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	<title>Tijl FAVEYTS - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Tijl FAVEYTS - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>WAGNER, Parsifal &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-4/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Aug 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est la quatrième année qu’on présente Parsifal dans la version du metteur en scène <b>Jay Scheib</b>, dont la plus grande originalité était certainement de proposer aux spectateurs, enfin à certains d’entre eux car il n’y avait pas assez d’équipements pour tout le monde, des lunettes de réalité augmentée, permettant d’ajouter en surimpression de ce qui est présenté sur la scène tout une série d’images plus délirantes les unes que les autres, comme venues d’un univers parallèle afin de stimuler l’imagination du spectateur, et surtout pour le distraire d’une écoute attentive et créer l’événement.</p>
<p>L’événement dans <em>Parsifal,</em> c’est <em>Parsifal</em> ! L’œuvre est assez forte pour se suffire à elle-même. Il y a évidemment bien des façons de la présenter, d’expliquer le livret, de donner à la légende médiévale plus ou moins d’actualité, d’y inclure les préoccupations légitimes de notre époque sans qu’il soit besoin d’en faire un spectacle de jeu vidéo, indépendamment de la prouesse technique que cela représente sans doute, je n’ai pas les compétences pour en juger. Eh bien, pour sa quatrième année, qui est aussi la dernière car on annonce un nouveau <em>Parsifal</em> pour la saison prochaine, (mis en scène par <strong>Ersan Mondtag</strong>, dirigé par <strong>Christian Thielemann</strong> avec <strong>Piotr Beczala</strong> dans le rôle-titre, <strong>Michèle Lozier</strong> en Kundry et <strong>Mika Kares</strong> en Gurnemanz) la production a renoncé à ces surimpressions d’images : plus de lunettes encombrantes, plus d’images parasites, voilà le spectacle rendu à sa seule dimension scénique, qui comprend tout de même pas mal d’images vidéo, et c’est très bien ainsi. Le monde du spectacle est sans doute en train de comprendre qu’il a lui aussi sa part à fournir dans l’effort global d’austérité qui nous attend, et que le recours à toutes sortes de techniques fort coûteuses en énergie n’est pas bien compatible avec la défense des enjeux climatiques et la dénonciation de la fin du monde !</p>
<p>Forum Opéra a déjà rendu compte à trois reprises de ce spectacle, par trois collaborateurs différents, respectivement en <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth/">2023</a>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-2/">2024</a> et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-3/">2025</a>. Nous n’allons donc pas reprendre ici en détails tout ce qui est montré sur scène (ou était projeté dans les lunettes des chanceux qui en avaient reçu), mais tâcher de dégager ce qui dans ce spectacle fait sens, éclaire l’œuvre de Wagner, et bien entendu de la performance musicale – parfois, on a aussi le droit de fermer les yeux à l’opéra.</p>
<p>Mettre une œuvre en scène, c’est avant tout lui donner un sens à travers une conception personnelle ; la projection d’images n’est certainement pas une fin en soi, juste un moyen parmi d’autres d’aller vers ce sens. Et le sens, dans <em>Parsifal,</em> peut s’articuler autour de trois dimensions : la rédemption, dans toute sa symbolique chrétienne, le renoncement au désir, et là c’est le bouddhisme qui est convoqué, et enfin la compassion qui seule permet de surmonter la souffrance, comme l’affirme Schopenhauer. Chacun des trois actes développe ces trois dimensions, de sorte que la lecture du propos du compositeur est assez claire et qu’il y a peu de possibilité de s’égarer.</p>
<p>A Bayreuth, qui cultive ses singularités comme autant de signe de noblesse, on n’applaudit pas l’entrée du chef, pour la bonne raison qu’on ne le voit pas : la fosse est entièrement cachée du public. Le son de l’orchestre arrive donc comme par magie, enveloppant, très rond, sans relief exagéré.</p>
<p>On n’a pas non plus de sur-titres ; personne n’est supposé venir ici pour découvrir une œuvre, tout est censé connu – et l’est dans une très large mesure – le but est plutôt de maintenir une tradition, on fête le 150è anniversaire cette année, de célébrer un culte autour de l’œuvre du Maître, au sein d’une communauté déjà acquise à la cause et convaincue d’avance, qui ne craint pas l’entre-soi. Mentionnons encore la présence d’un souffleur – on ne voit cela plus nulle part ailleurs – que les solistes viendront remercier au moment des saluts, preuve qu’ils en ont eu besoin (mais nous, on n’a rien remarqué… !)</p>
<p>&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Pa_110726_578_cBayreutherFestspiele_press-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-219298"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> Parsifal 2026 © Bayreuther Festspiele</sup></figcaption></figure>


<p>La communauté du Graal semble en grande détresse, Amfortas saigne abondamment d’une plaie ouverte au flanc droit, âmes sensibles s’abstenir, le premier acte est inondé d’images de chirurgie qui pousseront plusieurs spectateurs à quitter la salle ; l’un d’entre eux ayant complètement perdu connaissance doit même être évacué en urgence. Les arrivées successives de Kundry, qui entre déjà fatiguée et de Parsifal qui n’a pas de passé et sur qui tous les espoirs reposent, vont-elles amener la rédemption attendue ? Rien n’est moins sûr. Car le propos de Jay Schei, qui voit dans le livret un parallèle fort pertinent avec notre époque, est plutôt sombre. Parsifal, qui se présente dépenaillé, héros incertain, a largement passé l’âge d’un jeune premier et semble peu crédible en incarnation du salut commun ou d’un avenir radieux !</p>
<p>Le premier acte multiplie les références à la religion catholique, que ce soit la présence d’une auréole géante, la présentation de reliques, la blessure béante d’Amfortas et son sang versé pour le salut du monde, le baiser de paix que se donnent les chevaliers entre-eux, leur costumes blanc et jaune, couleurs du Vatican (ou couleurs pascales, c’est comme on voudra…), le caractère incantatoire des interventions du chœur, tout semble y contribuer.</p>
<p>Au deuxième acte, dans l’antre de Klingsor, c’est une représentation de l’enfer qui est proposée, un enfer lubrique, passablement décati, dont l’aspect ridicule est incarné par Klingsor lui-même, dont le costume rose souligne comme un cliché l’ambigüité sexuelle, les filles-fleurs ayant quant à elles emprunté leur répertoire esthétique à la télé-réalité la plus trash. Le croirez-vous ou non, Parsifal a bien du mal à leur résister, ainsi d’ailleurs qu’à Kundry dont les séductions s’articulent sur un autre registre. Scéniquement, tout cela tire fort en longueur, le dialogue entre Parsifal et Kundry semble interminable, c’est probablement l’acte le moins convaincant des trois. Le retour de Klingsor, son combat perdu et finalement l’effondrement total de son monde sont en revanche menés en quelques secondes seulement,</p>
<p>Le troisième acte nous conduit dans les entrailles de la terre, sans doute une mine de terres rares où finit de rouiller une excavatrice à godets, dans une ambiance post-nucléaire que tout espoir semble avoir abandonné. Amfortas saigne toujours. D’autres signes chrétiens sont encore convoqués, le lavement des pieds, les cloches, le baptême par l’eau, présente d’ailleurs dans les trois actes, jusqu’à ce que Parsifal laisse tomber le Graal (figuré par un bloc de cristal de Cobalt) qui se casse en mille morceaux. Kundry repart comme elle est venue, laissant la communauté des chevaliers du Graal à sa très incertaine destinée.</p>
<p>Esthétiquement, les décors et les costumes n’ambitionnent aucune beauté mais cherchent à contribuer au sens, et représentent très bien, en effet, un monde en pleine déliquescence, la perte des valeurs, les espoirs enfuis et l’angoisse du présent qui envahit tout. Les références au bouddhisme ne sont pas visibles (à moins que les costumes du troisième acte, sortes de tenues de camouflage, s&rsquo;apparentent à des kimonos ?), et la dimension de compassion semble dépassée par l&rsquo;ampleur du désastre qui nous est montré.</p>
<p>Si la mise en scène ne convainc pas entièrement, la qualité de la distribution est considérable. Des quatre rôles principaux, c’est sans doute Gurnemanz qui est le plus exceptionnel. Par son timbre, par sa présence, <strong>Georg</strong> <strong>Zeppenfeld</strong> impressionne et en impose naturellement, sans avoir à fournir d’effort apparent. La voix est dotée d’un timbre d’une richesse exceptionnelle, la ligne vocale est parfaitement maîtrisée, aussi longue soit-elle, il domine l’orchestre sans avoir à forcer l’émission et donne une magistrale leçon de chant wagnérien : du volume et de l&rsquo;intensité, mais sans forcer la voix. L’Amfortas de <strong>Michaël</strong> <strong>Volle</strong> est très impressionnant également, avec un vibrato un peu plus large, un volume qui en impose et une incarnation du rôle très investie. <strong>Andreas</strong> <strong>Schager</strong> dans le rôle-titre n’est guère en reste, mais montre quelques signes de fatigue dans le troisième acte, vibrato devenu soudain plus large, intonation un peu moins précise, ce qu’on lui pardonne aisément étant donnée l’ampleur et les difficultés du rôle. <strong>Miina</strong> <strong>Liisa</strong> <strong>Värelä</strong> est très bien distribuée en Kundry, dont elle parvient à rendre à la fois le côté intemporel et fatigué de tout, mais aussi la force débordante et les pouvoirs immenses, dont il n’est pas sûr qu’elle mesure elle-même tout l’impact. Elle donne au rôle un côté sorcière à la fois victime et bourreau, insaisissable, une analyse très riche du personnage (nous fera-t-elle oublier Jessye Norman pour autant ?). Titurel (<strong>Vitalij</strong> <strong>Kowaljow</strong>) présente tout le registre grave requis par le rôle, et <strong>Jordan</strong> <strong>Shanahan</strong> est un Klingsor un peu histrionesque, très démonstratif, à la hauteur du reste de la distribution mais dans un rôle un peu moins important. Mentionnons encore les deux chevaliers du Graal, le ténor allemand <strong>Daniel</strong> <strong>Jenz</strong> et la basse belge <strong>Tijl</strong> <strong>Faveyts</strong>, seules figures de jeunesse au sein du monde des chevaliers. Les filles-fleurs forment un ensemble homogène scéniquement un peu outrancier mais vocalement très en place. Les chœurs sont très impressionnants dans chacune de leurs interventions, amplifiées par la qualité acoustique de la salle et leur effectif nombreux avec prédominance des voix masculines, les femmes étant reléguées en coulisse à certains moments.</p>
<p>La direction de <b>Pablo Heras-Casado</b> est assez vive, respecte beaucoup les chanteurs en leur donnant tout l’espace mais aussi le soutien requis pour développer la voix, et n’hésite pas à faire résonner les fanfares wagnériennes dans le temple pour lequel elles ont été écrites. Les pupitres des vents sont particulièrement bien mis en valeur, les cordes un petit peu moins sensuelles semble-t-il. L’image sonore qui monte de la fosse est très homogène et efficace, mais globale, moins détaillée que si elle émanait d’un orchestre visible. Très satisfait sur le plan musical, un peu moins par la représentation scénique, le spectateur a néanmoins le sentiment d&rsquo;avoir participé à un véritable événement – c&rsquo;est l&rsquo;ampleur de la pièce qui veut ça – qui ne laisse personne indifférent.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-4/">WAGNER, Parsifal &#8211; Bayreuth</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold &#8211; Budapest</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-budapest/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 27 Jun 2026 07:48:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>2026 est une année particulière à plus d’un titre pour les Budapesti Wagner-napok, le Festival Wagner de Budapest, sur la rive gauche du Danube. Il célèbre en effet cette année à la fois ses vingt ans d’existence, il honore l’année jubilaire des 150 ans du festival de Bayreuth en proposant une tétralogie complète en quatre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>2026 est une année particulière à plus d’un titre pour les <em>Budapesti Wagner-napok</em>, le Festival Wagner de Budapest, sur la rive gauche du Danube. Il célèbre en effet cette année à la fois ses vingt ans d’existence, il honore l’année jubilaire des 150 ans du festival de Bayreuth en proposant une tétralogie complète en quatre jours (!) et, surtout, il célèbre son maître fondateur, le chef d’orchestre<strong> Ádám Fischer</strong>, qui, ayant décidé (il aura 77 ans en septembre) de passer la main, dirige pour la dernière fois en tant que directeur dans le Béla Bartók National Concert Hall du Müpa de Budapest. Pour finir en beauté et honorer comme il se doit les 150 ans du Ring (on rappellera pour l’anecdote que la toute première tétralogie des 13, 14, 16 et 17 août 1876 était dirigée par un chef hongrois, Hans Richter), il en conduit deux cycles complets, nous assistons au second.<br />
Un mot sur les liens indéfectibles qui unissent Fischer et ce festival qu’il a créé en 2006. Le destin d’Ádám Fischer a été fortement lié à celui de l’ancien premier ministre hongrois Viktor Orbán. Le chef d’orchestre a toujours été critique envers le premier ministre en exercice et, en 2010, il a démissionné à grands fracas de son poste de directeur de l’opéra de Budapest, position qu’il tenait depuis trois ans, pour dénoncer le retour au pouvoir d’Orbán et ce qu’il considérait comme des ingérences de sa part dans son travail (et notamment les nominations) à l’Opéra. Toutefois, le festival Wagner a constamment bénéficié du soutien de l’Etat, même entre 2010 et 2026, sous le mandat d’Orbán.<br />
Lorsqu’il crée ce festival en 2006 avec <em>Parsifal</em>, Fischer ne prétend évidemment pas concurrencer Bayreuth : il s’agit de produire des opéras en versions semi-scéniques ou scéniques et surtout de bénéficier de l’exceptionnelle acoustique de la salle Béla Bartók (qui compte 1656 places). C’est justement pour cette salle que le metteur en scène <strong>Hartmut Schörghofer</strong> a conçu sa tétralogie. Ne s’agissant pas d’une salle d’opéra avec toute la machinerie afférente, Schörghofer a imaginé un langage fondé sur les projections vidéo, le théâtre d&rsquo;ombres, les marionnettes, les danseurs et un dispositif scénique très flexible avec pour ainsi dire pas de décors : ainsi pour ce prologue de l’<em>Anneau</em> <em>du Nibelung</em>, nous n’avons droit qu’à une estrade sur laquelle monte alternativement les chanteurs (qui ne sont pas costumés si ce n’est en…récitalistes) et, comme fond de scène, des panneaux sur lesquels sont projetés soit des vidéos, soit des jeux d’ombres chinoises.<br />
Le premier <em>Ring</em> complet signé Schörghofer a été créé en 2008. Il a depuis été repris régulièrement et partiellement et des aménagements techniques dans la mise en scène ont été apportés. On peut dire qu’il s’agit d’un « Ring maison », aucune autre production n’ayant été proposée <em>in loco</em>.<br />
Schörghofer ne prétend ni révolutionner, ni interpréter l’<em>Anneau</em>. Il s’agit davantage d’adapter l’œuvre à une scène qui n’est pas une scène d’opéra. Et pour cela, l’outil vidéo va jouer un rôle prépondérant. C’est grâce à lui que seront figurés les décors : l’eau du Rhin avec des images très réussies des trois Filles s’y baignant, les montagnes qui abriteront le Walhalla, l’arc-en-ciel qui au dernier tableau servira de pont vers la résidence de Wotan. En revanche le Nibelheim ne sera pas vraiment représenté. Les jeux de lumières se projetant sur les panneaux en fond de scène sont esthétiquement de très bon goût et bien utilisés pour figurer des moments où, souvent, les metteurs en scène se cassent les dents. Citons-en deux, particulièrement réussis : la transformation d’Alberich en dragon puis en crapeau, se fait en ombres chinoises et c’est confondant de justesse. Et puis il y a Freia, dont l’ombre chinoise là encore va comme disparaître derrière l’or figuré par la couleur que revêtira sa silhouette.</p>
<p>Ádám Fischer possède avec l’orchestre symphonique de la radio hongroise un bel outil, dont il tire certainement le meilleur. La lecture de la partition est limpide, les intermèdes symphoniques entre les tableaux permettent de garder permanente la tension dramatique. Nous retenons bien sûr les 134 mesures initiales, arpégées en mi bémol, qui vont sous-tendre finalement tout le premier tableau. Commencées dans le noir complet (Fischer utilise un pointeur électrique pour battre la mesure), elles nous plongent d’emblée dans les eaux du Rhin. La fosse d’orchestre déborde (trois harpes sont perchées au deuxième balcon), les cordes sont magnifiques, on n’évitera pas quelques approximations des cuivres à certains moments pourtant sensibles. Nous avons hâte d’entendre la vision de Fischer dans les trois prochaines journées.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/rajna_PJ_090-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1782545669064" /></pre>
<pre style="text-align: center;">© János Postósz</pre>
<p>Le plateau vocal est homogène et appellera des ovations méritées en fin de partie. Tout commence superbement avec les Filles du Rhin. Woglinde (<strong>Orsolya Sáfár</strong>) a le soprano moqueur, Wellgunde (<strong>Gabriella Fodor,</strong> qui sera la Waltraute de <em>Walküre</em>) confine au mezzo et Flosshilde (<strong>Zsófia Kálnay</strong>) possède un mezzo qui confine à l’alto. Tout cela est bien en place, c’est agile, léger et crédible. Les frères Donner (<strong>Csaba</strong> <strong>Szegedi</strong>) et Froh (<strong>Zoltán Megyesi</strong>), Mime (<strong>Jürgen Sacher</strong>), Erda (<strong>Erika Gál</strong>, qui malheureusement nous fera parvenir son monologue du quatrième tableau depuis les coulisses avec image projetée), montrent tout le soin porté à la distribution des rôles seconds.<br />
Fasolt (<strong>Tijl Faveyts</strong>), avant de perdre sa superbe, aura fait montre d’une basse claire et bien portée, tandis que le faux-frère Fafner (<strong>Sorin Coliban</strong>) montre déjà toute la noirceur du personnage (on l’attend bien sûr dans sa partie plus consistante de <em>Siegfried</em>).<br />
<strong>Lilla Horti</strong> est une Freia toute frêle et parfaite en victime non consentante – la voix cependant est toute d’autorité. <strong>Norbert Ernst</strong> a pris quelque temps pour entrer pleinement dans le jeu de Loge ; d’abord emprunté, il donne la pleine mesure dans les deux dernières scènes.<br />
<strong>Atala Schöck</strong> (Fricka) aura davantage convaincu dans le premier tableau que dans le dernier. Sa première apparition est splendide avec une présence attentive et un mezzo vraiment envoûtant. La longue pause avant le quatrième tableau ne lui aura pas été bénéfique, les graves apparaissant davantage poitrinés. Ceci dit, il nous tarde de l’entendre dans sa partie autrement redoutable de Fricka dans <em>Walküre</em>.<br />
<strong>Jochen Schmeckenbecher</strong> possède le rôle d’Alberich sur le bout des doigts. Du premier au dernier tableau il brosse le tableau du fourbe parfait grâce à une voix qu’il tortille dans tous les sens et qui, à elle seule, montre toutes les facettes de la vilénie d’Alberich.<br />
Quant à <strong>Tomasz Konieczny</strong>, il est le Wotan tutélaire du Festival Wagner de Budapest. Présent dès 2007 (<em>Die Walküre</em>), il aura participé à 8 représentations en Wotan et deux en Wanderer. Présence magnifique, il apparaît sur scène un peu emprunté dans cette version semi-scénique et l’on sent que l’acteur en lui aimerait donner une pleine mesure. La voix sait être tour à tour chaude ou glaciale. Les faiblesses du personnage qui se révèleront davantage dans les deux prochaines journées, affleurent déjà sous le masque d’airain.</p>
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		<title>WAGNER, Die Walküre &#8211; Cologne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-cologne-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 May 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La nouvelle Tétralogie proposée depuis cette année par l’Opéra de Cologne (relocalisé encore quelques mois à la Staatenhaus non loin), initiée en novembre dernier avec un Rheingold prometteur, livre un deuxième épisode lui aussi très réussi, avec même certains moments d’une émotion insondable. C’est le metteur en scène Paul-Georg Dittrich qui est aux commandes dans &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La nouvelle <em>Tétralogie</em> proposée depuis cette année par l’Opéra de Cologne (relocalisé encore quelques mois à la Staatenhaus non loin), initiée en novembre dernier avec un <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-cologne/">Rheingold prometteur</a>, livre un deuxième épisode lui aussi très réussi, avec même certains moments d’une émotion insondable.</p>
<p>C’est le metteur en scène <strong>Paul-Georg Dittrich</strong> qui est aux commandes dans la description entamée au premier épisode d’un monde capitaliste à bout de souffle, dans une lutte (finale ? ) pour l’appropriation de la nature par quelques puissants (dont Wotan sera ici le parangon). On se souvient que l’or du Rhin (dont il est très peu question dans <em>La Walkyrie</em> mais qui reviendra au premier plan dans <em>Siegfried</em>) était symbolisé par les forces vives de la nature humaine, à savoir l’enfance : ce sont les enfants du monde d’aujourd’hui qui représentent la vraie richesse de l’univers de demain. La thématique est reprise ici mais circonscrite à la – pléthorique –descendance de Wotan. Il se trouve que les enfants dont Wotan est le géniteur (et quelle qu’en soit la mère ! ), ont une caractéristique physique commune ; ils possèdent tous la même chevelure, la même coupe de cheveux courts.</p>
<p>Cela saute aux yeux dès la première scène entre Siegmund et Sieglinde. Et au second tableau du II, Brünnhilde, apparue au premier tableau parée de longs cheveux, se défait au moment où elle aperçoit Siegmund de sa longue chevelure pour apparaître cheveux courts, dans la lignée des enfants de Wotan. S’ensuit ce très beau moment où Brünnhilde présente à Siegmund son bouclier, dans lequel il se mire, voit sans doute son propre visage pour la première fois, prenant alors conscience, par la similitude des chevelures, de sa parenté avec Brünnhilde et Sieglinde. Vertigineux.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/walkure_gp_0165_matthias_jung__kopie.jpg__1920x1080_q85_subject_location-1000667_subsampling-2_upscale-1294x600.jpg" />© Matthias Jung</pre>
<p>Le deuxième acte avait commencé dans un salon cossu alors que Fricka découvre que son test de grossesse est négatif ! Test confirmé par une échographie réalisée à la va-vite et qui nous permet de mieux appréhender ce qui se joue dans l’antre de Wotan. Celui-ci est en fait à la tête d’une gigantesque organisation (une clinique ?), en charge de créer des clones génétiquement modifiés, reconnaissables justement à leur coiffure.</p>
<p>Nous découvrirons l’ampleur de l’organisation au troisième acte avec un premier tableau proprement surréaliste. Les Walkyries ne sont ici rien d’autres que des génitrices à la chaîne, leur célèbre « chant de la chevauchée » devenant un « cri des parturientes » ! D’où cette scène gore d’accouchements en série, certaines allongées, d’autres même debout (!), tandis que non loin sont endormis une demi-douzaine de garçonnets, tous absolument semblables, en réalité des marionnettes ou des robots, en tous cas totalement dépourvus d’initiative personnelle, commandés par l’ordinateur d’un Wotan possédant sur eux droit de vie et de mort. S’ils se lèvent ensemble, c’est pour monter d’un même mouvement sur des chevaux de bois identiques, avant de se « brancher » à des tubes de perfusion pour « faire le plein » et d’être victimes d’un accès de colère de Wotan, qui, d’un seul clic sur son ordinateur, les efface tout bonnement, tout comme il met fin à la vie des nouveau-nés de ses filles. Et, pour parachever le délire eugéniste de Wotan, ajoutons qu’il finira par enfermer Brünnhilde, non pas dans un cercle de feu, mais dans une cabine (cryogénique ?) qui la préservera une vingtaine d’années avant d’en être délivrée par son demi-neveu. Bigre !</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/walkure_gp_0255_matthias_jung__kopie.jpg__1920x1080_q85_subject_location-750479_subsampling-2_upscale-1294x600.jpg" />© Matthias Jung</pre>
<p>La conduite d’acteurs dessinée par Paul-Georg Dittrich est pertinente et soignée, tout en laissant « respirer » les personnages. Il y a des moments d’une ineffable beauté dans cette production. Le duo d’amour Sieglinde-Sigmund respire une sensualité enivrante, la gestuelle est esthétiquement réussie, la langueur amoureuse s’installe. Par ailleurs, la confrontation Fricka-Wotan est percutante, quant aux adieux de Wotan à sa fille préférée, ils rendent justice à ce qui demeure une des plus belles inspirations musicales de la <em>Tétralogie.<br />
</em>Si ces adieux bouleversent autant, c’est aussi et surtout au Wotan de <strong>Jordan Shanahan</strong> qu’on le doit. Déjà apprécié dans <em>Rheingold</em>, il épure ici son personnage dans deux moments cruciaux : ces adieux donc, où transparaît l’humanité de celui dont tout nous dit qu’il en est dépourvu et, au II, le long monologue qu’il rend vivant par des effets dynamiques toujours bien choisis. La basse n’est nullement sombre, bien au contraire, ce qui éloigne Wotan de l’image d’un démiurge inaccessible. La clarté de la voix, dotée d’une projection plus que correcte, fait de lui plutôt un savant fou d’autant plus redoutable qu’il nous semble accessible.<br />
Siegmund est un <strong>Daniel Johansson</strong> des grands soirs. <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-glyndebourne/">Parsifal remarqué</a>, il confère au frère de Sieglinde une bouleversante humanité, vivifiée par un ténor souple et puissant. Son jeu d’acteur nous rend son personnage d’autant plus attachant. Le Hunding de <strong>Tijl Faveyts</strong> apparaît moins comme un butor sanguinaire que comme un mari résigné au désamour de son épouse, celle-ci ira même jusqu’à le poursuivre dans sa maison pour le rouer de coups ! Loser invétéré, il répondra au double « Geh ! » de Wotan après la mort de Sigmund en se tranchant la gorge. Voix sombre à souhait.</p>
<p>La distribution féminine est moins convaincante ; on s’inquièterait presque pour le soprano d’<strong>Astrid</strong> <strong>Kessler</strong>, qui ne nous semble pas correspondre au rôle de Sieglinde ; ce que nous avons entendu relève davantage du soprano léger que lyrique et encore loin dramatique. Une voix frêle qui correspond certes au personnage gracile qu’elle veut endosser. Mais les exigences vocales du rôle sont terribles, son duo avec Sigmund la pousse dans ses ultimes retranchements. Saluons toutefois son implication.<br />
La Fricka de <strong>Bettina Ranch</strong> développe une force de persuasion qui lui permet de tordre le bras de son époux. Elle le fait avec une voix assurée, tranchante, du plus bel effet.<br />
La Brünnhilde de <strong>Trine Møller</strong> brille aussi par son engagement. Le timbre est agréable, elle campe une sorte d’anti-héroïne, dont les fragilités se font jour. Fragilités qui transparaissent aussi dans la ligne musicale où les médiums sont parfois effacés par l’orchestre. Qu’en sera-t-il de la Brünnhilde du troisième acte de Siegfried ? Et de la partie plus redoutable encore dans <em>Götterdämmerung</em> (prévue pour 2027-28, la distribution n’est pas encore annoncée) ? L’avenir nous le dira.<br />
Nos huit Walkyries forment un groupe homogène qui décline joliment toutes les couleurs expressives de la fougue, de la douleur et de l’effroi.</p>
<p>Enfin <strong>Marc Albrecht</strong> dirige sa centaine de musiciens du <strong>Gürzenich-Orchester Köln</strong> avec une minutie de chaque instant. Les conditions acoustiques, nous n’y reviendrons pas, ne sont pas favorables. Il n’y a pas de fosse, il doit répartir ses pupitres dans le sens de la largeur (harpes, bois et cors à gauche, reste des cuivres et percussion à l’extrême droite) ce qui crée parfois des déséquilibres inévitables. Les tempi sont lents mais ils donnent tellement de sens au foisonnement de la partition. Nous avons hâte d’entendre ce bel orchestre dans des conditions normales.<br />
Il sera justement intéressant de connaître la suite du feuilleton : comment Dittrich va-t-il se réapproprier la thématique de l’or du Rhin ? Quel sera le visage de Siegfried ? Quelle relation aura-t-il avec son grand-père ? Comment va-t-il s’y prendre pour délivrer Brünnhilde de sa capsule cryogénique ?<br />
Autant de questions auxquelles nous aurons une réponse en avril 2027 avec <em>Siegfried</em>.</p>
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		<title>BERLIOZ, Benvenuto Cellini &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-benvenuto-cellini-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Jan 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Incroyable mais vrai : le Benvenuto Cellini de Berlioz n&#8217;avait jamais été représenté à Bruxelles en version scénique. A bien y réfléchir, est-ce si surprenant ?  Après sa chute parisienne en 1838, l&#8217;opéra ne fut plus représenté qu&#8217;à Weimar en 1852, grâce aux efforts de Liszt, mais ce demi-succès resta largement sans lendemain. L&#8217;œuvre a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Incroyable mais vrai : le <em>Benvenuto Cellini</em> de Berlioz n&rsquo;avait jamais été représenté à Bruxelles en version scénique. A bien y réfléchir, est-ce si surprenant ?  Après sa chute parisienne en 1838, l&rsquo;opéra ne fut plus représenté qu&rsquo;à Weimar en 1852, grâce aux efforts de Liszt, mais ce demi-succès resta largement sans lendemain. L&rsquo;œuvre a presque disparu des écrans jusqu&rsquo;à ce que Colin Davis la ressuscite au milieu des années 60. L&rsquo;enregistrement fit grand bruit, mais la pièce est toujours rare à la scène. Berlioz semble avoir acté lui-même son échec, puisqu&rsquo;il réutilisa les plus belles mélodies de l&rsquo;opéra, celles qu&rsquo;il ne voulait absolument pas perdre, dans son ouverture de concert <em>Le carnaval romain,</em> en 1844, à ne pas confondre avec l&rsquo;ouverture de l&rsquo;opéra lui-même. Et pourtant, malgré quelques défauts, l&rsquo;œuvre est d&rsquo;une force irrésistible, que ce soit par sa vivacité mélodique et rythmique, la joyeuseté de son livret ou la profondeur des thèmes abordés. A condition bien sûr de trouver des interprètes capables de se frotter à ses difficultés diaboliques, ce qui semble être le cas pour cette production bruxelloise.</p>
<p><strong>Thaddeus Strassberger</strong> a bien compris que le personnage principal n&rsquo;est ni Cellini, ni le Pape, ni Teresa mais bien la ville de Rome. Il n&rsquo;a pas froid aux yeux, et décide de nous en mettre plein la vue. Sa Rome de la Renaissance sera un mélange de péplum façon Cinecittà et de références felliniennes, dans une débauche d&rsquo;effets visuels, de costumes somptueux et d&rsquo;allusions à la culture queer. Cela fonctionne remarquablement, même si une telle profusion peut parfois perdre le spectateur, mais c&rsquo;est voulu, et cela fait écho à une partition où Berlioz empile les trouvailles les plus originales, et le chaudron qu&rsquo;est la fosse d&rsquo;orchestre trouve plus d&rsquo;une fois son reflet sur scène. On mentionnera en particulier le travail du costumier <strong>Giuseppe Palella</strong>, qui a pris un plaisir visible à revisiter tous les classiques de la ville éternelle : dieux du Panthéon, pape, gardes suisses, carabinieri, muses et joyeux fêtards du carnaval. C&rsquo;est à la fois poétique et drôle. On sera plus réservé sur l&rsquo;idée de réintroduire le langage parlé dans le finale du premier acte, avec une « battle » de drag queens. Non que l&rsquo;idée soit mauvaise en soi, mais le retour de la parole après une heure de musique produit un effet très incongru. Qu&rsquo;on ne se méprenne pas cependant : Strassberger n&rsquo;est pas seulement sensible aux aspects festifs de l&rsquo;opéra. Il rend justice à ses moments de poésie, et à la méditation très profonde qu&rsquo;il contient sur le rôle de l&rsquo;artiste. La façon dont il fait tourner le décor sans bruit pour passer du vacarme de l&rsquo;atelier à la solitude de Cellini et à son sublime « Sur les monts les plus sauvages » est magistrale.  Les apparitions du pape sont aussi des exemples d&rsquo;équilibre entre la satire et le sérieux.</p>
<p>La pièce ayant fait la preuve qu&rsquo;elle tient bien sur scène, est-elle jouable pour les musiciens ? La créativité de Berlioz est telle qu&rsquo;aucune interprétation sur le vif ne peut lui rendre pleine justice. Exemple : la première scène, où Teresa et Cellini se donnent rendez-vous, avec Fieramosca qui se cache à l&rsquo;arrière et cherche à déjouer leurs plans. Les chanteurs doivent faire de la dentelle en musique, alors que les acteurs doivent interpréter une scène de boulevard, avec portes qui claquent et jeu de cache-cache. La quadrature du cercle. En ce sens, <em>Benvenuto Cellini</em> est une œuvre platonicienne : elle existe sous une forme idéelle et parfaite dans le cerveau de Berlioz, et les diverses productions qu&rsquo;on en donne ne font que s&rsquo;approcher plus ou moins d&rsquo;un horizon inaccessible. Ceci étant posé, l&rsquo;équipe de La Monnaie a de solides atouts. La baguette d<strong>&lsquo;Alain Altinoglu</strong> ruisselle de couleurs. Visiblement heureux de diriger une partition dont il dit le plus grand bien dans le programme de salle, le chef tire le meilleur d&rsquo;un O<strong>rchestre symphonique de La Monnaie</strong> en grande forme. Les instrumentistes s&rsquo;ébrouent dans la partition avec joie, et font plus d&rsquo;une fois songer à de jeunes poulains lancés dans leur premier galop. Le brio individuel (tuba, cor anglais, timbales) n&#8217;empêche pas la cohésion de l&rsquo;ensemble, et l&rsquo;écoute vis-à-vis des chanteurs est exemplaire. Les <strong>chœurs de La Monnaie</strong> sont presque au même niveau, et nous régalent dans le <em>Chant des ciseleurs</em>. Mais ils ne peuvent s&#8217;empêcher de se prendre les pieds dans le tapis à plusieurs reprises dans le finale de premier acte. Il faut être indulgent tant l&rsquo;écriture de Berlioz « nargue les ressources des meilleurs ensembles du monde », pour reprendre les termes de Piotr Kaminski dans <em>1001 opéras</em>. Au-delà des aspects purement techniques, l&rsquo;esprit de <em>Benvenuto</em> est bien là, dans ce mélange étincelant de rire et de tendresse, ce côté incandescent, cette effervescence qui semble inextinguible.</p>
<p>La distribution est de premier ordre, soudée dans un esprit commun et totalement investie au service de l&rsquo;opéra et de la vision du metteur en scène. Commençons par la seule déception : le Balducci de <strong>Tijl Faveyts</strong> : la voix est engorgée, ne se projette pas vraiment bien, et la diction est confuse. Dans une ville majoritairement francophone, c&rsquo;est gênant, surtout que c&rsquo;est le trésorier du pape qui ouvre l&rsquo;opéra, et que cela plombe un peu la suite. Le contraste est d&rsquo;autant plus frappant que le reste de l&rsquo;équipe offre un français de premier ordre. Par exemple la Teresa de <strong>Ruth Iniesta,</strong> qui compose un personnage désopilant, mélange subtil entre la muse et l&rsquo;allumeuse. La voix est d&rsquo;une fraîcheur remarquable, et son parcours de belcantiste lui permet d&rsquo;affronter sans trembler la cabalette de son air « Quand j&rsquo;aurai votre âge », et de montrer comment Berlioz, tout en rejetant l&rsquo;opéra italien de son temps, n&rsquo;entendait pas renoncer à la virtuosité et à ses possibilités expressives. Et ce timbre a des pointes « sucrées » qui le rendent terriblement séduisant. Excellent acteur, le Fieramosca de <strong>Jean-Sébastien Bou</strong> sacrifie parfois le soin de la ligne à un jeu très énergique. C&rsquo;est souvent drôle, mais on aimerait mieux entendre son bel instrument de baryton. L&rsquo;Ascanio de <strong>Florence Losseau</strong> touche au sublime : ligne souveraine, vocalisation au cordeau, timbre pulpeux, français impeccable et bien projeté. Et les nuances qu&rsquo;elle met sur « moi je chante, moi je ris » dans son deuxième air montrent qu&rsquo;elle a beaucoup réfléchi sur son rôle, lequel gagne à dépasser le cliché de l&rsquo;élève espiègle.</p>
<p>Chanter un pape sur scène ne doit pas être facile, surtout que Berlioz semble hésiter constamment entre respect et irréverence. <strong>Ante Jerkunica</strong> réussit une synthèse admirable : sa stature colossale lui permet de surjouer le prélat compassé. Voilà pour la truculence de Berlioz contre l&rsquo;Eglise. Mais le bouillant Hector voulait aussi écrire un rôle de basse qui mette en valeur l&rsquo;onction et la majesté d&rsquo;un pontife. Jerkunica joue alors de son timbre d&rsquo;airain, de son volume immense, de sa musicalité tranquille et du magnétisme musical que suscite chacune de ses apparitions. Nous n&rsquo;avons pas l&rsquo;habitude d&rsquo;entendre une voix d&rsquo;une telle noirceur dans l&rsquo;opéra français, où l&rsquo;on privilégie souvent des timbres plus clairs, mais ces accents dignes d&rsquo;un Hunding ou d&rsquo;un Fasolt fonctionnement parfaitement.</p>
<p>Reste à parler du miracle <strong>John Osborn</strong>. Miracle, le mot n&rsquo;est pas trop fort tant nous assistons ici à une osmose entre un rôle et un chanteur. Osborn <em>est</em> Cellini , comme Birgit Nilsson <em>était</em> Brünnhilde ou Maria Callas <em>était</em> Violetta. La partie semble écrite pour lui : il en a toutes les notes, tous les murmures, tous les élans. Rien ne parait difficile : les larges cantabile de ses deux airs, les aigus crucifiants du duo avec Teresa, les apartés du carnaval, les trépignements de la scène finale. Partout, le ton adéquat, la voix allégée ou donnée à plein, le français aisé à comprendre et vécu de l&rsquo;intérieur. Aucun signe de fatigue à l&rsquo;issue de cette performance, l&rsquo;artiste sortant de cette fournaise l&rsquo;oeil sec et le cheveux en ordre. Il est intéressant de noter que le rôle produit souvent ce type d&rsquo;identification complète. Au disque, Nicolaï Gedda et Gregory Kunde donnaient la même impression. Faut-il croire que Berlioz a admirablement réussi son projet de mettre en scène un artiste auquel tous les autres puissent s&rsquo;identifier ?</p>
<p>Reste à espérer que, armée de tant d&rsquo;atout, cette production bruxelloise soit vue par le plus grand nombre, et qu&rsquo;elle soit un jalon sur le chemin qui permettra à <em>Benvenuto Cellini</em> d&rsquo;entrer dans le répertoire de toutes les maisons d&rsquo;opéra.</p>
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		<title>WAGNER, Parsifal &#8211; Gand</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-gand/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’œuvre de Wagner est saturée de sens : dans ses livrets, le compositeur combine les sources et réinvente les histoires. Les niveaux de lecture sont multiples et les strates de signification, potentiellement infinies. Et comme pour ajouter à l’infini, le texte se déploie sur une partition qui, elle-même, se prête à une lecture qui dépasse &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’œuvre de Wagner est saturée de sens : dans ses livrets, le compositeur combine les sources et réinvente les histoires. Les niveaux de lecture sont multiples et les strates de signification, potentiellement infinies. Et comme pour ajouter à l’infini, le texte se déploie sur une partition qui, elle-même, se prête à une lecture qui dépasse de très loin l’analyse musicale. Mettre en scène cette saturation, c’est nécessairement choisir entre un angle limité – c’est, dès lors, risquer une lecture superficielle – et une lecture totalisante ; c’est, dès lors, risquer de transposer la saturation de l’œuvre sur scène. En voulant éviter l’écueil du premier terme, <strong>Susanne Kennedy</strong> et <strong>Markus Selg</strong> se sont allègrement jetés dans le second. À l’occasion de leur première production pour l’opéra – <em>Einstein on the Beach</em> (2022) – la metteure en scène et le scénographe avaient invité le public à s’immerger dans l’œuvre en prenant place sur scène, parmi les chanteurs. Ici, c’est depuis la salle que le public est censé vivre une expérience immersive qui, en l’occurrence, ne passe ni par la musique, ni par l’invitation à la contemplation. L’immersion est le fait d’une saturation d’images et d’effets vidéo, de couleurs elles aussi saturées, d’une fuite en avant qui agresse plus qu’elle n’invite. Cette multiplication d’images et d’effets offre des possibilités infinies en termes de symbolique et les ambitions ne manquent pas à cet égard (si l’on en croit les notes d’intention du livret) : il est question de psychanalyse jungienne et d’image archétypale, Schopenhauer est convoqué – évidemment – de même que Platon, les rites initiatiques païens, les spiritualités hindoues ou encore les origines du théâtre. De ces ambitions théoriques, on ne percevra pourtant pas grand-chose. Les références christiques sont légion, on est souvent entraîné à travers la couronne d’épines mais le spectacle n’est pourtant pas ici celui de la Passion d’Amfortas et l’on peine dès lors à dépasser l’anecdote. À vouloir tout dire, ne risque-t-on pas de ne finalement rien transmettre ? La quête intérieure et l’expérience immersive revendiquées ressemblent davantage à un voyage dans un jeu vidéo vintage, monté à grands renforts d’IA – esthétique à laquelle d’aucuns sont sans doute sensibles.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/M5A5335-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-200675"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© OBV/Annemie Augustijns</sup></figcaption></figure>


<p>En fosse, <strong>Alejo Pérez</strong> adopte une lecture d’emblée analytique où leitmotivs et tensions harmoniques sont soigneusement soulignés, parfois au détriment d’un phrasé et d’un mouvement global  aboutis. Il faut attendre le deuxième acte pour que le <strong>Symfonisch Orkest Opera Ballet Vlaanderen</strong> révèle son plein potentiel expressif. Les phrasés se font alors plus soutenus et la tension s’installe jusqu’à exploser lors de l’apothéose de Parsifal, à la fin du troisième acte. Certes, les bois et les cordes manquent encore de rondeur et les cuivres – généreux et toujours justes – pourraient gagner en volupté mais, globalement, l’ensemble est de très bonne tenue.</p>
<p>L’approche verticale de la direction se ressent dans les premières interventions du Gurnemanz d’<strong>Albert Dohmen</strong>. L’attention extrême qu’il porte aux consonnes rend la direction des phrases difficile à saisir. Ce n’est qu’au troisième acte que le chant se déliera pour se laisser porter par une énergie horizontale (alors même que Parsifal, lui, <em>monte</em> au ciel), permettant d’apprécier les trésors de musicalité qu’offrent le timbre cuivré et la voix ample du chanteur. <strong>Dshamilja Kaiser</strong> est une Kundry d’abord comme effacée – ce qui est peut-être dû à une direction d’acteurs minimaliste (sinon inexistante, au premier acte) assumée. Le placement est toutefois idéal et, même si les graves manquent parfois de volume, la voix se déploie en harmoniques enveloppantes. Avec le Parsifal de <strong>Christopher Sokolowski</strong>, elle offrira un duo intense où – enfin – chanteurs et orchestre s’élanceront en une même direction claire et passionnée. Visuellement, alors que l’on passe à ce moment d’une saturation de couleurs à une ambiance intime et presque en noir et blanc, la scène du baiser est certainement la plus réussie. Sokolowski a toutes les qualités du ténor wagnérien : charpentée mais suffisamment légère, éclatante et canalisée mais pas nasale, la voix séduit d’abord dans des aigus puissants et larges. À la fin du troisième acte, on lui découvrira des graves bien installés. <strong>Kartal Karagedik </strong>est un Amfortas à la projection efficace avec de beaux médiums et une largeur générale. Son « Wehe ! Wehe mir der Qual » est remarquablement mené et constitue, avec le baiser de Parsifal et Kundry, le sommet musical de la production. <strong>Werner Van Mechelen</strong> est un Klingsor à la vocalité idéale : la voix est large mais d’une extrême clarté, colorée, la projection servie par un souffle enveloppant et comme infini. Titurel est vaillamment servi par un <strong>Tijl Faveyts</strong> qui canalise parfois à l’excès mais qui, globalement, offre une prestation soignée et émouvante.</p>
<p><strong>Sawako Kayaki</strong>, <strong>Jessica Stakenburg</strong>, <strong>Emanuel Tomljenovic</strong> et <strong>Timothy Veryser</strong> sont quatre écuyers à la vocalité cohérente, tandis que les six filles fleurs de <strong>Maria Chabounia</strong>, <strong>Ondelwa Martins</strong>, <strong>Idunnu Münch</strong>, <strong>Sawako</strong> <strong>Kayaki</strong>, <strong>Zofia Hanna</strong> et <strong>Jessica Stakenburg</strong> offrent, individuellement, de très beaux timbres mais qui ne s’harmonisent pas idéalement dans une partition qui exige une certaine cohérence chromatique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/M5A6978-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-200673"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© OBV/Annemie Augustijns</sup></figcaption></figure>


<p>Le chœur d’Opera Ballet Vlaanderen, préparé par <strong>Jef Smits</strong>, n’est pas au sommet de ses capacités. Le son est massif et ample mais manque de rondeur, les phrasés sont laborieusement négociés et la justesse reste parfois approximative. Le chœur d’enfants, préparé par <strong>Hendrik Derolez</strong>, est en revanche excellent et l’on goûte un son parfaitement homogène tant du point de vue des intentions que de la couleur vocale – ce qui, on le sait, témoigne d’un exigeant travail sur le son et d’une écoute mutuelle à toute épreuve.</p>
<p>On sort de ce <em>Parsifal</em> avec la conscience d’un décalage : l’infini s’est dilué dans la profusion et, si quelques instants de grâce rappellent la force de l’œuvre, on n’en aperçoit toujours pas la vision.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-gand/">WAGNER, Parsifal &#8211; Gand</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Parsifal &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-3/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Aug 2025 04:03:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les discussions envenimées autour des aléas de l’Or du Rhin parisien cette année ont pu faire oublier à quel point il y avait un grand chef dans la fosse pour le défendre. Pablo Heras-Casado continue ici, dans une production qu’il connaît déjà bien, de prouver qu’il est l’une des valeurs sûres de la scène actuelle, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Les discussions envenimées autour des aléas de l’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-das-rheingold-paris-bastille/">Or du Rhin parisien</a> cette année ont pu faire oublier à quel point il y avait un grand chef dans la fosse pour le défendre. <strong>Pablo Heras-Casado</strong> continue ici, dans une production qu’il connaît déjà bien, de prouver qu’il est l’une des valeurs sûres de la scène actuelle, que ce soit pour Wagner ou pour le répertoire lyrique en général. Sa direction constitue le plus grand atout de la représentation. Le phrasé, fluide et souple, s’inscrit toujours dans le rythme du texte, tout en menant un discours parallèle à la scène quand il le faut. La lisibilité est telle qu’on pourrait comprendre la narration par la seule partie orchestrale (plus limpide que la mise en scène par ailleurs, grâce aux leitmotive). On est à tout instant ravi par le jeu des timbres, la transparence de l’orchestre. Il propose un Wagner épuré, sensible, loin de toute démonstration de force : c’est là une forme d’idéal pour Parsifal. Le troisième acte en particulier est d’une beauté désarmante, notamment lors de la transformation du décor vers la cérémonie funéraire de Titurel. Là où certains en font (avec souvent beaucoup de réussite) un moment orchestral pathétique et violent, il choisit de l’interpréter en regard à la désolation qui ouvre l’acte, c’est-à-dire triste et abattu plutôt que grinçant. L’Enchantement du Vendredi Saint est évidemment un bonheur de délicatesse. Il faut dire qu’il est aidé par un <strong>Orchestre du Festival</strong> superlatif, que ce soit par sa cohésion, le son d’ensemble ou ses solistes (le hautbois). S’il faut émettre une réserve, disons simplement qu’il nous a manqué un soupçon d’urgence lorsqu’elle est demandée, notamment dans le deuxième acte. Saluons en tout cas bien bas cet artiste exceptionnel.</p>
<p><figure id="attachment_197896" aria-describedby="caption-attachment-197896" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197896 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0330-1024x682.jpeg" alt="" width="1024" height="682" /><figcaption id="caption-attachment-197896" class="wp-caption-text">Pablo Heras-Casado<br />©️Waldemar Kamer</figcaption></figure></p>
<p>La mise en scène de <strong>Jay Scheib</strong> n’appelle pas les mêmes éloges. Sans la décrire précisément (on renverra plutôt au <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-2/">compte rendu de Jean Michel Pennetier</a>), rappelons-en l’axe principal. Le plus grand drame de la communauté du Graal n’est pas ici le péché d’Amfortas, mais l’erreur initiale de leur culte, reposant sur l’exploitation des métaux rares comme le cobalt et le lithium. En mettant en danger le vivant, ce mode de vie les entraîne vers leur propre fin tant qu’ils ne le remettent pas en question. Toute dramatique qu’elle soit, la réalité politique que Scheib et la dramaturge <strong>Marlene Schleicher</strong> dénoncent ici est maladroitement amenée. Il faut attendre le troisième acte, et même sa conclusion, pour que le tout devienne cohérent et lisible. Sans même chercher à juger de l’adéquation ou non de cette thématique au livret de Wagner, disons simplement que c’est un échec de mise en œuvre de n’avoir aucun moyen de comprendre l’axe choisi autrement que rétrospectivement ou par la lecture du programme.<br />
Là où l’équipe de mise en scène s’éloigne en revanche considérablement du livret original, c’est par son traitement de la chasteté et du désir. Gurnemanz s’unit à Kundry dans le prologue ; Klingsor semble bien sexuel pour un aspirant saint qui se serait châtré lui-même pour renoncer à l’amour ; les Filles-fleurs sont des sortes de sirènes meurtrières, le danger pour les chevaliers n’étant alors plus d’être bannis de la communauté pour avoir péché, mais d’y laisser la vie ; le baiser de Parsifal à Kundry n’a rien de chaste, et la scène globalement est tout à fait sexuelle. On peine à comprendre la façon dont la mise en scène souhaite prendre en charge cet aspect car la thématique est trop présente dans le livret pour être complètement évacuée : la blessure d’Amfortas est bien montrée comme causée par le rapport avec Kundry, tandis que des symboles comme un pelvis percé surviennent régulièrement. En résulte une certaine incohérence.<br />
Le traitement de Kundry interroge également, mais on aime assez la direction que prend son axe dans le dernier acte. Globalement, elle semble sincère dans son entreprise de séduction de Parsifal, et développer un réel attachement pour lui, jusqu’à ce que les deux finissent comme un couple emblème du renouveau à mener après la destruction du Graal. Ainsi, plutôt que de chercher à apaiser Parsifal avec de l’eau lorsqu’il revient de son errance, c’est par un baiser qu’elle le réconforte. À la lecture des entretiens, on suppose que son dédoublement traduit le hiatus entre ce qu’elle voudrait être (incarné par Garanča, dans une forme &#8211; minimale &#8211; d’émancipation), et ce que la société patriarcale voudrait qu’elle soit (cette figure muette, prostrée et serviable, incarnée par une comédienne).</p>
<p><figure id="attachment_197912" aria-describedby="caption-attachment-197912" style="width: 900px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-197912" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0333.jpeg" alt="" width="900" height="600" /><figcaption id="caption-attachment-197912" class="wp-caption-text">©️Jay Scheib, Joshua Higgason</figcaption></figure></p>
<p>Il reste à parler de la véritable déception du spectacle. Nous avons vu la fameuse version avec réalité augmentée (là encore, on renvoie au <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-2/">compte rendu de 2024</a> pour l’explication du procédé). La moquerie serait très facile pour parler du rendu visuel, qui nous a mis en colère dans un premier temps. Nous l’éviterons ici, préférant supposer que l’équipe de réalisation a dû composer avec un outil encore limité. Cette nouvelle strate peut se justifier par la fameuse citation de Gurnemanz « Zum Raum wird hier die Zeit » (ici le temps devient espace). Partant de la constatation que le récit est très régulièrement tourné vers le passé, la réalité augmentée offre alors un contrepoint au présent représenté sur scène, emplissant l’espace à 360º de symboles et scènes du passé et du futur. Le résultat est une invasion de symboles d’une lourdeur considérable (cercueils, crânes, pommes) voire d’un simplisme qui prête à sourire (des livres lors de certains récits), sans aucune poésie. À noter d’ailleurs que certains symboles essentiels (le pelvis percé pour Klingsor, la lance suspendue dans les airs, le Saint-Esprit, la destruction de Montsalvat), n’apparaissent pas dans la version simplement scénique, confrontant ainsi la majorité du public à un manque ou à une alternative bien pauvre (la lance est un accessoire pris des mains de Klingsor par Parsifal). A l’inverse, les lunettes mettent considérablement à distance de l’action scénique, du fait de l’hystérie des informations envoyées par ce canal qui dissimule simplement la scène. On en perd l’émotion, l’humain, mais aussi certains détails de mise en scène plutôt intéressants. À l’issue de la représentation, il est impossible de dire si ce dispositif a un avenir dans la mise en scène d’opéra tant le résultat est inabouti artistiquement. Peut-être faudrait-il d’abord un spectacle exclusivement conçu pour des spectateurs équipés pour pouvoir en tenir compte.<br />
Dans cette abondance d’idées, plusieurs nous paraissent cependant assez intéressantes. Le troisième acte, en assumant de prendre de grandes libertés avec le livret, offre des images assez saisissantes, ainsi qu’une certaine idée de la désolation tout à fait contemporaine (décor de Mimi Lien). Pas d’enchantement du vendredi saint pour le public si ce n’est les fleurs de la réalité augmentée, le paysage est dévasté par le forage, et les seules fleurs sur scène sont des bouquets funéraires artificiels. Le tableau du jardin enchanté est tout à fait réussi, aussi bien par son aspect luxuriant que par son horreur gore, avec ce chevalier décapité dont les filles-fleurs se repaissent. Enfin, on apprécie la longue scène de soin de la blessure d’Amfortas, transmise en vidéo en gros plan dans une imagerie très Cronenberg, qui fait de cette blessure repoussante l’évocation d’une cavité sexuelle.</p>
<p><figure id="attachment_197899" aria-describedby="caption-attachment-197899" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197899" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0327-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-197899" class="wp-caption-text">Andreas Schager</figcaption></figure></p>
<p>Le Festival de Bayreuth a fait appel en grande majorité aux artistes des éditions précédentes pour cette reprise. Le principal nouveau venu est luxueux vu qu’il s’agit de l’Amfortas de <strong>Michael Volle</strong>. La voix est immédiatement saisissante, mais on s’étonne dans le premier acte d’un phrasé un peu statique, l’intensité passant davantage par le volume que par le détail. Ces réserves disparaissent totalement dans sa détresse du dernier acte, cette fois admirable aussi bien de puissance que de science du texte. Son pendant maléfique, Klingsor, est incarné par <strong>Jordan Shanahan</strong>, dont on ne sait trop si on veut lui faire jouer une caricature de capitaliste à la Jordan Belfort (Le Loup de Wall Street) ou un hédoniste gay, dans cette vieille tradition cinématographique d’affubler les antagonistes de codes queer. Toujours est-il que son chant est admirable, sain, et n’a rien de la caricature qu’on lui impose scéniquement.<br />
La Kundry d’<strong>Elīna Garanča</strong> triomphe auprès du public. Elle a le format exact du rôle, sur toute son étendue. Le saut d’intervalle vertigineux du « lachte » est impressionnant, les aigus sont aisés mais gardent la couleur de mezzo qui les rend si intenses, tandis que les graves sont toujours audibles, jusqu’en dessous de la portée. Son souffle, sa projection témoignent d’un chant athlétique très efficace. Ainsi, le « Parsifal, weile » qui interrompt la scène des Filles-fleurs coupe le souffle par son simple effet physique. Tout en étant admiratif, on n’y voit cependant pas nécessairement une interprétation absolue. Garanča n’a jamais été une grande diseuse, mais réussit à nous surprendre agréablement au début de la scène de séduction. Elle y recherche des nuances, une souplesse, une articulation qu’on ne lui connaissait pas. Puis revient l’occasion de faire du son, et on perd ce soin. Le phrasé se fait minimal, et on cherche en vain la griffure, la fêlure qui caractérise le personnage. L’intensité y est alors strictement acoustique. Il ne s’agit pas pour nous de détails, car c’est le texte qui donne sa force à Kundry, sa malice et sa force de manipulation contribuant à son potentiel de séduction. Waltraud Meier le démontrait avec brio.</p>
<p><figure id="attachment_197901" aria-describedby="caption-attachment-197901" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197901" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0329-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-197901" class="wp-caption-text">Georg Zeppenfel, Andreas Schager, Elīna Garanča</figcaption></figure></p>
<p>On se permet aussi d’être exigeant sur ce point car au moins deux membres de la distribution rappellent à quel point le chant wagnérien ne peut se passer de l’art du récit et de l’éloquence. <strong>Andreas Schager</strong> d’abord, Parsifal très investi, qui réussit malgré son format héroïque à trouver les nuances piano et la couleur juvénile dont a besoin par instants le rôle. <strong>Georg Zeppenfeld</strong> ensuite, pour nous l’atout majeur de la distribution. Son Gurnemanz rayonne de bonté, par la magie d’une voix riche en harmoniques, mais surtout par son art du mot. Il ne s’agit pas tant de diction que d’accentuation, de phrasé naturel pour donner l’illusion du parlé-chanté. Impossible de parler de tunnels quand les longs récits du personnage sont déclamés avec une telle intelligence. Il est par ailleurs très juste sur scène, alors que le niveau de jeu est assez inégal.<br />
Les seconds rôles sont tous distribués avec soin, du Titurel aussi grave que nécessaire de <strong>Tobias Kehrer</strong> aux Filles-fleurs, parmi lesquelles on distingue le beau soprano lyrique de <strong>Victoria Randem</strong>. Citons aussi le court solo de <strong>Marie-Henriette Reinhold</strong> en conclusion du premier acte, qui obtient l’effet céleste escompté grâce à une ligne impeccable.</p>
<p>Le <strong>Chœur du Festival de Bayreuth</strong> bénéficie avec Parsifal de nombreux moments pour briller, au premier rang desquels on met l’entrée du cortège funéraire de Titurel (« Geleiten wir im bergenden Schrein »). La violence des consonnes, l’expressivité, la cohésion en font un moment glaçant. Cependant, c’est l’ensemble de leur prestation qu’il faut saluer, des Filles-fleurs aux cérémonies du Graal. Les voix célestes en particulier réussissent pleinement l’effet androgyne trouble recherché par Wagner. Les artistes des chœurs ont été préparés par <strong>Thomas Eitler-de Lint</strong>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-large wp-image-197902 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_0325-1024x683.jpeg" alt="" width="1024" height="683" /></p>
<p>Excès d’ambition ? Limites techniques ? Projet voué à l’échec ? On ne peut pas cacher une vraie frustration à la sortie du Festspielhaus face à une production qu’on attendait avec une vraie curiosité, voire une certaine bienveillance. Inaboutie, son plus grand tort est peut-être d’empêcher la transcendance créée par les interprètes de totalement se déployer, du fait de la pauvreté de son imaginaire. Et pourtant, on choisit d’en retenir la dernière image, celle de Kundry et Parsifal regardant vers l’avenir, prêts à guider l’humanité vers plus de respect mutuel, plus de « Mitleid ». Cette compassion, cette sensibilité, c’est bien ce que nous ont donné à entendre orchestre et chant ce soir, dans une interprétation résolument tournée vers le sensible.</p>
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		<title>WAGNER, Die Meistersinger von Nürnberg &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-meistersinger-von-nurnberg-bayreuth/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Aug 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La nouvelle production des Meistersinger, inaugurée le 25 juillet dernier, a été confiée au metteur en scène Matthias Davids, venu du monde du théâtre et qui a fait l’essentiel de sa carrière en Allemagne. Volontiers iconoclaste, rompu aux ficelles du métier, il impose ici une conception presqu’entièrement tournée vers la comédie, qu’il manie très habilement &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span class="relative"><span lang="FR">La nouvelle production des </span></span><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;"><em>Meistersinger</em>,</span></strong><span class="relative"><b> </b><span lang="FR">inaugurée le<b> </b></span></span><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;">25 juillet dernier, a été confiée au metteur en scène </span><span lang="FR">Matthias Davids</span></strong><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;">, venu du monde du théâtre et qui a fait l’essentiel de sa carrière en Allemagne. Volontiers iconoclaste, rompu aux ficelles du métier, il impose ici une conception presqu’entièrement tournée vers la comédie, qu’il manie très habilement mais pas toujours légèrement, au détriment d’une réflexion plus fondamentale – pourtant bien présente dans l’œuvre – sur le combat entre tradition et modernité. Dans une esthétique post-moderne, inspirée des jeux télévisés (nombreuses références à Intervilles) où débordent de toute part le grotesque, l’outrance et le kitsch assumé, il transpose l’œuvre dans un univers radicalement opposé à la tradition wagnérienne, son immobilisme et sa gravité.</span></strong></p>
<p><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;">Servie par un décor grandiose, (</span><span lang="FR">Andrew D. Edwards</span></strong><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;">) fait de plusieurs éléments tournant dont un escalier monumental, un amphithéâtre dont les éléments décoratifs sont repris de la salle du Festspielhaus elle-même (mêmes luminaires trilobés, mêmes soubassements de colonnes en appareillage de fausses pierre etc…), une ville de Nuremberg stylisée au deuxième acte, un magnifique et sobre atelier de Sachs et finalement un podium de festival rock, la mise en scène balade le spectateur d’une époque à l’autre, confrontant les générations dans un joyeux débordement très imaginatif. Les costumes d’une imagination sans borne contribuent grandement au désordre général, en particulier dans la scène finale qui semble bien réunir tout ce que l’époque moderne peut proposer de plus laid et de plus vulgaire (tout cela parfaitement assumé) mais aussi de plus joyeux et de plus festif.</span></strong></p>
<p><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;">Pour tape-à-l’œil qu’il soit, le spectacle n’en est pas pour autant dépourvu d’attraits, tant Matthias Davids excelle par mille et un détails à surprendre, à faire rire, à créer des décalages inattendus qui relancent sans cesse l’action et tiennent le spectateur en éveil. Cela tient tantôt du cirque, tantôt du boulevard, délibérément populaire, exagérément coloré, plein d’artifices, très premier degré, et pourtant les sentiments sont sincères, les situations sont justes et l’émotion finit par poindre là où il faut, en particulier au début du troisième acte. De cette pièce qui pourrait n’être qu’un simple divertissement, il fait un chef-d’œuvre comique, ce qui est en soi une prouesse. Cette transposition contemporaine ne permet cependant pas de résoudre certaines questions cruciales posées par le livret, et notamment la place des femmes dans cette intrigue surannée, tout juste bonnes à servir de trophée, de récompense au vainqueur sans identité propre, mais surtout sans que jamais la question de leur consentement soit seulement évoquée. Même si l’amour de Eva pour son Walther semble sincère, Davids semble passer à côté de ce sujet-là sans s’en apercevoir.</span></strong></p>
<p><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;">A la direction musicale du spectacle, </span><span lang="FR">Daniele Gatti</span></strong><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;"> se lance à corps perdu dans l’aventure, avec plus d’entrain et d’enthousiasme que de précision ou de souci du détail. Comme emporté par le caractère débridé et foutraque du plateau, l’orchestre propose beaucoup d’ardeur, réussit quelques prouesses – la scène de la bagarre généralisée au deuxième acte est parfaitement en place – , se reprend quand il le faut et termine la soirée, près de cinq heures de musique tout de même, sans fatigue apparente.</span></strong></p>
<p><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;">La production bénéficie d’une distribution magnifique, dominée magistralement par </span><span lang="FR">Michael Spyres</span></strong><strong><span lang="FR" style="font-weight: normal;"> dans le rôle de Walther von Stolzing. S’il n’a plus tout à fait l’âge d’un jeune premier, il a la voix idéale pour le rôle, charpentée, puissante et claire, et incarne ce personnage de bon garçon sympathique avec une aisance déconcertante. Tout aussi impressionnant, mais dans un autre registre, le Hans Sachs de </span><span lang="FR">Georg Zeppenfeld</span></strong><span class="relative"><span lang="FR"> fait preuve d’une humanité profonde, d’une grande maturité confinant à la sagesse. Son timbre imposant, sa haute stature et sa présence scénique font beaucoup pour nourrir le rôle. Le jeune ténor suisse allemand <b>Matthias Stier</b> dans le rôle de David a fait l’effet d’une révélation. Sa voix magnifiquement timbrée et pleine de charme semble tout à fait naturelle ; il donne au rôle une spontanéité et une sincérité déconcertantes. <b>Christina Nilsson</b>, soprano suédoise qui prête sa voix claire et puissante à Eva, a fait forte impression également, se révélant fine musicienne et d’une efficacité remarquable au troisième acte. A ses côtés, <b>Christa Meyer</b> dans le rôle plus modeste et moins flamboyant de Magdalena remplit parfaitement son office. Tous les cinq ont donné une magnifique version du célèbre quintette du troisième acte, musicalement très pure et scéniquement très émouvante. Beckmesser est chanté par <b>Michael Nagy</b>, baryton d’origine hongroise né à Stuttgart, qui tente de contourner le ridicule du personnage par une certaine froideur et fait beaucoup rire. Un peu en deçà de ses partenaires, <b>Jongmin Park</b> montre peu de charisme en Pogner malgré la profondeur de la voix. Les membres de la confrérie sont traités par la mise en scène de façon indifférenciée ; ils forment une cohorte homogène de fort bonne qualité, <b>Martin Koch</b> en Vogelsang, <b>Werner Van Mechelen</b> en Nachtigall, <b>Jordan Shanahan</b> en Kothner, <b>Daniel Jenz</b> en Zorn, <b>Matthew Newlin</b> très drôle en Eisslinger, <b>Gideon Poppe</b> en Moser, <b>Alexander Grassauer</b> en Ortel, <b>Tijl Faveyts</b> en Schwarz et <b>Patrick Zielke</b> en Foltz. Citons encore <b>Tobias Kehrer</b> qui incarne un veilleur de nuit redoutable, muni d’un impressionnant cor des Alpes. Les chœurs dirigés par <b>Thomas Eitler-de Lint</b>, nombreux et fort sollicités par la mise en scène, semblent avoir apprécié l’importance qui leur est ici accordée et répondent avec entrain, précision et spontanéité à toutes les injonctions de la partition.</span></span></p>
<p><span class="relative"><span lang="FR">Tous seront récompensés à la fin du spectacle par des applaudissements extrêmement nourris et bien mérités, la performance vocale et le caractère enjoué du spectacle emportant finalement l’adhésion du plus grand nombre.</span></span></p>
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		<title>WAGNER, Das Rheingold &#8211; Amsterdam</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rheingold-amsterdam-coup-declat-pour-lor-du-rhin/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Benoît Jacques de Dixmude]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 24 Nov 2021 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/coup-d-clat-pour-l-or-du-rhin/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Voilà quatre ans que le&#160;Concerto Köln&#160;et&#160;Kent Nagano&#160;se sont lancés dans une aventure passionnante&#160;: jeter un regard neuf sur le&#160;Ring&#160;de Wagner, à la lumière de différentes recherches scientifiques, menées en collaboration avec plusieurs institutions des plus sérieuses. Un premier axe prolonge le travail accompli par l’ensemble rhénan depuis sa création en 1985, à savoir la recherche &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà quatre ans que le&nbsp;<strong>Concerto Köln</strong>&nbsp;et&nbsp;<strong>Kent Nagano</strong>&nbsp;se sont lancés dans une aventure passionnante&nbsp;: jeter un regard neuf sur le&nbsp;<em>Ring&nbsp;</em>de Wagner, à la lumière de différentes recherches scientifiques, menées en collaboration avec plusieurs institutions des plus sérieuses.</p>
<p>Un premier axe prolonge le travail accompli par l’ensemble rhénan depuis sa création en 1985, à savoir la recherche sur le son. Pour un orchestre cela commence par les cordes, toujours en boyaux jusqu’à la seconde guerre mondiale. Et pourtant, la quasi-totalité des enregistrements nous donnent à entendre du Wagner sur cordes métalliques. Pour les instruments à vent, la seconde moitié du XIXe est une période de recherches et de modifications, auxquelles Wagner a lui-même contribué, par exemple avec l’invention des&nbsp;<em>Wagner Tuben</em>. Les efforts ont ici visé à reconstituer tous les pupitres de manière originale, y compris en commandant la fabrication de copies pour les instruments manquants.</p>
<p>Une deuxième piste de réflexion s’est tournée vers la langue utilisée par Wagner, et sa prononciation correcte. On sait l’importance que le compositeur – et librettiste&nbsp;! – accordait au texte, l’enrichissant de nombreuses allitérations qui participent également à la musique de ses œuvres.</p>
<p>L’équipe de recherche s’est enfin intéressée à une 3<sup>ème</sup>&nbsp;piste, les conventions théâtrales pour tout ce qui touche à la gestique, la position en scène, à la fois dans la pratique de l’époque mais aussi dans les théories de Wagner lui-même.</p>
<p>L’ensemble des travaux semble maintenant terminé. Plusieurs publications sont prévues pour en rendre compte, et cette version de concert de&nbsp;<em>Rheingold</em>&nbsp;en constituait l’aboutissement musical, attendu avec impatience par les mélomanes. Beaucoup rêvent d’une production scénique qui serait nourrie de ces travaux, mais il n’existe rien de concret à ce jour. L’Université de Bayreuth a participé au projet, mais rien du côté du festival.</p>
<p><strong>Une double interrogation préalable</strong></p>
<p>Nous avons tous connu l’heureuse expérience d’un opéra dont la version de concert nous comblait plus d’aise que bien des productions scéniques, parfois alambiquées et souvent hermétiques. Mais&nbsp;<em>L’Or du Rhin&nbsp;</em> ?</p>
<p>Dans l’esprit de son concepteur, cette pièce reste exclusivement destinée à la scène, comme première étape de son festival scénique. Bien plus encore, pour sa Tétralogie il a imaginé et fait construire spécialement un théâtre qui modifie et révolutionne les paramètres de l’art lyrique. Pour la première fois, les chanteurs sont coupés de l’orchestre, qui devient invisible pour eux comme pour le public. Le rôle du chef d’orchestre, seul lien entre les deux forces musicales, en sort totalement renforcé. Et pour la première fois également, la salle est plongée dans le noir, créant un lien inconnu jusque-là entre le public et le plateau, en immergeant le spectateur dans le drame. Comment dès lors imaginer une version de concert&nbsp;dans une approche historiquement informée ?</p>
<p>L’autre interrogation, qui découle de la précédente, concerne l’équilibre sonore entre l’orchestre et les chanteurs. Même si Wagner mobilise pour son&nbsp;<em>Ring</em>&nbsp;des forces musicales d’une ampleur formidable, une fosse telle que celle de Bayreuth, presque refermée, modère fortement le volume sonore, tout en permettant aux chanteurs une émission directe, clairement perceptible. Comment donc Nagano allait-il trouver le juste équilibre avec un Concerto Köln fort de 94 musiciens, dont 4 harpes, 16 bois et 16 cuivres&nbsp;?</p>
<p><strong>Une phalange d’exception dans un écrin d’exception</strong></p>
<p>La réponse est venue le 18 novembre à la Philharmonie de Cologne et – en ce qui nous concerne – le samedi 20 novembre dans la magnifique salle du Concertgebouw d’Amsterdam, remplie à craquer.</p>
<p>La disposition de la scène en hémicycle accueille de manière idéale le Concerto Köln, et dès l’ouverture, lorsque s’écoule l’eau du Rhin, de plus en plus puissante jusqu’à devenir tempétueuse, la beauté soyeuse des cordes vous emporte, leur limpide pureté se gonfle petit à petit du grondement des vents, et on est frappé par la transparence de cette masse orchestrale, malgré la diversité des couleurs chaudes et somptueuses qui la compose. C’est simplement magnifique. Le pupitre des cuivres sonne particulièrement bien, par les riches harmoniques qu’ils apportent, leur couleur et les attaques qui craquent un peu. Les cornistes n’ont guère le temps de se reposer&nbsp;: quatre d’entre eux doivent laisser leur instrument pour s’emparer de&nbsp;<em>Wagner-Tuben&nbsp;</em>qui procurent à leur section une solide assise dans le grave. Les flûtes, toutes en bois, contribuent également à la douceur de l’ensemble. Impossible de rêver meilleures conditions pour déguster le superbe tissu orchestral conçu par Wagner, dans une architecture dramatique révolutionnaire, articulée autour de<em>&nbsp;Leitmotive</em>&nbsp;qui racontent leur propre histoire et qui s’énonce dans un flot ininterrompu.</p>
<p style="text-align: center"><img loading="lazy" decoding="async" class="image-large" title="© Eduardus Lee" src="/sites/default/files/styles/large/public/eduarduslee_20211120_ntr_zaterdagmatinee_rheingold_004.jpg?itok=t-Y_NOBt" alt="" width="468" height="312"><br />
© Eduardus Lee</p>
<p>Il faut saluer l’audace du Concerto Köln, qui après avoir défriché tant de chefs-d’œuvre du baroque et du classique au cours de plus de 35 ans d’existence, aurait pu rester dans sa zone de confort. Pour cette aventure, ils ont dû recruter pour compléter les pupitres qui ne sont jamais aussi fournis d’habitude&nbsp;: impossible de trouver une 8<sup>ème</sup>&nbsp;contrebasse parmi les habituels baroqueux, et ils ont finalement dû se contenter de quatre harpes, alors que la partition en prévoit six. Certes, ils ne sont pas les premiers défenseurs du baroque à céder aux muses wagnériennes – on pense à Norrington ou Minkowski – mais ils ont embarqué dans l’aventure une solide équipe scientifique et pluridisciplinaire. Ils ont également construit le partenariat indispensable pour mener à bien l’entreprise et la financer.</p>
<p><strong>Une distribution exemplaire</strong></p>
<p>Il fallait une distribution à la hauteur des ambitions de l’orchestre&nbsp;: la troupe réunie est totalement cohérente et convaincante. Wotan est chanté ici par l’australien&nbsp;<strong>Derek Welton</strong>, le seul non germanophone dans le casting. Ceci pourrait surprendre, dans la mesure où une partie de la recherche porte précisément sur la langue et son articulation. Mais Welton a été pendant 5 ans pensionnaire au Deutsche Oper de Berlin et a pleinement mérité son&nbsp;<em>Wagner Safe Ticket&nbsp;</em>en chantant Klingsor (<em>Parsifal</em>) à Bayreuth et Munich. Sa stature, son timbre clair et puissant, font autorité dans le rôle du maître des dieux. A ses côtés&nbsp;<strong>Stephanie Irányi</strong>&nbsp;compose une Fricka imposante par la puissance et des aigus particulièrement brillants. Julian Prégardien, indisposé, a été remplacé au pied levé par&nbsp;<strong>Thomas Mohr</strong>&nbsp;pour le rôle de Loge, qu’il connaît bien et défend avec toute la rouerie qu’on attend du personnage. Il articule son texte prestement et avec une grande clarté. Le redoutable Nibelung, Alberich, est chanté par&nbsp;<strong>Daniel Schmutzhard</strong>, magnifique voix qui réussit à restituer tous les états par lesquels passe le personnage&nbsp;: cajoler les filles du Rhin, renoncer à l’amour, posséder le pouvoir absolu avant d’être dépossédé de tout. Le reste de la distribution se situe dans un niveau d’excellence comparable&nbsp;:&nbsp;<strong>Tanzel Akzeybek&nbsp;</strong>propose un Froh sarcastique à souhait,&nbsp;<strong>Thomas Ebenstein</strong> est le Mime craintif totalement sous la coupe de son frère,&nbsp;<strong>Tijl Faveyts&nbsp;</strong>(Fasolt) et&nbsp;<strong>Christoph Seidl&nbsp;</strong>(Fafner) campent parfaitement les deux géants, peu subtils mais imposants. La grande triomphatrice n’apparaît qu’un bref moment à la fin de l’opéra&nbsp;:&nbsp;<strong>Gerhild</strong>&nbsp;<strong>Romberger</strong>&nbsp;chante Erda et son mezzo est somptueusement coloré, en particulier dans le grave qu’elle déploie avec chatoyance, telle une contralto. Son entrée coupe le souffle à toute la salle, ainsi qu’à Wotan, qu’elle déstabilise et force à céder l’anneau maudit.<br />
Un bon nombre des solistes réunis ici possèdent une expérience dans le domaine baroque et cela s’entend, entre autre dans l’usage modéré du vibrato.</p>
<p style="text-align: center"><img loading="lazy" decoding="async" class="image-large" title="Kent Nagano et Derek Welton © Eduardus Lee" src="/sites/default/files/styles/large/public/eduarduslee_20211120_ntr_zaterdagmatinee_rheingold_001.jpg?itok=pVm9orNQ" alt="" width="468" height="312"><br />
Kent Nagano et Derek Welton © Eduardus Lee</p>
<p><strong>Une apologie de la version de concert&nbsp;</strong></p>
<p>Tous ces artistes rassemblés sous la baguette de Kent Nagano ont prouvé qu’une véritable version de concert n’a rien à envier à certaines productions scéniques. On a déjà souligné la disposition parfaite de l’orchestre, et pour les chanteurs, c’est encore mieux&nbsp;: ils sont portés par la vague orchestrale qui déferle juste derrière eux, complètement enveloppés par la&nbsp;&nbsp;pâte sonore qu’ils n’entendent jamais aussi bien sur une scène traditionnelle. Et dans le cas de Bayreuth, ils n’ont même aucun contact visuel avec les instrumentistes. Pour le chef également ce rassemblement autour de lui procure un confort certain. Les solistes vocaux, parfaitement sertis dans la matière orchestrale n’ont pratiquement pas besoin d’indication d’entrée. Ils peuvent donc se concentrer pleinement sur leur rôle, qu’ils ont bien entendu mémorisé. Chacun de ces solistes est entièrement investi dans son personnage, à qui il donne vie de manière totalement crédible. Il suffit dès lors de quelques gestes très simples pour évoquer les différentes actions du drame&nbsp;: le vol de l’or, les Géants qui emmènent Freia, Alberich qui tire l’oreille de Mime et se couvre du&nbsp;<em>Tarnhelm</em>, ou encore l’or qui est entassé pour dissimuler Freia. Nul besoin de plateau tournant ou de vidéos sulfureuses&nbsp;: le pouvoir de l’imagination fait qu’on s’y croit totalement.</p>
<p>Au début, les Filles du Rhin ont paru un moment manquer de la puissance nécessaire, puis l’équilibre entre les voix et l’orchestre a été rapidement trouvé et n’a plus suscité de problèmes. L’unique bémol, inhérent à pour une telle disposition sur le plateau, reste que la partie vocale n’est jamais vraiment «&nbsp;détourée&nbsp;», isolée comme elle peut l’être sur la scène d’un opéra. Mais la perception tridimensionnelle que procure la légendaire acoustique du Concertgebouw compense largement ce petit souci.</p>
<p>On l’a dit, des chercheurs se sont penchés sur la question de la prononciation à l’époque de Wagner. Même pour un germanophone, on ne peut pas dire que le résultat de ces travaux saute aux oreilles. Certes Alberich nous a semblé plus chuintant que d’habitude dans certaines interventions telles que «&nbsp;lüderlich schlechtes Gelichter&nbsp;» ou «&nbsp;Schätze zu schaffen, und Schätze zu bergen&nbsp;», mais le plus frappant vient des&nbsp;<em>Rheinmädchen</em>, dont l’intervention se termine en parlando, en&nbsp;<em>Sprechgesang</em>. Seul Loge reprendra cet artifice plus tard.</p>
<p>Pour la gestique, il est difficile de percevoir ce qui est le fruit des recherches effectuées dans ce domaine. On ne peut que souligner encore l’efficacité et la retenue du jeu de scène proposé, porté par l’investissement constant des solistes.</p>
<p>Le plus perceptible réside dans le travail sur le son. D’abord les timbres, grâce à un instrumentarium revisité et à l’utilisation de cordes en boyaux, mais aussi, l’expérience du Concerto Köln en matière d’articulation et de phrasé apporte cette transparence qui allège avec bonheur la perception de ce chef-d’œuvre.</p>
<p style="text-align: center"><img loading="lazy" decoding="async" class="image-large" title="© Eduardus Lee" src="/sites/default/files/styles/large/public/eduarduslee_20211120_ntr_zaterdagmatinee_rheingold_014.jpg?itok=MHTZ8OV1" alt="" width="468" height="312"><br />
© Eduardus Lee</p>
<p><strong>Un succès paradoxal</strong></p>
<p>Le succès est patent et éclatant, et tout le public réserve une ovation debout pour saluer et remercier les artistes. Une part importante du mérite revient à Kent Nagano qui conduit ses troupes avec une immense classe et un goût irréprochable. Les tempi se réfèrent aux indications métronomiques laissées par Wagner et on n’a jamais l’impression d’être pressé. L’action avance constamment, sans lenteur excessive ni précipitation.</p>
<p>Il reste paradoxal qu’après quatre années de travaux destinés à porter un regard historiquement informé sur ce monument wagnérien, le superbe résultat obtenu en terme de spectacle se situe très loin de l’objectif poursuivi par son créateur pendant un quart de siècle. Richard Wagner n’avait en tête que son «&nbsp;Festival sacré&nbsp;» représenté sur la Colline sacrée, avec un orchestre invisible des spectateurs. Et pourtant on souhaite à tout lyricomane, wagnérien ou non, de pouvoir vivre un jour une expérience telle que celle-ci.</p>
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		<title>MOZART, Die Zauberflöte — Lille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-zauberflote-lille-la-flute-dynamitee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 30 Apr 2019 06:37:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est des spectacles qui ne peuvent pas laisser indifférent ! Conspuée ou encensée et surtout débattue très largement dans la presse et ici même lors de sa création bruxelloise, la production de la Flute enchantée, vue par Romeo Castellucci fait partie de ceux-là. A Lille où le spectacle arrive en coproduction, l’Opéra a retenu &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est des spectacles qui ne peuvent pas laisser indifférent ! Conspuée ou encensée et <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/die-zauberflote-bruxelles-la-monnaie-schikaneder-assassine">surtout débattue très largement dans la presse et ici même</a> lors de sa création bruxelloise, la production de <em>la Flute enchantée</em>, vue par <strong>Romeo Castellucci </strong>fait partie de ceux-là. A Lille où le spectacle arrive en coproduction, l’Opéra a retenu certaines leçons des erreurs faites à Bruxelles et ajoute clairement sur le programme et les affiches du spectacle un sous-titre à l’œuvre de Mozart « ou le chant de la Mère » et associe le nom de <strong>Claudia Castellucci</strong>, auteure des dialogues de la deuxième partie, aux restes du livret de Schikadener dont ne subsistent que les paroles chantées. On renverra sur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/die-zauberflote-bruxelles-la-monnaie-schikaneder-assassine">le compte rendu de notre collègue</a> qui décrit point par point avec minutie le spectacle, ce qu’il retranche, ce qu’il ajoute, quels décors il choisit. On se contentera de rejoindre son avis dans la réussite de cette proposition, d’autant plus qu’elle est désormais présentée sans ambiguïté, et d’en expliquer les raisons.  </p>
<p>La proposition de Romeo Castellucci s’appuie sur deux ressorts : la dialectique et l’empathie. La première, éminemment théâtrale fonctionne sur les conventions artistiques, sur la connaissance fine de la musique et surtout sur un postulat que <em>la Flûte enchantée</em> fait partie d’un patrimoine partagé par tous, un acquis qui dispense le metteur en scène de tout aspect narratif dans sa mise en scène. Il a donc les mains libres pour assembler les deux actes comme il l&rsquo;entend. La dialectique justement vient de l’opposition entre ces deux parties. La première, ultra artificielle, dans une esthétique 18e siècle où tout est exacerbé, chorégraphié au millimètre, jusque dans la conception des décors même, jetés d’un bloc chirurgical à l’imprimante 3D, s’oppose une seconde partie qui n’a rien à voir avec le théâtre. L’empathie de ce deuxième acte ne viendra pas d’un procédé d’identification théâtrale. C’est impossible. Ces femmes aveugles et ces corps aux brûlures montrées et racontées avec pudeur déclenchent autre chose, tant pour le spectateur que pour chacun des artistes présents sur scène. Cette empathie simplement humaine pulvérise de l’intérieur le théâtre même et l’œuvre de Mozart (un procédé déjà éprouvé au Théâtre de la Villette&#8230; juste après les attentats de Paris par pur hasard). Le tour de force ultime vient du fait que ce dynamitage de l’œuvre finit par toucher au cœur ce qu’elle a de plus fort. Les symboles maçonniques et l’humanisme reviennent sous d’autres traits : le feu et les brûlures d’amour, les épreuves initiatiques de Pamina et Tamino ne sont jamais qu’une version poétisée de celles des dix femmes et hommes venues témoigner de leur parcours. Surtout en assassinant Schikadener, toute la misogynie de son texte passe à la trappe, d’où la présence de ces femmes allaitantes, d’où le rôle de guide dévoué à la Reine de la Nuit, devenue une figure positive de mère nourricière en opposition à l’idéal irradiant et totalitaire de Sarastro. L’opéra finissant comme il finit, la Reine de la Nuit n’a d’autre choix que de gâcher le lait maternel dans une image finale terrifiante.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/20190426_lafluteenchantee_iovino_0857.jpg?itok=cL44Kofg" title="© Frederic Iovino" width="468" /><br />
	© Frederic Iovino<br />
	 </p>
<p>Nos seules réserves concernent plutôt l’aspect musical. La direction d&rsquo;<strong>Eivind Gullberg Jensen</strong> varie fortement dans les tempi qu’elle retient sans qu’on arrive à y voir une quelconque cohérence. L’orchestre national de Lille y concède quelques scories et présente par moment des faiblesses dans ses équilibres, si bien que le contrepoint peine à se faire entendre. Difficile d’évaluer les chœurs, cantonnés par la mise en scène, au fond de la fosse d’orchestre. </p>
<p>	De l’équipe vocale bruxelloise, il reste la Pamina lumineuse et exemplaire de<b> Ilse Eerens</b> sans qui, l’ensemble de la distribution a été renouvelée. <strong>Tijl Faveyts</strong> assume le double emploi du Sprecher et de Sarastro. Il possède un beau phrasé doublé d’une excellente diction à laquelle il ne manque qu’un surcroit d’épaisseur dans le bas de la tessiture pour assoir complètement le personnage. <strong>Klemens Sander</strong> possède toute l’aisance requise pour le rôle Papagano. Dommage que le chant ne dépasse pas ce bel exposé et qu’il peine à faire ressortir la facétie de son personnage, quand bien même la mise en scène ne s’y prête guère. Le même problème se retrouve chez <strong>Tatiana Probst</strong>, qui privée de récitatif, n’apparait que le temps de leur duo, un numéro réduit au pur exercice de style. <strong>Tuomas Katajala</strong> propose un Tamino vaillant à la ligne toute mozartienne mais un rien trémulant dès qu’il fait montre de puissance vocale. <strong>Mark Omvlee</strong> compose un Monostatos à la couleur vocale idoine. Les trois Dames sont bien différenciées entre le soprano piquant de <strong>Sheva Tehoval</strong>, les mezzo rond pour <strong>Caroline Meng</strong> et onctueux pour <strong>Ambroisine Bré</strong>. <strong>Aleksandra Olczyk</strong> réalise une demi-performance. « Der Holle Rache » est exemplaire de projection et d’insolence dans la vocalise, alors que l’air de colère devient un air de révolte dans la mise en scène. Le premier récitatif et l’exhorte à Tamino sont eux quelques plus savonnés et conclus par un fa trop bas. Saluons enfin la performance fantastique des danseuses et danseurs du premier acte, dont la chorégraphie en miroir est proprement fascinante de perfection et saluons surtout le courage de ces dix témoins non professionnels qui nous font toucher une autre vérité au-delà du truchement de la scène.  </p>
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		<title>Impressions de Pelléas</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/impressions-de-pelleas-les-belges-entre-eux-ou-presque/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Dec 2018 07:56:11 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Même si Pelléas et Mélisande brille comme un phare au milieu de notre répertoire lyrique national, il ne faudrait pas oublier ce que cette œuvre doit à la Belgique. Si l’opéra français est redevable envers le pays voisin, c’est notamment parce qu’y ont été créées quantité d’œuvres trop audacieuses pour être accueillies d’emblée à Paris. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Même si <em>Pelléas et Mélisande </em>brille comme un phare au milieu de notre répertoire lyrique national, il ne faudrait pas oublier ce que cette œuvre doit à la Belgique. Si l’opéra français est redevable envers le pays voisin, c’est notamment parce qu’y ont été créées quantité d’œuvres trop audacieuses pour être accueillies d’emblée à Paris. Mais dans le cas de <em>Pelléas</em>, c’est parce que le texte, essentiel déclencheur du génie de Debussy, fut écrit par le grand symboliste belge qu’était Maurice Maeterlinck. Comme beaucoup d’intellectuels flamands nés dans la deuxième moitié du XIX<sup>e</sup> siècle, Maeterlinck était francophone, et c’est en français qu’il écrivait ces pièces étranges dont Paris assura la première. Le 17 mai 1893, le lieu le plus inattendu accueillit la création théâtrale de <em>Pelléas et Mélisande</em> : les Bouffes-Parisiens. C’est dans ce cadre historiquement associé à l’opérette que Debussy vit la pièce et qu’il conçut l’idée de l’adapter en musique. Il ne fut pas le seul à être inspiré par l’atmosphère étrange du royaume d’Allemonde, et Maeterlinck allait ensuite susciter d’autres adaptations lyriques.</p>
<p>De ce fait, la Belgique peut revendiquer sa part dans la bombe qui éclata Salle Favart en avril 1902. C’est un peu ce que propose le disque publié par le label belge Fuga Libera. Modestement, l’entreprise s’est limitée à enregistrer non pas une énième version de <em>Pelléas et Mélisande</em>, mais à graver ce qui peut apparaître comme une première au disque : <em>Impressions de Pelléas</em>, adaptation signée Marius Constant. Après avoir fabriqué une <em>Pelléas et Mélisande Symphonie</em> en 1983, le compositeur revint à la charge une dizaine d’années plus tard et conçut cette version « comprimée » de l’opéra qui fut présentée entre novembre 1992 et janvier 1993 aux Bouffes… du Nord, dans la mise en scène de Peter Brook. L’orchestre étant remplacé par deux pianos, on avait notamment pu y entendre le Pelléas de Jean-François Lapointe, le Golaud de Vincent Le Texier ou l’Arkel de Roger Soyer. Raccourcie ici et là, l’œuvre était ramenée à une heure et trente minutes, certaines scènes disparaissant entièrement (la visite de la grotte, Yniold et les moutons) et Marius Constant s’était même autorisé quelques tripatouillages, puisque la rencontre de Golaud et Mélisande est insérée comme un flashback à l’intérieur de la lecture de la lettre par Geneviève, sur laquelle s’ouvre <em>Impressions de Pelléas</em>, aussitôt après l’ouverture.</p>
<p>Au clavier, deux instrumentistes belges : <strong>Inge Spinette</strong> et <strong>Jan Michiels</strong>, sur qui repose le lourd fardeau de faire oublier les extraordinaires couleurs de l’orchestre debussyste. Peut-être pour faciliter cette acclimatation de l’oreille, on a fait précéder l’opéra de la transcription pianistique du <em>Prélude à l’après-midi d’un faune</em>, et <em>En blanc et noir</em> vient conclure le deuxième CD (on en arrive ainsi à une durée totale légèrement supérieure à deux heures). Marius Constant connaissait assez son Debussy pour transcrire <em>Pelléas</em> comme le compositeur l’aurait peut-être fait lui-même, et les deux pianistes tirent le maximum de leurs claviers. Il suffit d’admettre dès le départ que ce qu’on entendra ressemble plus aux <em>Images</em> ou à <em>Children’s Corner</em>.</p>
<p>La distribution est elle aussi presque entièrement belge. Comme par une ironie du sort, alors qu’un célèbre baryton belge fut longtemps le Golaud de référence, il n’a pas été possible de trouver un natif d’outre-Quiévrain pour camper ce personnage, mais personne ne songera à se plaindre qu’on ait proposé à <strong>Pierre-Yves Pruvot</strong> de l’incarner, tant son Golaud paraît investi, avec tout le tempérament, toute la violence qu’on peut en attendre. Retour en Belgique avec <strong>Yves Saelens</strong>. S’il n’a peut-être plus tout à fait l’âge du rôle, le ténor peut profiter de l’absence d’orchestre pour s’autoriser toutes sortes d’allègements, voire de falsettos, qui confèrent à son interprétation un caractère rêveur assez bienvenu. Malgré tout, les deux demi-frères possèdent un style de chant « opératique » qui tranche un peu sur celui de leur Mélisande. La toute jeune <strong>Lore Binon</strong> s’abstient presque de tout vibrato, proposant une héroïne à la voix limpide mais pas froide pour autant. L’énigmatique intruse reste impénétrable dans ses motivations, mais c’est un être sensible, pas un ectoplasme, et même sa mort est moins éthérée que ce n’est parfois le cas.</p>
<p>Contrairement à tous les autres personnages, Geneviève a la chance d’avoir conservé quasiment  tout son texte, et <strong>Angélique Noldus</strong> est une titulaire pleine de dignité et d’éloquence. <strong>Tijl Faveyts</strong>, en revanche, est un Arkel assez inconsistant : le timbre pourrait être plus noir, et il manque surtout un véritable personnage derrière les notes, même si lui revient le mot de la fin (bien avant la véritable fin de l’opéra, puisque toute référence à l’enfant de Mélisande a été supprimée). La voix de <strong>Camille Bauer </strong>sonne un peu trop adulte pour être vraiment crédible en Yniold.</p>
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