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	<title>Daniel JENZ - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Daniel JENZ - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>KORNGOLD, Die tote Stadt &#8211; Grafenegg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/korngold-die-tote-stadt-grafenegg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Sep 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est la 20e édition du Festival de Grafenegg qui a débuté le 14 août 2026 et qui se poursuit jusqu’au 6 septembre. Pour la 20e fois donc, le magnifique et immense jardin paysager historique (« Chez nous, vous ne foulez pas le tapis rouge, mais la pelouse verte – et c&rsquo;est le cas depuis 20 ans ! », nous dit le directeur artistique) qui entoure le château de Grafenegg (Basse-Autriche, à 50 km à l’ouest de Vienne) se transforme donc en un lieu de festival, accueillant des orchestres et des artistes renommés. Tout cela dans l’emblématique Wolkenturm, espace extérieur ouvert en 2007 avec 2100 places assises et 400 places sur les pelouses environnantes. Quand la météo est capricieuse, tout le monde est relocalisé dans l’auditorium (2008). On peut faire de la musique aussi dans la cour du château et, pour la première fois cette année, dans la nouvelle salle <em>Rudolf Buchbinder</em>, du nom du maître des lieux et directeur artistique. <strong>Buchbinder </strong>est né en 1946 à Litoměřice (actuelle Tchéquie) mais s’est très vite établi à Vienne où il a mené une carrière de pianiste remarquée. Il a donc créé le festival de Grafenegg qui connut sa première édition du 23 août au 9 septembre 2007. Par ailleurs le festival invite à chaque édition un compositeur en résidence. Parmi ceux-ci, nous citerons Krzysztof Penderecki en 2007 ou Matthias Pintscher en 2015.<br />
Cette année, le programme du festival est riche : outre l’Orchestre Tonkünstler de Basse-Autriche (en résidence ici), on note la présence de l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam, l’Orchestre philharmonique de Vienne (<strong>Tugan Sokhiev</strong>), le Philharmonia Orchestra London, l’Orchestre du Festival de Bayreuth (<strong>Pablo Heras-Casado</strong>), l’Orchestre des jeunes de l’Union européenne et des artistes tels que <strong>Martha Argerich</strong>, <strong>Daniil Trifonov</strong>, <strong>Joyce di Donato</strong>, <strong>Andreas Schager</strong> ou encore <strong>Asmik Grigorian</strong>.<br />
Ici, pas d’opéra mis en scène mais uniquement des versions de concert ou des mises en espace. Nous assistons ainsi à <em>Die tote Stadt</em> sur une scène réduite (ou plutôt envahie par un orchestre pléthorique) où peu de place est laissée aux chanteurs qui vont et viennent et se croisent.<br />
<em>Die tote Stadt</em> en version concert est un spectacle un peu frustrant, tant le livret multiplie les didascalies, foisonne de détails visuels indispensables à la compréhension de l’intrigue (ici, on a juste droit à un bouquet des roses que Brigitta donne à Paul et que Marietta découvrira en toute fin ; par ailleurs Marietta revêt une robe fuseau rouge au premier tableau, puis une robe différente au deuxième pour figurer que nous sommes la plupart du temps dans le rêve de Paul – dans la dernière scène du troisième tableau, elle reviendra logiquement tout habillée de rouge).</p>
<p>Festival en extérieur et acoustique naturelle de moindre qualité obligent, la représentation est légèrement sonorisée, avec les inconvénients de la chose. Malgré tous les réglages techniques imaginables, la balance n’est vraiment pas idéale avec la mise en avant excessive de certains cuivres (pas toujours irréprochables) et de certains rôles. Par ailleurs on regrettera le remplacement du chœur d’enfants par une seule et unique soprano et, surtout, les nombreuses coupures dans la partition. Certaines sont sans grande incidence (Gaston, Juliette et Lucienne au premier tableau), d’autres portent davantage à conséquence (duo Paul-Marietta au premier tableau encore, ou dans le long monologue de Paul en introduction du deuxième tableau).<br />
Nous avons beaucoup apprécié la direction sobre mais tellement efficace de <strong>Dmitri Jurowski</strong> (qui remplace au pied levé <strong>Axel Kober</strong>) à la tête de l’Orchestre Tonkünstler de Basse-Autriche. La ligne orchestrale est claire, peut-être pas toujours assez dynamique, mais la mise en avant des leitmotive est réussie et chacun des pupitres est clairement perceptible). De toute évidence il aura manqué du temps de répétition, il y a quelques hésitations, approximations ou décalages que ce soit à l’orchestre ou chez les chanteurs.<br />
<strong>Camilla Nylund</strong>, qui sortait d’un <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/camilla-nylund-je-ne-sais-pas-pourquoi-on-en-est-arrives-la/">séjour bayreuthien au goût un peu amer</a>, retrouve avec un plaisir visible la scène où, même en version de concert, son expressivité fait merveille. Elle vient à bout de – presque – tous les pièges de la partition grâce à une technique sans aucune faille qui l’invite parfois à rester en retrait. Le baryton de <strong>Samuel Hasselhorn</strong>, au timbre envoûtant, fait merveille en Franck et en Fritz. <strong>Eric Cutler</strong> embrasse le gigantisme du rôle de Paul avec prudence dans un premier temps, et tient la distance dans un rôle écrasant. Mais il ne rend pas entièrement la complexité de la personnalité de Paul – la version de concert ne l’aide pas, concédons-le. <strong>Christa Mayer</strong> enfin déploie un mezzo chaleureux qui pare magnifiquement le personnage de Brigitta.</p>
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		<title>WAGNER, Parsifal &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-4/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Aug 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est la quatrième année qu’on présente Parsifal dans la version du metteur en scène Jay Scheib, dont la plus grande originalité était certainement de proposer aux spectateurs, enfin à certains d’entre eux car il n’y avait pas assez d’équipements pour tout le monde, des lunettes de réalité augmentée, permettant d’ajouter en surimpression de ce qui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est la quatrième année qu’on présente Parsifal dans la version du metteur en scène <b>Jay Scheib</b>, dont la plus grande originalité était certainement de proposer aux spectateurs, enfin à certains d’entre eux car il n’y avait pas assez d’équipements pour tout le monde, des lunettes de réalité augmentée, permettant d’ajouter en surimpression de ce qui est présenté sur la scène tout une série d’images plus délirantes les unes que les autres, comme venues d’un univers parallèle afin de stimuler l’imagination du spectateur, et surtout pour le distraire d’une écoute attentive et créer l’événement.</p>
<p>L’événement dans <em>Parsifal,</em> c’est <em>Parsifal</em> ! L’œuvre est assez forte pour se suffire à elle-même. Il y a évidemment bien des façons de la présenter, d’expliquer le livret, de donner à la légende médiévale plus ou moins d’actualité, d’y inclure les préoccupations légitimes de notre époque sans qu’il soit besoin d’en faire un spectacle de jeu vidéo, indépendamment de la prouesse technique que cela représente sans doute, je n’ai pas les compétences pour en juger. Eh bien, pour sa quatrième année, qui est aussi la dernière car on annonce un nouveau <em>Parsifal</em> pour la saison prochaine, (mis en scène par <strong>Ersan Mondtag</strong>, dirigé par <strong>Christian Thielemann</strong> avec <strong>Piotr Beczala</strong> dans le rôle-titre, <strong>Michèle Lozier</strong> en Kundry et <strong>Mika Kares</strong> en Gurnemanz) la production a renoncé à ces surimpressions d’images : plus de lunettes encombrantes, plus d’images parasites, voilà le spectacle rendu à sa seule dimension scénique, qui comprend tout de même pas mal d’images vidéo, et c’est très bien ainsi. Le monde du spectacle est sans doute en train de comprendre qu’il a lui aussi sa part à fournir dans l’effort global d’austérité qui nous attend, et que le recours à toutes sortes de techniques fort coûteuses en énergie n’est pas bien compatible avec la défense des enjeux climatiques et la dénonciation de la fin du monde !</p>
<p>Forum Opéra a déjà rendu compte à trois reprises de ce spectacle, par trois collaborateurs différents, respectivement en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth/">2023</a>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-2/">2024</a> et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-3/">2025</a>. Nous n’allons donc pas reprendre ici en détails tout ce qui est montré sur scène (ou était projeté dans les lunettes des chanceux qui en avaient reçu), mais tâcher de dégager ce qui dans ce spectacle fait sens, éclaire l’œuvre de Wagner, et bien entendu de la performance musicale – parfois, on a aussi le droit de fermer les yeux à l’opéra.</p>
<p>Mettre une œuvre en scène, c’est avant tout lui donner un sens à travers une conception personnelle ; la projection d’images n’est certainement pas une fin en soi, juste un moyen parmi d’autres d’aller vers ce sens. Et le sens, dans <em>Parsifal,</em> peut s’articuler autour de trois dimensions : la rédemption, dans toute sa symbolique chrétienne, le renoncement au désir, et là c’est le bouddhisme qui est convoqué, et enfin la compassion qui seule permet de surmonter la souffrance, comme l’affirme Schopenhauer. Chacun des trois actes développe ces trois dimensions, de sorte que la lecture du propos du compositeur est assez claire et qu’il y a peu de possibilité de s’égarer.</p>
<p>A Bayreuth, qui cultive ses singularités comme autant de signe de noblesse, on n’applaudit pas l’entrée du chef, pour la bonne raison qu’on ne le voit pas : la fosse est entièrement cachée du public. Le son de l’orchestre arrive donc comme par magie, enveloppant, très rond, sans relief exagéré.</p>
<p>On n’a pas non plus de sur-titres ; personne n’est supposé venir ici pour découvrir une œuvre, tout est censé connu – et l’est dans une très large mesure – le but est plutôt de maintenir une tradition, on fête le 150è anniversaire cette année, de célébrer un culte autour de l’œuvre du Maître, au sein d’une communauté déjà acquise à la cause et convaincue d’avance, qui ne craint pas l’entre-soi. Mentionnons encore la présence d’un souffleur – on ne voit cela plus nulle part ailleurs – que les solistes viendront remercier au moment des saluts, preuve qu’ils en ont eu besoin (mais nous, on n’a rien remarqué… !)</p>
<p>&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Pa_110726_578_cBayreutherFestspiele_press-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-219298"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> Parsifal 2026 © Bayreuther Festspiele</sup></figcaption></figure>


<p>La communauté du Graal semble en grande détresse, Amfortas saigne abondamment d’une plaie ouverte au flanc droit, âmes sensibles s’abstenir, le premier acte est inondé d’images de chirurgie qui pousseront plusieurs spectateurs à quitter la salle ; l’un d’entre eux ayant complètement perdu connaissance doit même être évacué en urgence. Les arrivées successives de Kundry, qui entre déjà fatiguée et de Parsifal qui n’a pas de passé et sur qui tous les espoirs reposent, vont-elles amener la rédemption attendue ? Rien n’est moins sûr. Car le propos de Jay Schei, qui voit dans le livret un parallèle fort pertinent avec notre époque, est plutôt sombre. Parsifal, qui se présente dépenaillé, héros incertain, a largement passé l’âge d’un jeune premier et semble peu crédible en incarnation du salut commun ou d’un avenir radieux !</p>
<p>Le premier acte multiplie les références à la religion catholique, que ce soit la présence d’une auréole géante, la présentation de reliques, la blessure béante d’Amfortas et son sang versé pour le salut du monde, le baiser de paix que se donnent les chevaliers entre-eux, leur costumes blanc et jaune, couleurs du Vatican (ou couleurs pascales, c’est comme on voudra…), le caractère incantatoire des interventions du chœur, tout semble y contribuer.</p>
<p>Au deuxième acte, dans l’antre de Klingsor, c’est une représentation de l’enfer qui est proposée, un enfer lubrique, passablement décati, dont l’aspect ridicule est incarné par Klingsor lui-même, dont le costume rose souligne comme un cliché l’ambigüité sexuelle, les filles-fleurs ayant quant à elles emprunté leur répertoire esthétique à la télé-réalité la plus trash. Le croirez-vous ou non, Parsifal a bien du mal à leur résister, ainsi d’ailleurs qu’à Kundry dont les séductions s’articulent sur un autre registre. Scéniquement, tout cela tire fort en longueur, le dialogue entre Parsifal et Kundry semble interminable, c’est probablement l’acte le moins convaincant des trois. Le retour de Klingsor, son combat perdu et finalement l’effondrement total de son monde sont en revanche menés en quelques secondes seulement,</p>
<p>Le troisième acte nous conduit dans les entrailles de la terre, sans doute une mine de terres rares où finit de rouiller une excavatrice à godets, dans une ambiance post-nucléaire que tout espoir semble avoir abandonné. Amfortas saigne toujours. D’autres signes chrétiens sont encore convoqués, le lavement des pieds, les cloches, le baptême par l’eau, présente d’ailleurs dans les trois actes, jusqu’à ce que Parsifal laisse tomber le Graal (figuré par un bloc de cristal de Cobalt) qui se casse en mille morceaux. Kundry repart comme elle est venue, laissant la communauté des chevaliers du Graal à sa très incertaine destinée.</p>
<p>Esthétiquement, les décors et les costumes n’ambitionnent aucune beauté mais cherchent à contribuer au sens, et représentent très bien, en effet, un monde en pleine déliquescence, la perte des valeurs, les espoirs enfuis et l’angoisse du présent qui envahit tout. Les références au bouddhisme ne sont pas visibles (à moins que les costumes du troisième acte, sortes de tenues de camouflage, s&rsquo;apparentent à des kimonos ?), et la dimension de compassion semble dépassée par l&rsquo;ampleur du désastre qui nous est montré.</p>
<p>Si la mise en scène ne convainc pas entièrement, la qualité de la distribution est considérable. Des quatre rôles principaux, c’est sans doute Gurnemanz qui est le plus exceptionnel. Par son timbre, par sa présence, <strong>Georg</strong> <strong>Zeppenfeld</strong> impressionne et en impose naturellement, sans avoir à fournir d’effort apparent. La voix est dotée d’un timbre d’une richesse exceptionnelle, la ligne vocale est parfaitement maîtrisée, aussi longue soit-elle, il domine l’orchestre sans avoir à forcer l’émission et donne une magistrale leçon de chant wagnérien : du volume et de l&rsquo;intensité, mais sans forcer la voix. L’Amfortas de <strong>Michaël</strong> <strong>Volle</strong> est très impressionnant également, avec un vibrato un peu plus large, un volume qui en impose et une incarnation du rôle très investie. <strong>Andreas</strong> <strong>Schager</strong> dans le rôle-titre n’est guère en reste, mais montre quelques signes de fatigue dans le troisième acte, vibrato devenu soudain plus large, intonation un peu moins précise, ce qu’on lui pardonne aisément étant donnée l’ampleur et les difficultés du rôle. <strong>Miina</strong> <strong>Liisa</strong> <strong>Värelä</strong> est très bien distribuée en Kundry, dont elle parvient à rendre à la fois le côté intemporel et fatigué de tout, mais aussi la force débordante et les pouvoirs immenses, dont il n’est pas sûr qu’elle mesure elle-même tout l’impact. Elle donne au rôle un côté sorcière à la fois victime et bourreau, insaisissable, une analyse très riche du personnage (nous fera-t-elle oublier Jessye Norman pour autant ?). Titurel (<strong>Vitalij</strong> <strong>Kowaljow</strong>) présente tout le registre grave requis par le rôle, et <strong>Jordan</strong> <strong>Shanahan</strong> est un Klingsor un peu histrionesque, très démonstratif, à la hauteur du reste de la distribution mais dans un rôle un peu moins important. Mentionnons encore les deux chevaliers du Graal, le ténor allemand <strong>Daniel</strong> <strong>Jenz</strong> et la basse belge <strong>Tijl</strong> <strong>Faveyts</strong>, seules figures de jeunesse au sein du monde des chevaliers. Les filles-fleurs forment un ensemble homogène scéniquement un peu outrancier mais vocalement très en place. Les chœurs sont très impressionnants dans chacune de leurs interventions, amplifiées par la qualité acoustique de la salle et leur effectif nombreux avec prédominance des voix masculines, les femmes étant reléguées en coulisse à certains moments.</p>
<p>La direction de <b>Pablo Heras-Casado</b> est assez vive, respecte beaucoup les chanteurs en leur donnant tout l’espace mais aussi le soutien requis pour développer la voix, et n’hésite pas à faire résonner les fanfares wagnériennes dans le temple pour lequel elles ont été écrites. Les pupitres des vents sont particulièrement bien mis en valeur, les cordes un petit peu moins sensuelles semble-t-il. L’image sonore qui monte de la fosse est très homogène et efficace, mais globale, moins détaillée que si elle émanait d’un orchestre visible. Très satisfait sur le plan musical, un peu moins par la représentation scénique, le spectateur a néanmoins le sentiment d&rsquo;avoir participé à un véritable événement – c&rsquo;est l&rsquo;ampleur de la pièce qui veut ça – qui ne laisse personne indifférent.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-4/">WAGNER, Parsifal &#8211; Bayreuth</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Tristan und Isolde &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tristan-und-isolde-bayreuth-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Aug 2025 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il peut s’en passer des choses en six heures et demi de temps (à Bayreuth, les entractes durent une heure, le temps de se laisser la possibilité de déguster un « Risotto Gurnemanz » ou un « Filet Melot » commandés dès son arrivée au sommet de la colline verte). Le Tristan und Isolde donné &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il peut s’en passer des choses en six heures et demi de temps (à Bayreuth, les entractes durent une heure, le temps de se laisser la possibilité de déguster un « Risotto Gurnemanz » ou un « Filet Melot » commandés dès son arrivée au sommet de la colline verte). Le <em>Tristan und Isolde</em> donné en reprise de la production du metteur en scène islandais <strong>Thorleifur Örn Arnarsson</strong>, pour la cinquième et dernière représentation, nous en aura fourni un exemple manifeste. Et rappelé que ce qui fait un acte ne fait pas forcément le suivant et qu’il faut toujours se garder de jugements trop hâtifs.<br />Cette représentation de gala, avec, sur le papier, un casting éblouissant, aura, au final, fait honneur à ce que l’on est en droit d’attendre à Bayreuth, c’est-à-dire le meilleur et dans les meilleures conditions.<br />Les conditions sont idéales en cette après-midi délicieusement ensoleillée, avec une température qui ne contraint plus les festivaliers, comme ce fut le cas il y a trois semaines, à s’habiller léger et lutter contre la fournaise. On se prend à remarquer des sièges vides – une bonne dizaine alentour ; ce temps n’est plus où les places se réservaient quelques années à l’avance. Là, le site web du Festival proposait encore il y a quelques semaines des places restantes ; et les formules d’abonnements pour l’année jubilaire 2026 sont déjà en vente…</p>
<p>Les attentes pour ce <em>Tristan</em> sont fortes, donc : outre la distribution, il y a cette proposition d’Arnarsson de 2024 qui nous promet épure et poésie. Il faudra distinguer dans son approche la mise en scène elle-même et la conduite d’acteurs. Autant la première est, dans l’ensemble, une réussite, autant la seconde laisse à désirer.<br />Commençons par celle-ci. Les mouvements et déplacements des chanteurs échappent à toute tentative de compréhension. Tristan est présent en arrière-scène dès le lever du rideau avec Kurwenal. Tous deux vont, viennent, reviennent, se prennent la tête dans les mains, disparaissent, reviennent. Ils n’interagissent nullement avec l’avant-scène (Isolde et Brangäne).  Au III, les arrivées des différents protagonistes se font en dépit de toute logique. <br />Bien sûr, la conduite d’acteur dans <em>Tristan</em> est un défi incommensurable tant l’action s’étire infiniment dans l’inaction. Bien sûr aussi, <strong>Andreas Schager</strong> (Tristan) ne fait pas toujours dans la dentelle – on parle de la présence sur scène, pas de la voix, s’entend ! Heureusement il y a ce soir le magnifique contre-exemple de <strong>Camilla Nylund</strong> (Isolde) qui, même dans son immobilité quasi statuaire d’une bonne partie du premier acte, réussit à faire passer dans sa gestuelle, ses yeux, ses regards, ses coups d’œil enflammés ou assassins, une vie qui semble avoir déserté le navire. Saluons aussi l’authenticité de <strong>Günther Groissböck</strong> (Marke), au port royal et à la mine défaite, déconstruite même au III, incapable du moindre mouvement lorsqu’il comprend qu’il est trop tard pour tout.<br />Quant à la proposition elle-même du metteur en scène islandais, elle aura réservé ces beaux moments de poésie attendus sans convaincre entièrement du début à la fin.<br />On retiendra avant tout le premier acte avec cette Isolde parée d’une robe blanche à l’ampleur interminable. Plus qu’une robe (de future mariée ?), plus qu’une immense traîne, c’est l’empreinte de toute une vie qui s’étale autour d’elle. Il faut voir cette Isolde magnifique de majesté trônant au milieu de ces montagnes d’étoffe, tourner autour, s’y plonger, s’en emparer – y écrire même, au moment où le rideau se lève, d’une plume rageuse, un nouvel épisode de sa vie. Car sur cette étoffe blanche sont consignés les temps forts de la vie d’avant, mais aussi les mots qui font sens. Au fil de l’acte, on peut lire « Tantris », « Betrug » (trahison), « Liebe » (amour), « Augen » (yeux), « Rache » (vengeance)… Cette robe étalée, c’est toute la vie d’Isolde résumée et nul ne peut y pénétrer, excepté les rares admis (Brangäne, Tristan), Kurwenal l’apprendra à ses dépens. Quand Isolde se défera de cet encombrement, c’est pour se préparer à accueillir Tristan. Celui-ci n’aura alors de cesse de vouloir tout y déchiffrer et puis de faire disparaître les traces d’une vie – celle d’Isolde – qu’il veut sans doute oublier. Ainsi, au II, pendant le duo, Tristan remisera la robe dans une malle et Isolde, au III, l’en fera ressortir.<br />Cette robe emblématique constitue en quelque sorte tout le décor du premier acte. Seul un éclairage furtif nous fera comprendre que nous nous trouvons sur un bateau.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="475" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Tri_090725_004_©EnricoNawrath_press-1294x600-4-1024x475.jpg" alt="" class="wp-image-198078"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Enrico Nawrath</sup></figcaption></figure>


<p>La figure du navire, ou plutôt ses entrailles, apparaîtront aux deuxième et troisième actes. Mais sous des formes différentes. Au III, la carcasse du navire sera entièrement déconstruite, désossée, comme un vulgaire mécano dont les pièces gisent pêle-mêle et auquel il faudrait donner vie. Mais là, c’est plutôt la mort qui rôde et personne n’aura idée de redonner forme à une vie qui n’a plus de sens. Car c’est bien de cela qu’il s’agit ; ce bateau recèle lui aussi, comme la robe d’Isolde, les éléments les plus disparates de ce qui a pu faire sa vie à elle. Ce capharnaüm, cette caverne d’Ali Baba , nous les découvrons au deuxième acte. On y voit, en vrac, un globe terrestre, des statuettes, des statues, des lustres, miroirs, armoires, lampes, coffres. Tristan y pénètre comme un étranger, découvrant ici une malle et là un miroir, Isolde y est en confiance.<br />Le jeu avec les philtres n’est pas clairement explicité ; on saisit seulement qu’Isolde jette la flasque sans l’avoir ouverte. Il y aura ainsi des raccourcis, des ellipses, dans cette mise en scène, qui nous disent : «  là n’est pas l’essentiel ». Ainsi, l’étreinte, quasi immobile au terme du duo d’amour, nous indique à son issue que l’amour a été consommé. On est dans la suggestion plus que dans la démonstration et c’est sans aucun doute une force de cette proposition – qui ne va pas sans le risque d’une moindre compréhension des intentions du metteur en scène.<br /><strong>Semyon Bychkov</strong> dirige un orchestre du Festival bien inégal. La prélude du I ne nous fait pas vibrer, malgré un tempo, lent, parfaitement seyant. Le souffle du drame n’y est pas encore. Il le sera davantage dans les deux préludes suivants et notamment au III où les sourdes injonctions de l’orchestre anticipent magnifiquement le tragique du dénouement à venir. On remarquera particulièrement la clarté du discours et la mise en avant stupéfiante des vents, irréprochables quant à eux. On regrettera un malencontreux décalage dans le « Wer Kornwall’s Kron », sans que nous puissions préciser à coup sûr si la faute en revient au chanteur ou au chef. De même, la voix de Brangäne, en arrière-plan du duo au II est-elle quasiment inaudible, ce qui est bien fâcheux quand on connaît l’incidence dramatique croissante de ces interventions. Mais il y a cette mort d’Isolde, sur laquelle nous reviendrons, et qui emporte dans sa vague irrésistible, jusqu’aux dernières mesures, interminablement étirées (on aurait voulu qu’elles le fussent davantage encore !) et qui s’achèvent, rideau déjà fermé, dans un silence vite écrasé par l’enthousiasme du public.<br />Le plateau vocal est grandiose et aucun détail n’est laissé au hasard – on aurait presque envie de dire qu’il n’y a pas, ce soir, de « petits » rôles. Que ce soit <strong>Matthew Newlin</strong> (Junger Seemann), <strong>Lawson Anderson</strong> (Steuermann), <strong>Daniel Jenz</strong> (Hirt), ou <strong>Alexander Grassauer</strong> (Melot), ils sont pleinement dans le drame, tiennent toute leur place vocalement parlant, même lorsqu’ils sont confinés aux fins fonds de la gigantesque scène du Festspielhaus. Nous découvrons en <strong>Jordan Shanahan</strong> un superbe Kurwenal. Lui qui a chanté à Bayreuth Kothner des <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-meistersinger-von-nurnberg-bayreuth/">Meistersinger</a> au début de l’été et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-3/">Klingsor plus récemment</a>, se voit dévolu ici un autre rôle conséquent. Le timbre est clair mais sans chaleur particulière ; la projection est solide et l’incarnation, quels que soient les moments où il intervient, toujours crédible. Il reçoit de solides applaudissements bien légitimes. <strong>Ekaterina Gubanova</strong> en Brangäne a droit quant à elle à un triomphe aux saluts du premier acte. Sa fine présence, son empathie, son jeu toujours juste auront ajouté à la qualité vocale dans son ensemble. Capable d’un parfait cantabile, elle sait aussi appuyer le discours avec force et toujours avec justesse. Elle est décidément une magnifique Brangäne ! Günther Groissböck était attendu dans ce Marke qu’il fallait savoir hisser au-dessus des tréfonds où le roi se meut dans ses deux interventions. Présence altière au II, timbre d’exception, gamme habitée de haut en bas (surtout en bas), s’est-il retenu de donner toute la puissance qu’on aurait voulu entendre, surtout au III, lorsqu’il s’agissait de tout effacer, de tout pardonner ?<br />Andreas Schager, ce soir, restera pour nous un mystère. Bien en voix au I et au III, il est comme passé à côté de son II, en décalage musical – et émotionnel – avec sa partenaire. Il faut dire que la mise en scène n’aide pas à l’effusion : les deux amants se cherchent, s’évitent et ne se trouvent que la demi-heure passée…De menus défauts de justesse nous ont même fait craindre un troisième acte périlleux. Non point, le gaillard est revenu après le second entracte plus fort que jamais. On a pu le connaître plus vaillant encore (on pense à son <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/tristan-und-isolde-vienne-staatsoper-impossible-amour/">Tristan viennois en 2022</a>) mais l’énergie de Schager, son inépuisable générosité demeurent une énigme. Oserons-nous poser la question du bien-fondé de son marathon bavarois (il avait chanté Tristan l’avant-veille, Parsifal la veille, et à nouveau Parsifal le lendemain) ? Dit autrement : peut-il tenir longtemps à ce rythme-là ?<br />Quant à Camilla Nylund (Isolde), elle aura opéré une invraisemblable opération de séduction en maîtrisant la partie d’un bout à l’autre. Quel plus beau compliment lui faire que de dire qu’elle a, tout au long des trois actes, toujours chanté. A aucun moment elle ne tombe dans le travers de bien des Isolde entendues qui basculent sur le cri quand le chant n’est plus accessible. Les aigus et suraigus sont entiers, brillants certes, cinglants aussi quand il le faut, mais ils ne se départissent jamais de le poésie inhérente au texte. Nylund, n’est ce soir, jamais en difficulté, elle remporte haut la main le duo avec Tristan quand il s’agit, au II, de chanter non seulement la violence, mais encore la douceur, la sensualité du sentiment amoureux. Tout cela est magnifié dans un « Mild und leise » extatique, pétrifiant de justesse et d’émotions, qui, à lui seul, suffirait à hisser Camilla Nylund au rang des plus grandes interprètes de ce rôle.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tristan-und-isolde-bayreuth-3/">WAGNER, Tristan und Isolde &#8211; Bayreuth</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Parsifal &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Aug 2025 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les discussions envenimées autour des aléas de l’Or du Rhin parisien cette année ont pu faire oublier à quel point il y avait un grand chef dans la fosse pour le défendre. Pablo Heras-Casado continue ici, dans une production qu’il connaît déjà bien, de prouver qu’il est l’une des valeurs sûres de la scène actuelle, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Les discussions envenimées autour des aléas de l’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/">Or du Rhin parisien</a> cette année ont pu faire oublier à quel point il y avait un grand chef dans la fosse pour le défendre. <strong>Pablo Heras-Casado</strong> continue ici, dans une production qu’il connaît déjà bien, de prouver qu’il est l’une des valeurs sûres de la scène actuelle, que ce soit pour Wagner ou pour le répertoire lyrique en général. Sa direction constitue le plus grand atout de la représentation. Le phrasé, fluide et souple, s’inscrit toujours dans le rythme du texte, tout en menant un discours parallèle à la scène quand il le faut. La lisibilité est telle qu’on pourrait comprendre la narration par la seule partie orchestrale (plus limpide que la mise en scène par ailleurs, grâce aux leitmotive). On est à tout instant ravi par le jeu des timbres, la transparence de l’orchestre. Il propose un Wagner épuré, sensible, loin de toute démonstration de force : c’est là une forme d’idéal pour Parsifal. Le troisième acte en particulier est d’une beauté désarmante, notamment lors de la transformation du décor vers la cérémonie funéraire de Titurel. Là où certains en font (avec souvent beaucoup de réussite) un moment orchestral pathétique et violent, il choisit de l’interpréter en regard à la désolation qui ouvre l’acte, c’est-à-dire triste et abattu plutôt que grinçant. L’Enchantement du Vendredi Saint est évidemment un bonheur de délicatesse. Il faut dire qu’il est aidé par un <strong>Orchestre du Festival</strong> superlatif, que ce soit par sa cohésion, le son d’ensemble ou ses solistes (le hautbois). S’il faut émettre une réserve, disons simplement qu’il nous a manqué un soupçon d’urgence lorsqu’elle est demandée, notamment dans le deuxième acte. Saluons en tout cas bien bas cet artiste exceptionnel.</p>
<p><figure id="attachment_197896" aria-describedby="caption-attachment-197896" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="size-large wp-image-197896 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0330-1024x682.jpeg" alt="" width="1024" height="682" /><figcaption id="caption-attachment-197896" class="wp-caption-text">Pablo Heras-Casado<br />©️Waldemar Kamer</figcaption></figure></p>
<p>La mise en scène de <strong>Jay Scheib</strong> n’appelle pas les mêmes éloges. Sans la décrire précisément (on renverra plutôt au <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-2/">compte rendu de Jean Michel Pennetier</a>), rappelons-en l’axe principal. Le plus grand drame de la communauté du Graal n’est pas ici le péché d’Amfortas, mais l’erreur initiale de leur culte, reposant sur l’exploitation des métaux rares comme le cobalt et le lithium. En mettant en danger le vivant, ce mode de vie les entraîne vers leur propre fin tant qu’ils ne le remettent pas en question. Toute dramatique qu’elle soit, la réalité politique que Scheib et la dramaturge <strong>Marlene Schleicher</strong> dénoncent ici est maladroitement amenée. Il faut attendre le troisième acte, et même sa conclusion, pour que le tout devienne cohérent et lisible. Sans même chercher à juger de l’adéquation ou non de cette thématique au livret de Wagner, disons simplement que c’est un échec de mise en œuvre de n’avoir aucun moyen de comprendre l’axe choisi autrement que rétrospectivement ou par la lecture du programme.<br />
Là où l’équipe de mise en scène s’éloigne en revanche considérablement du livret original, c’est par son traitement de la chasteté et du désir. Gurnemanz s’unit à Kundry dans le prologue ; Klingsor semble bien sexuel pour un aspirant saint qui se serait châtré lui-même pour renoncer à l’amour ; les Filles-fleurs sont des sortes de sirènes meurtrières, le danger pour les chevaliers n’étant alors plus d’être bannis de la communauté pour avoir péché, mais d’y laisser la vie ; le baiser de Parsifal à Kundry n’a rien de chaste, et la scène globalement est tout à fait sexuelle. On peine à comprendre la façon dont la mise en scène souhaite prendre en charge cet aspect car la thématique est trop présente dans le livret pour être complètement évacuée : la blessure d’Amfortas est bien montrée comme causée par le rapport avec Kundry, tandis que des symboles comme un pelvis percé surviennent régulièrement. En résulte une certaine incohérence.<br />
Le traitement de Kundry interroge également, mais on aime assez la direction que prend son axe dans le dernier acte. Globalement, elle semble sincère dans son entreprise de séduction de Parsifal, et développer un réel attachement pour lui, jusqu’à ce que les deux finissent comme un couple emblème du renouveau à mener après la destruction du Graal. Ainsi, plutôt que de chercher à apaiser Parsifal avec de l’eau lorsqu’il revient de son errance, c’est par un baiser qu’elle le réconforte. À la lecture des entretiens, on suppose que son dédoublement traduit le hiatus entre ce qu’elle voudrait être (incarné par Garanča, dans une forme &#8211; minimale &#8211; d’émancipation), et ce que la société patriarcale voudrait qu’elle soit (cette figure muette, prostrée et serviable, incarnée par une comédienne).</p>
<p><figure id="attachment_197912" aria-describedby="caption-attachment-197912" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-197912" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0333.jpeg" alt="" width="900" height="600" /><figcaption id="caption-attachment-197912" class="wp-caption-text">©️Jay Scheib, Joshua Higgason</figcaption></figure></p>
<p>Il reste à parler de la véritable déception du spectacle. Nous avons vu la fameuse version avec réalité augmentée (là encore, on renvoie au <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-2/">compte rendu de 2024</a> pour l’explication du procédé). La moquerie serait très facile pour parler du rendu visuel, qui nous a mis en colère dans un premier temps. Nous l’éviterons ici, préférant supposer que l’équipe de réalisation a dû composer avec un outil encore limité. Cette nouvelle strate peut se justifier par la fameuse citation de Gurnemanz « Zum Raum wird hier die Zeit » (ici le temps devient espace). Partant de la constatation que le récit est très régulièrement tourné vers le passé, la réalité augmentée offre alors un contrepoint au présent représenté sur scène, emplissant l’espace à 360º de symboles et scènes du passé et du futur. Le résultat est une invasion de symboles d’une lourdeur considérable (cercueils, crânes, pommes) voire d’un simplisme qui prête à sourire (des livres lors de certains récits), sans aucune poésie. À noter d’ailleurs que certains symboles essentiels (le pelvis percé pour Klingsor, la lance suspendue dans les airs, le Saint-Esprit, la destruction de Montsalvat), n’apparaissent pas dans la version simplement scénique, confrontant ainsi la majorité du public à un manque ou à une alternative bien pauvre (la lance est un accessoire pris des mains de Klingsor par Parsifal). A l’inverse, les lunettes mettent considérablement à distance de l’action scénique, du fait de l’hystérie des informations envoyées par ce canal qui dissimule simplement la scène. On en perd l’émotion, l’humain, mais aussi certains détails de mise en scène plutôt intéressants. À l’issue de la représentation, il est impossible de dire si ce dispositif a un avenir dans la mise en scène d’opéra tant le résultat est inabouti artistiquement. Peut-être faudrait-il d’abord un spectacle exclusivement conçu pour des spectateurs équipés pour pouvoir en tenir compte.<br />
Dans cette abondance d’idées, plusieurs nous paraissent cependant assez intéressantes. Le troisième acte, en assumant de prendre de grandes libertés avec le livret, offre des images assez saisissantes, ainsi qu’une certaine idée de la désolation tout à fait contemporaine (décor de Mimi Lien). Pas d’enchantement du vendredi saint pour le public si ce n’est les fleurs de la réalité augmentée, le paysage est dévasté par le forage, et les seules fleurs sur scène sont des bouquets funéraires artificiels. Le tableau du jardin enchanté est tout à fait réussi, aussi bien par son aspect luxuriant que par son horreur gore, avec ce chevalier décapité dont les filles-fleurs se repaissent. Enfin, on apprécie la longue scène de soin de la blessure d’Amfortas, transmise en vidéo en gros plan dans une imagerie très Cronenberg, qui fait de cette blessure repoussante l’évocation d’une cavité sexuelle.</p>
<p><figure id="attachment_197899" aria-describedby="caption-attachment-197899" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197899" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0327-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-197899" class="wp-caption-text">Andreas Schager</figcaption></figure></p>
<p>Le Festival de Bayreuth a fait appel en grande majorité aux artistes des éditions précédentes pour cette reprise. Le principal nouveau venu est luxueux vu qu’il s’agit de l’Amfortas de <strong>Michael Volle</strong>. La voix est immédiatement saisissante, mais on s’étonne dans le premier acte d’un phrasé un peu statique, l’intensité passant davantage par le volume que par le détail. Ces réserves disparaissent totalement dans sa détresse du dernier acte, cette fois admirable aussi bien de puissance que de science du texte. Son pendant maléfique, Klingsor, est incarné par <strong>Jordan Shanahan</strong>, dont on ne sait trop si on veut lui faire jouer une caricature de capitaliste à la Jordan Belfort (Le Loup de Wall Street) ou un hédoniste gay, dans cette vieille tradition cinématographique d’affubler les antagonistes de codes queer. Toujours est-il que son chant est admirable, sain, et n’a rien de la caricature qu’on lui impose scéniquement.<br />
La Kundry d’<strong>Elīna Garanča</strong> triomphe auprès du public. Elle a le format exact du rôle, sur toute son étendue. Le saut d’intervalle vertigineux du « lachte » est impressionnant, les aigus sont aisés mais gardent la couleur de mezzo qui les rend si intenses, tandis que les graves sont toujours audibles, jusqu’en dessous de la portée. Son souffle, sa projection témoignent d’un chant athlétique très efficace. Ainsi, le « Parsifal, weile » qui interrompt la scène des Filles-fleurs coupe le souffle par son simple effet physique. Tout en étant admiratif, on n’y voit cependant pas nécessairement une interprétation absolue. Garanča n’a jamais été une grande diseuse, mais réussit à nous surprendre agréablement au début de la scène de séduction. Elle y recherche des nuances, une souplesse, une articulation qu’on ne lui connaissait pas. Puis revient l’occasion de faire du son, et on perd ce soin. Le phrasé se fait minimal, et on cherche en vain la griffure, la fêlure qui caractérise le personnage. L’intensité y est alors strictement acoustique. Il ne s’agit pas pour nous de détails, car c’est le texte qui donne sa force à Kundry, sa malice et sa force de manipulation contribuant à son potentiel de séduction. Waltraud Meier le démontrait avec brio.</p>
<p><figure id="attachment_197901" aria-describedby="caption-attachment-197901" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197901" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0329-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-197901" class="wp-caption-text">Georg Zeppenfel, Andreas Schager, Elīna Garanča</figcaption></figure></p>
<p>On se permet aussi d’être exigeant sur ce point car au moins deux membres de la distribution rappellent à quel point le chant wagnérien ne peut se passer de l’art du récit et de l’éloquence. <strong>Andreas Schager</strong> d’abord, Parsifal très investi, qui réussit malgré son format héroïque à trouver les nuances piano et la couleur juvénile dont a besoin par instants le rôle. <strong>Georg Zeppenfeld</strong> ensuite, pour nous l’atout majeur de la distribution. Son Gurnemanz rayonne de bonté, par la magie d’une voix riche en harmoniques, mais surtout par son art du mot. Il ne s’agit pas tant de diction que d’accentuation, de phrasé naturel pour donner l’illusion du parlé-chanté. Impossible de parler de tunnels quand les longs récits du personnage sont déclamés avec une telle intelligence. Il est par ailleurs très juste sur scène, alors que le niveau de jeu est assez inégal.<br />
Les seconds rôles sont tous distribués avec soin, du Titurel aussi grave que nécessaire de <strong>Tobias Kehrer</strong> aux Filles-fleurs, parmi lesquelles on distingue le beau soprano lyrique de <strong>Victoria Randem</strong>. Citons aussi le court solo de <strong>Marie-Henriette Reinhold</strong> en conclusion du premier acte, qui obtient l’effet céleste escompté grâce à une ligne impeccable.</p>
<p>Le <strong>Chœur du Festival de Bayreuth</strong> bénéficie avec Parsifal de nombreux moments pour briller, au premier rang desquels on met l’entrée du cortège funéraire de Titurel (« Geleiten wir im bergenden Schrein »). La violence des consonnes, l’expressivité, la cohésion en font un moment glaçant. Cependant, c’est l’ensemble de leur prestation qu’il faut saluer, des Filles-fleurs aux cérémonies du Graal. Les voix célestes en particulier réussissent pleinement l’effet androgyne trouble recherché par Wagner. Les artistes des chœurs ont été préparés par <strong>Thomas Eitler-de Lint</strong>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197902 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0325-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /></p>
<p>Excès d’ambition ? Limites techniques ? Projet voué à l’échec ? On ne peut pas cacher une vraie frustration à la sortie du Festspielhaus face à une production qu’on attendait avec une vraie curiosité, voire une certaine bienveillance. Inaboutie, son plus grand tort est peut-être d’empêcher la transcendance créée par les interprètes de totalement se déployer, du fait de la pauvreté de son imaginaire. Et pourtant, on choisit d’en retenir la dernière image, celle de Kundry et Parsifal regardant vers l’avenir, prêts à guider l’humanité vers plus de respect mutuel, plus de « Mitleid ». Cette compassion, cette sensibilité, c’est bien ce que nous ont donné à entendre orchestre et chant ce soir, dans une interprétation résolument tournée vers le sensible.</p>
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		<title>WAGNER, Die Meistersinger von Nürnberg &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-meistersinger-von-nurnberg-bayreuth/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Aug 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La nouvelle production des Meistersinger, inaugurée le 25 juillet dernier, a été confiée au metteur en scène Matthias Davids, venu du monde du théâtre et qui a fait l’essentiel de sa carrière en Allemagne. Volontiers iconoclaste, rompu aux ficelles du métier, il impose ici une conception presqu’entièrement tournée vers la comédie, qu’il manie très habilement &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span class="relative"><span lang="FR">La nouvelle production des </span></span><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;"><em>Meistersinger</em>,</span></strong><span class="relative"><b> </b><span lang="FR">inaugurée le<b> </b></span></span><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;">25 juillet dernier, a été confiée au metteur en scène </span><span lang="FR">Matthias Davids</span></strong><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;">, venu du monde du théâtre et qui a fait l’essentiel de sa carrière en Allemagne. Volontiers iconoclaste, rompu aux ficelles du métier, il impose ici une conception presqu’entièrement tournée vers la comédie, qu’il manie très habilement mais pas toujours légèrement, au détriment d’une réflexion plus fondamentale – pourtant bien présente dans l’œuvre – sur le combat entre tradition et modernité. Dans une esthétique post-moderne, inspirée des jeux télévisés (nombreuses références à Intervilles) où débordent de toute part le grotesque, l’outrance et le kitsch assumé, il transpose l’œuvre dans un univers radicalement opposé à la tradition wagnérienne, son immobilisme et sa gravité.</span></strong></p>
<p><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;">Servie par un décor grandiose, (</span><span lang="FR">Andrew D. Edwards</span></strong><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;">) fait de plusieurs éléments tournant dont un escalier monumental, un amphithéâtre dont les éléments décoratifs sont repris de la salle du Festspielhaus elle-même (mêmes luminaires trilobés, mêmes soubassements de colonnes en appareillage de fausses pierre etc…), une ville de Nuremberg stylisée au deuxième acte, un magnifique et sobre atelier de Sachs et finalement un podium de festival rock, la mise en scène balade le spectateur d’une époque à l’autre, confrontant les générations dans un joyeux débordement très imaginatif. Les costumes d’une imagination sans borne contribuent grandement au désordre général, en particulier dans la scène finale qui semble bien réunir tout ce que l’époque moderne peut proposer de plus laid et de plus vulgaire (tout cela parfaitement assumé) mais aussi de plus joyeux et de plus festif.</span></strong></p>
<p><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;">Pour tape-à-l’œil qu’il soit, le spectacle n’en est pas pour autant dépourvu d’attraits, tant Matthias Davids excelle par mille et un détails à surprendre, à faire rire, à créer des décalages inattendus qui relancent sans cesse l’action et tiennent le spectateur en éveil. Cela tient tantôt du cirque, tantôt du boulevard, délibérément populaire, exagérément coloré, plein d’artifices, très premier degré, et pourtant les sentiments sont sincères, les situations sont justes et l’émotion finit par poindre là où il faut, en particulier au début du troisième acte. De cette pièce qui pourrait n’être qu’un simple divertissement, il fait un chef-d’œuvre comique, ce qui est en soi une prouesse. Cette transposition contemporaine ne permet cependant pas de résoudre certaines questions cruciales posées par le livret, et notamment la place des femmes dans cette intrigue surannée, tout juste bonnes à servir de trophée, de récompense au vainqueur sans identité propre, mais surtout sans que jamais la question de leur consentement soit seulement évoquée. Même si l’amour de Eva pour son Walther semble sincère, Davids semble passer à côté de ce sujet-là sans s’en apercevoir.</span></strong></p>
<p><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;">A la direction musicale du spectacle, </span><span lang="FR">Daniele Gatti</span></strong><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;"> se lance à corps perdu dans l’aventure, avec plus d’entrain et d’enthousiasme que de précision ou de souci du détail. Comme emporté par le caractère débridé et foutraque du plateau, l’orchestre propose beaucoup d’ardeur, réussit quelques prouesses – la scène de la bagarre généralisée au deuxième acte est parfaitement en place – , se reprend quand il le faut et termine la soirée, près de cinq heures de musique tout de même, sans fatigue apparente.</span></strong></p>
<p><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;">La production bénéficie d’une distribution magnifique, dominée magistralement par </span><span lang="FR">Michael Spyres</span></strong><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;"> dans le rôle de Walther von Stolzing. S’il n’a plus tout à fait l’âge d’un jeune premier, il a la voix idéale pour le rôle, charpentée, puissante et claire, et incarne ce personnage de bon garçon sympathique avec une aisance déconcertante. Tout aussi impressionnant, mais dans un autre registre, le Hans Sachs de </span><span lang="FR">Georg Zeppenfeld</span></strong><span class="relative"><span lang="FR"> fait preuve d’une humanité profonde, d’une grande maturité confinant à la sagesse. Son timbre imposant, sa haute stature et sa présence scénique font beaucoup pour nourrir le rôle. Le jeune ténor suisse allemand <b>Matthias Stier</b> dans le rôle de David a fait l’effet d’une révélation. Sa voix magnifiquement timbrée et pleine de charme semble tout à fait naturelle ; il donne au rôle une spontanéité et une sincérité déconcertantes. <b>Christina Nilsson</b>, soprano suédoise qui prête sa voix claire et puissante à Eva, a fait forte impression également, se révélant fine musicienne et d’une efficacité remarquable au troisième acte. A ses côtés, <b>Christa Meyer</b> dans le rôle plus modeste et moins flamboyant de Magdalena remplit parfaitement son office. Tous les cinq ont donné une magnifique version du célèbre quintette du troisième acte, musicalement très pure et scéniquement très émouvante. Beckmesser est chanté par <b>Michael Nagy</b>, baryton d’origine hongroise né à Stuttgart, qui tente de contourner le ridicule du personnage par une certaine froideur et fait beaucoup rire. Un peu en deçà de ses partenaires, <b>Jongmin Park</b> montre peu de charisme en Pogner malgré la profondeur de la voix. Les membres de la confrérie sont traités par la mise en scène de façon indifférenciée ; ils forment une cohorte homogène de fort bonne qualité, <b>Martin Koch</b> en Vogelsang, <b>Werner Van Mechelen</b> en Nachtigall, <b>Jordan Shanahan</b> en Kothner, <b>Daniel Jenz</b> en Zorn, <b>Matthew Newlin</b> très drôle en Eisslinger, <b>Gideon Poppe</b> en Moser, <b>Alexander Grassauer</b> en Ortel, <b>Tijl Faveyts</b> en Schwarz et <b>Patrick Zielke</b> en Foltz. Citons encore <b>Tobias Kehrer</b> qui incarne un veilleur de nuit redoutable, muni d’un impressionnant cor des Alpes. Les chœurs dirigés par <b>Thomas Eitler-de Lint</b>, nombreux et fort sollicités par la mise en scène, semblent avoir apprécié l’importance qui leur est ici accordée et répondent avec entrain, précision et spontanéité à toutes les injonctions de la partition.</span></span></p>
<p><span class="relative"><span lang="FR">Tous seront récompensés à la fin du spectacle par des applaudissements extrêmement nourris et bien mérités, la performance vocale et le caractère enjoué du spectacle emportant finalement l’adhésion du plus grand nombre.</span></span></p>
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		<title>WAGNER, Tristan und Isolde – Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tristan-und-isolde-bayreuth-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 29 Jul 2024 04:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après une vision particulièrement noire signée Katharina Wagner et une démarche plus esthétisante de Roland Schwab, cette nouvelle production de Tristan und Isolde qui ouvre l&#8217;édition 2024 nous aura laissé sur notre faim, restant dans un entre-deux inabouti : la vision de Thorleifur Örn Arnarsson ne renouvelle pas le mythe, ce qui ne satisfera pas &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une vision particulièrement noire <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/tristan-und-isolde-bayreuth-la-vraie-histoire-de-tristan-et-isolde/">signée Katharina Wagner </a>et une démarche <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tristan-und-isolde-bayreuth/">plus esthétisante de Roland Schwab</a>, cette nouvelle production de <em>Tristan und Isolde </em>qui ouvre l&rsquo;édition 2024 nous aura laissé sur notre faim, restant dans un entre-deux inabouti : la vision de <strong>Thorleifur Örn Arnarsson </strong>ne renouvelle pas le mythe, ce qui ne satisfera pas les uns, et la scénographie manque cruellement de poésie, ce qui rebutera les autres.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Tri_110724_006_©EnricoNawrath_press-2-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-169571"/><figcaption class="wp-element-caption">© Enrico Nawrath</figcaption></figure>


<p>Tout avait pourtant bien commencé. Au lever du rideau, Isolde occupe le centre de la scène, habillée d&rsquo;une immense robe qui évoque un peu un parachute tombé du ciel. Le reste est dans une obscurité partielle. Quelques cordages pendant des cintres indiquent que nous sommes sur un bateau. Isolde griffonne sur sa robe : on distingue les mots « Tantris » (le pseudonyme de Tristan dans les événements précédant l&rsquo;acte I), peut-être « Marke » (barré), et c&rsquo;est à peu près tout si l&rsquo;on n&rsquo;est pas dans les premiers rangs. Les différents personnages font ensuite leur entrée dans le drame, mais les interactions sont réduites au minimum. Chacun chante un peu pour soi jusqu&rsquo;au basculement de la scène du philtre. Pour les lecteurs qui ne l&rsquo;auraient plus en tête, rappelons les événements antérieurs au lever du rideau : Tristan est venu chercher Isolde (qui l&rsquo;a sauvé jadis alors qu&rsquo;il avait tué son fiancé) pour l&rsquo;amener auprès du roi Marke, l&rsquo;ancien vassal de son père, afin qu&rsquo;il l&rsquo;épouse, scellant ainsi l&rsquo;alliance entre les factions rivales. Partagée entre sa haine pour Tristan en raison de ce rôle, et son amour refoulé envers celui-ci, Isolde demande à sa suivante Brangäne de préparer un poison qu&rsquo;elle offre à Tristan qui le boit en toute connaissance de cause. Puis Isolde l&rsquo;absorbe à son tour. Sauf que Brangäne a désobéi et a préparé un philtre d&rsquo;amour : c&rsquo;est la base de ce drame. Mais il n&rsquo;y a pas de bonne idée qui ne puisse être remplacée par une mauvaise : ici, Tristan refuse le poison proposé par Isolde (Brangäne n&rsquo;intervient pas) et jette la fiole à terre. Puis les deux protagonistes décident de laisser tomber toutes ces sottises pour s&#8217;embrasser sans plus de façons. Et tant pis si la musique de Wagner évoque le lent effet du philtre sur le cœur des amants. Pour Amarsson, le philtre d&rsquo;amour n&rsquo;a pas de raison d&rsquo;être puisque les deux protagonistes étaient déjà amoureux l&rsquo;un de l&rsquo;autre. Par le poison, Isolde essaierait de revenir à cette situation où Tristan / Tantris n&rsquo;était plus un héros mais un homme blessé à sa merci, et où elle-même n&rsquo;était pas une femme-objet (le tribut du traité) mais une magicienne ayant un pouvoir de vie ou de mort sur Tristan.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Tri_120724_517_©EnricoNawrath_press-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-169587"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Enrico Nawrath</sup></figcaption></figure>


<p>Le deuxième acte nous convie dans la cale rouillée d&rsquo;un navire, au milieu d&rsquo;un bric-à-brac bizarroïde : statues antiques, fennec empaillé, globe terrestre, tableaux représentant un vaisseau (<em>Le Port de Greifswald</em>, de Caspar David Friedrich, artiste qu&rsquo;admirait Wagner ; un autre, un navire pris dans la tempête, qui peut faire penser au Vaisseau fantôme&#8230;), squelette anatomique, barre de navire&#8230; Les protagonistes tripotent une photo qui pourrait être un portrait de la mère d&rsquo;Isolde, magicienne à laquelle Brangäne fait allusion au premier acte. On pourrait penser à l&rsquo;antre de la magicienne qu&rsquo;est également Isolde. Le long duo d&rsquo;amour se déploie sans que les héros n&rsquo;aient retrouvé leur éphémère ardeur du premier acte, chacun chantant de son côté en regardant la salle. L&rsquo;arrivée du roi Marke vient toutefois mettre un peu d&rsquo;animation, ce qui n&#8217;empêche pas Isolde d&rsquo;aller s&rsquo;asseoir de son côté, apparemment indifférente aux explications de Tristan. Le livret prévoit à ce moment que Tristan, après avoir défié Melot, se jette sur l&rsquo;épée de celui-ci pour trouver la mort. Arnarsson, filant l&rsquo;idée du premier acte, nous montre Tristan absorbant le poison dont on pouvait croire la fiole brisée à terre (du coup, Melot ne tue personne). Au troisième acte, Tristan file lui aussi, mais un mauvais coton. Le poison n&rsquo;est pas très efficace. Le décor de l&rsquo;acte précédent est disloqué. Le fatras de bibelots est concentré au milieu de la scène. L&rsquo;hypothèse de l&rsquo;antre de la magicienne en prend un coup. Tristan trône sur une chaise adossée au monticule hétéroclite. On dirait un antiquaire jeté à la rue avec le contenu de son magasin, et qui attend sur le trottoir l&rsquo;arrivée des déménageurs. À l&rsquo;entrée du roi Marke, Kurwenal ne tue pas Melot (ce ne serait pas cool puisqu&rsquo;il n&rsquo;a rien fait à l&rsquo;acte II). Quant au pauvre Melot, il semble se demander ce qu&rsquo;il fait là. Isolde meurt après avoir elle aussi absorbé un poison, à rebours du sens même de son air final, le <em>Liebestod</em> (la « mort d&rsquo;amour »). L&rsquo;absence de philtre d&rsquo;amour rend par ailleurs incompréhensible le pardon du roi.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Tri_110724_175_©EnricoNawrath_press-1024x724.jpg" alt="" class="wp-image-169572" width="911" height="644"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Enrico Nawrath</sup></figcaption></figure>


<div>
<p class="fw-bold">À défaut d&rsquo;être convaincante, l&rsquo;inversion philtre de mort / philtre d&rsquo;amour est donc cohérente tout au long des trois actes, mais constitue toutefois une réflexion un peu maigre sur le mythe (et probablement pas très originale), d&rsquo;autant qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas autrement développée et qu&rsquo;elle ne répond pas à toutes les situations du livret. Visuellement, le spectacle n&rsquo;est ni<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><em>trash</em><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>ni particulièrement beau à regarder, agrémenté d&rsquo;effets de lumière un peu faciles (l&rsquo;immanquable basculement d&rsquo;éclairage à l&rsquo;arrivée du roi à l&rsquo;acte II) et de costumes dépareillés sortis du décrochez-moi-ça. La direction d&rsquo;acteur est limitée à sa plus simple expression : pour l&rsquo;essentiel, les chanteurs sont réduits à un minimum d&rsquo;interactions et se déplacent avec lenteur dans un espace encombré, ce qui correspond bien à la volonté du metteur en scène islandais, puisque celui-ci insiste en interview sur son travail auprès des chanteurs pendant les répétitions .</p>
</div>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Tri_120724_362_©EnricoNawrath_press-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-169573"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Enrico Nawrath</sup></figcaption></figure>


<div>
<p>Musicalement, la soirée se situe globalement à un excellent niveau.<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Andreas</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Schager</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>est un Tristan d&rsquo;une insolence vocale proprement incroyable, au souffle long et à la puissance sidérante. Ces moyens sont d&rsquo;autant plus remarquables que Schager n&rsquo;est pas exactement un pur<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><em>spinto</em><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>ou un<em><span class="apple-converted-space"> H</span>eldentenor</em><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>(comme le regretté Stefen Gould), mais plutôt un lyrico-dramatique survitaminé qui ne semble jamais forcer dans cette tessiture. Par ailleurs, le chanteur est aussi capable de nuancer, d&rsquo;alléger la voix, parfois en la teintant de douceur au moyen du registre mixte. L&rsquo;engagement du ténor est constant, trop d&rsquo;ailleurs : au dernier acte, au bout de cinquante minutes à ce régime, la voix commence malheureusement à flancher, avec quelques aigus craqués et d&rsquo;autres trop bas. Dans le contexte, ses fêlures « passent », accentuant même l&rsquo;effet dramatique de l&rsquo;hystérie du héros à l&rsquo;approche d&rsquo;Isolde, et l&rsquo;émotion dégagée prime sur la perfection vocale. Une gestion plus prudente de ses ressources aurait permis au ténor autrichien d&rsquo;éviter ces accidents, mais Schager n&rsquo;est pas un chanteur<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><em>raisonnable</em><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>: c&rsquo;est un artiste qui donne tout, et c&rsquo;est aussi ce qui le rend unique.<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Camilla Nylund</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>offre une belle voix lyrique au timbre clair, qui manque de la largeur et du moelleux attendus pour rendre justice à la sensualité attendue dans le grand duo. C&rsquo;est une Isolde atypique, fine, extrêmement musicale. Par ailleurs, sa projection reste un peu limitée, ce qui n&rsquo;est pas totalement rédhibitoire compte tenu de l&rsquo;acoustique de la salle. Malheureusement, face à un tel partenaire, Nylund a du mal à se faire entendre et se retrouve régulièrement submergée sous des décibels dont Schager aurait pu faire l&rsquo;économie pour éviter ses problèmes à l&rsquo;acte III. Mise à part son impressionnante robe, Nylund n&rsquo;a donc pas l&rsquo;étoffe d&rsquo;une Isolde traditionnelle.<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Günther Groissböck</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>est un roi Marke atypique, d&rsquo;une grande noblesse comme il se doit, mais aussi d&rsquo;une certaine séduction physique, à rebours du vieillard qu&rsquo;on forcerait Isolde à épouser. L&rsquo;absence de direction théâtrale nous le rend ainsi plutôt sympathique, pas vraiment émouvant du fait d&rsquo;une quelconque dignité blessée. Si l&rsquo;on excepte une tendance à chanter parfois un peu haut, la basse autrichienne offre un chant d&rsquo;une grande musicalité. Pour cette première, un<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><em>«</em><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>loup solitaire » avait décidé de<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><em>se payer</em><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>le chanteur en le huant copieusement : réaction totalement injustifiée, mais il y a des fous partout.<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Ólafur Sigurdarson</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>est un&nbsp;Kurwenal sonore et profondément humain : avec Schager, c&rsquo;est celui qui fait passer le plus d&rsquo;émotion par son chant. La Brangäne de<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Christa Mayer</strong><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>est remarquable par son timbre chaud et sa voix bien projetée, bien plus audible que celle de Camilla Nylunbd : on en viendrait presque à regretter qu&rsquo;elle ne chante pas Isolde. Le reste de la distribution vocale est correct. Dans la fosse,<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><strong>Semyon Bychkov</strong><span class="apple-converted-space"><b>&nbsp;</b></span>déploie un tapis sonore plus symphoniste que théâtrale, plutôt intériorisé, avec des fulgurances inédites. Par exemple, le prélude, absolument superbe, qui nous fait entendre les vagues successives des cordes (on songe fugitivement à<span class="apple-converted-space">&nbsp;</span><em>La Mer</em><span class="apple-converted-space">&nbsp;</span>de Debussy), la seconde intervention de Brangäne à l&rsquo;acte II où l&rsquo;orchestre exprime l&rsquo;agitation et l&rsquo;angoisse&#8230;</p>
</div>
<div>
<p>Il arrive souvent que le tout soit supérieur à la somme des parties. Un metteur en scène qui veut faire d&rsquo;Isolde la protagoniste centrale du drame, un Tristan incontrôlable qui lui vole la vedette, un orchestre qui joue subliment sa partie indépendamment du plateau&#8230; c&rsquo;est ici un peu l&rsquo;inverse, et le spectacle manque encore de cohérence. Comme souvent à Bayreuth, les reprises lui permettront sans doute de parvenir à une vision plus aboutie.</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold — Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-vienne-staatsoper-lor-du-rhin-sest-perdu-dans-le-danube/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 May 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dès le lever du rideau, la qualité du chant des filles du Rhin nous confirme que nous sommes bien à Vienne. Toutes jouissent d’une voix saine, bien projetée, au timbre distinct et savent tenir une ligne vocale impeccable, malgré les nombreux mouvements que leur impose la mise en scène. Même sentiment avec la Fricka très &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dès le lever du rideau, la qualité du chant des filles du Rhin nous confirme que nous sommes bien à Vienne. Toutes jouissent d’une voix saine, bien projetée, au timbre distinct et savent tenir une ligne vocale impeccable, malgré les nombreux mouvements que leur impose la mise en scène. Même sentiment avec la Fricka très solide de <strong>Monika Bohinec </strong>: à ce stade du drame, on aurait pu certes imaginer déesse plus juvénile, mais la qualité de sa diction et la puissance de ses interjections promettent une furie d’envergure pour la première journée qui suivra. La Freia de <strong>Régine Hangler</strong> souffre d’un jeu assez maladroit et d’un accoutrement de Gretchen caricatural peu seyant, mais ses appels à l’aide sont supersoniques, d’une clarté éclatante et apte à transpercer un rideau orchestral pourtant très épais. Dernière femme de la distribution, l’Erda de <strong>Noa Beinart</strong> n’est pas tout à fait le contralto souhaité, ce qu’elle compense par une autorité certaine et un vrai sens de la déclamation.</p>
<p>Dommage que ces messieurs du plateau ne se hissent pas au même niveau, loin s’en faut. Tous sont, étonnamment pour une telle maison, difficilement audibles, voire carrément gênés. Si le Mime de <strong>Jörg Schneider</strong> s’en sort plutôt bien grâce à un jeu très investi, le Froh de <strong>Daniel Jenz </strong>est propre mais terne, le Donner d’<strong>Eric van Heyningen</strong> rayonne surtout physiquement, le Fasolt d’<strong>Artyom Wasnetsov </strong>a de l’attitude et des graves à revendre tout en peinant à projeter suffisamment, contrairement au Fafner de <strong>Dmitry Belosselskiy</strong> qui réussit à s’imposer malgré le peu de lignes que la partition lui réserve. Du coté des premiers rôles, c’est hélas clairement insuffisant : le Loge de <strong>Daniel Behle</strong> manque de caractère et d’envergure, c’est un dandy rusé avec beaucoup de retenue, mais on le voit mal enflammer le Walhalla ; l’Alberich de <strong>Jochen Schemckenbecher</strong> était clairement inaudible dans les eaux du Rhin, il existe sur scène surtout grâce à une énergie physique virevoltante, mais il faut attendre sa malédiction finale pour l’entendre vraiment ; enfin,<strong> John Lundgren</strong>, celui qui était un Alberich époustouflant il y a 4 an <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/das-rheingold-munich-demarrage-en-fanfare">à Munich</a>, déçoit ce soir en Wotan. Lui aussi inaudible au réveil (soit, c’est un réveil), s’est montré par la suite très irrégulier, équilibré dans son jeu mais trop prudent vocalement, en tout cas jamais impressionant : méforme ? Economie de moyens pour en garder sous le pied pour <em>la Walkyrie</em> ? Le Wotan de ce prologue est pourtant un parcours de santé à coté de celui du prochain volet.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/rheingold_foto_ashleytaylor_021_behle_lundgren.jpg?itok=zof7PNIq" title="DR Ashley Taylor" width="468" /><br />
	© Ashley Taylor</p>
<p>La fosse ne manquait, elle, pas de souffle, parfois à son détriment : un (ou étaient-ils plusieurs ?) cor a notamment multiplié les pains, et ce dès le célébrissime prélude où ce pupitre est surexposé. L’Orchestre de l’Opéra de Vienne s’est ensuite montré très tonitruant, maitre de sa grammaire wagnérienne, surtout les cordes au son dense et souple époustouflant, et les vents d’une remarquable précision. Dommage que la direction d’<strong>Axel Kober</strong> cherche davantage à insuffler énergie et puissance qu’ordre : les musiciens connaissent suffisamment cette partition pour en réintroduire eux-mêmes, pourtant certains passages flirtent avec le cafouillage (l’explosion sonore lors de la descente de Wotan et Loge au Nibelheim, juste avant le son des enclumes de la mine – enregistrées d’ailleurs, dommage pour une maison qui joue l’œuvre si souvent), voire foncent carrément dans le décor (l’enlèvement de Freia) à cause de cuivres mal dirigés.</p>
<p>Il y a pourtant peu de décor ce soir. La mise en scène très illustrative de <strong>Sven-Eric Bechtolf</strong> cherche à éviter le kitsch par une esthétique de la distance (les coups d’Alberich ou de Fafner sont donnés à distance, on ne voit pas le Walhalla, simplement son ombre, le serpent monstrueux est une vidéo documentaire), précaution un peu vaine. La direction d’acteurs a le mérite d’être vive, claire et bien réglée, avec des idées efficaces (ironie du hiératisme poseur des dieux à l’arrivée des géants, tentatives d’assassinat à la lance avortées de part et d’autre, épuisement d’Alberich après chaque recours à la puissance de l’anneau, montée au Walhalla via une plateforme ascendante en ombre derrière un écran de fond de scène arc-en-ciel), avec des maladresses aussi (gesticulation drapées des filles du Rhin vite lassantes, capture d’Alberich vraiment pataude) ou quelques libertés qui nous semblent difficilement compréhensibles à ce stade (pourquoi avoir remplacé le trésor par un tas de bras et de têtes dorées que Loge agitera dans la dernière scène, et qui serviront à construire une statue dorée en kit pour satisfaire les géants ? dont on découvre le goût pour l&rsquo;art pompier au passage). Espérons que l’arrivée dans le monde des humains trouvera des interprètes globalement plus inspirés.</p>
<p> </p>
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		<title>WAGNER, Tristan und Isolde — Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tristan-und-isolde-vienne-staatsoper-impossible-amour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 May 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/impossible-amour/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Au sortir de la cinquième représentation du Tristan und Isolde de cette nouvelle production viennoise, on ne prétendra pas avoir tout saisi des intentions de Calixto Bieito. Et cela restera bien sûr une frustration. Qu’importe pourtant d’être passé à côté de certains points de vue du metteur en scène espagnol dont on connait les fulgurances et, diront certains, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-size: 14px">Au sortir de la cinquième représentation du <em>Tristan und Isolde</em> de cette nouvelle production viennoise, on ne prétendra pas avoir tout saisi des intentions de <strong>Calixto Bieito</strong>. Et cela restera bien sûr une frustration. Qu’importe pourtant d’être passé à côté de certains points de vue du metteur en scène espagnol dont on connait les fulgurances et, diront certains, les errances : ainsi ces quinze balancelles qui rythment tout le I, où des enfants aux yeux bandés assistent, imperturbables, aux échanges des protagonistes, eux-mêmes se balançant au-dessus de l’eau qui recouvre toute la scène en une gigantesque mare. On se demandera bien, jusqu’au terme, si cette scène n’existe pas uniquement dans l’imaginaire d’Isolde qui, dès le début, a jeté son dévolu sur Tristan, celui-ci gisant depuis le lever du rideau et jusqu’à ses premiers mots chantés, dans cinq centimètres d’eau !</p>
<p style="font-size: 14px">Qu’importe en effet que tout ne soit pas clair, évident ; la proposition de Bieito est en effet tellement ouverte, tellement protéiforme, que chaque spectateur y aura trouvé mille matières à s’approprier « l’action » (« Handlung » est le terme choisi par Wagner pour qualifier sa pièce) et à y lire ce que ce drame lui inspire.</p>
<p style="font-size: 14px">A tout le moins, on s’accordera à dire que dans la vision de Bieito, l’amour entre Tristan et Isolde est impossible. Ces deux-là ne se trouveront jamais : ni dans l’amour donc (il n’y a pas de philtre d’amour échangé entre eux), ni même dans la mort : Isolde avant la scène finale hisse le cadavre de Tristan sur une chaise et le couche sur une table de cuisine, et elle-même finira assise à l’autre bout de la table, dans une posture qui ne permet pas de conclure de façon univoque à sa mort.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="310" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/tristan_und_isolde_d850395_schager_serafin.jpg?itok=qQ8Jx_D0" width="468" /><br />
	© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</p>
<p style="font-size: 14px">Si l’amour est impossible entre eux c’est qu’existant, il serait dévastateur, auto-destructeur ; au premier acte, Isolde n’en finit pas de secouer, d’humilier, d’avilir Tristan (elle le soufflète, le traîne à terre en le tirant par la cagoule !) parce qu’elle l’aime et qu’il ne sait pas répondre à cet amour. Et la première chose que fera Tristan après avoir mimé de boire le philtre d’amour et être tombé dans les pommes, c’est de se taillader le torse. Et puis cela encore : point de combat avec Melot qui n’a pas besoin de ferrailler contre Tristan, celui-ci se trucidant tout seul.<br />
	L’amour impossible, c’est l’incapacité qu’a Tristan à rejoindre Isolde : voilà en tout cas l’une des – rares – pistes que donne Bieito dans ses interviews puisqu’on le sait, il veut laisser le spectateur maître de sa propre lecture. Cette incommunicabilité entre les deux amants est admirablement rendue dans un deuxième acte époustouflant. Deux nacelles cubiques figurant chacune une pièce d’appartement surgissent du sol et s&rsquo;élèvent dans les airs, avant de redescendre, puis de se relever à nouveau, en un incessant va-et-vient. Tristan et Isolde occupent chacun une de ces pièces. Ils vont s’ingénier, pendant les quarante minutes du duo d’amour, à détruire (encore !) les meubles, arracher les pages des livres de la bibliothèque, puis les parois de leur pièce. A aucun moment les deux nacelles ne seront à même hauteur et quand, enfin, au paroxysme du duo, ils vont chercher à se rejoindre en tendant leurs bras l’un vers l’autre par-dessus les nacelles, ils n’y parviendront pas. Leurs mains resteront à distance de quelques centimètres alors que, géniale inspiration, il aurait suffi qu’ils se penchent chacun un peu plus vers l’autre pour qu’au final elles se rejoignent. Ce second acte restera certainement comme une des inspirations les plus marquantes de Bieito.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="363" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/tristan_und_isolde_d5b1394_schager_serafin.jpg?itok=_ih92PvD" width="468" /><br />
	© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</p>
<p style="font-size: 14px">Le III est plus difficile à décrypter, ou plutôt il ouvre tant de pistes qu’on a tendance à rester en retrait, à la croisée des chemins. Une trentaine de figurants entièrement nus nous tournent le dos en fond de scène ; ils s’approchent quand Tristan reprend vie et se figent avant de reprendre leurs places. Figurent-ils le royaume des morts, ce paysage de désolation où les débris de la vie de Tristan et Isolde jonchent le sol ? L’apparition subreptice de personnages endimanchés, qui pourraient bien figurer le royaume des vivants, et leur départ tout aussi discret, effarés du spectacle qu’ils viennent de voir, pourrait accréditer l’idée que décidément, Tristan et Isolde sont déjà passés dans l’autre monde.</p>
<p style="font-size: 14px">Il va de soi que cette mise en scène, par l’abrupt de sa proposition, a suscité quelques remous le soir de la première. Ce n’est pas le cas pour cette représentation saluée de très longues minutes par un public que les différentes prestations musicales ont très logiquement conquis. A commencer par l’orchestre du Wiener Staatsoper qui propose une mise en bouche fascinante avec un prélude étiré <em>ad libitum</em> ; tout se passe comme si <strong>Philippe Jordan</strong> jouait lui-même de ses cordes, jouissant du soyeux, puis lâchant les lions, pourtant parfaitement disciplinés. Rien n’a manqué ce soir à l’extase orchestrale et Jordan n’y est pas pour rien. L’Isolde de <strong>Martina Serafin</strong> n’aura tenu qu’un acte dans une forme aux contours quasi parfaits : elle aura tout misé sur cet acte qui l’a consumée comme elle-même dévorait un Tristan qui trainait sa misère et ne voulait pas se donner. Un acte certes mais quelle flamme, qui éclaire la souffrance ! Ensuite, le métal seul subsiste, la stridence. Les émotions ont du mal à affleurer et Martina Serafin achève sa <em>Liebestod</em> exténuée, vidée de sa substance.</p>
<p style="font-size: 14px">Trajectoire inverse pour le Tristan de <strong>Andreas Schager</strong> ; après un premier acte où il est peu sollicité, il monte en puissance dans le duo où on le voit comme un lion en cage, fracassant les meubles, arrachant les cloisons, déchirant ses vêtements. Et puis le troisième acte ! Comme si le II n’avait été qu’un avant-goût il nous délivre un monologue final surhumain qu’il transforme en scène d’ivresse et de folie ; c’est un Schager endiablé, plus <em>Heldentenor</em> que jamais, la voix toujours aussi claire que sûre. Mais où va-t-il chercher cette énergie ? Schager est aujourd’hui un Tristan de luxe !</p>
<p style="font-size: 14px"><strong>René Pape</strong> en Marke a mis quelques secondes à stabiliser sa voix au tout début de son monologue ; et puis il a lancé la machine, bien aidé en cela par un Philippe Jordan attentif à lui laisser la place nécessaire. C’est un roi totalement anéanti qu’il figure, abattu, voûté, presque désincarné. La marque Pape est intacte ce soir-là avec des graves toujours aussi habités et chantants et ses pianissimi soufflés. Le Kurwenal de <strong>Iain Paterson</strong> est entièrement acquis à la cause de son Tristan ; l’énergie de Schager doit être communicative car Paterson ne connaît pas le moindre moment de faiblesse. On n’aura pas plus de réserves sur la Brangäne de <strong>Ekaterina Gubanova</strong>, sans faille (son « Habet acht » du II est sublime), qui, après avoir nettoyé deux poissons pêchés dans la mare, fournira à Tristan le couteau pour se taillader le ventre.</p>
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		<title>KORNGOLD, Die Tote Stadt — Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-tote-stadt-vienne-staatsoper-debuts-dun-jeune-prodige-a-vienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Feb 2022 05:01:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si l’on comparait <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/peter-grimes-vienne-staatsoper-lise-bryn-et-jonas-sont-dans-un-bateau">à la déception de la veille</a>, on parlerait de métamorphose. Pourtant ce sont biens les mêmes Wiener Philharmoniker dans leur fosse. Il a donc bien quelque chose ce chef de 29 ans, fraichement nommé GMD (Generalmusikdirektor) à Francfort. <strong>Thomas Guggeis</strong> fait en ce dimanche soir ses débuts au Wiener Staatsoper dans une œuvre on ne peut plus viennoise, <em>Die tote Stadt</em>. Système de répertoire oblige, le jeune prodige aura disposé de peu de temps de mise en place avec l’orchestre et les solistes. Aussi on excusera quelques légers décalages ça et là dans le courant de la soirée pour se concentrer sur les qualités saillantes de sa direction. L’attention au plateau est de tous les instants : on voit et l’on sent le chef avec une main tendue vers la scène, quand l’autre dose savamment le volume de l’orchestre. La partition le prévoit pléthorique et lui alloue biens des éclats. Ils ne viendront jamais mettre à mal les solistes. Le chef aiguise le son, concentre les accords et le mordant mais jamais ne déborde. Thomas Guggeis brode aussi le drame avec élégance et surligne à l’occasion quelques cellules instrumentales : là les vents qui secondent le chant, ici les violoncelles qui nervurent la tension dramatique. C’est un remarquable travail tant théâtral qu’esthétique dans une œuvre qui ne demande qu’à se gorger de beautés sonores.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="313" src="/sites/default/files/styles/large/public/die_tote_stadt_d5a215_mikneviciute.jpg?itok=aXbzSkWh" title="© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn" width="468" /><br />
	© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</p>
<p>Dans une production classique de <strong>Willy Decker</strong> (créée en 2004) – Paul, rêve, la scène se dédouble, la <em>commedia dell’Arte</em> fait irruption dans un univers réaliste qui se détraque jusqu’au meurtre rêvé et au retour à la vie réelle – <strong>Klaus Florian Vogt </strong>retrouve un rôle dont il est un grand titulaire actuel. Peut-être n’est-il plus aussi acéré que ce qu’il donnait à entendre<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/la-ville-morte-paris-radio-france-une-ville-haute-en-couleur"> à la Maison de la Radio</a>. Toutefois ce Paul n’accuse aucune faiblesse. Le timbre si particulier du ténor se marie à merveille avec toutes les parties tendres du rôles, notamment un final très émouvant. Son entourage n’a pas à rougir. <strong>Adrian Eröd</strong> endosse le double rôle de Frank et de Fritz comme de coutume où il distille un phrasé et une diction qui conviennent à la morgue de l’ami, comme à la complainte désabusée du Lied de Pierrot. Les comédiens ne déparent en rien dans cette solide distribution : ténor de caractère trempé de <strong>Robert Bartneck</strong> en Vicorin, baryton à la rondeur faussement nobiliaire de <strong>Daniel Jenz</strong>, sans oublier les espiègles interventions d&rsquo;<strong>Isabel Signoret</strong> (Lucienne) et <strong>Anna Nekhames</strong> (Juliette). Brigitta trouve en <strong>Monika Bohinec</strong> une voix chaude toute maternelle. Un rien tendue dans le haut de la tessiture dans la première partie, elle trouve toute la justesse pour son intervention dans la procession religieuse du rêve. Cette soirée était enfin l’occasion d’entendre en salle <strong>Vida Mikneviciute</strong>, programmée un peu partout outre-Rhin avant la pandémie. La voix est robuste, puissante même si cristalline, vaillante même si affectée d’un vibrato serré dans le haut de la tessiture. Surtout, le souffle gagnerait à être musclé pour soigner le phrasé sans lequel le Lied de Marietta ne peut se parer des nuances et de l’onirisme qui conviennent. Son portrait n&rsquo;en demeure pas moins de belle factutre.</p>
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