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	<title>Joyce DIDONATO - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Wed, 03 Sep 2025 08:41:09 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Joyce DIDONATO - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Notre disque du mois : Didon et Énée</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/notre-disque-du-mois-didon-et-enee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Jacques Groleau]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Sep 2025 08:02:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En cette rentrée des classes, difficile de passer à côté du bouleversant Didon et Enée qui vient de paraitre chez Erato/Warner Classics. Cet album tient en effet du miracle. Menée par Maxim Emelyanychev et l&#8217;Ensemble Il Pomodoro, l&#8217;équipe réunie ici a tout pour séduire : une Joyce DiDonato idéale en Didon, le formidable Énée de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En cette rentrée des classes, difficile de passer à côté du bouleversant <em>Didon et Enée</em> qui vient de paraitre chez Erato/Warner Classics. Cet album tient en effet du miracle. Menée par <strong>Maxim Emelyanychev</strong> et l&rsquo;Ensemble Il Pomodoro, l&rsquo;équipe réunie ici a tout pour séduire : une<strong> Joyce DiDonato</strong> idéale en Didon, le formidable Énée de <strong>Michael Spyres</strong>, la Belinda si délicate de <strong>Fatma Said</strong>, un trio de Sorcières assez incroyable (<strong>Beth Taylor</strong>, <strong>Alena Dantcheva</strong>,<strong> Ana Piroli</strong>), pour ne rien dire de l&rsquo;Esprit de <strong>Hugh Cutting</strong>&#8230; Pour plus de détails sur <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/purcell-dido-aeneas/">ce disque</a>, nous vous renvoyons au très détaillé <a href="_wp_link_placeholder" data-wplink-edit="true">compte-rendu de Charles Sigel</a>. Notre indéniable disque du mois !</p>
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		<item>
		<title>PURCELL, Dido &#038; Aeneas</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/purcell-dido-aeneas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Aug 2025 04:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour illustrer la pochette du disque, on a choisi le visage de Joyce DiDonato, et ce n’est que justice tant son incarnation de la Reine de Carthage est splendide. Et le nom de Michael Spyres, prince troyen de grand luxe, s’inscrit en grands caractères, ce qui se comprend aisément. En revanche on aurait aimé que &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour illustrer la pochette du disque, on a choisi le visage de <strong>Joyce DiDonato</strong>, et ce n’est que justice tant son incarnation de la Reine de Carthage est splendide. Et le nom de <strong>Michael Spyres</strong>, prince troyen de grand luxe, s’inscrit en grands caractères, ce qui se comprend aisément. En revanche on aurait aimé que fût mieux mis en valeur celui de <strong>Maxim Emelyanychev</strong>, tant la réussite de cet enregistrement de l’opéra de Purcell lui revient au premier chef.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/240131_GA_VDT_Joyce_DiDonato_Dido__Aeneas_c_Alfonso_Salgueiro-18-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-197144"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Joyce DiDonato et Maxim Emelyanychev © Alfonso Salgueiro</sub></figcaption></figure>


<p>Une captation faite en public à la Philharmonie Essen en guise de bouquet final d’une tournée, qui passa notamment par le Barbican Center de Londres et le Théâtre des Champs-Elysées dans un programme où <em>Didon et Énée</em> était couplé avec le <em>Jephté</em> de Carissimi (et le ténor des deux œuvres était alors Andrew Staples).</p>
<p>Si Joyce DiDonato avait depuis longtemps à son répertoire de récital la Mort de Didon, c’est la première fois qu’elle chantait l’opéra entier. Et pouvait donner toutes les couleurs d’un rôle qui n’est pas que douleur. Et retrouver un personnage qu’elle incarna, d’ailleurs déjà avec l’Enée de Michael Spyres, dans de mémorables Troyens…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized"><img decoding="async" width="640" height="360" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Spyres-et-DiDonato-edited.jpg" alt="" class="wp-image-197151" style="width:640px;height:auto"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Spyres et DiDonato à l&rsquo;époque des Troyens © D.R.</sub></figcaption></figure>


<p>Le très bref opéra de Purcell, le premier en langue anglaise, est d’une efficacité magnifique, si bref soit-il. Le livret de Nahum Tate prévoyait force danses de Nymphes et Tritons, ce qui d’ailleurs l’aurait fait ressembler à ces masques dont l’Angleterre faisait ses délices. Mais Purcell tailla hardiment pour aller au plus court et au plus expressif.</p>
<p>En cela convaincu que c’était l’Italie qu’il fallait imiter, celle des opéras de Cavalli, et non pas ces opéras à la française dont il écrivait pis que pendre : « L’humeur de nos compatriotes devrait, et il ne serait guère trop tôt, commencer à être dégoûtée de la légèreté et des fadaises (<em>balladry</em>) de nos voisins [français] ».</p>
<h4><strong>Les nerfs à vif</strong></h4>
<p>Rien de plus révélateur que de comparer deux interprétations sous l’étiquette Erato : celle de Raymond Leppard en 1977 qui fit référence, avec déjà une merveilleuse chanteuse américaine (Tatiana Troyanos, bouleversante) et celle-ci… On a le sentiment qu’on a changé de voltage, qu’on est passé du 110 au 220 volts.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="600" height="392" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_9442.jpg" alt="" class="wp-image-197142"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Il Pomo d&rsquo;Oro sous la direction de Maxim Emelyanychev © D.R.</sub></figcaption></figure>


<p>Maxim Emelyanychev électrise ses troupes, ose des contrastes insolents, accentue le pittoresque de certaines scènes d’un grinçant très shakespearien (la scène de la Magicienne et des Sorcières), rend sensible le piège fatal où tombe Didon, accentue encore la prestesse, la fulgurance de ce scénario : Purcell ne s’installe jamais, n’étire jamais les mélodies, change les climats, n’éternise pas les épisodes dansés, joue sans cesse des contrastes de sentiments. S’inscrivant sans doute dans l’esprit de la théorie des humeurs, qui faisait encore florès.</p>
<p>Et le jeune chef russe, bouillonnant d’énergie et les nerfs à vif, lui emboite le pas. D’où la théâtralité vibrante de cette exécution, un caractère d’urgence, une palpitation de vie.</p>
<h4><strong>Fleur de peau</strong></h4>
<p>L’ouverture annonce d’emblée la couleur : un andante intense où les archets semblent figurer déjà la douleur de Didon, puis un allegro frémissant comme ses sentiments à fleur de peau : « Je languirai tant que ma peine restera secrète et pourtant je voudrais que nul ne la devine ». <br />C’est ce qu’elle chante dans son air d’entrée, « Ah ! Belinda, i am press&rsquo;d », en <em>ut</em> mineur, premier sommet de la partition, où, accompagnée du théorbe et de la viole de gambe, DiDonato est magnifique d’introspection, de legato, de nuances, filant les longues lignes de cette cantilène, où la mélodie semble errer sur une basse imperturbable, puis explose comme en un cri sur « yet would », avant que les reprises de la phrase ne s’allègent chaque fois davantage, la voix se faisant diaphane, jusqu’à une fin <em>morendo</em>, où l’ensemble des cordes vient la soutenir. Un air qui est tout entier prémonition de son lamento final.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/241695734_1708326482_v16_9_1200-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-197145"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Joyce DiDonato © D.R.</sub></figcaption></figure>


<p>En contraste avec cette mélancolie sublime, Belinda n’est que fraîcheur, vivacité, juvénilité, personnifiée par la voix limpide de <strong>Fatma Said</strong>, idéale dans ce rôle. Son duetto bondissant et dansant, « Fear non danger to ensue », avec son alter ego, la confidente (<strong>Carlotta Colombo</strong>, aux qualités vocales semblables), est d’une légèreté délicieuse, après le douloureux récitatif « Whence could so much &#8211; Mine with storms », où DiDonato, alternant <em>canto spianato</em> et vocalises virtuoses, transcende la technique pour n’être que désarroi et détresse. Purcell semble là s’inscrire dans la ligne des madrigalistes et de Monteverdi, tant il exprime de sentiments, d’<em>affetti</em>, en si peu de temps.</p>
<h4><strong>Spyres superbe dans le plus succinct de ses rôles</strong></h4>
<p>Michael Spyres est évidement le plus virilement séduisant des princes troyens. Indiqué comme « baritenor », il se montre à vrai dire ici beaucoup plus <em>bari</em> que ténor&#8230; Mais il est surtout d’une noblesse de timbre et de phrasé à faire fondre la plus chaste des reines. Belinda qui la connaît bien observe que « Her eyes confess the flame her tongue denies &#8211; Ses yeux trahissent la flamme que nient ses lèvres »… Purcell suggère ce trouble dans une mélodie brévissime, pétillante et irrésistible, « Pursue thy conquest, Love », qui par tout autre compositeur aurait été développée à n’en plus finir et qui chez lui passe comme un zéphyr désinvolte. Fatma Said y rayonne d’esprit.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="392" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_9441.jpg" alt="" class="wp-image-197141"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Fatma Said et Joyce DiDonato © D.R.</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Humeurs shakespeariennes</strong></h4>
<p>La nature toute entière, sous le charme de l’idylle du prince et de la reine, la célèbrera avec effusion par les voix des choristes d’<strong>Il Pomo d’Oro</strong>, radieux dans l’élégie amoureuse de « To the hills and the vales ».<br />À laquelle, par la loi des contrastes et du théâtre, succèdera la <em>terribilità</em> du tableau de la magicienne, cette âme noire dont découlera toute la suite de l’histoire. Emelyanychev ne lésine pas sur les effets sonores de plaque à tonnerre, de machine à vent, et de stridences en tout genre, pour suggérer la grotte où elle rumine sa détestation des gens heureux.<br />Dans une imprécation, dont le <em>fa</em> mineur signe la noirceur infernale, le mezzo <strong>Beth Taylor</strong> y distille sa vindicte avec autant d’ampleur que de verve, tandis que ses acolytes sorcières (<strong>Alena Dantcheva</strong> et <strong>Anna Piroli</strong>) grincent à loisir. On pense à <em>Macbeth</em> bien sûr. Mais très vite elles vont passer de la caricature à une nouvelle page exquise, le duetto de la malveillance, « To mar their hunting sport », aussi musical dans le registre drolatique et aigrelet que l’était « Pursue thy conquest, Love » de Belinda dans celui de l’amour.<br />Le chœur, lui, sera aussi convaincant dans l’humeur sardonique qu’il l’était dans l’élégiaque.<br />Et l’orchestre, sous la baguette piquante et hypervitaminée du jeune Russe, s’amusera des rythmes syncopés de la danse triomphale autant que des effets d’écho de la danse des Furies.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="392" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_9443.jpg" alt="" class="wp-image-197143"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>La Magicienne (Beth Taylor au centre) et les sorcières © D.R.</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Aux airs les passions de l’âme</strong></h4>
<p>C’est à un Esprit, son âme damnée, auquel elle fera revêtir l’aspect de Mercure, que la Magicienne confiera la tâche de précipiter le départ d’Énée vers l’Italie, où il fondera Rome. Ces moments de pure action, Purcell les écrit en <em>recitativo</em>, réservant les <em>arie</em> à l’expression des passions de l’âme. À l’injonction de l’Esprit (une voix de contre-ténor, <strong>Hugh Cutting</strong>, sur des tenues d’orgue pour en souligner le surnaturel), Énée ne peut répondre que par une sombre méditation. Seule sa vocalise finale sur « Yours be the blame, ye gods ! For I obey your will, but with more ease could die &#8211; Soyez maudits, ô Dieux ! Je me plie à votre volonté, mais j’eusse préféré mourir » indiquera son trouble, rare moment de faiblesse autorisé à un Héros. À nouveau Michael Spyres y est magnifique de ligne et de gravité, dans sans doute le plus succinct de ses rôles…</p>
<p>Entre danses de marins et danses de sorcières, la première scène du troisième acte fait évidemment le bonheur d’Emelyanychev. Tout cela est à la fois bondissant, acidulé, savoureux, insolent (le « Come away » du <em>sailor</em>, <strong>Laurence Kilsby</strong>), truculent (le « Our next motion » de la Magicienne). Cette espièglerie débridée n’étant là que pour mieux faire contraste avec les déchirantes scènes finales.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="746" height="417" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_9440.jpg" alt="" class="wp-image-197140"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Joyce DiDonato et Maxim Emelyanychev © D.R.</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Sublime déréliction</strong></h4>
<p>DiDonato est d’abord sublime de douleur dans son lamento «To Earth and Heav’n I will complain ! » avant de monter à des sommets fracassants de violence dans son récitatif <em>di furore</em> « Thus, on the fatal banks of Nille ». Abasourdi, le pauvre Énée ploie sous l’orage, s’offre à désobéir aux Dieux et à rester… Les « Away, away &#8211; Partez, partez » de Didon sont sans doute les plus cinglants de toute la discographie du rôle…</p>
<p>Génie et fulgurance de Purcell qui sitôt le Prince sorti fera plonger la Reine dans la déréliction la plus dépouillée, la plus éperdue, dans le récitatif « Thy hand, Belinda » sur quelques seules notes de théorbe, où DiDonato est d’une sincérité, d’une solitude bouleversantes.<br />Comme elle le sera dans son ultime plainte, « When i am laid in earth », musicalement la plus simple qui soit : une simple mélodie posée sur une basse obstinée, et ces « Remember me», qui se répètent et qui s’estompent puis s’effacent à mesure que Didon s’enfonce dans la mort.</p>
<p>Joyce DiDonato y est au-delà du beau chant (évidemment splendide, au sommet de son art). Elle y est admirable de pudeur, d’intériorité, de désespoir, de grandeur, d’abandon.</p>
<p>Ajoutons que la déploration finale du chœur se hissera sur les mêmes sommets. Il faudrait dire la transparence des voix de sopranos ou la manière dont Emeyanychev fait respirer cette page, en varie avec délicatesse les accents, mais on se bornera à dire de quelle émotion sont la compassion et l’apaisement qui se donnent à entendre là.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/purcell-dido-aeneas/">PURCELL, Dido &amp; Aeneas</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Dijon 2025-26 : mi-chèvre, mi-choux</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/dijon-2025-26-mi-chevre-mi-choux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 06 May 2025 06:53:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La saison 2025-26 de l’Opéra de Dijon &#8211; dévoilée à la presse &#8211; ménage bien quelques surprises et de réels bonheurs. D’autres émettront des réserves, car classique, pour ne pas dire routinière, sans imagination. Sans doute effet de la vacance de la direction, encore que la programmation s’élabore plusieurs saisons d’avance. Qui l’a signée ? &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La saison 2025-26 de l’Opéra de Dijon &#8211; dévoilée à la presse &#8211; ménage bien quelques surprises et de réels bonheurs. D’autres émettront des réserves, car classique, pour ne pas dire routinière, sans imagination. Sans doute effet de la vacance de la direction, encore que la programmation s’élabore plusieurs saisons d’avance. Qui l’a signée ?</p>
<p>Quatre ou cinq opéras (1) mis en scène : <em>Cavalleria rusticana</em> et <em>I Pagliacci, La Bohême, Don Giovanni, </em>et<em> l’Orfeo </em>de Monteverdi, tous réalisés par d’autres maisons (2). <em>Theodora</em> de Haendel, que <strong>Thomas Dunford</strong>, son Ensemble Jupiter et une équipe prometteuse auront donnée au TCE quelques jours auparavant. Des récitals avec des solistes de prestige (<strong>Michael Spyres</strong>, <strong>Anna Prohaska</strong>, <strong>Lea Desandre</strong> etc.), et un retour en force du répertoire sacré : <strong>Emmanuelle Haïm</strong> (avec <strong>Emöke Barath</strong> et <strong>Carlo Vistoli</strong>) pour Domenico Scarlatti, Leo et Pergolèse ; le <em>Magnificat</em> de Bach avec un <em>Sanctus</em> et la cantate « <em>Christen ätzet diesen Tag</em> » par <strong>Vincent Dumestre</strong> et ses amis ; <strong>Gianandrea Noseda</strong> dirigera la <em>Messe en ut mineur</em> et deux pièces célèbres de Mozart, le <em>Stabat mater</em> de Pergolèse, autour d’extraits des <em>Sept dernières paroles,</em> de Haydn, avec <strong>Regula Mühlemann</strong>. Retenons aussi Mahler (Alma comme Gustav) chantés par <strong>Joyce DiDonato</strong> en début de saison, et <strong>Anna Wall</strong> en juin. Tout cela est admirable, comblera certains tout en laissant un certain goût d’inachevé, sans la moindre prise de risque.</p>
<p>Bien sûr, les récitals instrumentaux, le jazz (y compris vocal), la danse, le cirque, les spectacles jeune public gardent une place de choix. Mais le quatuor à cordes, la musique de chambre sont toujours les parents pauvres, déshérités, méprisés. Choix idéologique ?</p>
<p>Rendez-vous avec le public le 19 mai, pour la présentation officielle, en musique, à 19 h à l’Auditorium (sur inscription en ligne sur <strong>opera-dijon.fr</strong>).</p>
<pre>(1) Selon que l’on compte <em>Cavalleria rusticana</em> associé à <em>I Pagliacci</em> pour un ou deux. 

(2) On n’énumérera pas les découvertes des saisons anciennes ou proches. Ces temps semblent révolus.</pre>
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			</item>
		<item>
		<title>HAENDEL, Jephtha — Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-jephtha-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 May 2025 04:02:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=188624</guid>

					<description><![CDATA[<p>Sept ans après une très imparfaite production à Garnier, l’oratorio testamentaire de Handel revient à Paris. Rappelons que si l’œuvre aligne des passages époustouflants, l’inspiration du saxon perdant la vue fut néanmoins irrégulière, rendant difficile un maintien de l’attention constant en version de concert. L’équipe réunie ce soir ne parvient pas complètement à rehausser certains &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-jephtha-paris-tce/"> <span class="screen-reader-text">HAENDEL, Jephtha — Paris (TCE)</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><span data-contrast="auto">Sept ans après une très imparfaite </span><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/jephtha-paris-garnier-guthez-vous-les-exces-de-symbolisme/"><span data-contrast="none">production à Garnier</span></a><span data-contrast="auto">, l’oratorio testamentaire de Handel revient à Paris. Rappelons que si l’œuvre aligne des passages époustouflants, l’inspiration du saxon perdant la vue fut néanmoins irrégulière, rendant difficile un maintien de l’attention constant en version de concert. L’équipe réunie ce soir ne parvient pas complètement à rehausser certains airs génériques, ni à rendre parfaitement justice aux plus beaux, mais offre tout de même une belle prestation grâce à plusieurs fortes personnalités.</span><span data-ccp-props="{}">&nbsp;</span></p>
<p><span data-contrast="auto">On connaissait déjà <strong>Il Pomo d’Oro</strong> métamorphosé sous la baguette de <strong>Francesco Corti</strong> dans les seria de Handel et on retrouve ici ce qui fait la force de l’attelage : grande vivacité des rythmes, précision des pupitres (les cordes et leur variété d’attaques), justesse des vents et collégialité de troupe autour d’une basse continue très fournie. Hélas cette histoire biblique n’est pas une pastorale et ce grand oratorio tragique réclame une ampleur plus épique. Les effectifs sont peut-être trop réduits (25 musiciens et 18 choristes), le nouveau mur de scène du Théâtre des Champs-Elysées matifie sans doute vraiment&nbsp;le son et l’ensemble manque certainement encore de confiance. Ainsi du chœur à qui ne font défaut ni élocution ni souffle pour la glorieuse et agitée conclusion du premier acte mais bien la verve dramatique. Et l’on ne sait pas s’il y en avait un à la création, mais un orgue là-dedans ça ajoute tout de même un brillant bienvenu.&nbsp;</span><span data-ccp-props="{}">&nbsp;</span></p>
<p><span data-contrast="auto">Sur le plateau s’avance d’abord un Zébul double de l’autoportrait de Dürer qui reviendrait du Hellfest: <strong>Cody Quattlebaum</strong> en impose, arrachant ses récitatifs (et son pupitre !) avec une assurance toute virile. Hélas ses airs trahissent le baryton au medium sonore mais au registre grave forcé, le forçant à saccader ses vocalises. <strong>Jasmin White</strong> est bien plus idoine en superbe Hamor : ses graves veloutés, sa virtuosité implacable et son vocabulaire belcantiste brillent particulièrement dans « On me let blind mistaken Zeal ». <strong>Mélissa Petit</strong> est par contre toujours scolaire et se fait surtout remarquer par l’éclat de sa robe. Tout est correctement chanté, les aigus sont délicats, le souffle impeccable (les variations de volume dans « Tune the soft melodious lute ») on n&rsquo;est cependant ni emporté par sa joie plus niaise qu’innocente faute d’imagination, ni ému par son « Happy they » trop diaphane et déjà détaché pour prendre aux tripes. « Farewell, ye limpid springs » est plus incarné malgré une partie B très sage, comme si elle avait confondu son rôle avec celui de l’Ange (interprétation parnassienne très efficace d’<strong>Anna Piroli</strong>).</span><span data-ccp-props="{&quot;134233117&quot;:false,&quot;134233118&quot;:false,&quot;201341983&quot;:0,&quot;335551550&quot;:1,&quot;335551620&quot;:1,&quot;335559685&quot;:0,&quot;335559737&quot;:0,&quot;335559738&quot;:0,&quot;335559739&quot;:160,&quot;335559740&quot;:259}">&nbsp;</span></p>
<p><span data-contrast="auto">Sans en avoir les notes abyssales, <strong>Joyce DiDonato</strong> campe une Storgé très vivante. On peut être gêné par son jeu extérieur voire poseur, reconnaissons-lui toutefois une suprématie technique inentamée et, ce soir, une relative sobriété des effets : « Scenes of horror » est bien joué en air prémonitoire et non en folie déjanirienne tandis que « Let other creatures die »&nbsp;est animé par l’énergie du désespoir, quitte à étrangler les graves. Le soleil de cette nuit est sans conteste <strong>Michael Spyres </strong>: il fascine dans ses premiers airs d’une bête et mâle fatuité par une conduite aussi risquée que payante de ses vocalises et une autorité indéniable dans l’émission (époustouflant « His mighty arm »). L’émotion arrive lorsque l’orgueil du chef de guerre est puni : « Open thy marbe jaws » hébété et évidemment « Waft her, Angels » qui débarrasse le militaire de sa cuirasse pour révéler un père plein d’espérance, ou en plein déni selon le point de vue. La voix est alors d’une légèreté ataraxique et tendre. Ses récitatifs secs et belliqueux ou accompagnés et tourmentés « Deeper, and deeper still »&nbsp;sont tout autant captivants. </span><span data-ccp-props="{&quot;134233117&quot;:false,&quot;134233118&quot;:false,&quot;201341983&quot;:0,&quot;335551550&quot;:1,&quot;335551620&quot;:1,&quot;335559685&quot;:0,&quot;335559737&quot;:0,&quot;335559738&quot;:0,&quot;335559739&quot;:160,&quot;335559740&quot;:259}">&nbsp;</span></p>
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		<title>Dominique Meyer présente sa dernière saison à la tête de la Scala de Milan</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/dominique-meyer-presente-sa-derniere-saison-a-la-tete-de-la-scala-de-milan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 12 Oct 2024 05:54:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Une nouvelle saison en forme de bilan : atteint par la limite d&#8217;âge fixée par un décret du gouvernement de Giorgia Meloni adopté en 2023, Dominique Meyer cèdera en 2025 la barre de la Scala de Milan à Fortunato Ortombina, actuel directeur de la Fenice de Venise. A l&#8217;occasion d&#8217;une conférence de presse à l&#8217;Institut &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une nouvelle saison en forme de bilan : atteint par la limite d&rsquo;âge fixée par un décret du gouvernement de Giorgia Meloni adopté en 2023, Dominique Meyer cèdera en 2025 la barre de la Scala de Milan à Fortunato Ortombina, actuel directeur de la Fenice de Venise. A l&rsquo;occasion d&rsquo;une conférence de presse à l&rsquo;Institut Culturel Italien, celui qui reste, à ce jour, le Surintendant de la plus prestigieuse institution lyrique italienne, en a profité pour tirer quelques enseignements d&rsquo;un mandat entamé au beau milieu de la crise Covid.</p>
<p>A cet égard, Dominique Meyer s&rsquo;est tout d&rsquo;abord félicité du remboursement complet, depuis quelques semaines, de la « dette Covid » contractée auprès des artistes : la Scala s&rsquo;était engagée à proposer de nouveaux contrats à tous les artistes invités concernés par des annulations liées à la crise sanitaire ; c&rsquo;est désormais chose faite. Pas plus d&rsquo;inquiétude à avoir du côté des dettes financières, alors que le Surintendant souligne les records atteints en recettes de billetterie ainsi qu&rsquo;en mécénat et subventions des entreprises (environ 40 millions d&rsquo;euros pour chacun de ces deux postes). Une bonne dynamique qui permet aux pouvoirs publics de ne concourir au budget de la Scala qu&rsquo;à hauteur de 30%, « même s&rsquo;ils veulent continuer à décider de tout », glisse Dominique Meyer.</p>
<p>Cette mise au point effectuée, la présentation de la saison a surtout été l&rsquo;occasion d&rsquo;évoquer les temps forts artistiques des prochains mois. Après une ouverture de saison consacrée à Verdi et à sa <em>Force du Destin, </em>avec un casting luxueux de circonstance <strong>(Netrebko, Kaufmann, Tézier, Vinogradov</strong> sous la direction du directeur musical <strong>Riccardo Chailly</strong> et dans une mise en scène de <strong>Leo Muscato),</strong> Dominique Meyer a insisté sur deux projets phares : la suite du <em>Ring</em> de Wagner (qui commence à la toute fin de cette saison, la première de <em>L&rsquo;Or du Rhin </em>étant prévue le 28 octobre), avec une <em>Walkyrie </em>prévue en février (<strong>Michael Volle</strong>, <strong>Klaus Florian Vogt,</strong> <strong>Elza van den Heever</strong>) et un <em>Siegfried </em>en juin (Volle et Vogt encore, ainsi que <strong>Camilla Nylund</strong> en Brünnhilde). <strong>Christian Thielemann</strong> s&rsquo;étant retiré du projet, <strong>Simone Young</strong> et <strong>Alexander Sobby</strong> se relaieront au podium pour ces représentations qui s&rsquo;étaleront jusqu&rsquo;en février 2026, avec <em>Le Crépuscule des Dieux </em>suivi d&rsquo;une reprise de l&rsquo;ensemble du cycle. Autre point d&rsquo;orgue attendu, la création mondiale du nouvel opéra de Francesco Filidei, élève de Sciarrino dont <em>L&rsquo;Innondation</em>, écrite en collaboration avec Joël Pommerat, avait soulevé l&rsquo;enthousiasme. Pour l&rsquo;occasion, c&rsquo;est une œuvre incontournable de la littérature italienne contemporaine, <em>Le Nom de la Rose </em>d&rsquo;Umberto Eco, qui sera adaptée. Au service de cette création, dont le livret sera traduit en français pour une reprise ultérieure à l&rsquo;Opéra de Paris, <strong>Ingo Metzmacher</strong> dans la fosse, <strong>Damiano Michieletto</strong> à la mise en scène, et une distribution qui réunira entre autres <strong>Lucas Meachem</strong>, <strong>Kate Lindsey</strong>, <strong>Roberto Frontali</strong>.</p>
<p>Au rang des raretés, on comptera le très satyrique <em>Opera Seria </em>de Gassmann, déjà présenté par Meyer du temps de son mandat au Théâtre des Champs-Elysées et un triptyque Weill et Brecht confié à Riccardo Chailly et <strong>Irina Brook</strong>. Mais le grand répertoire sera également bien servi avec <em>Rigoletto </em> (<strong>Amartuvshin Enkhbat</strong>, <strong>Vittorio Grigolo</strong> et <strong>Regula Mühlemann</strong>), l&rsquo;indémodable <em>Fille du Régiment </em>selon <strong>Laurent Pelly</strong>, où le non moins indémodable <strong>Juan Diego Florez</strong> donnera la réplique à <strong>Julie Fuchs</strong>, <em>Norma </em>dirigée par <strong>Fabio Luisi</strong> et mise en scène par<strong> Olivier Py</strong> avec <strong>Marina Rebeka </strong>et <strong>Freddie De Tommaso</strong> dans les rôles principaux et, en guise de production « vintage » (entendez par là la reprise d&rsquo;un spectacle emblématique de la maison), le <em>Falstaff </em>signé <strong>Giorgio Strehler</strong> (<strong>Ambrogio Maestri</strong> et <strong>Luca Micheletti</strong> notamment, dirigés par <strong>Daniele Gatti).</strong> Les chanteurs de l&rsquo;Académie se produiront dans une <em>Cenerentola </em>rossinienne prévue en septembre 2025, tandis que <strong>Robert Carsen</strong> clôturera la saison en mettant en <strong>scène</strong>, pour la première fois de sa longue carrière, <em>Cosi fan tutte </em>de Mozart (<strong>Elsa Dreisig</strong>, <strong>Nina van Essen</strong>, <strong>Sandrine Piau</strong> ou encore <strong>Gerald Finley</strong> au casting, dirigés par <strong>Alexander Soddy</strong>).</p>
<p>Aux côtés d&rsquo;une riche programmation d&rsquo;orchestres (outre Chailly, on pourra y applaudir<strong> Lorenzo Viotti, Susanna Mälkki, Simone Young</strong> ou<strong> Tugan Sokhiev</strong>) et de ballets (<em>Casse-Noisette</em> avec l&rsquo;étoile parisienne Hugo Marchand en guest star, <em>Peer Gynt </em>ou encore une soirée William Forsythe), les amateurs de voix attendront avec impatience les récitals de <strong>Ludovic Tézier</strong>, <strong>Joyce DiDonato</strong> ou <strong>Asmik Grigorian</strong>. Quant au jeune public, il fera, cette saison encore, l&rsquo;objet de spectacles dédiés, dont <em>Anna A., </em>une création mondiale sur une musique de Silvia Colasanti. Et pour ceux qui ne pourront faire le voyage jusqu&rsquo;à Milan, La Scala TV permettra, cette saison encore, de suivre en haute définition les grands événements de l&rsquo;année &#8211; et de se replonger dans les riches heures du passé.</p>
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		<title>Kevin PUTS &#8211; The Hours</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/kevin-puts-the-hours/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Apr 2024 04:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Tout d’abord, on joue au petit jeu des ressemblances, au « on dirait du… », au « ça fait penser à… », on joue l’esprit fort, on ne veut pas être dupe… Et puis très vite on se laisse prendre. Là où on ne voulait voir que de l’habileté, une manière de réponse sur mesure &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Tout d’abord, on joue au petit jeu des ressemblances, au « on dirait du… », au « ça fait penser à… », on joue l’esprit fort, on ne veut pas être dupe… Et puis très vite on se laisse prendre. Là où on ne voulait voir que de l’habileté, une manière de réponse sur mesure aux vœux de Peter Gelb, le <em>General Manager</em> du Metropolitan, on découvre une œuvre complexe, émouvante, sincère. Superbement dirigée et chantée. Qui pourra, grâce à ce double album, émouvoir ceux qui l’ont vue <a href="_wp_link_placeholder" data-wplink-edit="true">lors de sa diffusion dans les cinémas en décembre 2022</a> et l’écouteront différemment, mais aussi ceux qui la découvriront. Les admirateurs de <strong>Renée Fleming</strong> et de <strong>Joyce DiDonato</strong> ne manqueront évidemment pas ça.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="359" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Hours-Metropolitan-Opera-Group-Sales-Tickets-1-230627-1024x359.jpg" alt="" class="wp-image-160746"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Evan Zimmerman &#8211; Met Opera</sub></figcaption></figure>


<h4><strong><em>An amazing idea</em></strong></h4>
<p>C’est Renée Fleming qui en aurait donné l’idée à <strong>Kevin Puts</strong>. Ils se connaissent bien, Puts avait écrit pour elle un cycle de mélodies, <em>The Brightness of Light</em>, basé sur des lettres de Georgia O’Keeffe. Le compositeur lui demandant si elle avait une idée pour un opéra où ils pourraient collaborer à nouveau. Fleming répondit qu’elle aimerait une œuvre qui se déroulerait à plusieurs époques en même temps un peu comme <em>The Hours</em>. Puts dit avoir tout de suite trouvé que c’était <em>an amazing idea</em>…</p>
<h4><strong>Une solution, peut-être ?</strong></h4>
<p>Les théories de Peter Gelb, on les connaît bien : « Il est essentiel pour une maison comme le Met d’enrichir le répertoire lyrique », dit-il. « Si l’on veut que l’opéra ait un futur, il doit, tout comme le cinéma, le théâtre ou les arts visuels, se renouveler. Mais c’est un défi car le public redoute souvent la création contemporaine, craignant qu’elle soit aride, peu accessible. » Et de se réjouir qu’existe « une nouvelle génération de compositeurs aux États-Unis qui n’ont pas peur d’écrire de la musique mélodique » : <em>The Hours</em>, <em>Fire Shut Up In My Bones</em>, <em>Dead Man Walking</em>, X : <em>The Lifes and Times of Malcolm X</em>…<br>Il est de fait que lors de la création au Met de <em>The Hours</em>, une grande partie du public (le chiffre de 40% circule) n’était jamais allée à l’opéra.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="649" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/390-galerie-photos1395-1669648369-1024x649.jpeg" alt="" class="wp-image-160751"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Renée Fleming © Evan Zimmerman &#8211; Met Opera</sub></figcaption></figure>


<p>Si on a lu le livre de Michael Cunningham (1998) ou vu le film de Stephen Daldry (2002, avec Nicole Kidman, Julianne Moore et Meryl Streep), on se souvient de trois personnages de femmes, de trois <em>biopics</em> entrelacés : Virginia Woolf essayant d’écrire <em>Mrs Dalloway</em> en 1923, Laura Brown une femme de la <em>middle class</em> dans une banlieue résidentielle de Los Angeles en 1949 attendant un enfant et dépressive, enfin Clarissa Vaughan, une éditrice new yorkaise organisant fiévreusement à la fin des années 2000 une <em>party</em> pour Richard, son ami très cher en train de mourir du sida.</p>
<p>Entre elles, plusieurs liens, et d’abord ce livre, <em>Mrs Dalloway.</em> <br>Virginia Woolf écrit l’histoire de cette femme du monde qui elle aussi prépare une <em>party</em>, et croise un jeune poète suicidaire ; Laura Brown lit le livre, où elle trouve un écho à sa propre dépression –&nbsp;on la verra s’enfuir, délaissant son petit garçon, et se réfugier dans un hôtel, le Normandy, pour s’y suicider en avalant des somnifères, ce qu’elle renoncera à faire ; Clarissa Vaughan, que Richard, son ami poète surnomme Mrs Dalloway (à cause de sa frénésie à organiser la <em>party</em>), revivra le souvenir de brèves amours avec lui, <em>their finest hours</em>. Dans le film de Stephen Daldry intitulé déjà <em>The Hours</em> (le titre auquel avait songé Virginia Woolf), on voit Ed Harris (Richard) sauter de sa fenêtre sous les yeux de Meryl Streep, et l’on voit Virginia Woolf (Nicole Kidman) entrer dans la rivière où elle se noiera. L’opéra sera plus allusif.</p>
<h4><strong>Un opéra post-moderne ?</strong></h4>
<p>Trois femmes que rapprochent leurs états d’âme : la mélancolie, la nostalgie, le ressouvenir, la dépression, le désespoir, la tentation du suicide, la mort. <br>Le livret de <strong>Greg Pierce</strong> reste très proche du scénario de David Hare pour le film. Et construit l’intrication des trois intrigues. De la même façon, la partition recourt à des superpositions, des collages, multiplie les références musicales, dans une esthétique qu’on dira post-moderne, et qui n’a pas peur de jouer la carte des <em>à la manière de</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="785" height="590" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/785x590-setting-hours.jpg" alt="" class="wp-image-160738"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Joyce DI Donato © Evan Zimmerman &#8211; Met Opera</sub></figcaption></figure>


<p>Est-ce parce que nous sommes dans une année Puccini, mais on pense souvent à lui. Le lyrisme des phrases, le pathétique, cette manière de faire chanter des femmes désemparées, mais aussi cette habileté à jouer en catimini d’audaces harmoniques ou simplement de dissonances, d’accords non résolus qui pourraient désappointer le public mais qui, l’émotion les portant, passent en contrebande. Puccini était coutumier du fait.</p>
<h4><strong>Un flux musical porté par l’orchestre</strong></h4>
<p>On pense aussi à lui parce qu’on peut écouter cet opéra en se détachant de l’intrigue pour se laisser porter par le flux musical, et d’abord par une écriture orchestrale constamment variée, scintillante, suggestive. Et par cette manière soudain d’étirer le temps, d’alterner tensions et détentes, de construire la montée vers un sommet d’émotion.<br>On pensera aussi à Richard Strauss, bien sûr à cause du trio final, qui rappelle <em>Rosenkavalier</em>, qui fut l’un des triomphes de Miss Fleming, un très beau trio où le temps semble se suspendre sur des arpèges de harpes qui ne veulent pas s’éteindre. Mais d’ailleurs est-ce que son air du premier acte « Here on this corner » ne fait pas déjà penser au monologue de la Comtesse Madeleine dans la scène finale de <em>Capriccio</em> ?</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="The Hours: “Here on this corner”" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/tRu4KaOAFxk?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
</div></figure>


<p>Puts avoue aussi sa dévotion de toujours à Mozart et c’est sans doute la raison d’une citation très drôle de quelques notes de la Reine de la nuit par une petite marchande de fleurs, Barbara (<strong>Kathleen Kim</strong>), qui les envoie très crânement.<br>Mais combien d’autres références passent dans la mémoire. Par exemple, le souvenir de Samuel Barber et de <em>Knoxville, Summer of 1915</em> pour l’écriture vocale ou celui du quintette avec clarinette « Souvenirs de voyage » de Bernard Hermann. Référence au compositeur attiré d’Hitchcock qui, je suppose, ne froisserait pas Kevin Puts, lui qui raconte volontiers son goût pour la musique de film, et notamment John Williams.</p>
<h4><strong>Salut à Philip Glass</strong></h4>
<p>Référence plus présente encore, Philip Glass. Qui avait écrit la partition du film de Steven Daldry, et Kevin Puts y fait explicitement allusion. Innombrables, les passages de musique répétitive où les bois, par exemple, font inlassablement tourner en boucle la même figure, sur laquelle les voix peuvent se poser. Dans une écriture vocale, qui le plus souvent choisit l’arioso, et un climat tonal, constamment modulant, frôlant l’atonalité, mais revenant toujours à la couleur tonale initiale.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/390-galerie-photos1396-1669648383-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-160737"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Renée Fleming © Evan Zimmerman &#8211; Met Opera</sub></figcaption></figure>


<p>Mais les envols lyriques sont superbes, ainsi cette scène du premier acte (pl. 7 du cd 1) où l’on voit Virginia (grandiose Joyce DiDonato) en pleine exaltation créatrice imaginer son personnage marchant dans les rues de Londres et être interrompue par la voix (celle du contre-ténor <strong>John Holiday</strong>) d’un homme chantant sous l’arc de Washington Square, une voix qui n’appartient pas à son univers mais à celui de Clarissa qui l’a entendue en passant par là dans un tableau précèdent.<br>Exemple du brio avec laquelle Puts utilise un des grands privilèges de l’opéra : faire s’exprimer deux ou plusieurs personnages en même temps et de surcroît ici des personnages vivant dans des mondes et des moments différents.</p>
<h4><strong>Simultanéité</strong></h4>
<p>On entend un autre exemple de cette virtuosité dans un passage crucial au début du second acte : après une ouverture très «&nbsp;atmosphérique&nbsp;» (ostinato des flûtes, longues phrases aériennes des violons, chœur à bouche fermée genre <em>Sirènes</em> de Debussy…), on verra Laura Brown, recluse dans sa chambre d’hôtel lire (et chanter) un passage de <em>Mrs Dalloway</em> que Virginia sera en train d’écrire dans une autre partie de la scène, leur voix tour à tour chantant à l’unisson puis divergeant. <br>La conduite vocale se sera un instant tendue, sur une écriture d’orchestre devenue très dissonante et heurtée, des couleurs sombres (basson, clarinette basse) pour évoquer le désarroi de Laura, avant de se rasséréner (ponctuations du piano emblématiques de Laura, souples phrases des cordes graves sur les deux voix entremêlées, lumière d’une flûte au lointain, retour des «&nbsp;sirènes&nbsp;») pour leur duo à distance. Puis surgira Leonard Woolf (<strong>Sean Pannikar</strong>) inquiet de l’absence de Virginia et on glissera vers une autre scène (Clarissa surprise de voir revenir du passé Louis (<strong>William Burden</strong>), ancien amant de Richard).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/390-galerie-photos1394-1669648359-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-160750"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Joyce DiDonato et Sean Pannikar © Evan Zimmerman &#8211; Met Opera</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un collage vertical</strong></h4>
<p>Un peu plus tard, un autre exemple de superposition de styles musicaux, collage vertical si l’on peut dire, fera entendre un trio enfantin (les neveux de Virginia enterrant un oiseau mort dans le jardin), un dialogue acéré entre Virginia et sa sœur Vanessa (réalisant à quel point Virginia est malade), une manière de choral par le chœur, un ostinato « à la Glass », de grands appels de cuivre, puis les ponctuations d’un piano dissonant et obsessionnel accompagnant les lignes de plus en plus douloureuses de la voix de Laura, dans sa chambre d’hôtel, renonçant à avaler les pilules mortifères qu’elle tient dans sa main. Et de là on glissera vers la chambre de Richard et un ultime dialogue pathétique entre Clarissa et lui, sur d’obsessionnels arpèges descendants des cordes, qui semblent figurer l’engloutissement du personnage.<br>Magnifique <strong>Kyle Petersen</strong> allant jusqu’à son «&nbsp;I love you, Mrs Dalloway&nbsp;» et à sa chute dans le vide. On entendra alors en guise de chant funèbre un immense fortissimo de l’orchestre et du chœur, une séquence d’une violence tellurique saisissante qui fait penser au Requiem de Ligeti.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="721" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/THE_HOURS_11_16_22_3089.jpeg" alt="" class="wp-image-160759"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Renée Fleming et Kyle Petersen © Evan Zimmerman &#8211; Met Opera</sub></figcaption></figure>


<p>Dans l’accalmie trompeuse qui suivra, on entendra les touchantes retrouvailles de Laura et de Richie, son petit garçon, mort d’inquiétude parce qu’il avait cru comprendre qu’elle était partie parce qu’elle avait quelque chose « growing inside her », quelque chose grossissant en elle, allusion au dialogue qu’il avait surpris entre sa mère et Kitty (<strong>Sylvia D’Eramo</strong>), une voisine venue confier son désarroi face à un cancer.<br>On entendra le rassérénement de Virginia et de Leonard – et la conduite de la voix fera penser de plus en plus à celle de Richard Strauss –, on entendra les retrouvailles entre Richie (le petit <strong>Kai Edgar</strong>) et Dan son père (<strong>Brandon Cedel</strong>), moment joyeux furtif où l’orchestre un instant imitera les harmonies moelleuses de la <em>Swing Era</em>.<br>Puis arrivera une vieille dame, Laura, et on aura la confirmation de ce que Richie était devenu Richard, ce poète préférant le suicide à la mort lente du sida, et qui jamais ne s’était remis de son enfance.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="785" height="590" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/hours_-setting.jpg" alt="" class="wp-image-160740"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Kelli O&rsquo;Hara, Kai Edgar, Brandon Cedel © Evan Zimmerman &#8211; Met Opera</sub></figcaption></figure>


<p>Le trio final, les trois femmes réunies au premier plan, sera un immatériel moment de fusion vocale évidemment straussien, entrelaçant les trois voix qui sembleront ne plus vouloir s’arracher à cette quiétude enfin trouvée, hors du temps, chacune devenant tour à tour l’écho des deux autres dans un <em>descrescendo</em> infini.</p>
<p>L’une des raisons de la réussite de <em>The Hours</em>, c’est un <em>cast</em> impeccable. Outre ceux qu’on a déjà nommés (tous remarquables) on citera encore <strong>Denyce Graves</strong> qui chante Sally, la compagne de Clarissa, et dont on regrette que la partition ne lui donne pas une place plus importante.<br>Renée Fleming (Clarissa) qui n’avait pas chanté à l’opéra depuis sept ans est dans une forme vocale étonnante. Son rôle reste dans un registre central qui n’a rien perdu de sa beauté, pour ne rien dire des phrasés et de l’émotion qu’elle dégage, malgré sa retenue.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/390-galerie-photos1392-1669648339-1024x683.jpeg" alt="Kelli O'Hara" class="wp-image-160749"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Kelli O&rsquo;Hara © Evan Zimmerman &#8211; Met Opera</sub></figcaption></figure>


<p><strong>Kelli O’Hara</strong>, qui brille le plus souvent dans la comédie musicale (c’est l’une des stars de Broadway), est tout aussi à l’aise dans le chant lyrique, avec une très jolie voix aux aigus faciles, et c’est une magnifique actrice.<br />Quant à Joyce DiDonato, aussi méconnaissable en Virginia Woolf que l’était Nicole Kidman, elle est bouleversante de gravité, d’intériorité, de vraisemblance aussi. On admire la longueur de la voix, Kevin Puts lui demandant à la fois de monter très haut et de descendre très bas.</p>
<p>C’est un enregistrement <em>live</em> mais, quelle que soit l’intensité de leur jeu théâtral, très intense, aucune des trois ne néglige la beauté du son.</p>
<p>Enfin, il faut saluer <strong>Yannick Nézet-Seguin</strong>. Le chef québécois fait cette remarque intéressante que, d’avoir dirigé l’œuvre d’abord dans une version de concert avec l’orchestre de Philadelphie, il a acquis la conviction que Kevin Puts est d’abord un symphoniste. D’où une direction d’une grande fluidité. Le soin qu’il apporte à une orchestration très pointilliste ne contrarie jamais la grande ligne, ni un lyrisme élégant, sans graisse ni pathos. L’<strong>Orchestre du Metropolitan Opera</strong> est splendide.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="438" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/1600x685-heading-hours-1024x438.jpg" alt="" class="wp-image-160868"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Kelli 0&rsquo;Hara, Renée Fleming, Joyce DiDonato © Evan Zimmerman &#8211; Met Opera</sub></figcaption></figure>
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		<title>Recital Joyce DiDonato &#8211; Istanbul</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-joyce-didonato-istanbul/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 Mar 2024 06:35:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Lorsqu’ils sont à court d’idées ou d’inspiration, les journalistes recourent parfois à des questions standardisées, mais néanmoins efficaces – c’est ce qui fait leur force&#160;: chantez-vous sous la douche&#160;? Quel livre/enregistrement/œuvre d’art/… emporteriez-vous sur une île déserte&#160;? Avec quel auteur/compositeur/… décédé aimeriez-vous partager un repas&#160;? Ces questions ont un avantage certain&#160;: elles ne sont pas &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsqu’ils sont à court d’idées ou d’inspiration, les journalistes recourent parfois à des questions standardisées, mais néanmoins efficaces – c’est ce qui fait leur force&nbsp;: chantez-vous sous la douche&nbsp;? Quel livre/enregistrement/œuvre d’art/… emporteriez-vous sur une île déserte&nbsp;? Avec quel auteur/compositeur/… décédé aimeriez-vous partager un repas&nbsp;? Ces questions ont un avantage certain&nbsp;: elles ne sont pas inattendues mais, pourtant, donnent le sentiment au lecteur d’accéder à une part d’intimité. Le critique – ce personnage bizarre au statut ambigu – est bien là pour donner son avis (émettre sa «&nbsp;critique&nbsp;») et, pourtant, l’on attend de lui une objectivité certaine ou, du moins, des arguments permettant à son avis de prétendre à l’universalité (ce critique est donc sans doute kantien). Idéalement, une critique pertinente – ou, du moins, honnête – devrait faire droit à ces deux exigences et concilier le subjectif et l’objectif. Livrons nous à l’exercice.</p>
<p>Quelle(s) pièce(s) emporterais-je sur une île déserte&nbsp;? «&nbsp;Le spectre de la rose&nbsp;» (Berlioz, <em>Les nuits d’été</em>) et «&nbsp;Wiegenlied&nbsp;» (R. Strauss).</p>
<p>Quelle chanteuse me touche au plus profond par son seul timbre, indépendamment de toute interprétation&nbsp;? Joyce DiDonato.</p>
<p>Le lecteur sait maintenant à quoi s’en tenir&nbsp;: l’objectivité du critique est, au mieux, un idéal et, au pire, une supercherie. Mais c’est d’art lyrique que nous parlons – d’art lyrique mais aussi d’émotions et de ressentis – et c’est donc depuis un fauteuil particulier que nous écrivons. Si l’on veut que la critique garde un sens, il suffit d’admettre qu’elle est toujours située.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/bipo_3_21_24_11-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-158791"/></figure>


<p>Ces précautions méthodologiques posées, venons-en à la prestation qui nous occupe. Articulé autour de pièces de Berlioz et Richard Strauss, le programme du récital donné par <strong>Joyce DiDonato</strong> et le <strong>Borusan International Philharmonic Orchestra</strong>, dirigé par <strong>Carlo Tenan</strong>, tire sa cohérence de ces deux compositeurs et, sans doute plus fondamentalement, du rapport affectif de l’interprète aux pièces choisies. Les <em>Lieder</em> et autres airs sont en effet extraits des cycles (ou des opéras)  dans lesquels ils s’inscrivent, ce qui ne dessert nullement l’homogénéité du propos. Les pièces sont connues, certaines ont d’ailleurs déjà fait l’objet d’enregistrements, et l’on s’étonne dès lors de voir la chanteuse souvent rivée à ses partitions. Mais c’est ce que nous entendons qui importe.</p>
<p>Le Borusan International Philharmonic Orchestra ouvre le programme par la « Marche hongroise » de <em>La Damnation de Faust</em>. Le ton est martial, comme il se doit, mais manque néanmoins d’une souplesse qui amènerait davantage de mouvement (imagine-t-on une marche figée ?). Les cuivres sont lumineux et les cordes puissantes et homogènes. D’emblée, l’on entend un orchestre engagé et dynamique – incisif même dans la « Grande fête chez Capulet ».</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/bipo_3_21_24_02-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-158789"/></figure>


<p>Le premier air de la mezzo, «&nbsp;Premiers transports que nul n’oublie&nbsp;» (Berlioz, <em>Roméo et Juliette</em>), est un condensé d’émotions&nbsp;: quelques arpèges de harpe et une première phrase menée d’un seul souffle dans un <em>legato</em> parfait suffisent à exprimer la maîtrise d’une interprète accomplie. On connaît son timbre&nbsp;: rond, velouté, enveloppant et même caressant. La projection est naturelle et le souffle, jamais pris en défaut, toujours au service de la phrase. D’une manière générale, toutefois, les fins de phrases amenées en decrescendo pourraient être mieux menées à leur terme. Le «&nbsp;D’amour l’ardente flamme&nbsp;» (Berlioz, <em>La Damnation de Faust</em>) déçoit un peu, peut-être parce que la magie du timbre n’opère plus aussi intensément. L’investissement dans le texte est moins abouti et les graves atteignent leurs limites, amenant la chanteuse à «&nbsp;poitriner&nbsp;» certaines notes. Le dialogue avec le cor anglais est superbement mené et son «&nbsp;dans ce baiser d’amour&nbsp;», presque chuchoté à la fin, est un instant fugitif mais sublime.</p>
<p>«&nbsp;Le spectre de la rose&nbsp;» (Berlioz, <em>Les nuits d’été</em>) clôt la première partie. Ici, les graves sont larges, pleins, somptueux et toujours lumineux (au regard de la pièce qui précède, ils sont amenés très différemment). On relève quelques défauts de prononciation qui étonnent quand on connaît la qualité habituelle des interprétations de la mezzo (des sons comme le «&nbsp;ou&nbsp;» de «&nbsp;tout&nbsp;» ou «&nbsp;ui&nbsp;» de «&nbsp;suis&nbsp;» sont fondus en une longue voyelle américanisante) – sans doute s’agit-il d’inattention et d’un petit manque de préparation. Mais, au-delà de ces commentaires techniques sans grand intérêt, il importe d’abord de souligner l’investissement d’une interprète au sens plein du terme. Joyce DiDonato vit ce qu’elle chante, et si une voyelle dissidente traîne encore, il est évident qu’elle a une compréhension parfaite de son texte et qu’elle rend les émotions qu’il demande avec une justesse absolue.</p>
<p>L’orchestre ouvre vaillamment la seconde partie du récital avec la suite de <em>Der Rosenkavalier</em> (R. Strauss). Le défi est d’envergure, tant par la longueur de la pièce, que par sa difficulté évidente d’interprétation. Défi globalement relevé, avec une pointe adéquate de pathos maîtrisé. Les transitions pourraient toutefois être amenées de manière moins abrupte et plus fluide (ce qui est d’une difficulté redoutable dans cette musique où tout n’est que retenue et relâchement).</p>
<p>Dans le «&nbsp;Wiegenlied&nbsp;» (R. Strauss), on regrette un orchestre trop présent, là où son intervention devrait rester diaphane. Le parti-pris semble avoir été de proposer une interprétation exploitant le côté sombre du <em>lied</em>. Cela peut surprendre mais se comprend dès lors que l’on admet qu’il ne s’agit pas seulement d’amour, mais peut-être aussi de mort&nbsp;: «&nbsp;da die Blume seiner Liebe diese Welt zum Himmel mir gemacht&nbsp;». Le «&nbsp;Muttertändelei&nbsp;» (R. Strauss) est léger mais les petites vocalises qu’il contient auraient pu être mieux dirigées, ce qui aurait sans doute évité certains assombrissements de la voix. «&nbsp;Morgen&nbsp;» puis «&nbsp;Zueignung&nbsp;» (R. Strauss) clôturent le récital par une démonstration de maîtrise vocale et interprétative exemplaire.</p>
<p>Au terme de l’écriture de ce texte, il semble que le partage objectif-subjectif renvoie à un partage technique-émotions. C’est que l’exercice demande à être encore affiné. Quoi qu’il en soit, à l’opéra, ce sont les émotions qui importent.&nbsp;</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-joyce-didonato-istanbul/">Recital Joyce DiDonato &#8211; Istanbul</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Carnegie Hall, saison 2024-25</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/carnegie-hall-saison-2024-25/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Feb 2024 15:49:59 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Carnegie Hall offrira une nouvelle saison prestigieuse où se côtoieront notamment quelques unes des plus grandes formations symphoniques : entre autres, le Los Angeles Philharmonic (Gustavo Dudamel), le Philadelphia Orchestra (Yannick Nézet-Séguin), l&#8217;Orchestra of St. Luke’s (Bernard Labadie, Louis Langrée et Raphaël Pichon), les Berliner Philharmoniker (Kirill Petrenko), le Royal Concertgebouw Orchestra (Klaus Mäkelä), la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Carnegie Hall offrira une nouvelle saison prestigieuse où se côtoieront notamment quelques unes des plus grandes formations symphoniques : entre autres, le Los Angeles Philharmonic (Gustavo Dudamel), le Philadelphia Orchestra (Yannick Nézet-Séguin), l&rsquo;Orchestra of St. Luke’s (Bernard Labadie, Louis Langrée et Raphaël Pichon), les Berliner Philharmoniker (Kirill Petrenko), le Royal Concertgebouw Orchestra (Klaus Mäkelä), la Philharmonie tchèque (Semyon Bychkov), le Chicago Symphony Orchestra et la Philharmonie de Vienne (Riccardo Muti), Les Arts Florissants (William Christie, au Zankel Hall), le Met Orchestra (Myung-Whun Chung et Yannick Nézet-Séguin), le London Symphony Orchestra (Antonio Pappano), le Cleveland Orchestra (Franz Welser-Möst), le Mahler Chamber Orchestra (Mitsuko Uchida),ou encore le Boston Symphony Orchestra (Andris Nelsons). La palme de l&rsquo;originalité symphonique reviendra peut-être à Riccardo Muti : le chef napolitain agrémentera ses divers programmes avec l&rsquo;ouverture de <em>Norma</em>, le ballet <em>Les Quatre saisons</em> extrait des <em>Vêpres siciliennes</em>, ou encore <em>Contemplazione</em> de Catalani. Nous passerons sur les nombreux solistes instrumentistes <a href="https://www.carnegiehall.org/Events/Carnegie-Hall-Presents-24-25?sourceCode=43473&amp;gad_source=1&amp;gclid=CjwKCAiAlJKuBhAdEiwAnZb7laO4r2zKVHBWYQjZtkEAt0curDekpOftbR1QEtsyxNLe9MqG9AbSzBoCwOUQAvD_BwE">à découvrir avec la totalité de la programmation ici.</a> Un seul opéra sera donné en concert, <em>Giulio Cesare in Egitto</em> (4/05) avec Christophe Dumaux (Giulio Cesare), Louise Alder (Cleopatra), Paula Murrihy (Sesto), Avery Amereau (Cornelia) et John Holiday (Tolomeo). Harry Bicket dirigera l&rsquo;English Concert. <span style="font-size: revert;">Joyce DiDonato participera à la 3e symphonie de Mahler avec le Philadelphia (15/10). </span>Le 12/06, Yannick Nézet-Séguin dirigera le Met Orchestra avec un programme Richard Strauss auquel participera Elza van den Heever et clôturera la saison le 18/06 avec un dernier programme affichant Angel Blue. Quelques récitals sont également prévus : dans l&rsquo;auditorium principal Piotr Beczała et Helmut Deutsch (9/12), Angel Blue et Lang Lang (8/03), Nina Stemme et Roland Pöntinen (2/05). Le Zankel Hall (599 places) affichera&nbsp;Lisette Oropesa (23/10), Asmik Grigorian (17/12), Ryan Speedo Green (22/01). Elena Villalón (13/11), Fleur Barron (20/03) et Gabriella Reyes (29/04)&nbsp;seront sur la scène du Weill Recital Hall (268 places).</p>
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		<title>HEGGIE, Dead Man Walking – New-York (Streaming)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/heggie-dead-man-walking-new-york-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Oct 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Fidèle à sa volonté de promouvoir la musique d’aujourd’hui, le Met ouvre sa saison avec Dead Man Walking, premier opéra de Jake Heggie, qui a connu depuis sa création à San Francisco en 2000 près de soixante-dix productions à travers le monde, ce qui en fait l’opéra contemporain le plus joué du vingt-et-unième siècle. Un &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Fidèle à sa volonté de promouvoir la musique d’aujourd’hui, le Met ouvre sa saison avec <em>Dead Man</em> <em>Walking</em>, premier opéra de <strong>Jake Heggie</strong>, qui a connu depuis sa création à San Francisco en 2000 près de soixante-dix productions à travers le monde, ce qui en fait l’opéra contemporain le plus joué du vingt-et-unième siècle. Un texte magnifiquement travaillé, une musique puissante, des interprètes vocalement au sommet et impliqués scéniquement, une direction d’orchestre énergique, tout contribue à faire de cette représentation un spectacle «&nbsp;coup de poing&nbsp;» qui cloue littéralement le spectateur sur son fauteuil.</p>
<p>Le livret est inspiré du roman de sœur Helen Prejean, une religieuse qui a accompagné jusqu’à leur dernier souffle plusieurs condamnés à la peine capitale et qui est devenue l’une des plus éminentes opposante à la peine de mort aux Etats-Unis. Le spectacle commence et se termine par une mise à mort hyperréaliste dont le but est d’impressionner le public. Durant l’ouverture, est projeté sur un cube géant au-dessus du plateau, le crime sordide perpétré par les frères de Rocher qui agressent deux jeunes gens dans une clairière au bord d’un lac. L’un abat le jeune homme d’une balle à bout portant et sera condamné à la perpétuité, l’autre, Joseph, viole la jeune fille avant de la poignarder pour mettre fin à ses cris. La dernière scène nous montre l’exécution de Joseph, également projetée pour les spectateurs du Met sur le cube géant afin qu’aucun détail ne leur soit épargné : les sangles avec lesquelles le meurtrier est maintenu sur la table d’exécution, l’injection en gros plan, le liquide vert qui s’écoule dans la veine du condamné, ses soubresauts spasmodiques jusqu’à son immobilisation définitive. Entre ces deux scènes difficilement soutenables, nous assistons à la rencontre entre sœur Helen et Joe de Rocher dans le pénitencier d’Etat de Louisiane, l’acharnement avec lequel la religieuse tente de faire avouer son crime au condamné qui se dit innocent, leur espoir déçu lors de l’audience de la commission de réhabilitation, la confrontation entre la religieuse et la mère du condamné ainsi qu’avec les parents des victimes qui l’accablent pour avoir choisi de soutenir le bourreau de leurs enfants. La partition qui fait la part belle aux cordes et aux vents, colle parfaitement au drame, comme une musique de film. Elle fait alterner des moments de violence inouïe lorsqu’elle dépeint les meurtres notamment, et des passages mélodieux, tel l’hymne chanté par sœur Helen « He will gather us around » qui devient son leitmotiv tout au long de l’opéra jusqu’à la scène finale où elle le susurre à l&rsquo;oreille de de Rocher agonisant. On y entend également des réminiscences de gospel, voire de jazz. Chacun des personnages principaux a au moins un monologue. L’ensemble qui conclut le premier acte est particulièrement impressionnant.</p>
<p>Les décors de <strong>Jan Versweyveld</strong> sont extrêmement sobres. Quatre murs gris ornés de portes, éclairés par des teintes chaudes pour la scène à Hope House, la mission de sœur Helen, et froides pour le parloir du couloir de la mort. Pas de barreaux ou de parois en plexiglass ni de menottes pour entraver les conversations entre le condamné et sa conseillère spirituelle. Le crime durant le prologue se déroule pendant la nuit, tandis que l’exécution finale a lieu sous une lumière crue. &nbsp;La direction d’acteur d’<strong>Ivo van Hove</strong>, cohérente et efficace souligne discrètement les états d’âme des divers personnages. L’utilisation de la vidéo est pertinente, en particulier les gros plans sur les visages des personnages qui traquent leurs émotions.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="438" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dead-Man-Walking-©-Karen-Almond-Metopera-1024x438.jpg" alt="" class="wp-image-148727"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Dead Man Walking <strong>©</strong> Karen Almond Metopera </sup></figcaption></figure>


<p>C’est une distribution solide et sans faille qui a été réunie ici, saluée par une ovation debout lors du rideau final. Les seconds rôles sont tous remarquables, citons <strong>Justin Austin</strong>, impeccable dans le rôle du motard qui arrête la religieuse en route vers le pénitencier pour excès de vitesse, une séquence humoristique qui détend l’atmosphère après la scène de l’agression. <strong>Chad Shelton</strong> campe un aumônier cynique et peu amène à l’égard de sœur Helen tandis que le directeur de la prison incarné par <strong>Raymond Aceto</strong> ravit grâce à sa bonhommie. Des quatre parents des victimes, tous excellents, se détache <strong>Rodney Gilfry</strong> qui, au premier acte, se montre agressif à l’égard de sœur Helen et catégorique en ce qui concerne la peine de mort qu’il appelle de ses vœux, avant d’être saisi par le doute au moment de l’exécution. Belle performance théâtrale et vocale du baryton américain dont la voix a conservé tout son impact. <strong>Susan Graham</strong> qui en 2000 avait créé le rôle de sœur Helen, livre une interprétation magistrale de la mère du condamné qui voue une dévotion indéfectible à son fils. Son monologue poignant dans la scène de l’audience de la commission de réhabilitation, constitue un des moments forts de la soirée. Les gros plans sur son visage halluciné et désespéré montrent que nous avons affaire à une grande tragédienne qui incarne son personnage avec une voix douloureuse dont l’effet est saisissant. <strong>Latonia Moore</strong> campe avec une voix solide dont le registre aigu onctueux fait merveille, sœur Rose, la confidente de sœur Helen dont l’humour est salutaire dans la situation dramatique que vivent les principaux protagonistes, en particulier le condamné. Celui-ci est incarné par <strong>Ryan McKinny</strong>, baryton à la voix corsée et au physique d’athlète qui n’hésite pas à exécuter sur scène une vingtaine de pompes tout en chantant ! S’il se montre hostile et buté lors de sa première rencontre avec sœur Helen, il finit par tomber petit à petit le masque jusqu’à son aveu déchirant et sa demande de pardon aux parents, juste avant son exécution. Une interprétation magistrale des sentiments contradictoires qui tourmentent ce personnage complexe servie par une voix solide, capable de rugir sa colère comme d&rsquo;émettre de délicates demi-teintes lorsqu’il libère sa conscience. <strong>Joyce DiDonato</strong> enfin, omniprésente, porte l’ouvrage sur ses épaules. La mezzo-soprano américaine trouve ici sans doute l&rsquo;un de ses plus grands rôles. Elle campe avec conviction, une sœur Helen volontaire et déterminée qui affronte crânement la réprobation de ses consœurs, les remarques acides de l’aumônier, l’agressivité des prisonniers à son égard, l’hostilité du condamné, les reproches des parents des victimes et poursuit sa mission jusqu’au bout malgré les doutes qui ne manquent pas de l’assaillir. Musicalement le rôle sollicite essentiellement son medium corsé et bien projeté. Avec son timbre pur et chaleureux, elle traduit admirablement tous les affects de ce personnage attachant et sensible qu’elle avait déjà incarné à Houston en 2012, à Madrid en 2018 et gravé dans une <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/latlantique-est-un-abime/">intégrale en CD</a> parue chez Virgin. Au pupitre, <strong>Yannick Nézet-Seguin</strong>, adulé par le public new-yorkais qui lui réserve une belle ovation, propose une direction fluide et contrastée, théâtralement spectaculaire et insuffle à un orchestre du Metropolitan Opera en grande forme un rythme alerte et soutenu. </p>
<p>Le samedi 18 novembre, le Metropolitan Opera retransmettra dans les cinémas du réseau Pathé Live, <em>La Vie de Malcom X</em> un opéra d&rsquo;Anthony Davis</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/heggie-dead-man-walking-new-york-streaming/">HEGGIE, Dead Man Walking – New-York (Streaming)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>Concert du Metropolitan Opera de New-York (2) &#8211; Philharmonie</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/concert-du-metropolitan-opera-de-new-york-2-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Taillia]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Jul 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On a l’habitude, en France, de voir des orchestres étrangers nous faire la leçon sur Hector Berlioz. A une époque où on persistait à l’ignorer superbement, Thomas Beecham, outre-Manche, le défendait avec ferveur, avant que Colin Davis s’applique à enregistrer toutes ses œuvres, appuyé sur des formations et des distributions de prestige. John Eliot Gardiner, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On a l’habitude, en France, de voir des orchestres étrangers nous faire la leçon sur Hector Berlioz. A une époque où on persistait à l’ignorer superbement, Thomas Beecham, outre-Manche, le défendait avec ferveur, avant que Colin Davis s’applique à enregistrer toutes ses œuvres, appuyé sur des formations et des distributions de prestige. John Eliot Gardiner, ensuite, a remis sur le métier l’ouvrage, avec l’apport musicologique propre aux interprétations <em>historically informed. </em>A la Philharmonie de Paris, c’est cette fois le Metropolitan Opera de New-York qui lui consacre la totalité de son deuxième concert. L’énergie débordante de l’ouverture du <em>Corsaire </em>a quelque chose à voir avec l’enthousiasme qui émane de <strong>Yannick Nézet-Seguin</strong> : la soirée s’ouvre dans la chaleur et l’exubérance, le plaisir non dissimulé de jouer – et de jouer bien, à faire gronder les sonorités comme on ferait vrombir le moteur d’une grosse cylindrée.</p>
<p><strong>Joyce DiDonato</strong> apporte à l’ensemble un peu de la solennité de sa magnifique Didon (immortalisée dans les <em>Troyens </em>enregistrés il y a quelques années par John Nelson). « Chers Tyriens » impressionne d’emblée, par la clarté laiteuse du timbre, la souplesse du legato, la subtilité des phrasés, l’égalité des registres jusque dans un aigu à peine pincé, mais aussi par la puissance de la projection, la dignité du chant et du maintien, la lumière qui perce la moindre phrase – c’est Rossini et Gluck réunis à leur meilleur. Après une « Chasse royale et orage » où les différents solistes de l’orchestre peuvent faire, une fois encore, la démonstration de leur virtuosité, la mort de Didon offre à Joyce DiDonato une véritable scène de théâtre. La rage féroce du récitatif, dont les imprécations feraient pâlir une Médée au bout de sa vengeance, le désespoir de « Ah ! je vais mourir », avant la résignation douloureuse d’« Adieu, fière cité » sont comme un précipité de tout ce que doit savoir faire une tragédienne. Parfaitement naturelle dans la gradation des sentiments qui traversent son personnage, d’une plénitude vocale foudroyante, DiDonato nous ferait presque regretter de ne l’entendre ce soir que dans des extraits, et de ne pas assister à une représentation entière.</p>
<p>Mais pour des <em>Troyens </em>intégraux, il eût fallu se priver de la <em>Symphonie Fantastique </em>donnée en deuxième partie. Et la façon dont Yannick Nézet-Seguin prend à bras le corps cette œuvre protéiforme, hommage à Beethoven et pont lancé vers Wagner et plus loin vers Mahler, vers Strauss, vers Debussy même, bien qu’il s’en défendit, mérite d’être entendue. Au-delà de la rutilance de l’orchestre, le chef sait, ce soir peut-être mieux que lors du concert de la veille, galvaniser ses musiciens, doser les énergies, maintenir une tension. Celle-ci s’installe dès les premières mesures de « Rêverie et passion » et se poursuit très intelligemment avec une « Valse » détaillée dans ses moindres contrechants aux altos (dans les rangs desquels on remarque Marilyn Stroh, dans les rangs depuis 1960) et admirablement intégrée au récit d’ensemble, quand tant de chefs en font un intermède un peu facile. A peine se dilue-t-elle dans une « Scène aux champs », dont on sait qu&rsquo;elle fut inspirée à Berlioz par une promenade autour de Moret-sur-Loing, et qu’on aurait rêvée moins éthérée, plus terrienne et charnelle. Mais à ce rythme-là, le final arrive vite : la « Marche au supplice » et le « Songe d’une nuit de sabbat », avec Nézet-Seguin, ne sont qu’un même mouvement cauchemardesque, course à l’abîme qui fait trembler tant il semble impossible que les musiciens le suivent, et pourtant ils le font sans la moindre faiblesse.</p>
<p>Triomphe, retour sur scène de Joyce DiDonato et entorse à la composition intégralement berliozienne du programme pour le bis – mais un « Morgen » de Richard Strauss d’une telle émotion, porté par le violon magnifique de <strong>Benjamin Bowman</strong>, mérite bien qu’on s’affranchisse de toutes les règles !</p>
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