se distinguent, naturellement, le concertino comme les solistes, Julien Chauvin et <strong>Hanna Salzenstein</strong>, éminente violoncelliste, dont on appréciera, outre la virtuosité, la belle cantilène du mouvement central du dernier concerto, intime avec les seuls théorbe et clavecin. Les qualités de Julien Chauvin sont connues, tant comme violoniste que comme chef, transfusant dynamique, couleurs, agilité à chacun des musiciens et l’on ne détaillera pas le bonheur de leur écoute. L’énergie, les contrastes, la poésie, la légèreté, la plénitude comme les tensions, tout Vivaldi est là. Particulièrement l’esprit, avec une ambition expressive constante.</p>
<p>Présente-t-on encore Tim Mead ? Entre les premiers rôles des opéras baroques et George Benjamin, son répertoire, et – surtout – ses éminentes qualités l’ont conduit à travailler avec les chefs et les institutions les plus prestigieuses (3). Les trois œuvres inscrites au programme, pour être familières des amateurs de musique baroque, sont autant de moments de bonheur et d’émotion. L’égalité des registres, la projection, la pureté d’émission, la suprême aisance qui lui permet de se jouer des traits les plus redoutables, la vérité de son chant fascinent. Ajoutez à cela mille détails qui le distinguent des versions connues (4) et vous aurez compris notre jubilation. Le <em>Cessate, omai cessate </em>est un régal. On en retiendra le larghetto (<em>Ah, ch&rsquo;infelice sempre mi vuol Dorilla ingrata</em>) dont la longue illustration de <em>lagrimar</em> s&rsquo;avère aussi juste qu&rsquo;émouvante. Après la plénitude de l’introduction orchestrale de l’aria <em>Sovvente il sole</em>, la délectation du chanteur à dire son texte, les arabesques que tisse le violon avec le chant, c’est le ravissement. On ne décrit pas le <em>Nisi Dominus</em>, véritable tube baroque. Certes, ce n’est pas la viole d’amour, mais le violon de Julien Chauvin, qui dialogue avec la voix du <em>Gloria Patri</em>, mais le plaisir n’est pas moindre tant les deux lignes se conjuguent à merveille. Quant à l’<em>Amen</em> conclusif, jubilatoire, c’est le feu d’artifice, à peine anticipé (nous sommes le 13 juillet).</p>
<p>Oubliées les préventions de certains, pour lesquels l’approbation populaire, et la prétendue facilité d’écriture de Vivaldi le réduiraient à un rôle de bateleur. La prodigieuse invention mélodique (dont <em>la Folia</em> est la meilleure démonstration, alors que c’est son opus 1), le renouvellement, l’art des contrastes, auront été magistralement servis ce soir. Les longues ovations d’un public enthousiaste lui valent deux bis. On attendait Vivaldi&#8230;.Le premier fut français,, ni chauvin ni timide : une contredanse de Rameau (<em>Les Fêtes d’Hébé</em>), avant que soit repris l’<em>Amen</em> du <em>Nisi Dominus</em>. Le bonheur en partage.</p>
<ul>
<li>
<pre>1. On se souvient non sans émotion de l’injonction du Comité olympique français (CNOSF) menaçant de poursuites l’ensemble fondé par Julien Chauvin, au motif imbécile que l’organisation sportive serait seule habilitée pour l’usage du vocable... ce qui conduisit le chef à renoncer, faute de moyens financiers permettant de contester ce diktat. Où sont, en dehors de la Charte olympique, les valeurs de « compréhension mutuelle, l'esprit d'amitié, de solidarité et de fair-play »&nbsp;&nbsp;?
2. De fait, seuls deux musiciens (le théorbiste et le contrebassiste), pour 12 musiciennes. On se prend à imaginer le Prêtre roux et ses élèves de <em>l’Ospedale della Pietà.
</em>3. Nous le retrouverons au Teatro Massimo de Palerme, (5, 7, 9 et 12 Octobre), pour le <em>Mitridate Eupatore</em>, d’Alessandro Scarlatti, que dirigera Giulio Prandi.
4. Ainsi, le sol grave (au diapason ancien, bien sûr) profond, bien timbré, sur lequel s’achève la partie centrale du <em>Cessate, omai cessate</em>. On pourrait multiplier les exemples.</pre>
</li>
</ul>
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		<title>ROSSINI, L’italiana in Algeri &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-litaliana-in-algeri-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Jun 2025 04:05:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce soir marque les vingt-cinq ans de carrière de Marie-Nicole Lemieux. Dans une brève adresse lors des saluts, et après une déclaration d’amour au public (conquis) du Théâtre des Champs Elysées, la chanteuse québécoise nous promet que ce n’est pas fini. Et on veut bien la croire. La mezzo au tempérament volontiers volcanique semblait avoir &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce soir marque les vingt-cinq ans de carrière de <strong>Marie-Nicole Lemieux</strong>. Dans une brève adresse lors des saluts, et après une déclaration d’amour au public (conquis) du Théâtre des Champs Elysées, la chanteuse québécoise nous promet que ce n’est pas fini. Et on veut bien la croire.</p>
<p>La mezzo au tempérament volontiers volcanique semblait avoir misé sur une certaine sobriété expressive dans son air d’entrée. Ce n’est que pour mieux tromper son monde, car le naturel revient vite au galop, culminant dans le duo au premier acte avec Mustafa, qui, dans sa folie, lorgne vers Tex Avery. L’Italienne ne recule devant aucun procédé pour dompter le macho : soupirs, œillades en coin, voire même coups de poitrine ! Difficile de résister au sens comique de cette tornade, et d’ailleurs, tous les interprètes jouent le jeu, avec une belle énergie.</p>
<p>Pour autant, si nous succombons comme le reste du public au délire scénique, nous avouerons être moins être sensible à ce chant où la recherche de l’effet prime sur la ligne, sur la beauté du son (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/litaliana-in-algeri-paris-tce-des-tonnes-et-un-peu-plus/">comme c’était déjà le cas il y a dix ans dans ces lieux</a>). Les phrases heurtées, l’émission tour à tour grossie ou pincée ont une puissance comique indéniable mais perdent parfois en chemin le legato et le bel canto. C’est lorsque la chanteuse laisse de côté les effets intempestifs que l’on peut vraiment apprécier le fruité et la rondeur de la voix et son extension dans l’aigu… Au vu de sa santé vocale insolente, les vingt-cinq ans de carrière ne sont clairement qu’un début.</p>
<p>Le Mustafa de <strong>Nahuel di Pierro</strong> semble un peu effacé au premier abord. Pourtant, une fois la voix chauffée et la projection retrouvée, la basse démontre sa familiarité avec un répertoire qu’il a chanté sur les plus grandes scènes, sans que la <em>vis comica</em> ne se fasse jamais au détriment d’une vrai probité stylistique.</p>
<p>Face à ces deux ogres, le Taddeo très bien chantant et sonore de <strong>Mikhail Timoshenko</strong> paraîtrait presque timoré. Son côté clown blanc finit cependant par convaincre, même s’il reste en retrait de la folie environnante.</p>
<p>Le contraltino de <strong>Levy Sekgapane</strong> se coule, lui, avec aisance dans la tessiture de Lindoro. En résulte une apparence de naturel confondante. Le « Languir per una bella » d’abord entonné à pleine voix est ensuite repris <em>mezza voce</em> avec une voix mixte caressante à laquelle on peut difficilement résister. L’interprète surprend par des variations originales et comme tout bon ténor rossinien possède une quinte aigüe claironnante. Difficile de croire qu’il est ici de passage entre deux représentations du <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-il-barbiere-di-siviglia-paris-bastille/"><em>Barbiere</em> à Bastille</a>.</p>
<p>Les comprimarii font très bonne figure, quand bien même ils n’ont que peu de matière à se mette sous la dent, à l’exception de la courte aria de Haly (<strong>Alejandro Baliñas Vieites</strong>). On apprécie cependant la clarté et la rondeur de l’Elvira de <strong>Manon Lamaison</strong>, loin de la caricature souvent infligée à ce rôle.</p>
<p>Dès l’ouverture, on comprend que <strong>Julien Chauvin</strong> maîtrise parfaitement l’art du crescendo rossinien et est en parfaite harmonie avec la fougue des chanteurs. Les tempi sont vifs voire débridés, sans que cela ne mette jamais en danger les instrumentistes du Concert de La Loge. Tout juste pourra-t-on noter des couleurs parfois sourdes des instruments anciens quand on rêverait (notamment dans les vents) de davantage de brillant. Au-delà de cette dynamique, on apprécie la qualité de la mise en place, avec des ensembles réglés au cordeau, cette précision rythmique se retrouvant également au sein du chœur Fiat Cantus.</p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-litaliana-in-algeri-paris-tce/">ROSSINI, L’italiana in Algeri &#8211; Paris (TCE)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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