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	<title>Pierre DOYEN - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Fri, 26 Jun 2026 14:31:00 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Pierre DOYEN - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BIZET, Carmen – Milan</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-milan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 25 Jun 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a un peu plus de 10 ans que Carmen n’avait pas été donnée à la Scala. Rappelons-le : l’ouvrage a une longue et belle histoire avec le temple milanais. Il y fut créé (en italien) le 26 décembre 1885, soit un peu plus de dix ans après la première mondiale à l&#8217;Opéra-Comique, le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Il y a un peu plus de 10 ans que <em>Carmen</em> n’avait pas été donnée à la Scala. Rappelons-le : l’ouvrage a une longue et belle histoire avec le temple milanais. Il y fut créé (en italien) le 26 décembre 1885, soit un peu plus de dix ans après la première mondiale à l&rsquo;Opéra-Comique, le 3 mars 1875. Les plus grandes voix et les plus grands chefs s’y sont illustrés et la liste donne un peu le vertige. Pour l’immédiat après-guerre, on pourra citer (en vrac et sans exhaustivité), pour le rôle-titre : Giulietta Simionato, Fedora Barbieri, Fiorenza Cossotto, Viorica Cortez, Shirley Verrett, Agnès Baltsa, Elīna Garanča, Anita Rachvelichvili ; en Don José : Giuseppe Di Stefano, Ramon Vinay, Mario Del Monaco, Franco Corelli, Guy Chauvet, Nicolaï Gedda, Placido Domingo, Jonas Kaufmann, José Cura ; en Escamillo : Gabriel Bacquier, Erwin Schrott, Ruggero Raimondi, José van Dam, Ernest Blanc ou Michel Roux (Blanc ou Roux : les goûts et les couleurs) ; et enfin, quelques Micaela : Helen Donath, Adriana Maliponte, Maria Chiara ou encore Mirella Freni. Côté chefs, on ne se débrouille pas trop mal non plus : Herbert von Karajan, Georges Prêtre (qui dirigera la première exécution scaligère en langue française avec Cossotto, Chauvet, van Dam, et Donath en 1972), Michel Plasson, Claudio Abbado, Daniel Barenboim et même un jeune Gustavo Dudamel.</p>
<p style="font-weight: 400;">Coproduite avec le Royal Opera, la mise en scène de <strong>Damiano Michieletto</strong> connait une nouvelle création  à la Scala cette saison, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-londres/">dans une version assez proche dans la forme de celle de Covent Garden</a>. L’action y est transposée dans les années 70, dans l’Espagne franquiste. Les décors sont sobres et assez dépouillés, réhaussés par des éclairages plutôt sophistiqués. Visuellement, la scénographie évoque celle de Calixto Bieito vue un peu partout dans le monde <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/ole-ole/">depuis une quinzaine d&rsquo;années</a> (et en particulier à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/carmen-paris-bastille-somptueuse-anita-rachvelishvili/">Paris</a>), mais demeure plus intéressante au niveau du travail dramatique. Quelques rares éléments sont légèrement modifiés, signe que le metteur en scène a retravaillé sa production pour Milan. Par exemple, le manège actionné par les enfants au premier acte disparait (1), au lieu de jouer avec ces gamins Carmen sème la pagaille en éparpillant dans la foule les formulaires des policiers, les cigarières ne dansent plus avec les hommes venus les admirer, la gigantesque rampe d’éclairage est un peu de biais au lieu d’être parallèle à la scène, etc. Voilà pour le seul premier acte : rien de fondamental comme on le voit. L’interaction entre les deux protagonistes est en revanche adaptée aux chanteurs et, en quelque sorte, inversée. À Londres, Aigul Akhmetshina venait débaucher Piotr Beczała, un officier propre sur lui (ce qu’il n’est pas dans la nouvelle de Mérimée du reste). Ici, Clémentine Margaine est davantage une femme fatale (et fataliste) plus stoïque et qui fait face à un chien fou à qui il ne faut pas grand-chose pour retomber dans ses pulsions, et ce nouvel équilibre fonctionne bien (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/lucia-di-lammermoor-new-york-le-feu-et-la-glace/">on a d’ailleurs pu en voir un autre exemple ici)</a>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Les textes parlés, déjà modernisés et simplifiés à Londres, sont encore plus écourtés ici. Certaines répliques sont même carrément coupées (par exemple « Place au seigneur alcade »). Si l’on peut comprendre que les dialogues d’opéra-comique ne conviennent pas à un public étranger, pourquoi ne pas utiliser plutôt les excellents récitatifs d’Ernest Guiraud, composés justement à cet effet ? Avec ces pages musicales qui s’enchainent sans solution de continuité, l’ouvrage parait paradoxalement moins digeste, quoique plus court, faute de respirations permettant au spectateur de se ressaisir entre deux émotions fortes (un peu comme les numéros musicaux dans les films des Marx Brothers). Par ailleurs, le sens réel du texte semble parfois secondaire pour Michieletto : « Votre toast, je peux vous le rendre » (alors que ledit toast a été coupé), « Voici la quadrille » (pour l’arrivée d’un unique toréro), « Dans la foule il se cache » (Don José se cache d’autant moins qu’il est seul sur le plateau, et bien visible), etc. À ces détails près, le spectacle fonctionne parfaitement, surtout pour un public non francophone.</p>
<p style="font-weight: 400;">La Carmen de <strong>Clémentine Margaine</strong> est bien connue : le mezzo-soprano a incarné la fatale gitane sur presque toutes les scènes du monde, de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/carmen-new-york-la-french-touch/">New-York</a> à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/une-invitation-au-voyage/">Saint-Céré</a>, et même <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/carmen-paris-bastille-paris-bastille-un-gout-dinacheve-et-de-grandiose/">Paris</a>. La voix est puissante, le timbre chaleureux, l’émission est inaltérée et le français est très largement compréhensible. Dramatiquement, sa Carmen, un peu sous-jouée, est davantage hautaine, blasée, résignée et dominatrice que séductrice<strong>. </strong>Avec<strong> Vittorio Grigòlo</strong> en revanche, on comprend en quoi l’ouvrage annonce le vériste. Dans une forme vocale éclatante, le ténor romain campe un Don José survolté, mais sans excès histrionique toutefois : il est remarquable que ce chanteur, parfois passionné au-delà du raisonnable, trouve quelques-uns de ses meilleurs emplois <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/werther-londres-roh-la-metamorphose-de-vittorio-grigolo/">dans l’opéra français</a>, comme si ce répertoire lui permettait de combiner idéalement la chaleur dramatique du ténor italien et ce je-ne-sais-quoi de retenue que demande l’opéra français. La voix est puissante, tout en sachant s’alléger et nuancer. L&rsquo;air de la Fleur est une réussite d&rsquo;équilibre (notons toutefois que le chanteur choisi un parti intermédiaire en attaquant le si bémol final piano (avant de l&rsquo;enfler) plutôt que pianissimo d&rsquo;un bout à l&rsquo;autre). Le phrasé est impeccable, le timbre s’est légèrement assombri mais l’aigu est clair, et le suraigu semble même plus facile qu’autrefois, avec un contre-ut non écrit crânement assuré à la fin de l’acte II. Signalons que Vittorio Grigòlo retrouvera le répertoire français à la Scala en octobre prochain avec une série de <em>Faust</em>.</p>
<p style="font-weight: 400;"><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-semiramide-paris-tce/">Après un formidable Assur</a>, nous attendions beaucoup de l’Escamillo de <strong>Giorgi</strong> <strong>Manoshvili</strong>. Le rôle est certes excellement chanté, mais il lui manque ce surcroit de charisme décomplexé qui fait les toreros mémorables. Finaliste du <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/le-baryton-russe-sergey-kaydalov-remporte-le-concours-reine-sonja/">Concours Reine Sonja en 2019</a>, <strong>Natalia Tanasii</strong> défend bien sa Micaela mais son vibrato serré ne sera pas au goût de tout le monde, et l’émission des notes les plus aiguës nous a semblé un brin exotique.</p>
<p style="font-weight: 400;">Au chapitre des seconds rôles, on appréciera le soprano sonore de <strong>Sarah Dufresne</strong> en Frasquita et le mezzo fruité de <strong>Marine</strong> <strong>Chagnon</strong>. Le Zuniga de <strong>Xhieldo Hyseni</strong> chante un peu dans sa barbe. En revanche, le Remendado est excellement défendu par un <strong>Loïc Félix</strong> à la voix limpide, tandis que le Dancaïre de <strong>Pierre Doyen</strong> est impeccable, de même que le Morales de <strong>Simone Del Savio</strong>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Les <strong>Chœurs du Teatro alla Scala</strong> sont plein de vigueur et très motivés dramatiquement. Les voix blanches sont superbes (y compris dans un français étonnamment bien articulé). Question de goût, nous préférons toutefois un chant plus lyrique (même s’il est plus conventionnel) à une émission ici plus réaliste, avec des aigus un peu criés plutôt qu&rsquo;émis en voix de tête (un choix identique a d’ailleurs été fait depuis plusieurs saisons à Londres).</p>
<p>Le public parisien (entre autres) avait pu entendre <strong>Myung-whun Chung</strong> diriger <em>Carmen</em> 16  fois à Bastille en 1993, époque où il était directeur musical de l&rsquo;Opéra de Paris. Le chef coréen défendit également le chef-d&rsquo;œuvre de Bizet <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/v1/concerts/carmen_choregies_04.htm">à Orange en 2004</a>. Chung offre ici une version radicalement différente, très tendue, où les percussions notamment ont une présence inhabituelle. La souplesse des tempi est remarquable, toujours au service du drame (quitte à prendre parfois légèrement en défaut les interprètes, chœurs compris, par des ralentis ou des accélérations inopinées). Le chef sait aussi faire ressortir des détails d&rsquo;orchestration originaux (notablement dans l&rsquo;air de la Fleur), sans pour autant perdre de vue l&rsquo;arc dramatique : du grand art.  Cette lecture originale démontre la capacité de renouvellement d&rsquo;un jeune chef de 73 ans, chaleureusement accueilli par le public. Enfin, sous la baguette de son nouveau directeur musical, l&rsquo;<strong>Orchestre de la Scala</strong> se révèle une fois de plus exceptionnel dans la beauté de ses sonorités.</p>
<ol>
<li>
<pre>Peut-être l’application d’une énième directive européenne sur la sécurité des aires de jeux pour enfants ? Plaignons les réalisateurs de films bientôt obligés d’électrifier <em>Le Meurtre de l’Orient-Express</em> et d’équiper le char de Ben-Hur d’un airbag.</pre>
</li>
</ol>
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		<item>
		<title>POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 06:24:47 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Humains, très humains.Illuminés par une grâce, une lumière (en dépit de la pénombre) paradoxalement plus terrestres que célestes, tels sont ces Dialogues.Un spectacle, ou un rituel, qui ne parle que de mort, d’apprentissage de la mort, se mue en célébration de la vie. Éternelle ? Qui peut le dire ? Anne-Catherine Gillet irradie Proposé à &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Humains, très humains.<br />Illuminés par une grâce, une lumière (en dépit de la pénombre) paradoxalement plus terrestres que célestes, tels sont ces <em>Dialogues</em>.<br />Un spectacle, ou un rituel, qui ne parle que de mort, d’apprentissage de la mort, se mue en célébration de la vie. Éternelle ? Qui peut le dire ?</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-21-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207810"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Eugénie Joneau et Anne-Catherine Gillet © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Anne-Catherine Gillet irradie</strong></h4>
<p>Proposé à maintes reprises à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/qui-donne-ne-mesure-pas/">Paris</a>, puis à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/dialogues-des-carmelites-bruxelles-la-monnaie-le-mysticisme-radical-selon-py/">Bruxelles</a>, puis à nouveau <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-paris-tce/">à Paris</a>, avec des distributions changeantes, il rayonne à Lausanne tout particulièrement. L’intimité de la salle, la clarté de l’acoustique, la proximité des visages, tout cela joue.<br />Mais d’abord une distribution dominée par l’incarnation irradiante de Blanche par <strong>Anne-Catherine Gillet</strong>. Exaltée, vibrante de passion, habitée de passions contradictoires.<br />Moins que certains gestes chargés de sens (les bras en croix), c’est quelque chose d’impatient, d’ardent, dans sa manière d’être, dans son corps, qui donne crédibilité à son personnage. Une vérité intérieure.<br />Mais aussi la voix, la chaleur du timbre, et une maitrise de la ligne vocale, une autorité, une certitude dans la profération. Poulenc aurait été enchanté, lui qui avait sué sang et eau pour que la mélodie respecte absolument la prosodie, et avait fait « attention aux bonnes voyelles sur les sons aigus » (lettre à Pierre Bernac).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-18-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207807"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Mondes intérieurs</strong></h4>
<p>Mais avant d’en venir à un casting qui peut-être justement humanise le propos et lui enlève de sa sécheresse, il faut en revenir à la beauté plastique du spectacle.<br /><strong>Olivier Py</strong> fait le choix de l’abstraction. Ce n’est ni la vision historicisante de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/apprivoiser-la-mort/">Mireille Delunsch (à Angers-Nantes</a> avec déjà Anne-Catherine Gillet) ou <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-nancy/">celle toute récente de Nancy</a> qui contemporanéise, avec rudesse semble-t-il.<br />Ici tout se passe dans une boîte de bois sombre, où des panneaux mobiles viennent délimiter des espaces clos. La scénographie est sans cesse changeante, tout glisse, pendant les magnifiques interludes orchestraux (on peut alors goûter pleinement les saveurs, la sensualité, la palette immédiatement reconnaissable du maître de Noizay, et l’<strong>Orchestre de chambre de Lausanne</strong> y est comme chez soi, sous la direction très souple, très aérée de <strong>Jacques Lacombe</strong>).<br />Parfois la boîte s’ouvre vers un ailleurs, apparaissent de grands troncs d’arbres (à l’écorce très concrète), ou un fond argenté dans le lointain, aux motifs insaisissables, dans une dialectique fermeture-ouverture (vers quoi ?) qui structure le récit. Quelques ombres chinoises en transparence évoqueront les agitations révolutionnaires.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-11-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207802"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>L’aveu</strong></h4>
<p>Autre image forte, celle de l’agonie et de la mort de la première Prieure, Mme de Croissy : son lit est en position verticale au fond du plateau, de sorte qu’on a l’impression de surplomber la scène, le mobilier, le chevet, le Bréviaire. La mourante s’agite sous ses draps et tend la main à Blanche dans un ultime adieu, référence au geste de Dieu vers Adam au plafond de la Sixtine. <br /><strong>Lucie Roche</strong> est bouleversante dans ce quatrième tableau, alors qu’elle avait semblé chercher l&rsquo;homogénéité de sa voix dans sa première apparition, le moment où elle accueille Blanche au couvent et lui demande le nom qu’elle s’est choisi &#8211; et ce sera Sœur Blanche de l’Agonie du Christ.</p>
<p>Ici, l’effet de sa voix de contralto est saisissant. « Bien entendu, on ne rigolera pas… mais je pense et je voudrais qu’on soit noué d’émotion », avait écrit Poulenc à Doda Conrad… C’est le cas. Certaines âpretés, et les sauts de registre, ajoutent encore au pathétique et à la grandeur des derniers préceptes qu’elle délivre à Blanche : « Ne sortez pas de la simplicité et surtout ne vous méprisez jamais ». <br />Et à ce moment où, avant de passer dans l’autre monde, la Prieure est saisie d’une vision hallucinée, la chapelle ruinée, l’autel profané, avant d’avouer « Dieu nous renonce ».</p>
<p>Enfin dans un râle on l’entendra dire « Peur… peur de la mort », au grand effroi de la très raide et conformiste Mère Marie. <br />La peur, peur spirituelle et peur physique, peur et désir du martyre, hante les consciences tout au long de cette histoire, et même celle de cette femme (« tellement autoritaire », comme dit Poulenc) dont les certitudes vacillent à l’instant fatal.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-26-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-207814"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Floriane Derthe, Anne-Catherine Gillet © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Couleurs de voix</strong></h4>
<p>Dans la correspondance de Poulenc avec Pierre Bernac, véritable journal de la création, on trouve de longs commentaires de Bernac sur les tessitures auxquelles pense d’abord Poulenc : trois sopranos pour les rôles de Blanche, Marie et la seconde Prieure. Pour cette dernière il songe à un soprano « sec, genre Danco », tandis que Blanche est écrit expressément pour Denise Duval, qu’il considère aussi comme un soprano « sec ». Poulenc cède très vite aux arguments de Bernac :(« Vous avez, comme toujours (cela finit par être irritant) raison ». Il ajoute : « Naturellement, il faut écrire ‘Mère Marie’ pour un mezzo, ce qui donnera au deuxième acte : Constance soprano léger, 2ème Prieure gd soprano, Blanche soprano et Mère Marie mezzo ».</p>
<h4><strong>La foi heureuse</strong></h4>
<p>La voix légère et agile de <strong>Floriane Derthe</strong> est idéale pour le personnage juvénile de Sœur Constance, qui a la foi heureuse &#8211; elle est bien la seule. Elle dit des choses que Blanche ne peut pas comprendre : que la vie est amusante, et que peut-être la mort sera amusante aussi. « Ne craignez-vous point que Dieu se lasse de tant de bonne humeur ? lui réplique Blanche &#8211; Je crois vraiment que c’est une inspiration de l’âme », lui rétorque Constance, qui babille et, jolie image inventée par Olivier Py, fait des bulles de savon avec l’eau du <em>panossage</em> (panosser, c’est le fait de passer la serpillière, usons de ce mot vaudois, c’est le moment ou jamais, &#8211; d’autant que Poulenc a écrit certaines scènes des <em>Dialogues</em> à Lausanne-Ouchy en 1953…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-7-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207799"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>au centre, Rodolphe Briand ; deuxième à gauche : Catherine Hunold © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>La seconde Prieure, Madame Lidoine, très justement ici, en parfait contraste avec la Première, est un vrai soprano lyrique, <strong>Catherine Hunold</strong>, qui dessine un personnage maternel et rond. Poulenc lui dédie un long monologue « à la bonne franquette » (c’est elle-même qui le dit) vantant les vertus de patience, de conciliation, de modestie, un monologue dont la ligne ductile ne s’interrompt que pour une mise en garde : « Nous sommes de pauvres filles, méfions-nous même du martyre ».</p>
<h4><strong>Sororité</strong></h4>
<p>Autre belle image, toute simple, l’assemblée des femmes pour l’Ave Maria, image de ferveur, de sororité, de rassemblement, quelque différentes soient les manières de vivre la Foi.</p>
<p>Capitale et magnifique, la scène des adieux entre Blanche et son frère, le Chevalier de la Force, qui part pour l’exil. Blanche lui affirme que la peur l’a quittée, que, là où elle est, plus rien ne peut l’atteindre. Mais non seulement la musique de Poulenc insinue le contraire, de surcroît Anne-Catherine Gillet suggère par les couleurs de sa voix, la grandeur tragique de ses phrasés, que le poison du doute, ce poison dont elle a failli périr, dit-elle, que la terreur profonde qui lui est consubstantielle, sont toujours là. Superbe incarnation du jeune et tendre chevalier par <strong>Léo Vermot-Desroches</strong>. Le timbre, la conduite de ligne, la souplesse, les passages en voix mixte, tout cela illumine ce duo d’amour fraternel.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-19-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207808"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Anne-Catherine Gillet, Léo Vermot-Desroches © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Comme lui, Blanche choisira la fuite, après que la communauté aura voté l’acceptation du martyre et c’est revenue dans la maison de son père qu’elle avouera que la peur, la peur est toujours là. Et qu’elle accepte qu’on la méprise. « Le malheur, c’est seulement de se mépriser soi-même », lui répondra sèchement Mère Marie (et c’est un écho au « Ne vous méprisez jamais » de la première Prieure).</p>
<h4><strong>Le mystère de la bonté</strong></h4>
<p>Mère Marie est incarnée par <strong>Eugénie Joneau</strong>, qui est ce mezzo avec des aigus que voulait Poulenc. Elle est magnifique d’autorité et de voix. De plus, elle ajoute au personnage quelque chose qui émane de sa personne, une bonté, une indulgence, quelque chose de maternel ou sororal que Mère Marie n’a pas forcément, et qui enrichit encore le nœud complexe des relations entre les Carmélites.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-10-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207801"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>La Conciergerie. Au centre Floriane Derthe et Catherine Hunold © Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Particulièrement belle, la longue adresse de la seconde Prieure aux sœurs emprisonnées dans la Conciergerie (longues balafres de lumières dans sa nuit, silhouettes fantomatiques et accablées). La mélodie ressemble d’ailleurs étonnamment à certains contours de <em>La Voix humaine</em>. Là encore Catherine Hunold irradie de bonté. La question du martyre est toujours centrale. Mme Lidoine n’a pas pris part au vote, mais elle se soumet au vœu de ses compagnes. <br />Sur un tempo majestueux, qui était déjà celui de son prône au deuxième acte, elle consent à la mort, et le soprano fait rayonner de façon particulièrement magnifique la grande phrase de Bernanos, une des clés de l’œuvre peut-être : « Au jardin des Oliviers, le Christ n’était plus maître de rien, il a eu peur de la mort ». Humain, trop humain…</p>
<h4><strong>Coups de théâtre</strong></h4>
<p>Viendront ensuite les deux coups de théâtre de la fin : d’abord Mère Marie, sortie du Carmel pour aller convaincre Blanche d’y revenir, choisira de ne pas se joindre à ses sœurs martyrisées. « Je suis déshonorée », dira-t-elle à l’aumônier (<strong>Rodolphe Briand</strong>, d’une bonhomie radieuse). « C’est qu’il plaît à Dieu de vous relever de votre vœu », lui répondra le brave homme.</p>
<p>Et puis, deuxième surprise, Blanche surgira pour s’unir à ses compagnes, vêtue de la petite robe noire qu’elle portait quand elle proclamait à son père (<strong>Pierre Doyen,</strong> impressionnant de projection) que ce qu’elle désirait, c’était « l’attrait d’une vie héroïque ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Dialogues-des-Carmelites-@Opera-de-Lausanne-Carole-Parodi-8-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207800"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Carole Parodi</sub></figcaption></figure>


<p>Sublime dernière image, les sœurs alignées attendant la mort et chantant le Salve Regina (magnifique <strong>Chœur de l’Opéra de Lausanne</strong>). Silhouettes blafardes dans la presque nuit. Inclinant simplement la tête, à chaque fois que le couperet tombe, avant de s’éloigner vers le ciel étoilé.</p>
<p>Conclusion glaçante d’un spectacle qu&rsquo;Olivier Py nourrit de toutes les questions qu’il se pose, en même temps que de son amour du théâtre et des artistes. Un spectacle qui reprend vie chaque fois que de nouveaux interprètes viennent l’habiter.</p>
<p>La vie, cette partition en est gorgée, que Poulenc avait écrite dans la douleur d’un chagrin d’amour insondable (« Blanche, c’est moi ! ») et puis il y eut à nouveau de la lumière : « Tous mes cauchemars passés sont devenus des délices ».</p>
<p>Tel qu’il est présenté à Lausanne, la noire beauté de cet opéra illumine.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/poulenc-dialogues-des-carmelites-lausanne/">POULENC, Dialogues des Carmélites &#8211; Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>STRAUSS – Die Fledermaus (Liège)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-fledermaus-liege/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian Peter]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Dec 2025 17:53:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Afficher La Chauve-souris en période de fêtes de fin d’année est une tradition, mais le faire en 2025 c’est également un hommage rendu à son compositeur Johann Strauss, dont on célèbre cette année le bicentenaire de la naissance. L’Opéra Royal de Wallonie a eu de surcroît l’excellente idée de faire appel à Olivier Lepelletier pour &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Afficher <em>La Chauve-souris</em> en période de fêtes de fin d’année est une tradition, mais le faire en 2025 c’est également un hommage rendu à son compositeur Johann Strauss, dont on célèbre cette année le bicentenaire de la naissance. L’Opéra Royal de Wallonie a eu de surcroît l’excellente idée de faire appel à <strong>Olivier Lepelletier</strong> pour assurer la mise en scène de sa nouvelle production de l’ouvrage. Comme on pouvait s’y attendre, le régisseur du Moulin Rouge a concocté un spectacle féérique dans de somptueux décors signés <strong>Hernán Peñuela</strong>, en tirant l’œuvre vers la comédie musicale. L’intrigue est située à Los Angeles dans les années 80, à l’époque des grandes séries américaines qui mettaient en scène des personnages richissimes, évoluant dans les hautes sphères de la société. Ainsi, le premier acte se déroule dans un fastueux duplex, qu’aurait pu habiter la famille Carrington dans Dynastie. C’est là que vit le couple Eisenstein. Un salon luxueusement meublé occupe le plateau, au fond, un grand escalier qui mène à l’étage supérieur et derrière, une immense baie vitrée avec vue sur des gratte-ciel et des palmiers. Sur les murs, un tableau représentant le maître de maison côté jardin et côté cour une toile sur laquelle figure le visage démultiplié de son épouse, à la manière d’Andy Warhol.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Fledermaus-©J.-BergerORW-Liege-2-1024x681.jpg" alt="" class="wp-image-205540"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© J. Berger ORW Liège</sup></figcaption></figure>


<p>Le deuxième acte se déroule à l’intérieur d’un cabaret aux teintes bleutées, richement éclairé par des guirlandes d’ampoules blanches. Une troupe de danseurs qui semblent tout droit sortis d’une revue, évolue au rythme de la musique parmi les invités. ceux-ci sont accueillis par Ivan, drag-queen aux cheveux peroxydés, qui joue les majordomes de service. Le prince Orlofsky, travesti en Marlène Dietrich, porte une robe en lamé doré avant de réapparaître en homme vêtu de noir. On pense bien sûr au film <em>Victor Victoria</em> dans lequel une comédienne incarne un homme qui se travestit en femme. Les références cinématographiques ou musicales sont nombreuses dans ce spectacle. Ainsi, Alfred vêtu comme une petite frappe, jeans et blouson de cuir, évoque le jeune George Michael dont il fredonne le « tube » <em>Last Christmas</em> en entrant en scène à l’acte un. L’un des temps forts de ce tableau est l’apparition d’<strong>Anne-Catherine Gillet </strong>en maîtresse SM, cuissardes noires et fouet à la main, qui descend l’escalier en chantant sa Czardas. Auparavant, <strong>Enkeleda Kamani</strong> aura interprété « Mein Herr Marquis », dans une chorégraphie digne de Zizi Jeanmaire,  entourée de boys agitant des éventails en plumes. L’acte se termine par un cancan endiablé sous une pluie de confettis dorés dans un délire de couleurs, de lumières et de joie de vivre. Le dernier acte nous emmène à l’intérieur une prison pour VIP, entourée d’immenses buildings. Les portes des cellules, que l’on devine luxueuses, sont capitonnées de tissu doré. Derrière un paravent, Ivan troque sa tenue de drag Queen contre un uniforme de gardien de prison.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Fledermaus-©J.-BergerORW-Liege-14-1024x681.jpg" alt="" class="wp-image-205548"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© J. Berger ORW Liège</sup></figcaption></figure>


<p>La distribution réunit des interprètes aussi homogènes vocalement que convaincants théâtralement. Tous semblent prendre un plaisir fou à jouer dans ce spectacle roboratif et leur enthousiasme est communicatif. <strong>Marion Bauwens</strong> possède une voix fruitée qui ne passe pas inaperçue dans le bref rôle d’Ida. <strong>Creatine Price</strong>, alias <strong>Jordan Weatherston Pitts</strong>, qui fut finaliste de La France a un incroyable talent, fait une composition à la fois drôle et hallucinante dans le double rôle d’Ivan et de Frosch. <strong>Samuel Namotte</strong>, irréprochable Frank, <strong>Maxime Melnik</strong> hilarant Dr Blind, et <strong>Pierre Doyen</strong>, Docteur Falke malicieux, complètent avec bonheur cette galerie de seconds rôles contrastés. La performance de <strong>Christina Bock</strong> en prince Orlofsky travesti, est en tout point remarquable, la mezzo-soprano interprète son air « Ich lade gern mir Gäste ein » avec goût, en évitant de tomber dans l’excès, le timbre est chatoyant, la ligne de chant soignée. <strong>Enkeleda Kamani</strong> campe une Adèle légère et mutine avec une voix fraîche qui a tendance cependant à plafonner dans le suraigu. Doté d’un timbre juvénile, <strong>Filip Filipović</strong> est un Alfred irrésistible, un rien désinvolte. <strong>Markus Werba</strong> qui incarnait un Valentin ombrageux dans Faust en septembre dernier, se révèle ici un pétillant Gabriel von Eisenstein, volage mais attachant. Le timbre est clair, la voix solide et le comédien accompli. <strong>Anne-Catherine</strong> <strong>Gillet</strong> campe une Rosalinde proche de l’idéal. Doté d’un timbre brillant la soprano possède une technique aguerrie et une ligne de chant soignée. Très à l’aise sur le plateau, elle porte avec une élégance naturelle les costumes sophistiqués qui lui sont dévolus. Son numéro de séduction dans la Czardas impeccablement chantée, lui a valu une belle ovation.</p>
<p>Saluons enfin les prestations irréprochables des chœurs et des danseurs, omniprésents sur la scène, dont les chorégraphies soignées ont été réglées par <strong>Carmine De Amicis</strong> ainsi que les superbes costumes dus à <strong>David Belugou</strong>.</p>
<p>Pour ses débuts à Liège, <strong>Nikolas Nägele</strong> tire admirablement son épingle du jeu en proposant une direction vive et contrastée, trouvant le juste équilibre entre les pages mélancoliques et les scènes de fêtes, joyeuses et débridées, qu’il anime avec précision, contribuant ainsi au succès de ce spectacle éblouissant.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-die-fledermaus-liege/">STRAUSS – Die Fledermaus (Liège)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BIZET, Carmen &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Jun 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Que reste-t-il de Carmen si on oublie l’Espagne, les frous-frous et les taureaux ? Une partition puissante. Un propos sur l’amour et la violence. Le portrait d’un homme incapable de se contenir et celui d’une femme sacrifiée à la bêtise et à l’irrationalité. Ces questions peuvent être traitées de deux manières dans une mise en scène : &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Que reste-t-il de <em>Carmen</em> si on oublie l’Espagne, les frous-frous et les taureaux ? Une partition puissante. Un propos sur l’amour et la violence. Le portrait d’un homme incapable de se contenir et celui d’une femme sacrifiée à la bêtise et à l’irrationalité. Ces questions peuvent être traitées de deux manières dans une mise en scène : une approche esthétisante, c’est-à-dire une mise en scène au premier degré qui, en réalité, ne traite rien du tout – ce que reste une mise en scène qui prétendrait s’approprier l’œuvre en la transposant ailleurs ou aujourd’hui – et une approche confrontante – c’est-à-dire l’appropriation du livret pour le mettre à l’épreuve des réels enjeux qu’il porte. Manière de tester la pertinence de l’opéra le plus joué du répertoire. Rien que ça.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Dmitri Tcherniakov</strong> est bien sûr intellectuellement trop ambitieux pour se contenter d’une simple esthétisation de l’intrigue : Don José a tué Carmen et il faut  comprendre pourquoi. Ou tenter, du moins. Et pour comprendre  et expliquer un objet, il faut s’en détacher et le regarder de l’extérieur ; il ne faut pas mettre en scène Carmen, mais proposer une mise en scène <em>sur </em>Carmen.</p>
<p style="font-weight: 400;">Dans un vaste hall art déco, un couple d’apparence bourgeoise, sans doute la petite cinquantaine, consulte. Monsieur n’a plus de désir, madame s’ennuie. Il faut réactiver tout cela (le parallèle avec la proposition du metteur en scène dans son <em>Così fan tutte</em> frappe évidemment) et c’est un jeu qui sauvera la mise : monsieur va jouer à Don José et tous joueront à <em>Carmen</em>. D’emblée la proposition est radicale : la survie du couple bourgeois hétérosexuel suppose de réactiver la part de violence – ce que d’aucuns appellent <em>passion</em> – de monsieur, quitte à mettre à mort madame (la fin de l’histoire qu’ils proposent de jouer est en effet déjà connue). Quand le jeu s’arrête et que le thérapeute constate « un net progrès », c’est toujours à la suite d’un excès de violence de Don José. Comme si celui-ci réintégrait peu-à-peu une norme – ce qui est attendu de lui –, norme qui passe par l’affirmation d’une puissance virile et nocive et qui, cette fois-ci mais cette fois-ci seulement, causera sa perte car le jeu tourne mal.</p>
<p style="font-weight: 400;">La proposition est stimulante, originale et jamais pathétique (on y décèle même une part d’humour). La modification des textes parlés fonctionne et, alors qu’on aurait pu craindre un essoufflement du rythme dû aux changements de situation (dans le jeu ou hors du jeu), l’aller-retour entre fiction et réalité confère une vraie unité dramatique à une œuvre qui, parfois, paraît ne plus être qu’une succession de tubes.</p>
<p style="font-weight: 400;">À la tête de l’orchestre symphonique et des chœurs de la Monnaie, <strong>Nathalie Stutzmann</strong> adopte une lecture dramatique de la partition et pose des choix que l’on n’avait encore jamais entendus : dans l’ouverture, tous les timbres sont mis sur le même plan d’intensité sonore, ce qui apporte une tension extrême – à l’instar du propos sur scène. Dans la suite, l’approche restera toujours tendue sans toutefois sacrifier le mouvement propre à la partition. Malgré quelques décalages qui doivent encore être réglés (première oblige), les chœurs offrent un son uniforme et une belle dynamique dont les ressorts manquent toutefois de subtilité (l’accentuation des consonnes apporte un réel rythme mais frôle la caricature, tandis que certains crescendos donnent un relief appréciable mais semblent franchement exagérés).</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Carmen-A_007_BerndUhlig-1294x600.jpeg" alt="" />© Bernd Uhlig</pre>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Eve-Maud Hubeaux </strong>parvient à concilier les antagonismes que la mise en scène exige : elle est davantage une actrice jouant <em>Carmen </em>que, réellement, Carmen. Ce décalage dramaturgique ne sacrifie jamais la musicalité qui s’exprime notamment par un sens du phrasé et un <em>rubato</em> affirmé mais toujours maîtrisé dans la habanera, par exemple. Le timbre est rond et la voix puissante, ce qui passe par un placement de la voix très (et peut-être, d’ailleurs, trop) nasal. Malgré des changements de registre (poitrine, masque, tête) perceptibles, l’ensemble est cohérent et – c’est le principal – percutant.</p>
<p style="font-weight: 400;">Le Don José de <strong>Michael Fabiano </strong>n’est pas loin de l’idéal. Le son est ample, les (rares) aigus de la partition contenus mais soignés. On est loin, et c’est heureux, du personnage passablement primaire et trop sûr de lui que l’on sert trop souvent. Ici, l’interprétation est ancrée dans la fragilité du personnage, ce qui n’empêche ni le plaisir vocal, ni la fougue – bien au contraire.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Anne-Catherine Gillet</strong> connaît le personnage de Micaëla par cœur et, pourtant, parvient à le réinventer. La « fausse » Micaëla est la « vraie » épouse, celle qui a poussé son mari à participer au jeu-thérapie. Le placement de la voix très en avant, couplé à une clarté naturelle du timbre, résulte en une grande pureté vocale – même si on a déjà entendu plus d’éclats dans ses aigus.</p>
<p style="font-weight: 400;">Escamillo est davantage un vieux beau qu’un fringuant toréador. Le timbre dense et très sombre – à certains égards même, guttural – d’<strong>Edwin Crossley-Mercer</strong> convient parfaitement à ce parti pris. L’air du toréador n’a pas l’éclat qu’une mise en scène ordinaire réclamerait. Il sonne ici comme un avertissement déjà funeste – n’est-ce, au fond, pas la meilleure lecture de cet air : « prend garde, un œil noir te regarde » ? D’une manière générale, les choix de mise en scène transparaissent d’ailleurs toujours dans l’interprétation musicale, ce qui en dit énormément sur le travail et l’intelligence de chacun dans cette production.</p>
<p style="font-weight: 400;"><strong>Christian Helmer</strong>, <strong>Pierre Doyen</strong>, <strong>Louise Foor</strong>, <strong>Claire Péron</strong>, <strong>Guillaume Andrieux</strong> et <strong>Enguerrand de Hys </strong>complètent une distribution musicalement et dramatiquement particulièrement intéressante, tandis que Pierre Gramont, en administrateur de la « clinique », assume un rôle clé dans la cohérence de l’intrigue.</p>
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		<title>VERDI, Traviata – Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-traviata-liege/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Sep 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est un spectacle ébouriffant que propose l&#8217;Opéra Royal de Wallonie-Liège pour son ouverture de saison avec cette Traviata où l&#8217;héroïne campe une meneuse de revue dont l&#8217;éclat de façade, les perles et plumes cachent mal la lassitude.Pour le lyricomane compulsif, il est assez troublant d&#8217;entendre Verdi lorsque tout lui indique qu&#8217;on est chez Offenbach, créant &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;est un spectacle ébouriffant que propose l&rsquo;Opéra Royal de Wallonie-Liège pour son ouverture de saison avec cette <em>Traviata</em> où l&rsquo;héroïne campe une meneuse de revue dont l&rsquo;éclat de façade, les perles et plumes cachent mal la lassitude.<br />Pour le lyricomane compulsif, il est assez troublant d&rsquo;entendre Verdi lorsque tout lui indique qu&rsquo;on est chez Offenbach, créant un joli pont entre ces univers qui ont bien en commun un certain désenchantement.</p>
<p>Le rideau s&rsquo;ouvre sur un premier numéro déjà surprenant – puisque hors livret – où Flora chante une mélodie de Gyorza accompagnée au piano alors que les derniers spectateurs, figurants involontaires, s&rsquo;installent encore dans la salle. Cette entrée en matière en forme de clin d&rsquo;oeil &#8211; le ballet de ce compositeur,<em> Alladin</em>, avait été interprété en lever de rideau à la création de l&rsquo;ouvrage &#8211; joue parfaitement son rôle de mise en abyme, de théâtre dans le théâtre, comme un écho à ce temps où les spectacles duraient la nuit entière et où le public allait et venait sans toujours se préoccuper du plateau.<br /><strong>Thaddeus Strassberger</strong> orchestre brillamment la<em> Vie Parisienne</em> étourdissante de l&rsquo;héroïne : Le metteur en scène est également en charge des décors et des lumières; le cadre de la revue lui permet toutes les fantaisies : de Bollywood pour le chœur des bohémiennes à l&rsquo;espagnolade de celui des matadors, tout fonctionne parfaitement dans ce cadre factice.</p>
<p>La débauche de couleurs, de danseurs réjouit l&rsquo;œil d&rsquo;autant plus qu&rsquo;une direction d&rsquo;acteurs attentive multiplie les actions secondaires. Le <strong>choeur de l&rsquo;Opéra Royal de Wallonie-Liège</strong> adhère volontiers à ces fantaisies sans se départir de son impeccable présence musicale.<br />Les costumes étourdissants de <strong>Giuseppe Palella</strong> envahissent une impressionnante salle à l&rsquo;italienne ou l&rsquo;escalier d&rsquo;honneur se prête parfaitement aux chorégraphies très réussies d&rsquo;<strong>Antonio Barone</strong>. L&rsquo;excellente idée est surtout de nous faire sans cesse passer de l&rsquo;effervescence de la scène au prosaïsme des coulisses – par un mur de miroirs descendant et remontant des cintres -, qui marque puissamment la dichotomie du personnage principal, son écartèlement entre être et paraître. Violetta porte d&rsquo;ailleurs une traîne interminable ornée d&rsquo;une vanité de fleurs, métonymie idéale de son nom et de sa destinée.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="681" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/L.-DALLAMICO-M.-BAUWENS-D.-KORCHAK-I.-LUNGU-P.-DOYEN-c-J-Berger-ORW-Liege-1024x681.jpg" alt="" class="wp-image-172393"/></figure>


<p>Etourdi, ne sachant où donner de la tête, le spectateur saisit avec d&rsquo;autant plus d&rsquo;acuité le contraste entre les aspirations intérieures de l&rsquo;héroïne et sa vie dissolue : Alfredo arrive à point nommé pour enivrer cette âme tourmentée. <strong>Dmitry Korchak</strong> donne au jeune homme une belle crédibilité. Il bénéficie d&rsquo;une lumière dans le timbre illuminant une projection impérieuse qui sait se teinter de tendresse et de doute.<br>Le ténor est annoncé souffrant, mais par capillarité, c&rsquo;est plutôt <strong>Irina Lungu</strong> qui semble en difficulté. Il faut dire que la soprano se met perpétuellement en danger, multipliant les <em>messa di voce</em> qui cassent régulièrement. De même, les vocalises manquent de précision jusqu&rsquo;à être clairement « savonnées ». La chanteuse compense ces fragilités techniques par un timbre superbement corsé aux aigus aussi impérieux que les notes poitrinées dont elle use avec une juste parcimonie. Touchante dès le « Strano », elle s&rsquo;avère bouleversante dans l&rsquo;acte final, en particulier dans « Addio del passato » qui naturellement, prend place dans le théâtre désormais abandonné.</p>
<p>Avant le duo final – tout tendresse et suavité –&nbsp;Alfredo et Violetta s&rsquo;étaient aisément accommodés du décor très <em>middle</em> <em>class</em> du second acte, figurant sur une toile peinte une maison de banlieue des années soixante. Alfredo y astique ses clubs de golf en saluant les voisins en route pour une partie de tennis sans que son « De&rsquo; miei bollenti spiriti » en perde en sensibilité. Le cadre sert même fort habilement le propos lorsque cet espace rassurant disparaît, emporté par les déménageurs devant un Alfredo impuissant qui voit s&rsquo;évanouir son rêve de bonheur. La confrontation entre Violetta et Germont y conserve également sa grandeur, servie par un<strong> Simone Piazzola</strong> à la présence vocale sans faille, au legato proverbial.</p>
<p>Autour de ce trio gravitent d&rsquo;impeccables seconds rôles dont l&rsquo;Annina attentive – très convaincante tant scéniquement que vocalement –&nbsp;de <strong>Marion Bauwens</strong>&nbsp;; La Flora flamboyante d&rsquo;<strong>Aurore Daubrun</strong> sans oublier les comparses de qualité incarnés par <strong>Francesco Pittari, Pierre Doyen, Luca Dall&rsquo;Amico </strong>et <strong>Samuel Namotte</strong>.<br>Coté fosse, la baguette passionnée de <strong>Giampaolo Bisanti</strong> communique une belle énergie tout en nuances à l&rsquo;<strong>O</strong><strong>rchestre de l&rsquo;Opéra Royal de Wallonie-Liège</strong> dont le sens de la ligne, l&rsquo;équilibre des pupitres donne le frisson dès l&rsquo;ouverture comme dans le lever de rideau du troisième acte, dense et recueilli.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-traviata-liege/">VERDI, Traviata – Liège</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BIZET, Carmen &#8211; Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-liege/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 22 Jun 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On a longtemps moqué les espagnolades dans Carmen. Au motif que Bizet n&#8217;avait jamais mis les pieds en Espagne, et que des générations de metteurs en scène en avaient rajouté dans le kitsch, la vision folklorique a été bannie et c&#8217;est l&#8217;aspect universel du mythe qui a été mise en avant. Parfois avec succès d&#8217;ailleurs, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On a longtemps moqué les espagnolades dans <em>Carmen</em>. Au motif que Bizet n&rsquo;avait jamais mis les pieds en Espagne, et que des générations de metteurs en scène en avaient rajouté dans le kitsch, la vision folklorique a été bannie et c&rsquo;est l&rsquo;aspect universel du mythe qui a été mise en avant. Parfois avec succès d&rsquo;ailleurs, comme l&rsquo;a montré Calixto Bieito <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/carmen-paris-bastille-honorable-routine/">dans sa production reprise à l&rsquo;Opéra de Paris en janvier 2023.</a></p>
<p><strong>Marta Eguilior</strong> fait table rase de tout ceci. Sa <em>Carmen</em> se veut « plus espagnole que l&rsquo;Espagne elle-même », comme le proclame sa note d&rsquo;intentions. Des légionnaires de Cadix aux toréros vêtus de capes bicolores, en passant par l&rsquo;attirail complet de la semaine sainte à Séville et de la corrida, pas un détail pittoresque ne manque à la panoplie du touriste qui s&rsquo;en va au-delà des Pyrénées. Mais que l&rsquo;on ne s&rsquo;attende pas pour autant à un spectacle « à l&rsquo;ancienne ». D&rsquo;abord parce que la danse y est intégrée de la façon la plus charnelle qui soit, par la grâce de <strong>Sara Cano</strong>, qui oblige son équipe de danseurs à styliser leurs mouvements. Du flamenco, la gestique évoluera vers une véritable danse de l&rsquo;amour et de la mort. Ensuite parce que Marta Eguilior possède une connaissance approfondie de la culture espagnole et de la nouvelle de Mérimée qui inspira l&rsquo;opéra. Elle sait donc tout le poids de la religion catholique dans cette histoire, et la façon dont elle montre cette influence permet d&rsquo;échapper à toute mièvrerie : le char de procession sur lequel Carmen fait son entrée, la couronne d&rsquo;épines qui structure le décor de l&rsquo;acte III, les poses christiques de Don José, les pénitents encagoulés et omniprésents &#8230; Le tout dans des éclairages âpres et tirés au cordeau.</p>
<p>Dans la fosse, <strong>Leonardo Sini</strong> opère lui aussi des choix clairs : tout en nerf et en transparence, sa lecture est cursive. Des tempi rapides, une battue énergique, un étagement constamment clair des plans sonores. C&rsquo;est indéniablement efficace, surtout dans les passages marqués par l&rsquo;aspect festif, comme les chœurs de la corrida ou le quintette des contrebandiers. Mais cela peut parfois entrer en contradiction avec la vision plus sombre de la metteuse en scène. En outre, un tel parti pris de légèreté est loin d&rsquo;épuiser toutes les possibilités de la partition, qui supporterait certainement plus de profondeur. En pleine forme, <strong>l&rsquo;orchestre de l&rsquo;Opéra royal de Wallonie</strong> suit toutes les intentions de son chef, même si on peut regretter un pupitre de cordes certes agiles mais qui sonne un peu émacié par moments. Le <strong>Chœur de l&rsquo;opéra de Liège</strong> et sa <strong>Maîtrise</strong> sont euphoriques, comme à chaque fois qu&rsquo;une maison francophone joue <em>Carmen</em>, et chacune de leurs interventions sont un moment de bonheur.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/A-C-GILLET-Choeur-c-J.-BERGER-ORW-Liege-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1718979542250" alt="" />© J. Berger/ORW</pre>
<p>Porté par cet environnement favorable, le drame se déploie sous nos yeux. Haletant, sanguinaire, bouleversant.</p>
<p>Sanglés dans de superbes costumes signés <strong>Betitxe Saitua</strong>, les chanteurs appellent tous des éloges, même si c&rsquo;est à des degrés divers. Nous avouons un faible particulier pour le Don José de <strong>Galeano Salas</strong>. Si son jeu d&rsquo;acteur est un peu pataud, le ténor sait transformer le plomb en or, et fait de sa gaucherie un élément qui le rend encore plus touchant. Et sa voix claire, puissante, offre un très bon équilibre entre le soin du chant indispensable dans l&rsquo;opéra français et la fragilité de l&rsquo;animal blessé. Sa dernière phrase : « C&rsquo;est moi qui l&rsquo;ai tuée &#8230; Ah Carmen ! Ma Carmen adorée ! », où Nietzsche voyait exprimée l&rsquo;essence tragique de l&rsquo;amour, reste gravée dans la mémoire. Sa Micaela a les traits <strong>d&rsquo;Anne-Catherine Gillet</strong>. La soprano belge a le courage d&rsquo;arracher le rôle aux oies blanches, et l&rsquo;investit de toute la somptuosité de son timbre charnu. Ses élans de puissance transpercent, mais elle sait aussi l&rsquo;art de retenir ses aigus, voire de les arrondir, dans des moments de lévitation vocale qui donnent le frisson. On comprend que Don José hésite entre les deux femmes.</p>
<p><strong>Pierre Doyen</strong> ressuscite pour Escamillo le style de chant qui avait cours en France jusque dans les années 60, avant la grande globalisation musicale. Un vibrato serré, un appui sur les consonnes plutôt que sur les voyelles, une articulation particulièrement soignée et un refus de l&rsquo;effet qui rappellent Ernest Blanc ou Robert Massard. C&rsquo;est sans doute démodé, mais quelle allure ! Finalement, les seules réserves concernent Carmen. Ce que tente<strong> Julie Robard-Gendre</strong> est pourtant remarquable en termes de tenue et de clarté. Voilà une Carmen qui sculpte son texte et ses notes avec un art consommé, et qui refuse jusqu&rsquo;à la moindre parcelle de vulgarité. Une Carmen qui veut séduire par son chant et son caractère, plutôt que par des minauderies ou des déhanchements. La Habanera et la Séguédille y retrouvent un style et une netteté que des quantités de Carmen aguicheuses nous avaient fait perdre de vue. Mais ce refus de la facilité montre ses limites : l&rsquo;interprétation est par moments un peu froide, et le volume est souvent trop petit pour incarner pleinement la séductrice. Parmi une pléiade de seconds rôles bien tenus, on épinglera le Dancaïre d&rsquo;<strong>Ivan Thirion</strong> et le Remendado de <strong>Pierre Derhet</strong>, acteurs désopilants qui n&rsquo;oublient pas d&rsquo;être des chanteurs stylés.</p>
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		<title>BIZET, Carmen – Londres</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-londres/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Apr 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>À seulement 27 ans et lauréate du prestigieux&#160;Concours du Belvédère en 2017,&#160;Aigul Akhmetshina&#160;a déjà derrière elle une belle carrière internationale (on pourra l&#8217;entendre à l&#8217;Opéra-Bastille en Rosina du&#160;Barbiere di Siviglia&#160;en 2025, un rôle qu&#8217;elle y a déjà interprété en 2022) et notamment au Royal Opera où elle fit ses débuts en 2018 dans&#160;Carmen&#8230;&#160;mais dans le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À seulement 27 ans et lauréate du prestigieux&nbsp;<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/belvedere-2017-aigul-akhmetshina-cree-la-surprise">Concours du Belvédère en 2017,</a>&nbsp;<strong>Aigul Akhmetshina&nbsp;</strong>a déjà derrière elle une belle carrière internationale (on pourra l&rsquo;entendre à l&rsquo;Opéra-Bastille en Rosina du&nbsp;<em>Barbiere di Siviglia</em>&nbsp;en 2025, un rôle qu&rsquo;elle y a déjà interprété en 2022) et notamment au Royal Opera où elle fit ses débuts en 2018 dans&nbsp;<em>Carmen&#8230;&nbsp;</em>mais dans le rôle de Mercédès ! La jeune artiste était d&rsquo;ailleurs membre du programme J<em>ette Parker Young Artists</em>&nbsp;qui vise à développer de jeunes talents au sein de l&rsquo;institution londonienne. Le mezzo russe a pour lui une voix ample et particulièrement bien projetée, très homogène sur toute la tessiture, et à l&rsquo;occasion capable d&rsquo;envolées impressionnantes qui laissent présager des emplois plus lourds à des échéances plus ou moins lointaines (Eboli, Léonor de&nbsp;<em>La Favorite</em>&#8230; à conditions de ne pas bruler les étapes). Le timbre est sombre et chaud, assez personnel. La prononciation est plus que correcte, mais l&rsquo;articulation est en revanche perfectible : si on sait par cœur les paroles, on les reconnait sans problème, sinon, c&rsquo;est un peu plus difficile. Le chant peut parfois sembler un brin monotone : il manque encore à cette Carmen très « internationale » le travail avec un coach vocal francophone à même de lui inculquer une interprétation plus idiomatique, plus personnelle aussi, comme le faisait Janine Reiss autrefois. L&rsquo;actrice brule les planches et son interprétation est un bon compromis entre les Carmen « aux joyaux sous les haillons » et celles qui jouent la carte de la vulgarité assumée. A ce stade de sa carrière, Aigul Akhmetshina est déjà clairement l&rsquo;une des meilleures Carmen actuelles. A ses côtés, <strong>Piotr Beczala </strong>campe un Don José au timbre lumineux et à la projection insolente. Probablement suite à la fréquentation de Wagner, la voix a un peu perdu en souplesse, mais elle a aussi gagné en volume : la fin de l&rsquo;acte III est particulièrement impressionnante, les décibels venant en appui dramatique à interprétation déchaînée. À 57 ans, une telle insolence vocale est remarquable. Ces moyens n&#8217;empêchent pas un chant raffiné quand il le faut, le ténor polonais déployant de magnifiques aigus <em>piani</em> à l&rsquo;occasion, comme par exemple à la fin de « l&rsquo;air de la Fleur ». Enfin, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-new-york-streaming/">Beczala et Akhmetshina ayant déjà chanté l&rsquo;ouvrage à la scène</a>, l&rsquo;alchimie est parfaite entre les deux artistes. La Micaela d&rsquo;<strong>Olga Kulchynska</strong>&nbsp;est également une belle surprise. Cette fois, prononciation et articulation du français sont réunies,&nbsp;<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/gounod-romeo-et-juliette-rouen/">qualités que l&rsquo;on avait déjà pu apprécier dans ce répertoire</a>. La voix est un peu sombre, raisonnablement puissante. Si le legato est parfois en défaut ou l&rsquo;aigu un peu écourté, gageons que la fréquentation du rôle lui permettra de perfectionner une interprétation déjà de haut niveau. Le soprano ukrainien n&rsquo;est pas nécessairement gâté par la mise en scène qui fait de Micaela une jeune femme peu séduisante, mal dans sa peau, un peu nunuche et mal fagotée, sauf à l&rsquo;acte III où elle retrouve des ressorts d&rsquo;énergie. Néanmoins, la chanteuse sait défendre cette vision sans faille et témoigne d&rsquo;excellents talents dramatiques.&nbsp;<strong>Kostas Smoriginas</strong>, également ancien membre du <em>Jette Parker Young Artists Programme</em>, reste un peu en retrait par rapport à ce splendide trio. La voix du baryton lituanien est un peu sourde, sauf dans un aigu libéré, globalement sans beaucoup de séduction. Les graves sont plus délicats et certains sont d&rsquo;ailleurs habilement contournés dans son air. Le chant est peu châtié et, à l&rsquo;image du personnage exigée par la mise en scène, l&rsquo;interprétation manque de la classe attendue d&rsquo;un torero (et que l&rsquo;on retrouve chez les figurants !). La Frasquita de&nbsp;<strong>Sarah Dufresne</strong>&nbsp;et la Mercédès de&nbsp;<strong>Gabrielė Kupšytė</strong>&nbsp;sont de belles promesses. Les excellents&nbsp;<strong>Vincent Ordonneau </strong>(le Remendado) et&nbsp;<strong>Pierre Doyen</strong>&nbsp;(le Dancaïre) démontrent l&rsquo;importance d&rsquo;une parfaite maîtrise de la langue française dans cet ouvrage. Le quatuor est aussi à l&rsquo;aise scéniquement que musicalement.&nbsp;<strong>Blaise Malaba</strong>&nbsp;est un Zuniga à la belle prestance. Enfin, il faudra suivre la carrière du jeune baryton&nbsp;<strong>Grisha Martirosyan</strong>&nbsp;(autre ancien du <em>Jette Parker Young Artists Programme</em>) d&rsquo;ailleurs lauréat en 2022 des premier prix, prix du public et prix Joan Sutherland de la <em>Veronica Dunne International Singing Competition</em> et, en 2019, premier prix de la <em>Gohar Gasparian Armenian National Singing Competition</em>.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="684" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Carmen-AIGUL-AKHMETSHINA-Zuniga-BLAISE-MALABA-ROH-Carmen-©2024-Camilla-Greenwell_3252-1024x684.jpg" alt="" class="wp-image-160072"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>©2024 Camilla Greenwell</sup></figcaption></figure>


<p>Succédant à la proposition de Barrie Kosky qui n&rsquo;avait pas vraiment trouvé son public (elle avait été créée en 2018 et représentée 30 fois), cette nouvelle production n&rsquo;aura vraisemblablement pas de problème à s&rsquo;inscrire dans la durée au vu de l&rsquo;accueil unanimement enthousiaste au rideau final. Esthétiquement, cette <em>Carmen</em> rappelle beaucoup celle de Calixto Bieito, vue et revue de Bastille à Barcelone, en passant par Londres (English National Opera), Boston, et même Oslo. Au delà de cet univers visuel (qu&rsquo;on retrouve dans plusieurs productions de ces dernières années et jusqu&rsquo;à <em>L&rsquo;Elisir d&rsquo;amore</em> vu par Laurent Pelly), l&rsquo;approche de <strong>Damiano Michieletto</strong> est très différente et, paradoxalement, plus proche de l&rsquo;esprit de l&rsquo;opéra-comique français. La mise en scène de Bieito, violente et très sexualisée, nous projetait quelque part entre <em>Pagliacci</em> et <em>Wozzeck</em>. Avec Michieletto, on retrouve cette légèreté à fleur de drame, cette façon de danser sur un volcan, qui fut la caractéristique de l&rsquo;esprit français au XIXe siècle, et qui disparut définitivement en 1914. A l&rsquo;instar des <em>Huguenots</em>, de <em>Robert le Diable</em>, de <em>Roméo</em> <em>et Juliette</em>, de la <em>Manon Lescaut</em> d&rsquo;Auber ou de son <em>Gustave III</em> (dont le livret est repris tel quel pour <em>Un Ballo in maschera)</em>, ou encore de <em>Lakmé</em>, <em>Carmen</em> affecte  la légèreté le plus longtemps possible avant de basculer carrément dans le drame : c&rsquo;est donc un contresens stylistique d&rsquo;en faire un ouvrage uniformément sombre. La mise en scène de Michieletto au contraire sait alterner les différents aspects de l&rsquo;ouvrage, et renoue avec cet esprit tout en le mettant au goût du jour. Par ailleurs, la production fourmille de détails, pour la plupart heureux et qu&rsquo;il est impossible de mentionner intégralement, dans une approche quasi cinématographique. Par exemple, Don José et Micaela ne chantent pas vraiment en duo lors de leur scène du premier acte : le soldat s&rsquo;isole dans le poste de garde pour exprimer, dans une solitude physique et mentale « Ma mère, je la vois ». On voit également qu&rsquo;il n&rsquo;éprouve aucun amour pour la jeune femme. A la fin de l&rsquo;acte, Carmen s&rsquo;évade en menaçant les soldats d&rsquo;une arme à feu : c&rsquo;est ce que fera en miroir Micaela quand elle sera découverte par les contrebandiers au IIIe acte. A l&rsquo;acte II, Carmen « s&rsquo;offre » la fameuse bague qu&rsquo;elle rendra à Don José au dernier acte, en l&rsquo;arrachant des doigts de celui-ci, qui s&rsquo;amuse de cette appropriation désinvolte. Capturé par les contrebandiers à la fin de l&rsquo;acte II, Zuniga est échangé contre une rançon à l&rsquo;acte III. Micaela chante « Vous me protégerez Seigneur » en étreignant discrètement la croix qu&rsquo;elle porte en pendentif. Etc. Michieletto introduit également un personnage muet, celui de la Mère / Mort qui tire les cartes du tarot. Même si elles ravissent visiblement le public, on sera plus réservé sur les interventions des enfants entre les actes, ceux-ci portant des lettres géantes devant le rideau pour figurer « Un mois plus tard » avant l&rsquo;acte II puis, « Le lendemain soir » avant l&rsquo;acte III : en effet, si  les amours de Carmen « ne durent pas 6 mois », il lui faut quand même quelque temps pour se lasser de José et pour s&rsquo;amouracher d&rsquo;Escamillo. Enfin, un dernier panneau (genre « astat detdfg ev jhbk » car les lettres sont d&rsquo;abord dans le désordre) vaut au poétique <em>Entracte</em> d&rsquo;être pollué par des rires. Certains choix de tordre le texte sont inutiles et un brin irritants (pour les quelques spectateurs qui s&rsquo;en aperçoivent) puisqu&rsquo;ils n&rsquo;apportent aucun éclairage supplémentaire. Par exemple, à l&rsquo;acte III, Carmen agit comme si elle ne souhaitait pas le départ de José (alors qu&rsquo;elle avait rendez-vous avec Escamillo et qu&rsquo;elle a lancé a son ancien amant « Vas-t-en notre métier ne te vaut rien ») et le soldat lance « Soit contente, je pars » à Micaela et non à Carmen. N&rsquo;y a-t-il pas aussi une sorte de potacherie à faire dire, au dernier acte, « Voulez-vous des lorgnettes ? » non plus au marchand de lorgnettes mais à un de ses clients s&rsquo;adressant à la demoiselle qui l&rsquo;accompagne ? Bizarre aussi (pour un francophone du moins) de voir des quadrilles limitées à un unique torero. Au positif, chaque artiste du chœur semble avoir été coaché individuellement, avec des attitudes diverses et non stéréotypés, ce qui contribue à donner l&rsquo;impression d&rsquo;une authentique foule de badauds. Curieuse idée en revanche de faire Carmen étranglée par Don José, quand le coup de poignard (explicitement prévu dans les didascalies) est un écho terrifiant de la mort du taureau&#8230; Ces minimes réserves un peu longuement exposées ne doivent toutefois pas faire perdre de vue que cette production est une vraie réussite, fourmillant de détails justes et impossibles à apprécier en une seule soirée.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Frasquita-SARAH-DUFRESNE-Mercedes-GABRIELE-KUPSYTE-ROH-Carmen-©2024-Camilla-Greenwell-_4417-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-160076"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>©2024 Camilla Greenwell</sup></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;édition retenue pour cette série reprend à peu près la totalité de la musique de Bizet, y compris des passages rarement donnés (par exemple, une intervention des chœurs d&rsquo;une quinzaine de secondes au moment où l&rsquo;on annonce l&rsquo;Alcade à l&rsquo;acte IV). Seule entorse remarquable, le duo du duel entre José et Escamillo est réduit à un couplet (dans le livret, Escamillo épargne d&rsquo;abord José, mais la seconde fois celui-ci manque de le tuer : d&rsquo;où sa réplique «nous sommes manche à manche et nous joueront la belle (avec le double sens que l&rsquo;on imagine) le jour où tu voudras »). Le texte est raccourci et modernisé, mais sans outrance : pourquoi ne pas utiliser plutôt les excellents récitatifs de Guiraud ? On doit également regretter la coupure du marivaudage entre Escamillo et Carmen, échange qui introduit la venue du torero à l&rsquo;acte III.</p>
<p>Les chœurs sont absolument excellents. Leur français est quasi parfait et avec des inflexions qu&rsquo;on n&rsquo;entend pas nécessairement dans des formations francophones : ainsi pour la phrase « Sur la place, chacun passe, chacun vient, chacun va », &nbsp;les « chacun va »&nbsp;sont chantés un peu bas et ralentis, exprimant ainsi la langueur de la troupe des soldats sous le soleil sévillan. Le chœur d&rsquo;enfants est lui aussi irréprochable et incroyablement à l&rsquo;aise sur scène.</p>
<p>La direction d&rsquo;<strong>Antonello Manacorda</strong> est l&rsquo;un des grands atouts de cette soirée. Par le biais d&rsquo;une battue souvent posée, le chef italien met en avant la profonde sensualité de l&rsquo;ouvrage, que des directions uniformément rapides ont tendance à laisser de côté. Manacorda sait également faire ressortir les contrechants, révélant les richesses de la partition, sans ostentation toutefois. Le travail sur le rythme est fouillé (et fera froncer le sourcil aux ayatollahs du « Com&rsquo;è scritto »&nbsp;ou aux ennemis du rubato). Par exemple, la <em>Chanson bohème</em> est démarrée avec un tempo assez lent, presque lascif, qui s&rsquo;accélère progressivement au point de devenir frénétique. Les passages les plus dramatiques sont également parfaitement rendus, avec un orchestre nerveux (et d&rsquo;autant plus par contraste), sans que les chanteurs ne soient aucunement couverts. Au global, une très belle réalisation qui permet de découvrir cette riche partition sous un jour nouveau.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-londres/">BIZET, Carmen – Londres</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>BIZET, Carmen &#8211; Orange (Chorégies)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-orange-choregies/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Maroillat]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Jul 2023 05:47:18 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Il est permis d’attendre, il est doux d’espérer ». Cet aphorisme de la célèbre cigarière a sans doute traversé l’esprit de ceux qui avaient pu entendre la Carmen de Marie-Nicole Lemieux au Capitole de Toulouse (dont nous étions) et qui souhaitaient la revoir dans le rôle sans oser croire que ce serait de si &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>«</em> Il est permis d’attendre, il est doux d’espérer<em> ». C</em>et aphorisme de la célèbre cigarière a sans doute traversé l’esprit de ceux qui avaient pu entendre la Carmen de <strong>Marie-Nicole Lemieux</strong> au Capitole de Toulouse (dont nous étions) et qui souhaitaient la revoir dans le rôle sans oser croire que ce serait de si tôt. Mais c’était sans compter le coup de cœur de <strong>Jean-Louis Grinda</strong> pour l’incarnation habitée de la volcanique mezzo, longuement évoqué lors de la <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/choregies-dorange-2023-renouveau-et-diversite/">conférence de presse d’avril dernier</a>. Pour réussir <em>Carmen</em>, il faut une Carmen charismatique. Et avec l’opulente générosité de la mezzo canadienne pas de crainte d’évanescence. C’est donc avec un vif intérêt que nous attendions cette <em>Carmen</em>.  Au final, il nous a été donner à voir une <em>Carmen</em> surprenante, car ayant essentiellement brillé par la direction d’orchestre de sa jeune cheffe. Nous attendions Marie-Nicole Lemieux, et nous avons eu <strong>Clelia Cafiero</strong> qui confirme  ici tout le talent dont elle a déjà fait la pleine démonstration à Marseille (voir <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/entretien-avec-clelia-cafiero/">l’entretien qu’elle nous a accordé</a><em>)</em></p>
<p>La production présentée reprend la proposition inspirée de <strong>Jean-Louis Grinda</strong> déjà vue à Toulouse mais aussi à Marseille et Monte-Carlo. Le metteur en scène nous livre ici un regard en flash-back. Dans la pénombre de son cachot, Don José revit le début de l’histoire qui l’a conduit à l’irréparable. Il prend alors la pleine mesure de la marche inéluctable du destin. Sur le plan scénographique, un seul décor composé de deux blocs en mouvement qui évoquent les différents lieux de l&rsquo;action, dont à merveille l’arène de mise à mort à la fois du taureau et de Carmen. Dans cette vision, on évacue les simagrées pseudo érotiques et les postures exagérément aguicheuses, trop vues par ailleurs pour se concentrer sur la vérité des personnages. Don José est un homme dangereux et violent, Carmen n’est pas une séductrice mais une amoureuse éperdue de la vie, et Michaëla qui est loin d&rsquo;être une oie blanche cherche à comprendre ce qui lui échappe. A cet égard, est parfaitement bienvenue l’idée de la faire apparaître à la fin de l’acte premier, comme témoin impuissant d’une relation destructrice. Elle ne cessera d’ailleurs de ponctuer l’action de sa présence comme un enquêtrice de l’ombre. L’inspiration du spectacle est aussi <em>flamenca</em>, par la présence d&rsquo;<strong>Irene Olvera, </strong>danseuse virtuose qui émerveille par la maitrise de son art à un si jeune âge. Lien vivant entre les actes, elle semble elle-même une projection de Carmen préfigurant avec brio le drame final dans un ballet subtil tenant à la fois de la symphonie et du requiem. Si la mise en scène est un écrin intéressant, elle n’est peut-être pas tout à fait adaptée à un théâtre de la taille de l&rsquo;antique édifice d&rsquo;Orange. Les quelques éléments de scène n’occupant pas tout l’espace, les chanteurs doivent alors savoir se mouvoir et projeter leur voix sur l’immense <em>proscenium</em> romain.</p>
<p>Et force est de constater qu’ils ne semblaient pas être tous à l’aise dans l&rsquo;exercice. Heureusement, dans la fosse officiait <strong>Clelia Cafiero</strong> qui est un modèle de précision et d’attention donnée aux chanteurs. Véritable métronome de la soirée, elle a sans cesse veillé à maintenir la cohérence musicale et vocale. Ici, pas d’effets superfétatoires, pas de dramatisation à outrance de la partition, comme on l’entend trop souvent, surtout à l’acte final, mais une sobriété pétrie d’un magnifique travail sur les couleurs, avec un constant souci de l’équilibre fosse/plateau. Une étoile de la direction est née, dont il sera désormais d’autant plus facile de suivre la trajectoire que la France l&rsquo;a adoptée, notamment l’Opéra de Tours qui en a fait sa cheffe principale invitée. L’Orchestre national de Lyon<strong>, </strong>sous sa conduite, confirme ici son affinité élective avec la musique française.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/carmen-2023-1-c-gromelle-2-1294x600.jpg" /></p>
<p>L’homogénéité de la distribution, composée pourtant d’excellents et talentueux chanteurs, est apparue quelque peu contrastée, ce qui est sans doute dû à une fin de saison intense pour certaines des têtes d’affiche. Comme à Toulouse, <strong>Marie-Nicole Lemieux</strong> assume pleinement toutes les composantes de l’incandescente gitane. Elle nous propose plus qu’une interprétation, une mise en abyme. Cette Carmen est gouailleuse, pulpeuse, troublante, touchante, mais jamais impudique, démontrant ainsi que le personnage n’est pas affaire de physique mais bien d’interprétation. Grâce à une palette sonore impressionnante, elle fait évoluer son personnage tout au long de l’œuvre. Le premier acte a pourtant été assez délicat à négocier, <em>Habanera</em> comprise, la chanteuse ayant peiné ici à montrer ce dont elle est pourtant habituellement capable, à savoir une voix sombre et brillante à la fois, une formidable puissance, et un savant contrôle de tous les registres de la voix. Il a fallu attendre le quintet du second acte et le trio des cartes du troisième, pour qu’enfin Marie-Nicole Lemieux se libère et fasse entendre de magnifiques sons de poitrine, et une belle intensité vocale et émotionnelle dans le duo final.</p>
<p>En Michaëla, <strong>Alexandra Marcellier</strong> a également connu une entrée en matière quelque peu délicate par un duo du premier acte en demie teinte. Elle s’est toutefois ensuite fort bien ressaisie, en délivrant un beau moment de chant dans « Je dis que rien ne m’épouvante » tout en subtilité et nuances, avec le timbre et les couleurs qu’on lui connait,  lui valant d&rsquo;ailleurs des applaudissements chaleureux du public, amplement mérités. En Don José, J<strong>ean-François Borras</strong> possède un beau timbre mais présente parfois une émission tendue qui a pu affecter l’homogénéité de la ligne de chant dans « La Fleur que tu m’avais jetée <em>»</em>. Le si bémol aigu n&rsquo;est en outre pas tenu. L’incarnation est toutefois pleinement crédible dans la violence du personnage. Le baryton <strong>Ildebrando d&rsquo;Arcangelo</strong> est passé hier soir à côté de son sujet en Escamillo. Le registre grave manque d’assise et les notes tendent à se perdre. En outre, le baryton italien n’évite pas les écueils de la forfanterie virile habituelle.</p>
<p>Les seconds rôles sont en revanche magnifiques et méritent d’être cités :  en premier lieu, l’excellent <strong>Pierre Doyen</strong> en Morales, à la voix claire et bien projetée, dotée d’un beau timbre. Le baryton belge avait d&rsquo;ailleurs superbement incarné en 2018 Escamillo dans une production de<em> Carmen</em> pour <em>Opéra en plein air. </em>Il a donc parfaitement l’étoffe du personnage et peut constituer une option pertinente pour une distribution future. <strong>Charlotte Despaux </strong>porte une superbe Fransquita. La voix est riche, soutenue, l’aigu solaire. <strong>Eléonore Pancrazi,</strong> pétillante Mercédès, n’est pas en reste. Cette voix qui avait attiré l’attention en Urbain dans <strong>Les Huguenots</strong> à Marseille, confirme ici toute ses qualités : un timbre séduisant, une délicatesse du chant où elle déploie sa voix avec charme et sensibilité. Une artiste à suivre. L<strong>uc Bertin-Hugault</strong> livre un Zuniga plein d’autorité. Quant aux Dancaïre de <strong>Lionel Lhote</strong> et Remendado de <strong>Jean Miannay</strong>, ils complètent avec brio la distribution en donnant une belle présence vocale et scénique au duo de contrebandiers. Citons également la savoureuse interprétation d&rsquo;acteur de Franck T&rsquo;Hézan en Lillas Pastia.</p>
<p>La Maîtrise de l’Opéra Grand Avignon, parfaitement préparée, a livré une interprétation de « La Garde montante » d’une belle homogénéité, unie comme un seul homme autour de la jeune danseuse Irene Olvera à peine plus âgée qu&rsquo;eux. Les chœurs des Opéras Grand Avignon et de Monte Carlo se sont distingués par l&rsquo;amplitude et la passion de chacune de leurs interventions. Une <em>Carmen</em> au visage inattendu (huée à tort par des esprits chagrins au rideau final), qui n’a pas été tout à fait celle que l’on attendait…mais qu&rsquo;il a été doux d&rsquo;espérer.</p>
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		<title>DELIBES, Lakmé — Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lakme-paris-tce-une-lakme-de-porcelaine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Dec 2022 07:59:36 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Proposer Lakmé en version de concert, n’est-ce pas prendre le risque de réduire le chef d’œuvre de Léo Delibes à une succession de numéros au détriment d’une substance théâtrale qui lui vaut de n’avoir jamais quitté le répertoire ? Dans un Théâtre des Champs-Elysées occupé jusqu’au dernier balcon, la mayonnaise peine à prendre lorsqu’en tenue de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Proposer <em>Lakmé</em> en version de concert, n’est-ce pas prendre le risque de réduire le chef d’œuvre de Léo Delibes à une succession de numéros au détriment d’une substance théâtrale qui lui vaut de n’avoir jamais quitté le répertoire ?</p>
<p>Dans un Théâtre des Champs-Elysées occupé jusqu’au dernier balcon, la mayonnaise peine à prendre lorsqu’en tenue de gala, les chanteurs entrent et sortent au gré de leurs interventions. Pourtant, passé l’entracte, l’étau se resserre ; le drame se noue ; la gorge aussi. A quoi tient l’émotion quand elle surgit ainsi, sans crier gare ? A une conjonction de facteurs on le sait. A un alignement des planètes dans un système artistique dominé par un couple de chanteurs en totale osmose scénique et vocale : <strong>Cyrille Dubois</strong> ; <strong>Sabine Devieilhe</strong>.</p>
<p>Lui, feu follet qui se consume dans les braises ardentes d’une inconséquente jeunesse, le timbre légèrement pincé, l’émission haute, la ligne souple, héroïque quand il le faut, poétique sinon, un rien affecté dans la manière de surligner les contours gracieux de « fantaisie, ô divin mensonge », l’aigu d’abord tendu puis au fur et à mesure que la voix s’échauffe, de plus en plus libre, de plus en plus juste, de plus en plus vrai jusqu’à se confondre avec Gérald, intensément.</p>
<p>Elle, également légère mais plus introvertie, Lakmé d’une pureté immatérielle dont la virtuosité impressionne moins que la finesse du trait et la longueur du souffle. Précédé d’un long silence durant lequel le public se suspend à ses lèvres, l’air des Clochettes est applaudi à tout rompre. Pourtant ce que l’on retient, ce que l’on fredonne à la sortie de la salle, ce sont les cantilènes : le duo du jasmin dans lequel la voix en apesanteur s’enlace à celle, capiteuse, de <strong>Fleur Barron</strong> (Mallika) ; « Pourquoi dans les grands bois » sensible, frémissant ; la pâle lumière de « sous le ciel tout étoilé » ; et le « plus doux rêve » exhalé dans un ultime soupir, aérien, ailé.</p>
<p>Si délicate est cette Lakmé de porcelaine que <strong>Lionel Lhote</strong>, pour ne pas la briser, prend le parti d’un Nilankatha vulnérable, non fou de Brahma aveuglé par la haine mais homme blessé, baryton feutré aux rares éclats et aux stances chantées à mi-voix, comme un aveu amoureux.</p>
<p>Autour d’eux, il faut un certain temps pour que les seconds rôles parviennent à s’affirmer, la prononciation d’abord hasardeuse avant que dans la scène du marché, un effort de diction n’aide chacun à caractériser son personnage. Humour, coquetterie, séduction – <strong>Svletana Lifar</strong> (Mistress Bentson), <strong>Charlotte Bonnet</strong> (Rose), <strong>Erminie Blondel</strong> (Ellen) dangereuse rivale de Lakmé car fruitée, incarnée au contraire de la fille du brahmane  – sont alors les ingrédients pittoresques d’un trio féminin que <strong>Pierre Doyen</strong> (Frédéric) s’évertue à cornaquer. Tapi dans l’ombre d’Hadji, <strong>Matthieu Justine</strong> est un serviteur timide et attachant.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/178-lakme_c2022_-_alain_hanel_-_omc_26.jpg?itok=HrTaon0Y" title="© Alain Hanel" width="468" /><br />
	© Alain Hanel</p>
<p>Si la clarté du Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo se trouve parfois prise en défaut, notamment lorsque les pupitres sont dissociés, l’orchestre, lui, célèbre la luxuriance d’une partition que l’image d’un orient fantasmé pare de multiples raffinements. <strong>Laurent Campellone</strong> imprime à l’ensemble l’élan imposé par l’action sans barouf, ni lyrisme racoleur. La musique française n’a pas de secret pour celui qui a dirigé pendant plusieurs années l’ex Festival Massenet. L’épanchement de la ligne mélodique expurgée de sanglots, le choix d’un nuancier d’où sont exclues les teintes les plus criardes, la volonté de transparence témoignent de la compréhension du style. Ainsi le ballet, de passage obligé dont on regrette trop souvent qu’il suspende la narration, devient fresque multicolore que l’on se plait à contempler. Le troisième acte est un tour de force où jamais la vigueur du geste ne froisse la soie sonore. Lakmé achève de se dissoudre dans un fracas orchestral que prolonge la clameur de la salle.</p>
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		<title>DELIBES, Lakmé — Liège</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lakme-liege-lakme-bien-temperee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Sep 2022 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le lecteur ne nous en voudra pas de passer assez vite sur le travail de mise en scène de Davide Garattini Raimondi. Non qu&#8217;il soit un échec, mais il ne brille pas par son originalité. L&#8217;action est située dans une Inde plus ou moins contemporaine de celle de l&#8217;opéra, et l&#8217;action est narrée au plus &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le lecteur ne nous en voudra pas de passer assez vite sur le travail de mise en scène de <strong>Davide Garattini Raimondi.</strong> Non qu&rsquo;il soit un échec, mais il ne brille pas par son originalité. L&rsquo;action est située dans une Inde plus ou moins contemporaine de celle de l&rsquo;opéra, et l&rsquo;action est narrée au plus près du synopsis voulu par les librettistes. Seuls éléments d&rsquo;actualisation : un Gandhi qui contemple l&rsquo;action depuis le côté de la scène et intervient très ponctuellement, des citations de lui qui sont affichées au niveau des cintres, et les scènes dansées (très bien coordonnées par <strong>Barbara Palumbo)</strong> qui contiennent un message anticolonial. Rien de tout cela ne peut être décrit comme révolutionnaire en 2022, mais il faut reconnaitre que le résultat visuel et dramaturgique est éminemment regardable, notamment grâce aux éclairages subtilement dosés de <strong>Paolo Vitale</strong>, et permet surtout de se concentrer sur les forces musicales du spectacle.</p>
<p>Et là, on est plutôt à la fête. A qui donner la palme ? Le choix est difficile. La révélation la plus surprenante de la soiree est sans doute le jeune <strong>Pierre Doyen</strong>. Encore peu connu, le baryton belge offre en Frédéric une voix puissante parfaitement contrôlée, doublée d&rsquo;un sens de la diction qui ressuscite les mânes du chant francais de l&rsquo;immédiat après-guerre. Un chant qui n&rsquo;hésite pas à recourir au parlando sans jamais sacrifier la beauté du son, avec le souci de porter au même niveau le sens et la musique. A plus d&rsquo;un moment, nous avons cru entendre le jeune Gabriel Bacquier revenu de chez les morts. S&rsquo;ajoute à ces multiples atouts une aisance scénique qui étonne a un stade aussi précoce de la carrière. Encore plus jeune, <strong>Pierre Romainville</strong> livre un Hadji tout aussi touchant, avec une voix fraîche et timbrée avec juste assez de puissance pour évoquer le serviteur dévoué et peut-être un peu amoureux.</p>
<p>Ce qui surprend moins est le triomphe de <strong>Lionel Lhote </strong>en Nilakantha. Le baryton belge dispense à pleines mains son legato impérial, ses réserves de puissance et sa justesse jamais prise en défaut. Toutes des qualités qu&rsquo;il avait déjà montrées lors de participation au Concours Reine Elisabeth de chant en 2004, et qu&rsquo;il porte petit à petit vers des sommets. Il serait aisé d&rsquo;évoquer un succeseur à José van Dam, mais ce chant est d&rsquo;une nature foncièrement différente, plus physique, plus en lien avec les tripes de l&rsquo;artiste. Au risque de se répéter et de choquer, nous déplorerons encore une fois que la carrière de Lionel Lhote ne soit pas entièrement à la hauteur de ses moyens. Chanter à Liège, Toulon et Bordeaux est bel et bon, mais l&rsquo;artiste a l&rsquo;étoffe d&rsquo;un invité régulier à la Scala, à Vienne ou au Met de New York. Le rôle de Nilakantha conviendrait idéalement à ses débuts, avec une identification parfaite au personnage, y compris visuelle. Avis aux directeurs d&rsquo;opéras qui nous lisent.</p>
<p>On sera plus réservé sur le trio des dames britanniques : <strong>Julie Mossay, Caroline de Mahieu</strong> et <strong>Sarah Laulan</strong>. Elles sont certes impayables scéniquement, mais le choix d&rsquo;un chant criard pour évoquer des occidentales coincées n&rsquo;est pas des plus heureux. A l&rsquo;inverse, <strong>Marion Lebègue</strong> profite de la brève partie de Malika pour mettre en valeur son mezzo somptueux.</p>
<p><strong>Philippe Talbot</strong>  pose un problème de conscience au critique. La voix est idéale, parfaitement conduite, et ce chant d&rsquo;un goût parfait enfonce les douces cantilènes de Gérald jusqu&rsquo;au fond de la mémoire, où elles retentiront bien longtemps après la fin de la représentation. Mais le volume est vraiment minuscule, et il y a des moments où le chant peine à franchir la fosse d&rsquo;orchestre. Certes, Delibes etait un des compositeurs attitrés de l&rsquo;Opéra-comique, il excellait dans le demi-caractère, et Gérald n&rsquo;est pas Siegfried. Mais des artistes comme Gregory Kunde ont démontré qu&rsquo;on pouvait mettre de la puissance dans ce rôle sans en détruire la finesse.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/j._devos_orw-liege_c_j_berger.jpg?itok=DE6WN9IN" title="@ORW - J. Berger" width="468" /><br />
@ORW &#8211; J. Berger</p>
<p>Les débuts belges de <strong>Jodie Devos</strong> en Lakmé étaient très attendus, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/lakme-tours-naissance-dune-lakme">après sa prise de rôle à Tours, célébrée par Christophe Rizoud : </a>la tessiture comme le contenu dramatique du personnage étaient supposés lui convenir à merveille. On n&rsquo;est pas décu. Aux qualités déja soulignées lors des représentations tourangelles s&rsquo;ajoute une fragilité assumée. Il y a quelque chose de bouleversant à voir ce minuscule bout de femme couverte d&rsquo;un voile blanc, courbée en deux, lancer ses premieres vocalises avant l&rsquo;air des clochettes, et dérouler peu à peu la gamme complète des coloratures les plus illustres. Comment tant de son peut-il surgir d&rsquo;un corps si menu ? Oh magie de l&rsquo;opéra &#8230; Mais l&rsquo;artiste ne se contente pas d&rsquo;éblouir ; elle n&rsquo;oublie pas d&rsquo;émouvoir, et plus d&rsquo;une joue s&rsquo;est mouillée face au sort horrible qui frappe le jeune hindoue. Délicatesse suprême : alors que ses moyens sont très supérieurs à ceux de son partenaire, elle allège la voix dans leurs duos pour ne jamais le couvrir. Lorsque tant de générosité s&rsquo;unit à tant de talent, on rend les armes.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/j._devos_-_p._talbot_orw-liege_c_j_berger.jpg?itok=I5GdVkp0" title="@ORW - J. Berger" width="468" /><br />@ORW &#8211; J. Berger</p>
<p>Les<strong> Chœurs de l&rsquo;Opéra royal de Wallonie </strong>ont fière allure, et se jouent des embûches semées par Delibes dans la scène du marché au début de l&rsquo;acte II. Visiblement amoureux de cette musique que des beaux esprits ont dénigrée, <strong>Frédéric Chaslin </strong>excelle à en rendre les subtilités et les couleurs délicates comme les quelques moments de puissance. Il est parvenu à entraîner dans son sillage un <strong>orchestre de l&rsquo;opéra </strong>qui fait rivaliser ses pupitres de virtuosité, mettant en valeur une orchestration qui, pour être légère, n&rsquo;en oublie jamais d&rsquo;être élégante.</p>
<p> </p>
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