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	<title>Delphine GALOU - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Delphine GALOU - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>PURCELL, Dido and Æneas – Ravenne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-ravenne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après Il ritorno d’Ulisse in patria, le deuxième spectacle lyrique de la Trilogie d’automne de Ravenne est une nouvelle production de Dido and Æneas de Henry Purcell. Mort plus jeune mais de la génération suivant Monteverdi, Purcell n’écrivit qu’un seul véritable opéra. Ses autres œuvres scéniques – The Fairy Queen ou King Arthur – sont &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-il-ritorno-dulisse-in-patria-ravenne/">Après <i>Il ritorno d’Ulisse in patria</i></a>, le deuxième spectacle lyrique de la <i>Trilogie d’automne </i>de Ravenne est une nouvelle production de <i>Dido and Æneas</i> de Henry Purcell. Mort plus jeune mais de la génération suivant Monteverdi, Purcell n’écrivit qu’un seul véritable opéra. Ses autres œuvres scéniques – <i>The Fairy Queen</i> ou <i>King Arthur</i> – sont qualifiées de «&nbsp;semi-opéras&nbsp;», alternant<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>entre dialogues parlés, danse et formes musicales.</p>
<p>La proposition du festival permet au public de découvrir deux spectacles conçus par la même équipe, car la mise en scène de <i>Dido and Æneas </i>est également signée <strong>Pier Luigi Pizzi</strong>. Celui-ci transforme l’opéra de Purcell en mise en abîme. L’histoire de Didon, Reine de Carthage, et Énée, prince de Troie, dont la liaison est contrariée par les machinations d’une magicienne, provoquant l’indignation et la mort de Didon, est associée à l&rsquo;ode <i>Hail ! Bright Cecilia</i>, que Purcell composa à la gloire de sainte Cécile – sainte patronne des musiciens –, qui sert de récit-cadre. Un groupe d’étudiants se réunit pour chanter l’ode à la sainte, avant d’improviser l’opéra principal qui les émut au point de finalement reprendre leur chant initial. À la différence d’<i>Il ritorno</i>, où ce sont les dieux qui tirent les ficelles, <i>Dido and Æneas </i>devient ainsi une œuvre d’hommes, célébrant la victoire de l’art sur la mort. Cette idée de mise en scène est autrement plus originale et forte que celle réalisée dans <i>Il ritorno</i>.</p>
<p>La scène est simple. Un orgue en arrière-plan et, devant, une table jonchée d’instruments sont les éléments principaux des décors. Délimité par un rideau, cet espace deviendra tour à tour la chambre de Didon ou l’antre de la Magicienne. Les musiciens de l’orchestre arrivent par les coulisses. Selon un vieux principe, l’action scénique a déjà commencé lorsqu’ils s’accordent ; la différence entre récit-cadre et intrigue centrale s’estompe.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Didone_e_Enea©Zani-Casadio-_ZANI7328-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-177316"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Zani-Casadio</sup></figcaption></figure>


<p>Le public retrouve les interprètes de l’œuvre de Monteverdi. La réunion des étudiants, qui ressemble à une répétition au cours de laquelle Pizzi crée des histoires secondaires entre les convives, voit entre autres le retour de <strong>Žiga Čopi</strong> dont la prestation est plus lyrique et incarnée que celle de la veille, lorsqu’il chantait Eurymaque. Son air, qu’il chante en se promenant entre le chef d’orchestre et le chœur, est un des points forts du prologue. On revoit aussi <strong>Federico Sacchi</strong> qui, en imitant des gestes de rappeur qui se répandent dans le chœur, confère une sonorité plus douce à sa basse profonde.</p>
<p>Dans la partie principale, Didon (<strong>Arianna Venditelli</strong>) possède une voix puissante, par moments agréablement voilée. Elle est presque complaisante dans son chagrin, qui semble lui convenir. L’issue de l’intrigue est déjà toute tracée.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>
<p>Le chœur du prologue, aux déplacements précis et à l’interaction sans faille, revient et conserve son rôle important. Soixante-dix ans après Purcell, cet élément de la dramaturgie lyrique sera au centre de la « réforme » de Christoph Willibald Gluck.</p>
<p>Belinda (<strong>Charlotte Bowden</strong>), confidente de Didon, colore son chant de quelques notes espiègles et coquettes, presque fébriles, à l’image de Mélantho que la chanteuse interpréta la veille. <strong>Mauro Borgioni</strong> dans le rôle d’Énée déploie la même vigueur que dans le rôle d&rsquo;Ulysse, avec davantage de passion et en donnant plus de relief à ses lignes vocales. Tout l’ensemble réagit à l’écriture de Purcell, moins abstraite – pour ainsi dire – que celle de Monteverdi. Parfois, ces particularités vocales sont mises en valeur d’une manière très soutenue.</p>
<p>Cela vaut aussi pour la mise en scène. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-il-ritorno-dulisse-in-patria-ravenne/">Si, dans <i>Il ritorno</i></a>, Pizzi agit avec plus de circonspection, se fiant en grande partie à la force de l’œuvre, il souligne à présent des effets présents dans la musique. Ainsi, la Magicienne, annoncée par des <i>glissandi</i> exagérés à l’orchestre, est entourée de servantes aux ailes noires et baignée dans une lumière rouge, ressemblant à une maîtresse de cérémonie sadomasochiste. <strong>Delphine Galou</strong> se montre à la hauteur de cette partie démoniaque et implacable.</p>
<p>L’Accademia Bizantina, toujours sous la baguette d’<strong>Ottavio Dantone</strong>, est renforcée de timbales et de trompettes. L’orchestre ne s’en tient pas moins à l’équilibre et à l’homogénéité sonores, et cela malgré quelques manifestations de force et d’élan chorégraphique.</p>
<p>Pizzi reste également fidèle à sa technique de rehausser certains personnages en fonction de leur état d’âme. Lorsque Didon et Énée réapparaissent, ils portent des costumes rouge et jaune.</p>
<p>Si <i>Il ritorno</i> se termine par une <i>lieto fine</i> (fin heureuse), la catastrophe à l’issue de <i>Dido and Æneas </i>est inévitable, nécessaire et en même temps davantage cathartique. Elle permet à la musique, au moment de la reprise des derniers numéros de <i>Hail ! Bright Cecilia</i>, de l’emporter sur la mort. Le public est tout aussi acquis à la cause que la veille, accueillant avec enthousiasme la réussite de ces deux productions jumelles de la <i>Trilogie d’automne</i> de Ravenne.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-ravenne/">PURCELL, Dido and Æneas – Ravenne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MONTEVERDI, Il ritorno d&#8217;Ulisse in patria – Ravenne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-il-ritorno-dulisse-in-patria-ravenne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis 2012, le Festival de Ravenne, ayant lieu aux mois d’été, est suivi d’une Trilogie d’automne essentiellement lyrique. Cette ville en Émilie-Romagne, connue pour ses magnifiques mosaïques paléochrétiennes et la tombe de Dante, est alors à l’abri d’afflux de touristes et dégage un calme qui la rend particulièrement séduisante. Dans son poème Ravenna, Oscar Wilde &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Depuis 2012, le Festival de Ravenne, ayant lieu aux mois d’été, est suivi d’une <i>Trilogie d’automne </i>essentiellement lyrique. Cette ville en Émilie-Romagne, connue pour ses magnifiques mosaïques paléochrétiennes et la tombe de Dante, est alors à l’abri d’afflux de touristes et dégage un calme qui la rend particulièrement séduisante. Dans son poème <i>Ravenna</i>, Oscar Wilde s’étonnait : « Quel étrange silence ! […] Assurément on pourrait vivre ici bien loin de toute crainte, à voir le défilé des saisons, depuis l’amoureux printemps jusqu’à la pluie et la neige de l’hiver, sans jamais avoir un souci. »</p>
<p>Cette année, le festival propose des nouvelles productions de deux opéras qui représentent des moments cruciaux de l’histoire du genre : <i>Il ritorno d&rsquo;Ulisse in patria</i> (<i>Le Retour d&rsquo;Ulysse dans sa patrie</i>) de Claudio Montverdi ainsi que <i>Dido and Æneas</i> de Henry Purcell. <i>Il ritorno</i> fut créé en 1640 à Venise alors que le genre de l’opéra avait à peine quarante-cinq ans. À l’époque, plusieurs théâtres se disputaient la primauté dans la Cité des Doges. Leurs spectacles, s’adressant à l’ensemble de la population y compris les basses couches sociales, attiraient la foule et virent l’avènement d’un type d’interprète, que l’on qualifierait aujourd’hui de « vedette », auquel le public vouait un véritable culte.</p>
<p>L’histoire d’<i>Il ritorno</i> est bien connue : dix ans après la fin de la guerre de Troie, le Roi Ulysse rentre dans son pays. Hormis son épouse Pénélope, plus personne ne s’attend à son retour, et cette dernière est désormais harcelée par trois Prétendants. La déesse Minerve conseille à Ulysse de s’introduire dans son palais déguisé en mendiant. Lors d’un concours de tir, il tue les Prétendants et révèle son identité avant reprendre possession du royaume.</p>
<p>La mise en scène de <strong>Pier Luigi Pizzi</strong>, qui signe aussi les costumes, se fie en grande partie à la musique. Les décors sobres et abstraits d’une teinte bleu-blanc-gris contrastent avec les couleurs en aplat plus vives de l’arrière-plan. De temps à autre, un personnage se distingue par des attributs plus individuels. Ainsi, lors du prologue, la Fragilité humaine apparaît sous les traits d’un jeune homme pâle, nu et tremblant ; le Temps tient une faucille à la main ; l’Amour, les yeux bandés, est aveugle. Ce jeu de symboles délibérément direct continue ensuite dans la première scène de Pénélope, assise à un métier à tisser duquel sort un long tissu noir représentant les dix années d’attente. Certaines images semblent évoquer l’imagerie préraphaélite.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="1003" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Il_ritorno_di_Ulisse_In_patria©Zani-Casadio_KEZ2537ok-copia-1024x1003.jpg" alt="" class="wp-image-177320"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Arianna Vendittelli et Valerio Contaldo © Zani-Casadio</sup></figcaption></figure>


<p>Le potentiel politique de l’argument – les retombées sociétales et psychologiques de la guerre – est laissé de côté au profit d’une interprétation davantage onirique et esthétique. Le spectateur se demande par moments si toute l’intrigue n’est pas le produit de l’esprit tourmenté d’Ulysse lorsqu’il se réveille sur la plage d’Ithaque.</p>
<p>L’orchestration originale étant inconnue, la production de Ravenne propose un effectif inspiré de celui d’<i>Orfeo</i>, chef-d’œuvre de Monteverdi souvent vu comme le premier opéra de l’histoire : orchestre à cordes avec viole de gambe, flûtes et cornets ainsi qu’une large section de continuo (clavecin, luth, théorbe, guitare, harpe, orgue). Sous la direction d’<strong>Ottavio Dantone</strong>, l’Accademia Bizantina adopte une sonorité très lisse et homogène, particulièrement adaptée aux pages évocatrices de la partition, tel que le mystérieux passage instrumental précédant le réveil d’Ulysse à la plage. Ce dernier échoue sur un lit de sable que l’on voyait auparavant dans la chambre de Pénélope, reprenant ainsi un autre symbole unificateur entre plusieurs scènes.</p>
<p>Ulysse se ranime peu à peu, aussi bien musicalement que physiquement, passant par plusieurs états d’âme, et le baryton véloce de <strong>Mauro Borgioni</strong> transmet d’une manière virtuose le moindre aspect de ses sentiments parfois contradictoires. Cela s’observe aussi dans le rôle de Pénélope. La contralto <strong>Delphine Galou</strong> campe une Reine tiraillée entre le désespoir et la révolte, conférant une couleur riche et profonde aux sons les plus graves de sa tessiture. Ces différents caractères font partie de la dramaturgie lyrique de l’œuvre et transpirent dans la direction d’acteur.</p>
<p>Malgré les tourments sentimentaux omiprésents, une des scènes les plus fortes et sensuelles est sans aucun doute le duo entre Ulysse et son fils Télémaque (V<strong>alerio Contaldo</strong>). Celui-ci, brillant ténor héroïque avant la lettre dont l’enthousiasme un peu naïf anime aussi sa vocalité, est le premier à comprendre que son père est de retour, et Pizzi souligne l’aspect résolument corporel de leurs retrouvailles.</p>
<p>Le couple Eurymaque et Mélantho, dont la présence annonce d’emblée l’ultime victoire de l’amour, est un autre exemple de cette physicalité. Le ténor doux et suave d’Eurymaque (<strong>Žiga Čopi</strong>) reflète sa personnalité et contraste avec celle de Mélantho (<strong>Charlotte Bowden</strong>), plus entreprenante et plus tard vêtue de rouge, qui laisse éclore quelques notes ludiques et espiègles. </p>
<p>Hormis Ulysse, ce sont les dieux qui apportent un autre type de voix à la distribution. Que ce soit les basses profondes et puissantes de Neptune (<strong>Federico Domenico Eraldo Sacchi</strong>) et Jupiter (<strong>Gianluca Margheri</strong>) ou la Minerve d’<strong>Arianna Venditteli</strong> – dont le jeu fanfaron et faussement viril accompagne des lignes vocales très dessinées –, tous ces personnages projettent leur voix plutôt que d’opter pour un chant introspectif. Le duo de Minerve et Junon (<strong>Candida Guida</strong>) – lorsque les dieux décident de mettre fin aux épreuves d’Ulysse – est une sorte de combat vocal truffé de mélismes. Malgré l’aspect déclamatoire du chant, qui prévaut d’une manière générale, ces moments trahissent la nécessité de passages virtuoses pour les « vedettes » de l’opéra vénitien.</p>
<p>En ce qui concerne les Prétendants de Pénélope, c’est l’intérêt des doubles rôles qui entre en linge de compte. Derrière le rôle de Pisandre, on reconnaît aisément le contre-ténor svelte et pâle au timbre aérien de la Fragilité humaine (<strong>Danilo Astore</strong>) ; Neptune revient sous forme d’Antinoüs. On voit ainsi – chose étonnante – un dieu et une allégorie tomber sous les flèches d’Ulysse. Aussi, les Prétendants – complétés par Amphinome (<strong>Jorge Navarro Colorado</strong>) – sont-ils des éléments perturbateurs, avec leurs fraises noires, leurs chemises colorées à manches bouffées et leur trio très dynamique exigeant une grande réactivité musicale.</p>
<p>Un des personnages qui se démarque davantage des autres et Irus, serviteur des Prétendants. Glouton, opportuniste et vulgaire à souhait, ce type de personnage sera à l’origine de l’<i>opera buffa</i> qui s’établit au XVIII<sup>e</sup> siècle. <strong>Robert Burt</strong> tire le meilleur d’une conception caricaturale d’Irus qui finit pourtant par se suicider.</p>
<p>Ce n’est qu’à la fin du spectacle que la mise en scène semble s’effacer complètement devant l’œuvre, concentrant l’attention sur les interprètes et oubliant l’espace scénique. Le public accueille d’une manière très enthousiaste cette première représentation dans le cadre de la <i>Trilogie d’automne</i>.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/monteverdi-il-ritorno-dulisse-in-patria-ravenne/">MONTEVERDI, Il ritorno d&rsquo;Ulisse in patria – Ravenne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>PORPORA, Polifemo &#8211; Lille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/porpora-polifemo-lille/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 Oct 2024 01:07:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le spectacle commence aussitôt qu’on entre dans la salle. À la place du traditionnel rideau de scène, une grande affiche de cinéma annonce : « Nicola Porpora presenta Polifemo, extravanganza musicale in Technicolori ». Le style du dessin représentant le cyclope Polyphème, la typographie employée et la composition graphique générale de l’image évoquent immédiatement un pastiche d’affiche de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Le spectacle commence aussitôt qu’on entre dans la salle. À la place du traditionnel rideau de scène, une grande affiche de cinéma annonce : « Nicola Porpora presenta <em>Polifemo</em>, extravanganza musicale in Technicolori ». Le style du dessin représentant le cyclope Polyphème, la typographie employée et la composition graphique générale de l’image évoquent immédiatement un pastiche d’affiche de péplum italien des années 1950/1960.</p>
<p style="font-weight: 400;">En effet, pour représenter cet <em>opera seria</em> de Nicola Porpora, le metteur en scène <strong>Bruno Ravella </strong>a choisi de transposer l’action sur un plateau de tournage. Originellement, le livret du poète Paolo Antonio Rolli entremêle deux intrigues amoureuses : les amours d’Ulysse et de Calpyso et ceux d’Acis et de Galatée, issus de deux sources différentes, l’<em>Odyssée</em> d’Homère pour les uns et les <em>Métamorphoses</em> d’Ovide pour les autres. Au cœur de ces deux récits, l’un héroïque, l’autre pastoral, le cyclope anthropophage Polyphème fait figure de pivot, puisqu’il est le geôlier d’Ulysse et le rival d’Acis. Ici, Polyphème est le réalisateur d’un film relatant les aventures d’Ulysse, héros incarné par un acteur bodybuildé qui évoque les Steves Reeves et les Gordon Scott de l’âge d’or du péplum à gros muscles. Le réalisateur, qui joue également le rôle du méchant cyclope dans son propre film, poursuit de ses mains baladeuses la jeune actrice interprétant Galatée. Cette dernière est cependant amoureuse d’Acis, un jeune décorateur qui travaille sur la réalisation des toiles peintes du film. Bruno Ravella sépare ainsi intelligemment les deux intrigues du livret : d’un côté, la fiction tournée sur le plateau (les amours d’Ulysse et Calypso sont le sujet du film), et de l’autre, la réalité du tournage (les passions et les rivalités qu’on retrouve sur les plateaux de cinéma).</p>
<p><figure id="attachment_174252" aria-describedby="caption-attachment-174252" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-174252 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/https___www.myra_.fr_wp-content_uploads_2024_09_Polifemo-opera-de-lille-©Frederic-Iovino_0845-1024x681.jpeg" alt="" width="1024" height="681" /><figcaption id="caption-attachment-174252" class="wp-caption-text">Paul-Antoine Bénos-Djian (Ulysse) © Frédéric Iovino</figcaption></figure></p>
<p style="font-weight: 400;">Cette transposition est conduite avec brio : les costumes d’<strong>Annemarie Woods </strong>s’inspirent directement des couleurs pétaradantes des costumes antiques, tels que vus à travers le filtre du Technicolor des péplums italiens. La combinaison d’Ulysse, toute en faux muscles hypertrophiés, est particulièrement désopilante. Les décors, constitués de rampes de projecteurs et d’éléments en carton-pâte, en toile ou en bois peint, sont également de la main d’Annemarie Woods et recréent l’esthétique des décors de cinéma. L’abondance d’effets spéciaux – fumées qui font disparaître les personnages, main géante ou œil crevé actionnés par des techniciennes, petites figurines représentant les humains face au cyclope géant – sont autant de moyens d’animer le plateau de manière ludique que d’évocations de l’éclat des effets scéniques du XVIIIe siècle. Une direction d’acteur au cordeau et les lumières étudiées de <strong>D. M. Wood</strong> complètent cette proposition scénique enthousiasmante, qui ne laisse pas l’occasion au spectateur de s’ennuyer et qui met astucieusement en relief les enjeux du livret. Certes, l’esprit de l’<em>opera seria</em>, plus grave et moins ironique, est sans doute un peu loin, mais la mise en valeur des faux semblants et l’exhibition des artifices constitue un bel hommage à l’esprit baroque.</p>
<p style="font-weight: 400;">Des rivalités, réelles ou supposées, entourent également la création de l’œuvre de Porpora. Composé pour l’Opera of the Nobility, institution rivale de la Royal Academy of Music où Haendel règne en maître, <em>Polifemo</em> est censé faire de l&rsquo;ombre aux productions du compositeur allemand. Appelé de Naples par le Prince de Galles pour faire briller le style italien, Porpora, qui est aussi réputé pour être un grand professeur de chant, fait venir à Londres le fameux castrat Farinelli. La distribution de <em>Polifemo</em> s&rsquo;enrichit de stars déjà bien connues du public londonien, puisqu&rsquo;elles viennent de quitter la troupe de Haendel : le castrat Senesino, la grande soprano Francesca Cuzzoni, ainsi qu&rsquo;Antonio Montagnana et Francesca Bertolli.</p>
<p><figure id="attachment_174251" aria-describedby="caption-attachment-174251" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-174251 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/https___www.myra_.fr_wp-content_uploads_2024_09_Polifemo-opera-de-lille-©Frederic-Iovino_0663-1024x681.jpeg" alt="" width="1024" height="681" /><figcaption id="caption-attachment-174251" class="wp-caption-text">Kangmin Justin Kim (Acis) © Frédéric Iovino</figcaption></figure></p>
<p style="font-weight: 400;">Pour succéder à ces chanteurs admirés, l&rsquo;Opéra de Lille a fait appel à une troupe homogène de jeune chanteurs qui mettent en valeur la virtuosité et l&rsquo;éclat de cette partition brillante. C’est au contre-ténor <strong>Kangmin Justin Kim</strong>, connu pour son imitation parodique de Cecilia Bartoli, que revient le rôle d’Acis. Son interprétation gagne en précision et en intensité au cours de la représentation, car le vibrato dans le bas médium embarrassait un peu son chant au début de la première partie. Il s’épanouit splendidement dans l’air le plus célèbre de la partition, « <em>Alto Giove </em>», phrasé avec subtilité et émotion. Son talent éclate définitivement dans l’air redoutable qui suit, « <em>Senti il fato </em>», avec ses vocalises ébouriffantes et ses sauts de registre vertigineux. Il se distingue également par sa présence singulière au plateau et son agilité physique, qui lui donnent un air de bateleur pétillant et rêveur. Quant à <strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong>, il semble s’en donner à cœur joie dans le rôle d’Ulysse, loubard en veste en cuir à la ville et bodybuilder en jupette devant les caméras. Sa voix riche et sonore déploie des couleurs variées et la manière dont il mord le texte force toujours autant l’admiration. Aucun piège ne lui fait peur et notre héros assure avec panache les périls d’une partition qui n’en est pas avare : on aura rarement entendu effet de voix de poitrine aussi réussi chez un falsettiste que lors de son air premier air « <em>Core avvezzo al furore dell’armi</em> » et le rendu des vocalises, toujours intelligemment variées, est d’une précision redoutable.</p>
<p style="font-weight: 400;">La soprano suisse <strong>Marie Lys</strong> trouve en Galatée un rôle à sa mesure. Son timbre fruité, son phrasé frémissant et son agilité vocale saisissante confèrent à chacune de ses interventions un charme ravageur. Le grand soin qu’elle apporte au texte, tout comme sa présence scénique rayonnante, complètent ce tableau idéal. Le sommet de la soirée est sans aucun doute son interprétation de l’air de lamentation « Smanie d’affanno », où le temps semble se suspendre aux accents éplorés de sa voix, expression pure de la douleur. <strong>Delphine Galou</strong> a une voix beaucoup moins puissante et étoffée que ses partenaires, mais sa Calypso est d’une probité musicale indéniable. De surcroît, elle se glisse avec un délice visible dans ce rôle d’actrice star, mettant à profit son aura naturelle et son maintien altier. Dans le rôle du réalisateur et du cyclope Polyphème, <strong>José Coca Loza</strong> convainc par la pointe d’humanité qu’il offre à son personnage. Avec le moyens qui sont les siens, il propose des variations virtuoses dans les reprises de ses airs, en ajoutant des graves abyssaux, dans son premier air furibond « M’accendi in sen col guardo ». Dans le petit rôle de Nérée, <strong>Florie Valiquette </strong>est un immense luxe, mais on aurait tort de bouder son plaisir. Elle chante l’air qui ouvre la deuxième partie de la représentation depuis le côté du premier balcon, devant un pied de micro, comme s’il s’agissait de la bande-son de la scène qui se déroule sur le plateau. Son chant expressif et mordant évoque à lui seul une toile bariolée.</p>
<p><figure id="attachment_174255" aria-describedby="caption-attachment-174255" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-174255 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/https___www.myra_.fr_wp-content_uploads_2024_09_Polifemo-opera-de-Lille-©Frederic-Iovino_1765-1024x681.jpeg" alt="" width="1024" height="681" /><figcaption id="caption-attachment-174255" class="wp-caption-text">Kangmin Justin Kim (Acis), Paul-Antoine Bénos-Djian (Ulysse), Delphine Galou (Calypso), José Coca Loza (Polyphème), Marie Lys (Galatée), Florie Valiquette (Nérée) © Frédéric Iovino</figcaption></figure></p>
<p style="font-weight: 400;">À la tête d’un <strong>Concert d’Astrée</strong> en grande forme, <strong>Emmanuelle Haïm</strong> défend avec passion la partition de Porpora. Comme il n’existe pas encore de partition critique définitive de l’œuvre, le choix a été fait d’organiser ce <em>Polifemo</em> à partir des différentes versions existantes, pour trouver le meilleur équilibre dramaturgique. La musique foisonnante, ondoyante et gracieuse de Porpora trouve sous sa direction toute son organicité, comme si la cheffe emportait les instrumentistes dans une danse ininterrompue. Cette partition originale comprend par ailleurs un grand nombre de récitatifs accompagnés très dramatiques, mis en relief par sa direction expressive. Si les timbres des instruments manquent parfois peut-être de couleur et de mordant dans les <em>tutti</em>, certains soli se révèlent d’une grande beauté. Ainsi, dans l’air pour hautbois obligé d’Acis « Lusingato dalla speme », les arabesques de la voix du chanteur se mêlent aux broderies de l’instrument – un moment d’ivresse qui contribue au succès de cette soirée, acclamée par un public nombreux et composé de nombreux jeunes spectateurs !</p>
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		<title>VIVALDI, Tamerlano &#8211; Beaune</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/vivaldi-tamerlano-beaune/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Jul 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le concert est introduit par l’hommage que le chef rend à Kader Hassisi, qui, au côté d’ Anne Blanchard, a porté le Festival depuis sa création. Fidèle parmi les fidèles, c’est la 23ème année qu’Ottavio Dantone enrichit Beaune de sa participation et de ses découvertes. C&#8217;est bien à tort que Racine raillait Jacques Pradon, son &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le concert est introduit par l’hommage que le chef rend à Kader Hassisi, qui, au côté d’ Anne Blanchard, a porté le Festival depuis sa création. Fidèle parmi les fidèles, c’est la 23<sup>ème</sup> année qu’<strong>Ottavio Dantone</strong> enrichit Beaune de sa participation et de ses découvertes.</p>
<p>C&rsquo;est bien à tort que Racine raillait Jacques Pradon, son contemporain et rival tombé dans l&rsquo;oubli, dont la tragédie<em> Tamerlan, ou la Mort de Bajazet</em>, 1676, allait inspirer de nombreux compositeurs (1), particulièrement à travers le livret d’Agostino Piovene. Le conquérant tartare Tamerlan a défait le sultan ottoman Bajazet, dont il s’éprend de la fille, Asteria. Mais celle-ci et Andronico, prince grec allié et déchu, s’aiment, ce qu’ignore Tamerlan&#8230;. Ajoutez Irène, princesse de Trébizonde, promise au vainqueur, enfin Idaspe, suivant d’Andronico, et vous aurez toute la distribution.</p>
<p>A la différence de la quasi-totalité des opéras de Vivaldi (2), l’ouvrage est un <em>pasticcio</em>, où le prêtre roux recycle nombre de ses airs favoris et comme de plusieurs de ses contemporains (3). Cela pourrait n’apparaître que comme un assemblage factice, de collages. Or il n’en est rien, car tous les récitatifs, y compris ceux qu’accompagne l’orchestre, d’une intelligence dramatique exemplaire, sont de sa plume, et son art d’associer tel ou tel air à telle situation paraît dépourvu d’artifice. Toutes les arias de Bajazet, Asteria et Idaspe sont de sa main, comme l’ouverture, le quatuor qui conclut le deuxième acte (emprunté à <em>Farnace</em>), et le chœur final.</p>
<p>En juillet 2015, Thibault Noally l’avait donné, avec les Musiciens du Louvre, ici même, dans une version sensiblement différente (4). Auparavant, en 2005, Fabio Biondi l’avait gravé pour Erato (sous l&rsquo;autre des deux titres originaux : <em>Bajazet</em>) et beaucoup joué, puis <strong>Ottavio Dantone</strong>, pour Naïve, à Ravenne, en 2020 (5). De sa distribution d’alors, seuls deux rôles ont été renouvelés (Irene et Idaspe). C’est dire si l’ouvrage a été mûri par les interprètes, d’une aisance physique et vocale enviable.</p>
<p>Rarement a-t-on entendu un ensemble baroque plus soudé, précis, coloré, frémissant, vif argent que l’ <em>Accademia Bizantina</em> (40 ans cette année) : Ottavio Dantone, qui dirige depuis le clavecin, lui imprime une dynamique exemplaire, des nuances incroyables, et c’est un constant régal. On entend tout, y compris le jeu du luthiste. La virtuosité est manifeste, toujours au service de l’expression dramatique. Les figuralismes prennent un relief bienvenu, et la rhétorique vivaldienne en est riche. Quant à l’écriture vocale, destinée aux virtuoses du temps, elle ne ménage pas les effets pyrotechniques, développés à l’occasion des scènes de colère, de fureur, de jalousie, et chacun des chanteurs y répond, fort d’une technique éprouvée. Aucun ne démérite. <strong>Filippo Mineccia</strong> est Tamerlano : le barbare est aussi policé que passionné, impérieux, viril, et le chant virtuose comme le jeu sont confondants de justesse. La palette est large, avec de solides graves sans poitriner. Le héros est authentique, la séduction au rendez-vous, l’engagement absolu. Son trouble est bien traduit par « Cruda sorte, avverso fato », suprêmement maîtrisé (c’est là, au milieu du deuxième acte, que l’unique entracte a été opportunément placé). Le « Barbaro traditor » (écrit pour Farinelli par R. Broschi) ne peut laisser indifférent.</p>
<p>L’empereur déchu, Bajazet, est remarquablement incarné par <strong>Bruno Taddia</strong>. La noblesse et la fureur (« Dov’è la figlia ») sont traduits avec un art consommé. Cette aria, d’une vie prodigieuse, comme le récitatif accompagné de la scène suivante sont des sommets. La voix est ample, flexible, ardente. Le bref « Vero crudel spietato ») est d’une force peu commune, même si on peine parfois à y croire. <strong>Delphine Galou</strong>, que l’on apprécie toujours, nous vaut une authentique Asteria, bien qu’il soit malaisé d’oublier ce qu’en traduisait Anthea Pichanik (en 2015, avec Thibault Noally) avec des graves opulents. Les moyens sont toujours impressionnants, et les qualités dramatiques bien présentes. Si ses cinq arias et son récitatif accompagné sont exemplaires, ses qualités de tragédienne, son engagement font d’ Asteria une figure, sinon la figure centrale.</p>
<p><strong>Shakèd Bar</strong> s’impose comme une admirable Irène dès son entrée : l’attendu et virtuose « Qual guerriero in campo armato » (écrit par Ricccardo Broschi pour son frère, Farinelli) est un modèle. Ses deux autres airs, d’expression si différente, nous rendent sympathique cette princesse altière et trahie, sensible. « Sposa son disprezzata » est un des plus beaux moments de la soirée, comme « Son tortorella » avec les flûtes à bec. Un nom à retenir, dont la carrière promet beaucoup. L’ Andronico de <strong>Marina de Liso</strong>, familière du rôle depuis la réalisation de Fabio Biondi, est techniquement très sûr. Même si le timbre est sans relief, la musicalité est indéniable, comme la noblesse. Son aria finale « La sorte mia spetata », désespérée, nous émeut. Le personnage, davantage ballotté par les événements que résolu, paraît ce soir un peu en retrait, jeune, hésitant ou équivoque, ce qu’autorise, voire appelle le livret. La voix de <strong>Benedetta Mazzuccato</strong>, Idaspe, séduit dès son premier air : le médium est bien timbré, fruité, l’agilité, l’articulation servent une ligne de chant exemplaire, dont les ornements ne sont jamais démonstratifs. L’air de tempête du II &#8211; « Anch’ il mar par che sommerga » &#8211; est un bonheur. Le quatuor qui ferme le deuxième acte préfigure les grands finales qu’imposera Mozart, comme le chœur conclusif, pour une <em>lieto fine</em>, autant de moments de joie partagée.</p>
<p>La surprenante fraîcheur de la nuit n’a pas fait obstacle aux chaleureux applaudissements d’un public ravi par <em>Il Tamerlano</em> et ses interprètes.</p>
<pre>(1) Gasparini (Venise-1711 ; puis une autre version pour Trévise 1721), Chelleri (Trévise-1720), Leo (Naples-1722), Haendel (Londres-1724), Giai G.-A. (Milan- 1727), Gini (Turin-1728), Porpora (Turin-1730), Vivaldi (Vérone-1735), Scolari (Milan-1763), Guglielmi P.-A. (Venise-1765), Sacchini (Londres-1773), Winter (Paris-1802), Mayr J.-S. (Milan, 1813), Tadolini (Bologne-1818), Sapienza (Naples-1824)... liste non exhaustive. 
(2) Seuls autres pasticcios de la production vivaldienne : le premier <em>Tito</em> <em>Manlio</em> (Rome-1720), et <em>Rosmira</em> (Venise-1738). 
(3) Trois airs sont empruntés à Giacomelli, autant à Hasse, deux au frère de Farinelli, Riccardo Broschi, et un à Porpora. Vivaldi emprunte à <em>L’Olimpiade, Farnace, L’Atenaide, Semiramide, Il Giustino, Montezuma, Rosmira fedele</em>. 
(4) Avec David DQ Lee, Florian Sempey, Anthea Pichanik, Lea Desandre, Blandine Staskiewicz et Anna Kassyan.
(5) Bernard Schreuders en avait rendu compte (à signaler que les <em>da capo</em> sont ce soir systématiques et ornés avec intelligence et goût) : <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/il-tamerlano-passionnant-mais-frustrant/">passionnant, mais frustrant, </a>
puis Guillaume Saintagne l'avait vu dans sa version scénique présentée à Ravenne : <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/il-tamerlano-ravenne-les-dures-exigences-dun-pasticcio/">les dures exigences d'un pasticcio</a></pre>
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		<title>VIVALDI, L&#8217;olimpiade &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/vivaldi-lolimpiade-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Jun 2024 11:10:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A un mois des Jeux Olympiques, Paris est au bord de la crise de nerf. Place de l’Alma, le trafic a atteint son seuil de saturation. Bus, voitures, scooters et vélos ensemble imbriqués refusent d’avancer. En sous-sol, le métro ne prend plus de voyageurs. Mieux vaut en rire pour ne pas enrager. Tel est le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A un mois des Jeux Olympiques, Paris est au bord de la crise de nerf. Place de l’Alma, le trafic a atteint son seuil de saturation. Bus, voitures, scooters et vélos ensemble imbriqués refusent d’avancer. En sous-sol, le métro ne prend plus de voyageurs. Mieux vaut en rire pour ne pas enrager. Tel est le parti pris de <em>L’olimpiade</em> mise en scène par <strong>Emmanuel Daumas</strong> au Théâtre des Champs-Élysées. L’œuvre est de circonstance. Son titre du moins, car le livret n’explore pas tant les joies de la compétition sportive que les thèmes de l&rsquo;honneur, de l&rsquo;amour et de l&rsquo;amitié.</p>
<p>Licida, épris de la princesse Aristea, demande à son ami Megacle d’emprunter son identité pour participer aux jeux et remporter la main de la princesse. L&rsquo;intrigue s’embrouille lorsque Megacle réalise qu’Aristea n’est autre que l’amante à laquelle il fut autrefois obligé de renoncer. S’ensuit une série de malentendus et de confrontations dramatiques, qui s’emmêlent et se démêlent en un festival virtuose d’arias <em>da capo</em>, sans plus de science formelle : peu d’ensembles – un seul duo – et peu de récitatifs accompagnés.</p>
<p>Initiée dans un gymnase où l’entraînement des athlètes devient prétexte à de multiples gags et acrobaties, l’histoire prend ses marques sérieuses une fois la page olympique tournée. Les cinq danseurs et l’acrobate omniprésents dans la première partie s’effacent au profit de la musique de Vivaldi. <strong>Jean-Christophe Spinosi</strong> abandonne sa quête baroque de ruptures et de contrastes – baroque car bizarre, déroutante et en ce sens théâtrale – pour exploiter au mieux les ressources expressives de son ensemble Matheus. Les cris, onomatopées et autres borborygmes qui troublaient l’onde des arias se font plus discrets. La succession de numéros, façon music-hall, laisse place à la continuité exigée par le drame. La frontière scénique était jusqu’alors ténue entre l’Elide de Métastase et la Grèce offenbachienne. L’émotion peut affleurer.</p>
<p>Non que tout soit artificiel dans cette première partie – rien ne vient troubler le tendre balancement de l’air du sommeil, le magnifique « Mentre dormi, amor fomenti », et le numéro de sangle aérienne qui accompagne « Sta piangendo la tortorella », l’aria d’Aristea au deuxième acte, est du plus bel effet poétique – mais aborder une œuvre comme <em>L’olimpiade</em> sous un angle comique frôle le contresens.</p>
<p>C’est aussi négliger la part de beau chant consubstantielle à une partition écrite sous influence napolitaine. « On est si entêté de Farinelli que si les Turcs étaient dans le Golfe, on les laisserait débarquer tranquillement pour ne pas perdre deux ariettes », écrivait l’Abbé Conti, témoignant ainsi de l’engouement des Vénitiens de l’époque pour les <em>divi</em> et <em>dive</em> de l’opéra.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Olimpiade2-1294x600.jpg" />© Vincent Pontet</pre>
<p>Ce belcanto triomphant s’incarne dans la voix de <strong>Marina Viotti</strong>, décidément apte à tous les répertoires, hier <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/la-perichole-2e-distribution-paris-tce-deuxieme-distribution-de-premier-choix/">Périchole</a>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-la-cenerentola-paris-tce/">Cenerentola</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bizet-carmen-paris-tce/">Carmen</a> sur cette même scène prato-elyseenne, aujourd’hui Megacle bodybuildé dans un costume de bonhomme Michelin. Nul mieux qu’elle pour tracer d’un trait lié les courbes mélodiques, varier les reprises, user des nuances afin de donner consistance à un jeune prince blessé, écartelé entre amour et amitié, dont les souffrances s’épanchent en un sensible «  Se cerca, se dice » avant de se résoudre dans les vocalises teintées de nostalgie de « Lo seguitai felice » au troisième acte. Et que dire d’un timbre à la saveur d’un vin jeune de Bordeaux, où se confondent les notes de chocolat et de cerise noire.</p>
<p>Le dieu du stade reste cependant <strong>Jakub Józef Orliński</strong>. Sa personnalité a façonné la dimension athlétique du spectacle. Le breakdancer en body blanc n’a rien à envier au chanteur. Le bondissant « Gemo in in punto e fremo » à la fin du deuxième acte en remontrerait à Michael Jackson période <em>Thriller</em>. Est- ce assez pour l’inconstant Licida, gratifié de quelques-uns des plus beaux airs de la partition ? Oui à en juger à l’enthousiasme du public, à condition de préférer la puissance à la musicalité, l’exploit à la technique et d’apprécier les teintes violacées que prend la voix dans l’aigu émis le plus souvent <em>forte</em>.</p>
<p>De précepteur devenu sorte de mage inquiétant, Aminta confié à <strong>Ana Maria Labin</strong> livre aussi à sa manière un numéro circassien, nasalisant son soprano dans un « Il fidarsi delle speme » à l’ésotérisme douteux puis relevant non sans mal le défi d’airs redoutables, conçus par Vivaldi au format hors norme du castrat Marianino. Mezzo-soprano formé à l’Académie de la Scala, <strong>Caterina Piva</strong> confirme les espoirs suscités par <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-fidenza-festival-verdi/">Fenena dans <em>Nabucco</em> lors du dernier Festival Verdi</a>. A quelques fantaisies expressionnistes près, la voix apparaît saine, projetée, capable d’agilité, voire de pugnacité, autant que de sentiments lorsqu’il lui faut pleurer son triste sort en un chant dépourvu d’ornements, posé sur le souffle. <strong>Delphine Galou</strong> écope du rôle ingrat d’Argene, l’amante délaissée de Licida, auquel elle ne parvient pas à donner plus d’éclat et d’épaisseur que ne lui concède la partition. Moins tyran de Sycione qu’Agammnenon dans <em>La Belle Hélène</em>, Clistene peut compter sur la basse véloce et timbrée de <strong>Luigi De Donato</strong> pour disposer de la noblesse et de l’autorité dont le prive la mise en scène. Accompagner « Sciagurato in braccio a morte » du seul violoncelle à la manière d’un lamento poignant offre à <strong>Christian Senn</strong> en Alcandro une formidable occasion de faire valoir un baryton biberonné au répertoire belcantiste, de Vivaldi et Haendel à Donizetti.</p>
<p>Cette dernière aria, suivie plus loin du chœur final entonné a capella par Marina Viotti, fait partie des moments forts d’un spectacle auquel le public, en liesse, réserve debout un triomphe comme on n’avait pas vu depuis longtemps à Paris.</p>
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		<title>PORPORA, Polifemo – Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/porpora-polifemo-strasbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Feb 2024 06:56:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quelle bonne idée que de nous offrir cette rareté signée Porpora, le grand rival de Haendel à Londres… En effet, le Polifemo proposé par l’Opéra national du Rhin en coproduction avec l’Opéra de Lille est donné pour la toute première fois en France. En Angleterre, Haendel composait nombre d’opéras pour les meilleurs chanteurs d’Europe. Mais &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quelle bonne idée que de nous offrir cette rareté signée Porpora, le grand rival de Haendel à Londres… En effet, le <em>Polifemo</em> proposé par l’Opéra national du Rhin en coproduction avec l’Opéra de Lille est donné pour la toute première fois en France. En Angleterre, Haendel composait nombre d’opéras pour les meilleurs chanteurs d’Europe. Mais à partir de 1733, à peine arrivé à Londres, Nicola Porpora fonde une nouvelle troupe concurrente, l’Opera of the Nobility. Il se permet de débaucher les castrats les plus célèbres de l’époque pour sa compagnie. Notre <em>Polifemo </em>de 1735 est donc composé pour le divo absolu Farinelli ainsi que pour Il Senesino, l’autre castrat vedette. Malheureusement, seul l’air «&nbsp;Alto Giove&nbsp;» chanté dans le film <em>Farinelli</em> est encore connu à l’heure actuelle. On se réjouit donc de découvrir les airs composés par l’un des meilleurs professeurs de chants et maîtres de la musique vocale, spécialiste de l’écriture d’airs à la pyrotechnie redoutable.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Polifemo-PG0041presse-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-155771"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Klara Beck</sup></figcaption></figure>


<p>L’attente de la Première se fait d’autant plus fébrile que, en plus d’une distribution de haut vol, la production s’annonce visuellement excitante, puisqu’on apprend qu’on assistera sur scène à un tournage de péplum dans la grande tradition des années 1950. Par ailleurs, le projet de costume de Polifemo a fait partie des finalistes du Prix d’Atelier des costumes des arts de la scène de la Fondation Signature de l’année 2023. On a pu le voir exposé dans une des vitrines de l’opéra lors des semaines qui précédaient la création de l’ouvrage. Mais le concept du tournage dans les studios de Cinecittà choisi par <strong>Bruno Ravella</strong> ne tient hélas pas toutes ses promesses. On sait que les <em>opera seria</em> bénéficiaient à l’origine de réels moyens techniques à grands renforts de machineries et de décors spectaculaires. Certes, le monstre <em>Polifemo</em> est un hommage réussi au grand Ray Harryhausen, génie des effets spéciaux et concepteur de films fantastiques ou mythologiques qui ont marqué l’enfance et l’imaginaire de nombre d’entre nous. Le cyclope est directement inspiré d’une créature vue dans le <em>Septième voyage de Sinbad</em>, à un détail près. Chez Harryhausen, le monstre avait son œil unique surmonté d’une seule corne, il en affiche triomphalement deux ici, ce qui est du plus bel effet. Cela dit, le vaste plateau, parcouru de long en large par des techniciens et des assistants au tournage en cours, ce plateau tout nu paraît souvent bien vide. Non pas qu’on manque de bonnes idées : l’Etna de carton-pâte d’où dépasse un immense Polyphème face aux héros miniaturisés, les clins d’œil aux improbables productions cinématographiques et leurs héros bodybuildés tout comme les trouvailles visuelles sont réjouissantes, ne boudons pas notre plaisir. Mais il manque un je-ne-sais-quoi qui aurait transcendé l’ensemble. On a parfois du mal à savoir si le récit relève des coulisses du tournage ou du film qu’on est en train de réaliser. Le livret ainsi restitué en devient parfois confus, alors que le tissage de récits mythologiques issus des ouvrages d’Homère et d’Ovide est en principe assez clair : Ulysse débarque en Sicile et croise Calypso qui va ensuite l’aider à se libérer du géant cyclope anthropophage Polyphème. Ce dernier est amoureux de la nymphe Galatée, elle-même amoureuse du berger Acis. Jaloux, le cyclope écrase le pâtre à l’aide d’un rocher mais perdra la vue à cause d’un pieu enfoncé dans son œil unique par Ulysse et ses compagnons. L’ensemble se laisse pourtant regarder sans ennui et permet de mettre en valeur le chant merveilleusement servi ce soir.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Polifemo-PG0545HDpresse-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-155775" width="913" height="608"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Klara Beck</sup></figcaption></figure>


<p>Dans le rôle d’Acis créé par Farinelli, <strong>Franco Fagioli</strong> apporte toute son expertise de la virtuosité requise pour restituer tant que faire se peut l’incroyable performance des castrats&nbsp;: longueur de souffle, ornementations savantes avec trilles et appogiatures, tout en ondulations complexes et agilité phénoménale. Si la projection manque parfois d’énergie et de puissance (difficulté que le plateau ouvert n’aide pas contourner), le contre-ténor argentin n’en reste pas moins impressionnant de facilité dans les ornementations. En Ulysse sosie du culturiste Steve Reeves, le contre-ténor français <strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong> tient la dragée haute à Franco Fagioli. Les deux timbres se complètent harmonieusement mais les airs de bravoure du héros rusé d’Ithaque sont de fait plus éclatants que ceux, élégiaques, du jeune pâtre. Si elle est le lien entre les histoires, Galatée se montre également celle qui, ce soir, se détache de la distribution. La soprano néozélandaise <strong>Madison Nonoa</strong> crève l’écran ou la scène, si l’on veut. Beauté du timbre, facilité dans les aigus et les ornementations, tempérament de feu et sens du jeu, la jeune femme a tout pour elle. Elle en volerait presque la vedette à Calypso, crânement campée par la grande (dans tous les sens du terme) contralto française <strong>Delphine Galou</strong>. Davantage à la peine mais magnifique dans «&nbsp;Una beltà che sa&nbsp;», la charmante soprano britannique <strong>Alysia Hanshaw</strong> donne chair au rôle de Nerea. Et dans le personnage de Polyphème, la basse bolivienne <strong>José Coca Loza</strong> réussit à humaniser le cyclope, amoureux éconduit et jaloux, tout en lui restituant sa force monstrueuse.</p>
<p>À la tête du <strong>Concert d’Astrées</strong> en grande forme, <strong>Emmanuelle Haïm</strong> est elle aussi parfaitement à son aise. On écoute avec bonheur la richesse et les subtilités d’une partition dont elle confesse en entretien que plus elle la travaille, plus elle est sous son charme. Nous aussi. On ne peut qu’encourager le public à découvrir cette œuvre, presque à l’œil (les étudiants, par exemple, ne paient que 6 euros à Strasbourg, il faut le rappeler). À voir jusqu’au 10 mars entre Strasbourg, Mulhouse et Colmar, puis à Lille en octobre prochain.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="OPÉRA | POLIFEMO | Bande-annonce" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/akrpzEGBgpY?start=6&#038;feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></div>
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<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="OPÉRA | POLIFEMO | Présentation Alain Perroux" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/R_tWO1BFTG0?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>Delphine GALOU et Ottavio DANTONE &#8211; Dijon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/delphine-galou-et-ottavio-dantone-dijon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 12 May 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Infatigables défricheurs du baroque, italien tout particulièrement, partenaires réguliers depuis quelques années maintenant, Delphine Galou et Ottavio Dantone, à la tête de son Accademia Bizantina se sont posés à Dijon, le temps d’un concert qui restera gravé dans la mémoire de ses auditeurs. Pour les amateurs, aucune véritable découverte (1), et la confirmation de l’excellence &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Infatigables défricheurs du baroque, italien tout particulièrement, partenaires réguliers depuis quelques années maintenant, <strong>Delphine Galou</strong> et <strong>Ottavio Dantone</strong>, à la tête de son <em>Accademia Bizantina</em> se sont posés à Dijon, le temps d’un concert qui restera gravé dans la mémoire de ses auditeurs. Pour les amateurs, aucune véritable découverte (1), et la confirmation de l’excellence des interprètes. En effet, vocalement, le programme reprend en première partie trois des pièces enregistrées par les mêmes dans le récital publié en 2017 <a href="http://grave agitation mystique" data-wplink-url-error="true">https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/agitata-recital-delphine-galou-grave-agitation-mystique/</a>&nbsp;qu’avait salué Guillaume Saintagne. La seconde partie, profane, emprunte deux airs d’opéras du prêtre roux et une de ses cantates, souvent illustrée par les contraltos comme par les contre-ténors&nbsp;: «&nbsp;Cessate omai cessate&nbsp;». Quatre concertos, dont un pour viole d’amour, alternent avec les airs confiés à notre soliste.</p>
<p>A son habitude, Ottavio Dantone dirige de son clavecin. Ses musiciens et lui ne font qu’un, et même si le violon solo tient une place évidente, le jeu de chacun et de tous nous comble. C’est nerveux, subtil et nuancé, plein, énergique comme tendre, selon les mouvements du concerto qui ouvre le programme. Le bref andante central, où les cordes jouent pianissimo, permet de valoriser le clavecin et le luth&nbsp;: un régal. Pour la première partie, Delphine Galou a choisi un décolleté noir très seyant qu’elle troquera ensuite pour une élégante parure rouge, en accord avec l’incandescence des pièces suivantes.</p>
<p>Du seul oratorio de Vivaldi qui nous soit parvenu, <em>Juditha triumphans</em>, l’air «&nbsp;Agitata, infido flatu&nbsp;», demeure quelque peu en-deçà des attentes, la voix semblant en retrait de l’orchestre. Parti pris interprétatif, découverte de l’acoustique particulière avec la présence du public, échauffement ? Peu importe. La vigueur, l’impétuosité qu’appellent le texte et la musique s’épanouissent ensuite. De <em>La Betulia liberata </em>de Jommelli – dont Mozart reprit le livret, de Métastase – nous écoutons l&rsquo;aria « Prigionier che fa ritorno ». L’orchestre, dans son dialogue avec la voix, s’y montre d’une rare séduction. Toujours la musique respire, avec la plus large palette expressive. La voix se déploie dans tous les registres, sans que jamais les graves paraissent poitrinés. L’aisance, l’agilité, la dynamique et les couleurs sont au service du texte (2), dont la diction est exemplaire. La personnalité vocale et dramatique de Delphine Galou, à nulle autre pareille, nous éblouit. Est-il besoin de le préciser ? Tous les <em>da capo</em> de la soirée seront délicatement ornés, virtuoses sans le paraître. Le concerto pour viole d’amour en ré mineur (RV 394) est un régal. L’ample et superbe cadence de l’allegro final suspend le temps, magistrale, et le bonheur des musiciens est partagé. &nbsp;De Porpora, nous retrouvons le rare et ample motet « In procella sine stella vado errando», véritable scène dramatique, dont seul le texte porte l’empreinte religieuse. Sa partie récitative (« Jam cerno in meo timore ») n’est pas moins admirable que celle qui précède et celle qui suit (« In tenebris horroris ») dont le balancement des cordes, modéré, soutient l’expression de la voix. Il s’achève sur un flamboyant <em>alleluia</em>, véritable feu d’artifice, jubilatoire à souhait. Du concerto suivant (RV 138), on retiendra les singulières audaces harmoniques du bref adagio, particulièrement expressives.</p>
<p>De<em> Il Tamerlano,</em> «&nbsp;Qual furore e quale affanno&nbsp;», que chante Asteria est une nouvelle occasion pour notre soliste de faire montre de toutes ses qualités. La légèreté comme l’énergie, la longueur de voix comme une émission magistrale pour cet air connu forcent l’admiration. De l’acte II d’ <em>Il Giustino</em> « Su l’altar di questo nume » marque le retour au combat du vaillant héros. C’est l’éblouissement vocal. Un concerto pour cordes, en la mineur, pour lequel le théorbiste est passé à la guitare, va permettre la transition avec l’une des plus belles cantates pour contralto de tout le baroque, « Cessate omai cessate », souvent illustrée, y compris par les contre-ténors. L’a-t-on déjà écoutée avec une telle émotion, servie par des interprètes d’exception ? Il est permis d’en douter. Le désamour, sinon la trahison de Dorilla, que rapporte le texte (3), va se traduire par toute une gamme d&rsquo;affects, servie par des changements de tempo et de métrique, par un passage récitatif, qui renouvellent le propos en épousant les mouvements de l’âme. &nbsp;Frissonnante, douloureuse, plaintive, révoltée, toutes les expressions se succèdent, merveilleusement partagées par une contralto chaleureuse, aux moyens et à la technique superlatifs, tragédienne en diable, et par un ensemble en communion, pleinement investis.</p>
<p>Le public ne ménage pas ses acclamations et deux beaux bis, le dernier en apothéose vocale, lui seront offerts en guise de remerciement.</p>
<p>(1) En mars 2021, à Budapest, un récital «&nbsp;Agitata&nbsp;» comportait une demi-douzaine de pièces communes (sur YouTube). Mais rien ne vaut le live, d’autant que l’aisance et l’engagement ont encore gagné depuis.</p>
<p>(2) Malheureusement, les textes chantés ne sont ni projetés, ni imprimés. Leur méconnaissance interdit aux auditeurs, même aguerris, d’en percevoir l’adéquation à la musique et la capacité des interprètes à en traduire fidèlement le sens. Certes les enregistrements les comportent&nbsp;; comme les partitions, que l’on peut trouver sur le net, mais qui en a le loisir&nbsp;?</p>
<p>(3) Les mêmes interprètes donnaient l’opéra dans son intégralité à Ravenne, berceau de l’ensemble, en janvier dernier, visible sur YouTube, avec sous-titrages en italien.</p>
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		<title>VIVALDI, Tamerlano — Ravenne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/il-tamerlano-ravenne-les-dures-exigences-dun-pasticcio/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Saintagne]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Jan 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Deux ans après avoir été enregistré pour la collection Naïve, ce Tamerlano (ou Bajazet) de Vivaldi trouve la voie de la scène à Ravenne, avant une tournée à Modène et Piacenza. C&#8217;est grâce à un enregistrement célèbre en 2005 que ce pasticcio original fut révélé : en effet, Vivaldi ne s&#8217;est pas contenté de glaner des &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="margin-bottom: 0cm">Deux ans après<a href="https://www.forumopera.com/cd/il-tamerlano-passionnant-mais-frustrant"> avoir été enregistré pour la collection Naïve</a>, ce <i>Tamerlano</i> (ou <i>Bajazet</i>) de Vivaldi trouve la voie de la scène à Ravenne, avant une tournée à Modène et Piacenza. C&rsquo;est grâce à un enregistrement célèbre en 2005 que ce pasticcio original fut révélé : en effet, Vivaldi ne s&rsquo;est pas contenté de glaner des airs populaires et de les répartir au simple gré des capacités de chacun de ses interprètes, il a non seulement intégralement écrits les récitatifs, mais il a aussi clairement caractérisé les deux camps musicalement : aux Tatars et leurs alliés les airs napolitains (Giacomelli, Hasse, Broschi), aux Ottomans les airs vénitiens (de la main du prêtre roux lui-même). C&rsquo;est donc à une guère des styles que l&rsquo;on assiste, avec les meilleurs armes que l&rsquo;on pouvait entendre au moment de la création en Italie. Seuls quatre airs étaient perdus, Ottavio Dantone a fait un choix légèrement différent de celui de Fabio Biondi en 2005 : avec bonheur pour le « Son tortorella » mélancolique d&rsquo;Irene (seule exception à la répartition de style évoquée plus haut), nous sommes plus réservés sur le « Qual furore, qual affano » adapté du « Nel profondo » d&rsquo;<i>Orlando Furioso </i>un peu trop éclatant pour la sombre Asteria. </p>
<p style="margin-bottom: 0cm"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm">Rendre justice à ce tour d&rsquo;horizon exige de disposer d&rsquo;une troupe à la hauteur des créateurs de chacun des airs repris (dont un écrit pour rien moins que Farinelli !), tout en assurant la lisibilité d&rsquo;un livret relativement simple et bien construit. Sur le second plan c&rsquo;est un échec : <strong>Stefano Monti</strong> cherche l&rsquo;inspiration et ce faisant, meuble avec des effets peu convaincants. A commencer par les vidéos de <strong>Cristina Ducci</strong>, certes esthétiques, mais difficilement associable à l&rsquo;action (une nuée d&rsquo;oiseaux, un cheval en vannerie, une cascade de crânes, une rose au centre de laquelle trône un œil, à moins que ce ne soit un téton&#8230;), c&rsquo;est le fait d&rsquo;une intelligence bien artificielle. Une simple illustration des comparaisons évoquées dans beaucoup d&rsquo;arias aurait été plus heureuse. Les danseurs ensuite sont gênants à deux titres : ils doublent en permanence l&rsquo;action de façon plus ou moins rigoureuse et créent ainsi une distraction d&rsquo;autant plus dommageable que les chorégraphies de <strong>Marisa Ragazzo</strong> et <strong>Omid Ighani</strong> en forme de break-dance permanent se calent aussi mal sur les airs mélodiques que sur ceux aux rythmes saccadés&#8230; à une fréquence très différente. Et ce n&rsquo;est pas la petite farandole façon Pina Bausch ou les jeux de balançoires qui changent la donne. On est donc dérangés par ces pantins désarticulés, lesquels semblent de plus dispenser le metteur en scène de direction d&rsquo;acteur pendant les airs : les chanteurs font le plus souvent les cent pas de cour à jardin (en passant parfois par la coursive contournant l&rsquo;orchestre) ou restent statiques à mouliner des bras. L&rsquo;action en devient difficile à suivre, un comble. Restent un décor très minéral et peu éclairé, habité par un monolithe vertical qui devient un second plateau en lévitation pendant le drame avant de se relever pour le lieto fine, et d’élégants costumes et masques permettant de bien distinguer les personnages (à défaut de leur camp) et de les associer à leur double dansé. </p>
<p style="margin-bottom: 0cm"> </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/tamerlano_czani-casadio_uda2386ok.jpg?itok=4R4yGvAI" title="©Zani-Casadio" width="468" /><br />
	©Zani-Casadio</p>
<p style="margin-bottom: 0cm"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm">Sur le plateau, la fortune est bien meilleure, mais tout de même insuffisante pour rendre justice aux airs les plus virtuoses. Double distribution pour Bajazet : <strong>Bruno Taddia</strong> le samedi qui fait souvent passer l&rsquo;expression avant le bel canto, ce qui lui vaut des récitatifs très animés, ainsi que des graves vilainement écrasés et une vocalisation hasardeuse dans les airs ; <strong>GianLuca Margheri </strong>le dimanche qui fait preuve de moins de hargne sur un chant plus racé et digne et non moins puissant, notre préférence va clairement au second, dommage que le rôle ait perdu un air pour cette production. Drôle d&rsquo;idée d&rsquo;avoir confié Andronico et ses airs assez graves à un contre-ténor soprano, pour ne pas dire sopraniste : <strong>Federico Fiorio</strong> charme néanmoins par le naturel de son émission et l&rsquo;agilité de ses vocalises (très belles variations dans « Speso tra vaghe rose ») à seulement 25 ans, seuls les suraigus restent acides. Tamerlano jouit par contre des graves bien appuyés de <strong>Filippo Mineccia</strong> (assez vertigineux dans « In si torbida procella »), de sa virtuosité et de son énergie scénique, dommage que ses aigus forte soient à ce point enflés (on préférerait moins de décibels et plus d&rsquo;élégance sur les points d&rsquo;orgue) et que la projection du medium soit souvent négligée. <strong>Giuseppina Bridelli </strong>campe un Idaspe solide techniquement et suave (très belle semi <em>messa di voce</em> sur l&rsquo;entrée de « Nasce l&rsquo;aura ») auquel il manque toutefois des aigus paniques et plus de folie pour rendre justice à l&rsquo;échevelé « Anch&rsquo;il mar », dont les variations au da capo cherchent plus à allonger les durées des notes qu&rsquo;à les « colorier » davantage. <strong>Marie Lys</strong> assume témérairement le terrible « Qual guerriero », toutes les notes y sont mais l&rsquo;émission souvent en retrait manque de brillant pour faire parader ces vocalises, la prise de risque est insuffisante et la reprise sera seulement <i>dal segno</i>. Heureusement, la chaleur de son medium et la qualité de sa prononciation assurent de remarquables « Sposa, son disprezzata » et surtout un « Son tortorella » à la fois gracile et affirmé. En Asteria enfin, <strong>Delphine Galou</strong> nous régale comme toujours de son timbre nébuleux et mat. Elle est formidable dans ses premiers airs, notamment le très touchant « La cervetta timidetta » ou dans les airs syllabiques, signatures de la Gir<font face="Times New Roman, serif">ò</font> , comme « Stringe le mie catene », même si l&rsquo;on aurait aimé un « Svena, uccidi » plus kamikaze et fanatique, et un « Qual furore » plus ample.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm"> </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/tamerlano_czani-casadio_zan_7195.jpg?itok=RIeF62OL" title="©Zani-Casadio" width="468" /><br />
	©Zani-Casadio</p>
<p style="margin-bottom: 0cm"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm">Soucieux de ne pas bousculer des chanteurs déjà mis au défi par la partition, <a href="https://www.forumopera.com/actu/ottavio-dantone-lalchimiste"><strong>Ottavio Dantone</strong></a> fouette son<strong> Accademia Bizantina</strong> dans les ritournelles mais ralentit parfois trop le rythme des airs virtuoses napolitains lorsque le chanteur ou la chanteuse interviennent, et en tout cas réduit fortement l&rsquo;ambition des reprises da capo. Nous aurions par ailleurs aimé un instrument plus idoine qu&rsquo;un clavecin français au son métallique pour doubler la basse continue. Néanmoins il faut reconnaître à l&rsquo;Accademia Bizantina une habileté hors du commun pour allier finesse rythmique et couleurs harmoniques, et c&rsquo;est le signe d&rsquo;un grand chef de théâtre que de savoir adapter sa direction aux moyens de ses chanteurs.</p>
<p style="margin-bottom: 0cm"> </p>
<p style="margin-bottom: 0cm">Un mot enfin pour parler du Teatro Aligheri de Ravenne, dont nous chroniquons rarement les spectacles sur ce site. Construite au milieu du XIX<sup>e</sup> siècle, la salle à l&rsquo;italienne est particulièrement élégante avec ses cinq rangées de loges aux rideaux bleus et or. Son acoustique un peu sèche est néanmoins bien adaptée au baroque car assez précise, c&rsquo;est ici qu&rsquo;Ottavio Dantone signait des résurrections comme le <i>Giulio Sabino</i> de Sarti dès 1999. Si le théâtre a connu son acmé après la seconde guerre mondiale (accueillant Callas, del Monaco, Tebaldi, Gobbi, Corelli, diStefano, ou Bastianini&#8230;), il retrouve de sa superbe à la fin du XX<sup>e</sup> siècle, notamment grâce à son festival d&rsquo;été, sa place au sein de l&rsquo;ATER qui réunit les théâtres d&rsquo;Emilie-Romagne et des collaborations régulières avec Riccardo Muti. <a href="https://www.youtube.com/watch?v=AJ-Xqn2WEvc&amp;ab_channel=OperaStreaming" rel="nofollow">La diffusion en live stream</a> sur internet de la représentation de ce dimanche par les équipes d&rsquo;<a href="https://www.youtube.com/@OperaStreaming" rel="nofollow">opera-streaming</a> (replay gratuit pendant 6 mois) devrait contribuer un peu plus à faire connaître cette destination pour autre chose que son tombeau de Dante et ses (certes superbes) mosaïques byzantines. </p>
<p style="margin-bottom: 0cm"> </p>
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		<title>HAENDEL, Giulio Cesare in Egitto — Beaune</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/giulio-cesare-beaune-le-sacre-de-paul-antoine-benos-djian/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 03 Aug 2022 16:34:45 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/le-sacre-de-paul-antoine-bnos-djian/</guid>

					<description><![CDATA[<p>« Donnez donc Jules à Paul-Antoine », réclamions-nous après l’avoir entendu en Ptolémée (Londres, 2020), tant sa vocalité semblait le destiner au rôle-titre plutôt qu’au détestable frère de Cléopâtre. Le Festival de Beaune a non seulement exaucé notre vœu, mais il nous a comblé au-delà de nos espérances. Adoubé l’été dernier par la prestigieuse institution, Paul-Antoine Bénos-Djian était invité à trois &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>« Donnez donc Jules à Paul-Antoine », réclamions-nous après l’avoir entendu en<a href="https://www.forumopera.com/giulio-cesare-londres-donnez-donc-cesar-a-paul-antoine"> Ptolémée</a> (Londres, 2020), tant sa vocalité semblait le destiner au rôle-titre plutôt qu’au détestable frère de Cléopâtre. Le Festival de Beaune a non seulement exaucé notre vœu, mais il nous a comblé au-delà de nos espérances. Adoubé <a href="https://www.forumopera.com/recital-paul-antoine-benos-djian-beaune-la-voie-du-coeur">l’été dernier</a> par la prestigieuse institution, <strong>Paul-Antoine Bénos-Djian</strong> était invité à trois reprises cette année : d’abord pour un nouveau récital, derechef en compagnie des Épopées de Stéphane Fuget ; ensuite, pour ce <em>Giulio Cesare</em>, dont il constituait le principal attrait ; enfin, pour la soirée de gala donnée en clôture de cette quarantième édition. </p>
<p>D’aucuns hésiteront à parler d’une prise de rôle, s’agissant d’un concert et non de débuts scéniques. Par ailleurs, une version de concert n’est pas l’autre. Si la <em>Partenope</em> (Haendel) défendue le <a href="https://www.forumopera.com/partenope-beaune-tumulte-de-passions">15 juillet </a>par les jeunes pousses du Jardin des Voix marquait le point d’orgue d’une <a href="https://www.forumopera.com/partenope-paris-cite-de-la-musique-de-nouvelles-etoiles-britanniques-au-jardin-des-voix">vaste tournée</a>, en revanche, l’unique représentation de <em>Giulio Cesare </em>ce 29 juillet n’a pu être rodée ni d’ailleurs longuement préparée. La performance de Paul-Antoine Bénos-Djian n’en est que plus remarquable. A la vérité, le terme « performance », chargé de connotations sportives, paraît inadéquat car rien, absolument rien ne trahit l’effort dans une prestation, au contraire, époustouflante de naturel : le naturel de l’émission comme celui de l’expression, au service du plus humain, du plus sensible des César. </p>
<p>Paul-Antoine Bénos-Djian en explore toutes les dimensions, depuis la noble gravité de l’homme d’État profondément affecté par l’odieux assassinat de Pompée (« Alma del gran Pompeo ») jusqu’à la vulnérabilité du mâle désarmé par les appâts de Cléopâtre (« Non è si vago e bello »). La superbe du conquérant (« Presti omai ») le cueille à froid et pourrait revêtir un autre éclat, mais elle révèle aussi, d’emblée, la fluidité des vocalises alors que l’appel au combat convoquera de magnifiques ressources en matière de bravoure (« Al lampo dell’armi »). En outre, la virtuosité donne l’impression de couler de source et s’ancre dans le texte (« Empio, dirò tu sei »), avec une attention aux mots et une intelligence rhétorique dont César n’a pas souvent bénéficié. Un phrasé royal consacre la supériorité du Romain (« Va tacito e nascosto »), dont la grâce véritable, dénuée de toute afféterie (« Se in fiorito »), procède d’abord de la plénitude du timbre. L’émotion semble naître dans la chair même de cette voix : une image que nous n’aurions jamais pensé utiliser un jour à propos d’un contre-ténor, le <em>falsetto </em>possédant rarement un tel moelleux, or c’est bien la qualité charnelle qui, au risque de nous répéter, frappe chez cet alto incroyablement chaleureux.  « Aure deh per pietà » finit de hisser ce César au niveau des plus grands. Miracle d’un rôle décidément exceptionnel, ouvert aux interprétations les plus diverses, nous pouvons aussi bien goûter la sophistication poétique de <a href="/giulio-cesare-milan-cesar-sempare-de-milan">Bejun Mehta</a> que la simplicité de Paul-Antoine Bénos-Djian et nous laisser étreindre par les inflexions d’un interprète totalement habité. </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/paul-antoine-benos-djian-credit-edouard-brane-22-copie.png?itok=y1lsC5Gh" title="Paul-Antoine Bénos-Djian Edouard Brane" width="468" /></p>
<p>Une semaine plus tôt, le jeune chanteur français incarnait <a href="/lincoronazione-di-poppea-aix-en-provence-la-promesse-des-fleurs">Othon</a> sur la scène du théâtre du Jeu de Paume – pour le coup, une indiscutable prise de rôle – où il avait pour partenaire Jacquelyn Stucker. Suspendu aux lèvres de cette Poppée voluptueuse de ramage comme de plumage, nous nous prenions à rêver de la découvrir en Cléopâtre face au César de Paul-Antoine Bénos-Djian, d’autant qu’elle a déjà campé l&rsquo;Égyptienne à Boston. En effet, si les échappées dans la stratosphère, les cadences vertigineuses peuvent souligner la coquetterie du personnage, elles ne font pas une Cléopâtre, n’en déplaise aux producteurs qui la distribuent volontiers à un soprano léger. C’est la sensualité, du chant mais aussi de l&rsquo;étoffe vocale, et la justesse de ses effusions qui font une Cléopâtre.<a href="https://www.forumopera.com/die-zauberflote-beaune-cest-mozart-quon-galvanise"> Pamina</a> <em>in loco </em>en 2021 sous la conduite de Jérémie Rhorer, <strong>Mari Eriskmoen</strong> a surtout à son actif un beau parcours de mozartienne (Blondchen, Zerlina, Elvira, Fiordiligi, Servilia, Donna Anna) et du premier <em>bel canto</em>, elle n’a guère abordé que Agilea (<em>Teseo </em>de Haendel) et Vitellia (<em>Tito Manlio</em> de Vivaldi). Son soprano n’a pas la pulpe espérée et si sa flexibilité lui permet d’assurer proprement les coloratures, celles-ci ne sont pas assez incisives et brillantes (« Tu la mia stella sei »). Le manque d&rsquo;expérience dans ce répertoire l’empêche probablement aussi de prendre des risques et de développer ces ornements originaux qui font tout le sel des <em>Da Capo</em>. Par contre, si elle peine à nourrir la ligne et à renouveler le discours dans « Se pietà », « Piangerò » revêt des accents plus personnels et l’artiste réussit également à traduire l’angoisse de la future reine qui croit devoir dire adieu à ses servantes ( <em>accompagnato </em>« Voi, che mie fide ancelle »). Du reste, cette Cléopâtre a de l’esprit à revendre (« Non disperar, chi sa ? ») et en même temps, quelque chose de candide et de rafraichissant (« V’adoro pupille »).</p>
<p>Le Festival de Beaune s’enorgueillit, à raison, d’avoir accueilli, en 1991, la première exécution moderne de la partition intégrale de <em>Giulio Cesare</em>, alors confiée aux bons soins de René Jacobs. Trente ans plus tard, Ottavio Dantone en propose une mouture resserrée : les chœurs qui encadrent l’ouvrage passent à la trappe, quand ils auraient pu, comme c’est d’ordinaire l’usage, être confiés aux solistes ; chaque protagoniste doit renoncer à un air, sauf Cléopâtre, qui en perd deux. La suppression, pure et simple, des parties de Curio et de Nireno achève de reléguer l’action au second plan, l’une ou l’autre réplique étant, par commodité, redistribuée. <em>Exit</em> la vérité dramatique, mais <em>quid </em>de la vérité des <em>affetti </em>? Le chef donne parfois l’impression de traverser l’opéra d’un pas pressé, au détriment de la caractérisation de certains tableaux. Enlevée prestement, l’introduction de l’<em>accompagnato </em>« Alma del gran Pompeo » n’a pas le temps d’instaurer le climat de recueillement solennel dans lequel doit prendre place l’intervention de César. De même, dans le <em>Largo </em>« Cara speme », un <em>tempo </em>trop allant entrave les ailes d’<strong>Arianna Vendittelli, </strong>confinée dans la joliesse alors qu’elle a manifestement des choses à dire et le vocabulaire requis pour les exprimer, mais elle peut seulement les esquisser. C’est d’autant plus regrettable que, hormis le duo final du I, Sextus ne lui offre pas d’autre occasion de laisser libre cours à sa sensibilité. Éblouissant <a href="https://www.forumopera.com/serse-beaune-opera-pas-serieux">Serse </a>ici même en 2019, Arianna Venditelli ne pouvait que nous en mettre plein la vue et les oreilles. Vélocité et netteté des traits, mordant irrésistible, contrastes dynamiques et juste ce qu’il faut d’audace dans les variations : on en redemande ! Elle exhale à merveille la fureur de l’adolescent, son inextinguible soif de vengeance. Avec une autre Cornélie, « Son nata a lagrimar » aurait sans nul doute tenu les promesses entrevues dans « Cara speme » … </p>
<p>L’<a href="https://www.forumopera.com/serse-paris-a-trop-sexciter">élégance stylée</a>, l’intelligence dramatique de <strong>Delphine Galou</strong> ont souvent été mises en avant dans ces colonnes, mais également les <a href="https://www.forumopera.com/orlando-paris-tce-dumaux-furioso">faiblesses </a>de l’instrument (<a href="https://www.forumopera.com/alcina-versailles-des-sanglots-longs">projection</a>, <a href="https://www.forumopera.com/tamerlano-bruxelles-la-monnaie-epure-expressionniste">connexion et assises</a>). Elles se sont aggravées et la plus belle musicalité du monde ne pourra jamais s’épanouir au travers d’un organe atone et sourd. Abonné aux rôles de scélérat, du rare<a href="/silla-halle-italians-can-do-it-better"> Silla </a>de Haendel au Cain de Scarlatti (<a href="https://www.forumopera.com/caino-ovvero-il-primo-omicidio-montpellier-essai-transforme-et-parfois-meme-sublime"><em>Il primo Omicidio</em></a>) qu’il chantait récemment sous la direction de Philippe Jaroussky, <strong>Filippo Mineccia</strong> prête depuis longtemps la noirceur de son alto et son magnétisme singulier à <a href="https://www.forumopera.com/giulio-cesare-in-egitto-paris-tce-une-standing-ovation-meritee">Ptolémée.</a> Gestuelle emphatique, décrochages brutaux en registre de poitrine, aigus en force : en ferait-il trop ? En tout cas, le théâtre se réinvite au concert et cette approche fonctionne, le contre-ténor assumant crânement l’hystérie de Ptolémée et accusant les reliefs d’une écriture déjà très anguleuse. Libéré des bandelettes de momie qu’il devait porter à <a href="https://www.forumopera.com/giulio-cesare-in-egitto-gottingen-deux-fois-miracule-et-souvent-miraculeux">Göttingen</a>, <strong>Riccardo Novaro</strong> retrouve avec un égal bonheur Achillas, claironnant et plastronnant comme il se doit (« Tu sei il cor di questo core »). Le format réduit de l’<strong>Accademia Bizantina </strong>limite les nombreuses « variations de masse et de matière » (Ivan A. Alexandre) qui caractérisent l’orchestre de <em>Giulio Cesare</em>, mais la phalange connaît sa grammaire haendélienne et ne démérite pas. Les approximations du cor en <em>live </em>sont proverbiales et le soliste du jour ne déroge pas à la règle; en vérité, elles nous invitent à imaginer combien de prises la réalité augmentée et artificielle du disque peut escamoter.  </p>
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		<title>Monteverdi : Il Ritorno d&#039;Ulisse in Patria</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/monteverdi-il-ritorno-dulisse-in-patria-vertus-du-classicisme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 May 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est pour Charles Workman qu’on avait eu envie d’entendre et de voir ce Ritorno d’Ulisse in Patria. S’il y est en effet tout à fait remarquable, l’ensemble de la production nous laissa d’abord sur un sentiment de frustration. Rien de rédhibitoire, quelques prestations savoureuses, une mise en scène élégante, en tout cas sans faute de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est pour <strong>Charles Workman</strong> qu’on avait eu envie d’entendre et de voir ce <em>Ritorno d’Ulisse in Patria</em>. S’il y est en effet tout à fait remarquable, l’ensemble de la production nous laissa d’abord sur un sentiment de frustration. Rien de rédhibitoire, quelques prestations savoureuses, une mise en scène élégante, en tout cas sans faute de goût, mais l’ensemble nous parut à la première vision mi-chèvre, mi-chou. Une seconde vision convainquit bien davantage.</p>
<p><strong>Ulysse revient à Ithaque et Monteverdi à Venise</strong></p>
<p>Carnaval 1640 : Monteverdi est de retour à Venise et fait représenter <em>Il Ritorno d’Ulisse in Patria</em> au Teatro San Cassiano. Ce théâtre, le premier  à être ouvert au public payant, a été inauguré en 1637 avec l’<em>Andromeda</em> de Francesco Manelli. Ce Manelli, qui dirige le théâtre, vient de Rome et il amène au San Cassiano l’opéra à la romaine : machinerie, grand spectacle, grand concours de castrats. On s’éloigne du théâtre madrigalesque d’esprit humaniste et l’on s’avance vers l’opéra baroque (les Napolitains belcantiseront tout cela).</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="187" src="/sites/default/files/styles/large/public/ritorno_2500x1000.jpg?itok=Tk9iXHxb" title="© D.R." width="468" /><br />
	© D.R.</p>
<p>Pour Monteverdi, trente-trois ans se sont passés depuis l’<em>Orfeo</em> et il nous manque pour mieux comprendre son évolution ses opéras intermédiaires, à jamais (?) disparus, l’<em>Andromeda</em> de 1620 et la <em>Proserpina rapita</em> de 1630.  A Venise, triomphent les opéras de Cavalli, le <em>Nozze di Téti e Peleo</em> (1639), bientôt la <em>Didone</em> (1641). Monteverdi qui avait créé l’archétype de la <em>favola in musica</em>, va être à Venise l’un des inventeurs du <em>dramma per musica</em>, dont <em>Il Ritorno d’Ulisse in Patria</em>, sur une trame mythologique que le public connaissait sur le bout du doigt, est un exemple parfait (avant qu’il ne crée l’opéra historique avec le <em>Couronnement de Poppée</em> au Teatro Grimani lors du carnaval 1643). Le vieux compositeur (né en 1567) gardait tout sa puissance de feu.</p>
<p><strong>Elégance à l&rsquo;italienne</strong></p>
<p>Il s’agit ici d’une captation faite lors du Maggio Musicale de Florence 2021 au Théâtre de la Pergola, et <strong>Robert Carsen</strong>, avec son décorateur <strong>Radu Boruzescu</strong>, a conçu un dispositif scénique en forme de théâtre dans le théâtre. Trois rangs de loges forment le fond de scène. Là s’installeront les Dieux qui assisteront au spectacle, eux qui tirent en somme les fils de cette histoire, et d’ailleurs descendront au niveau des mortels pour y participer.<br />
	Le costumier <strong>Luis Carvalho</strong> a inventé pour eux d’opulents costumes en velours d’un rouge luxueux et profond, de grande allure et très élégants, au raffinement tout italien, qu’accessoirisent quelques symboles dorés, l’éclair de Jupiter, le trident de Neptune, la gerbe de Cérès, le caducée d’Hermès, le casque de Minerve, les pampres de Bacchus, la lyre d’Orphée, le marteau de Vulcain, etc. Les garçons de scène chargés des changements de mobilier seront en costumes de pages Renaissance à la Benozzo Gozzoli.<br />
	En vertu de l’anachronisme auquel on n’échappe jamais, les héros seront eux en costumes vaguement contemporains, Ulisse d’abord en treillis (cliché inévitable), puis en uniforme kaki, et Pénélope en petite robe noire, Melanto en soubrette, Telemaco en blouson de cuir, etc.<br />
	Au total l’ensemble donnerait plutôt l’impression d’un spectacle de cour, à la mantouane si l’on veut, ce qui est somme toute paradoxal.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="263" src="/sites/default/files/styles/large/public/mini_snypato.jpeg?itok=1_sda7KB" title="A gauche Guido Loconsolo, au centre Gianluca Margheri © D.R." width="468" /><br />
	A gauche Guido Loconsolo, au centre Gianluca Margheri © D.R.</p>
<p>On peut penser qu’il n’y avait guère plus d’une dizaine de musiciens dans la fosse du Teatro San Cassiano, pour des raisons de place disponible autant que d’équilibre budgétaire. Dont la moitié requis par le continuo. Il y en a ici quinze, membres de l’excellente <strong>Accademia Bizantina</strong>, que dirige de son clavecin <strong>Ottavio Dantone</strong>, grand spécialiste de l’opéra vénitien (cf. l’impressionnante série d’opéras de Vivaldi qu’il a enregistrés pour Naïve, très souvent avec Delphine Galou, qui n’est autre que Mme Dantone). Ils interprètent la version donnée par l’édition critique de Bernardo Ticci (éditée par lui en 2021), d’après les deux manuscrits conservés, l’un à la Bibliothèque Marziana et ne comportant que le texte (et en cinq actes), l’autre à la Bibliothèque nationale de Vienne, comportant texte et musique (mais en trois actes). Cette partition musicale est notée sur deux lignes, l’une pour le chant, l’autre pour la basse continue. C’est dire que l’harmonie et l’orchestration laissent une large place à l’inspiration et au savoir des interprètes.</p>
<p>Après un prologue très symbolique qui voit l’Humana Fragilitá être confrontée à ses trois ennemis (le Temps, la Fortune et l’Amour), humaine fragilité qui est d’ailleurs incarnée tour à tour, jolie idée, par trois chanteurs que l’on retrouvera plus tard, les ténors <strong>Pierre-Antoine Chaumien </strong>et <strong>Mark Milhofer</strong> et la mezzo <strong>Miriam Albano</strong>, apparaît Pénélope, couchée sur son lit de solitude et incarnée justement par <strong>Delphine Galou</strong>.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/e42dce3a4bf7510eabddc67fa826c0d5_xl.jpg?itok=CHIlZmMx" title=" Minerve au-dessus de Télémarque (Anicio Zorzi Giustiniani) © D.R." width="468" /> <br />
	Minerve au-dessus de Télémaque (Anicio Zorzi Giustiniani) © D.R.</p>
<p>Le récitatif initial de Pénélope, « Di misera regina » est l’une des plus belles compositions de Monteverdi, lamento douloureux, interrompu par deux interventions d’Ericlea, nourrice d’Ulysse. Cette longue plainte, Delphine Galou la chante évidemment avec beaucoup d’art, mais d’une voix qui a peu d’ampleur et peu d’assise dans le grave (alors qu’elle est décrite, curieusement, comme contralto), et dès lors c’est toute une dimension douloureuse qui manque, toute une gamme de couleurs qu’on associe à des voix plus charnues (nous gardons en mémoire Bernarda Fink dans l’enregistrement de René Jacobs). On pourrait aussi regretter une certaine monotonie, de sorte qu’on ne sent guère la différence d’écriture entre le style <em>recitativo</em> et l’arioso du refrain « Torna, deh torna, Ulisse », qui scande à quatre reprises cette page. Et une certaine froideur s’installe, sous le regard des Dieux qui du haut de leurs loges considèrent sans indulgence la malheureuse délaissée.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="187" src="/sites/default/files/styles/large/public/ritorno_2500x1000_2.jpg?itok=yshJpkym" title="Charles Workman © D.R." width="468" /><br />
	Charles Workman © D.R.</p>
<p>Avec la science subtile des ruptures de ton dont il garde le secret, Monteverdi enchaîne avec le duetto de Melanto et Eurimaco, jolie scène de coquetterie : Melanto en costume de femme de chambre de grand hôtel (<strong>Miriam Albano</strong>, mezzo agile déjà entendue en Humana fragilitá) et Eurimaco en costume de groom (le ténor <strong>Hugo Hymas</strong>, voix très fraîche), ne songent qu’à l’amour, et leurs galipettes en petite tenue sont d’un charme juvénile. Autre duo d’une impeccable habileté monteverdienne, celui entre Neptune (<strong>Guido Loconsolo</strong>, phrasé un peu rugueux et sauts de registres un peu malaisés, basse qu’on aimerait plus profonde, mais superbe dieu barbu) et Jupiter (superbe aussi, même si un peu moins <em>legato</em> qu’à l’accoutumée, le baryton <strong>Gianluca Margheri</strong>, labellisé <em>baryhunk</em>).</p>
<p>Enfin voici <strong>Charles Workman</strong>, pour le premier monologue d’Ulisse, qui gît sur le rivage où la tempête l’a jeté avec ses marins, et d’emblée on est convaincu par la clarté du timbre et l’évidence des phrasés. On admire la beauté de la ligne sur « O sonno, o mortal sonno, fratello della morte », le chant de plus en plus éperdu, angoissé, l’abattement que traduisent les couleurs de la voix, puis l’éclat doré de « sempre Borea nemico ».</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="281" src="/sites/default/files/styles/large/public/bed600ea5b61cefcc820cace98c90aa3.jpeg?itok=PGSwA51D" title="Charles Workman et Arianna Venditelli © D.R." width="468" /><br />
	Charles Workman et Arianna Venditelli © D.R.</p>
<p><strong>L&rsquo;autre grande voix</strong></p>
<p>Puis survient Minerva, déguisée en berger. Elle sera l’autre grande voix de cette représentation, autant par le timbre que par l’autorité des phrasés. <strong>Arianna Venditelli</strong>, d’abord bondissante comme un jeune pâtre, écoute le récit d’Ulisse, symétrique de celui de Pénélope, entre récitatif et arioso héroïque, animé par la variété des accents et des tempi de l’orchestre, puis, révélant qu’elle est Minerve et prenant la situation en main, elle dévoilera son plan pour reconquérir la chaste épouse du naufragé.<br />
	Il faut dire les mots mis en musique par Monteverdi autant que les chanter et Arianna Venditelli s’appuie sur leur énergie pour donner chair et tension dramatique à ses répliques (et à ses brillantes vocalises) et l’on comprend l’exaltation du « O fortunato Ulisse » éclatant de Charles Workman. Et tandis qu’on lui fera revêtir ses atours rouge sombre de déesse casquée, et qu’Ulisse prendra l’aspect d’un vieux mendiant, le duo gagnera encore en nerfs, en dramatisme, en ardeur, porté par la poigne vigoureuse d’Ottavio Dantone.</p>
<p>Le dialogue entre Pénélope et sa futile camériste Melanto ne changera guère notre sentiment quant à l’interprète de la reine abandonnée, peu convaincue elle-même nous semble-t-il, restant à distance de son personnage. En revanche le vétéran <strong>Mark Milhofer</strong> fera un très joli numéro d’acteur dans le rôle du vieil Eumée, pittoresque, un peu <em>ubriaco</em>, l’œil brillant, avec des aigus solides, une silhouette shakespearienne et un art du dire fruit d’une longue expérience. Son bref dialogue avec Ulisse en mendiant est un joli moment, plein de vérité, et de complicité, entre ces deux timbres de ténor qui s’accordent bien et on aime l’humanité de Milhofer sur « Come lieto t’accoglio, mendica deita ! – Je t’accueille avec joie, divinité mendiante ! »</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/il_ritorno_ulisse_maggio.jpg?itok=FlmN4U6A" title="Delphine Galou, James Hall, Pierre-Antoine Chaumien, Andrea Patucelli © D.R." width="468" /><br />
	Delphine Galou, James Hall, Pierre-Antoine Chaumien, Andrea Patucelli © D.R.</p>
<p><em>Il Ritorno d’Ulisse </em>est en effet un festival de ténors, il en faut six et de couleurs très différentes. Si le duo Ulisse-Eumée  sur « Dolce speme il cor lusingha » est une page suave où Monteverdi semble se souvenir d’<em>Orfeo</em> (et annoncer <em>Poppea</em> ?), le dialogue entre le Telemaco d’<strong>Anicio Zorzi Giustiniani</strong>, familier du rôle qu’il a chanté avec René Jacobs et dont la voix possède à la fois la juvénilité, l’héroïsme et l’éclat, est un autre bel exemple de mélange de timbres et de personnalités vocales. Emouvante scène de reconnaissance où l’on admire la noblesse de Workman, et qui culmine dans un bel unission sur « Mortal, tutta confida e tutto spera – Mortels, tous les espoirs vous sont permis ».</p>
<p><strong>Un trio en villégiature</strong></p>
<p>Si Robert Carsen ne profite qu’a minima des effets que suggère la partition (Minerva descendant des cintres, Ulisse surgissant d’une trappe), en revanche il fait de la scène des Prétendants un moment d’anachronisme un peu maladroit : les trois personnages apparaissent en costume de villégiature à Portofino, vestes en seersucker, chandails noués sur les épaules, ils couvriront Penelope de cadeaux griffés très <em>fashion</em> milanaise. Lecture assez anecdotique, un peu extérieure. Honnêtes prestations du baryton-basse <strong>Andrea Patucelli</strong> – beau timbre – (Antinoo), du contre-ténor <strong>James Hall </strong>(Pisandro)  et du ténor <strong>Pierre-Antoine Chaumien</strong> (Anfinomo), mais la scène lue ainsi perd de sa profondeur humaine, et une fois encore il y manque la douleur (et les notes graves) de Pénélope. La scène du complot des Prétendants, décidés à se débarrasser d’Ulisse, en devient un peu risible (les revolvers de mafiosi de vaudeville qui surgissent soudain…), mais l’accord des voix est très réussi et beau sur leur trio « Amor è un’armonia ». Ils seront brillants en matamores ridicules dans la scène de l’arc d’Ulisse qu’ils ne parviendront pas à bander. Au passage, Monteverdi démontre sa maîtrise toute neuve des arcanes de l’opéra à la vénitienne et Carsen réussira, comme un ralenti de cinéma, la scène de l’exécution des trois bonshommes par Ulisse le rusé, silhouette faussement chancelante, bras d’acier et timbre radieux.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="263" src="/sites/default/files/styles/large/public/feea75e6-1cdc-485b-bc06-69e33e500f98.jpeg?itok=AKd06Hx4" title="© D.R." width="468" /><br />
	© D.R.</p>
<p dir="ltr">Alors surgira de sous la table la silhouette grotesque et touchante d’Iro, serviteur des Prétendants, incarné par <strong>John Daszak</strong>. Grand coup de génie à la Shakespeare que ce long monologue pathétique et dérisoire. John Daszak, ténor de caractère, n’est pas la voix du siècle, mais  il rend justice à ce pastiche d’opera seria, prêtant à ce bouffonnant bonhomme sa balourdise finaude, une manière de grandeur grotesque et l’humaine fragilité qu’évoquait le prologue. Jusqu’à son suicide d’un coup de fourchette dans le cœur…Pour que Penelope admette enfin que le mendiant est Ulisse (et Delphine Galou ne manque pas de puissance dans son refus d’en croire Eumée et Télémaque), il faudra que les Dieux s’en mêlent. Brillante guirlande de vocalises de Minerva (Arianna Venditelli souveraine dans son duo avec la Junon solide de <strong>Mariana de Liso</strong>, non moins vocalisante quoiqu’un peu moins facilement), toute deux conscientes d’avoir fait le malheur d’Ulisse et décidées à en appeler à l’indulgence de l’assemblée des Dieux.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="281" src="/sites/default/files/styles/large/public/aaa7992230695f96ca57ef156b329354.jpeg?itok=T1KFJ0Hd" title="Gisant au sol, John Daszak © D.R." width="468" /><br />
	Gisant au sol, John Daszak © D.R.</p>
<p>Suivront la scène dite Maritima, dans un fastueux concours de velours rouge (plaidoirie de Junon, sagesse de Jupiter – beaux legato et ornements par Gianluca Margheri – et prestance de Neptune), puis le monologue de la nourrice Ericlea (<strong>Natasha Petrinsky</strong>, mezzo de caractère, phrasé quelque peu erratique, mais silhouette pittoresque de paysanne plus ou moins calabraise). C’est elle qui, révélant avoir vu Ulisse se baigner nu, aura reconnu certaine cicatrice l’identifiant sans conteste.</p>
<p>Enfin Penelope se laissera convaincre et l’ultime aria de Delphine Galou « Illustratevi o Cieli », aux vocalises impeccables et virtuoses, l’un de ses meilleures moments, préludera au duo amoureux final sous le regard attendri des Dieux.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/capture-82.jpg?itok=O_Uef_bj" title="Delphine Galou et Charles Workman © D.R." width="468" /><br />
	Delphine Galou et Charles Workman © D.R.</p>
<p>La direction articulée d’Ottavio Dantone, le brio des chanteurs que nous avons cités (Workman, Milhofer, Venditelli au premier rang), quelques réserves finalement ténues, l’élégance d’une mise en scène qui ne prend pas l’œuvre en otage… Si la première vision nous avait laissé un rien sur notre faim, c’est l’évidence d’une lecture sage et en un mot classique qui achevera d’emporter notre adhésion à la seconde.</p>
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