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	<title>Helmut DEUTSCH - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Helmut DEUTSCH - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Notre disque du mois : Jonas Kaufmann, Helmut Deutsch &#8211; Doppelgänger (Sony)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/notre-disque-du-mois-jonas-kaufmann-helmut-deutsch-doppelganger-sony/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Jacques Groleau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Oct 2025 05:34:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch nous proposent de plonger au cœur de deux des plus sublimes cycles de Schumann : Les Amours du poète et les Kerner-Lieder. Le ténor et le pianiste n&#8217;en sont pas à leur coup d&#8217;essai : ils se produisent ensemble depuis bien des années (leur premier disque, consacré à Richard Strauss, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jonas-kaufmann-doppelganger-cd-et-dvd/">Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch</a> nous proposent de plonger au cœur de deux des plus sublimes cycles de Schumann : <em>Les Amours du poète</em> et les <em>Kerner-Lieder</em>. Le ténor et le pianiste n&rsquo;en sont pas à leur coup d&rsquo;essai : ils se produisent ensemble depuis bien des années (leur premier disque, consacré à Richard Strauss, remonte à&#8230; 2005 &#8211; harmonia mundi) et cela s&rsquo;entend : quelle évidence, quel naturel dans la façon de nous <em>dire</em> ces page &#8211; et quelle humanité ! La moindre nuance, la moindre couleur révèlent ici des abîmes d&rsquo;émotion (nous renvoyons les lecteurs au <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jonas-kaufmann-doppelganger-cd-et-dvd/">compte rendu</a> très détaillé que Charles Sigel en a donné dans nos colonnes il y a peu).</p>
<p>Sony a en outre la bonne idée de joindre à cet album deux compléments de poids : un DVD du <em>Doppelgänger</em>, version scénarisée par Claus Guth du <em>Chant du cygne</em> de Schubert ponctué de musiques originales signées Mathis Nitschke (New York, 2023) ainsi que d&rsquo;enregistrements de cinq pages des <em>Amours du poète</em> par un tout jeune Kaufmann  : nous somme là en 1994 &#8211; l&rsquo;année même de son diplôme à la Hochschule de Munich ! Il n&rsquo;en fallait pas davantage pour faire de cette parution notre disque du mois.</p>
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		<item>
		<title>Jonas Kaufmann : Doppelgänger &#8211; CD et DVD</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jonas-kaufmann-doppelganger-cd-et-dvd/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Sep 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Vingt ans après leur premier enregistrement en commun, un programme de lieder de Richard Strauss (Harmonia Mundi, 2005), voilà un extraordinaire double album : Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch y marquent la discographie schumannienne de lectures troublantes, musicalement et humainement, de Dichterliebe et des Kerner-Lieder à quoi ils ajoutent le DVD d’une fascinante mise en &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Vingt ans après leur premier enregistrement en commun, un programme de lieder de Richard Strauss (Harmonia Mundi, 2005), voilà un extraordinaire double album : <strong>Jonas Kaufmann</strong> et <strong>Helmut Deutsch</strong> y marquent la discographie schumannienne de lectures troublantes, musicalement et humainement, de <em>Dichterliebe</em> et des <em>Kerner-Lieder</em> à quoi ils ajoutent le DVD d’une fascinante mise en scène du <em>Schwanengesang</em> de Schubert.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1225" height="919" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Kaufmann-1-1-edited.jpg" alt="" class="wp-image-198776"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch © DR</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Bravache</strong></h4>
<p>Il y a du panache dans ce CD. Comme une réponse bravache à ceux qui glosent mélancoliquement sur la voix de Kaufmann. « Bien sûr, qu’elle a changé, semble-t-il leur répondre, et je le sais mieux que personne. D’ailleurs écoutez ce qu’elle était en 1994…. » Et de proposer en bonus quelques lieder d’un <em>Dichterliebe</em> enregistré en 1994, qu’il conservait sur une cassette DAT. Il avait vingt-cinq ans. Que pense-t-il de cet Éliacin ? Réponse dans le livret de l’album Sony : « Beau matériel, une voix de ténor flexible et douce, mais qui sonne trop serrée lors de la transition vers les aigus. Cela fonctionne bien avec une jeune gorge pendant un certain temps, mais à long terme il faut absolument trouver le moyen de franchir avec relâchement le <em>passagio</em> vers le haut. Mais le point positif, c’est qu’alors j’essayais déjà d’interpréter. »</p>
<p>Hormis ce bonus, voilà donc le premier enregistrement « officiel » du cycle fameux, mais dont on trouve sur la toile de nombreux témoignages de concert, et aussi un enregistrement « de studio » qui aurait été fait à Hammelburg (Bavière) le 28 juin 2001 avec déjà Helmut Deutsch et non publié.</p>
<h4><strong>Hausmusik</strong></h4>
<p>Quant à celui-ci, d’avril 2020, Helmut Deutsch évoque l’étrange atmosphère de l’époque du confinement, où tout était fermé et les voyages difficiles entre Autriche et Allemagne, mais aussi l’accueil dans une maison privée, à Herrsching am Ammersee, dont l’ambiance, plus chaleureuse que celle impersonnelle d’un studio, donne à cet enregistrement son côté « Hausmusik ». Il n’empêche, ajoute Kaufmann, tout était bizarre, on mangeait à des tables séparées, on se parlait à distance, mais de ces contraintes naquit un travail rapide, dans une grande concentration.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="566" height="724" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/robert_clara_schumann.jpg" alt="" class="wp-image-198777"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Clara et Robert Schumann © DR</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Portrait du ténor en <em>Dichter</em> délaissé</strong></h4>
<p>Parmi les dons généreux qu’il a reçus, la voix, la prestance, etc., Kaufmann a celui d’incarner puissamment un personnage, un état d’âme, une sensibilité, que ce soient Parsifal, André Chénier, Werther, Faust (celui de Berlioz) et combien d’autres. Ici c’est le Poète, ou plutôt l’homme mûrissant, laissé sur le bord du chemin. Est-ce le fait de cette diction parfaite, de cette gravité, au double sens d’austérité et de pesanteur, de ce passage des années que la voix donne inéluctablement à entendre, mais sa lecture de cet illustre cycle de mélodies, davantage que d’innombrables autres auxquelles nous sommes attaché, invite à retourner aux textes admirables de Heine, choisis par Schumann.</p>
<p>Les quatre premiers poèmes-lieder replongent aux temps des amours débutantes, au présent de l’indicatif, puis, apparition du prétérit, quelque chose se brise (« Ich will meine Seele tauchen »), et dès lors les amours du poète mûrissant se vivent sur le mode du ressouvenir et de la douleur.</p>
<h4><strong>Couleurs blafardes</strong></h4>
<p>Kaufmann, dit, incarne, la grandeur désespérée de <em>Im Rhein, im heiligen Strome</em> (« In meines Lebens Wildnis &#8211; Dans ce désert de ma vie »), l’altière indulgence de <em>Ich grolle nicht</em> &#8211; Je ne te maudis pas  (« Ich sah, mein Lieb, wir sehr du elend bist &#8211; j’ai vu, mon amour, ta souffrance »).<br />Et Helmut Deutsch fait déferler les flots de notes de <em>Und wüssten’s die Blumen</em> avant d’en asséner les fatals derniers accords sur « Sie hat ja selbst zerrissen, Zerrissen mir das Herz &#8211; Elle m’a elle-même déchiré, déchiré le cœur » avec une brutalité impitoyable, égale à celle ici de Kaufmann.</p>
<p>Ce n’est pas une version gracieuse de <em>Dichterliebe</em>, c’est une version douloureuse – d’ailleurs en parfaite cohérence avec la conception par Claude Guth du <em>Schwanengesang</em> que propose le DVD -, à l’instar de <em>Das ist ein Flöten und Geigen</em>, dont Kaufmann dévore, mâche, rugit les consonnes avec hargne (<em>schmettern</em> !)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="903" height="508" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/jonas-kaufmann-helmut-deutsch-c-lena-wunderlich-1408x940-1-edited.jpg" alt="" class="wp-image-199043"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Jonas Kaufmann et Helmut Deutsch © Lena Wunderlich</sub></figcaption></figure>


<p>L’art du chant est intact. Écouter l’usage de la voix mixte dans <em>Hör’ das Liebchen klingen</em>, les couleurs blafardes qu’elle suggère. Kaufmann se met à la hauteur de Schumann mais aussi et peut-être surtout des poèmes de Heine qui ne sont pas de petites choses : « So will mir die Brust zerspringen / Von wildem Schmerzendrang &#8211; Ma poitrine veut éclater d’un désir sauvage de douleur ».</p>
<h4><strong>Entre terre et brumes</strong></h4>
<p>Nulle tendresse dans <em>Ein Jüngling liebt ein Mädchen</em>, mais seulement de l’amertume, presque de l’aigreur, et un auto-apitoiement suspendu entre terre et brumes dans un <em>Am leuchtenden Sommermorgen</em>, où la voix, presque détimbrée, flotte dans un camaïeu de gris. Comme l’insaisissable postlude qu’égrène Helmut Deutsch comme en rêve.</p>
<p>Écouter justement comment le pianiste ponctue les moroses ruminations de <em>Ich hab’ im Traum geweinet</em> &#8211; J’ai pleuré en rêve. L’osmose est parfaite entre le chanteur et son partenaire, tous deux étirant les silences, et passant du presque rien, du ressouvenir pâli, du pianissimo infime, au sur-expressif, à la violence des deux derniers vers, « Je me suis réveillé et mes larmes coulaient toujours à flots ».</p>
<p>Enfin l’un et l’autre osent l’idylle, presque mièvre, d’<em>Allmächtlich im Traum seh’ich dich</em>, le chromo bondissant (et peut-être ironique sous la plume de Heine) de <em>Aus alten Märchen winkt es</em> ou le sardonique grinçant de <em>Die alten, bösen Lieder</em>, mais à nouveau le long postlude, évanescent, en viendra démentir les dernières résolutions du <em>Dichter</em>, celles d’enfermer les douceurs et les douleurs de ces amours éteintes dans un cercueil qu’on jettera à la mer.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Kaufmann-Doppelganger-1280-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-198419"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Kaufmann dans Doppelgänger © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Une grande version, tragique, violente, des Kerner-Lieder</strong></h4>
<p>La dramaturgie des <em>Kerner-Lieder</em> n’est pas moins intéressante, notamment si on la rapporte à la vie personnelle de Schumann. Un cycle qu&rsquo;il définit comme <em>Liederreihe</em> (suite de lieder) écrit dans les deux derniers mois de 1840 : enfin le mariage avec Clara a été célébré, mais s’en est suivi pour Robert une période déprimée, un peu creuse et improductive.<br />Les poèmes sont d’un médecin-poète souabe, Justinus Kerner, dont Heine raillait la passion pour le spiritisme, et chantent en vers réguliers la nature, la forêt allemande, le vent, les nuages, les longues marches, les nuits de tempête, les fleurs, les oiseaux (beaucoup). La traduction musicale que Schumann en donne n’a rien d’apaisé ni de bucolique. C’est l’histoire d’une tempête intérieure et Kaufmann en offre une lecture tragique, violente, sauvage. Aucune concession à l’aimable ou au sentimental.</p>
<h4><strong>La vie comme une lande déserte</strong></h4>
<p>Le volcanique <em>Lust der Sturmnacht</em> (Joie d’une nuit de tourmente) donne <em>d’emblée</em> le ton : le voyageur égaré malmené par la bourrasque qui agite la nature et l’âme trouve l’apaisement dans la douceur du foyer : « Puisses-tu ne jamais finir, nuit d’orage ! » Autant Kaufmann est ici ardent , autant il sera séraphique dans le lied suivant, <em>Stirb Lieb’ und Freud’</em>, qui évoque une jeune fille prenant le voile. Helmut Deutsch y est aussi suave de toucher qu’il avait été tempétueux auparavant, tandis que Kaufmann, qui par instant use de la voix de tête, étire le tempo à l’infini.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DOPPELGANGER_07-1024x683-1.jpg" alt="" class="wp-image-198415"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Doppelgänger mis en scène par Claus Guth © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Le <em>Wanderlied</em>, chanson de route conquérante et musclée, semble exprimer la résolution d’embrasser à nouveau la vie, comme un peu plus loin <em>Wanderung</em>, et c’est le dessein de Schumann en somme à ce moment-là. Ce qui émeut, c’est peut-être le timbre un peu vieilli, où l’on croit entendre les fatigues de la vie, et une manière de sursaut malgré tout. <br />Le souvenir (et le désir) d’un printemps consolateur (<em>Erstes Grün</em>) ou la nostalgie d’une forêt protectrice, alors que la vie a pris l’aspect désolé d’une lande déserte (<em>Sehnsucht nach der Waldgegend</em>), la mort des compagnons de route (<em>Auf das Trinkglas eines verstorbenen Freundes</em>), tout cela Kaufmann l’exprime par un jeu de couleurs assourdies, presque grisâtres, des passages translucides en voix mixte, l&rsquo;effacement de toute rutilance.</p>
<h4><strong>Crépusculaire ?</strong></h4>
<p>Dépouillement, effacement, confidence <em>sottovoce</em> (mais le piano dit ce que la voix ne veut avouer), le sublime <em>Stille Liebe</em> côtoie le silence, moins désemparé, dénudé, décharné toutefois que l’encore plus sublime<em> Frage</em> (Question). C’est le moment où l’on se dit que cet enregistrement a quelque chose de crépusculaire.</p>
<p>Tout le savoir, toute la vie d’un <em>liedersänger</em> semblent se concentrer dans le monumental <em>Stille Tränen</em> (Larmes secrètes), sommet de cette <em>liederreihe</em>. Le texte très beau évoque les larmes qu’un homme peut verser la nuit, en secret, avant de reprendre sa route au matin, dans une nature qui a versé, elle, des larmes de pluie. </p>
<p>Kaufmann, sur les accords obsédants du piano, construit un crescendo infini, comme s’il allait chercher petit à petit les ultimes ressources de sa voix. Voix qui monte à la recherche de ses notes les plus hautes (un <em>si</em> bémol sur <em>Schmerz</em>, douleur, dans la tonalité originelle d’<em>ut</em> majeur) et jubile enfin sur un <em>fröhlich Herz</em>, un cœur joyeux, conquis de haute lutte. L’impression d’un effort (réel ou simulé ?) ajoute encore au tragique de ce lied. <br />Que suivront deux lieder somnambuliques, qui s’enchainent, <em>Alte Laute</em>, le dernier, semblant le fantôme de <em>Wer machte dich so krank</em> (Qui t’a rendu si malade ?)</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="640" height="426" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DOPPELGANGER_12.jpg" alt="" class="wp-image-198416"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Doppelgänger, mise en scène par Claus Guth © Monika Rittershaus</sub><br></figcaption></figure>


<h4><strong>Un testament ?</strong></h4>
<p>Dernier message testamentaire ? Kaufmann y semble s’effacer, faire un dernier signe de la main avant de disparaitre. Il n’y a plus là qu’un filet de voix, fragile, chancelant, désolé. Certes, Kaufmann et Deutsch ne font là que respecter à la lettre les indications de Schumann, <em>Langsam, leise</em> (lentement, doucement) puis <em>Noch langsamer und leiser</em> (Encore plus lent et plus doux), mais le piano et la voix mourant là ensemble, sans postlude, ils semblent vouloir prendre congé. Sans retour ? C’est à la fois magnifique et d’une tristesse infinie.</p>
<p>Quel contraste alors avec les six lieder de 1994, l’enthousiasme, l’innocence des débuts, la voix éclatante de santé, les aigus insolents. On écoute ces exploits d’abord en jubilant, avant de tomber dans une mélancolie sans fond, schumannienne s’il en est.</p>
<h4><strong>Doppelgänger : le Chant du cygne transfiguré</strong></h4>
<p>Neuf rangées de lits métalliques blancs, chacune de sept lits, sauf une où un piano a pris la place d’un lit. Là, en pantalons militaires, chemises sans col et bretelles, dix-huit hommes, dont Jonas Kaufmann.</p>
<p>On entend des grondements sourds, explosions de mortier au loin, passage de blindés ou escadrilles d’avions. Ces bruits menaçants composés électroniquement par <strong>Mathis Nitschke</strong> s’ajouteront à la partition de piano (jouée bien sûr par Helmut Deutsch).</p>
<p>De part et d’autre de l’immense aire de jeu, dans l’ancien arsenal de New York, les gradins du public, dont l’éclairage bleuté froid contraste avec la chaleur de celui des soixante-deux lits.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="640" height="427" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/doppelganger-2-scaled-e1695489577237.jpeg" alt="" class="wp-image-198418"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Doppelgänger, mis en scène par Claus Guth © DR</sub></figcaption></figure>


<p>Gisant sur eux, les blessés sont parfois agités de soubresauts. Les uniformes bleus et les vastes tabliers blancs des six infirmières évoquent les sœurs de charité dont parle Rimbaud. Encore que celles-ci, avançant d’un pas militaire en poussant les potences des perfusions, ont des airs et des raideurs de garde-chiourmes.</p>
<p>Il semble – mais on est dans le symbolique, non pas dans le réalisme – que cet hôpital de campagne pourrait être sur le front durant la Première Guerre mondiale. Et les gestes incontrôlés des jeunes soldats, se soulevant sur leurs lits, ou errant dans les travées, font supposer des dégâts psychologiques plutôt que des blessures sanglantes.</p>
<h4><strong>Donner chair au lied</strong></h4>
<p>Jonas Kaufmann est l’un de ces vaincus de la guerre. Il traverse parfois l’aire de jeu à grands pas, comme hagard, parfois il s’inscrit avec ses compagnons de malheur dans la chorégraphie de <strong>Claus Guth</strong>, puis se recouche, avant de se relever hagard. Il écoute les bruits, scrute le ciel où passent des bombardiers (et des bandes de lumière menaçantes balaient l’espace d’un bout à l’autre), et il chante le <em>Chant du cygne</em> de Schubert dans (croyons-nous) la seule version scénarisée qui en existe (le <em>Voyage d’hiver</em> l’a été plusieurs fois). <br />Ce cycle bâti quelque peu de bric et de broc, déséquilibré par les six lieder sur des poèmes de Heine placés à la fin, y trouve une cohésion qu’on lui dénie le plus souvent.</p>
<p>On se prend à penser que <em>Kriegers Ahnung</em> (Pensées de guerrier), le deuxième lied du cycle, mais placé ici en premier, a pu être à l’origine de cette mise en scène : « In tiefer Ruh liegt um mich her / Der Waffenbrüder Kreis &#8211; Autour de moi, dans une profonde quiétude, / Dorment en cercle mes compagnons d’arme ».<br />Mais tous trouveront un sens nouveau dans ce contexte. Un peu comme ceux de <em>Dichterliebe</em>. Les plus tendres prenant les couleurs du ressouvenir des moments heureux. L’ordre traditionnel de passage est entièrement modifié dans cette optique (cf. nos « détails »), à quoi s’ajoute un lied <em>Herbst</em>-Automne D. 945 (texte de Rellstab aussi) qui ne fait pas partie du recueil.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="640" height="426" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DOPPELGANGER_05.jpg" alt="" class="wp-image-198414"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Jonas Kaufmann © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Glissement de sens</strong></h4>
<p>Nombre de lieder changent de sens ou d’esprit, ainsi <em>Frühlingssehnsucht</em> dont Kaufmannn livre une version violente et désespérée et tandis qu’il fait jaillir des pétales de fleurs rouge sang des lits vides, que les soldats et les infirmières sont soulevés par un vent de folie, Helmut Deutsch transforme le postlude du lied en musique répétitive rageuse. <br />Le doux <em>Ständchen</em> (Sérénade), chanté par un Kaufmann se traînant au sol, devient pathétique et désespéré. <em>Aufenthalt</em>, moment où il semble menacé par ses comparses puis ignoré par eux qui errent comme des zombies, devient l’expression de la solitude humaine. <em>Abschied</em> (adieu) devient le chant douloureux d’un prisonnier qui croit pouvoir s’évader, mais cette velléité va déclencher on ne sait quelle attaque de gaz qui les précipitera tous au sol.</p>
<p>Alors commencera quelque chose d’inouï : le second mouvement de la sonate en <em>si</em> b majeur de Schubert, joué par Helmut Deutsch, ce formidable pianiste qui s’est promis de ne jamais donner un concert en soliste.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="400" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/24doppelganger-review-1-qlkh-articleLarge.jpg" alt="" class="wp-image-198412"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Doppelgänger, mis en scène par Claus Guth © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Cet intermède marquera le début de la deuxième partie. Secouée par un spectaculaire bombardement ordonné, dirait-on, par <em>Der Atlas</em> (et ce lied sonne plus impressionnant que jamais). Puis c’est l’ombre gigantesque d’un B52 qui jette au sol les hommes.<br />Tous se prennent à rêver sous la menace de la mort, à plonger dans leur passé, les infirmières deviennent autant de <em>Fischermädchen</em>, d’images d’un bonheur possible. Mais Kaufmann a été blessé, une tache rouge envahit sa chemise, on l’entoure comme un mourant, on porte son lit comme un cercueil, c’est gisant là qu’il chante<em> Am Meer</em>, et son cortège funèbre traverse tout l’espace.</p>
<h4><strong>Effet de réel</strong></h4>
<p>Images saisissantes : celle des infirmières le livrant sur lui à une manière de toilette mortuaire, prématurée puisqu’il se relève alors que s’ouvre dans un grand fracas la porte d’acier de l’Armory donnant sur Lexington Avenue et qu’il commence <em>Die Stadt</em> (magnifiquement). Effet de réel formidable : la rue, les voitures qui passent, des taxis jaunes, des passants indifférents. Il en revient suivi de son double halluciné, blessé comme lui.<br />Image fascinante et indéchiffrable à la fois : les lits, les soldats gisants, le Dichter et son double, son <em>Doppelgänger</em> qui lui vole sa place sur son lit.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="780" height="520" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/urnpublicidap.org52241b6d8022a91bfb465a18f42e85d5Opera_-_Doppleganger_24541.jpg" alt="" class="wp-image-198783"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Fin énigmatique d’une mise en image superbe et troublante. D’autant plus marquante qu’elle est abstraite et laisse place à l’imaginaire.</p>
<p>Jonas Kaufmann y est constamment puissant, grandiose et désemparé. Il s’empare de ces lieder, les habite, leur donne corps, physiquement impressionnant comme dans ses plus belles incarnations à l’opéra. Musicalement il ne l’est tout autant, utilisant avec art sa voix actuelle pour donner de ce <em>Schwanengesang</em> une lecture inoubliable de force et d’émotion.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jonas-kaufmann-doppelganger-cd-et-dvd/">Jonas Kaufmann : Doppelgänger &#8211; CD et DVD</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Récital Jonas Kaufmann, Diana Damrau &#8211; Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-jonas-kaufmann-diana-damrau-aix-en-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 19 Jul 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=194356</guid>

					<description><![CDATA[<p>Débuts concomitants et très attendus de Diana Damrau et Jonas Kaufmann au Festival d’Aix-en-Provence. Concernant le Munichois, sa venue était d’autant plus espérée qu’il avait fait faux bond en 2023 pour un Otello en version de concert (il avait du reste été remplacé par un Arsen Soghomonyan de gala ). Les deux complices sont actuellement &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Débuts concomitants et très attendus de <strong>Diana Damrau</strong> et <strong>Jonas Kaufmann</strong> au Festival d’Aix-en-Provence. Concernant le Munichois, sa venue était d’autant plus espérée qu’il avait fait faux bond en 2023 pour un <em>Otello</em> en version de concert (il avait du reste été <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-otello-aix-en-provence/">remplacé par un Arsen Soghomonyan de gala</a> ). Les deux complices sont actuellement en tournée en compagnie du pianiste <strong>Helmut Deustch</strong>, avec quasiment toujours le même programme. Cette tournée a commencé en mars 2025 à Essen, elle compte treize dates, Aix-en Provence est la douzième et elle se terminera le 30 juillet à Salzbourg. Forum Opera était présent à la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-kaufmann-damrau-deutsch-paris-philharmonie/">Philharmonie de Paris</a> ainsi qu’à la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-kaufmann-damrau-deutsch-evian/">Grange au lac d’Evian les Bains</a>.<br />
Autant dire que l’exercice est maîtrisé. Le programme est judicieusement bâti. La première partie est consacré aux lieder de jeunesse de Strauss (les <em>Dernières feuilles</em> sont écrits alors qu’il n’a que 21 ans) ainsi qu’à quelques autres des 200 lieder qu’il composa. En seconde partie, place à Mahler avec notamment les <em>Rückert-Lieder</em> avant un retour à Strauss et pour conclure les quatre <em>Lieder</em> de l’opus 27. Dans la première partie, les deux artistes sont ensemble sur scène et chantent en alternance. Diana Damrau débute seule la seconde partie du programme (Mahler) et laisse Kaufmann conclure avec les <em>Rückert</em> avant de reprendre l’alternance dans les derniers Strauss.<br />
Les morceaux s’enchaînent quasiment sans pause et se répondent judicieusement. On y parle d’amour, d’amour et encore d’amour ; chaque lied entre en quelque sorte en résonance avec le précédent. La plupart des lieder proposés ce soir ont été composés pour voix d’homme (notamment ceux de Mahler). Diana Damrau, lorsqu’elle reprend ces poèmes qui racontent bien souvent une conquête amoureuse, joue judicieusement et très discrètement de l’adaptation grammaticale pour rendre encore plus crédible ces saynètes, qui, pour certaines sont pour ainsi dire mises en scène. L’interaction permanente, la complicité peut-on même dire entre les deux artistes est manifeste (<em>Einerlei</em>, <em>Wer hat’s getan</em>) sans jamais être surjouée.</p>
<pre style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DamrauKaufmannDeutsch.17juillet25.ptt_.05-1294x600.jpg" alt="" width="630" height="292">
© Vincent Beaume</pre>
<p>Alors bien sûr, Damrau et Kaufmann ne quittent pour ainsi dire jamais leurs zones de confort, nous faisant profiter pleinement de la maîtrise des moyens vocaux déployés. On a pu craindre en tout début de soirée un vibrato un peu large chez Damrau, mais il n’en a rien été. Les harmoniques sont puissantes, d’une richesse incomparable,&nbsp;elle cueille les aigus perchés avec facilité (<em>Die Zeitlose</em>&nbsp;: «&nbsp;Den Leib von einer Lilie&nbsp;») et c’est dans les plus élégiaques que le charme opère&nbsp;: la <em>Rheinlegendchen</em> est un bel exemple de délicatesse et de simplicité à la fois.<br />
Quant à Jonas Kaufmann, les aigus et les basses (plus que les mediums notons-le) sont remarquables de richesse. C’est là aussi dans les aigus pris <em>ppp</em>, que notre ténor impressionne le plus (Die Nacht : « …mir bangt, sie stehle… »). Pour ce qui est des admirables <em>Rückert,</em> ils sont pris avec tout le sérieux et la gravité qui conviennent. Du grand art.<br />
Helmut Deutsch est apparu fatigué sur scène ; toutefois les petits problèmes de <a href="https://www.forumopera.com/breve/festival-daix-jonas-kaufmann-lhomme-a-tout-faire/">synchronisation de sa tablette</a>, survenus en tout début de récital ne l&rsquo;ont nullement déstabilisé –&nbsp;et il a, encore ce soir, réalisé un sans-faute.</p>
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		<title>Festival d&#8217;Aix : Jonas Kaufmann l&#8217;homme à tout faire</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/festival-daix-jonas-kaufmann-lhomme-a-tout-faire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Jul 2025 21:32:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Soirée de gala à Aix-en-Provence ce jeudi 17 juillet avec, dans le cadre du Festival d&#8217;Art lyrique, le récital attendu donné par Diana Damrau et Jonas Kaufmann. Tous deux accompagnés par Helmut Deutsch qui connait son Mahler et son Strauss par cœur. Mais moins peut-être les nouvelles techniques de partitions électroniques ! A peine le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Soirée de gala à Aix-en-Provence ce jeudi 17 juillet avec, dans le cadre du Festival d&rsquo;Art lyrique, le récital attendu donné par <strong>Diana Damrau</strong> et <strong>Jonas Kaufmann</strong>. Tous deux accompagnés par <strong>Helmut Deutsch</strong> qui connait son Mahler et son Strauss par cœur. Mais moins peut-être les nouvelles techniques de partitions électroniques !<br />
A peine le premier morceau terminé (<em>Zueignung</em>), que l&rsquo;on voit le pianiste la tête dans sa tablette, à la recherche de la partition suivante. Que croyez-vous qu&rsquo;il arrivât ?<br />
Notre ténor, se rendant compte immédiatement du problème, s&rsquo;adresse au public avec un calme olympien et un français parfait : « Désolé, il y a un petit problème », et voilà notre homme se penchant sur le problème en question, en fait sur la pédale Bluetooth reliée à la tablette. Voir Kaufmann accroupi sous un piano pendant un récital, valait son pesant d&rsquo;or.<br />
Après une ou deux minutes et sous les applaudissements nourris du public, le récital à pu reprendre.</p>
<pre style="text-align: center;">
<img loading="lazy" decoding="async" class="" title="Sans titre2" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Sans-titre2-2-1294x600.jpg" alt="" width="620" height="287" />
© ThV</pre>
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		<title>Récital Kaufmann/Damrau/Deutsch &#8211; Evian</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-kaufmann-damrau-deutsch-evian/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 01 Jul 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après la Philharmonie de Paris et avant Aix-en-Provence le 17 juillet, les Rencontres Musicales d&#8217;Evian accueillent Jonas Kaufmann, Diana Damrau et Helmut Deutsch pour un récital consacré à Richard Strauss et Gustav Mahler. Ce voyage en terre de Lied reflète un compagnonnage de longue date. La soprano a gravé un disque Strauss en 2020 avec &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après la Philharmonie de Paris et avant Aix-en-Provence le 17 juillet, les Rencontres Musicales d&rsquo;Evian accueillent <strong>Jonas Kaufmann, Diana Damrau </strong>et<strong> Helmut Deutsch</strong> pour un récital consacré à Richard Strauss et Gustav Mahler.<br />
Ce voyage en terre de Lied reflète un compagnonnage de longue date. La soprano a gravé un disque Strauss en 2020 avec le pianiste qui fut d&rsquo;abord le professeur du chanteur à Munich avant de graver avec lui un disque consacré à ce même répertoire dès 2006. Voilà près de trente ans qu&rsquo;ils explorent ensemble cet univers si fertile.<br />
Dans le cadre magique de la Grange au Lac, Helmut Deutsch se révèle naturellement un merveilleux accompagnateur d&rsquo;une exquise sensibilité qui conserve même à la version pour piano seul des<em> Knaben Wunderhorn</em> de Gustav Mahler l&rsquo;essence de son lyrisme. Le musicien souligne sans jamais appuyer; ajoute du souffle à la ligne du chant sans jamais la déséquilibrer comme dans « Ruhe, meine Seele ». Il retient, suspend une note pour donner à entendre, de ce presque rien, le drame silencieux de la fuite du temps comme dans « Wer hat’s getan ».</p>
<p>Le thème du récital étant l&rsquo;amour, la carte du Tendre se décline à plusieurs reprises sous nos yeux, nous donnant à entendre toute la subtilité de la valse des sentiments. Diana Damrau en particulier passe avec brio – et parfois un peu de coquetterie – de la toute jeune fille à la femme faite ; d’un frémissement du cœur au désenchantement d&rsquo;une histoire qui s&rsquo;achève.<br />
Les interprètes tissent une histoire imaginaire où ils se répondent de Lied en Lied, car, alors que le spectateur s&rsquo;attend à des duos, ils alternent les solis. Chacun y implique toujours le comparse dans un jeu de regards, de gestes qui tous soulignent une délicieuse complicité dans la légèreté avec « Einerlei » comme une profonde communion d&rsquo;esprit avec le somptueux « Ruhe, meine Seele ». L&rsquo;intimité, le naturel de la relation ainsi dessinée implique un travail de préparation, une maîtrise du sous-texte d&rsquo;une remarquable précision sur le plan scénique. L’œil nuance les mille possibles du sentiment amoureux, l&rsquo;implication de chacun est totale même en présence silencieuse. Il faudra attendre les bis pour profiter de deux véritables duos et d&rsquo;une chamaillerie avec « Trost im Unglück » extrait des<em> Knaben Wunderhorn </em> avant le charmant « Spring Wind » de Eric Harding Thiman.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/MJ3_6533-1-1294x600.jpg" alt="" />© Les Mélèzes Matthieu Joffres</pre>
<p>Comme le souligne justement Guillaume Picard dans son <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-kaufmann-damrau-deutsch-paris-philharmonie/">compte rendu</a> parisien, certes les voix accusent leur âge, quelques morceaux les desservent comme « Ich atmet‘ einen linden Duft » et le récital gagnerait à être plus resserré mais cela n&rsquo;invalide en rien ses immenses qualités et la grande générosité de l&rsquo;interprétation, le souci du partage, évidents pour elle avec « Es sungen drei Engel einen süssen Gesang » par exemple, ou pour lui avec l&rsquo;extraordinaire « Ich bin der Welt abhanden gekommen » qui constitue l&rsquo;un des sommets du concert. Là, rien n&rsquo;est appuyé ni démonstratif, le timbre s&rsquo;éteint pour dire le renoncement. L&rsquo;osmose avec le piano est totale, l&rsquo;acceptation de l’inéluctable, déchirante.</p>
<p>En trente-quatre scènes et quatre tableaux les trois artistes esquissent autant de miniatures précieuses, toutes en demi-teintes où s&rsquo;épanouissent un art consommé de la ligne vocale, sublimement ductile, une expression à la fois intense et retenue comme dans « Die Nacht » de Strauss où le pianissimo appelle déjà le sanglot.<br />
Dès « Zueignung » qui initie la représentation, Jonas Kaufmann émeut par la suavité des attaques, la ciselure du phrasé, la limpidité de la langue. Expressivité, charisme, intelligence illuminent chaque page. Le ténor bouleverse avec « Nachtgang » ou « Heimliche Aufforderung » et l&rsquo;aveu murmuré d&rsquo;une âme en larmes mais emporte tout autant l&rsquo;adhésion dans l&rsquo;urgence et le drame d&rsquo;« Ich liebe dich ».<br />
Le même feu anime Diana Damrau quoi que de manière plus souriante dans « Wie sollten wir geheim sie halten ». Certes, elle cabotine parfois à l&rsquo;excès, mais que de pétulance, de charme, quelle plénitude du timbre dans « Schlagende Herzen » de Strauss ou « Rheinlegendchen » de Mahler qui en devient presque une scénette d’opérette. Que d&rsquo;humour et de couleurs dans « Um schlimme Kinder artig zu machen ». Quelle maîtrise de la sinuosité de la phrase musicale dans « Freundliche Vision ». Que de vérité dans « Allerseelen » où la palette des couleurs, les jeux de nuances, la plénitude des médiums régalent l&rsquo;oreille.</p>
<p>Diana Damrau se produira avec Helmut Deutsch le 14 juillet prochain au Bayerische Staatsoper tandis que Jonas Kaufmann renouera en septembre avec une autre facette incontournable du répertoire de chambre avec la sortie des <em>Dichterliebe</em> et <em>Kerner-Lieder</em>, de Robert Schumann assorti de la parution du DVD du spectacle autour du <em>Schwanengesang</em> de Schubert crée avec Claus Guth. Il arpentera ensuite les planches parisiennes de l&rsquo;ONP dans <em>Tosca</em> en fin d&rsquo;année.</p>
<p><a href="https://lagrangeaulac.com/programmation/">Les Rencontres Musicales d&rsquo;Evian</a>, pour leur part, réjouiront les mélomanes jusqu&rsquo;au 5 juillet prochain, notamment avec une intégrale de la musique de chambre de Ravel, chaque jour à 11h. Rendez-vous à prendre pour les lyricomanes le 4 juillet pour le duo Desandre/Dunford avant<em> Il Trionfo del Tempo e del Disinganno</em> par les Arts Florissants.</p>
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		<title>Récital Kaufmann/Damrau/Deutsch – Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-kaufmann-damrau-deutsch-paris-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Jun 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est des chanteurs qui, après avoir senti les rayons caressants de la gloire, se trouvent, par un revers de la fortune, d’autant plus exposés dans leur maturité à des critiques qui tiennent à les enterrer à tout bout de&#8230; chant. Un confrère viennois a ainsi qualifié leur prestation au Musikverein dans ce même récital &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est des chanteurs qui, après avoir senti les rayons caressants de la gloire, se trouvent, par un revers de la fortune, d’autant plus exposés dans leur maturité à des critiques qui tiennent à les enterrer à tout bout de&#8230; chant. Un confrère viennois a ainsi qualifié leur prestation au Musikverein dans ce même récital de chant du cygne (<em>Abgesang</em>). Il n’en a rien été, à notre avis, à la Philharmonie de Paris ce lundi 23 juin. Bien sûr, on pourrait égrener les signes incontestables de fatigue vocale, mais à quoi bon ? Tout mélomane ressort d’un tel concert en ayant pris une grande leçon de Lied par trois maîtres qu’on a de la chance d’entendre à un tel niveau de maturité dans l’interprétation, quel qu’en soit le prix concernant la jeunesse de leurs moyens. D’autant que le programme les pousse à aborder certaines des pages les plus exigeantes de Mahler et de Strauss, chez lesquels, on le sait, les Lieder ont convergé avec les compositions symphoniques et lyriques. L’ensemble n’est rien de moins qu’admirable.</p>
<p>Dans sa forme d’abord, le programme fait judicieusement alterner les Lieder de Strauss dans la première partie, si bien que les deux interprètes ont l’air de se répondre. Cela les oblige à jouer y compris quand ils ne chantent pas, ce qu’ils font avec bonheur, nous donnant l’impression constante qu’une histoire se déroule sous nos yeux. Ils déjouent ainsi les longueurs du <em>Liederabend</em> traditionnel, renforcent l’impact émotionnel de leurs interprétations et montrent au passage combien leur complicité est grande.</p>
<p><strong>Jonas Kaufmann</strong> apparaît d’emblée en grande forme, impérieux et captivant dans sa maîtrise de l’art du Lied. Sa prononciation allemande est d’une netteté à toute épreuve sans empêcher le déploiement de la ligne sensible qu’on lui connaît. Il se plaît dès « Die Nacht » à recourir à sa voix mixte caractéristique, mais il laisse aussi sa voix résonner puissamment à l’occasion du crescendo dramatique de « Geduld ». Cependant, cette partie est surtout marquée par sa palette de demi-teintes, du pianissimo au mezzo-forte. Dans cette première section, <strong>Diana Damrau</strong> brille par son jeu et sa présence débordante. Elle apporte une pointe d’humour (excellent « Schlagende Herzen ») et de minauderie primesautière (« Einerlei »), alors que le rôle de l’amant transi est dévolu à Kaufmann. Il faut cependant attendre les derniers Lieder de la première partie pour avoir l’impression que sa voix est totalement sous contrôle. Le médium commence alors à sonner, la ligne à s’installer, les aigus sont atteints avec facilité sans aération excessive et les légers frottements qui se faisaient entendre sur certaines attaques ou montées disparaissent.</p>
<p>Après l’entracte, les deux chanteurs reviennent interpréter chacun un massif mahlérien en solo. Diana Damrau chante comme personne la (fausse) simplicité folklorique et enfantine du <em>Knaben Wunderhorn</em>, animant d’un sourire communicatif ses vocalises infinies. On la trouve assez touchante dans « Es sungen drei Engel », où la sincérité de son engagement donne toute son envergure à la morale enfantine du texte. La soprano lutte jusqu’à la fin de la soirée avec une légère toux qui ne semble pas affecter outre mesure sa prestation. Dans les <em>Rückert-Lieder</em>, Kaufmann est admirable, noble mais sans maniérisme, rendant justice à l’humour discret de « Liebst du um Schönheit » et consacrant la beauté éternelle de « Ich bin der Welt abhanden gekommen », couronné de très doux aigus filés en voix mixte.</p>
<p>Le dernier temps du récital, qui revient à Strauss, privilégie les pages les plus lyriques des Lieder du compositeur. On se délecte sans réserve de la ligne de Diana Damrau dans « Leises Lied » et dans un splendide « Morgen », tandis qu’on a bonheur à entendre Jonas Kaufmann remplir le grand auditorium de sa voix tonitruante et de grands aigus (certes un peu poussés), comme le si naturel de la fin de « Cäcilie ». Le public conquis réserve une ovation aux deux chanteurs et au pianiste, qui offrent sans trop se faire prier trois bis, dont un « Wiener Blut » des plus réjouissants qui fait immédiatement mouche.</p>
<p>Au piano, <strong>Helmut Deutsch</strong> est le dernier membre, indispensable, de cette trinité du Lied. Éminent connaisseur du répertoire et compère favori de Kaufmann dans cet exercice, il fait preuve d’une attention sans faille aux chanteurs et d’une poésie stupéfiante dans les quelques traits saillants que lui laissent les partitions. Soulignons en particulier une exécution parfaite du redoutable « Cäcilie », le très beau postlude de « Wer hat’s getan » et surtout « Ich bin der Welt abhanden gekommen », pour un prélude sublime et des mesures finales phénoménales, où le pianiste donne vie à un vrai concentré d’adagietto mahlérien.</p>
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		<title>Prometheus, Lieder de Schubert (K. Karagedik, H. Deutsch)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/prometheus-lieder-de-schubert-kartal-karagedik-helmut-deutsch/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Feb 2025 05:54:40 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=cd-dvd-livre&#038;p=183322</guid>

					<description><![CDATA[<p>Ce récital ressemble au portrait de la pochette. Beau et impressionnant, un peu farouche, et d’une mâle énergie. Mais ce que la photo montre moins, c’est ce qui se cache derrière cette puissance : servies par des moyens vocaux qui n’ont pas besoin d’être ostensibles, une douceur, une pudeur, une intimité, une délicatesse de touche, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce récital ressemble au portrait de la pochette. Beau et impressionnant, un peu farouche, et d’une mâle énergie. Mais ce que la photo montre moins, c’est ce qui se cache derrière cette puissance : servies par des moyens vocaux qui n’ont pas besoin d’être ostensibles, une douceur, une pudeur, une intimité, une délicatesse de touche, qui font tout le prix de cet album, le premier de <strong>Kartal Karagedik.</strong></p>
<p>C’est un signe : lui qui fait une belle carrière à la scène, il aurait pu opter pour un récital d’airs de baryton. Almaviva, Don Giovanni, Falstaff, Rodrigo, Onéguine, Donner, Zurga, Boccanegra, il n’aurait eu que l’embarras du choix parmi ses rôles. <br>Or, en résidence à l’opéra de Hambourg depuis une dizaine d’années, et plutôt spécialisé dans le répertoire italien (après des études de chant à Bologne), il a donc choisi sa langue d’adoption pour son premier enregistrement, et même le lied, quintessence de la culture germanique.<br>Et de le consacrer à un Schubert qui pourrait sembler austère, celui inspiré par l’Antiquité grecque. Peut-être parce qu’il se souvient, lui qui est né à Izmir, de l’impression forte reçue lors de visites à Éphèse lorsqu’il était enfant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="902" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/kartal-1024x902.jpg" alt="" class="wp-image-183326"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Kartal Karagedik © D.R.</sub></figcaption></figure>


<p>Jadis Dietrich Fischer-Dieskau avait dédié un 33 tours, sous-titré, <em>Spiegel der Antik</em>, au même thème et on y trouvait une dizaine des lieder choisis par Kartal Karagedik. Sans parler des Hotter, Hampson, Terfel, ou plus récemment Quastoff, Goerne, Gerhaher ou Krimmel qui ont enregistré ceux-ci ou d’autres.</p>
<h4><strong>L’immense Helmut Deutsch</strong></h4>
<p>Karagedik entre dans ce cénacle avec une approche très personnelle. Il suffirait d’en prendre pour exemple le très beau <em>Die Götter Griechenlands</em>, l’expression même par Schiller d’un monde parfait, à jamais perdu. Par les seules suggestions très automnales d’une émission dans le masque, dans un pianissimo constant, très intime, par de furtifs passages en voix mixte, par le seul velours du timbre (et un bref <em>forte</em>, très maîtrisé, en voix de poitrine), il s’installe dans un climat de méditation d’une térébrante nostalgie.<br>Ajoutons à cela le piano ici très cristallin d’<strong>Helmut Deutsch</strong>, jouant lui aussi sur les sonorités, ses timbres argentés contrastant avec les tons de feuilles mortes que prend ici la voix. Kartal Karagedik sert Schubert en compagnie d’un des plus grands partenaires qui soient aujourd’hui, dont le piano, magnifiquement capté, va de houles orchestrales à des finesses de célesta.</p>
<h4><strong>La patine d’un vieux <em>liedersänger</em></strong></h4>
<p>Un chant donc très tenu, très réfléchi, mais très sensuel aussi. Qu’on écoute les pleins et les déliés, le legato envoûtant, l’accelerando grisant (à partir de «&nbsp;Ich komme&nbsp;») et tout simplement la beauté du timbre dans <em>Ganymed</em>.</p>
<p>Chose étonnante, il y a chez ce chanteur dans sa jeune maturité une densité, une sensibilité feutrée, une retenue qui évoqueraient parfois la patine, l’expérience, la sagesse d’un très vieux <em>liedersänger</em>&#8230;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="751" height="563" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Kartal-Recital.jpeg" alt="" class="wp-image-183325"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Kartal Karagedik et Helmut Deutsch en récital © D.R.</sub></figcaption></figure>


<p>Mais si ses réserves de puissance sont évidentes, Kartal Karagedik, plutôt que de leur lâcher la bride, s’attache à un travail d’orfèvre sur l’émission, sur le placement de la voix, sur les allées venues incessantes entre le projeté et le retenu, l’héroïque et l’introverti, l’expansion et la confidence. Appuyé évidemment sur le sens du texte, à l’instar de Schubert lui-même.</p>
<h4><strong>Sur le velours</strong></h4>
<p>Cette confidentialité, cette suggestion de fragilité, on les entend dans nombre des lieder ici choisis, ainsi le tendre <em>Hippolits Lied</em>, ou dans les strophes les plus démunies (presque des romances) d’<em>An die Leier</em> et surtout dans la plupart des nombreux textes de Mayrhofer.</p>
<p>Helléniste érudit à la situation ambigüe (il essayait de concilier ses opinons politiques libérales et ses fonctions de censeur des livres dans l’Autriche de François II), Johann Mayrhofer fut présenté à Schubert par Spaun et devint l’un de ses plus proches amis. Personnage tourmenté, il peuple ses poèmes de héros solitaires et exilés.&nbsp;</p>
<p>À l’image de <em>Philoktet</em>, qui abandonné sur une île déserte s’est vu dérober son arc par le rusé Ulysse, dont il implore la mansuétude dans un lied dramatique ; ou d’<strong>Atys</strong>, une manière de ballade, l’histoire du jeune homme se jetant à la mer pour échapper à Cybèle, que Karagedik anime en conteur ; ou encore de <em>Memnon</em>, lied douloureux : condamné à se taire et à ne pouvoir chanter qu’au lever du jour, Memnon souffre qu’on croie son chant joyeux alors qu’il n’exprime que sa douleur de ne pouvoir rejoindre l’Aurore sa mère, pour devenir une étoile auprès d’elle. De là, un lied tout d’intériorité, chanté <em>mezza voce</em>, la plainte de celui (Mayrhofer lui-même ?) dont la souffrance reste incomprise.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="835" height="586" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Kartal-et-Helmut-2.jpg" alt="" class="wp-image-183324"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Helmut Deutsch et Kartal Karagedik © D.R.</sub></figcaption></figure>


<p>Dans un lied méconnu comme <em>Der entsühnte Orest</em> qui commence comme une fresque héroïque avant de s’achever en prière fervente, Karagedik paraît traverser toutes les possibilités de sa voix.</p>
<p>Tandis qu’il pare de son plus beau velours la prière fervente et mélancolique du célèbre <em>Lied eines Schiffers an die Dioskuren</em>. Ce tissu vocal melliflue, on l’entend aussi dans <em>Aus Heliopolis I</em>, où l’aspiration à la lumière, au soleil, à la vie dans la lumière, s’exprime dans un chant presque tout entier en voix mixte, impalpable et pianissimo, sur le mode du less is more.</p>
<h4><strong>Les grandes orgues</strong></h4>
<p>En contraste total avec cette douceur, <em>Aus Heliopolis II</em> est une injonction violente (de Mayrhofer à son ami Schubert semble-t-il) à embrasser le monde de toute sa force, à viser ce qui est grand, à exprimer «&nbsp;les tempêtes puissantes&nbsp;» et à «&nbsp;respirer l’éther sacré&nbsp;». Il semble que Mayrhoher, chez qui Schubert vécut entre 1818 et 1820, s’alarmait de l’alcoolisme et de la déréliction où sombrait son ami et l’enjoignait de réagir en créant.</p>
<p>Car si Karagedik a le goût de travailler le doux et l’introverti, il n’a pas peur du monumental.</p>
<p>D’ailleurs <em>Prometheus</em> qu’il a choisi comme portique aurait de quoi pétrifier d’emblée l’auditeur. Prométhée s’adresse à Zeus et le défie. Karagedik et Deutsch font l’un et l’autre dans l‘immense, du moins dans la première strophe. Ensuite c’est une manière d’<em>arioso</em>, un monologue autant qu’un lied, qui fait penser à Beethoven ou à Weber, aux intentions sans cesse changeantes, où le chanteur doit recourir à tous ses registres, de l’altier au confidentiel, de la douleur et de la nostalgie d’enfance à l’appel à la révolte.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="651" height="488" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Kartal-Voyage.jpeg" alt="" class="wp-image-183337"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Kartal Karagedik dans Voyage vers l&rsquo;espoir, de Christian Jost, Genève © GTG-Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Symétriquement, à la fin du disque, <em>Grenzen der Menschheit</em> (de Goethe lui aussi), <em>morceau</em> immense (presque huit minutes !) reprendra le thème de la fragilité humaine face aux Dieux, s’ils existent, ou au Cosmos : si chaque homme ne fait dans la vie qu’un furtif passage entre deux néants, du moins il est un maillon dans une chaîne infinie et immortelle. Porté par un piano grandiose, la profération majestueuse alterne avec une méditation en demi-teintes inspirées. La voix est immense et opulente, mais sans rien d’ostentatoire. Sobriété et recueillement, gravité et profondeur, à tous les sens du mot (les graves sont somptueux).</p>
<h4><strong>L’œuvre au noir</strong></h4>
<p>De haute volée aussi, l’illustre <em>Atlas</em> (Heine) sur un accompagnement bondissant et ténébreux d’Helmut Deutsch (quel piano et quel pianiste !). On ne sait ce qui est le plus beau : l’impérieux <em>incipit</em>, où la voix prend toute son envergure, toute sa fierté, ses résonances de bronze, ou la séquence médiane, celle où le Titan s’avoue démuni et ces mots «&nbsp;Oder unendlich elend&nbsp;», deux fois murmurés, déchirés, avant une fin colossalement désespérée.</p>
<p>Pour <em>Gruppe aus dem Tartarus</em> (Schiller) Karagedik fait appel d’abord au plus noir de sa voix, à ce qu’il trouve de plus furieux au fond de lui-même (et de plus tendre, de plus gracile pour «&nbsp;Folgen thränend seinem Trauerlauf&nbsp;») avant de surenchérir de violence pour répéter trois fois, <em>fortissimo</em> et <em>crescendo</em>, « Ob noch nicht Vollendung sei ? &#8211; N’est-ce pas la fin ? » Puis à nouveau à pleine voix, trois fois « Ewigkeit &#8211; Eternité ». Intéressant de comparer cette interprétation d’une brutalité assumée, avec celle de Terfel, non moins noire, mais toute en détails virtuoses.</p>
<p>Disque formidable d’ampleur, de maîtrise, d’introspection, et bien sûr de majesté vocale. De maturité aussi et fruit, imagine-t-on, d’échanges avec le maître Helmut Deutsch, puits de savoir en matière de lied, comme le fut un Gerald Moore et comme l’est un Malcolm Martineau.</p>
<p>La dernière plage est le chevaleresque <em>An schwager Kronos</em>, pris sur un tempo étonnamment retenu (comparer avec la fougue <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/mythos-schubert-et-loewe-par-konstantin-krimmel/">récemment d’un Konstantin Krimmel</a>).</p>
<p>Sans doute témoignage d’un tempérament grave et profond, celui qui donne tout son poids à cet album marquant.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Kartal Karagedik en Helmut Deutsch maken zich op voor het Schubertrecital" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/GZAOvUj8ndU?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>Carnegie Hall, saison 2024-25</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/carnegie-hall-saison-2024-25/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Feb 2024 15:49:59 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Carnegie Hall offrira une nouvelle saison prestigieuse où se côtoieront notamment quelques unes des plus grandes formations symphoniques : entre autres, le Los Angeles Philharmonic (Gustavo Dudamel), le Philadelphia Orchestra (Yannick Nézet-Séguin), l&#8217;Orchestra of St. Luke’s (Bernard Labadie, Louis Langrée et Raphaël Pichon), les Berliner Philharmoniker (Kirill Petrenko), le Royal Concertgebouw Orchestra (Klaus Mäkelä), la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Carnegie Hall offrira une nouvelle saison prestigieuse où se côtoieront notamment quelques unes des plus grandes formations symphoniques : entre autres, le Los Angeles Philharmonic (Gustavo Dudamel), le Philadelphia Orchestra (Yannick Nézet-Séguin), l&rsquo;Orchestra of St. Luke’s (Bernard Labadie, Louis Langrée et Raphaël Pichon), les Berliner Philharmoniker (Kirill Petrenko), le Royal Concertgebouw Orchestra (Klaus Mäkelä), la Philharmonie tchèque (Semyon Bychkov), le Chicago Symphony Orchestra et la Philharmonie de Vienne (Riccardo Muti), Les Arts Florissants (William Christie, au Zankel Hall), le Met Orchestra (Myung-Whun Chung et Yannick Nézet-Séguin), le London Symphony Orchestra (Antonio Pappano), le Cleveland Orchestra (Franz Welser-Möst), le Mahler Chamber Orchestra (Mitsuko Uchida),ou encore le Boston Symphony Orchestra (Andris Nelsons). La palme de l&rsquo;originalité symphonique reviendra peut-être à Riccardo Muti : le chef napolitain agrémentera ses divers programmes avec l&rsquo;ouverture de <em>Norma</em>, le ballet <em>Les Quatre saisons</em> extrait des <em>Vêpres siciliennes</em>, ou encore <em>Contemplazione</em> de Catalani. Nous passerons sur les nombreux solistes instrumentistes <a href="https://www.carnegiehall.org/Events/Carnegie-Hall-Presents-24-25?sourceCode=43473&amp;gad_source=1&amp;gclid=CjwKCAiAlJKuBhAdEiwAnZb7laO4r2zKVHBWYQjZtkEAt0curDekpOftbR1QEtsyxNLe9MqG9AbSzBoCwOUQAvD_BwE">à découvrir avec la totalité de la programmation ici.</a> Un seul opéra sera donné en concert, <em>Giulio Cesare in Egitto</em> (4/05) avec Christophe Dumaux (Giulio Cesare), Louise Alder (Cleopatra), Paula Murrihy (Sesto), Avery Amereau (Cornelia) et John Holiday (Tolomeo). Harry Bicket dirigera l&rsquo;English Concert. <span style="font-size: revert;">Joyce DiDonato participera à la 3e symphonie de Mahler avec le Philadelphia (15/10). </span>Le 12/06, Yannick Nézet-Séguin dirigera le Met Orchestra avec un programme Richard Strauss auquel participera Elza van den Heever et clôturera la saison le 18/06 avec un dernier programme affichant Angel Blue. Quelques récitals sont également prévus : dans l&rsquo;auditorium principal Piotr Beczała et Helmut Deutsch (9/12), Angel Blue et Lang Lang (8/03), Nina Stemme et Roland Pöntinen (2/05). Le Zankel Hall (599 places) affichera&nbsp;Lisette Oropesa (23/10), Asmik Grigorian (17/12), Ryan Speedo Green (22/01). Elena Villalón (13/11), Fleur Barron (20/03) et Gabriella Reyes (29/04)&nbsp;seront sur la scène du Weill Recital Hall (268 places).</p>
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		<title>Concert « Amor i vida » -Peralada</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/concert-amor-i-vida-peralada/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Jul 2023 07:04:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a décidément une magie commune aux Festivals d’été où des lieux atypiques, parfois improbables, sont investis par quelques-uns des meilleurs musiciens de la scène mondiale, en début de nuit. Le 29 juillet dernier, Diana Damrau et Nicolas Testé, habitués des plus grandes scènes, ont offert un récital touchant dans la petite église du &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a décidément une magie commune aux Festivals d’été où des lieux atypiques, parfois improbables, sont investis par quelques-uns des meilleurs musiciens de la scène mondiale, en début de nuit. Le 29 juillet dernier, <strong>Diana Damrau </strong>et <strong>Nicolas Testé</strong>, habitués des plus grandes scènes, ont offert un récital touchant dans la petite église du Carme à Peralada, accompagnés au piano par <strong>Helmut Deutsch</strong>. Excusez du peu.</p>
<p>Si fil le conducteur choisi – <em>Amor i vida </em>– permettait sans doute de programmer à peu près n’importe quel air d’opéra, le programme faisait la part belle au <em>lied </em>mais aussi à la comédie musicale et à l’opérette. Entre le grief du manque de cohérence et le plaisir assumé de l’éclectisme, nous choisirons le second. D’autant que la soprano a beaucoup à offrir dans chacun de ces styles et que le pianiste sublime même les partitions <em>a priori </em>les moins riches. Diana Damrau, que l’on connaît surtout pour les grands rôles de coloratures, ouvre la soirée par une pièce de circonstance : « L’invitation au voyage », poème de Charles Baudelaire mis en musique par Henri Duparc. D’emblée, on sait que l’on écoute une grande artiste. Elle s’adapte à l’acoustique particulière du lieu et offre une interprétation qui oscille entre intériorité et épanchement, entre confidentialité et lyrisme. On retrouvera cet équilibre parfait, cette intelligence musicale indéniable, dans des pièces pas moins intérieures mais certainement techniquement plus virtuoses. Son « Casta diva » est un bijou où, passé un court étonnement lié à l’extrême pureté du « a » de « Casta », placé au creux du palais (le même que le « a » de « Danced » dans la dernière pièce, qui surprend beaucoup moins dans une prononciation à l’américaine de l’anglais que dans une interprétation en italien), l’on suit une ligne de chant magnifiquement déployée, sans à-coups. Une Norma idéale en somme, rôle que la soprano n’a d’ailleurs jamais interprété intégralement. Dans « How Sad No One Waltzes Anymore », on oublie presque la chanteuse lyrique. La voix se fait plus rocailleuse, mais toujours timbrée, et un pas de dance nous rappelle que la musique est avant tout un discours joyeux. En clôture de récital, son « I Could Have Danced All Night » est jubilatoire et confirme le talent d’une artiste complète dont la voix et la technique sont toujours au service de l’interprétation.</p>
<p>Nicolas Testé est très certainement moins à l’aise dans la variété des répertoires et, si l’opéra s’impose comme une évidence pour sa voix, sa « Vie antérieure » (Duparc) laisse dubitatif. Beaucoup trop lyrique et tranchant, certainement trop large pour le lieu et sa réverbération  à laquelle il peine à s’adapter. Il ne chantera d’ailleurs pas le « Oh, What a Beautiful Morning » (Rodgers et Hammerstein) pourtant annoncé et n’offrira plus que des airs d’opéra. Après le Duparc, l’extrait de <em>La Reine de Saba </em>est presqu’accueilli avec soulagement. L’opéra est évidemment son lieu naturel. Néanmoins le vibrato est large et, s’il permet des graves nourris, il est parfois si présent qu’il pose des problèmes de justesse. On assiste à un très beau « Elle ne m’aime pas… je dormirai sous les voûtes de pierre » (Philippe II, Don Carlo). Le début est un peu voilé, comme dans un rêve (c’est ce que réclament le texte et la partition), mais la suite se déploie avec une très belle fluidité. Pour son type de voix, le « Lyubvi vsye vozrasti pokorni » semble une évidence. Pourtant, il négocie mal les changements de nuance et, ce qui pouvait sembler pertinent dans Verdi, sonne ici comme une limite. Les <em>piani </em>sont cantonnés au haut du masque et, quand il change de nuance, il semble trop brusquement ôter une sourdine (à la manière d’un trombone).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-medium wp-image-138523 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/FESTIVAL-29-5055-300x194.jpg" alt="" width="300" height="194" /></p>
<p>© Miquel González-Shooting</p>
<p>Au piano, Helmut Deutsch est sublime. À vrai dire, les adjectifs manquent pour exprimer la délicatesse de son jeu, l’intelligence de son accompagnement, l’homogénéité du son. L’introduction du « Casta diva » est aérienne, la sophistication des Duparc est rendue en un <em>legato</em> qui intègre miraculeusement le mouvement inquiet de la partition, l’accompagnement du Verdi semble soudainement beaucoup plus riche et intéressant que ce que ne laissent soupçonner bien des interprétations, orchestrales ou non.</p>
<p>Petit miracle estival.</p>
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		<title>Jonas Kaufmann, chanteur de l&#8217;année grâce à Liszt</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/jonas-kaufmann-chanteur-de-lannee-grace-a-liszt/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 31 Aug 2022 05:28:34 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/breve/jonas-kaufmann-chanteur-de-lannee-grace-a-liszt/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Institué depuis 2018 par des maisons de disques, des éditeurs et des organisateurs de concerts regroupés en association pour la promotion de la musique classique, le  prix Opus Klassik du meilleur chanteur de l&#8217;année a été décerné à Jonas Kaufmann pour son album Liszt. Sur les réseaux sociaux, le ténor bavarois se dit très heureux, pour lui, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Institué depuis 2018 par des maisons de disques, des éditeurs et des organisateurs de concerts regroupés en association pour la promotion de la musique classique, le  prix Opus Klassik du meilleur chanteur de l&rsquo;année a été décerné à <strong>Jonas Kaufmann </strong>pour <a href="https://www.forumopera.com/cd/freudvoll-und-leidvoll-une-voix-ne-fait-pas-tout">son album Liszt</a>. Sur les réseaux sociaux, le ténor bavarois se dit très heureux, pour lui, pour le pianiste <strong>Helmut Deutsch</strong> avec lequel il a enregistré ce florilège de Lieder, pour Liszt enfin qui n&rsquo;est pas le compositeur le plus reconnu dans ce répertoire bien qu&rsquo;il y fût attaché. A noter aussi le prix de chanteuse de l&rsquo;année attribué à <strong>Lea Desandre</strong> pour s<a href="https://www.forumopera.com/cd/amazone-une-devorante-ardeur">on album <em>Amazone</em></a>, et dans la catégorie Jeunes artistes, le baryton <strong>Äneas Humm</strong> et le ténor <strong>Pene Pati</strong>. La remise des trophées aura lieu le 9 octobre au Konzerthaus de Berlin. </p>
<blockquote class="instagram-media" data-instgrm-captioned="" data-instgrm-permalink="https://www.instagram.com/reel/Chxn3tfrqe4/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" data-instgrm-version="14" style="background:#FFF;border:0;border-radius:3px;margin: 1px;max-width:540px;min-width:326px;padding:0;width:99.375%;width:-webkit-calc(100% - 2px);width:calc(100% - 2px)">
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<p><a href="https://www.instagram.com/reel/Chxn3tfrqe4/?utm_source=ig_embed&amp;utm_campaign=loading" rel="nofollow noopener" style="background:#FFFFFF;line-height:0;padding:0 0;text-align:center;text-decoration:none;width:100%" target="_blank">Voir cette publication sur Instagram</a></p>
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</blockquote>
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