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	<title>Gregory KUNDE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 23 Mar 2026 05:44:34 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Gregory KUNDE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Discothèque idéale : Delibes – Lakmé (Plasson, EMI Classics – 1998)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-delibes-lakme-plasson-emi-classics-1998/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Mar 2026 07:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quand peut-on affirmer qu’un enregistrement entre dans la catégorie de l’idéal ? Dans le Petit Robert, s’impose le sens 2 (le premier est philosophique) « qui atteint toute la perfection que l’on peut concevoir ou souhaiter ». L’adjectif s’applique donc à ce qui est« parfait, accompli ». Cet enregistrement de Lakmé ne répond peut-être pas &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="page" title="Page 1">
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<div class="column">
<p>Quand peut-on affirmer qu’un enregistrement entre dans la catégorie de l’idéal ? Dans le Petit Robert, s’impose le sens 2 (le premier est philosophique) « qui atteint toute la perfection que l’on peut concevoir ou souhaiter ». L’adjectif s’applique donc à ce qui est<br />« parfait, accompli ». Cet enregistrement de <em>Lakmé</em> ne répond peut-être pas pour tous à cet imposant programme, mais il tutoie les cimes pour beaucoup de mélomanes dont je suis.</p>
<p>Ici encore, comme toujours, un enregistrement de légende, c’est l’histoire d’une rencontre, exceptionnelle, celle d’un(e) ou plusieurs artistes, d’un chef à la tête d’un orchestre qu’il dirige comme un prêtre sa paroisse, et d’une œuvre.<br />En l’occurrence <em>Lakmé</em> de Léo Délibes resurgit en 1995 à l’Opéra Comique, soit peu d’années avant l’enregistrement (en studio en 1997) ; voilà une œuvre revenue à la vie (oubliée des scènes lyriques depuis des décades) grâce à une équipe de rêve.</p>
<p>Superbe « jeune Hindou », <strong>Natalie Dessay</strong> transcende la scène de la Salle Favart, et s’impose à trente ans comme une des plus grandes coloratures de l’histoire du chant français. Ancienne chanteuse du Choeur du Capitole de Toulouse, et après un an passé dans la troupe du Staatsoper de Vienne, fini les petits rôles, place à la diva ! Ce miracle doit être gravé pour l&rsquo;éternité et le sera chez EMI. Sauf que Natalie Dessay (sans h dans le prénom en hommage à l’actrice Natalie Wood) ne voudra jamais en être une en cet apogée de sa carrière, comme dans la suite (qui fut peut-être moins heureuse).</p>
<p>The girl next door ? Pas tout à fait. Sa Lakmé sur scène comme au disque est une jeune femme de chair et de caractère, mais pas seulement. Après Marie van Zandt (créatrice du rôle), Lily Pons, Mado Robin et Mady Mesplé, les aigus et suraigus solaires de Natalie Dessay ne semblent pas connaître de limites. Son personnage de fille de brahmane amoureuse tragique d’un officier anglais touche les cœurs en effet, ôtant à l’ouvrage sa réputation de concours ringard de vocalises. La soprano impose un style et une musicalité qui feront longtemps autorité avec sa diction idéale, son émission facile et une intonation sublime. La Dessay est capable de phraser les plus gracieux mélismes et roulades tout en distillant une émotion rare (dans le fameux Duo des Fleurs avec le beau mezzo <strong>Delphine Haidan</strong> en Mallika, dans l’Air des Clochettes de l’acte II ou dans sa mort soufflée pianissimo), restituant à l’opéra son caractère émouvant et élégiaque.</p>
<p>Natalie Dessay est de surcroît bien entourée. <strong>José van Dam</strong>, le brahmane Nilakantha fanatique et cruel , se réjouissant de la mort de sa fille, est bien le personnage barbare, effrayant que le baryton belge récemment disparu nuance de tons plus chauds avec l’air de la tendresse de l’acte II (« Lakmé, ton doux regard »). On y entend aussi une débutante charmante nommée <strong>Patricia Petibon</strong>, le quintette de l’acte II présente alors les meilleurs chanteurs français (avec aussi <strong>Franck Leguérinel</strong>, B<strong>ernadette Antoine</strong>). Aveu : nous ne sommes pas excessivement séduite par le Gerald de <strong>Gregory Kunde</strong>, chanteur au timbre clair certes mais qui n’a pas toujours la fluidité de la langue, le style du rôle. C’est qu’avant lui il y eut Alain Vanzo.</p>
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<div class="page" title="Page 2">
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<p>L’Orchestre du Capitole de Toulouse dès le Prélude « maestoso » déploie un parterre floral, aux couleurs éclatantes, mais aussi tout en nuances et chatoiements, telle une eau parfois bondissante (la marche militaire) parfois calme et fluide, sous la direction de son chef, <strong>Michel Plasson</strong>. L’immense et inlassable avocat de l’opéra français (il nous apprendra plus tard à révérer <em>Werther</em>) fait aimer le rare raffinement de l’orchestration du drame de Delibes, et en exalte pour l’éternité la poésie et le drame, dans une prise de son parfaite dans la Halle aux Grains de Toulouse. </p>
<p><em>Nathalie Dessay, Lakmé </em><br /><em>Gregory Kunde, Gerald</em><br /><em>José van Dam, Nilakantha</em><br /><em>Delphine Haidan, Mallika</em><br /><em>Franck Leguérinel, Frederic</em><br /><em>Patricia Petibon, Ellen</em><br /><em>Xenia Konsek, Rose</em><br /><em>Bernadette Antoine, Mistress Bentson</em><br /><em>Charles Burles, Hadji</em><br /><em>Alain Chilemme, Un Domben</em><br /><em>Jean-Pierre Lautre, Un Marchand chinois</em><br /><em>Yves Boudier, Un Kouravar</em></p>
<p><em>Choeur du Capitole de Toulouse</em><br /><em>Pierre Lodice, Chef des Choeurs</em><br /><em>Orchestre du Capitole de Toulouse</em><br /><em>Michel Plasson, direction</em><br /><em>Jeanine Reiss, Chef de chant</em><br /><em>Alain Lanceron, producteur délégué</em><br /><em>Etienne Collard, directeur artistique</em><br /><em>Daniel Michel, ingénieur du son</em><br /><em>Enregistré entre le 24 juin et le 2 juillet 1997 à Toulouse</em></p>
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<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><a href="https://www.forumopera.com/dossier/la-discotheque-ideale-de-lart-lyrique/"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="355" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vers-la-discotheque-ideale-2-1024x355.png" alt="" class="wp-image-207785"/></a></figure>
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		<title>Discothèque Idéale : Rossini &#8211; Semiramide (Zedda, ‎Fonit Cetra &#8211; 1992)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-rossini-semiramide-zedda-fonit-cetra-1992/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Feb 2026 16:58:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A défaut, Alberto Zedda live à Pesaro en 1992 atteint un difficile point d’équilibre. Qui d’ailleurs mieux que le maestro pour restituer à cette musique sa grandeur dramatique, sur le plan philologique – dans le strict respect du style, de ses ornements, de ses nuances, de ses dynamiques – mais pas seulement. Zedda refuse le &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>A défaut, <strong>Alberto Zedda</strong><em> live </em>à Pesaro en 1992 atteint un difficile point d’équilibre. Qui d’ailleurs mieux que le maestro pour restituer à cette musique sa grandeur dramatique, sur le plan philologique – dans le strict respect du style, de ses ornements, de ses nuances, de ses dynamiques – mais pas seulement. Zedda refuse le métronome stérile. Les tempi s’adaptent aux situations, aux airs comme aux ensembles. La virtuosité se place au service de la partition, sans effets de manche, ni <em>star system</em>. Exception faite du jeune Grégory Kunde, étincelant en Idreno, il existe pour les autres interprètes de meilleures alternatives. Mais aucune distribution, à ce jour, n’atteint un tel niveau de qualité collective. La tension théâtrale induite par le direct constitue dans ce répertoire un atout supplémentaire.</p>
<p>Iano Tamar (Semiramide), Gloria Scalchi (Arsace), Michele Pertusi (Assur), Gregory Kunde (Idreno), Monica Valenti (Azema), Ildebrando D’Arcangelo (Oroe), Luigi Petroni (Mitrane), Sergey Zadvorny (L’ombra di Nino). Orchestra e Coro del Teatro Comunale di Bologna. Direction : Alberto Zedda</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><a href="https://www.forumopera.com/dossier/la-discotheque-ideale-de-lart-lyrique/"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="355" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vers-la-discotheque-ideale-2-1024x355.png" alt="" class="wp-image-207785"/></a></figure>
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		<item>
		<title>Le prix « Franco Corelli » attribué à Gregory Kunde</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/le-prix-franco-corelli-attribue-a-gregory-kunde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 15 Jan 2026 13:20:59 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ancône, ville de naissance de Franco Corelli (1921-2003), a créé en 2021 un prix destiné à récompenser les interprètes s&#8217;étant illustrer sur la scène lyrique, en particulier dans le répertoire de l&#8217;illustre ténor italien. Le 13 janvier dernier, lors d&#8217;une cérémonie au Teatro delle Muse, la  municipalité a attribué son second prix à Gregory Kunde, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ancône, ville de naissance de Franco Corelli (1921-2003), a créé en 2021 un prix destiné à récompenser les interprètes s&rsquo;étant illustrer sur la scène lyrique, en particulier dans le répertoire de l&rsquo;illustre ténor italien. Le 13 janvier dernier, lors d&rsquo;une cérémonie au Teatro delle Muse, la  municipalité a attribué son second prix à <strong>Gregory Kunde</strong>, « dont la longue et extraordinaire carrière ainsi que la technique vocale inébranlable – qui lui permet encore aujourd’hui d’aborder de nouveaux titres du répertoire pour ténor dramatique – lui ont valu une contribution personnelle aux œuvres des grands auteurs italiens, de Rossini à Verdi et Puccini, à travers des interprétations qui restent gravées dans l’histoire de l’opéra ». À ce jour, Gregory Kunde partage 19 rôles avec Franco Corelli. <a href="https://www.forumopera.com/breve/jonas-kaufmann-recoit-le-prix-corelli100/">Le tout premier prix avait été attribué à Jonas Kaufmann en 2021</a>, à à l&rsquo;occasion du centenaire du chanteur (Corelli, pas Kaufmann). Le ténor allemand avait très élégamment préparé pour la cérémonie un message vidéo de félicitations. Gregory Kunde a remercié le public en interprétant « <span style="font-size: revert;">Nessun dorma ». </span>Rappelons que le ténor américain a tout récemment ajouté un nouveau rôle à son répertoire <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-stiffelio-plaisance/">avec un excellent <em>Stiffelio</em></a>.</p>
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		<item>
		<title>VERDI, Stiffelio — Plaisance</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-stiffelio-plaisance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Dec 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Composé en 1850 entre Luisa Miller et Rigoletto (et donc juste avant Il trovatore et La traviata), Stiffelio n’a jamais vraiment connu la popularité, d&#8217;autant qu&#8217;on l&#8217;a longtemps cru perdu, Verdi en ayant détruit le manuscrit. L&#8217;œuvre reste reprise à l’occasion, notamment pour servir de véhicule à des ténors star, tels Plácido Domingo (qui interpréta &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Composé en 1850 entre <em>Luisa Miller</em> et <em>Rigoletto</em> (et donc juste avant <em>Il trovatore</em> et <em>La</em> <em>traviata</em>), <em>Stiffelio</em> n’a jamais vraiment connu la popularité, d&rsquo;autant qu&rsquo;on l&rsquo;a longtemps cru perdu, Verdi en ayant détruit le manuscrit. L&rsquo;œuvre reste reprise à l’occasion, notamment pour servir de véhicule à des ténors star, tels Plácido Domingo (qui interpréta au Met la première édition critique de l&rsquo;ouvrage dont on avait depuis retrouvé des copies originales) ou José Carreras, tous les deux au milieu de années 90. On trouvera ici, <a href="https://www.forumopera.com/zapping/16-novembre-1850-la-castration-de-stiffelio/">sous la plume captivante de notre confrère Cedric Manuel</a>, une analyse de la genèse de cet opéra mal aimé dont on fête cette année le 175e anniversaire. Les raisons de ce manque de popularité sont multiples : une intrigue un peu insipide (où aucun des trois protagonistes principaux ne meure !), des motivations peu détaillées, des comportements contradictoires, des personnages (à l&rsquo;exception de celui de Stiffelio) cantonnés à des archétypes, et surtout, il faut bien le dire, l’absence de ces mélodies verdiennes, de celles que l’on retient immédiatement, et dont regorgent les ouvrages contemporains précités. L&rsquo;ouvrage vaut pourtant qu&rsquo;on s&rsquo;y intéresse, la musique se laissant apprivoiser au fil des réécoutes. <em>Stiffelio</em> est aussi un opéra novateur qui participe à l&rsquo;évolution du style verdien tant par son sujet &#8211; quasi contemporain presqu&rsquo;aussi scabreux et réaliste que celui de <em>La</em> <em>traviata </em>(ce qui scandalisa la censure officielle) &#8211; que par sa structure musicale où les formes traditionnelles (airs fermés, cabalettes&#8230;) sont assouplies et où le compositeur introduit une large dose de déclamation lyrique. </p>
<p>La trame du livret est, osons le mot, d’une simplicité&#8230; biblique. Malheureusement elle est artificiellement compliquée par divers rebondissements inutiles, afin de remplir les deux heures de spectacle. Nous sommes au XIXe siècle en Allemagne. Le pasteur Stiffelio est marié à Lina, la fille de Stankar. Pendant son absence, Lina a fricoté avec le jeune Rafaelle. Elle veut tout avouer à son mari, mais son père s’y oppose par égard pour ce dernier. Plus tard, il changera d’avis et provoquera l’amant en duel, ce qui ouvrira enfin les yeux du mari sur son infortune. Le pasteur est dès lors déchiré entre le refus du pardon, le désir de vengeance et les beaux préceptes qu’il professe depuis le début de l&rsquo;opéra. Sous la pression de Stiffelio, les époux signent les papiers de leur divorce. Libérée de son engagement, Lina demande alors à être entendue en confession : elle avoue à Stiffelio qu’elle l’aime toujours mais qu’elle a été trahie par Rafaelle (on n’en saura pas plus). Parallèlement, le jeune homme a été tué par Stankar, moins miséricordieux que son gendre. Une cérémonie religieuse suit : la Bible s’ouvre sur le passage de la femme adultère (« Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre »). Stiffelio pardonne à Lina. On se demande ce que l&rsquo;assemblée peut bien comprendre à tous ces événements.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="581" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Stiffelio_prima_foto-Gianni-Cravedi-1024x581.jpg" alt="" class="wp-image-205531"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Gianni Cravedi</sup></figcaption></figure>


<p>Pour cette nouvelle prise de rôle (la troisième en neuf mois après <em>La fanciulla del West</em> et <em>Iris</em>), <strong>Gregory Kunde</strong> se révèle dans une forme exceptionnelle. Le rôle correspond tout à fait aux moyens actuels de l&rsquo;infatigable ténor américain : le registre aigu est en effet constamment sollicité, mettant en valeur l&rsquo;aigu <em>spinto</em> du chanteur américain, d&rsquo;une impressionnante insolence. L’écriture vocale est également plus dramatique que lyrique, réclamant une belle endurance vocale, avec de nombreux passages déclamatoires. La musicalité du chanteur est tout aussi remarquable dans les passages plus sensibles, où son art de la demi-teinte, issu de  sa longue expérience du belcanto romantique, permet de traduire les émotions les plus fines par les variations de la couleur de la voix, par le travail sur le souffle ou encore par le mixage des différents registres. Scéniquement, Gregory Kunde rend compte avec justesse des sentiments contradictoires d’un personnage tourmenté par un jeu théâtral plus fouillé qu’en certaines occasions. Au rideau final, sa prestation est accueillie par un beau triomphe, mélange de respect pour une prestation exemplaire et de reconnaissance pour une longue fidélité au public italien.</p>
<p>Le rôle de Lina s’inscrit dans la continuité des héroïnes verdiennes vocalement « monstrueuses » comme Lady Macbeth, Odabella ou encore Abigaile, sans être toutefois aussi payant. <strong>Lidia Fridman</strong> semble s’être fait une spécialité de ces rôles difficiles de <em>soprano drammatico d’agilità. </em>Grâce à une technique solide,<em> e</em>lle ne fait qu’une bouchée des sauts de registres, descentes chromatiques et autres prouesses vocales que s’est ingénié à lui imposer le compositeur. Le soprano russe chante ainsi avec une retenue bienvenue : le style est posé, jamais débraillé, et elle ne tente jamais de forcer ses moyens, tout à fait suffisant dans l&rsquo;acoustique idéale pour les voix du Teatro comunale. La composition dramatique est assez fine, sachant qu’il est difficile de tirer grand chose d’un personnage dont on ne comprend ni les motivations à trahir son mari, ni les raisons de ses remords tardifs.</p>
<p><strong>Vladimir Stoyanov</strong> incarne Stankar avec musicalité et professionnalisme. Le parfait phrasé verdien du baryton bulgare (qui compte déjà pus de trente ans de carrière) lui vaut une belle ovation à l’issue de son grand air, la cabalette qui suit le voyant un peu moins percutant. Dramatiquement, il tire le meilleur de sa partie. Les autres rôles ne sont pas très développés et incarnés par de jeunes artistes. En Raffaele, <strong>Carlo Raffaelli</strong> est encore un peu vert : le jeune ténor italo-écossais, né à Édimbourg en 1992, ne chante que depuis cinq ans. Le timbre est agréable, mais la projection manque encore de mordant. En Jorg (l’ancien pasteur qui découvre les échanges de lettres compromettant des amants), <strong>Adriano Gramigni</strong> offre une belle voix de baryton, bien timbrée et bien projetée. <strong>Carlotta Vichi</strong> est beau mezzo au joli grain de voix, très à l’aise sur scène et <strong>Paolo</strong> <strong>Nevi</strong> un ténor au timbre lumineux. On suivra avec intérêt les progrès de ces jeunes pousses. Les chœurs chantent avec de belles voix naturelles et la précision requises.</p>
<p><strong>Leonardo Sini</strong> sait redonner vie à cet ouvrage en imprimant un rythme électrique à l&rsquo;Orchestre de l&rsquo;Émilie-Romagne Arturo Toscanini. Le chef trentenaire est également attentif au plateau et fait preuve déjà d&rsquo;un beau métier.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="634" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Stiffelio_1©Gianni-Cravedi-1024x634.jpg" alt="" class="wp-image-205523"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Gianni Cravedi</sup></figcaption></figure>


<p>La qualité de la production participe au succès de cette recréation. On a peine à croire qu&rsquo;on la doive à un <strong>Pier Luigi Pizzi</strong> de 95 ans et ce n&rsquo;est pas sans une certaine émotion qu&rsquo;on aura pu le découvrir toujours aussi frais et sautillant au moment des saluts, bras dessus, bras dessous avec son « cadet » Gregory Kunde. Les décors sont d&rsquo;une grande beauté, avec d&rsquo;intrigants trompe-l&rsquo;œil, renouvelant l&rsquo;esthétique du metteur en scène milanais tout en lui gardant ce style qui lui est propre. Dramatiquement, Pizzi sait obtenir des artistes un jeu théâtral d&rsquo;une grande précision, quasi cinématographique : tout semble ainsi couler de source malgré le baroque du livret. On ne divulguera pas le coup de théâtre visuel final, d&rsquo;un kitch assumé, afin d&rsquo;en laisser la surprise aux internautes qui visualiseront la représentation du dimanche, <a href="https://www.youtube.com/live/y7w1kiaslmo">qui sera disponible en direct sur Youtube</a> puis durant quelques mois. Précisions que ce spectacle sera repris au Teatro comunale Pavarotti-Freni de Modène ainsi qu&rsquo;au Teatro municipale Valli de Reggio d&rsquo;Émilie, cette intelligente collaboration permettant à trois théâtres d&rsquo;offrir un spectacle qualitativement sans concession.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-stiffelio-plaisance/">VERDI, Stiffelio — Plaisance</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>VERDI, Aida (distr. B)- Paris (Bastille)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-aida-paris-bastille-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Oct 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il aurait pu paraître difficile de succéder à Michele Mariotti en plein milieu de cette série d’Aida à l’Opéra Bastille. Le jeune Dmitry Matvienko procède avec intelligence. Il s’appuie clairement sur les dynamiques travaillées par son prédécesseur, dont on entend encore tout le fracas dans les conclusions de scènes, et parsème les détails pour apporter &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-aida-paris-bastille-2/"> <span class="screen-reader-text">VERDI, Aida (distr. B)- Paris (Bastille)</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il aurait pu paraître difficile <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-aida-paris-bastille/">de succéder à Michele Mariotti</a> en plein milieu de cette série d<em>’Aida</em> à l’Opéra Bastille. Le jeune <strong>Dmitry Matvienko</strong> procède avec intelligence. Il s’appuie clairement sur les dynamiques travaillées par son prédécesseur, dont on entend encore tout le fracas dans les conclusions de scènes, et parsème les détails pour apporter une touche personnelle. La scène dans le temple de Ptah est un modèle d’équilibre scène/orchestre assis sur un tapis sonore envoûtant. Le triomphe de la fin du deuxième acte refuse les excès et s’éclaire de quelques rubatos tout à propos. Notons au passage l&rsquo;excellente forme de l&rsquo;orchestre et du chœur. Espérons que cette première invitation s’étende à d’autres collaborations.</p>
<p>La distribution retrouve les mêmes seconds rôles, tout à leurs aises. Seuls les trois principaux protagonistes sont confiés à de nouveaux arrivants. <strong>Judit Kutasi</strong>, visiblement agacée par les voiles de ses costumes, offre une Amneris gargantuesque dont on se repaît toute la soirée. Le matériau vocal est séduisant, assis sur une technique aussi robuste que ne l’est sa puissance. Il reste maintenant à polir ce diamant noir pour incarner une fille de Pharaon plus complexe et sensible. <strong>Ewa Plonka</strong> possède elle aussi les moyens du rôle, agrémentés d’un timbre safrané. Si elle ne déploie pas tous les trésors vocaux <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/aida-paris-bastille-de-mal-en-py/">de certaines de ses devancières sur cette même scène</a>, nuances et effets enluminent un chant de qualité. Jeune, <strong>Gregory Kunde</strong> ne l’est plus. Un medium sourd et des graves diaphanes sont les quelques concessions du ténor qui vient d’entrer dans sa septième décennie. Valeureux, il l’est tout à fait, assumant avec une vaillance crâne le rôle, couronnant son chant d’aigus claironnants. La scène du tombeau le trouve en majesté, délivrant une ligne épurée et des pianos subtils.</p>
<p><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/aida-salzbourg-orient-occident-regards-croises/">Commenté par deux fois à Salzburg</a> et tout récemment lors de son arrivée sur la première scène parisienne, le travail de <strong>Shirin Neshat</strong> ne trouve pas de nouveau souffle dans ce changement de distribution et de chef. Peut-être est-ce la démonstration ultime de son propos : une société pieuse et militarisée écrase les individus et leurs aspirations, érige des héros qu’elle massacrera aussi vite sur les dépouilles encore tièdes de ses autres victimes, qu’elles soient étrangères ou autochtones. Une représentation d’un tel système empiète sur la musique. Malgré des ajouts qualitatifs – le travail photo et vidéo de la metteure en scène – et des retraits – les costumes encore péplum de la première mouture salzbourgeoise avec un <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/aida-salzbourg-le-renouveau-etait-dans-la-partition/">Francesco Meli grimé en Jedi</a> – la même aporie handicape le spectacle : le propos, pour intéressant qu’il soit, n’opère en rien théâtralement.</p>
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		<title>MASCAGNI, Iris &#8211; Madrid</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mascagni-iris-madrid/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>À 36 ans, Pietro Mascagni connait le triomphe avec son tout premier opéra, Cavalleria Rusticana (1890). Malheureusement pour lui, cet accueil critique et populaire ne se renouvellera pas et, sur une quinzaine d’ouvrages ultérieurs, aucun n’aura une destinée comparable. Certains titres connurent un succès relativement durable, encore qu’on ne les donne plus aussi régulièrement aujourd’hui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À 36 ans, Pietro Mascagni connait le triomphe avec son tout premier opéra, <em>Cavalleria Rusticana</em> (1890). Malheureusement pour lui, cet accueil critique et populaire ne se renouvellera pas et, sur une quinzaine d’ouvrages ultérieurs, aucun n’aura une destinée comparable. Certains titres connurent un succès relativement durable, encore qu’on ne les donne plus aussi régulièrement aujourd’hui :  <em>L’Amico Fritz</em> (et son aimable <em>Duo des cerises</em>) ou encore récemment<em> <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mascagni-il-piccolo-marat-angers/">Il Piccolo Marat</a></em> (quasi inchantable pour les ténors actuels). D&rsquo;autres subirent en revanche des chutes mémorables, ainsi d&rsquo;<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/mascagni-le-maschere-wexford/"><em>I Maschere</em></a>, comédie créée simultanément à la Scala de Milan (avec Caruso, excusez du peu), Gênes, Parme, Rome, Venise, Vérone (au Teatro Filarmonico) et, deux jours plus tard à Naples. Comme quoi il ne suffit pas toujours d’une bonne idée markéting pour vendre le produit. Mascagni est donc aujourd&rsquo;hui l&rsquo;homme d&rsquo;un seul opéra. Il partage cette étrange fatalité avec son collègue Leoncavallo : le compositeur d’<em>I Pagliacci</em>, ouvrage régulièrement couplé avec <em>Cavalleria rusticana</em> (sauf dans les théâtres qui veulent faire leur intéressant (1)), eut même encore moins de succès dans la suite de sa carrière de compositeur.<br />Si <em>Cavalleria rusticana</em> reste un archétype de l’opéra vériste, Mascagni toucha à d’autres genres, comme on l’a vu avec<em> I Maschere</em>. <em>Il Piccolo Marat</em> est un drame historique, <em>Sì</em> une opérette&#8230; <em>Iris</em> fait partie de la veine symboliste. Le livret lui en a été proposé par Luigi Illica après le refus d&rsquo;Alberto Franchetti (qui dédaignera aussi le livret de <em>Tosca</em> !). À l’époque, on lui doit déjà de spendides réussites, seul ou accompagné : <em>La Wally</em>, <em>La bohème</em> (écrit avec Giuseppe Giacosa) ou <em>Andrea</em> <em>Chénier</em>, et plus tard <em>Tosca</em> et <em>Madama Butterfly</em> avec Giacosa dans les deux cas). Quand il travaillait en duo avec Giacosa, Illica se consacrait d&rsquo;abord à l&rsquo;architecture du livret, à sa progression dramatique, à son découpage, tandis que son acolyte intervenait ensuite pour reformuler les dialogues et offrir une versification plus harmonieuse, propice à la composition. Ces succès étaient de bon augure, mais, comme on dit à la Bourse, « Les performances passées ne préjugent pas des performances futures ».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="713" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Iris-0245-1024x713.jpeg" alt="" class="wp-image-201122"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> © Javier del Real | Teatro Real</sup></figcaption></figure>


<p>L’ouvrage commence par un saisissant prologue choral. Cette page est communément et improprement connue comme l’<em>Inno al sole</em> (<em>l’Hymne <strong>au</strong> soleil</em>) alors qu’il s’agit en fait de l’<em>Hymne <strong>du</strong> soleil</em>, l’astre étant ici symbolisé par le chœur. Iris est la très jeune fille d’un vieil aveugle. Simple et heureuse, elle en est encore à l&rsquo;âge des poupées. Alors qu’elle vient de faire un affreux cauchemar où, justement, sa poupée allait périr, elle remercie le soleil d’avoir dissipé son terrible songe. Sans le savoir, elle a attiré l’attention d’Osaka, jeune homme d’une riche famille noble. Osaka exige de son âme damnée Kyoto qu’il lui obtienne la jeune fille. Kyoto est un proxénète à la tête d&rsquo;une maison de geishas. Un chœur de lavandières se fait entendre. Iris chante les fleurs de son jardin. En dépit de son infirmité, son père remercie les divinités qui lui ont donné Iris pour le soutenir dans son malheur. Osaka et Kyoto, déguisés en comédiens ambulants, paraissent dans la rue, accompagnés d&rsquo;un cortège de musiciens, de geishas et d&rsquo;acrobates. Kyoto invite la foule à assister à leur spectacle de marionnettes : le Fils du soleil y viendra au secours d&rsquo;une belle et malheureuse jeune fille, Dhia. La représentation commence. Dhia a perdu sa mère. Elle a la voix d&rsquo;une des geishas de Kyoto. Elle est tourmentée par son père qui la maltraite et qui veut la vendre au marché (voix de Kyoto). Celle-ci est désespérée. Jor, le « Figlio del sole », apparait et lui lance, avec la voix d&rsquo;Osaka : « Veux-tu mourir ? Je te ferai mourir, mais je te ferai mourir embrassée par le soleil, puis je te conduirai à la terre éternelle où, ô ma fille, tu seras aimée ! ». Iris est débordée par l’émotion. Osaka prend la place de la poupée pour le dénouement final. Au milieu des danses, la jeune fille est enlevée par un comparse déguisé en vampire. Iris, pensant vivre un rêve, ne se débat même pas. Kyoto laisse au père aveugle une note (écrite !) accompagnée de quelques pièces, lettre dans laquelle il lui laisse croire que sa fille l’a abandonné de son plein gré. Le père maudit sa fille. Acte II : à Yoshiwara, le quartier tokyoite des geishas et des prostituées, « où le soleil ne pénètre jamais ». On entend la voix d&rsquo;une geisha qui chante une triste mélopée sans parole. Elle est interrompue par Kyoto. Le proxénète séquestre Iris dans sa maison de geishas. Kyoto et Osaka observent Iris dans son sommeil. Le jeune homme chante son amour pour la jeune fille. Iris se réveille et son chant confus démontre que la jeune fille est convaincue qu’elle est morte et qu’elle est au paradis. Osaka tente vainement de la séduire. Malheureusement pour lui, Iris associe sa voix à celle de Jor, le Fils du soleil : elle refuse les avances du jeune homme qu’elle persiste à confondre avec ce « Figlio del sole ». Elle demande à revoir son père, sa maison et son jardin. Dans l&rsquo;<em>aria della piovra</em> (<em>l&rsquo;air de la pieuvre</em>), elle se rappelle avoir vu, alors qu&rsquo;elle n&rsquo;était qu&rsquo;une toute jeune fille, des dessins dans un temple représentant une enfant se faisant violer et tuer par un poulpe (étonnante allusion à une forme typique de pornographie japonaise, les <em>tentacules érotiques</em>, où les pires horreurs sont montrables dès lors que l&rsquo;un des participants n&rsquo;est pas totalement humain). Osaka embrasse la jeune fille, s&rsquo;attendant à ce qu&rsquo;elle se livre à lui, mais la jeune fille ne demande à nouveau qu&rsquo;à retrouver son père, sa maison et ses fleurs. L&rsquo;impatient jeune homme finit par se lasser et, considérant le cas d&rsquo;Iris comme désespéré vis-à-vis de ses projets, il exige de Kyoto que celui-ci le débarrasse d’Iris. Le souteneur choisit de revendre la jeune fille pour en tirer bénéfice. Avec violence, il a vite fait de la mettre au pas. Il la menace de rappeler le vampire. La malheureuse enfant est mise à l’encan, exposée sur le balcon de la maison de geishas. Pris de remords, Osaka revient sur les lieux et clame son amour pour elle. Simultanément, venu retrouver sa fille, son père la reconnait à sa voix, la maudit, et lui jette de la boue à la figure (!). Iris, qui se croit toujours au paradis, est désemparée par cette réaction. Elle se jette dans le puits des égouts. Acte III : dans l&rsquo;égout, des chiffonniers dépouillent Iris de ses riches vêtements. Elle revient à elle, la raison définitivement perdue (mais a-elle jamais été très nette ?). Elle croit entendre Osaka, Kyoto, puis son père, se moquer d’elle sur un ton égoïste. L’aurore commence à poindre. Iris se réjouit de sentir sur elle les chauds rayons du soleil levant. Elle meurt. Sous le baiser du soleil, son corps est transformé en iris. Une myriade de fleurs élèvent alors son âme au paradis (y retrouvera-t-elle un pote âgé ?), tandis que retentit à nouveau l’<em>Hymne au soleil</em>. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="814" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Iris-0153-1024x814.jpeg" alt="" class="wp-image-201123"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> © Javier del Real | Teatro Real</sup></figcaption></figure>


<p>A côté de celui d&rsquo;Iris, le sort de Madama Butterfly ferait donc presque figure de partie de plaisir. Le drame d&rsquo;Iris, c&rsquo;est que sa candeur, sa jeunesse, sa bonté naturelle, sa douce passivité, libèrent de fait les barrières mentales de ses bourreaux, à la manière de Claggart envers Billy Budd. Dans son retour en rêve, Osaka lance d&rsquo;ailleurs à Iris : « Il tuo gentile vezzo (&#8230;) è un&rsquo;umana tortura » (« Ton doux charme est une torture pour les hommes » ). Dans cet opéra à la charnière du vérisme et du symbolisme, l&rsquo;héroïne incarne la pureté, la nature, et elle est associée à la lumière et au soleil. Elle est comme tombée accidentellement dans un monde qui n&rsquo;est pas le sien. Osaka et Kyoto symbolisent la civilisation moderne, urbaine, la corruption et la nuit. On supposera que c&rsquo;est à dessein que ces patronymes ont été choisis parmi des noms de grandes villes : Osaka est un nom de famille rare, et Kyoto encore plus (une centaine de personnes) et par dessus le marché il se prononce&#8230; Miyakoto ! Comme nous l&rsquo;avons vu plus avant, Yoshiwara est désigné par Illica, dans les commentaires un brin pompeux qui accompagnent le livret, comme le quartier « où le soleil ne pénètre jamais ». Le père aveugle, dépourvu de la moindre compassion pour sa fille, pourrait aussi se rattacher à ce monde de la nuit. Sa voix se joint d&rsquo;ailleurs à celles d&rsquo;Osaka et Kyoto au dernier acte, chacun des trois hommes s&rsquo;exprimant égoïstement dans le dernier rêve d&rsquo;Iris. En dépit de sa mort, immolation d&rsquo;une âme pure, Iris n&rsquo;est pas non plus une figure christique : sa fin ne sauve personne. Pire : à l&rsquo;acte III, elle est déjà complètement oubliée, la nuit une fois passée. Personne n&rsquo;est venu à son secours. Elle meurt invisible de tous, dans un sacrifice vain et caché et seul le chœur lui répond. On est pourtant loin du miracle déchirant qui clôt <em>Suor Angelica. </em>Sa transmutation finale est d&rsquo;une beauté essentiellement formelle : venue de la lumière, elle retourne à la lumière après son court passage terrestre. Iris n&rsquo;était simplement pas de ce monde, de notre monde. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="750" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Iris-0097-1024x750.jpg" alt="" class="wp-image-201129"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> © Javier del Real | Teatro Real</sup></figcaption></figure>


<p>Il est probable que Mascagni ne voulait pas se contenter de variations faciles sur son premier succès et qu&rsquo;il souhaitait au contraire diversifier sa palette, ce qui est tout à son honneur. Il est probable aussi que le public attendait strictement l&rsquo;inverse : <em>Iris</em> fut un relatif succès à sa création, notamment critique, et fut repris dans quelques villes, mais l&rsquo;œuvre ne tarda pas à disparaitre de l&rsquo;affiche. En dépit d&rsquo;une indéniable richesse mélodique, l&rsquo;absence de grands airs immédiatement mémorisables eut probablement un impact négatif sur l&rsquo;accueil à long terme du grand public. Illica se refuse aux effets dramatiques faciles. De fait, l&rsquo;opéra ressemble parfois à un oratorio. Il ne se passe étrangement rien ou presque au premier acte, l&rsquo;enlèvement intervenant au bout de près de quarante-cinq minutes sur les cinquante de la première partie. Encore est-il suivi de la réaction assez apathique du père, qui appelle longuement et mollement sa fille disparue avant d&rsquo;apprendre les raisons (mensongères) de ce départ : on est très loin du <em>climax</em> verdien à la fin de l&rsquo;acte II de <em>Rigoletto </em>(mais peut-être cette absence d&rsquo;effet est-elle due au format concertant de la représentation). Alors qu&rsquo;à l&rsquo;entracte on se demande un peu ce qu&rsquo;on fait là, l&rsquo;ouvrage se met en place en seconde partie et devient captivant, notamment dans le contraste avec son démarrage, jusqu&rsquo;à une scène finale prenante sur laquelle nous reviendrons. La partition est par ailleurs d&rsquo;un grand intérêt musical. Mascagni s&rsquo;était lancé préalablement dans l&rsquo;étude de la musique japonaise, mais il sait éviter toute contrefaçon japonisante, contrairement à Puccini. Au passage, on se demande quelques fois si ce dernier ne se serait pas servi de quelques motifs de Mascagni pour des ouvrages ultérieurs. La musique offre de nombreuses originalités : le duo d&rsquo;Iris et de son père aveugle (l&rsquo;une chantant, l&rsquo;autre déclamant) ; le faux duo d&rsquo;amour qui est plutôt une suite de courts airs indépendants ; le sinistre air de la pieuvre d&rsquo;une étrange animation ; des danses qui préfigurent étonnamment celles de <em>Salome</em> sept ans plus tard ; les interventions rêvées chantées en coulisse ; le prélude aux cordes de l&rsquo;acte III ; et, finalement, le puissant chœur initial, dont la reprise créée l&rsquo;émotion qui nous est refusée dans la mort de l&rsquo;héroïne. Pour l&rsquo;anecdote, on signalera que l&rsquo;hymne a été utilisé à l&rsquo;occasion de l&rsquo;ouverture des Jeux Olympiques de Rome en 1960 et que le Met l&rsquo;avait choisi pour mettre en valeur ses forces chorales à l&rsquo;occasion de son gala du centenaire. </p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="718" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Iris-0008-718x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-201125"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> © Javier del Real | Teatro Real</sup></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;ouvrage réserve l&rsquo;essentiel de la musique à Iris. <strong>Ermonela Jaho</strong> offre ici une magnifique composition dramatique, évoquant avec justesse les différentes émotions de la jeune fille : sa joie simple et pure initiale, la terreur (culminant dans l&rsquo;air de la pieuvre, longuement applaudi), le désespoir et finalement la résignation. La projection n&rsquo;est pas très puissante, mais Mascagni épargne le plus souvent à son héroïne les déchainements d&rsquo;un orchestre par ailleurs puissant, et cette fragilité convient bien à l&rsquo;héroïne. Bien utilisé, le léger vibrato de la chanteuse apporte même un surcroit d&rsquo;émotion. Le timbre, chaud et coloré, est idéal, les piani et pianissimi sont de toute beauté, dramatiquement en situation, au service d&rsquo;une interprétation frémissante. Le rôle d&rsquo;Osaka correspond parfaitement à la <em>vocalità</em> actuelle de <strong>Gregory Kunde</strong>. On pourrait même parler d&rsquo;une promenade de santé tant le ténor américain semble dominer sans effort cette tessiture tendue, avec une voix d&rsquo;une incroyable jeunesse. Le haut médium est très sollicité et les aigus <em>spinto</em> du ténor font vibrer les murs. Alors que le personnage est totalement antipathique, le chanteur essaie de l&rsquo;adoucir par son jeu, suggérant un amour et un remords sincères. <strong>Germán Enrique Alcántara</strong> offre un Kyoto au chant agréablement naturel, avec une voix chaude et puissante. Le baryton argentin campe un souteneur plus amoral que maléfique, oscillant entre l&rsquo;espiègle et l&rsquo;inquiétant. <strong>Jongmin Park</strong> déploie une impressionnante voix de basse, au timbre riche et profond et au noble phrasé. Après sa courte intervention à l&rsquo;acte II (il lit le message pour le père d&rsquo;Iris). <strong>Pablo García-López</strong> a davantage l&rsquo;occasion de briller dans l&rsquo;assez longue intervention du chiffonnier au début de l&rsquo;acte III, avec une voix bien posée, un aigu facile et un bon phrasé. On aura également apprécié la voix chaude et bien conduite de <strong>Carmen</strong> <strong>Solís</strong>, en particulier le mélancolique air de la geisha. Le <strong>Chœur du Teatro Real</strong> est impressionnant, homogène, sonore tout en restant musical. Les différents plans de la polyphonie de l&rsquo;Hymne au soleil sont rendus avec précision et clartés. Deux artistes du chœur, <strong>Iñigo</strong> <strong>Martín</strong> et <strong>Alexander</strong> <strong>González</strong>, interviennent en tant que solistes dans les rôles de deux autres chiffonniers avec des voix bien timbrées et qui passent la rampe malgré leur éloignement en fond de scène. Sous la baguette attentive et dévouée de <strong>Daniele Callegari</strong>, l&rsquo;<strong>Orchestre du Teatro Real</strong> rend parfaitement justice à la luxuriante orchestration de Mascagni et son éventail de couleurs. Le chef italien sait être attentif aux chanteurs et privilégie ici la douceur et la poésie sur les accents plus vifs ou dramatiques.</p>
<p>En dépit de la rareté de l&rsquo;œuvre, somme toute assez difficile, surtout en concert, le spectacle affiche complet ou presque. Le public est attentif et connaisseur, applaudissant par exemple les quelques airs aux bons endroits, et réserve un accueil chaleureux aux artistes au rideau final, dont une standing ovation bien méritée pour Ermonela Jaho.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="569" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Iris-0141-1024x569.jpeg" alt="" class="wp-image-201124"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup> © Javier del Real | Teatro Real</sup></figcaption></figure>


<p>Quelques heures plus tôt, près du Théâtre Royal, dans la rue Hileras, un ancien bâtiment en cours de transformation en hôtel s&rsquo;est effondré. Près de 40 ouvriers travaillaient sur le chantier et plusieurs d&rsquo;entre eux ainsi que l&rsquo;architecte du projet étaient recherchés sous les décombres. Les causes de l&rsquo;accident ne sont pas encore connues et le bilan est actuellement de quatre morts. Avant le début du spectacle, un message de solidarité a été lu : « Les artistes et les employés du Théâtre Royal qui participent au concert de ce soir expriment leur solidarité avec toutes les personnes touchées par l&rsquo;accident survenu dans la rue Hileras. Merci beaucoup. »</p>
<ol>
<li>
<pre>L’initiative en revient au Metropolitan Opera. Il faut dire que leurs autres couplages laissent songeurs.<em> Cavalleria rusticana</em> fut créé par la compagnie dès 1891 à l’occasion d’une tournée à Chicago, en première partie... du premier acte de <em>La Traviata</em> ! L'ouvrage fut ensuite associé à <em>Orfeo ed Euridice</em>, à la création locale de <em>Philémon et Beaucis</em> de Gounod, et enfin à <em>I Pagliacci</em> (le 22 décembre 1893) sans que ce couplage ne s’impose d’ailleurs immédiatement : ultérieurement, il fut encore joué avec <em>Philémon et Beaucis</em> (avec la scène de folie d’<em>Hamlet</em> en bonus), l’acte II de<em> L’Amico Fritz</em>, <em>La Traviata</em> (complète cette fois),<em> Lucia di Lammermoor</em>, les deux premiers actes de <em>Carmen</em>... De son côté,<em> I Pagliacci</em> y pouvait être associé à<em> Orfeo ed Euridice</em>,<em> Lucia di Lammermoor</em>, <em>La Fille du Régiment</em> ou donné tout seul. Ces couplages divers, parfois complètement baroques, avec des opéras ou des ballets, ont bien sûr eu lieu à travers le monde et pas seulement au Metropolitan qui offre le mérite d'avoir des archives en ordre !</pre>
</li>
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		<title>À Torre del Lago, Turandot malgré la pluie</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/a-torre-del-lago-turandot-malgre-la-pluie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Jul 2025 08:57:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Festival Puccini Torre del Lago se tient chaque année à proximité de la demeure du compositeur, face au Lac de Massaciùccoli. Comme toutes les scènes en plein air, le festival est soumis aux aléas de la météo et la représentation de Turandot du 25 juillet dernier a dû être interrompue, la pluie tombant à &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Le Festival Puccini Torre del Lago se tient chaque année à proximité de la demeure du compositeur, face au Lac de Massaciùccoli. Comme toutes les scènes en plein air, le festival est soumis aux aléas de la météo et la représentation de <em>Turandot</em> du 25 juillet dernier a dû être interrompue, la pluie tombant à partir du second entracte. Plutôt que d&rsquo;annuler sans rembourser <a href="https://www.forumopera.com/breve/demi-annulation-au-choregies-dorange-fallait-il-reporter/">comme à Orange récemment</a>, la direction du festival a fait amener un piano dans l&rsquo;immense foyer situé sous les gradins : solistes et chœurs ont ainsi pu interpréter le dernier acte dans sa quasi totalité, devant un public émerveillé de cette proximité unique avec les artistes.</p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="operaclassica: video di alcuni momenti di Turandot s Torre Del Lago, 2025" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/ch5AH23ru4o?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
</div></figure>
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		<item>
		<title>PUCCINI, La Fanciulla del West — Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-fanciulla-del-west-hambourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Mar 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=185879</guid>

					<description><![CDATA[<p>Créée en 2015, la production de Vincent Boussard transpose l&#8217;action dans une époque moderne indéterminée. N&#8217;étaient des costumes bigarrés disparates qui semblent parfois sortis d’un défilé de mode branchouille (ils sont co-signés par l&#8217;ancien couturier Christian Lacroix), on pourrait se croire dans le Midwest des États-Unis, ou au Canada, en Colombie-Britannique, quelque part du côté &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-la-fanciulla-del-west-hambourg/"> <span class="screen-reader-text">PUCCINI, La Fanciulla del West — Hambourg</span> Lire la suite »</a></p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Créée en 2015, la production de<strong> Vincent Boussard</strong> transpose l&rsquo;action dans une époque moderne indéterminée. N&rsquo;étaient des costumes bigarrés disparates qui semblent parfois sortis d’un défilé de mode branchouille (ils sont co-signés par l&rsquo;ancien couturier Christian Lacroix), on pourrait se croire dans le Midwest des États-Unis, ou au Canada, en Colombie-Britannique, quelque part du côté des prospecteurs de gaz de schiste. La modernisation est plaisante et plutôt bien vue, mais elle fait l&rsquo;impasse sur quelques ressorts du livret. À l&rsquo;époque de la <em>Ruée vers l’or</em> (1849-1850) en effet, les prospecteurs sont des déclassés qui espèrent faire fortune et qui ont rompu leurs attaches avec le Nord industriel. La justice était sommaire voire inexistante et l&rsquo;argent difficile à gagner : ceci explique la méfiance des prospecteurs envers les nouveaux venus (ici, Dick Johnson) et leur rapidité à condamner à la pendaison un simple tricheur sans procès (ce ne sont pas eux qui auraient opté pour une peine de substitution). De nos jours, les prospecteurs ne sont que de simples salariés qui ne s&rsquo;enrichiront jamais autant que ceux qui les emploient : le rêve américain a du plomb dans l&rsquo;aile. Par ailleurs, contrairement à ce que l&rsquo;on imagine généralement, <em>La Fanciulla del West</em> ne se termine d’ailleurs pas vraiment par un <em>happy end</em>. Certes, Dick Johnson échappe à la mort, mais il est condamné avec Minnie à abandonner sa quête d&rsquo;un avenir meilleur. Leurs rêves de bonheur sont irrémédiablement brisés : la pièce originale de Belasco est encore plus claire à ce sujet, l&rsquo;auteur faisant suivre la scène de pardon (la dernière dans l&rsquo;opéra) par une ultime scène où les deux amants retournent vers l&rsquo;Est en pleurant sur leurs espoirs détruits. La transposition fait l&rsquo;impasse sur cette dimension et nous montrent même des amants réjouis au milieu des lamentations de leurs anciens compagnons, malentendu classique. Cette réserve exprimée, la production tient la route, avec de beaux moments de théâtre. La direction d&rsquo;acteurs est en effet impeccable, crédible et fouillée dans le détail. Le déroulé dramatique est quasi cinématographique, mais dans un univers visuel un brin déjanté très spectaculaire. On exprimera néanmoins une réserve sur le manque de crédibilité de la scène où Dick Johnson blessé vient se cacher dans la maison de Minnie : selon le livret, Dick est caché dans le grenier ; ici, il est étendu dans un escalier, à la vue de tous, et on se demande comment Rance fait pour ne pas le voir. Les décors sont originaux dans leur esthétique et dramatiquement efficaces. À quelques détails près donc, le spectacle est original et réussi et tient parfaitement la route, dix ans après sa création.</p>
<p>Remplaçant Paolo Cargnani qui lui même se substituait à Antonino Fogliani,<strong> Francesco Ivan Ciampa</strong> n’a sans doute pas mesuré pleinement les conditions d’équilibre entre le plateau et la fosse. L&rsquo;orchestre est superbe mais le chef italien le laisse se déchainer sans retenue dans un maelström épuisant couvrant continuellement les voix, qu’il s’agisse des chœurs ou des solistes (lesquels ne sont pourtant pas les premiers venus en terme de puissance de projection). La direction est dynamique mais assez classique. Ce fracas constant n’a même pas le mérite d’éclairer la complexité de la partition, peu de détails particuliers ressortant de la fosse, à quelques rares exception près : par exemple les percussions qui viennent souligner le galop du cheval du postillon, ou encore de l&rsquo;imitation de hennissement lorsqu&rsquo;est évoqué l&rsquo;épisode de la mâchoire d&rsquo;âne de Samson.</p>
<p><strong>Anna Pirozzi</strong> campe une Minnie maternelle, figure protectrice et réconfortante de la troupe des mineurs. La voix est souple, et le soprano offre des aigus puissants dénués de dureté. Le médium et le grave, particulièrement sollicités, sont moins prégnants, la voix manquant un peu de la largeur attendue pour le rôle (et ce n’est pas le chef qui aide). On a ainsi davantage l’impression d’entendre un <em>soprano spinto</em> verdien que l&rsquo;authentique <em>soprano drammatico</em> effectivement requis (Anna Pirozzi chante avec talent des rôles de <em>soprano drammatico d&rsquo;agilità</em> comme Lady Macbeth ou Abigaile, mais dans le cas de Minnie, nulle agilité n&rsquo;est requise). <strong>Gregory Kunde</strong> faisait ce soir sa prise de rôle en Dick Johnson. L&rsquo;orchestre de Puccini est plus clément avec le ténor, et le chanteur américain souffre moins du déluge de décibels émanant de la fosse. Ses deux airs sont des miracles d’intelligence vocale dans lesquels son passé belcantiste viennt appuyer une voix qui a évolué vers les emplois de <em>spinto</em>. Les aigus sont percutants, confondant d’aisance, mais sans compromission avec la noblesse du chant : Kunde campe ainsi un Dick Johnson à la fois émouvant par les nuances de son chant, et excitant par son énergie. Bien dirigé, le ténor américain témoigne de qualités d’acteurs qu’on ne lui a pas toujours connues. A titre d&rsquo;exemple, tous ses échanges avec Minnie au premier acte nous laissent sur une subtile impression d’indécision : on ne saisit pas la part de fourberie du voleur qui visite les lieux de son futur larcin et celle de la flamme amoureuse qui renait. Enfin, la complicité est parfaite entre Kunde et Pirozzi et, en dépit de la maturité des deux artistes, on finit par croire à cette intrigue amoureuse. On regrettera (mais c&rsquo;est le lot des théâtres de répertoire) que l&rsquo;on n&rsquo;ait pas profité de la présence de ces deux artistes pour donner la version du duo de l&rsquo;acte II modifié par Puccini pour la création romaine de 1922, laquelle se termine par un contre-ut pour les deux protagonistes (1). Avec sa silhouette longiligne qui domine le plateau, <strong>Claudio Sgura</strong> campe un Rance de grande prestance et d’une autorité naturelle. Vocalement, l’aigu est un peu blanc et la voix manque toutefois un peu de puissance, en particulier dans le contexte de cette exécution musicale. La composition théâtrale est en revanche très réussie, d’autant que le personnage du shérif est assez complexe : bas dans ses instincts libidineux, rancunier, d’une violence à peine contenue, mais aussi joueur, et empreint d’une certaine noblesse dans le respect de la parole donnée ou lorsqu’il se plie à contre-cœur à la clémence des mineurs (Scarpia par exemple se pose moins de questions et a moins de scrupules).</p>
<p>Puccini a prévu un nombre impressionnant de rôles secondaires, les dotant chacun d’une personnalité propre. Le ténor <strong>Andrew Dickinson</strong> est excellent en Nick (le serveur du bar philosophe), bien chantant et bon acteur. En Ashby, l&#8217;employé de la Wells Fargo, <strong>Han Kim</strong> offre une belle voix de basse, sonore et au timbre clair. On retrouve avec plaisir<strong> Tigran Martirossian</strong> en Sonora. Au début des années 2000, le baryton-basse s’illustra dans des rôles de premier plan, notamment dans le belcanto romantique, et son chant n’a rien perdu de ses qualités pour ce rôle de caractère. En Harry, <strong>Mziwamadoda Sipho Nodlayiya</strong> offre une voix haut perchée bien conduite, très séduisante. Le baryton <strong>David Minseok Kang</strong> rend avec délicatesse la romance nostalgique de Jake Wallace. La basse <strong>Grzegorz Pelutis</strong> campe bien le désespoir de Larkens pour lequel les mineurs se cotisent afin qu&rsquo;il puisse rentrer au pays. <strong>Nicholas Mogg</strong> est un Sid (le tricheur) veule à souhait. <strong>Charles Rice</strong> est un Bello véhément. Le ténor <strong>Ziad Nehme</strong> sait exprimer la délicatesse maladroite de Joe. Paul Kaufmann (Trin) est un efficace ténor de caractère. Physiquement et vocalement, le baryton-basse <strong>Keith Klein</strong> est épatant en <em>bad boy</em> (José Castro). Le rôle de Wowkle est très court mais <strong>Aebh Kelly</strong> sait attirer l&rsquo;attention par son beau timbre sombre de mezzo, et par sa composition d’une domestique revêche, indisciplinée et méfiante. Au premier acte, l&rsquo;intervention de Billy Jackrabbit, l&rsquo;amérindien amateur d&rsquo;eau-de-feu, est coupée, probablement jugée politiquement incorrecte en dépit de son triste réalisme : <strong>Mateusz Ługowski</strong> conserve ses répliques du début de l&rsquo;acte II et peut déployer une belle voix de basse au timbre chaud. L&rsquo;acte III permet d&rsquo;apprécier en solo le Happy expressif de&nbsp;<strong>William Desbiens</strong>. Comme on le voit, la troupe est de haut niveau, condition indispensable à la représentation de cet ouvrage exigeant, enfant préféré de son auteur mais qui n&rsquo;a jamais vraiment trouvé son public en dépit de ses qualités. Ajoutons que les chœurs sont également excellents.</p>
<pre>(1) Il existerait 8 versions de <em>La Fanciulla del West.</em> Dès la première, Arturo Toscanini avait d'ailleurs allégé certains détails de l'orchestration, avec la bénédiction de Puccini.</pre>
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		<title>LEONCAVALLO, I Pagliacci &#8211; Bologne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/leoncavallo-i-pagliacci-bologne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Dec 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Inauguré en 1763, le Teatro Comunale de Bologna est, parmi les salles lyriques majeures de la péninsule, l&#8217;un des théâtres les plus anciens encore peu près dans son jus (certaines loges disposent même de leurs décorations d&#8217;origine). Afin de moderniser la salle, celle-ci a été fermée pour travaux fin 2022 et devrait rouvrir à l&#8217;automne &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Mariangela-Sicilia-Nedda-Colombina_TCBO_2024-12-15_Pagliacci_Prima_D4_6376_©Andrea-Ranzi-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179856"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Andrea-Ranzi</sub></figcaption></figure>


<p>Inauguré en 1763, le Teatro Comunale de Bologna est, parmi les salles lyriques majeures de la péninsule, l&rsquo;un des théâtres les plus anciens encore peu près dans son jus (certaines loges disposent même de leurs décorations d&rsquo;origine). Afin de moderniser la salle, celle-ci a été fermée pour travaux fin 2022 et devrait rouvrir à l&rsquo;automne 2026. En attendant, des solutions transitoires ont été mises en place pour assurer la continuité de l&rsquo;activité lyrique, et la saison a désormais lieu dans une salle aménagée dans la zone d&rsquo;activités au nord de la ville, le <em>Comunale Nouveau,</em> d&rsquo;un peu moins de mille places, et constituée d&rsquo;un unique parterre légèrement incliné, aux sièges vert pomme. La fosse n&rsquo;étant pas enterrée, il faut des voix disposant d&rsquo;une projection conséquente pour passer le barrage de l&rsquo;orchestre. C&rsquo;est heureusement le cas pour la distribution réunie ce soir.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Mariangela-Sicilia-Nedda-Colombina-e-Gregory-Kunde-Canio-Pagliaccio_TCBO_2024-12-15_Pagliacci_Prima_D4_6334_©Andrea-Ranzi-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179851"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Andrea-Ranzi</sub></figcaption></figure>


<p>Dans le rôle de Canio, <strong>Gregory Kunde</strong> n&rsquo;en finit pas de nous étonner. L&rsquo;aigu reste d&rsquo;une vaillance à toute épreuve, sans trace d&rsquo;usure, avec des aigus dardés percutants. La voix est étonnamment dépourvue de tout vibrato intempestif. Surtout, le timbre sait se colorer pour accompagner les tourments du personnage. La composition est ainsi remarquable, avec un sens donné à chaque mot et un jeu de scène convaincant. La crédibilité de la caractérisation est renforcée par la maturité de l&rsquo;interprète, le ténor américain faisant ressortir de manière particulièrement sensible l&rsquo;échec de la rencontre entre Canio et Nedda, amour tardif trop beau pour être vrai pour l&rsquo;un, opportunité de sortir de la fange pour l&rsquo;autre. Une performance triomphalement accueillie aux saluts. L&rsquo;affrontement final est d&rsquo;autant plus réussi que <strong>Mariangela Sicilia</strong> est une Nedda particulièrement investie, qui joue avec ses tripes, et la scène donne le frisson. Mais le chant sait aussi se faire plus délicat, avec un « Stridono lassú » d&rsquo;entrée vibrant de nostalgie. Là encore, la salle salue avec enthousiasme cette composition.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Gregory-Kunde-Canio-Pagliaccio-e-Mariangela-Sicilia-Nedda-Colombina-e-Mario-Cassi-Silvio_TCBO_2024-12-15_Pagliacci_Prima_D4_6366_©Andrea-Ranzi-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179869"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Andrea-Ranzi</sub></figcaption></figure>


<p>Remplaçant en dernière minute Roman Burdenko (1), Tonio claironnant et dramatiquement idéal deux jours plus tôt, <strong>Badral Chuluunbaatar</strong> est une découverte intéressante. Le jeune baryton mongol est un récent deuxième prix à l&rsquo;édition 2022 du <a href="https://www.forumopera.com/breve/sara-cortolezzis-1er-prix-du-concours-international-des-voix-verdiennes/">Concours international des voix verdiennes</a> (si l&rsquo;on songe à <a href="https://www.forumopera.com/breve/le-prix-ettore-bastianini-2024-attribue-a-amartuvshin-enkhbat/">Amartuvshin Enkhbat</a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-la-traviata-paris-philarmonie/">Ariunbaatar Ganbaatar</a>, on peut dire que la Mongolie a le vent en poupe en ce qui concerne les barytons). La voix est toutefois encore verte, la projection un peu inférieure à celle de ses partenaires. L&rsquo;aigu est un peu vibrillonnant. S&rsquo;il conclut son « Si può? » par un beau sol aigu, le baryton évite le la bémol précédent, l&rsquo;une et l&rsquo;autre notes ne figurant d&rsquo;ailleurs pas dans la partition originale (le compositeur ne voulait pas obliger les chanteurs moins bien dotés à forcer leurs voix mais avait admis ces transpositions). L&rsquo;incarnation est fine, dépourvue d&rsquo;histrionisme. <strong>Paolo Antognetti</strong> est un Beppe un brin atypique. Dans ce rôle souvent défendu par des voix un peu droites et parfois étroite de projection, le ténor offre une émission lyrique avec une voix puissante et corsée. <span style="font-size: revert;"><strong>Mario Cassi</strong> est un Silvio au timbre agréable, offrant une grande variété de nuances dans l&rsquo;expression de son personnage. <strong>Sandro Pucci</strong> et <strong>Francesco Amodio </strong>chantent impeccablement les quelques phrases des deux paysans. Au global, ce qui frappe le plus dans cette version du chef d&rsquo;oeuvre de Leoncavallo, c&rsquo;est la qualité sans compromis du chant dans un répertoire trop souvent mal desservi vocalement.</span></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Mariangela-Sicilia-Nedda-Colombina-e-Mario-Cassi-Silvio_TCBO_2024-12-15_Pagliacci_Prima_D4_6187_©Andrea-Ranzi-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179852" width="911" height="607"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Andrea-Ranzi</sub></figcaption></figure>


<p>En vieux routier des scènes italiennes, <strong>Daniel Oren</strong> offre une direction efficace et passionnée, attentive aux chanteurs sans pour autant perdre de vue l&rsquo;arc dramatique. Le chef italien rouvre les coupures traditionnelles, mettant en évidence certains passages où l&rsquo;écriture du compositeur se révèle plus originale. La réplique finale, « La commedia è finita!! », initialement écrite pour Tonio, est en revanche chantée ici par Canio comme le veut la tradition (Caruso s&rsquo;était attribué cette conclusion en 1895). L&rsquo;Orchestre du Teatro Comunale est vif, mordant et précis, avec une belle sonorité. Les chœurs, y compris les voix blanches, sont absolument parfaits vocalement, et impressionnants de puissance. De plus, chacun semble avoir été individuellement coaché pour donner à la foule des villageois une parfaite impression de naturel.&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Gregory-Kunde-Canio-PagliaccioTCBO_2024-12-15_Pagliacci_Prima_D4_6231_©Andrea-Ranzi-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-179849"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Andrea-Ranzi</sub></figcaption></figure>


<p>La mise en scène de <strong>Serena Sinigaglia</strong> est simple et astucieuse. Pendant le Prologue, des techniciens achèvent de monter le décors, embarrassés par la présence du public et distraits par les interventions de Tonio « en civil » chipant vêtements ou objets de scène. Canio chante son « Vesti la giubba » entouré de paysans maniant la faux. Les dimensions des dégagements étant limitées, les décors de <strong>Maria Spazzi</strong> sont sobres mais élégants et la troupe des clowns est augmentée intelligemment de quelques jongleurs et acrobates. Les costumes de <strong>Carla Teti</strong> se parent de tons pastels nostalgiques. Les éclairages de&nbsp;<strong>Claudio De Pace</strong> sont très réussis, rendant bien compte du temps qui passe et de la nuit qui tombe.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Badral-Chuluunbaatar-Tonio-Taddeo_TCBO_2024-12-14_Pagliacci_Generale_2Cast_D4_5020_©Andrea-Ranzi-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-179860"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Andrea-Ranzi</sub></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;ouvrage est donné sans le traditionnel <em>Cavalleria rusticana</em> en première partie, avec un tarif adapté toutefois. Un entracte est inséré entre les deux actes (le premier se conclut par le « Vesti la giubba » et le second commence par l&rsquo;Intermezzo qui reprend le même thème musical, associé à celui du « Si può? » du Prologue). Ce choix permet de densifier la soirée mais interrompt aussi la progression dramatique de l&rsquo;ouvrage.</p>
<ol>
<li>
<pre>Entendue le 18, la seconde distribution est dominée par <strong>Roman Burdenko</strong>, qui chante un Tonio fracassant entre deux représentations de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-rigoletto-paris-opera-bastille/"><em>Rigoletto</em> à Bastille</a>, baryton d'une incroyable aisance vocale sur toute la tessiture (la bémol compris) et acteur excellent (il faut le voir en amoureux timide et attachant quand il tente de séduire Nedda). <strong>Mikheil Sheshaberidze&nbsp;</strong>est une authentique voix de lyrico-spinto (typologie devenue rare en raison d'un certain désamour du public), encore un peu limitée en termes de projection. <strong>Francesca Sassu </strong>offre un timbre agréable et une interprétation sensible mais souffre de la puissance de l'orchestre. Scéniquement impeccable, <strong>Marcello Rosiello</strong> sait tirer le meilleur du rôle un peu ingrat de Silvio.</pre>
</li>
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		<title>BRITTEN, Billy Budd &#8211; Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/britten-billy-budd-vienne-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il a fallu un demi-siècle à Billy Budd, créé en 1951 à Covent Garden, pour s’amarrer en Autriche, au Staatsoper de Vienne, dans une mise en scène de Willy Decker encore à l’affiche cette saison. Cela explique un parti pris scénique que l’on peut trouver sage. S’agissant à l’époque d’une création, même tardive, il aurait &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il a fallu un demi-siècle à <em>Billy Budd</em>, créé en 1951 à Covent Garden, pour s’amarrer en Autriche, au Staatsoper de Vienne, dans une mise en scène de <strong>Willy Decker</strong> encore à l’affiche cette saison. Cela explique un parti pris scénique que l’on peut trouver sage. S’agissant à l’époque d’une création, même tardive, il aurait été malvenu de prendre à rebrousse-poil un public considéré – à tort ou à raison – comme conservateur. Aujourd’hui, un degré de lecture supplémentaire ne nuirait pas à la représentation d’une œuvre qui en ce premier quart du XXIe siècle ne fait plus figure de découverte.</p>
<p>Dans un décor claustrophobe, composé de panneaux qui se déplacent au gré de l’action pour matérialiser cale, ponts et quartiers du capitaine, la mer s’avère moins présente que ne le suggère la musique. Tout juste aperçoit-on un bout d’océan dans un angle en fond de scène. Importent d’abord le navire et ses hommes que les costumes de Wolfgang Gussmann aident à hiérarchiser – marins ou officiers – avec pour inconvénient majeur leur individualisation. C’est à leur silhouette, et non à leur tenue, que l’on distingue non sans mal les protagonistes. Seuls se détachent sans ambiguïté Billy Budd, en blanc, et John Claggart en noir – incarnation respective du bien et du mal. On ne saurait faire plus explicite.</p>
<p>Le premier bénéficie de la jeunesse de <strong>Huw Montague Rendall</strong>, atout non négligeable pour rendre crédible un rôle dont l’innocence est clé. Si le baryton parvient à incarner à l’évidence ce personnage d’idiot – au sens dostoïevskien du terme –, la matité du timbre ne l’aide pas dans les scènes de foule à se démarquer des autres hommes d’équipage. C’est dans sa dernière aria que le chanteur se hisse au niveau de sa réputation naissante, lorsque suspendue entre cordes et flûte, la musique lui offre, à la manière d’un lied, l’occasion de faire valoir l’intelligence d’un chant remarquable de ligne, d’égalité et d’intériorité.</p>
<p>A l’inverse, dès ses premières répliques, <strong>Brindley Sherratt</strong> investit intégralement l’âme damnée du Capitaine d’armes jusqu’en ses recoins les plus inavouables. La scène du 2<sup>e</sup> acte, souvent comparée au Credo de Iago dans <em>Otello</em>, glace littéralement le sang. Aucun adjectif mieux que noir ne peut décrire une voix qui compte à son palmarès les rôles les plus sépulcraux du répertoire&nbsp;: Sarastro, Gurnemanz, Hunding… Cette noirceur s’exerce sans effort, naturellement a-t-on envie d’écrire. C’est là, indépendamment de sa force de projection, la raison de l’effet qu’elle produit, effrayante car comme expurgée de tout artifice théâtral. Le mal fait chant, en quelque sorte.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Billy-Budd_14_KUNDE_SHERRATT-%C2%A9-Wiener-Staatsoper_Sofia-Vargaiova-1294x600.jpg">© Wiener Staatsoper / Sofia Vargaiová</pre>
<p>Sommet de ce triangle dramatique, Edward Fairfax Vere trouve en <strong>Gregory Kunde</strong> un interprète d’exception. A plus de 70 ans, à l’automne d’une carrière qui a exploré toutes les facettes de la voix de ténor – du <em>contraltino</em> rossinien au <em>lirico spinto</em> puccinien pour faire simple – le chanteur américain est de toute façon exception. Cette nouvelle prise de rôle le confirme. Il existe des affinités évidentes entre Kunde et le «&nbsp;starry Captain&nbsp;» penché sur le miroir de son passé. Mais celles-ci ne suffisent pas à expliquer sa présence – le pouvoir surnaturel car inexplicable par lequel l’artiste s’impose à une salle entière avant même d’avoir ouvert la bouche –, lorsque surgissant sur le côté de la scène, il traverse le prologue à pas de tortue, appuyé sur une canne, pour dès l’acte suivant, dans la force de l’âge et du pouvoir, se dresser sur ses certitudes face à un équipage magnétisé. Vere selon Kunde n’est pas la victime passive du combat entre le bien et le mal, mais un homme dans sa nuit, avec ses faiblesses et ses lâchetés, qui conformément aux vers de Hugo s’en va vers la lumière. Cette caractérisation magistrale s’accompagne d’une interprétation musicale sans peur et sans reproche, avec ce timbre argenté qui convient si bien aux tempes grises du Capitaine, le sens de la narration, l’autorité rugissante, la vaillance inaltérée dans l’aigu et, héritage du belcanto, l’utilisation du souffle comme vecteur d’expression.</p>
<p>Point n’est ensuite besoin d’entrer dans le détail de l’équipage. Tous, grades et tessitures confondus, remplissent les conditions de leur rôle&nbsp;; aucun ne dépare la qualité d’ensemble, du novice doucereux de <strong>Hiroshi Amako</strong> au Dansker bourru de <strong>Dan Paul Dumitrescu</strong>.</p>
<p>Orchestre et chœur du Staatsoper trouvent dans la partition matière à faire valoir leur excellence, ce dernier surtout auquel échoient les passages les plus spectaculaires, d’une puissance inégalée. Deux éléments sont clés dans l’orchestration de <em>Billy Budd</em>, selon <strong>Mark Wigglesworth</strong>, le directeur musical de cette reprise&nbsp;: les percussions, notamment les tambours, chargées d’exprimer les conflits, intérieurs et extérieurs&nbsp;; les couleurs sombres de la partition avec l’usage de bois graves, «&nbsp;comme si tout venait des profondeurs du navire&nbsp;». Cette compréhension du langage musical de Britten induit une absence de lyrisme au profit de la tension nerveuse et d’une angoisse sourde qui font accueillir les dernières mesures de l’œuvre avec soulagement.</p>
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