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	<title>Jérémie DELVERT - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 28 Jul 2025 19:41:21 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Jérémie DELVERT - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>HAENDEL, Israel in Egypt &#8211; Gstaad</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-israel-in-egypt-par-william-christie-gstaad/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Jul 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Désormais dans la quatre-vingt unième année de son âge, William Christie semble se soucier comme d’une guigne des querelles entre anciens et modernes, entre baroqueux et non-baroqueux. Il dirige à bras ouverts, il semble brasser la musique en pleine pâte… Ses belles mains expressives demandent du son, de l’opulence, de l’expression, de l’animation, de la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Désormais dans la quatre-vingt unième année de son âge, <strong>William Christie</strong> semble se soucier comme d’une guigne des querelles entre anciens et modernes, entre baroqueux et non-baroqueux. Il dirige à bras ouverts, il semble brasser la musique en pleine pâte… Ses belles mains expressives demandent du son, de l’opulence, de l’expression, de l’animation, de la vie. Puis soudain elles se font impérieuses pour exiger des accents, du nerf, de la netteté, exaltant les contrastes voulus par Haendel.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RFX_6015-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195285"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>William Christie à Gstaad le 18 juillet 2025</sub> <sub><sup>©DR</sup></sub></figcaption></figure>


<p>Patriarcal, élégant, droit comme un I, il semble régner débonairement sur ses troupes des<strong> Arts Florissants</strong>, dont certains membres sont là depuis l’origine, en affichant une manière de distance distinguée ; il manie un répertoire subtil et très étudié de bienveillance, d’exigence, de détachement, de souplesse et d’autorité, se penchant parfois vers ses solistes en souriant de plaisir, comme il faisait récemment à Évian puis à Montpellier, dans <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-il-trionfo-del-tempo-e-del-disinganno-montpellier-festival-radio-france/"><em>Il Trionfo del Tempo e del Disinganno</em></a>, quand un trait, une phrase semblent dépasser ses attentes, mais il peut aussi – on le vit à Gstaad –&nbsp;se retourner vers une chanteuse pour l’inviter à rester en mesure, ou à contrôler mieux son intonation…</p>
<h4><strong>Un travail sur le son</strong></h4>
<p>Trente-deux choristes et trente-trois instrumentistes, l’effectif est nombreux, et tous sont regroupés dans le chœur de l’église de Saanen, aux belles fresques estompées par le temps, en ouverture du 69e <strong>Gstaad Menuhin Festival</strong>. Cette géographie aura pour conséquence un son très fondu, capiteux, appuyé sur des basses riches, dans une esthétique qui semble revisiter une certaine tradition.</p>


</p>
<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" class="wp-image-195287" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RFX_6325-1-1024x683.jpeg" alt="" />
<figcaption class="wp-element-caption"><sub>© DR</sub></figcaption>
</figure>
<p>


<p>Si cet oratorio fut plutôt mal reçu à sa création, c’est que le public du King’s Theater de Haymarket fut dérouté par la prédominance de l’écriture chorale et la part plutôt congrue réservée aux solistes. C’est pourquoi le plus souvent on le donne (comme ici) sans sa première partie, une longue déploration, <em>The Lamentation of the Israelites for the Death of Joseph</em>, qui est d’ailleurs la récupération par Haendel d’une <em>anthem</em> qu’il avait composée à l’occasion du trépas de la reine Caroline.</p>
<h4><strong>Le jeu des contrastes</strong></h4>
<p>Les climats se succèdent : après la vaste cathédrale sonore de «&nbsp;And the children of Israel&nbsp;», majestueuse pyramide annoncée par les accents tragiques du contralto, viendra l’amusement espiègle du même contralto (<strong>Jasmin White</strong> aux graves de catacombe et dont on avait apprécié le tempérament de théâtre dans le rôle du <em>Disenganno</em>) qui ici s’amuse à suggérer les grenouilles que Moïse et Aaron font pleuvoir sur les Égyptiens ; le contraste n’en est que plus grand avec le double chœur tempétueux « He gave them hailstones », dépeignant un déluge de grêle et de feu, où les cuivres rivalisent avec les interventions cinglantes du chœur chauffé à blanc…</p>
<p>À peine a-t-on admiré les sombres trombones évoquant les ténèbres que Moïse fait planer sur ses ennemis et les quatre solistes du quatuor se transmettant la mélodie, que s’impose le martèlement implacable de tout l’orchestre dans « He smote all the first-born of Egypt », qui va céder sous la douceur pastorale de « But for his people, he led them forth like sheep », et Christie laisse alors le mouvement s’alanguir, ténors et sopranos se répondant sur les longues tenues de l’orgue, pour suggérer une idylle ou une bergerie…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RFX_6325-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195288"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup><sub>© DR</sub></sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Souplesse, rigueur, ferveur</strong></h4>
<p>Puis c’est la fugue stricte de « He led them through the deep », appuyée sur la marche des cordes graves, décrivant l’éprouvante avancée des Israélites dans le désert, la violence soudaine des eaux se déchaînant, enfin la largeur, la candeur, la ferveur du chœur clôturant l’Exode, « And believed the Lord and his servant Moses »…</p>
<p>Christie joue tour à tour de la souplesse et de la rigueur. La rondeur du son n’empêche pas la netteté des accents. On aime particulièrement ces moments où il laisse aller les choses, ne dirige plus, confie la musique aux musiciens, et où tout respire avec naturel.</p>
<p>On le verra aussi chanter (du moins bouger les lèvres) avec l’une des membres du chœur, <strong>Julia Wischniewski</strong>, venue dialoguer avec <strong>Emmanuelle de Negri</strong> dans le duo « The Lord is my strengh and my song », laquelle Emmanuelle de Negri pourra donner à entendre dans l’aria avec hautbois obligé « Thou didst blow withe the wind » à la fois la lumière de son registre élevé et la chaleur de son timbre, sans parler de l’aisance de ses trilles et de ses vocalises.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RFX_6342-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-195289"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Emmanuelle de Negri, Jasmin White, William Christie, Moritz Kallenberg, Matthieu Walendzik</sub> <sup><sub>© DR</sub></sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Une écriture en couleurs</strong></h4>
<p>Cette deuxième partie de l’oratorio offre davantage d’occasions aux solistes. Ainsi le ténor <strong>Moritz Kallenberg, </strong> dans un air à la fois d’agilité et de vaillance, « The enemy said, I will pursue », trouvera prétexte à vocaliser sur toute sa tessiture, qu’il a fort longue, et à projeter sa voix dans un registre héroïque qui lui va bien. <br />Un peu plus tard il reviendra pour un duo étonnant, « Thou in thy mercy », dialoguant avec la voix moins maniable mais aux couleurs fauves, presque sauvages, de Jasmin White.<br />On trouve aussi dans cette partie sous-titrée « Mose&rsquo;s Song » (ou Cantique de Moïse) un étonnant duo de voix graves « The Lord is a man of war », une sorte de combat guerrier de mâles, où le baryton <strong>Matthieu Walendzik</strong> sera rejoint par l’une des basses du chœur, l&rsquo;excellent <strong>Jérémie</strong> <strong>Delvert</strong>, et là encore on s’apercevra que la qualité d’un chœur est faite de la somme de celles de ses membres.</p>
<h4><strong>Un chœur éblouissant</strong></h4>
<p>Car ce concert aura été une démonstration éblouissante par le chœur des Arts Florissants. La partition abonde en épisodes fugués, Haendel use et abuse de l’écriture en canon, joue des doubles chœurs auxquels son séjour à Venise l’avait initié… Le chœur relève tous ces défis sans sourciller. La lisibilité de toutes ces architectures baroques est toujours impeccable, et les sopranos planent sur les sommets en toute transparence.<br />D’une douceur impalpable dans une manière de chant funèbre, « The depths have covered them », il sait passer en un clin d’œil à la majesté de « Thy right hand, O Lord ». Haendel, en veine d’invention, y ménage un épisode où les voix d’hommes ne sont soutenues que par les timbales, avant la reprise par le tutti.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RFX_6015-1-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-195284"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup><sub>©</sub> <sub>DR</sub></sup></figcaption></figure>


<p>Puis à partir du chant de louange, très opulent, «&nbsp;Who is like unto thee, O Lord&nbsp;», toute la séquence finale sera une marche ascensionnelle triomphale, évidemment irrésistible, vers une fugue monumentale, comme pour préfigurer l’Alleluia du <em>Messie</em>, mais qu’aura lancée une brève mais très émouvante prière <em>a cappella</em> du soprano, «&nbsp;Sing ye to the Lord&nbsp;».</p>
<p>L’on verra, dès que le dernier point d’orgue s’effacera, la salle se lever comme un seul homme pour une <em>standing ovation</em>. S’effaçant sur le côté, William Christie fera ovationner chacun des pupitres, comme pour minimiser son rôle. Ce dont personne ne sera dupe, évidemment.</p>
<p>Une ouverture radieuse dans l&rsquo;église même dont Yehudi Menuhin tomba amoureux au point d&rsquo;y fonder un festival, dont cette 69e édition (!), la troisième d&rsquo;un cycle consacré au <em>changement</em> dans toutes ses acceptions, est sous-titrée « Humilité-Transformation-Migration ».</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-israel-in-egypt-par-william-christie-gstaad/">HAENDEL, Israel in Egypt &#8211; Gstaad</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>DONIZETTI, La Fille du régiment &#8211; Versailles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-la-fille-du-regiment-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 14 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après l’interdiction des représentations de Poliuto, œuvre jugée sacrilège par le roi de Naples, Donizetti accepte un contrat de l’Opéra de Paris : il doit proposer au public parisien deux ouvrages lyriques inédits en français (ce seront Les Martyrs, refonte en français de Poliuto, et La Favorite). Au même moment, le Théâtre de la Renaissance lui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après l’interdiction des représentations de <em>Poliuto</em>, œuvre jugée sacrilège par le roi de Naples, Donizetti accepte un contrat de l’Opéra de Paris : il doit proposer au public parisien deux ouvrages lyriques inédits en français (ce seront <em>Les Martyrs</em>, refonte en français de <em>Poliuto</em>, et <em>La Favorite</em>). Au même moment, le Théâtre de la Renaissance lui commande une adaptation française de <em>Lucia di Lammermoor</em>, qui sera créée en août 1839. Mais le premier opéra de Donizetti composé en exclusivité pour Paris est le résultat d’une commande passée <em>in extremis</em> par l’Opéra-Comique. Grâce à l’inspiration exceptionnellement profuse du compositeur (et la lenteur avec laquelle la Grande Boutique monte ses productions), <em>La</em> <em>Fille du régiment</em> est créée à l’Opéra-Comique en février 1840, deux mois avant <em>Les Martyrs</em>*.</p>
<p>Cet opéra-comique de Donizetti voit donc le jour en pleine Monarchie de Juillet, dans une France où la mode est au patriotisme et particulièrement au napoléonisme (le retour des cendres de l’Empereur est prévu pour la fin de l’année). Le livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges et de Jean-François Bayard s’inscrit dans cette veine, en situant l’action de la comédie dans le Tyrol envahi par les troupes napoléoniennes. L’Opéra Royal de Versailles s’ouvrant de plus en plus au répertoire du XIX<sup>e</sup> siècle, cette production de <em>La Fille du régiment </em>prend pour prétexte la concomitance de la création de l’œuvre et l’ouverture du nouveau musée de l’Histoire de France installé par Louis-Philippe à Versailles en 1840.</p>
<p><figure id="attachment_187402" aria-describedby="caption-attachment-187402" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-187402 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Z8Z_0246-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-187402" class="wp-caption-text">© Julien Benhamou</figcaption></figure></p>
<p style="font-weight: 400;">La mise en scène de <strong>Jean-Romain Vesperini</strong> puise dans cet imaginaire patriotique, sans la touche d’antimilitarisme qui affleurait dans les dialogues réécrits de la production si fameuse de Laurent Pelly. Cependant, tous les militaires – qui sortent directement des rangs de l’armée, puisqu’il s’agit du Chœur de l’Armée française – ont quelque chose de bonhomme et tendre. Leurs costumes, signés <strong>Christian Lacroix</strong>, relèvent quasiment de la reconstitution historique, avec bonnet à poil et moustache, mais l&rsquo;ensemble de la production mêle les époques et les références, indiquant très clairement qu&rsquo;ici tout est prétexte à rire et à jouer. Dans le même d&rsquo;ordre d&rsquo;idée, les personnages sont des caractères, à la limite de la caricature parfois, embarqués dans des chorégraphies qui rappellent souvent la comédie musicale ou des mouvements de danse Tiktok. L&rsquo;ensemble se révèle globalement efficace, mais touchera différemment chacun selon sa sensibilité et son style d&rsquo;humour.</p>
<p style="font-weight: 400;">Pour habiller la scène de l’Opéra Royal, le metteur en scène Jean-Romain Vesperini puise dans le stock de toiles peintes de la maison et du Centre de musique baroque, avec la complicité de son décorateur <strong>Roland Fontaine</strong>. Ces très beaux éléments scéniques sont animés par des projections vidéos qui ne paraissent pas toujours d&rsquo;une nécessité absolue, mais qui ont le mérite de vivifier le plateau et de caractériser certains tableaux avec justesse. Les lumières de <strong>Christophe Chaupin</strong> constituent une des réussites du spectacle, exhaussant la beauté des couleurs et des formes des costumes de Lacroix, d&rsquo;une extravagance réjouissante en ce qui concerne la Marquise. Le metteur en scène lui-même s&rsquo;offre le plaisir d&rsquo;apparaître à la fin de la soirée en Napoléon, confiant un drapeau tricolore à Marie. On sait que <em>La Fille du régiment</em> était un <em>hit</em> patriotique qu&rsquo;on jouait volontiers tous les 14 juillet jusqu&rsquo;à la Grande Guerre et que la <em>Marseillaise</em> avait été rajoutée à la fin de l&rsquo;œuvre au Metropolitan Opera en 1940, sous l&rsquo;impulsion de Lily Pons. À Versailles, le refrain de la <em>Marseillaise</em> complète aussi la reprise de « Salut à la France »** dans un <em>tutti</em> certes réjouissant (avec ce qui semble être l&rsquo;orchestration de Berlioz), mais le choix interroge. Certes, entonner la <em>Marseillaise</em> dans l&rsquo;enceinte de l&rsquo;Opéra Royal peut apparaître comme un acte subversif et plutôt amusant, mais les paroles de Rouget de Lisle colorent ce bouquet final si consolateur (la Marquise rompt enfin le cycle éternel des amours forcées et un roturier autrichien épouse une bâtarde française) d&rsquo;une teinte belliciste un brin inopportune – sans parler de la présence de Napoléon, qui est une figure historique passionnante, mais pas nécessairement un modèle politique aussi opérant aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;en 1840.</p>
<p><figure id="attachment_187406" aria-describedby="caption-attachment-187406" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-187406 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Z8Z_8538-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-187406" class="wp-caption-text">Gwendoline Blondeel (Marie) et le Chœur de l&rsquo;Armée française © Julien Benhamou</figcaption></figure></p>
<p style="font-weight: 400;">La distribution de jeunes chanteurs (et un vétéran !) réunie par l&rsquo;Opéra Royal est vraiment enthousiasmante. <strong>Gwendoline Blondeel</strong> d&rsquo;abord, qu&rsquo;on admire surtout comme une des plus sincères et merveilleuses interprètes actuelles du répertoire baroque, prolonge avec le rôle de Marie son incursion progressive dans le répertoire du XIXe siècle (après notamment <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/litaliana-in-algeri-beaune-litalienne-a-beaune/">Elvira dans <em>L&rsquo;Italienne à Alger</em></a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-versailles/">Frasquita dans <em>Carmen</em></a>). On retrouve ici ce timbre fruité si charmant et cet abattage scénique et vocal si évident, et l&rsquo;on s&rsquo;émerveille devant la qualité de la projection de la voix, assurée et puissante, à l&rsquo;échelle qui est la sienne. Les suraigus, ajoutés en nombre, ont ce soir-là quelque chose de tendu et son « Il faut partir » est un peu trop extérieur, mais elle trouve enfin plus d&rsquo;abandon et d&rsquo;infériorité dans un  « Par le rang » profondément émouvant.</p>
<p>Ensuite, <strong>Patrick Kabongo</strong> impressionne dans le rôle de Tonio. Il ne fait qu&rsquo;une bouchée des fameux contre-uts de « Pour mon âme », qui sonnent même comme des notes beaucoup plus basses tant elles sont émises avec aisance. On perçoit par ailleurs que les graves ne sont pas un problème pour lui et on se demande quelle type de variation il pourrait se permettre dans un répertoire plus purement belcantiste. La principale réserve qu&rsquo;on pourrait émettre tient à la projection limitée du chanteur, mais les passages tendres le révèlent à son meilleur : son usage de la voix mixte dans la romance du dernier acte (« Pour me rapprocher de Marie ») est d&rsquo;une classe folle et touche en plein cœur. On aimerait beaucoup l&rsquo;entendre dans le répertoire français (en Nadir par exemple) ou dans Mozart. On pourra en tout cas le découvrir dans Rossini en début de saison prochaine, dans une <em>Cenerentola/Cendrillon</em> en français !</p>
<p>Après une Carmen d&rsquo;anthologie sur cette même scène, <strong>Eléonore Pancrazi</strong> revêt les atours de la Marquise de Berkenfield avec un bagout qui fait mouche. Quel plaisir de voir des interprètes goûter avec une telle gourmandise aux excès d&rsquo;un personnage ! Ce rôle, qu&rsquo;on confie souvent à des voix de mezzo graves plus âgées, est peut-être un peu grave pour la chanteuse qui peine parfois à se faire entendre dans le bas médium, mais l&rsquo;engagement, la musicalité, le sens du rythme comique balaient toutes les réserves. La scène de la leçon de musique, où la Marquise essaye tant bien que mal de discipliner Marie et de lui faire chanter un air de cour, est particulièrement savoureuse. Tout, dans les regards, les postures, les intonations relève d&rsquo;un sens aigu du théâtre, comme le prouvait déjà sa première apparition au début de l&rsquo;œuvre.</p>
<p><figure id="attachment_187403" aria-describedby="caption-attachment-187403" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-187403 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Z8Z_0483-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-187403" class="wp-caption-text">Eléonore Pancrazi (la Marquise) et Jean-François Lapointe (Sulpice) © Julien Benhamou</figcaption></figure></p>
<p>Le vétéran que nous mentionnons, c&rsquo;est le Sulpice de <strong>Jean-François Lapointe</strong>, artiste admiré sur de nombreuses scènes françaises et internationales depuis de nombreuses années. La voix est d&rsquo;une homogénéité et d&rsquo;un moelleux miraculeux, avec ce qu&rsquo;il faut de tendresse et de relief pour incarner toutes les facettes du personnage. Il propose un portrait absolument complet et idéal du sergent, sans manquer d&rsquo;être touchant, dans un français cristallin. La distribution est complétée par l&rsquo;Hortensius sonore et juste de <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong>, qui serait presque sous-employé s&rsquo;il n&rsquo;était pas si bon comédien (le rôle est très présent dans les scènes dialoguées). On a peu l&rsquo;occasion d&rsquo;entendre <strong>Flore Royer</strong> chanter, mais elle impose une présence scénique autoritaire et friponne, aussi bien dans le rôle muet de la Madone au premier acte qu&rsquo;en Duchesse de Crakentop. <strong>Attila Varga-Tóth</strong> et <strong>Jérémie Delvert</strong> charment eux aussi dans leurs interventions successives.</p>
<p>Si le <strong>Chœur de l&rsquo;Armée française</strong>, complété pour les pupitres féminins par le <strong>Choeur de l&rsquo;Opéra Royal</strong>, n&rsquo;appelle que des éloges, par la précision des attaques et du texte, l&rsquo;homogénéité des timbres, l&rsquo;assurance scénique dont ses membres font preuve, on est plus réservé quant aux qualités de l&rsquo;<strong>Orchestre de l&rsquo;Opéra Royal</strong>. L&rsquo;ouverture, durant laquelle défile des projections de gravures de scènes de guerre, a quelque chose d&rsquo;une déroute, tant les décalages et les approximations d&rsquo;intonation sont nombreuses. <strong>Gaétan Jarry</strong> rassemble plus efficacement ses troupes dans la suite de l&rsquo;œuvre et on se retrouve assez charmé par cette interprétation vive et piquante de Donizetti, dominée par les timbres si caractérisés des instruments d&rsquo;époque. La solo de violoncelle ouvrant « Par le rang » est d&rsquo;ailleurs d&rsquo;une grande beauté. Mais l&rsquo;ensemble manque tout de même cruellement de cohésion et de précision, donnant une allure brouillonne à certains passages.</p>
<pre style="font-weight: 400;">* Cette omniprésence du compositeur sur les scènes lyriques parisiennes en cette saison 1839-1840 inspire à Berlioz une chronique acerbe dont ces quelques mots sont restés célèbres : « On ne peut plus dire : les théâtres lyriques de Paris, mais seulement : les théâtres lyriques de M. Donizetti » (<em>Journal des Débats</em>, 16 février 1840)</pre>
<pre style="font-weight: 400;">** Notons aussi que Beverly Sills avait la facétieuse habitude d'ajouter des variations sur la <em>Marseillaise</em> dans ses airs du premier acte. Par ailleurs, on sait que Napoléon préférait <em>Le Chant du départ</em> de Méhul à <em>La Marseillaise</em>.</pre>
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		<title>L&#039;Europe galante</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/leurope-galante-je-taime-a-litalienne-et-francaise-espagnole-turque/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 19 Oct 2018 06:11:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Europe galante ! Le titre occupe une place de choix dans tous les ouvrages sur l’histoire lyrique française, mais restait jusqu’à présent inédit au disque. Que Château de Versailles Spectacles soit remercié de combler cette regrettable lacune en proposant une intégrale officielle du chef-d’œuvre conçu par Antoine Houdar de La Motte et mis en musique par &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Europe galante ! Le titre occupe une place de choix dans tous les ouvrages sur l’histoire lyrique française, mais restait jusqu’à présent inédit au disque. Que <strong>Château de Versailles Spectacles</strong> soit remercié de combler cette regrettable lacune en proposant une intégrale officielle du chef-d’œuvre conçu par Antoine Houdar de La Motte et mis en musique par André Campra. En 1697, le triomphe de <em>L’Europe galante</em> consacre le compositeur parmi les chefs de file de l’après-Lully et le fait véritablement basculer dans le monde du théâtre. Premier opéra-ballet à bénéficier d’un tel succès, il est abondamment repris à la ville comme à la cour enrichi d’airs italiens ou réduit à une ou deux entrées, généralement la 4<sup>e</sup>, jouée jusqu’à l’opéra de Hambourg. Pourquoi pareil engouement ? Sans doute grâce au parfait équilibre entre l’action et les divertissements (quand ces derniers dévorent <em>Le Carnaval de Venise</em> du même Campra), et aussi, fait nouveau, à des intrigues contemporaines et non mythologiques, comme c’était encore le cas du <em>Ballet des</em> <em>Saisons</em> de Colasse en 1695. Les variations amoureuses sont abordées avec simplicité et naturel, et pimentées par le jeu sur les types nationaux : une joute de Vénus et de la Discorde (prologue « Les Forges galantes de l’amour ») motive un parcours à travers une France à l’esprit volage, l’Espagne empreinte de dignité et de fidélité, les passions jalouses de l’Italie et une Turquie de fantaisie. Ce voyage est prétexte à divers tableaux pittoresques : scène pastorale, sérénade, bal de masques vénitiens, voluptueux sérail… Bien entendu, la fortune de cette <em>Europe galante</em> tient aussi à la qualité et la variété de la musique, et mille beautés pourraient être citées*.</p>
<p>L’œuvre a bénéficié de plusieurs reprises récentes : <a href="https://www.forumopera.com/leurope-galante-lherbergement-lue-a-quatre">Hugo Reyne s’y attaquait en 2017</a>, suivi par <strong>Sébastien d’Hérin</strong> (<a href="https://www.forumopera.com/leurope-galante-versailles-et-campra-inventa-leurovision">Guillaume Saintagne y était</a>) puis, en août dernier, Patrick Cohën-Akenine à Postdam. Avec <strong>Les Nouveaux Caractères</strong>, Sébastien d’Hérin offre des couleurs chaleureuses, de la vivacité rythmique et de magnifiques atmosphères, en particulier lorsque les bois se joignent aux cordes comme au début du IV et dans la nuit du II. Cependant, les entrées se déroulent en succession d’élégantes vignettes plutôt que comme de petits drames, et davantage de contrastes et de vigueur en auraient aiguisé l’intérêt, car il faut dresser le décor et dessiner des personnages en peu de temps.</p>
<p>C’est la principale difficulté pour les interprètes. Trois chanteuses se partagent les rôles écrits pour les fameuses Mlles Moreau, Desmatins et Rochois de l’Académie royale. <strong>Isabelle Druet</strong> a déjà laissé au disque une <a href="https://www.forumopera.com/cd/tancrede-isabelle-druet-alias-mademoiselle-de-maupin">bien belle Clorinde</a> dans le <em>Tancrède</em> du même Campra. Elle place ici la barre très haut : riche d’un bas-dessus homogène, elle offre à la Discorde l’entrée pompeuse que lui refuse l’orchestre et marque l’acte turc de sa remarquable éloquence. Dans la première entrée, elle n’intervient que le temps d’un récitatif conclusif, mais y fait sentir en quelques mots combien la Céphise de <strong>Heather Newhouse</strong> était plate. La soprano canadienne chante pourtant joliment, surtout l’air italien « Ad un cuore » ; plus que quelques dentales anglo-saxonnes, c’est le manque de saveur de la langue que l’on regrette chez elle. <strong>Caroline Mutel </strong>a plus de relief, avec des graves appuyés et un aigu aigre heureusement très peu sollicité. Son expression est inégale : Vénus a peu de charme, mais Olimpia et Roxane sont animées avec efficacité, sans déployer toutefois les trésors d’imagination de Druet. Les messieurs s’arrogent tous les rôles de leur tessiture respective, ce qui n’était pas le cas à la création où le fameux Dumesny n’était qu’Octavio, par exemple. Si la haute-contre d’<strong>Anders Dahlin</strong> a perdu en égalité et en force, elle reste flatteuse à l’oreille et conserve de fort belles manières. Le Suédois campe de vifs caractères tirant vers la préciosité, ce qui ne gêne pas dans ces miniatures teintées d’ironie. Auréolé de son succès dans les opéras romantiques, <strong>Nicolas Courjal</strong> revient à un répertoire ancien avec une gourmandise audible. Le timbre est somptueux, l’expression franche et contrastée, et ses trois incarnations – dont deux pensées pour le grand Thévenard – sont de grands atouts du disque.</p>
<p>Les silhouettes des divertissements sont confiées aux trois principales chanteuses, s’agissant des morceaux les plus consistants, mais aussi à des solistes du chœur. Le livret ne précise malheureusement pas qui chante quoi de <strong>Lise Viricelle</strong>,<strong> Edwige Parat</strong> et <strong>Marie Picaut</strong>. À l’exception d’une bergère bien trop verte, leurs interventions sont méritantes à défaut d’avoir tout le piquant nécessaire. La haute-contre <strong>Romain Champion</strong> sait mieux imposer un caractère et capter l’attention, et le baryton <strong>Jérémie Delvert</strong> s’amuse en bostangi, qui pourrait être un peu moins clair néanmoins. Le chœur, qui a fort à faire dans une œuvre de ce type, est intelligible et expressif.</p>
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<p>* Notons que trois joyaux sont signés du jeune Destouches, qui avait cédé le livret à son maître Campra avec la promesse que soient conservés « Paisibles lieux » (I), « Nuit soyez fidèle » (II) et « Mes yeux » (III). En compensation, Houdar de La Motte confia <em>Issé </em>à Destouches.</p>
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