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	<title>Christel LOETZSCH - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Christel LOETZSCH - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>DUSAPIN, Antigone – Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dusapin-antigone-paris-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Oct 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Trois ans seulement après la création de son dernier opéra, Il viaggio, Dante, Pascal Dusapin livre une nouvelle partition lyrique, opératorio au sujet antique, comme Penthesilea (2015) et Medeamaterial (1992). Son Antigone est un monolithe dont la musique continument torturée explique moins qu&#8217;elle n&#8217;accompagne la mécanique macabre enclenchée dans les premières minutes du drame : &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Trois ans seulement après la création de son dernier opéra, <em>Il viaggio, Dante</em>, Pascal Dusapin livre une nouvelle partition lyrique, opératorio au sujet antique, comme <em>Penthesilea</em> (2015) et <em>Medeamaterial</em> (1992). Son <em>Antigone</em> est un monolithe dont la musique continument torturée explique moins qu&rsquo;elle n&rsquo;accompagne la mécanique macabre enclenchée dans les premières minutes du drame : Antigone, par obéissance aux lois non écrites des dieux, veut offrir à son frère les hommages funéraires, Créon, par obéissance aux lois élémentaires de la cité, non moins puissantes spirituellement, refuse à un ennemi des honneurs indus. La morale grecque héroïque qui a cours dans la tragédie exige que l&rsquo;on veuille du bien à ses amis et du mal à ses ennemis ; le mythe, alors, pose la question insoluble : que faire lorsqu&rsquo;une même personne est à la fois ami (frère, neveu) et ennemi (général qui a porté ses armes contre Thèbes) ?</p>
<p>La partition de <strong>Pascal Dusapin</strong> dégage un expressionnisme d&rsquo;autant plus frappant que les moyens réellement mis à sa disposition sont plutôt sobres, tout compte fait : le plan sonore paraît rarement complexe, on entend surtout un continuum très horizontal, une longue stase orchestrale plombée dès les premières mesures par une atmosphère angoissante. Ce suspens miroitant de noirceur est parfois perturbé par quelques événements sonores brutaux mais qui n&rsquo;ont qu&rsquo;un temps. Les instruments sont utilisés parfois à la limite entre son et bruit, comme ces cuivres laissant échapper de déchirantes déflagrations, une harpe qui fait entendre le métal de ses cordes, même une flûte sonorisée dans l&rsquo;ouverture de l’œuvre, un parti pris qui augmente la perte des repères sonores du spectateur. Si l&rsquo;on apprécie beaucoup la force suggestive de cette musique étouffante, on lui trouve un manque de progression, comme face à un monochrome qui vous happerait mais n&rsquo;en resterait pas moins uniforme. Relevons tout de même quelques percées d&rsquo;un langage différent, notamment lorsque Hémon évoque son amour pour Antigone, et que s&rsquo;esquisse à l&rsquo;orchestre un nuage de douceur, ou à l&rsquo;inverse dans le premier interlude orchestral, impressionnant de masse soudainement accumulée. L&rsquo;écriture vocale, quant à elle, navigue volontiers sur la palette du <em>Sprechgesang</em>, tout en réservant quelques grandes lignes saisissantes aux interprètes. La prosodie n&rsquo;est pas du tout hachée, mais les sauts de registre reviennent régulièrement pour émailler d&rsquo;intensité les mots du livret.</p>
<p>Ce livret, justement, est composé d&rsquo;après la traduction allemande, par Hölderlin, de l&rsquo;<em>Antigone</em> de Sophocle. Dusapin a coupé plusieurs passages dans un souci bien évident d&rsquo;économie et de concentration. Le principal changement, qui nous paraît constituer un écueil, est la suppression du chœur. Son absence impose d&rsquo;abord de répartir autrement la parole, puisque dans de nombreux passages les protagonistes dialoguent avec le chœur, qui conseille, commente voire décrit (et donne de précieuses indications scéniques). Ce travail de redistribution est assez bien mené, notamment au moyen de la mise en scène : Créon s&rsquo;adresse non plus aux vieillards de Thèbes mais à la salle en se positionnant derrière des micros. Mais vers la fin du drame, la présence du chœur est dramatiquement nécessaire pour assurer la cohérence et la continuité scénique : c&rsquo;est, après le départ de Tirésias, en discutant avec le chœur que Créon décide de revenir sur sa décision et c&rsquo;est au chœur que le Messager annonce la mort d&rsquo;Hémon, en l&rsquo;absence de Créon. Pour s&rsquo;en sortir, le livret introduit donc un personnage, le Coryphée, dont l&rsquo;existence serait pleinement pertinente s&rsquo;il ne surgissait pas sur scène à la fin seulement, tenant ses deux mallettes, sans qu&rsquo;on sache bien pourquoi il arrive là. Une autre difficulté que crée la suppression du chœur est la perte des parties lyriques qui rythment la tragédie grecque. Entre les épisodes (où les protagonistes parlent) sont normalement intercalés des intermèdes chantés, les <em>stasima</em>, sur des thématiques souvent cosmiques ou religieuses qui mettent en perspective la catastrophe. Le livret de Dusapin réintègre intelligemment quelques vers de ces saisissantes parties chorales dans le monologue d&rsquo;Antigone.</p>
<p>La mise en scène de <strong>Netia Jones</strong> est d&rsquo;une abstraction efficace. Son plateau est occupé pour moitié par six gigantesques colonnes carrées blanches, sur lesquelles sont projetés des rais de lumière ou des taches noires. Une avancée angulaire de la scène accueille un demi-cercle de micros installés comme pour une conférence de presse, tandis qu&rsquo;un poteau soutient deux écrans. Si on ajoute à cela les costumes sombres, la production est toute de noir et de blanc, ce qu&rsquo;accentuent les images spectrales diffusées sur les écrans, où l&rsquo;on voit en différé et au ralenti les protagonistes venus s&rsquo;exprimer devant les micros.</p>
<p>La distribution ne souffre aucune faiblesse, ce qui, conjugué à la fougue et à la minutie de la direction de <strong>Klaus Mäkelä</strong>, assure la réussite de la soirée. Grande habituée des opéras de Dusapin, qui lui a écrit cette Antigone sur mesure, <strong>Christel Loetzsch</strong> est impressionnante d&rsquo;engagement et de tessiture. L&rsquo;écriture vocale sollicite très souvent ses graves riches tout en les poussant volontairement dans ses retranchements, où la voix semble forcée, plus crachée que projetée, jusqu&rsquo;à des sons rauques franchement hurlés. Elle assume avec passion sa dernière scène, monologue gagné par la folie (un peu trop à notre goût du reste, par rapport à l&rsquo;idée que l&rsquo;on se fait du personnage). <strong>Tómas Tómasson</strong>, en Créon, est l&rsquo;autre pôle dramatique de la soirée. Son cheminement personnel, de l&rsquo;inflexibilité et de la noblesse outragée au doute puis au désespoir, est parfaitement incarné, au point de devenir le vrai personnage humain face à une Antigone exaltée au point de sembler dangereuse. La ligne soignée et le jeu efficace de <strong>Jarrett Ott</strong> (un messager) emportent autant l&rsquo;adhésion que l&rsquo;Ismène malmenée aux aigus éclatants d&rsquo;<strong>Anna Prohaska</strong> ou que le très beau timbre trompetant du ténor <strong>Thomas Atkins</strong>, qu&rsquo;on aurait volontiers entendu plus longtemps en Hémon. Mentions spéciales à <strong>Edwin Crossley-Mercer</strong>, Tirésias à la basse sépulcrale et profonde et à <strong>Serge Kakudji</strong> (Coryphée), dont la voix de haute-contre est extraordinairement riche en harmoniques.</p>
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		<title>POULENC, La Voix humaine, BARTOK / Le Château de Barbe-Bleue &#8211; Erl</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-la-voix-humaine-bartok-le-chateau-de-barbe-bleue-erl/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Marcel Humbert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Jul 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quel pourcentage du public de ce soir a-t-il déjà vu Le Château de Barbe-Bleue et La Voix humaine, au point d’en connaître toutes les finesses et les interprétations historiques qui ont construit la notoriété de ces deux œuvres ? Certainement très faible, ce qui peut expliquer qu’il montre par ses applaudissements démonstratifs, qu&#8217;il a été &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quel pourcentage du public de ce soir a-t-il déjà vu <em>Le Château de Barbe-Bleue</em> et <em>La Voix humaine</em>, au point d’en connaître toutes les finesses et les interprétations historiques qui ont construit la notoriété de ces deux œuvres ? Certainement très faible, ce qui peut expliquer qu’il montre par ses applaudissements démonstratifs, qu&rsquo;il a été enchanté du plat qui lui a été servi, même si les ingrédients en sont sinon frelatés, du moins pas de première fraîcheur. D’abord se pose la question de la réunion de ces deux pièces si dissemblables. Pourquoi pas s’il s’agit d’être à la mode en regroupant des œuvres où le machisme domine, ce qui semble le parti pris de la production. Mais c’est oublier que, pour Jean Cocteau, il s’agissait à l’origine d’une rupture entre deux hommes, proposée pour des raisons de meilleure intégration sociale à une femme, en l’occurrence la créatrice de la pièce, Berthe Bovy. Et que dire du choix musical d’enchaîner <em>L’Élégie du Concerto pour orchestre</em> de Bartók avec le début de <em>La Voix humaine</em>, avec tout juste un quart de seconde d’interruption ? Bien sûr le choix est amusant, car on retrouve dans l’œuvre de Bartók des réminiscences de la sonnerie du téléphone. Mais n&rsquo;y a-t-il pas quand même là tromperie sur la marchandise ?</p>
<p>Alors au total, de quoi s’agit-il&nbsp;? Après la courte apparition d’une femme portant une valise, on entre dans un magnifique décor de <strong>Monika Korpa</strong> rappelant irrésistiblement les tableaux d’Edward Hopper (1882-1967), où un homme est aux prises avec sa nouvelle épouse, pendant que les précédentes hantent les lieux telles des poupées Barbie en mal de Ken. Poupée dont l’une, désarticulée, se déglingue sous nos yeux pour le plus grand plaisir des anti-Barbie. On ne peut trouver démarche plus machiste, ou alors c’est de l’inconscience. Après l’entracte, et l’interprétation de <em>L’Élégie </em>de Bartók, commence <em>La Voix humaine</em>. La même femme avec sa valise arrive à la réception d’un hôtel, prend une chambre, et commence à se battre avec un téléphone en bakélite rouge des années &rsquo;70 (rendant particulièrement étranges les interventions avec une opératrice). Puis petit à petit, le champ s’agrandit autour du petit canapé-lit du début, jusqu’à proposer des ouvertures, l’une d’entre elles étant l’épisode révélateur du chien.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/54646931267_89c9f52ba0_o-corr-1-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-195044"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Barbara Hannigan et Penny&nbsp; © Photos Tyroler Festspiel Erl / Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Dans un Tweet du 12 juillet 2025, l’interprète de « Elle », <strong>Barbara Hannigan</strong>, rappelle qu’il y a deux règles au théâtre&nbsp;: refuser de jouer avec des enfants et avec des animaux&nbsp;! Mais là, elle a craqué pour la bonne grosse chienne Penny, qui adore les gratouilles, et qu’elle qualifie d’irrésistible… Ce qu’elle est indéniablement. Or une fois de plus, était-il nécessaire de concrétiser ce qui est raconté en contredisant le texte dans une partie généralement coupée sur scène, alors que c’est un des moments émouvants qu’il fallait préserver. Sans vouloir diminuer les mérites de cette brave bête, elle remue les sentiments de tous les spectateurs amoureux des chiens mais détourne l’attention de l’objectif premier de l’œuvre&nbsp;: le texte et son interprétation. Bref, la malheureuse «&nbsp;Elle&nbsp;» se retrouve ensuite dans le château de Barbe-Bleue, qui était donc l’horrible mâle qui la torturait au téléphone, et qu’elle tue d’un coup de révolver, transformant l’œuvre en fait divers sordide. Que les mânes de Cocteau et de Poulenc pardonnent cette trahison. Le public, de son côté, est content de croire avoir vu et apprécié l’œuvre de ces deux auteurs, alors qu’on ne lui a proposé qu’un succédané.</p>
<p>Cela dit, <em>Le Château de Barbe-Bleue</em> est remarquablement servi par <strong>Florian Boesch </strong>et <strong>Christel Loetzsch</strong>. Les deux voix sont parfaitement en symbiose, également fortes et expressives. La violence du jeu des deux chanteurs suit parfaitement leurs échanges verbaux, et on a certainement là une interprétation proche de l’idéal, à condition de faire abstraction de tous les éléments parasites introduits par le metteur en scène <strong>Claus Guth</strong>, toutes ces femmes empruntées ne sachant trop pourquoi elles sont là ni ce qu’elles ont à y faire. Alors que l’échange central se déroule avec force, l’attention est sans cesse détournée par ces femmes-fantômes élégantes mais inconsistantes.</p>
<p>Si l’on excepte la scène finale, le cas de <em>La Voix humaine</em> est tout différent, car il repose sur une seule cantatrice, et de préférence une personnalité forte. Et de cela Barbara Hannigan peut se prévaloir, elle qui a chanté le rôle à travers le monde dans les mises en scène les plus extrêmes, y compris à Radio-France en dirigeant elle-même l’orchestre. Sans doute est-ce le metteur en scène qui lui a imposé de minauder au lieu de se cantonner dans la simplicité et la subtilité. Malheureusement, les lois de la nature sont incontournables, et ce soir, c’est avec une voix engorgée et sourde, dont on ne comprend quasiment pas un mot, que la cantatrice se débat (mais qu’importe, il y a les surtitres en allemand et anglais), émettant simplement avec sûreté – car bien sûr elle connait l’œuvre dans ses moindres recoins – des aigus forte qui arrivent à dépasser l’orchestre quand celui-ci le lui permet. Il est difficile de comprendre que le chef <strong>Martin Rajna</strong> – excellent dans le Bartók – puisse négliger à ce point l’équilibre sonore d’une œuvre tellement délicate et hors du commun, au point de rendre l’interprète et le texte qu’elle doit défendre quasiment inaudibles. Mais pour lui aussi, visiblement, le texte n’a que peu d’importance, conduisant tout en force et faisant fi des beautés et des raffinements de la partition. Et l’on se prend à rêver de la même interprétation dans la version pour piano, qui devrait maintenant beaucoup mieux convenir à Barbara Hannigan.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-la-voix-humaine-bartok-le-chateau-de-barbe-bleue-erl/">POULENC, La Voix humaine, BARTOK / Le Château de Barbe-Bleue &#8211; Erl</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>KaiserRequiem à la Philharmonie de Paris : Ullmann et Mozart face à l’abîme</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/kaiserrequiem-a-la-philharmonie-de-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime Pierre]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Apr 2025 16:16:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>À la Philharmonie de Paris, les 7 et 8 mai 2025, l&#8217;Orchestre de Paris, sous la direction d&#8217;Omer Meir Wellber, propose un programme audacieux intitulé&#160;KaiserRequiem . Ce concert met en dialogue deux œuvres majeures : l&#8217;opéra de Viktor Ullmann,&#160;Der Kaiser von Atlantis, oder die Tod-Verweigerung (L&#8217;Empereur d&#8217;Atlantis ou le Refus de la mort), et le célèbre&#160;Requiem&#160;de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div>
<p><span data-olk-copy-source="MessageBody">À la Philharmonie de Paris, les 7 et 8 mai 2025, l&rsquo;Orchestre de Paris, sous la direction d&rsquo;Omer Meir Wellber, propose un programme audacieux intitulé&nbsp;<u><a id="OWA6eeca2ea-c51b-f4bb-4eb8-192bf9e0edd0" title="https://mibc-fr-11.mailinblack.com/securelink/?url=https://philharmoniedeparis.fr&amp;key=eyJsYW5nIjoiRlIiLCJ1cmwiOiJodHRwczovL3BoaWxoYXJtb25pZWRlcGFyaXMuZnIvZnIvYWN0aXZpdGUvY29uY2VydC1zeW1waG9uaXF1ZS8yNzE5My1vcmNoZXN0cmUtZGUtcGFyaXMtb21lci1tZWlyLXdlbGxiZXIiLCJ0b2tlbiI6ImdBQUFBQUJvQjk4a0g5QUdUZFhzQWZNTV9qRkh1MUZfaUhQVTRJb3ktLUNEcjJEWkl2Mjh3NTNiQXM4OUtqTW01endGaGxja3FyaWhBSFJNMjRQQzRqZ3NCRUc2Njk3TnM1R3gzVFA1TTRRNDlOUW11SlJoc0w2UHVQMlBQTU9Gei1HUWNkd0xtLS1wNUtpMDdDcFF0ZUlGdW56X3ZLLVN6ME9BYjV2NUloLXA0eTVSZUhTazZGS3ZCc3NPLWxqcF9nMU5Qb2gxLVNVREE1a1pUR3RfVVFSSmM3VXZtaFJkV1lIWjFkSWNnVlUxcEJwdE5kYXF4TGV6WlVVUGFUQVBrRUQxUmZLemVEZ3drMXZOUEJqZzJ4T2RqSml3dHNBZ2NfYjlEcm93Y05DZzVkV1R2Zjk5Zms2RmNXNXduRVE1M08yZVBxd2lfbDUyIn0=" href="https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-symphonique/27193-orchestre-de-paris-omer-meir-wellber" target="_blank" rel="noopener noreferrer" data-auth="NotApplicable" data-linkindex="0">KaiserRequiem</a></u> . Ce concert met en dialogue deux œuvres majeures : l&rsquo;opéra de Viktor Ullmann,&nbsp;<i>Der Kaiser von Atlantis, oder die Tod-Verweigerung (L&rsquo;Empereur d&rsquo;Atlantis ou le Refus de la mort)</i>, et le célèbre&nbsp;<i>Requiem</i>&nbsp;de Mozart.</span></p>
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<p>Composé en 1943 dans le camp de Theresienstadt,&nbsp;<i>Der Kaiser von Atlantis</i>&nbsp;est une œuvre singulière et bouleversante. Sur un livret du poète Peter Kien, également interné, cette œuvre allégorique dénonce l’absurdité des régimes totalitaires. L’empereur Überall — transparent avatar d’Hitler — pousse le monde à une guerre totale si absurde que la Mort elle-même refuse d’y collaborer. L’opéra, aux accents tantôt sarcastiques, tantôt lyriques, n’a jamais pu être représenté du vivant de ses auteurs, tous deux déportés à Auschwitz peu après sa composition.</p>
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<p>À cette méditation grinçante sur le pouvoir et l’humanité fait écho le&nbsp;<i>Requiem</i>&nbsp;de Mozart, ultime chef-d’œuvre inachevé du compositeur, dont la part de mystère continue de nourrir les interprétations les plus diverses. <a href="https://www.forumopera.com/breve/streamings-et-radios-ullmann-et-mozart-ensemble-tresses/"><i>KaiserRequiem</i></a>&nbsp;offre une méditation profonde sur la finitude humaine.</p>
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<p>Autour d’Omer Meir Wellber, le plateau réunit la soprano Rebecca Nelsen (soprano), Christel Loetzsch (mezzo-soprano), JunHo You (ténor), Evan Hughes (basse), et le Chœur de l’Orchestre de Paris dirigé par Richard Wilberforce.</p>
</div>
<div>
<p><b>Informations pratiques&nbsp;</b>:</p>
<p><span style="font-size: revert; font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif; font-weight: inherit;">Les 7 et 8 mai 2025</span></p>
<p><span style="font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif; font-size: revert; font-weight: inherit;">Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris.</span></p>
</div>
<div>
<p>Durée : 1h45 avec entracte</p>
</div>
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		<item>
		<title>DUSAPIN, Il Viaggio, Dante – Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dusapin-il-viaggio-dante-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Mar 2025 13:50:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La figure du poète Dante Alighieri a laissé d’importantes traces dans l’histoire de la musique. Hector Berlioz, Franz Liszt et plus récemment Pascal Dusapin figurent parmi les compositeurs ayant consacré des œuvres au créateur de la Divine Comédie. L’Opéra de Paris propose actuellement une reprise d’Il Viaggio, Dante initialement créé lors de l’édition 2022 du Festival &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La figure du poète Dante Alighieri a laissé d’importantes traces dans l’histoire de la musique. Hector Berlioz, Franz Liszt et plus récemment Pascal Dusapin figurent parmi les compositeurs ayant consacré des œuvres au créateur de la <i>Divine Comédie</i>. L’Opéra de Paris propose actuellement une reprise d’<i>Il Viaggio, Dante</i> initialement créé lors de l’édition 2022 du Festival d’Aix-en-Provence.</p>
<p>Dusapin et son librettiste Frédéric Boyer ont réalisé un croisement entre l’œuvre phare de Dante, <i>La Divine Comédie</i>, et <i>Vie nouvelle</i>, premier texte attribuable à l’écrivain italien des XIII<sup>e</sup> et XIV<sup>e</sup> siècles. Au paroxysme du désespoir spirituel, hanté par le souvenir de Béatrice, sa bien-aimée morte à seulement vingt-quatre ans, Dante traverse les enfers en compagnie du poète Virgile (Virgilio), envoyé par celle-ci. Il rencontre aussi une version plus jeune de lui-même pleurant la perte de sa femme – élément tiré de <i>Vie nouvelle</i> – ainsi que Sainte-Lucie (Lucia) qui œuvre au salut du poète. Des prières et textes liturgiques viennent compléter cet assemblage en italien. Tout cela est narré par un Monsieur Loyal (Giovanni Battista Parodie) en costume de revue, qui recourt au texte original.</p>
<p>Ce dispositif, qui renvoie à la perception de l’œuvre au-delà du simple argument, n’est pas le seul élément à faire penser à l’opéra précédent de Dusapin, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dusapin-macbeth-underworld-paris/"><i>Macbeth Underworld</i></a>, sorte de <i>Macbeth</i> à rebours, en négatif. Si les lignes vocales d’<i>Il Viaggio</i> sont plus plastiques, d’une grande expressivité et pleines de profils différents, l’orchestre présente les mêmes caractéristiques que celui de <i>Macbeth</i>. L’espace musical se forme essentiellement par superposition de nappes sonores. Ce continuum, souvent encadré par une strate dans le grave et une autre dans l’extrême-aigu, se décompose en champs différents, fréquemment consonants ou modaux autour de notes pivots. La présence de fragments de chant grégorien ne fait que souligner ce qui est inhérent à la musique. Les gestes mélodiques sont rares, l’organisation est davantage horizontale. Cette technique permet la cristallisation de structures et de couleurs insoupçonnées, mais aussi l’apparition du conventionnel. On est dans un flux continu. Même la danse macabre, évoquée lors de la descente aux enfers, est plus sous-entendue qu’elle n’est rythmique. Tout a l’air de s’écouler d’un seul trait, ce qui a ses avantages – le public rentre dans une sorte de transe – et ses désavantages – le temps lyrique est difficilement contrôlable. Dusapin utilise le terme « opératorio » pour ce mélange entre opéra et oratorio, ce qui est dû en grande partie à l’omniprésence du chœur qui, bien qu’invisible, contraste avec les individus. Toutefois, lorsque le chœur devient une menace, tous les éléments sont réunis pour créer un <i>tableau </i>de <i>grand opéra</i> romantique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="689" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/26825-Bernd_Uhlig___Opera_national_de_Paris-Il-Viaggio-Dante-24-25-Bernd-Uhlig-OnP-9-1600px-1024x689.jpg" alt="" class="wp-image-185662"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>IL VIAGGIO DANTE © Opéra de Paris, Bernd Uhlig</sup></figcaption></figure>


<p>Le metteur en scène<strong> Claus Guth</strong> invente un cadre concret pour le livret qui enchaîne des situations plutôt spirituelles et abstraites : le spectacle commence par la projection d’une vidéo où l’on voit Dante traverser une forêt – image empruntée à la <i>Comédie</i> – en voiture, avant que l’apparition soudaine de Béatrice ne provoque un accident. Dante rentre chez lui, dans sa chambre, grièvement blessé, et on se demande s’il est déjà mort et si tout ce qui suit n’est qu’un rêve. À plusieurs reprises, Guth invoque des images cinématographiques. Le purgatoire, rempli de personnages tourmentés par des tics et le souvenir de leur vie terrestre, semble sortir de l’imagination d’un David Lynch ou d’un Stanley Kubrick. Les étranges raccourcis entre des visions et la vie réelle sont proches d’opéras tels qu’<i>Angels in America</i> de Péter Eötvös (bien que l’esthétique soit différente). À la fin du voyage, alors qu’il est sauvé et réuni avec Béatrice, Dante<span class="Apple-converted-space">  </span>se retrouve de retour dans sa chambre, seul, ensanglanté et mourant au lieu d’entrer au paradis. Le programme de salle offre une explication à cela. Une citation du <i>Mythe de Sisyphe</i> d’Albert Camus évoque la prise de conscience d’une vie machinale comme début d’un mouvement psychique qui mène soit au suicide soit à l’acceptation et au rétablissement. La scène en serait alors la vie quotidienne et non pas l’au-delà.</p>
<p>Par conséquent, <strong>Bo Skovhus</strong> campe un Dante expressionniste, physiquement éprouvé. Rompu aux rôles du répertoire contemporain tels que <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lear-paris-garnier-les-bonnes-vieilles-casseroles/"><i>Lear</i></a> d’Aribert Reimann, il manie sa partie avec une grande maestria. Le jeune Dante est un rôle travesti très ambigu dont l’aspect impulsif et le chant plastique sont parfaitement interprétés par la mezzo-soprano <strong>Christel Loetzsch</strong>. Même s’ils utilisent toute l’étendue des registres, les deux Dante retombent régulièrement dans l’extrême-grave de leurs tessitures. Virgilio, quant à lui, remplit son rôle de guide avec un stoïcisme inébranlable, et <strong>David Leigh</strong> projette sa basse volumineuse d’une manière vigoureuse. Lucia (<strong>Danae Kontora</strong>), qui semble être aveugle bien que son nom signifie « lumière », est un soprano colorature aérien d’une transparence irréelle dans les aigus. À l’image de la plupart des personnages, exception faite des rôles principaux, elle adopte une démarche stylisée aux gestes anguleux d’un mannequin. La Voix des damnés (<i>Voce dei dannati</i>), à laquelle Dante est confronté dès le premier cercle de l’enfer, prend la forme d’un contre-ténor à qui sont également confiées d’autres acrobaties vocales. <strong>Dominique Visse</strong> joue cette Voix des damnés comme un <em>dandy queer</em> digne d’un Quentin Crisp, et ajoute un élément grotesque à la distribution. Enfin, Béatrice, hautaine pendant la plus grande partie de l’œuvre, ne se laisse aborder qu’à la toute fin lorsqu’elle se voit attribuer un des passages les plus ouvertement lyriques. <strong>Jennifer France</strong> fait preuve à la fois de puissance et de précision dans tous les registres de sa voix.</p>
<p>Sous la direction de <strong>Kent Nagano</strong>, les voûtes sonores de l’orchestre, opposées aux lignes vocales plus dessinées, prennent tout le relief nécessaire, dans un opéra dont la dramaturgie s’émancipe souvent du texte, malgré le propos littéraire de l’œuvre.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dusapin-il-viaggio-dante-paris/">DUSAPIN, Il Viaggio, Dante – Paris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Le Crépuscule des dieux &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-le-crepuscule-des-dieux-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Feb 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Tétralogie proposée par La Monnaie de Bruxelles a beaucoup fait parler d&#8217;elle. Par ses choix très audacieux certes, mais surtout par l&#8217;abandon en rase campagne du metteur en scène, Romeo Castellucci, qui a jeté l&#8217;éponge après La Walkyrie. Les raisons invoquées sont passablement obscures, et continueront sans doute d&#8217;alimenter les conversations lors des dîners &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La <em>Tétralogie</em> proposée par La Monnaie de Bruxelles a beaucoup fait parler d&rsquo;elle. Par ses choix très audacieux certes, mais surtout par l&rsquo;abandon en rase campagne du metteur en scène, Romeo Castellucci, qui a jeté l&rsquo;éponge <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkyre-bruxelles/">après<em> La Walkyrie</em></a>. Les raisons invoquées sont passablement obscures, et continueront sans doute d&rsquo;alimenter les conversations lors des dîners en ville les cinq prochaines années. Et il a fallu trouver en catastrophe un nouveau metteur en scène. C&rsquo;est finalement <strong>Pierre Audi</strong> qui a été choisi, sachant qu&rsquo;il ferait le choix d&rsquo;ignorer le travail de Castellucci sur les précédents volets. Après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-bruxelles/">un <em>Siegfried</em> très réussi</a>, surtout compte tenu des délais impartis, l&rsquo;impatience était palpable dans la grande salle de La Monnaie ce mardi soir. Comment Pierre Audi allait-il donner vie à cette ultime journée, où l&rsquo;action est si enchevêtrée ? Une fois de plus, l&rsquo;homme de théâtre libanais s&rsquo;en sort avec les honneurs, grâce à deux lignes directrices : stylisation et fidélité. Fidélité à une histoire que Pierre Audi décide de raconter dans sa littéralité. Il ne manque vraiment que le fil des Nornes et le cheval. Pour le reste, tout est conté avec une application stricte des didascalies de Wagner : Siegfried est un héros sans peur, Brünnhilde une Walkyrie déchue, les Gibichungen sont des ambitieux (incestueux, mais cela est devenu un classique), Hagen un monstre de haine et les Filles du Rhin des aguicheuses qui voient loin dans l&rsquo;avenir. Comme la direction d&rsquo;acteurs est en plus admirable de précision, et que les chanteurs jouent leur rôle avec conviction, on se glisse avec facilité dans l&rsquo;histoire. Surtout que Pierre Audi est bien trop fin pour tomber dans le piège d&rsquo;un premier degré simpliste, type peau de bête et décors en carton-pâte.</p>
<p>La stylisation est le deuxième axe de son travail. Des figures géométriques, quelques accessoires, des costumes intemporels, des éclairages sublimes, et voilà un théâtre qui évoque irrésistiblement le peu que nous connaissons des mises en scène de Wieland Wagner. Audi, en conférence de presse, revendique d&rsquo;être un homme de la narration. Mais certaines images de son spectacle se gravent pour longtemps dans la mémoire : les trois nornes en vers à soie couleur cuivre, le dialogue cauchemardesque entre Hagen et Alberich, entre veille et sommeil,&nbsp; les robes des filles du Rhin comme couvertes par les vagues, le récit de jeunesse de Siegfried, symphonie de noir et de blanc &#8230; Légère déception pour les dernières minutes du finale, où les talents visuels de Pierre Audi auraient pu aller plus franchement dans le spectaculaire, avec un incendie du Walhalla qui reste un peu sage. Mais on apprécie le retour des Filles du Rhin, sacrifié dans tant d&rsquo;autres mises en scène. Certaines belles âmes ont déploré lors des entractes l&rsquo;absence de « déconstruction », de « distance critique ». Ces concepts ont leur place dans l&rsquo;opéra contemporain, mais voir de temps à autre un <em>Crépuscule des Dieux</em> aussi naïvement beau que celui-ci est une jouvence.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Gotterdammerung_AinAnger_IngelaBrimberg_AndrewFoster-Williams%C2%A9MonikaRittershaus-1294x600.jpg" alt="">© Monika Rittershaus</pre>
<p>Cette forme de «tradition revivifiée» trouve un écho dans la direction <strong>d&rsquo;Alain Altinoglu</strong>. Sous la baguette du directeur musical de la maison, <strong>l&rsquo;Orchestre symphonique de La Monnaie</strong> sonne avec une densité, un soyeux, un fondu qui rappellent le meilleur de la tradition bayreuthienne. Que de fils entrelacés, quelle texture riche, quelle fusion dans les timbres ! Il faudrait des pages entières pour détailler ce que les instrumentistes de La Monnaie offrent à leur chef et aux auditeurs, en termes de précision et de chaleur. On se contentera de mentionner la clarinette basse, promue par son talent et sa netteté au rang de protagoniste du drame. Mais le maestro ne se laisse jamais enivrer par les splendeurs sonores de son orchestre. Il est constamment à l&rsquo;écoute de ce qui se passe sur scène. Le début du prologue en est un excellent exemple, à mettre en regard avec la première scène de l&rsquo;acte III. Confronté à des Nornes qui se révèlent excellentes diseuses mais un peu avares en puissance (<strong>Marvic Monreal, Iris Van Wijnen, Katie Lowe)</strong>, Altinoglu retient ses chevaux et contient son formidable volcan orchestral dans des limites qui permettent au texte de « passer », créant une atmosphère de poésie lunaire. Face à des Filles du Rhin qui elles sont dans un festival de jouissance vocale (<strong>Tamara Banjesevic, Jelena Kordic, Christel Loetzsch</strong>), il déchaîne toutes les ressources de sa phalange. La beauté du Rhin ruisselle via les cors, les clarinettes, les harpes, les contrebasses. Un sentiment de panthéisme, de communion avec la nature envahit alors le spectateur. Cette interaction permanente entre les capacités de la fosse et celles de la scène est la signature des grands chefs d&rsquo;opéra.</p>
<p>Une même osmose entre la baguette et le chant entoure les prestations de Siegfried et Brünnhilde. <strong>Bryan Register</strong> a foison d&rsquo;idées nouvelles sur la façon de chanter son rôle. Grâce à son timbre d&rsquo;une souplesse couleuvrine, il accentue le côté lyrique du personnage, et le récit de sa jeunesse au III est un enchantement : cette voix a quelque chose d&rsquo;attendri et de séduisant, et son mimétisme avec l&rsquo;oiseau qu&rsquo;il cite est bluffant. Mais ce ne sera pas faire injure à ce magnifique artiste de dire qu&rsquo;il n&rsquo;a pas l&rsquo;ampleur d&rsquo;un Wolfgang Windgassen ou d&rsquo;un Max Lorenz, et que, partout où volume et métal sont nécessaires, cela sonne un peu court. Heureusement, le maestro veille comme une bonne fée, et il entoure ce timbre d&rsquo;un halo de douceur, de rêve et de beauté. Tout « passe »&nbsp;alors sans problème. Le problème est différent avec<strong> Ingela Brimberg</strong>. Sans être l&rsquo;égal d&rsquo;une Birgit Nilsson ou d&rsquo;une Nina Stemme, la soprano déploie un volume appréciable et parvient à projeter sa voix avec une belle adresse, ce qui permet notamment de faire comprendre le texte. Et, comme pour Siegfried, elle met remarquablement en valeur le côté élégiaque de sa partie, notamment dans les passages où elle évoque son amour. Mais cette prise de rôle (pour la Brünnhilde du <em>Crépuscule</em>) reste périlleuse, surtout qu&rsquo;elle chante aussi dans le <em>Tristan und Isolde</em> mis en scène à Liège en ce moment. Le corps humain ayant ses limites, elle arrive épuisée à son immolation. Qu&rsquo;à cela ne tienne, l&rsquo;artiste va déployer toute une série d&rsquo;artifices pour camoufler ses difficultés, aidée par un chef qui sait exactement doser ses effets pour venir en aide à sa chanteuse.</p>
<p>En Hagen, <strong>Ain Anger</strong> propose une conception plus classique du chant wagnérien : un timbre noir, charbonneux, une puissance presque jamais prise en défaut, sauf dans son «Hojotoho» du II, mais rétablie avec quelle maestria après un très court passage à vide. Comme le chanteur a en plus la silouhette parfaite pour le méchant manipulateur, l&rsquo;incarnation atteint à une sorte de perfection. Il faut le voir arpenter la scène, presque en permanence, pétrifier les autres d&rsquo;un simple regard, s&#8217;emparer de sa lance pour les usages les plus divers, pour réaliser que, plus que jamais, Hagen est le personnage le plus important du <em>Crépuscule</em>. Les Gibichungen sont eux aussi de la meilleure eau. Difficile d&rsquo;imaginer plus veule et lâche que le fantôche incarné par <strong>Andrew Foster-Williams.</strong> Son look clinquant entre en résonance avec un style de chant volontairement sophistiqué, qui contraste parfaitement avec les sorties abruptes de Hagen. Et il parvient à exister lors du trio qui clôt l&rsquo;acte II, ce qui est toujours une gageure. La Gutrune <strong>d&rsquo;Anett Fritsch</strong> est un enchantement : son timbre est comme un jaillisement d&rsquo;eau pure, à l&rsquo;image de son leitmotiv. Sa diction et sa façon de chanter pour toute la salle, jusqu&rsquo;au dernier rang du quatrième balcon, annoncent une interprète wagnérienne dont il faudra retenir le nom. La Waltraute de <strong>Nora Gubisch</strong> révèle, comme toujours, un tempérament passionné et un engagement sans réserve.&nbsp; Si son récit glace le sang dans les moments de désolation et dans les graves, il faut reconnaître que les moyens font défaut dès que on passe au-delà du mezzo forte. L&rsquo;Alberich de <strong>Scott Hendricks</strong> a semblé un peu boudé par le public au moment des saluts. A cause d&rsquo;une petite faute de texte au début de sa scène ? C&rsquo;est bien injuste, parce que le baryton a bien des choses à dire dans ce rôle, à commencer par un pouvoir d&rsquo;insinuation et un timbre « visqueux » qui l&rsquo;assimile à une vipère. La note du programme prétend mettre en valeur son côté humain, mais voilà bien un personnage que l&rsquo;on adore détester. Les <strong>chœurs de La Monnaie</strong> prennent beaucoup de plaisir à occuper la scène, même si les mouvements de chorégraphie ne sont pas encore tout à fait au point, et que la polyphonie les amène parfois à se prendre les pieds dans le tapis. La présence et l&rsquo;ardeur sont cependant là, et toute la seconde partie de l&rsquo;acte II est électrisée par leur contribution.</p>
<p>Aucune représentation du <em>Crépuscule</em> <em>des dieux</em> ne peut prétendre à la perfection. Le nombre de facteurs qui interviennent est trop élevé. Wagner lui-même ne confiait-il pas : « après avoir inventé l&rsquo;orchestre invisible, je voudrais inventer le théâtre invisible ». Mais compte tenu de toutes les limitations de l&rsquo;entreprise, la proposition de Pierre Audi à Bruxelles s&rsquo;impose comme un des plus beaux spectacles des dernières années, et clôt cette belle aventure de la plus éclatante manière qui soit. Une salle debout a salué l&rsquo;équipe artistique et marqué bruyamment sa satisfaction que tant d&rsquo;obstacles aient pu être surmontés.</p>
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		<title>WAGNER, Die Walküre &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkyre-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Jan 2024 07:59:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Bon public, les spectateurs du théâtre royal de La Monnaie, après s’être ici et là interrogés du regard, se disent qu’une ovation debout, après tout, ne ferait pas tâche et c’est donc en standing que les protagonistes de cette première de Die Walküre sont accueillis au baisser de rideau avec un enthousiasme non feint. Dont &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Bon public, les spectateurs du théâtre royal de La Monnaie, après s’être ici et là interrogés du regard, se disent qu’une ovation debout, après tout, ne ferait pas tâche et c’est donc en <em>standing</em> que les protagonistes de cette première de <em>Die Walküre</em> sont accueillis au baisser de rideau avec un enthousiasme non feint. Dont acte. Même <strong>Roméo Castellucci</strong> s’est risqué sur la scène et a recueilli des hourras, ce qui n’était pas gagné d’avance. La Monnaie propose son premier Ring depuis trente ans. Sur deux saisons : en 2024-25 viendront <em>Siegfried</em> et <em>Götterdämmerung </em>et en octobre dernier, nous avons eu droit à <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-bruxelles/">Rheingold</a></em>. Si ce deuxième opus de la Tétralogie est dans l’ensemble moins abouti que le premier, c’est au plateau vocal qu’on le doit. Davantage qu’à une mise en scène certes parfois perturbante, mais toujours aussi intelligente, foisonnante et réellement vecteur de sens. Un peu comme nous le ressentions déjà pour <em>Rheingold</em>, nous nous disons en quittant la salle qu’il faudrait revoir une fois au moins la production pour en goûter, parfois aussi pour en comprendre toutes les intentions. Et un peu comme nous nous le disions déjà pour <em>Rheingold</em>, nous avons hâte de connaître la suite, hâte de voir jusqu’où Castellucci va tirer la pelote. Ses productions sont reconnaissables entre toutes ; il y a de l’épure et du symbole, il y a le besoin de montrer le corps dans sa vérité (ici les malheureux héros du Walhalla dont les cadavres s&rsquo;accumulent), fût-elle synonyme de nudité. Il y a aussi l’incontournable touche de spectaculaire, le besoin de montrer, de flamber. Une touche qui pourrait, il ne faudrait pourtant pas, occulter la vision d’ensemble. Ce que Castellucci met en avant ici, c’est l’animalité des protagonistes de cette terrible et sordide histoire de famille. Sur scène seront visibles un chien, une douzaine de colombes, et une huitaine de somptueux chevaux à robe noire, ceux-ci étant présents pratiquement cinquante minutes au III, sans autre interférence avec la salle que ce fumet reconnaissable entre tous parvenant à nos narines. Rien de tout cela n’est gratuit. Les chevaux d’abord. Ils sont l’attraction du spectacle, Castellucci a beaucoup dit à leur propos. Pour lui, les Walkyries sont à mi-chemin entre des êtres divins et des animaux. Les Walkyries sont des animaux en devenir. Le cri de cheval est comme une réponse au « Hoïotoho ! » par lequel débute le troisième acte. Ce n’est pas sans importance que les Walkyries se présentent avec un chant-cri dont les mots n’appartiennent pas au langage humain, des mots dépouillés de signification. Tout le temps que les huit sœurs de Brünnhilde seront sur scène, les chevaux les accompagneront. Les colombes maintenant : blanches comme neige, blanches comme Fricka, vêtue comme une mariée, blanches comme les suivantes de Fricka, ses clones. Ces défenseuses de la grande vertu, du mariage, des liens du sang et des principes, inattaquables bien sûr. Sauf qu’au fur et à mesure que le discours de l’épouse de Wotan se durcit, au fur et à mesure que croît son emprise sur son mari, Fricka se transforme. Fricka, selon Castellucci, s’érige en rempart de la tradition, en représentante suprême de ce « malaise de la civilisation ». Et les colombes qui (formidablement bien dressées) se posaient au début sur sa main, sont à la fin capturées, étranglées et trucidées par la main de fer de Fricka. Wotan assiste à tout cela et n’en peut mais. Le chien enfin. Il apparaît au tout début du I. Un immense chien noir, mystérieux et menaçant qui renifle partout, le chien de Hunding donc, ne rappelle-t-il pas son maître qui avale sa soupe comme un chien laperait son écuelle et en recracherait la moitié ; de fait, quand, à la fin du II, Wotan expédie Hunding aux enfers d’une pichenette, on voit le fameux chien, pendu, montant dans les cintres, tandis que le rideau tombe. La volonté de sobriété, de simplification, voire d’épure, autre caractéristique des mises en scène de Castellucci, peut circonvenir le spectateur. Il n’y a pas de maison de Hunding, pas de frêne, Nothung est fichée dans le corps de … Sieglinde. En revanche, de très belles réussites esthétiques comme ces cadavres amoncelés au Walhalla qui donnent lieu à une figuration de la Pietà de Michel Ange ou ce cercle de feu qui conclut l’ouvrage en lui donnant un double sens : c’est non seulement le cercle de feu allumé par Loge autour du corps endormi de Brünnhilde mais aussi une reprise de cet anneau doré symbole de l’or du Rhin, vu dans <em>Rheingold</em>. Deux des protagonistes présents à l’automne sont à nouveau à l’affiche. <strong>Gábor Bretz</strong> est un Wotan presque aussi juvénile que celui du premier volet. Il est toujours présenté comme un être faible, voire l’idiot du village au sens propre du terme (au II, il est entouré de cinq porteurs de drapeaux marqués des lettres qui forment « idiot »). Nous retrouvons les mêmes qualités vocales ; une gamme entièrement habitée, de haut en bas, une belle présence et un jeu engagé. Nous avons énormément gouté son monologue du II, avec un <em>mezzo voce</em> qui captive l’auditeur. Alors nous attendions forcément beaucoup du duo final avec Brünnhilde. Pour sa part, Bretz nous a semblé fatigué, pour ne pas dire épuisé par le poids d’un rôle titanesque et l’effusion qui provenait de la partenaire n’a pas reçu l’écho souhaité. Autre très belle retrouvaille : <strong>Marie-Nicole Lemieux</strong> en Fricka. Nous nous interrogions à l’époque sur sa capacité à entrer pleinement dans un rôle ingrat et pour tout dire vexatoire. Saurait-elle jouer la méchante, pour le dire autrement ? La réponse est claire. Lemieux convainc par l’ardeur de son engagement, l’ampleur de l’énergie qu’elle déploie, des tréfonds de la gamme jusqu’à ses sommets et la vivacité de ses attaques. Lemieux wagnérienne ? Et pourquoi pas ?</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/das_walkuere_rc_138-Gabor-Bretz_Marie-Nicole-Lemieux-©-Monika-Rittershaus-1294x600.jpg" alt="" width="707" height="328" />
© Monika Rittershaus</pre>
<p>Le rôle-titre est tenu par <strong>Ingela Brimberg</strong> : la Suédoise est une Brünnhilde qui nous emporte et fait preuve d’une endurance sans faille et qui, notamment dans le final, porte véritablement son partenaire. Très belle projection, sens de la nuance, tout ou presque y est. Il faut saluer également les huit sœurs de Brünnhilde. Pas sûr toutefois que les spectateurs aient été très attentifs à leur prestation au début du III, tant la présence des huit chevaux, et leur ballet, captivait l’attention.<br />
<strong>Ante Jerkunica</strong> est un excellent Hundig, au grave fort et menaçant à souhait.<br />
Déception en revanche pour le couple de jumeaux. Ni la Sieglinde de <strong>Nadja Stefanoff</strong> et encore moins le Siegmund de <strong>Peter Wedd</strong>, n’auront su rivaliser avec le reste de la distribution. Sur un vaste plateau comme celui de La Monnaie, leurs voix n’avaient pas la force de surmonter l’obstacle de l’orchestre. Plusieurs fois, on les retrouve en difficulté, surtout dans leur acte, le premier. Nadja Stefanoff était plus en confiance dans le III.<br />
<strong>Alain Altinoglu</strong>, décidément très populaire en ses terres, livre une magnifique partition où l’intelligence rivalise avec le sens dramatique. Il met en avant l’orchestre dans les différents préludes et <em>Zwischenspiele</em>, nous gratifie par exemple d’un prélude du I d’une frénésie enivrante. Il sait aussi retenir la machine quand le plateau est en difficulté et, au contraire, libérer les chevaux quand nécessaire. Du grand art.</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 04 Nov 2023 17:26:09 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est une nouvelle production attendue à La Monnaie que ce Rheingold, qui signe à la fois le retour de la Tétralogie à Bruxelles, plus de trente ans après celle de Wernicke (on était encore sous l’ère Mortier) et le premier Ring pour le chef Altinoglu comme pour le metteur en scène Castellucci. Ce Ring est &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;est une nouvelle production attendue à La Monnaie que ce <em>Rheingold</em>, qui signe à la fois le retour de la Tétralogie à Bruxelles, plus de trente ans après celle de Wernicke (on était encore sous l’ère Mortier) et le premier Ring pour le chef Altinoglu comme pour le metteur en scène Castellucci. Ce Ring est présenté sur deux saisons, <em>Die Walküre</em> suivra en janvier-février 2024. Comme pour toute nouvelle production d&rsquo;un Ring, il n’est pas aisé de juger l’entièreté du propos du metteur en scène tant, à ce stade (le Prologue), beaucoup de questions sont posées, qui recevront, ou pas, des réponses dans les épisodes suivants.</p>
<p>Beaucoup de questions posées car la vision est foisonnante, et esthétiquement réussie. Mais comme elle s’éloigne sensiblement d’une lecture littérale du livret, elle contraint le spectateur à déchiffrer au fil de l’eau les partis pris qui jalonnent généreusement les deux heures quarante de spectacle. Le spectateur, même zélé, n’y parviendra pas toujours, mais qu’à cela ne tienne : il en aura assez à se mettre sous la dent, pour donner sens à ce que <strong>Romeo Castellucci</strong> a souhaité livrer de ce <em>Rheingold</em>. Le « ring » du Nibelung, l’anneau d’Alberich donc, nous est montré sous plusieurs apparences : avant même le prologue orchestral, un immense anneau métallique, descendu des cintres, tourne comme une toupie et se pose par terre. Cet anneau est le même qui symbolisera l’or du Rhin que les Nibelungen forgent sous terre ; c’est aussi lui, plus petit, qu’enfilera Alberich comme heaume d’invisibilité. Cette même forme circulaire, toute dorée, apparaîtra à la scène 4 sur le mur du fond pour marquer la rançon de la libération de Freia. En tombant ensuite à terre, ce disque doré creusera un fossé de même forme, dans lequel tous les protagonistes, à l’exception de Loge qui a le dernier mot, tomberont, en guise de montée vers le Walhalla ! Position du metteur en scène signifiante ; le Walhalla, ici, n’apparaît pas pour ce qu’il devrait être, le séjour éminent de repos et de félicité des dieux et des vaillants. Dans les tréfonds de la terre, il figure en quelque sorte la malédiction proférée par Alberich : non seulement celle-ci touchera Wotan, mais aussi tous les siens et donc leur lieu de séjour. Du reste, le château est entièrement factice, monté puis démonté de toute pièce par des ouvriers encasqués parachevant des travaux qui, comme certains grands chantiers pharaoniques que l’on a connus, ont réclamé un lourd tribut en vies humaines : belle image d’une marée de corps humains couvrant toute la scène, succombant ou ayant succombé sous le labeur ; Wotan et Fricka eux-mêmes littéralement déstabilisés par cette orgie de corps en perdition sur lesquels ils essaient de se mouvoir.</p>
<pre style="text-align: center;">     <img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/picture4-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1699056396261" alt="" width="783" height="363" />                ©  Monika Rittershaus</pre>
<p>La position de faiblesse de Wotan, qui devrait apparaître davantage encore dans les deux opus suivants, est clairement affichée ; on le voit d’un bout à l’autre dépendant, sous la coupe de Loge, qui se joue de lui comme un prestidigitateur de son public – Loge éclabousse le portrait de Wotan d’un jet d’encre et c’est toute la tenue de celui-ci qui est maculée jusqu’à la fin. La riche idée de montrer Wotan et Fricka à trois âges charnières (adolescents, adultes et vieillards), confirme le spectateur que faible il a toujours été et faible il sera jusqu’à la mort.</p>
<p>Castellucci, comme à son habitude, dirige ses personnages comme un chorégraphe ses danseurs ; la scène 1 est particulièrement réussie : les trois filles du Rhin, doublée de trois danseuses, toutes d’or vêtues et comme flottant au-dessus de la surface de l’eau, offrent un pendant magnifique à Alberich, entravé par une corde et attaché à une poutre qui symbolise son incapacité à se mouvoir, donc à se reprendre, à se défaire de sa nature. Quand enfin il quitte son masque hideux pour se révéler tel qu&rsquo;il est, il apparaît alors nu comme un ver, tel Job se recroquevillant sur son malheur.<br />
Il y aurait tant d’autres détails à remarquer, comme les deux géants Fafner et Fasolt, jumeaux parfaits, incarnant ce mal à double face : quand l’un chante, l’autre fait mine de chanter : tous deux maîtrisent par la queue deux crocodiles suspendus verticalement (leur double animal ?) : c’est sous le poids d’un crocodile (le poids de sa propre faute ?) que Fasolt expirera.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/picture17-1294x600.jpg" />© Monika Rittershaus</pre>
<p>La production musicale est de grande qualité avec, c’est notable, quatre prises de rôle majeurs. <strong>Alain Altinoglu</strong> réalise son rêve de diriger un Ring complet, et qui plus est, dans sa maison. La complicité avec les musiciens est palpable et remarquable nous semble l’aisance et la simplicité dans l’enchaînement des scènes et des ambiances. L’orchestre répond présent et donne tout ce qu’il faut de tension pour lancer ce Ring sur le juste tempo.<br />
Le Wotan de <strong>Gábor Bretz</strong> est une des énigmes potentielles de ce Ring ; il est parfait en « jeune » Wotan : la projection est satisfaisante, la diction de qualité, et la voix naturellement jeune. Cela convient. Qu’en sera-t-il maintenant dans les épisodes deux ou trois qui, rappelons-le, sont censés nous projeter sur plusieurs dizaines d’années. Ce seront en effet les mêmes chanteurs que l’on retrouvera dans les mêmes rôles. <strong>Marie-Nicole Lemieux</strong> obtient ici son premier rôle wagnérien d’envergure. C’est une réussite évidente ; nous ne sommes pas habitués à voir une Fricka amoureuse, presque sensuelle. La voix est chaleureuse, onctueuse. Là aussi, nous sommes curieux de connaître sa Fricka de <em>Walküre</em>, à la tenue ordinairement bien plus sévère. Une mention toute particulière à l’Alberich de <strong>Scott Hendricks</strong> : non seulement il s’acquitte parfaitement de toutes les contraintes imposées par la mise en scène, mais il a dans la voix des couleurs maléfiques et en même temps profondément humaines. Loge est tout aussi remarquable : <strong>Nicky Spence</strong>, facétieux à souhait, au ténor limpide. La prononciation de l’allemand fait quelquefois défaut, mais la prestation d’ensemble est de très haute tenue. <strong>Anett Fritsch</strong> (Freia) et <strong>Nora Gubisch</strong> (Erda) avec son splendide timbre ombré, <strong>Eleonore Marguerre</strong>, <strong>Jelena Kordic</strong> et <strong>Christel Loetzsch</strong> (les trois filles du Rhin), complètent magnifiquement le plateau féminin. Chez les hommes, là aussi rien à redire. Les dieux Donner (<strong>Andrew Foster-Williams</strong>) et Froh (<strong>Julian</strong> <strong>Hubbard</strong>) sont à l’unisson, <strong>Peter Hoare</strong> en Mime nous donne envie de l’entendre dans <em>Siegfried</em>, quant aux « jumeaux » Fasolt (<strong>Ante</strong> <strong>Jerkunica</strong>) et Fafner (<strong>Wilhelm</strong> <strong>Schwinghammer</strong> ), ils forment un duo maléfique très soudé.</p>
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		<title>DUSAPIN, Il Viaggio, Dante — Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/il-viaggio-dante-aix-en-provence-un-voyage-dans-la-condition-humaine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 10 Jul 2022 16:35:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/un-voyage-dans-la-condition-humaine/</guid>

					<description><![CDATA[<p>« Tout est vanité, et tout homme vivant n’est que vanité. Voilà que j’ai franchi toutes les choses mortelles, j’en ai méprisé la bassesse, j’ai foulé aux pieds les choses terrestres, je me suis élevé vers les délices de la loi du Seigneur. J’ai désiré la fin qui n’a pas de fin&#8230; ».  Saint-Augustin, Sermon sur le Psaume &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<blockquote>
<p align="right">« Tout est vanité, et tout homme vivant n’est que vanité<em>.</em> Voilà que j’ai franchi toutes les choses mortelles, j’en ai méprisé la bassesse, j’ai foulé aux pieds les choses terrestres, je me suis élevé vers les délices de la loi du Seigneur. J’ai désiré la fin qui n’a pas de fin&#8230; ». </p>
</blockquote>
<p align="right">Saint-Augustin, Sermon sur le Psaume 38.</p>
<p>Œuvre démesurée tant par son ampleur que ses ambitions, la <em>Divine comédie </em>poursuit le rêve de rendre les hommes plus lucides – et, dès lors, plus heureux – en les accompagnant dans un voyage à travers leur condition qui est, en dernière instance, condition de mortel. De Saint-Augustin à Dante et de Dante aux créateurs actuels, la question de la finitude n’a de cesse d’inlassablement se reposer. Peut-être parce qu’elle nous est irrémédiablement inaccessible. C’est parce que nous sommes tous dans le même bateau – parce que l’histoire de Dante est notre histoire à la fois commune et singulière –, que le Narrateur peut prendre le spectateur à partie. Depuis nos barques légères, celles de la vie <em>sous le soleil</em>, nous quittons le rivage confortable de nos certitudes pour un périple difficile qui a pour horizon la seule certitude qui soit : l’évanescence de toute existence. </p>
<blockquote>
<p>Ô vous qui êtes dans une barque légère, qui désirez</p>
<p>écouter, </p>
<p>qui suivez derrière mon bateau qui de chanter avance, </p>
<p>retournez en vue de vos rivages, </p>
<p>n’entrez pas en haute mer, car peut-être, en me</p>
<p>perdant, vous resteriez égarés.</p>
<p>La mer que je prends ne fut jamais parcourue. </p>
</blockquote>
<p>Si l’on quitte nos rivages, si l’on accepte de suivre le chant du Poète, c’est au prix d’un risque inouï : demeurer à jamais égaré. En faisant de ce passage du deuxième chant du <em>Paradis</em> le prologue de l’opéra, le ton est donné d’emblée : ce n’est pas à la grande marche de l’Humanité ou de l’Esprit que nous assisterons, mais bien à une histoire singulière, celle d’un homme en proie à ses démons. Reste que cette histoire pourrait être la nôtre. </p>
<p>Si son intérêt pour l’œuvre de Dante est ancien (il suffit de citer <em>Comœdia</em>, inspirée de trois extraits du <em>Paradis </em>ou encore <em>Passion</em>, créée à Aix-en-Provence en 2008, qui commence avec le premier vers du chant II de <em>L’Enfer</em>), <strong>Pascal Dusapin</strong> en signe ici une remarquable synthèse. En moins de deux heures, il atteint l’essence d’une œuvre qui, elle-même, entend révéler l’essence de toute humanité. Le défi était colossal, il est magnifiquement relevé. S’il est vrai que « tout est vanité, et tout homme vivant n’est que vanité<em> »</em>, les choix formels adoptés par le compositeur et son librettiste permettent d’éviter la contradiction d’une œuvre prétentieuse. De près de 500 protagonistes chez Dante, l’on passe à 6 chanteurs et un narrateur chez Dusapin. L’orchestre est de taille moyenne et l’écriture vocale contenue. En effet, la musique de Dusapin ne vise ici pas tant à explorer le grand drame de l’humanité que la psychologie de chaque protagoniste. Il n’y a pas de stéréotypes universalisables, seulement une attention portée à une singularité. De la même manière que la <em>Divinie comédie </em>est traversée de réminiscences religieuses (hymnes, prières, chants…), la musique de Dusapin évoque ponctuellement ses origines. Le recours occasionnel au langage modal et l’insertion de nombreux chœurs confèrent à l’œuvre une tonalité sacrée marquée. À cet égard, Dusapin envisage <em>Il Viaggio, Dante</em> comme un « opératorio ». Il y a certes une histoire, une action, mais aussi, de façon non moins importante, une dimension contemplative et, même, performative. Le voyage de Dante, c’est aussi le nôtre. Dans cette perspective, le texte est évidemment central. <strong>Frédéric Boyer</strong>, le librettiste, en se tenant au plus près du texte du poète, est parvenu à créer une œuvre éminemment actuelle. L’homme qui chemine vers le Paradis, c’est l’homme confronté à l’angoisse, au deuil, à la tristesse. L’homme qui traverse l’Enfer et le Purgatoire, c’est l’homme qui expérimente la solitude et la folie. L’homme qui revoit les étoiles, c’est l’homme qui est en paix avec la Fin. </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/il_viaggio_083_0.jpeg?itok=eI8laION" title="Il Viaggio, Dante de Pascal Dusapin – création mondiale – direction musicale Kent Nagano – mise en scène Claus Guth – Festival d’Aix-en-Provence 2022 © Monika Rittershaus" width="468" /><br />
	Il Viaggio, Dante de Pascal Dusapin – Festival d’Aix-en-Provence 2022 © Monika Rittershaus</p>
<p>La mise en scène de <strong>Claus Guth</strong> prolonge cette quête qui nous est commune. Dante est un homme qui, vers le milieu de sa vie, est confronté au deuil. Suspendu entre la vie et la mort suite à un accident de voiture, il affronte la tristesse. Sa vie défile. Il expérimente la vanité des choses et des êtres et fraye avec la folie. C’est par l’acceptation de sa finitude et de celle de ceux qu’il aime qu’il connaîtra à nouveau le bonheur : « j’ai désiré la fin qui n’a pas de fin »<em>. </em>À mon sens, cette mise en scène se présente d’ailleurs comme une <em>Vanité </em>à part entière ; une œuvre qui, par la convocation de certains éléments, met l’homme en proie à son unique – mais insoutenable – certitude : <em>Memento mori</em>. Plastiquement, cela se traduit par la présence récurrente d’un rideau entourant l’action, manière de suggérer le seuil de la vie à la mort, des apparences à une connaissance inaccessible, de la fiction au réel. Le recours au vocabulaire du cirque (le Narrateur est affublé d’une tenue de Monsieur Loyal), renvoie encore aux <em>vains spectacles</em> que l’on retrouve chez Saint-Augustin. La remarquable mise en lumière de <strong>Fabrice Kebour </strong>confère à l’ensemble une esthétique cinématographique (à savoir, un jeu sur la lumière et son absence pour créer du mouvement). Le cinéma est du reste amplement convoqué pour le traitement de l’histoire passée de Dante : le moment du traumatisme – l’accident originel – étant évoqué par des projections au début et à la fin du spectacle. On sait que le cinéma est art de la lumière et de l’obscurité par excellence. Sans la combinaison de ces deux pôles, il n’existe pas. Il est à l’image des lucioles du Premier tableau : un espoir toujours fragile qui fait dialoguer la perte (de Béatrice ou de l’image) et l’espoir. </p>
<p>La partition ou, du moins, sa finalisation a très certainement suivi le choix des chanteurs, tant la distribution est idéale. <strong>Jean-Sébastien Bou </strong>est un Dante parfait. La projection est magnifique, le jeu sobre et incroyablement intense à la fois. Si le Virgile de <strong>Evan Hughes</strong> se tient un peu en retrait, c’est parce que le rôle l’exige. Virgile accompagne Dante dans son périple, il ne le guide pas. Les graves sont amples mais parfois un peu sombres, ce qui éteint trop vite le son. <strong>Christel Loetzsch</strong>, grande spécialiste de Dusapin, campe un jeune Dante très sensible. Elle offre une rondeur idéale dans une partition qui convoque les deux extrêmes de sa tessiture. La Béatrice de <strong>Jennifer France</strong> distille de magnifiques couleurs. Le registre très aigu (parfois à la limite du suraigu) reste toujours très musical. <strong>Maria Carla Pino Cury </strong>est une Lucia nerveuse, tant dans son interprétation vocale que scénique. La voix reste coincée à l’avant du masque et peine à s’ouvrir, ce qui accentue légèrement les consonnes nasales. Cela étant, il s’agit peut-être d’une posture vocale assumée qui renforce l’effet de nervosité – de quasi-transe – du personnage. Une mention toute particulière doit être réservée à <strong>Dominique Visse</strong>. Le contre-ténor campe une Voix des damnés travestie en Béatrice qui fraye toujours avec les limites du chant, sans jamais verser dans le cri (on connaît, du reste, l’intérêt de Visse pour les rapports entre musique ancienne et contemporaine, notamment par la question du cri, abordée dans le remarquable album <em>L’Écrit du cri</em>, autour des <em>Cris de Paris </em>avec l’ensemble Clément Janequin). Son interprétation est juste, drôle, touchante et musicalement exemplaire. Elle danse autour d’un précipice, toujours sur une faille, et joue avec le risque du ridicule. Elle confirme, en dernière instance, les qualités exceptionnelles d’un immense musicien. Enfin, le Narrateur de <strong>Giacomo Prestia </strong>sert admirablement la volonté commune du compositeur et du librettiste de laisser la beauté du texte s’exprimer. </p>
<p>L’ensemble des solistes, le <strong>Chœur de l’Opéra de Lyon </strong>et l’<strong>Orchestre de l’Opéra de Lyon </strong>sont dirigés par <strong>Kent Nagano </strong>qui offre une lecture précise de l’œuvre. Alors que la partition est finalement d’une relative sobriété expressive, Nagano apporte du relief et des contrastes par une attention extrême aux couleurs propres à chaque personnage ou unité dramatique. Le dispositif électroacoustique de <strong>Thierry Coduys </strong>s’insère parfaitement dans cette recherche expressive. </p>
<p><em>Il Viaggio, Dante</em> est une œuvre qui finit bien. Une œuvre où l’homme est réconcilié avec lui-même parce qu’il est réconcilié avec la Fin certaine. C’est aussi le triomphe du sensible. C’est en acceptant de contempler et d’exprimer la perte de Béatrice que Dante accède à la paix. Cette perte concrète renvoie le spectateur à la perte abstraite qui unit tous les hommes : confrontés au deuil d’autrui, c’est leur propre finitude qui surgit. Au terme du voyage, on a fait le deuil heureux de nos désirs d’immortalité. </p>
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