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	<title>Noa FRENKEL - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Noa FRENKEL - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>PÉCOU, Until the Lions — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/until-the-lions-strasbourg-rugir-dadmiration-et-piaffer-de-frustration/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 Oct 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La création mondiale proposée ces jours-ci à Strasbourg est un spectacle qu’on ne peut qu’avoir envie d’aimer : commandé par la regrettée Eva Kleinitz, disparue en 2019 alors qu’elle était à la tête de l’Opéra national du Rhin, cette œuvre correspond également à la célébration des 50 ans de l’institution. Eva Kleinitz avait admiré le ballet &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La création mondiale proposée ces jours-ci à Strasbourg est un spectacle qu’on ne peut qu’avoir envie d’aimer : commandé par la regrettée <strong>Eva Kleinitz</strong>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/eva-kleinitz-nous-a-quittes">disparue</a> en 2019 alors qu’elle était à la tête de l’Opéra national du Rhin, cette œuvre correspond également à la célébration des 50 ans de l’institution. Eva Kleinitz avait admiré le ballet donné à Londres en 2006 d’après un chapitre du livre <em>Until the Lions: Echoes from the Mahabharata</em><strong> </strong>de l’Indienne<strong> </strong><strong>Karthika Naïr</strong> et avait proposé à cette dernière d’en tirer un livret pour un opéra dansé où résonnerait la voix des femmes du <em>Mahabharata</em> ; la composition en a finalement été proposée en 2016 au Français <strong>Thierry Pécou</strong>, qui signe ici son quatrième opus. Pour la mise en scène doublée de la chorégraphie, c’est la Britannique née en Inde <strong>Shobana Jeyasingh</strong>, maintes fois primée, qui est sélectionnée, justement à cause de son appartenance à deux cultures, avec l’imprégnation de l’une puis l’adoption d’une autre. À charge ensuite pour les auteurs de tisser leur trame en décidant de privilégier les épisodes de leur choix, mais autour d’une figure imposée, celle de Satyavati, la mère de l’auteur du <em>Mahabharata</em>, maîtresse-femme qui corrige et influence la version de son fils, figure matriarcale d’autorité qui ne meurt pas à la fin de l’histoire, ce qui est très rare dans l’opéra, et avait séduit Eva Kleinitz.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/untilthelionsgenerale2477web.jpg?itok=1awE7H_s" title="© Klara Beck" width="468" /><br />
	© Klara Beck</p>
<p>C’est donc une petite partie de l’épopée qu’on découvre dans <em>Until the Lions</em>, où la narratrice raconte l’histoire d’Amba, déterminée à choisir son époux et son destin mais enlevée et humiliée puis également rejetée par le terrible Brishma, tiraillé entre un désir ardent pour la belle et son vœu de chasteté. Le dieu Shiva promet à Amba qu’elle pourra se venger une fois morte et réincarnée en homme. Amba se suicide pour obtenir réparation plus rapidement, puis renaît et combat Brishma qu’elle exécute. C’est la comédienne <strong>Fiona Tong</strong>, impressionnante d’autorité et de force scénique, qui narre cette histoire, soutenue par quatre voix chantées. Dans un rôle complexe et contrasté, entre féminité violentée et virilité puissante et vengeresse, la mezzo-soprano <strong>Noa Frenkel</strong><strong> </strong>se révèle époustouflante et dotée de moyens très amples, y compris lorsqu’elle est obligée de passer d’un registre à l’autre ; graves caverneux alternent avec les aigus percutants, avec toute la détermination et la pureté qu’exige le personnage. Son redoutable adversaire, Brishma, est idéalement campé par le baryton-basse américain <strong>Cody Quattlebaum</strong>. Vaillance, puissance et sensualité frémissante mais retenue caractérisent sa prestation tout en noblesse. Les deux femmes témoins de l’affrontement mortel ne sont pas en reste : les deux suivantes royales, la soprano allemande <strong>Mirella Hagen</strong> et la mezzo française <strong>Anaïs Yvoz</strong>, proposent un contrepoint rayonnant, tout en finesse et beauté. Les deux voix s’accordent et s’entrelacent superbement. Elles sont encore magnifiées par les interventions des chœurs de l’Opéra national du Rhin, impeccables, comme toujours. Danseuses et danseurs du Ballet du Rhin achèvent de sublimer le combat épique dans une chorégraphie qui exalte l’éternel combat entre les sexes, tout en entretenant une savante et excitante confusion des genres.</p>
<p>La partition de Thierry Pécou est une recherche foisonnante sur l’articulation entre oralité et écriture, où les masses sonores se veulent davantage contemporaines et plurielles que clairement exotiques et encore moins indiennes. Des influences multiples se font entendre, caressant l’oreille ou l’égratignant, à coup d’accords de guitare électrique ou de complexes superpositions de percussions aux sons extrême-orientaux revus par le minimalisme, notamment américain, sans oublier des textures sonores entre mélopées, ondes et vibrations extrêmement singulières. Il en résulte une œuvre d’une heure et trente minutes, dense et ambitieuse, restituée fidèlement par l’Orchestre symphonique de Mulhouse dont la chef <strong>Marie Jacquot</strong> contribue à faire ressortir avantageusement tous les pupitres.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/untilthelionspg2187web.jpg?itok=ovZWbG2u" title="© Klara Beck" width="468" /><br />
	© Klara Beck</p>
<p>Cela dit, en dépit de l’excellence de la distribution et de la qualité de l’ensemble, comme il est difficile et pénible de sortir profondément déçue d’un spectacle dont on attendait tant, surtout quand il suscite l’enthousiasme d’une bonne partie du public et qu’on ne demanderait pas mieux que de se joindre au dithyrambe de la plupart… Las, on a beau tourner et retourner les (belles) images dans sa tête et laisser décanter (d’où une publication un peu tardive de cet article, longuement ruminé), rien n’y fait : une fois n’est pas coutume, la magie n’a pas opéré. Sans doute s’agit-il d’un rendez-vous raté dû à une quelconque fatigue passagère ou une difficulté momentanée à se concentrer. La déception vient surtout d’une perplexité devant les intentions de mise en scène tout comme les citations et correspondances dont il a été difficile de saisir les motivations. Certes, on arrive assez bien à comprendre le choix du décor, ample corridor axé en biais et surmonté d’une coursive à panneau coulissant qui révèle ou scelle tour à tour la narratrice et les protagonistes tout en accentuant la hiérarchie et les rapports compliqués de classes ou de sexes, avec d’intéressants éclairages de<strong> </strong><strong>Floriaan Ganzevoort</strong>. Mais que vient faire le couple de chevaux taxidermisés encastré dans le mur du fond, pattes appuyées contre la paroi et chanfrein invisible durant tout le spectacle ? Alors qu’on attend vainement, dans ce théâtre de bruit et de fureur, d’entendre rugir les lions du titre, on s’interroge tout du long de cette course de fond transformée en sprint bondissant sur la présence de cet attelage qui ressemble à s’y méprendre à l’installation de Maurizio Cattelan, <em>Kaputt</em>, présentée en 2013 à la Biennale de Bâle, avec cinq chevaux quasiment identiques à ceux qu’on a devant les yeux. S’en est suivie une mise sur la sellette durant les 90 minutes de l’opéra, obsédée par un questionnement qui n’a cessé de trotter dans la tête, perturbant la concentration et l’écoute, pour une prise de tête fatigante et sans issue. Autre petit agacement perturbateur : les beaux costumes de <strong>Merle Hensel</strong>, tout comme les éclairages, ne sont pas sans évoquer très précisément le travail de l’immense Peter Brook, dont le magistral et inoubliable <em>Mahabharata</em> a marqué des générations de spectateurs, y compris cinéphiles. Décor minimaliste, costumes intemporels mais emblématiques des années 1980, le film de plus de 5 heures était passé comme un éclair et avait définitivement fixé une vision d’anthologie pour l’épopée indienne par excellence devenue non seulement accessible mais d’une évidence limpide. Sont-ce les gros plans inoubliables (notamment sur le superbe Vittorio Mezzogiorno, prématurément disparu) qui font ici défaut ? Comparé au spectacle de Peter Brook auquel on rend manifestement ici hommage, il manque le souffle de l’épopée et cette manière apparemment anodine de prendre le spectateur par la main et ne plus le lâcher, haletant, jusqu’au bout de ce vibrant et fascinant poème. Hélas, malgré la beauté vibrionnante d’une chorégraphie intelligente et esthétique, certains costumes et maquillages entre <em>Dune</em> et <em>Mad Max</em> n’emballent pas particulièrement. Pire, la nostalgie d’autres œuvres, les citations visuelles et sonores qui rappellent divers souvenirs fondateurs, tout cela empêche de s’intéresser plus avant à une narration parfois trop elliptique ou allusive, avec un pincement au cœur quand, au final et juste avant le dénouement fatal, on commence à trouver le temps très long. La tête des chevaux reste invisible mais à force d’admirer leur croupe et passer dans sa tête un vocabulaire équin erratique (chanfrein, frein au chant, saut d’obstacle, foncer droit dans le mur, galop d’essai, course – on va arrêter là ce marabout/bout de ficelle –), on finit par faire la liste des courses pour le lendemain et se perdre totalement en chemin. Un comble ! La gorge nouée par la frustration et le souvenir ému et empreint de respect pour les disparus, bien évidemment la commanditaire de l’œuvre et plus récemment, Peter Brook, on n’a qu’une envie, celle de botter en touche pour une critique qu’on n’a pas du tout envie d’écrire, tiraillée par des émotions contradictoires. Et c’est là qu’on s’aperçoit, au moment des saluts, que les jeunes, très nombreux dans le public, aiment l’œuvre avec enthousiasme et passion. Quand on passe à tel point à côté d’un spectacle qu’on découvre en exclusivité, on se dit qu’il faut absolument lui donner une seconde chance et y retourner.</p>
<p> </p>
</p>
<p> </p></p>
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		<title>Heart Chamber, de Chaya Czernowin</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/heart-chamber-de-chaya-czernowin-dissection-de-lamour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 24 Jul 2021 04:31:09 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nul ne peut rester indifférent à cette œuvre, forte, achevée, d’une cohérence et d’une invention qui font se conjuguer toutes les ressources des mondes sonore et visuel. La version de concert de Infinite now, donnée à Paris en 2017 n’avait pas séduit (Infinite now). Pour son dernier opus lyrique, Heart chamber, sous-titré  An inquiry about &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Nul ne peut rester indifférent à cette œuvre, forte, achevée, d’une cohérence et d’une invention qui font se conjuguer toutes les ressources des mondes sonore et visuel. La version de concert de <em>Infinite now</em>, donnée à Paris en 2017 n’avait pas séduit (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/oeuvre/infinite-now">Infinite now</a>). Pour son dernier opus lyrique, <em>Heart chamber</em>, sous-titré  <em>An inquiry about love</em>, gageons qu’il en ira bien différemment. Concis – la durée de ses trois actes correspond à la moitié de celle de l’opéra précédent – servi par une mise en scène particulièrement adaptée et efficace, c’est un ouvrage dont on ne sort pas indemne. Peu connue dans notre pays en dehors du public de l’IRCAM, <strong>Chaya Czernowin</strong> est une des compositrices de notre temps les plus remarquables, et remarquées partout ailleurs. Israélienne, formée dans son pays, mais aussi en Allemagne, aux Etats-Unis, au Japon, son <em>Adama</em>, complément au <em>Zaïde</em> de Mozart, eut les honneurs du Festival de Salzbourg en 2006.</p>
<p>Deux personnages, Elle (<strong>Patrizia Ciofi</strong>) et Lui (<strong>Dietrich Henschel</strong>), leurs doubles (les voix intérieures de chacun), la Voix, le Contrebassiste sont les solistes. Ces deux-là vont se croiser, se rencontrer, tisser une histoire d’amour, qu’observent et décrivent le livret et son illustration, avec une précision d’entomologiste. La compositrice, fascinée par les phénomènes naturels et leur énergie, procède à un examen clinique du développement de cette histoire, avec ses possibles, ses incompréhensions, ses pulsions, qui vont générer autant de bonheur que de doutes et de blessures : « Ici, deux personnes sont excitées par les émotions de l’autre. Chacun veut prendre part à ce bonheur, mais cela peut aussi être accablant et mettre en péril l’espace personnel de l’autre ». Il s’agit de « transformer en sons la tension de l’amour ». Pour ce faire, elle nous offre une musique de notre temps, d’une incontestable originalité. Tout est subtilement amplifié, les voix, les instruments, les sons travaillés au studio expérimental de la SWR, pour une œuvre forte, où le silence occupe toute sa place. Patrizia Cioffi et Dietrich Henschel, avec pudeur (une étreinte, une caresse de la main), vivent pleinement leur personnage et nous émeuvent. Les techniques vocales, sans rapport avec le « chant lyrique » traditionnel, n’autorisent pas l’emploi du vocabulaire codifié. Disons simplement que, du murmure exhalé, à peine perceptible, au cri, en passant par toutes les formes d‘émission, l’attention ne se dément jamais. Lumineuses comme sombres, les voix des doubles (<strong>Noa Frenkel</strong> et <strong>Terry Wey</strong>) ne sont pas moins admirables.</p>
<p>Treize séquences enchaînées, que la compositrice a nommées <em>Close up</em> [gros plan] ou <em>Forward</em> [avant], assorties d’un numéro, se concluent par une <em>soft light</em> [lumière douce]. L’orchestre, nombreux, riche de l’instrumentarium le plus varié (ainsi les bâtons de pluie pour illustrer la terrifiante pulsion marquant la rupture) est conduit par <strong>Johannes Kalitzke</strong> avec une précision et une énergie singulières. Les 16 choristes y sont associés et fondent leurs timbres avec ceux des instruments. On s’accoutume vite aux vibrations, aux stridences, aux glissandi, aux nappes, aux agrégats… ils sont en parfait accord avec le projet.</p>
<p>Au premier acte, l’opéra s’ouvre sur le jeu, très contemporain, d’un contrebassiste, alternant avec le silence. Elle et Lui, seuls visibles dans l’obscurité de la scène, assis de façon symétrique, vont être les sujets d’une vidéo, également cloisonnée, où chacun quitte son appartement pour une déambulation urbaine. Glissement de la vidéo vers le décor : un escalier droit, avec palier central, voit se croiser une foule silencieuse, affairée, dont eux. Elle perd un objet qu’il ramasse et lui rend, avec un magnifique ralenti. Là commence leur chant. Leurs doubles, de noir vêtus, répètent la scène, avec la lenteur analytique d’images à reculons sur fond vidéo. Tout l’opéra fera appel à une conjugaison permanente des moyens visuels, vocaux et dramatiques pour fouiller les âmes, leurs troubles, leurs éblouissements comme leurs doutes et leurs peines. La musique, consubstantielle, a-t-elle jamais été aussi intégrée aux autres ingrédients du spectacle ? La force de l’œuvre réside dans cette fusion incroyable, et réussie, de toutes ses composantes.</p>
<p>Le silence, l’obscurité, la lenteur sont illustrés de sorte que le son, la lumière, le mouvement le plus ténu confèrent une dimension originale à cette histoire.  Déclinés sous la forme opératique, avec une incroyable charge émotionnelle, une sorte d’<em>exercices de style</em> (de Raymond Queneau). L’escalier, lieu de croisement, de rencontre y est présenté sous tous ses angles, avec l’alternance fluide des scènes intérieures. Les retours, les mouvements contraires, les ralentis, les possibles, tout renvoie à ce qui relevait du simple jeu chez Queneau. Les éclairages, le maniement virtuose d’une vidéo saisissante renforcent l’expression musicale et dramatique. <strong>Claus Guth</strong> signe sans doute une de ses plus belles réalisations, où personne ne lui fera grief d’une transposition.</p>
<p>L’éveil fait émerger de l’inconscient nos deux personnages, chacun dans sa solitude symétrique, avec une gestique parallèle. Ils articulent une mélopée étrange, qui se mêle à celle de l’autre. L’orchestre nous avait introduit dans la nature, avec son silence animé de chants d’oiseaux, de cris auxquels les voix vont s’intégrer par monosyllabes, puis par mots et groupes sémantiques. Dérisoire et poignant, le texte du livret est réduit à des onomatopées, syllabes et mots, membres de phrase. Le traitement de la voix, paraîtra radical à certains, dont l’horizon musical s’est arrêté à la première moitié du XXe siècle. Pour autant, les plus curieux y retrouveront des pratiques et des effets développés par le <em>Groupe de Recherches Musicales</em> de la défunte ORTF, dès les années soixante-dix (François Bayle, Guy Reibel, Michel Chion, entre autres). La célèbre <em>S</em><em>equenza 3</em> de Berio, nombre de pièces d’Aperghis participent de la même démarche, où les phrases, les mots sont déchiquetés pour n’en retenir que la force des phonèmes. Associée à une dimension visuelle tout aussi inventive, l’expression est magistrale. Qui ne comprend – surtout lorsqu’une écriture manuscrite le surligne en fond de scène – « Still », « I hear you », « You are changing » ? L’émotion n’est pas moindre que celle que nous procurent nos grands chefs-d’œuvre lorsqu’ils sont confiés aux meilleurs interprètes. A l’égal des œuvres consacrées, la réécoute réserve autant de joies. « Les opéras d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne sont pas condamnés à être des créations sans lendemain » déclarait Dietrich Henschel à Forumopéra (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/actu/dietrich-henschel-les-operas-daujourdhui-ne-sont-pas-condamnes-a-etre-des-creations-sans">Dietrich Henschel : « Les opéras d’aujourd’hui ne sont pas condamnés à être des créations sans lendemain »</a>). Osez !</p>
<p>La brochure d’accompagnement (anglais-allemand) comporte une interview de la compositrice ainsi qu’une notice relative au film associé à la vidéo (<em>I did not rehearse to say I love you</em>). Si les sous-titrages ont oublié notre langue, la compréhension (comme la lecture) de l’anglais est aisée.</p>
<p> </p>
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		<title>CZERNOWIN, Infinite Now — Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/czernowin-infinite-now-paris-philharmonie-a-tatons/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Alexandre Jamar]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jun 2017 05:50:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’habitude veut que l’on classe l’opéra dans la tradition séculaire du spectacle vivant. Le critique musical, n’échappant pas à cette habitude ô combien fallacieuse est ainsi toujours ravi quand il lui est donné de voir du « grand spectacle » : chœurs de cent personnes, scènes monumentales, colonnes de temples grecs, cracheurs de feu et autre pompe. &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p class="rtejustify">L’habitude veut que l’on classe l’opéra dans la tradition séculaire du spectacle vivant. Le critique musical, n’échappant pas à cette habitude ô combien fallacieuse est ainsi toujours ravi quand il lui est donné de voir du « grand spectacle » : chœurs de cent personnes, scènes monumentales, colonnes de temples grecs, cracheurs de feu et autre pompe. Mais imaginons un seul instant les dégâts causés à un opéra que l&rsquo;on prive de sa mise en scène, et observons que certaines œuvres y résistent probablement mieux que d’autres.</p>
<p class="rtejustify">C’est l’exercice qui a été tenté pour la création française d’<em>Infinite Now</em>, opéra de la compositrice israélienne Chaya Czernowin, créé en avril dernier à l’Opera Vlaanderen. L’œuvre nous est parvenue en version concertante, coupant ainsi court à la mise en scène de Luk Perceval. Privé de la facilité d’un confort visuel, l’auditeur avance donc à tâtons dans cette soirée, tentant de se raccrocher à ce qui lui paraît familier.</p>
<p class="rtejustify">Attachons-nous tout d’abord au livret. L’histoire met en parallèle une adaptation de la nouvelle <em>A l’ouest rien de nouveau</em> (revue et corrigée par le tandem metteur en scène et compositrice) et le récit <em>Homecoming</em> de l’auteure chinoise Can Xue. D’un côté, on retrouve donc le récit d’une guerre vécue depuis les tranchées, dans toute sa violence et son absurdité. Le découpage plutôt réussi présente une version retravaillée des passages les plus denses de l’œuvre, accentuant l’état de détresse physique et mentale des soldats. Cet état de détresse se transmet également à travers <em>Homecoming</em>, récit dans lequel un personnage tente de retrouver ses repères dans un environnement hostile et plongé dans l’obscurité. La dimension kafkaïenne du protagoniste qui est désormais obligé « de [se] fier qu’aux sens de l’ouïe et du toucher » servira de métaphore pour l’ensemble de la performance, image que nous expliquerons plus loin.</p>
<p class="rtejustify">Notre deuxième point d’accroche serait la musique de Chaya Czernowin. Nous connaissions déjà la compositrice pour son traitement physique du son. Des œuvres telles que <em>Maïm</em> ou <em>Knights of the Strange</em>, on retenait avant tout la grande ingéniosité du traitement instrumental et les timbres aux textures granitiques et saturées. S’emparer de deux sujets aussi liés à la matière et au bruit était donc un exercice de style des plus intéressants pour la compositrice. Et pourtant. Passées les dix premières minutes et l’éblouissement dû à la grande qualité de l’électronique réalisée à l’Ircam, le public se lasse rapidement d’être plongé dans une grisaille sans fin. Si quelques passages orchestraux et vocaux nous séduiront pendant la représentation (le début de l’acte V ou encore la fuite de la maison narrée par le contralto), le reste de la performance est un désert d’évènements, marque d’une imagination qui tourne probablement à court et d’un matériau musical ne tenant pas la longueur du spectacle (tout de même deux heures et demie !). </p>
<p class="rtejustify">Dernier point de repère dans cette avancée à l’aveugle : les interprètes. Le chanteurs sont disposés de part et d’autre du chef (comme il est d’usage pour les représentations concertantes) et divisés en deux trios (l’un pour Remarque, l’autre pour Can Xue), ils sont flanqué de six comédiens qui viendront prêter leurs voix aux acteurs du front : soldats belges, allemands, français, infirmières etc. Avouons qu’il est difficile d’émettre un jugement objectif sur la voix de nos interprètes. Le traitement vocal de Czernowin est, à l’image de sa musique, éminemment minéral et bruitiste. Si les respirations bruyantes et forcées peuvent de temps à autre souligner l’expressivité de la ligne vocale, avouons également que l’effet s’use rapidement, n’étant jamais vraiment renouvelé. Parmi toutes ces errances vocales, signalons tout de même le soprano toujours aussi cristallin de <strong>Karen Vourc’h</strong>, se mariant au contralto profond et touchant de <strong>Noa Frenkel</strong> et à la basse abyssale de <strong>David Salsbery Fry</strong> pour dépeindre l’être rampant de <em>Homecoming</em>. Du deuxième trio, celui consacré à Remarque, il ne nous est que possible de saluer le mezzo agile et moelleux de <strong>Ludovica Bello</strong>, tant les interventions chantée de ce côté-là sont rarissimes.<br />
	Du jeu d’acteur, réduit ici à de la récitation, nous retiendrons surtout le Paul Bäumer déroutant de simplicité et de désolation incarné par <strong>Rainer Süßmilch</strong>, ainsi que la présence scénique terrifiante de <strong>Didier de Neck</strong> en Lieutenant De Wit. </p>
<p class="rtejustify">A la tête de l’Orchestre symphonique de l’Opera Vlaanderen, <strong>Titus Engel</strong> se contente la plupart du temps de « faire le job »: il donne les départs, bat la mesure, organise les crescendi et accélérés, ce qui dans une musique de la complexité de celle de Czernowin est déjà une grande partie du travail. Gageons que certains passages auraient pu revêtir encore plus de dramatisme, malgré le fait que le traitement instrumental et orchestral ne le permettaient hélas pas vraiment. Etant confiée à l’Ircam, la réalisation électronique ne pouvait donc être qu’une réussite, même si ces longues plages bruitistes sont probablement à l’origine du décrochage d’une bonne partie du public. </p>
<p class="rtejustify">Car comment expliquer l’accueil plutôt glacial des auditeurs rassemblés à la Cité de la musique hier soir (de nombreuses personnes quittèrent une salle déjà assez peu remplie) ? La sensation d’immobilité, de grisaille, peut-être même d’ennui est certainement calculée par la compositrice. Est-ce pour autant qu’il fallait n’utiliser que cette corde là ? N’était-il pas possible de diversifier la palette sonore de ces deux heures trente de musique, ou bien de les réduire à une heure trente, en conservant ainsi la matière sonore initiale, mais en la rendant supportable dans la durée ? Une bonne partie du public, réduite à l’état d’aveugle par l&rsquo;absence d&rsquo;évènements scéniques, tâtonna douloureusement dans ces plaines musicales désolées, regrettant un spectacle incomplet. Cette attitude est-elle rétrograde ? Une reprise scénique nous le dira peut-être. A défaut, la postérité fera elle-même le tri.</p>
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