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	<title>Maud GNIDZAZ - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sat, 31 Aug 2024 21:42:46 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Maud GNIDZAZ - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Purcell at Prayer – Thiré</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-at-prayer-thire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Sep 2024 03:58:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour cette deuxième journée de la manifestation «&#160;Dans les jardins de William Christie&#160;» à Thiré en Vendée, le temps s’annonce on ne peut plus clément. Contrairement à la veille, le vent est tombé et le soleil est au zénith. Encore tout émus des découvertes de la veille, les visiteurs se pressent dans les jardins pour &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour cette deuxième journée de la manifestation «&nbsp;Dans les jardins de <strong>William Christie</strong>&nbsp;» à Thiré en Vendée, le temps s’annonce on ne peut plus clément. Contrairement <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-thire/">à la veille</a>, le vent est tombé et le soleil est au zénith. Encore tout émus des découvertes de la veille, les visiteurs se pressent dans les jardins pour se repaître des activités qu’ils n’ont pas eu le temps de pratiquer le jour précédent. Il y a ceux qui se lancent en famille dans un parcours itinérant de danse baroque dans le village et les espaces verts sur le thème des <em>Mémoires</em> de Casanova, quand d’autres se passionnent pour le chant participatif sur le thème des oiseaux guidés par <strong>Sophie Daneman</strong>, celle-là même qui met en mouvement le très beau <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-thire/">Dido and Aeneas</a></em> donné en soirée sur le miroir d’eau, alors que d’autres visitent avec les jardiniers les différents espaces des jardins pensés et conçus par William Christie. De notre côté, nous écoutons avec délectation les <em>Conversations croisées </em>entre l’historien de l’art <strong>Henry-Claude Cousseau</strong> et l’académicien <strong>Erik Orsenna</strong>.</p>
<p>Tout irait pour le mieux dans le plus beau des mondes si l’on n’avait pas appris qu’une bonne partie de l’équipe était sur les dents&nbsp;; en effet, la mezzo Rebecca Leggett est souffrante. La lauréate du Jardin des Voix était membre du quintette prévu le soir même pour le programme de <em>Lamentations </em>de Roland de Lassus. Or, les difficultés de l’œuvre ne permettent pas de trouver au pied levé une remplaçante. Il faut donc trouver un programme de rechange et le répéter avant 20h… Quand on le croise à la pause déjeuner, <strong>Paul Agnew</strong>, à la direction musicale pour ce même concert pour voix seules, ne laisse rien paraître et sourit comme à l’accoutumée. Il se réjouissait de faire découvrir une partie du travail du prolifique Roland de Lassus (1532-1594, également connu sous le nom d’Orlando di Lasso ou encore Roland de Lattre). Un premier motet en appel à la paix aurait dû précéder un cycle de douze motets sur le mystère de la Nativité où intervenaient douze sybilles, dans un entrelacs complexe et étrange, tout en expérimentations chromatiques. Redoutable partition que ces prophéties où s’opèrent des changements de tonalités constants. Puis auraient succédé les <em>Lamentations du samedi saint</em>, chantées durant l’office des ténèbres, avec pour seul éclairage neuf bougies éteintes une par une à la fin de chaque mouvement. Enfin, des «&nbsp;Psaumes de pénitence&nbsp;» auraient conclu l’expérience, avec les œuvres parmi les plus célèbres du compositeur dont l’humaniste Samuel van Quickelberg disait à l’époque&nbsp;: «&nbsp;lorsqu’il lui fallait mettre en accord le mot et la chose, d’exprimer l’intensité des diverses émotions en donnant à voir la chose comme si elle se produisait, que l’on peut se demander si c’est la suavité des émotions qui confère sa beauté à la plainte du chant, ou bien l’inverse&nbsp;». Paul Agnew avait bien l’intention de mettre en valeur le génie et la modernité de l’œuvre, en essayant avec ses partenaires de reproduire la palette chromatique du créateur. Las, il faudra renoncer à cette expérience qui s’annonçait passionnante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2024-Les-Arts-Florissants-Day_4_005-Jay-Qin-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-171447"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jay Qin</sup></figcaption></figure>


<p>En attendant, les mini-concerts de l’après-midi dans les jardins ont commencé et il est tout de même possible d’entendre <em>Suzanne un jour</em> de Roland de Lassus, donné dans le Petit bois d’Henry-Claude. Les sopranos <strong>Maud Gnidzaz</strong> et <strong>Juliette Perret</strong>, l’alto <strong>Daniel Brand</strong>, le ténor <strong>Michael Loughlin Smith</strong> et la basse <strong>Christophe Gautier</strong> se tirent à merveille des chausse-trapes d’une œuvre moins séduisante que fascinante dans sa complexité formelle. Le contenu des petits concerts est choisi par les artistes. Quelques minutes plus tard, dans un genre très différent, on écoute les chansons originales et les improvisations sur le thème de l’amour de <strong>Douglas Balliett</strong>, contrebassiste et compositeur américain (ancien élève de la Juilliard School, présent à la quasi-totalité des éditions du festival) et <strong>Thomas Dunford</strong>, luthiste fétiche des Arts Florissants dont on se souvient, par exemple, du beau programme <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-recettes-de-lamour-thire-la-vie-en-roses/?utm_source=refresh&amp;utm_content=1692738954&amp;utm_medium=self&amp;utm_term=age-91226&amp;utm_campaign=auto-refresh-stale-content">«&nbsp;Les recettes de l’amour&nbsp;»</a> donné en 2022 avec Lea Desandre et William Christie. Les deux artistes affichent une évidente complicité et un plaisir de jouer ensemble dans une sorte de jam baroco-jazzy qui électrise l’auditoire. On regrette de ne pouvoir rester toute la semaine jusqu’au terme du festival, car ce serait l’occasion d’entendre une <em>Passion selon saint Marc</em> composée par Douglas Balliett. Cette création a été commissionnée par les Arts Florissants et marque l’un des temps forts du festival.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2024-Les-Arts-Florissants-Day_3-063-Jay-Qin-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-171450"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jay Qin</sup></figcaption></figure>


<p>Après dîner, les bénévoles dévoués organisent le transfert à quelques kilomètres de là, dans l’église de Saint-Juire-Champgillon, car l’église de Thiré est en travaux actuellement. Dans le sanctuaire où chaque siège est occupé et l’éclairage réduit à quelques cierges, un parfum capiteux à base de lys émane de deux somptueux bouquets embellissant les pilastres du chœur. Paul Agnew prend la parole pour expliquer au public que le programme annoncé va être remplacé par un autre, en raison de l’absence de Rebecca Leggett, totalement aphone. Une partie de la journée a été consacrée à concocter un nouveau programme cohérent, en privilégiant des solos plutôt que des ensembles, en fonction de ce que les artistes étaient capables de présenter le soir même. Le jeune <strong>Gabriel Rignol </strong>au théorbe a accepté de se joindre aux chanteurs, secondé par <strong>Florian Carré </strong>au clavecin, lequel se trouvait encore à Paris le matin même… Aucune rumeur de protestation dans l’auditoire pour accueillir l’annonce&nbsp;: Paul Agnew sait y faire et l’on se prend immédiatement d’empathie pour lui et les siens. Ce sont finalement des pièces sacrées de Purcell qui sont proposées… Le pédagogue écossais nous rappelle que Purcell serait sans doute surpris de savoir que nous connaissons surtout sa musique profane, lui qui a tant composé pour le domaine sacré. Et curieusement, cette sélection d’œuvres religieuses intitulée «&nbsp;Purcell at Prayer&nbsp;» est une première dans le festival. L’alto <strong>Mélodie Ruvio</strong>, le ténor <strong>Hugo Hymas</strong> et la basse <strong>Edward Grint</strong> devaient interpréter initialement les œuvres de Lassus. Ils s’adaptent parfaitement à l’univers polyphonique du compositeur anglais. Le public retient son souffle. Pour les soutenir, les sopranos Juliette Perret et <strong>Violaine Le Chenadec </strong>complètent avec Paul Agnew un sextette en idéale harmonie. Très vite, le plaisir de chanter ensemble prend le dessus sur la tension des répétitions à l’arrachée de la folle journée (d’autant que Juliette Perret se produisait trois fois de suite au cours de l’après-midi dans les jardins et Paul Agnew deux fois&nbsp;!). Quelque chose de magique se produit et au terme du concert, c’est un tonnerre d’applaudissements qui salue les artistes. Le moment que nous avons vécu appartient aux grands bonheurs que l’on peut éprouver dans le spectacle vivant&nbsp;: le professionnalisme des artistes, leur capacité d’adaptation et leur connaissance du répertoire leur ont permis de se dépasser et de nous combler.</p>
<p>Après la pause d’une demi-heure et le traditionnel chocolat chaud offert par les paroissiens, tout le monde revient s’installer dans l’église pour la «&nbsp;Méditation à l’aube de la nuit&nbsp;», conçue comme un moment privilégié qui permet de se préparer au sommeil. Les règles sont rappelées par Paul Agnew&nbsp;: il s’agit de laisser infuser la musique à l’issue de la journée et pour cela, s’abstenir d’applaudir. La soprano Violaine Le Chenadec est accompagnée de son époux <strong>Adrien Mabire</strong> au cornet à bouquin, le couple étant soutenu par Gabriel Rignol au théorbe, tout jeune, mais merveilleusement doué. Nous entendons cette fois Monteverdi et ses contemporains. Le couple Mabire/Le Chenadec fonctionne particulièrement bien. La voix, bien timbrée, ample et émouvante, est magnifiée par le jeu inspiré du cornettiste, dont on goûte avec délices la virtuosité exceptionnelle (et en plus, il chante parfaitement bien…). Du coin de l’œil, on aperçoit Paul Agnew, installé dans le public, visiblement ému et soulagé, les yeux mi-clos, qui se repaît des sonorités idéalement réverbérées dans la petite église.</p>
<p>On quitte à grand regret ce festival enchanteur, avec une petite pointe d’envie pour les bienheureux qui peuvent rester jusqu’au bout. Eux entendront les <em>Lamentations de Lassus</em> le lendemain, puis l’extraordinaire violoniste Théotime Langlois de Swarte et son complice William Christie qu’on avait eu la chance d’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-recettes-de-lamour-thire-la-vie-en-roses/?utm_source=refresh&amp;utm_content=1692738954&amp;utm_medium=self&amp;utm_term=age-91226&amp;utm_campaign=auto-refresh-stale-content">entendre par le passé</a>, mais également <em>Orphée et Eurydice</em> de Gluck en version de concert dirigée par Paul Agnew sur le miroir d’eau et bien sûr, la création déjà évoquée&nbsp;: la <em>Passion selon saint Marc</em>. Au bout de quatre jours, le taux de remplissage était de 99&nbsp;%&nbsp;! Il faudra s’y prendre tôt pour les réservations l’année prochaine…</p>


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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="&quot;O come sei gentile&quot; (Monteverdi) - Violaine Le Chenadec &amp; Adrien Mabire" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/53KDkXTM1zw?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>PURCELL, Dido and Aeneas – Thiré</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-thire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Aug 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce samedi 24 août marque le premier jour de la 13e édition du festival «&#160;Dans les jardins de William Christie&#160;» à Thiré, en Vendée. Si les organisateurs sont confiants dans la mesure où le chiffre de quelque dix mille spectateurs de l’année passée va être à peu près égalé, une légère inquiétude tempère l’excitation des &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce samedi 24 août marque le premier jour de la 13<sup>e</sup> édition du festival «&nbsp;Dans les jardins de <strong>William Christie</strong>&nbsp;» à Thiré, en Vendée. Si les organisateurs sont confiants dans la mesure où le chiffre de quelque dix mille spectateurs de l’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/thire-une-experience-paradisiaque/">année passée</a> va être à peu près égalé, une légère inquiétude tempère l’excitation des retrouvailles, car la météo est incertaine. Une ondée est prévue pour le milieu de l’après-midi et l’on ne sait pas trop s’il va falloir, ou non, se replier dans les emplacements prévus pour le «&nbsp;Plan pluie&nbsp;», consistant en tentes disposées dans différents points du jardin.</p>
<p>En attendant, les activités habituelles font le plein. Dès l’ouverture au public en tout début d’après-midi, on a l’embarras du choix entre des activités en famille de chant participatif, de danse baroque ou autres animations bucoliques et intellectuelles, sans oublier la visite guidée à la découverte du jardin éclectique rêvé et élaboré au fil des années par William Christie, entre le théâtre de verdure, la cour d’honneur, le potager, le cloître, la serre, la pinède, le grand parterre et l’on en oublie quelques-uns, d’autant qu’il y a des nouveautés chaque année. Tant et si bien qu’à l’heure du goûter où commencent les mini-concerts répartis aux quatre coins du jardin, tout le monde est déjà sous le charme et totalement immergé dans une ambiance à la fois festive, ludique, sympathique et solennelle, tout à fait dans l’esprit du monde baroque.</p>
<p>Après le premier quatuor dans la Pinède, en compagnie de Vivaldi et Telemann, on continue au niveau du mur des Cyclopes, l’un des lieux les plus sauvages des jardins, avec un concert dédié à Purcell. <strong>Paul Agnew</strong> y interprète des œuvres du compositeur anglais, alors que l’académicien <strong>Erik Orsenna</strong> lit avec brio des textes illustrant sa courte vie bien remplie. Las, il pluviote, et deux parapluies sont apportés pour protéger le théorbe du jeune <strong>Gabriel Rignol</strong> ainsi que le violoncelle de <strong>Felix Knecht</strong>. Détail charmant, c’est le ténor écossais Paul Agnew qui tient le parapluie au-dessus de l’instrument alors qu’il chante, tête nue, sous la pluie, avec un flegme tout britannique et l’humour coutumier de celui qui est également co-directeur artistique du festival. Personne ne songe à se mettre à l’abri, surtout quand il susurre, concurrencé par le jars qu’on imagine évoluer, un peu plus loin, sur la rivière Smagne, l’ineffable «&nbsp;Music for a while&nbsp;». La magie opère. Quelques minutes plus tard, on découvre, sous la tente du Pont chinois, accompagnés au théorbe toujours par Gabriel Rignol, un couple idéal&nbsp;: la soprano <strong>Violaine Le Chenadec</strong> et <strong>Adrien Mabire</strong> au cornet à bouquin. Les concerts étant propices à la transmission et à la pédagogie, Adrien Mabire nous parle de son instrument, très populaire et primordial à une époque, bien délaissé aujourd’hui, qui se situe entre la flûte et la trompette. De Monteverdi à Frescobaldi, en passant par Palestrina et Bassano, le programme intitulé «&nbsp;Gli spiriti del giardino&nbsp;» fascine les auditeurs, l’oreille intriguée par ces rares sonorités, merveilleusement mises en valeur par le timbre pur et plein de Violaine Le Chenadec. On se réjouit de savoir qu’on pourra à nouveau entendre le trio le lendemain. Le crachin n’est plus qu’un mauvais souvenir et quelques temps plus tard, le programme de l’après-midi se conclut avec un concerto Brandebourgeois sur les Terrasses, juste derrière le Bâtiment, la maison de William Christie, juste avant le dîner. Heureusement, la pluie a cessé et il ne sera pas nécessaire de se transférer dans la salle de repli située à une demi-heure de route de Thiré.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Festival-Jardins-William-Christie-5800-JGazeau-1-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-171304"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Julien Gazeau</sup></figcaption></figure>


<p>Le beau temps revenu, c’est bien sur la scène flottante du superbe Miroir d’eau que s’installe l’ensemble instrumental des Arts Florissants accompagnés par des jeunes instrumentistes de la très prestigieuse Juilliard School, sous la direction de William Christie, également au clavecin et à l’orgue pour le continuo. Afin de compléter <em>Dido and Aeneas</em>, qui ne comporte qu’une heure de musique, l’ode de Purcell, <em>Celestial music did the Gods inspire</em>, est proposée en introduction. Le vent souffle fort et les platanes ainsi que les charmes qui bordent le plan d’eau bruissent tumultueusement. Cela ne suffit pas à nous empêcher de profiter de toutes les nuances délicates du chef-d’œuvre de Purcell. La scène est sonorisée, c’est-à-dire qu’un dispositif de micros permet de rendre le son audible pour tous, avec un rendu très naturel. <strong>Helen Charlston</strong> est lauréate du Jardin des Voix, la fameuse pépinière de nouveaux talents instaurée par le maître. La mezzo-soprano incarne une Didon aristocratique et passionnée, toute de retenue et de subtilités infinies que son beau mezzo lui permet. Alors que le vent s’est calmé, des oiseaux accompagnent de leur chant inquiet la jeune anglaise, sublime dans une mort déchirante et noble. Un moment d’anthologie pour ce festival… <strong>Renato Dolcini</strong>, l’interprète d’Énée, est lui aussi lauréat du Jardin des Voix. La rencontre vocale avec sa partenaire est passionnante&nbsp;: tous deux forment un couple idéal qu’on prend plaisir à entendre et à voir déambuler, main dans la main, le long des berges du plan d’eau, dans un tableau féerique alors que la nuit tombe. Si l’opéra est donné en version de concert, il est toutefois mis en mouvement par <strong>Sophie Daneman</strong>, la soprano également metteure en scène et pédagogue enthousiaste qui propose cette année dans les jardins un atelier de chant participatif justement consacré au chant des oiseaux. Son travail discret et sobre met en valeur les ensembles, tout en harmonie et en délicatesse. C’est avec la complicité de William Christie qu’elle a eu l’idée de donner deux rôles à Renato Dolcini&nbsp;: ce dernier incarne le prince troyen tout comme la Grande Sorcière. Après tout, l’un comme l’autre poursuivent le même but&nbsp;: se débarrasser de Didon pour permettre le départ d’Énée vers son destin de fondateur de Rome. Le procédé, surprenant, n’est cependant pas gênant et donne la possibilité au baryton italien de démontrer l’étendue de son talent, conférant de l’épaisseur à ses deux rôles. Mais il est une interprète qui nous a séduit tout particulièrement&nbsp;: <strong>Ana Vieira Leite</strong>, également lauréate du Jardin des Voix, est une Belinda absolument délicieuse. La soprano portugaise oscille entre des aigus cristallins très purs et une sorte de joie débordante et communicative qui magnifient le timbre. Les sorcières incarnées par <strong>Maud Gnidzaz </strong>et <strong>Virginie Thomas</strong> sont excellentes et les autres personnages complètent une distribution de haut vol. La virtuosité des musiciens achève de ciseler une œuvre d’excellente facture, dans un cadre enchanteur et idyllique. William Christie, qui va bientôt fêter ses quatre-vingts printemps, affectionne tout particulièrement cette œuvre&nbsp;: sa connaissance intime de l’ouvrage si souvent abordé semble avoir touché toute l’équipe et le résultat nous comble. Pour prolonger la féerie, les jardins sont savamment éclairés et il est permis au public d’y déambuler. C’est peu dire que nous sommes chanceux…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Festival-Jardins-William-Christie-6125-JGazeau-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-171307"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Julien Gazeau</sup></figcaption></figure>



<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Bienvenue au Festival Dans les Jardins de William Christie 2024" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/EFezVcKxSVs?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>Affetto et affetti – Thiré</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/affetto-et-affetti-thire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Aug 2023 05:57:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après une folle journée intense et enthousiasmante puis l’enchantement de la version en ballet de The Fairy Queen, le retour à Thiré se fait tout en douceur et sur un petit nuage pour la suite du festival « Dans les jardins de William Christie ». Le sourire béat qui flotte sur les lèvres de nombre de festivaliers &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Après une <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/thire-une-experience-paradisiaque/">folle journée intense et enthousiasmante</a> puis l’enchantement de la <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-the-fairy-queen-thire/">version en ballet de <em>The Fairy Queen</em></a>, le retour à Thiré se fait tout en douceur et sur un petit nuage pour la suite du festival « Dans les jardins de <strong>William Christie</strong> ». Le sourire béat qui flotte sur les lèvres de nombre de festivaliers est comme un signe de reconnaissance de la féerie vécue la veille et qui infuse doucement. Encore tout émue par les prodigieuses expériences du soir précédent, les paupières un peu lourdes et l’envie de ne pas revenir trop vite à la réalité, le charme continue à opérer, puisque le cadre idyllique des jardins se prête merveilleusement à cette sensation de délicieux flottement. En effet, cet éden classé « Jardin remarquable » permet de se sentir chez soi ou de s’imaginer dans les plus belles réalisations paysagères et musicales des siècles d’or des jardins, avec une vision éclectique qui se concrétise en célébration de la beauté permanente, dans un songe éveillé jouissif. Le menu plaisir de pouvoir folâtrer un peu partout dans ces créations nées de l’imagination fertile et les expériences cumulées du Maître rappelle les injonctions de Titania au début de <em>The Fairy Queen </em>: « sur l’herbe nous nous étendrons, en innocents badinages nous passerons nos jours, ainsi le temps s’écoulera ».</p>
<p>La richesse prolifique des sensations vécues lors du spectacle suffit à nourrir les vagabondages oniriques, mais tout de même, l’envie de parler de ce moment privilégié ne manque pas de nous tarauder en ce début d’après-midi. Cela tombe bien, après l’interview avec William Christie qui apportait de nombreux éclairages sur le projet, un <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/paul-agnew-je-traite-la-musique-de-purcell-comme-si-cetait-une-oeuvre-francaise/">nouvel entretien est prévu avec <strong>Paul Agnew</strong></a>, qui, en plus d’avoir dirigé l’orchestre, est avec celui qu’on surnomme affectueusement (mais très respectueusement) Bill, le principal instigateur de ce que nous avons vécu la veille. Détendu et disponible, le codirecteur des Arts florissants nous raconte la genèse du spectacle et nous délecte d’anecdotes, répondant volontiers à toutes les questions. À peine consulte-t-il sa montre de temps à autre, car il doit chanter directement après l’entretien. Heureusement, le Mur des Cyclopes où il se produit n’est qu’à quelques pas de notre table à l’ombre des chênes verts dans le petit bosquet où se trouve la buvette et ce n’est qu’au tout dernier moment qu’il nous abandonne. C’est ensuite au tour de <strong>Mourad Merzouki</strong>, le formidable chorégraphe qui a transcendé sa mise en scène et dont on n’a pas fini d’entendre parler, de nous accorder un <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/mourad-merzouki-la-musique-baroque-est-pensee-pour-la-danse-on-lecoute-et-la-choregraphie-se-dessine-comme-un-tapis-quon-deroule/">entretien très fécond</a>. Une fois de plus, nous avons manqué les activités de début d’après-midi (visite guidée des jardins, atelier jardin, danse ou chant) et le début des petits concerts. Mais nous arrivons juste à temps au Mur des Cyclopes à 17h pour entendre Paul Agnew qui récidive avec son programme « Awake, Sweet Love » que <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/thire-une-experience-paradisiaque/">nous avions entendu la veille</a> et qu’il vient de donner à 16h, juste après notre entretien. Cette fois, pas de trou de mémoire. Tout est déjà bien rodé, quoique nous avons droit à une petite surprise : le trio de la veille est devenu un quatuor. En effet, le génial violoniste <strong>Théotime Langlois de Swarte</strong>, que nous venons de croiser en famille, s’est joint à <strong>Myriam Rignol</strong> à la viole de gambe et à l’imperturbable (et formidable) <strong>Thomas Dunford</strong> au luth. Paul Agnew se dit ravi de cette espèce de jam… On entend donc pour la seconde fois le programme « Awake, sweet Love », où les airs de Dowland trouvent un miroir contemporain avec <em>Cry me a river </em>ou <em>Something </em>des Beatles, titre qui avait d’ailleurs déjà été proposé <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-recettes-de-lamour-thire-la-vie-en-roses/?utm_source=refresh&amp;utm_content=1692738954&amp;utm_medium=self&amp;utm_term=age-91226&amp;utm_campaign=auto-refresh-stale-content">l’année passée</a>. Et si les airs de Dowland sont servis avec grand art, c’est surtout la mélopée ici sublimée des quatre garçons dans le vent qui fait chavirer le public. Entre deux airs qu’il commente avec sa pédagogie coutumière, Paul Agnew s’amuse de ce que, à un certain moment, toutes les têtes se tournent et les lèvres forment des « oh ! » d’émerveillement, ce qui lui permet de comprendre que les cygnes et leur progéniture sont en train de passer sur la rivière, laissant les musiciens dans une grande solitude. Il sait bien pourtant que ces moments-là sont pure magie et que les oreilles fondent tout comme le cœur des auditeurs… On se dit d’ailleurs que les cygnes s’arrêtent pour mieux écouter, mais non, ils repartent parce que personne ne leur offre la moindre nourriture concrète. Pour en revenir à la musique, malgré les improvisations suscitées par l’arrivée de notre violoniste star qui s’intègre immédiatement à l’ensemble (après tout, ces musiciens se connaissent suffisamment pour réussir ces impros qui n’en sont pas réellement). En tous cas, le programme est maintenant tout à fait maîtrisé et bucolique à souhait, impeccablement exécuté par des virtuoses tout sourires faussement décontractés, diffusant à l’envi toutes sortes d’émotions, dont les plus subtiles.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Festival-Jardins-William-Christie-2163-JGazeau-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-139952" width="683" height="1024"/><figcaption class="wp-element-caption">© Julien Gazeau</figcaption></figure>


<p>Changement d’ambiance pour la séquence de 17h30 où il faut aller de l’autre côté du Miroir d’eau, aux confins des jardins, juste après le Pont chinois, dans le Petit bois d’Henry-Claude. Accompagnée de <strong>Patrick Oliva</strong> et <strong>Paul-Marie Beauny</strong> aux violons, <strong>Magdalena Probe</strong> au violoncelle, <strong>Sergio Bucheli</strong> au théorbe et la géniale <strong>Marie-Ange Petit</strong>, <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-the-fairy-queen-thire/">déjà saluée hier</a>, aux percussions, la soprano <strong>Leïla Zlassi </strong>a concocté son programme, «&nbsp;Eco d’Italia&nbsp;!&nbsp;» autour de mélodies populaires de la Renaissance, avec notamment une tarentelle pour laquelle l’énergique chanteuse manque peut-être encore de mordant mais dont elle s’amuse visiblement beaucoup à l’interpréter avec conviction et joie de vivre.</p>
<p>Puis c’est le retour aux Terrasses où curieusement, le même programme est donné que la veille, alors qu’il n’y a pas d’autre choix, contrairement aux trois offres différentes des créneaux précédents. Nous entendons donc à nouveau la Carte blanche laissée à <strong>Augusta McKay Lodge</strong>, premier violon des Arts florissants, pour la première partie de son <em>Enchanted Forest</em>. La seconde partie sera proposée aux heureux veinards qui participeront au festival en fin de semaine. Là encore, c’est l’opportunité de voir l’évolution d’un programme qui se cisèle petit à petit. Le baryton <strong>Hugo Herman-Wilson</strong> est toujours aussi crédible dans les extraits de <em>King Arthur</em>, au détail près que, ironie du sort, le «&nbsp;Cold Song&nbsp;» est proposé alors qu’il fait passablement chaud, ce qui oblige les instrumentistes à se réaccorder plusieurs fois.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-Les-Arts-Florissants_022-Jay-Qin-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-139953"/><figcaption class="wp-element-caption">© Julien Gazeau</figcaption></figure>


<p>Après le dîner, on quitte à regret les jardins pour les deux concerts aux chandelles du soir organisés dans un village voisin. Simultanément, sur le Miroir d’eau, on va redonner <em>The Fairy Queen</em> et l’envie est très forte d’y assister encore une fois. Mais dans l’église de Saint-Juire-Champgillon située à quelques kilomètres de là (l’église de Thiré est en travaux actuellement), William Christie et son fidèle assistant musical <strong>Emmanuel Resche-Caserta</strong> nous proposent «&nbsp;<em>Affetto e affetti</em>&nbsp;», qu’on pourrait traduire en «&nbsp;Tendresse et passions&nbsp;», autour d’un programme où les compositeurs (et compositrices) français et italiens rivalisent de stratagèmes pour exprimer les affects à travers le violon. Le virtuose, à qui on a confié un violon Francesco Ruggeri de 1675 pour une durée de dix ans, paraît un peu absent et très nonchalant. Les sons qu’il réussit cependant à tirer de son instrument n’en sont que plus incroyablement virtuoses, l’air de rien. Le détachement apparent est évidemment un leurre et probablement d’une très grande confiance (et pas seulement en soi). Alternativement à l’orgue ou au clavecin, William Christie est visiblement heureux d’accompagner son complice. En très grande forme, il se met néanmoins en retrait pour mieux valoriser son partenaire. Mais alors qu’il reste deux œuvres au programme et qu’Emmanuel Resche-Caserta s’interrompt assez longuement pour réaccorder son violon, William Christie nous annonce un changement de taille&nbsp;: le <em>Premier concert royal </em>de François Couperin initialement prévu est remplacé par une sonate de Haendel. La raison invoquée&nbsp;: Couperin serait incompatible avec ce qui précédait&nbsp;! Cette modification inopinée dont les raisons sans doute très pragmatiques soulèvent un murmure de plus en plus sonore dans le public, ce qui a le don d’agacer prodigieusement William Christie. Un rappel à l’ordre par un simple mouvement de tête calme tout le monde et le Maestro, décidément frais comme un gardon, prend le dessus et c’est le violoniste, cette fois-ci, qui le seconde. Face au déferlement de passions qui suit, le public exulte et se voit gratifié d’un bis, la reprise de la Sonate de Corelli déjà entendu, mais avec un accompagnement différent. Nous aurons donc entendu les variantes violon et orgue ainsi que violon et clavecin.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-Les-Arts-Florissants_006-Jay-Qin-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-139946"/><figcaption class="wp-element-caption">© Julien Gazeau</figcaption></figure>


<p>Il est à peine temps de sortir pour profiter du traditionnel chocolat chaud offert par les paroissiens (quoique cette année, on aurait eu tendance à pencher pour un rafraîchissement) qu’il faut déjà revenir dans l’église pour la «&nbsp;Méditation à l’aube de la nuit&nbsp;». Ce moment privilégié est l’un de nos préférés dans ce festival&nbsp;: le public a droit à un ultime concert aux chandelles (ou plutôt aux cierges) dans l’église, se voyant bercé avant d’aller se mettre au lit pour se préparer à un sommeil réparateur, ce qui fonctionne&nbsp;! La consigne, d’ordinaire donnée par Paul Agnew, est ici indiquée par un remplaçant, qui préfère les circonvolutions allusives plutôt que de dire franchement qu’il ne faudra pas applaudir au terme du concert afin de prolonger la magie. On retrouve l’extraordinaire <strong>Thomas Dunford</strong> à l’archiluth pour un programme où Marin Marais et Robert de Visée sont entrelacés à Erik Satie. Le luthiste, comme envoûté, s’enlace littéralement autour de son instrument et nous subjugue par l’élégance de son jeu, aussi beau à l’oreille qu’à l’œil. L’une de ses positions favorites nous rappelle celle de <em>L’Angelot jouant du luth</em> du peintre Rosso Fiorentino. Les sons que nous entendons ne doivent pas être bien éloignés de ceux produits par l’ange concertiste… Nous sommes littéralement bordés et prêts à aller nous endormir quand, contrairement aux règles élémentaires du festival, quelques béotiens se mettent à applaudir à tout rompre, très vite calmés par les réactions outrées de leurs voisins. Ce petit couac ne parvient tout de même pas à rompre le charme. &nbsp;</p>
<p>Et voilà, c’est déjà fini. La parenthèse enchantée s’achève et il faut retourner à la vie quotidienne. Mais pour l’heure, le festival se poursuit notamment avec la reprise de <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/titon-et-laurore-paris-opera-comique-mondonville-contre-le-blue-monday/">Titon et l’Aurore</a> </em>de Mondonville sur le plan d’eau et ne s’achèvera que samedi 26 août. Ce même jour, la clôture du festival verra l’inauguration de la Salle de Bal et de l’ancien Café, des bâtiments dont la restauration vient de se terminer. Ils serviront à l’année notamment de lieu de répétition et de loges pour les artistes. Le grand œuvre de William Christie continue à prendre forme&nbsp;; les jardins s’étendent et se complètent tout en s’intégrant dans le village. Les maisons abandonnées deviennent petit à petit un quartier des artistes accueillant dans des conditions toujours plus adaptées la pépinière de talents qui y éclosent chaque année au sein du Jardin des Voix. La restauration de ces bâtisses se fait dans le respect de la tradition rurale caractéristique de la région. Longue vie à notre passeur, dont la prochaine saison comprend trois productions lyriques emblématiques des Arts florissants&nbsp;: <em>Ariodante, Médée </em>et notre <em>Fairy Queen </em>en tournée qu’il dirigera, rien que ça…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="827" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023-Les-Arts-Florissants_014-Jay-Qin-1024x827.jpg" alt="" class="wp-image-139949"/><figcaption class="wp-element-caption">© Julien Gazeau</figcaption></figure>
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		<title>Thiré, une expérience paradisiaque</title>
		<link>https://www.forumopera.com/thire-une-experience-paradisiaque/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Aug 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La perspective de vivre une nouvelle fois l’expérience du festival de Thiré nous a émoustillée pendant une grande partie de l’été&#8230; Et l’attente mêlée d’impatience tranquille se fait vivifiante à l’approche du petit village vendéen. Pour cette première journée de la 12e édition des « jardins de William Christie », l’émotion en effet est vive &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La perspective de vivre une nouvelle fois l’expérience du festival de Thiré nous a émoustillée pendant une grande partie de l’été&#8230; Et l’attente mêlée d’impatience tranquille se fait vivifiante à l’approche du petit village vendéen. Pour cette première journée de la 12<sup>e</sup> édition des « jardins de <strong>William Christie</strong> », l’émotion en effet est vive car cette année commence très fort par un entretien programmé avec le grand musicien franco-américain. C’est en milieu d’après-midi qu’on pourra le rencontrer en accédant aux terrasses, derrière la maison du maître, non accessibles au public qui peut tout de même se promener à sa guise dans le reste des jardins. Puis, c’est la fébrilité qui s’installe car on apprend par texto que l’entretien avec William Christie est avancé. À peine peut-on entreposer les bagages dans un coin que l’on nous presse : « Il est prêt ! ». Autant dire que personne ne songerait à faire attendre le maestro dont l’impatience légendaire et l’exigence ne sont plus à présenter. Mais, ô divine surprise, ce n’est pas vers l’arrière de la maison qu’on nous emmène mais directement vers la porte d’entrée principale. Et, contre toute attente, c’est dans la demeure que l’on pénètre, suprême privilège doublé d’une torture extrême, car il n’est évidemment pas loisible de s’attarder pour admirer les merveilles composant l’intimité du maître qui nous reçoit dans le grand salon. L’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/william-christie-jai-une-fascination-pour-les-choregraphies-modernes-sur-de-la-musique-baroque/">entretien qui suit est fécond</a> et William Christie s’épanche volontiers sur l’opéra dont la première est programmée pour le soir même. Le maître nous promet quelques surprises et l’on sent qu’il est particulièrement confiant après la générale du spectacle donnée la veille. Quelques questions plus tard, on sort du saint des saints, un peu sonnée, pour se plonger avec délices en plein festival, dans ces remarquables jardins classés qu’on retrouve avec une félicité sans bornes, heureuse qui comme Pénélope retrouverait son bel <em>hortus</em> en grande forme et très en beauté, tout comme les belles colombes paon à la robe immaculée roucoulant sur le toit du pigeonnier, près des topiaires qui reprennent les lignes élégantes de ces merveilleux oiseaux d’un paradis bien réel.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2020-jardins-William-Christie-drone-0053-Julien-Gazeau-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-139850"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Photo aérienne des jardins de William Christie à Thiré © Julien Gazeau</sup></figcaption></figure>


<p>Mais le temps passé à déjeuner, à admirer et à rêver nous a fait rater les premières activités qui nous avaient tant amusés <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-airs-et-symphonies-thire-une-folle-journee-en-vendee/">l’année passée</a>&nbsp;: les ateliers jardinage, la danse itinérante ou la musique participative de la soprano, metteure en scène et pédagogue enthousiaste <strong>Sophie Daneman</strong>. Les concerts sous formes de petites pilules de musique proposées toutes les trente minutes aux quatre recoins ou dans les coulisses des jardins, à raison de trois créneaux en simultané, ont déjà débuté sans nous. Pour ces capsules musicales d’une quinzaine de minutes, les artistes ont carte blanche. On commence à l’heure du goûter près du Mur des cyclopes avec «&nbsp;Awake, sweet Love&nbsp;», un programme de chansons pour luth proposé par le co-directeur du festival, <strong>Paul Agnew</strong>, qui nous offre un jeu de miroir entre les affects exprimés dans les airs de John Dowland et une vision équivalente contemporaine avec les Beatles ou un standard du jazz chanté notamment par Ella Fitzgerald. Petite distraction passagère ou stress d’avant la première (c’est lui qui va diriger l’opéra ce soir), le ténor s’interrompt brusquement parce qu’il a oublié les paroles de <em>Cry me a river</em>. Tout cela n’est pas bien grave&nbsp;: on recommence <em>da capo</em> en toute simplicité, car le festival se veut bon enfant, adressé à tous les publics, avec un répertoire à la fois accessible ou rare et savant, en plaçant la barre très haut mais dans le respect du caractère humain et à la recherche d’une véritable empathie. Il ne faut pas oublier que les jardins ont été conçus dans l’idée de partager le plaisir de faire de la musique ensemble et, cela va de soi, en présence d’un public. William Christie est renommé pour son sens de la pédagogie, son besoin vital de transmission et, l’intéressé ne s’en cache pas, son entreprise de séduction raffinée et sensuelle avec un profond désir d’être aimé, ce qui anime aussi ses partenaires. L’émotion est là, mais on se dit que cela vaut la peine de revenir pour réécouter le même programme le lendemain. Plutôt que de déambuler dans les jardins pour une autre ambiance, nous décidons, entre camarades journalistes, de rester au même endroit un peu plus sauvage pour nous imprégner de la douceur bucolique de ce trou de verdure près d’une rivière dont William Christie taille en personne les saules qu’il a lui-même plantés. Les verts reflets à la Monet sont à peine brouillés par le passage nonchalant et majestueux de l’un des couples de cygnes escortant leurs petits. Deux sopranos accompagnées d’un quatuor issu des Arts florissant, dont le premier violon, <strong>Emmanuel Resche-Caserta</strong>, nous offrent un «&nbsp;Che suave zeffiretto&nbsp;», avec des extraits des <em>Nozze di Figaro</em>. <strong>Maud Gnidaz</strong> et <strong>Juliette Perret</strong> forment un charmant duo avec une qualité principale&nbsp;: leurs voix s’entrelacent à merveille et la complicité est totale. On retrouve ensuite avec grand plaisir la Pinède et son ambiance italienne où l’on accorde le clavecin en attendant l’arrivée de William Christie, visiblement ravi de commencer ce festival par l’une de ses activités favorites&nbsp;: l’accompagnement de jeunes musiciens, en l’occurrence le fidèle Emmanuel Resche-Caserta au violon et <strong>Myriam Rignol</strong> à la viole de gambe. Puis, c’est le dernier concert avant le dîner sur les terrasses, avec l’orchestre des Arts florissants sous la direction de l’autre premier violon <strong>Augusta McKay Lodge</strong> qui a choisi des extraits de <em>The Enchanted Forest </em>de Francesco Germiniani. <strong>Hugo Herman-Wilson</strong>, le baryton dont on s’apprête à découvrir la prestation dans <em>The Fairy Queen</em> dans moins de deux heures, se chauffe la voix avec le «&nbsp;Cold song&nbsp;» de <em>King Arthur</em>, ce qui lui permet de séduire d’emblée son auditoire et de rafraîchir une atmosphère bien lourde en cette journée de fortes chaleurs néanmoins tout à fait supportables dans des jardins idéalement ombragés.&nbsp;&nbsp;</p>
<p><em>Le récit du pur enchantement qui va suivre est à lire <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-the-fairy-queen-thire/">ici</a>.</em></p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Festival 2023 : musique baroque Dans Les Jardins de William Christie" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/DEWta9FPA_w?start=11&#038;feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></div>
</div></figure>
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		<title>PURCELL, The Indian Queen — Thiré</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/the-indian-queen-thire-greffe-glorieuse-a-thire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 31 Aug 2021 09:57:44 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Pas un jour sans musique » proclame l&#8217;une des maximes latines qui ornent les murs de la maison de William Christie à Thiré, en Vendée. Pour la dixième édition du festival, son jardin, comme le village où bon nombre de maisons font désormais partie du « quartier des artistes », décline l&#8217;adage : pas un lieu, un bosquet, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Pas un jour sans musique » proclame l&rsquo;une des maximes latines qui ornent les murs de la maison de <strong>William Christie</strong> à Thiré, en Vendée. Pour la dixième édition du festival, son jardin, comme le village où bon nombre de maisons font désormais partie du « quartier des artistes », décline l&rsquo;adage : pas un lieu, un bosquet, ni un moment, sans musique ! Dans un bouquet de couleurs, de sensations, d&rsquo;émotions, se dégage un sentiment profond de joie, de générosité, de goût du partage ; l&rsquo;impression de vivre un moment privilégié.</p>
<p>La journée festivalière débute sous les arbres par un atelier de danse baroque avec <strong>Pierre-François Dollé</strong>, se poursuit avec un parcours musical pour les familles animé depuis sept ans par la chaleureuse <strong>Sophie</strong> <strong>Daneman</strong>, entourée d&rsquo;instrumentistes. Chacun présente son instrument, le donne à entendre dans un air soliste sur le thème de la nature tandis que les spectateurs sont régulièrement appelés à chanter en chœur jusqu&rsquo;à interpréter un double canon.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/2021-festival-jardins-william-christie-img_1007-jay-qin.jpg?itok=qCw_9UR3" title=" © Jay Qin" width="468" /><br />
	 © Jay Qin</p>
<p>Puis vient l&rsquo;heure délicieuse de déambuler dans les magnifiques jardins créés de toute pièce par le chef d&rsquo;orchestre depuis 1985. Les artistes de l&rsquo;ensemble ont carte blanche pour ces capsules musicales qui se dégustent avec gourmandise du « pont japonais » au « mur des cyclopes ». Ils parrainent de jeunes artistes du programme Art Flo Junior et sont également rejoints par de jeunes diplômés de la Julliard School de New York.</p>
<p>Ainsi peut-on applaudir le Prologue du<em> Couronnement de Poppée</em> très joliment incarné par <strong>Maud Gnidzaz</strong>, <strong>Julierre Perret</strong> et <strong>Virginie Thomas</strong>, avec William Christie au clavecin tandis que les colombes roucoulent sous les pins. Puis retrouver <strong>Paul Agnew </strong>en habit de ténor pour une interprétation sensible et raffinée des chansons de Sébastien Camus, aristocrate musicien dont le fils publia vingt et une chansons après sa mort. <strong>Thomas Dunford</strong> au luth et <strong>Myriam Rignol </strong>à la viole de gambe en subliment la mélancolie qui enchante tout autant que l&rsquo;écho moderne choisi pour clore ce moment musical avec un « Ne me quitte pas » que Jacques Brel n&rsquo;aurait sûrement pas renié.</p>
<p>La musique baroque contemporaine est d&rsquo;ailleurs à l&rsquo;honneur en cette dixième édition, grâce aux créations du contrebassiste <strong>Douglas Balliett</strong> qui compose avec Thomas Dunford des chansons pour orchestre fort réussies, portées par le charme et la technique impeccable d&rsquo;élégance de la soprano <strong>Lauren Lodge-Campbell</strong>. Elles prouvent, si besoin est, que le baroque ne manque pas de groove ! Le jeune compositeur offre une chanson d&rsquo;anniversaire à la gloire des dix ans de Thiré et n&rsquo;hésite pas à se frotter à une œuvre plus ambitieuse créée pour l&rsquo;occasion, avec <em>Actaeon</em>, récit musical pour orchestre d&rsquo;une vingtaine de minutes. Le musicien en déclame le texte depuis son pupitre de contrebasse, rejoint par la Diane impérieuse aux aigus brillants d&rsquo;<strong>Elodie Fonnard</strong> et par l&rsquo;Actéon à la projection pleine de naturelle de <strong>Nicholas Scott</strong>. Cette musique très illustrative, pleine de délicatesse, n&rsquo;est pas sans évoquer l&rsquo;esprit des délicieux contes musicaux d&rsquo;Allan Ridout (<em>Rapunzel and other stories</em>).</p>
<p>L&rsquo;art baroque est celui du contraste : c&rsquo;est à l&rsquo;église de Thiré que nous retrouvons Thomas Dunford en toute fin de soirée pour une version très habitée de la suite BWV 1007 et de la chaconne tirée de la Partita BWV 1004, transcrites pour le luth. Cette traditionnelle « méditation à l&rsquo;aube de la nuit », concert aux chandelles et sans applaudissements, moment de grâce et de recueillement, clôt chaque journée depuis l&rsquo;origine de la manifestation.</p>
<p>Mais avant cela, à 20h, nous voici face au somptueux miroir d&rsquo;eau. Tous les protagonistes de cette ébouriffante journée se retrouvent au chevet de <em>The Indian Queen</em>, incarnée par <strong>Raphaëlle Saudinos</strong>, narratrice de la soirée. Malgré un langage volontairement moderne et parfois familier, un rythme effréné aux transitions parfois brutales, l&rsquo;incarnation est royale. La comédienne – qui participait déjà à la précédente version du spectacle en 2011 – joue du sarcasme et de l&rsquo;orgueil avec jubilation. Telle l&rsquo;<em>Armide</em> de Lully, folle d&rsquo;orgueil et d&rsquo;amour, elle appelle la haine à son secours quand elle se trouve victime de ses sentiments. Pour cette égocentrique, l&rsquo;autre n&rsquo;existe pas ou à peine, il est donc fort pertinent qu&rsquo;elle raconte sa propre histoire, centrée sur son point de vue sans laisser beaucoup de place aux protagonistes de sa chute.</p>
<p>Aussi, point d&rsquo;ajouts ici à l’œuvre inachevée de Purcell. Au contraire, l&rsquo;essentiel de l&rsquo;action est racontée et parfois évoquée avec beaucoup d&rsquo;élégance par deux danseurs baroques dont le chorégraphe Pierre-François Dollé. Ils incarnent les deux armées en présence, ou encore l&rsquo;amour naissant entre la fille du monarque inca, Orazia, et le valeureux Montezuma. Ces deux personnages perdent par la même occasion la plupart de leurs interventions, voire, comme le roi Inca, n&rsquo;apparaissent pas du tout. Les impératifs d&rsquo;une production estivale expliquent peut-être ce choix drastique.</p>
<p>L&rsquo;orchestre se trouve donc au centre de la soirée, mené avec brio par Paul Agnew qui joue des tempi et des couleurs avec une remarquable finesse, toujours attentif à un excellent plateau vocal à la diction impeccable : Lauren Lodge-Campbell régale à nouveau de sa présence délicate et espiègle d&rsquo;une aisance parfaite. Elodie Fonnard peut rivaliser avec elle de fraicheur, de précision dans l&rsquo;émission et d&rsquo;intelligence dans les ornements. Les garçons, également d&rsquo;anciens lauréats du Jardin des Voix, ne sont pas en reste : Nicholas Scott profite d&rsquo;aigus faciles et brillants. <strong>Sean Clayton </strong>met plus de temps à trouver ses marques avec une justesse discutable pendant toute la première partie de la soirée mais son timbre velouté et la ciselure de ses couleurs font du duo de la Gloire et de l&rsquo;Envie avec <strong>Padraic Rowan</strong>, un moment particulièrement réussi, d&rsquo;autant plus que la basse propose une belle présence, très dense, des graves très libres y compris lorsqu&rsquo;il incarne le Grand prêtre.</p>
<p>La triste fin de la Reine des Indes est celle d&rsquo;une <em>Leçon de Ténèbres</em> avec ces bougies éteintes une à une jusqu&rsquo;au noir total. Le présage serait par trop sombre pour un anniversaire ; aussi est-il contrebalancé par un superbe feu d&rsquo;artifice et un bis dirigé par William Christie lui-même : « Come all, come at my call, in this glorious day ! ».</p>
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		<title>Cantates de Weimar / Lamento — Thiré</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cantates-de-weimar-lamento-thire-la-probite-le-souffle-et-lemotion/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Aug 2018 05:52:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Thiré, où s’est totalement investi William Christie depuis 1985, est devenu un des rares lieux où l’immersion musicale puisse être totale, dans un cadre où règne l’harmonie de la nature et du beau. De l’heure du déjeuner à la nuit profonde, l’oreille y est sollicitée sans cesse, et l’auditeur a parfois peine à choisir tant &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Thiré, où s’est totalement investi William Christie depuis 1985, est devenu un des rares lieux où l’immersion musicale puisse être totale, dans un cadre où règne l’harmonie de la nature et du beau. De l’heure du déjeuner à la nuit profonde, l’oreille y est sollicitée sans cesse, et l’auditeur a parfois peine à choisir tant l’abondance de propositions est riche.</p>
<p>Deux concerts se succèdent ainsi à l’église, cadre idéal pour des programmes centrés sur la cantate.</p>
<p><strong>Paul Agnew</strong>, depuis son arrivée aux Arts Florissants, s&rsquo;est fait d&rsquo;autant plus présent dans les répertoires baroques qu&rsquo;il semblait avoir renoncé à diriger ou chanter Bach en France. Certes, nous avions eu les motets à la Philharmonie en avril, mais son compagnon le plus fidèle, dont il a gravé une quantité impressionnante d&rsquo;oeuvres, s&rsquo;était effacé des programmes offerts dans notre pays. Le concert, dans le cadre des septièmes Rencontres musicales en Vendée, permet de retrouver un de ses interprètes majeurs à la tête d&rsquo;une formation singulière, fruit de la collaboration depuis plus de dix ans entre les Arts Florissants et le département de musique ancienne de la Juilliard School de New York. Dix instrumentistes  et huit chanteurs, dont les solistes, sont réunis pour deux cantates essentielles. Composées à Weimar en 1714, elles marquent un réel tournant dans l&rsquo;oeuvre de Bach. Pour la première fois, ce dernier est engagé pour ses qualités de <em>Konzertmeister</em> et va donc pouvoir donner libre cours à toutes ses facultés créatrices, d&rsquo;autant qu&rsquo;à la différence de Leipzig, où la pression sera continue, il n&rsquo;est que le second et a tout loisir d&rsquo;accorder le temps et le soin nécessaires à leur conception comme à leur écriture. Elles ont en commun la formation requise, les solistes et adoptent une organisation similaire. Les airs concertants, sollicitant la virtuosité instrumentale, y abondent.</p>
<p>Les pièces instrumentales qui ouvrent chaque cantate, sinfonia ou sonata, permettent d’apprécier la couleur et la dynamique d’un ensemble dont la vigueur comme la poésie augurent bien de l’œuvre vocale.  N&rsquo;aurions-nous pas le <em>Crucifixus</em> de la Messe en si (sur basse de chaconne), issu directement du premier choeur de la cantate BWV 12, que cette pièce suffirait à la gloire de Bach. Reprise elle-même d&rsquo;une cantate profane de Vivaldi  (RV 765), au même incipit (<em>Piango, gemo, sospiro e peno</em>), elle en est le développement, l&rsquo;amplification. L&rsquo;illustration est magistrale. Les expressions tourmentées se manifestent sans que la marche inexorable de la chaconne soit troublée. La force expressive en est extrême sans jamais être outrancière, ainsi les quatre premiers mots « Pleurs, lamentations, soucis, découragements ». Le dernier vers « Die des Zeichen », <em>un poco allegro</em>, privé des instruments solistes, renoue avec l&rsquo;espérance, avant le <em>da capo</em> de la chaconne, précédé d’un long silence qui contribue à l’émotion, constante. A son habitude, Paul Agnew a fait le choix d&rsquo;un choeur de solistes, avec leurs doublures,  pour permettre un équilibre qui autorise la voix, le verbe à jouer le premier rôle. Ainsi,  tous les chœurs connaissent-ils une vie prodigieuse, et quelle que soit la complexité des polyphonies, celles-ci sont d’une lisibilité idéale. Chacune de trois arias appellerait un commentaire : celle de « Kreuz und Krone », confiée au contre-ténor et à un splendide hautbois, l’amplification de la démarche de « Ich folge Christo nach », rendue par les entrées canoniques des instruments et de la basse, enfin « Seid getreu, alle Pein », aux jubilatoires vocalises du ténor, le hautbois se substituant à la trompette pour l’énoncé du choral. Pour conclure « Was Gott tut, das ist wohlgetan », homophone, est chanté allégrement, animé seulement par la confiance souriante.</p>
<p>Sans entrer dans les détails, la cantate « Himmelskönig, sei willkommen » (BWV 182) adopte le même plan, la basse, le contre-ténor et le ténor chantant successivement leur air. L’avant-dernier choeur fait entendre en contrepoint à la riche polyphonie de la fugue sur « Jesu, deine Passion », le <em>cantus firmus</em> « Jesu, Leiden, Pein und Tod ». Confié aux sopranos, doublés à l’orgue, bien que fréquemment débordé par la partie d’altos, et pris dans les entrelacs des autres voix, il est parfaitement audible et sert à merveille la portée spirituelle du message. La joie du <em>Schlußchor</em>, allègre, est contagieuse : elle se lit sur tous les visages, des musiciens comme du public.</p>
<p>L’équipe, où les jeunes sont nombreux, pleinement engagée, conduite par Paul Agnew  fait merveille. La direction, très souple comme énergique, précise, sculpte le son et accompagne chacun avec un souci constant d’équilibre et de clarté, avec, toujours, une ligne vocale expressive tout en étant dépourvue d’emphase.  Jamais le flux n’occulte le souci du détail instrumental. Le souffle qui anime chaque mouvement est servi par une dynamique où le legato souple et articulé se conjugue à une précision remarquable. Un respect scrupuleux du texte sous-tend cette lecture humble et inspirée. La technique des chanteurs est sans faille. L’urgence, le dramatisme des récitatifs et airs confiés au contre-ténor, <strong>William Howard Shelton</strong>, sont servis par sa longueur de souffle et son agilité. Le timbre est clair, incisif, avec de solides graves. Tout juste souhaiterait-on que les consones finales (Kreuz, Kampf, Trost…) ne soient pas parfois estompées. <strong>Nicholas Scott</strong> correspond idéalement au ténor requis par l’écriture et le style. <strong>Cyril Costanzo</strong> est une basse bien timbrée dont le chant traduit avec vigueur l’expression du texte. Il faudrait citer chaque instrumentiste, la hautboïste, les violons, le violoncelliste, l’organiste, le flûtiste pour la qualité de leurs interventions. L’ensemble est toujours subtilement équilibré, chacun étant à l’écoute de l’autre, avec des phrasés superbes. Une tension constante, dans une plénitude rare, servie par l’articulation. La réalisation de la basse continue, à l’invention discrète, allégée (théorbe et violoncelle) ou puissante, (avec l’orgue et la contrebasse) est un modèle de goût. Une soirée mémorable.</p>
<p>Succède une méditation musicale, au seul éclairage des chandelles. Il est demandé au public de ne pas applaudir pour laisser la musique se poursuivre dans nos mémoires, et renouer en quelque sorte avec l&rsquo;esprit qui présida à leur écriture. Conduite par <strong>Robert Mealy</strong>, Directeur du Département de musique ancienne de la Juilliard School (qui tenait la partie de premier violon des cantates de Bach), la formation rassemble des musiciens de son institution, à l&rsquo;exception de l’organiste. Nous sont offertes deux cantates de Franz Tunder, prédécesseur à la <em>Marienkirche</em> de Lübeck de Buxtehude, dont il épousa la fille cadette. Entre elles, la <em>Lamentation sur la mort de Ferdinand III</em>, de Johann Heinrich Schmelzer,  grave et rayonnante, apaisée, permet à la riche partie de premier violon de s’épanouir. Le caractère funèbre de la cantate « Ach Herr, lass deine lieben Engelein » (le choral est repris par Bach, entre autres, dans la <em>Passion selon Saint-Jean</em>) se mue ensuite en joie confiante. L’énoncé syllabique du choral s’orne progressivement de vocalises jubilatoires. La plainte, la tristesse de l’exil (« An Wasserflüssen Babylon », sur le timbre bien connu) sont les marques de la seconde cantate. Pour chacune, l’apparente simplicité de la ligne vocale est valorisée par une écriture instrumentale riche, illustrée avec naturel par des interprètes inspirés. La soprano, <strong>Maud Gnidzaz</strong>, sert magnifiquement les œuvres de Tunder : la voix est très large, égale, fraîche et colorée. Les phrasés sont admirables et les textes en sont intelligibles, parfaitement articulés, vécus avec simplicité et émotion. Le recueillement comme l’exaltation trouvent là une interprète de choix. Le silence qui suit, dans la seule lueur des bougies, prolonge l’émotion partagée.</p>
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