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	<title>Benny CLAESSENS - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Benny CLAESSENS - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>WEILL, Der Silbersee &#8211; Nancy</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Apr 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Absent des scènes françaises depuis plus de 20 ans, Le Lac d’argent de Kurt Weill revient à Nancy dans la production créée à Gand en 2021. La rareté de cet opéra sur les scènes internationales s’explique d’abord par son format. Cette fable de cabaret voit un policier (Olim) qui, après avoir gagné à la loterie, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Absent des scènes françaises depuis plus de 20 ans, <em>Le Lac d’argent </em>de Kurt Weill revient à Nancy dans la production créée à Gand en 2021. La rareté de cet opéra sur les scènes internationales s’explique d’abord par son format. Cette fable de cabaret voit un policier (Olim) qui, après avoir gagné à la loterie, quitte son service et achète un château au bord du lac d’argent où il loge un voleur affamé (Severin) sur lequel il avait tiré. Mais les manigances de l’aristocratie pour récupérer son bien finissent par pousser les deux protagonistes au suicide dans le lac, tout juste retenus par une lumière <em>ex machina</em> qui gèle la surface sous leur pas. Contenant plus de passages parlés que chantés, sur un livret de Georg Kaiser beaucoup plus abondant, poétique et multipliant les échos à l’actualité, que ceux plus métonymiques de Brecht, sa représentation contemporaine s’accommoderait sans doute mal d’une restitution en quête de fidélité à l’original.</p>
<p>C’est pourquoi le parti pris iconoclaste pour ne pas dire foutraque d’<strong>Ersan Mondtag </strong>se justifie pleinement. Mettant en abyme le spectacle, on assiste aux répétitions de l’œuvre représentée en 2033 : à cette époque, comme un siècle plus tôt, les pressions extérieures s’accumulent pour interdire la pièce ou censurer certains numéros (le <em>Lac d’argent</em> sera interdit par les nazis en 1933 après 16 représentations ; Kurt Weil s’enfuira aux Etats-Unis quelques jours plus tard), tandis que le metteur en scène hystérique hésite sur à peu près tout, notamment sur la transposition de l’action. Elle commencera ainsi chez les mutants, avant de se déplacer dans une Egypte antique très revisitée par la pop culture, et de passer par l’intérieur d’un château XIXe, pour n’atterrir nulle part puisque tout le final voit défiler les différents décors sur la tournette, tandis que les flamboyants costumes évoquent anarchiquement l’opéra chinois, les terroristes de Daesh, l’hagiographie occidentale ou des infirmières robots.  Dans ces décors spectaculaires, la direction d’acteur semble elle-aussi crier à chaque instant sa liberté et se dédouaner de toute justification. Si les passages musicaux sont bien en allemand, les parlés alternent avec le français et l’anglais. C’est aussi animé qu’absurde mais l’absurde a ses limites, surtout quand la durée du spectacle enfle dangereusement (2H30 pour une œuvre qui ne contient qu’une heure trente de musique). C’est sans doute la faiblesse principale du spectacle. Beaucoup de passages parlés ont été remplacés par des textes provocateurs d’abord surprenants puis vite lassants, surtout à l’acte II, où les bouffonneries d’Olim se répètent inutilement et finissent par repousser la musique. Les passages chantés arrivent comme des cheveux sur la soupe et ne s’inscrivent plus du tout dans le drame, tandis que les gestes obscènes ne choquent plus personne : était-il utile que Severin se dénude à ce point et entame une fellation d’Olim, alors que la force du propos résidait avant tout dans le fait d’en faire un couple homosexuel ? Leur marche vers le suicide final, main dans la main, a plus d’impact que toutes ces guignolades. Sans compter que toutes ces caricatures débridées finissent par faire perdre de son mordant à cette critique sociale, notamment dans le duo des aristocrates au dernier acte. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-Lac-dargent-©-Jean-Louis-Fernandez-10-web-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-160565"/><figcaption class="wp-element-caption"> <sup>© Jean-Louis Fernandez</sup></figcaption></figure>


<p>Pour défendre une telle vision, il faut des chanteurs qui soient excellents comédiens, voire des comédiens qui savent chanter. Un minimum pour l’Olim-metteur en scène de <strong>Benny Claessens</strong>, bête de scène hypersensible, plus à l’aise dans les clowneries que dans l’harmonie. Plutôt très bien pour la doublure de Fennimore&nbsp;: ce personnage féminin tellement secondaire dans l’œuvre qu’on a ressenti le besoin de le confier à une comédienne et à une chanteuse. <strong>Anne-Elodie Sorlin</strong> avec sa gouaille et ses défauts vocaux, marque davantage pour «&nbsp;Ich bin ein arme Verwandte&nbsp;» en français devant le rideau qu’<strong>Ava Dodd</strong> qui le chante en version originale avec enthousiasme, mais sans beaucoup de personnalité. En Madame von Luber, <strong>Nicola Beller Carbone</strong> se fait remarquer par sa présence corrosive, tandis que <strong>James Kryshak</strong> en allégorie du château, puis en baron méprisant impressionne par sa projection et son jeu de garce multilingue, même si ses répliques cinglantes en français sont parfois difficilement compréhensibles. Les petits rôles souffrent d’un manque d’aisance en allemand, toute comme le chœur, guère aidé par sa relégation en coulisse. Celui qui étonne par la clarté de son élocution dans toutes les langues, en chantant comme en parlant, c’est le Severin de <strong>Jöel Terrin</strong>, qui prodigue à sa superbe lamentation « Wie Odysseus » une intensité et un naturel appris de la fréquentation des lieders. On pourra dire qu’on a vu les fesses de Dietrich Fisher-Dieskau. &nbsp;</p>
<p>Même éloges pour l’<strong>Orchestre de l’Opéra National de Lorraine</strong> dirigés vivement par <strong>Gaetano Lo Coco</strong> qui donne à cette superbe musique aussi bien ses charmes mélodiques doucereux que ses grincements de mécanique rouillée hors de contrôle.</p>
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		<title>WEILL, Der Silbersee — Gand</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/der-silbersee-gand-massacre-a-gand-pas-de-survivants/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Sep 2021 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Monter Der Silbersee aujourd’hui, cet opéra de Kurt Weill sur une pièce de Georg Kaiser créée trois semaines après l’accession au pouvoir d’Hitler, n’est peut-être pas innocent. Est-ce la couleur tirant au brun de l’époque ou juste l’envie pour Ersan Mondtang de se payer le Vlaams Belang (« Intérêt flamand »), parti politique xénophobe et sécessionniste, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Monter <em>Der Silbersee</em> aujourd’hui, cet opéra de Kurt Weill sur une pièce de Georg Kaiser créée trois semaines après l’accession au pouvoir d’Hitler, n’est peut-être pas innocent. Est-ce la couleur tirant au brun de l’époque ou juste l’envie pour <strong>Ersan Mondtang</strong> de se payer le Vlaams Belang (« Intérêt flamand »), parti politique xénophobe et sécessionniste, après s’être déjà farci Leopold II dans sa précédente production <em>in loco</em> (<a href="https://www.forumopera.com/der-schmied-von-gent-anvers-bruegel-au-congo"><em>Der Schmied von Gent</em></a>) ? Une chose est sûre, rien n’est innocent dans cette proposition qui allume tout ce qui bouge sans se soucier du politiquement correct : les capitalistes, les racistes, les gros, les pédés, les flics, les vegans, RuPaul&rsquo;s Drag Race, les femmes….personne n’en réchappe, pas même la production elle-même. Durant le premier acte, chacun prend son jet d’acide caustique et tout est décapé ou plutôt décapité. Car Ersan Mondtang en profite au passage pour se payer le Regie et ses « mauvaises idées ». Le programme de salle contient le synopsis qu’il a imaginé pour l’œuvre : nous sommes en 2033 et l’Opéra des Flandres s’apprête à célébrer le centenaire de la création de <em>Der Silbersee</em> dans un contexte politique troublé, agité par des groupuscules d’extrême-droite. Théâtre dans le théâtre, le metteur en scène, aussi interprète d’Olim le flic repenti, imagine de grimer les vagabonds du livret en mutants rendus difformes par la pollution des sols. Scène suivante, il convient que c’est une mauvaise idée et que le message serait beaucoup plus lisible si l’action était transposée dans le cadre du conflit israélo-palestinien (lol) ! Le décor du deuxième acte, celui qui se déroule dans le chateau où Olim cherche à se racheter en soignant Severin qu’il a blessé par balle, n’est rien d’autre qu’une caricature de production d’opéra à la Zeffirelli : un temple égyptien façon péplum avec des statues incongrues : Saint Sebastien, Ping, Liu (on cite Turandot donc), le Christ, un aviateur et un ours mystérieux. Le tout est grandiose, loufoque, déjanté, et servi par une troupe d’acteurs-chanteurs désopilante. Mais… il y a un mais, tout cela finit par tourner en rond, puis à vide autour d’un texte qui a tiré toutes ses cartouches dans la première heure (le spectacle en dure trois) et s’épuise dans un numéro interminable de cage aux folles entre Olim et Severin. Du texte de Kaiser ne subsiste que les parties chantées en allemand, cependant que le théâtre alterne entre l’anglais et les <em>private jokes</em> en flamands. On espérait beaucoup du final pour raccrocher le spectacle à sa satyre politique et retrouver la force du message de Weill. Las, l&rsquo;option n’est qu’esquissée : un vitre de théâtre est brisée par une pierre, la troupe prend peur et l’actrice qui joue Fennimore part pour Paris avec sa valise pendant que sur scène, nos amoureux traversent le lac d’argent.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/dersilbersee-danielarnaldos-bennyclaessensoperaballetvlaanderen-annemieaugustijns2.jpg?itok=jThgdMOB" title="© Annemie Augustijns / Opera Ballet Vlaanderen" width="468" /><br />
	© Annemie Augustijns / Opera Ballet Vlaanderen</p>
<p>Dans la fosse <strong>Karel Deseure</strong> donne un Weill de fanfare, fortissimo. Les effets sont appuyés, le rythme est effréné. Qu’importe les pains, l’esprit de cabaret est aussi bien rendu sur le plateau que dans la fosse, même si le violoncelle solo, la harpe et les vents se font remarquer quand l’occasion leur en est donnée. Les chœurs, en coulisse, délivrent une élégante performance.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/dersilberseeoperaballetvlaanderen-annemieaugustijns.jpg?itok=6KrRQaOB" title="© Annemie Augustijns / Opera Ballet Vlaanderen" width="468" /><br />
	© Annemie Augustijns / Opera Ballet Vlaanderen</p>
<p>Le plateau se partage entre acteurs et chanteurs. Les figurants et petits roles participent avec enthousiasme à la vitalité du spectacle. Mais c’est <strong>Benny Claessens</strong> qui se taille la part du lion en Olim, metteur en scène dépressif, alcoolique et homosexuel lubrique. Le <em>#MeTooGay</em> n’est jamais loin. On est dans l&rsquo;outrance, mais c&rsquo;est ce qui lui est demandé et il le fait avec une joie communicative. <strong>Elsie de Brauw</strong> compose une Frau von Luber parfaitement démoniaque dont le miel sent toujours le fiel. Quel bonheur de l’entendre passer de l’anglais au néerlandais avec le même ton retors. On saluera également sa performance dans le seul air qu’elle entonne malgré une voix tendue et bien des aigreurs : ça va avec le personnage. Le baron Laur, son comparse, trouve en <strong>James Kryshak</strong> un interprète roué. On retiendra surtout sa scène d’agent de la loterie, déguisé en chateau fort vivant et lancé dans un numéro d’effeuillage digne des meilleurs cabarets. Fennimore, par volonté d’Olim le metteur en scène, est partagée entre la soprano – <strong>Hanne Roos</strong> au timbre clair et à l’agilité certaine – et une actrice <strong>Marjan de Schutter</strong> qui se lancera tout de même dans un air de <em>one woman show</em> devant le rideau le temps du dernier changement de décors. Chapeau l’artiste. Enfin, <strong>Daniel Arnaldos</strong> brille dans chacun des trois airs dévolus à Severin : le timbre est lumineux et le chant bien conduit malgré les assaults de l’orchestre.</p>
<p>Si la description ci-dessus ne vous a pas déjà rebuté, le spectacle est coproduit par l’Opéra de Lorraine : l’occasion d’aller voir cette œuvre rare, malléable et d’une actualité folle.</p>
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