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	<title>Susan GRITTON - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Susan GRITTON - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>The Rape of Lucretia</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/phallus-et-orchidees/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 31 Jan 2013 21:09:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Malgré sa légitimation shakespearienne (The Rape of Lucrece est, avec Venus and Adonis, l’autre grand poème narratif de l’auteur de Hamlet), The Rape of Lucretia fut sans doute le premier opéra anglais où figurait le mot « phallus » ; la censure impitoyable, qui avait exigé le retrait de certaines répliques jugées scabreuses (voir &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Malgré sa légitimation shakespearienne (<em>The Rape of Lucrece</em> est, avec <em>Venus and Adonis</em>, l’autre grand poème narratif de l’auteur de <em>Hamlet</em>), <em>The Rape of Lucretia</em> fut sans doute le premier opéra anglais où figurait le mot « phallus » ; la censure impitoyable, qui avait exigé le retrait de certaines répliques jugées scabreuses (voir <a href="http://www.forumopera.com/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&amp;cntnt01articleid=4473&amp;cntnt01returnid=34">brève</a>), n’entendit pas malice au passage où Lucretia est soudain prise de dégoût pour les orchidées, ignorant sans doute le sens de la racine grecque <em>orchi</em>. Dès 1946, l’année même de sa première à Glyndebourne, l’œuvre de Britten fut captée lors de concerts donnés en Angleterre ou sur le continent avec l’équipe vocale de la création, seul le chef – Ernest Ansermet en personne – ayant cédé sa baguette à des confrères britanniques moins illustres. Il s’écoula ensuite près d’un quart-de-siècle avant que le compositeur lui-même dirige une version de studio pour Decca, qui fut à son tour suivie de diverses prises, souvent live, sans oublier deux ou trois spectacles disponibles en DVD, la dernière intégrale de studio remontant à 1993, dirigée par Richard Hickox chez Chandos.<br />
			<br />
			La présente version est l’écho de deux concerts donnés en 2011 dans le cadre du Festival d’Aldeburgh, et elle réunit ce que l’école de chant anglais compte aujourd’hui de meilleur, sous la baguette du chef et compositeur <strong>Oliver Knussen</strong>, dont la direction souple et précise parvient à donner l’impression que l’œuvre a été écrite hier. De fait, il s’agit là d’un des sommets de la production brittenienne, qu’on regrette de ne pas voir plus souvent en France. Avec les deux choryphées, protagonistes essentiels de la partition, on retrouve un<strong> Ian Bostridge </strong>dont l’expressionnisme peut exaspérer, mais qui est ici en totale adéquation avec le style assez alambiqué du texte de Ronald Duncan ; quant à <strong>Susan Gritton</strong>, la voix moirée de cette grande haendélienne convient fort bien elle aussi à la déclamation historico-mystique du Female Chorus. En Tarquinius, <strong>Peter Coleman-Wright</strong> trouve un rôle où ses accents parfois appuyés de « méchant » ne sont pas trop malvenus, tandis que <strong>Christopher Purves</strong>, le baryton-basse qui monte, donne une immense noblesse à l’infortuné Collatinus. Autour d’eux, les seconds rôles s’avèrent irréprochables.</p>
<p>			Reste le problème de Lucretia <em>herself </em>: si son temps de présence sur scène ne fait pas nécessairement d’elle le personnage le plus important de l’œuvre, elle n’en est pas moins une figure centrale, surtout lorsque l’on songe que la créatrice du rôle ne fut autre que Kathleen Ferrier. En mai 1943, la contralto avait chanté avec Peter Pears dans <em>Le Messie</em> à la cathédrale de Westminster, et c’est là que Britten l’avait entendue. Malgré ses réticences envers le genre opératique, elle finit par se laisser persuader de créer <em>The Rape of Lucretia</em>, que le compositeur avait très vraisemblablement conçu en songeant à cette voix à la fois chaude et virginale. Sans ses problèmes de santé, elle aurait dû à nouveau s’y produire en 1951 pour le Festival of Britain. Janet Baker reprit plus tard le flambeau, et toutes les grandes mezzos anglaises ont eu à cœur d’interpréter ce personnage. Qu’a de commun <strong>Angelika Kirchschlager </strong>avec Kathleen Ferrier ? Pas grand-chose, on s’en doute. Avant la version ici immortalisée, la mezzo autrichienne avait été Lucretia sur scène, à Vienne, en février 2010 et en février 2011. Sa diction anglaise n’est pas en cause, mais tout simplement son adéquation vocale au rôle. Dans les passages les plus graves, Kirchschlager est obligée de s’inventer une voix, beaucoup plus proche du parlé que du chanté. Il s’en dégage bien sûr un effet dramatique certain, mais ces accents gutturaux semblent à cent lieues de ce qu’avait pu souhaiter Britten.</p>
<p>			 </p>
<p>			 <br />
			 </p>
<p>			 </p>
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		<title>Dialogues des Carmélites</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/dialogues-des-carmelites-cocktail-tcherniakov/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 May 2011 15:47:35 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est des partis pris qui laissent perplexe et cette version des Dialogues des Carmélites de Dmitri Tcherniakov produit cet effet-là. Certes, il est toujours passionnant de découvrir la relecture d’une œuvre dont les images et l’interprétation semblent s’imposer d’évidence dans leur intemporalité figée, surtout quand le résultat obtenu diffère largement de toutes les adaptations &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>          Il est des partis pris qui laissent perplexe et cette version des <em>Dialogues des Carmélites</em> de <strong>Dmitri Tcherniakov</strong> produit cet effet-là. Certes, il est toujours passionnant de découvrir la relecture d’une œuvre dont les images et l’interprétation semblent s’imposer d’évidence dans leur intemporalité figée, surtout quand le résultat obtenu diffère largement de toutes les adaptations qu’on a pu voir. Mais s’éloigner à ce point du projet originel paraît à peine imaginable. Ce n’est plus le Carmel à Compiègne, mais les <em>Raisins de la colère</em> dans un improbable goulag qui tintinnabule chez les Soviets. Le stalag « goulaguisé » ou sectarisé qui sert d’arrière-plan culturel, historique et idéologique donne à ce tableau sordide, froid et décalé un sens <em>a priori </em>précis : le Carmel est ici un carcan et une prison mais qui n’a strictement rien de religieux. Aucune dimension spirituelle n’est possible, ce qui va à l’encontre de l’œuvre tant de Bernanos que de Poulenc.</p>
<p> </p>
<p>En effet, le couvent est remplacé par une structure de bois réduite à une charpente garnie de transparents qui opèrent d’emblée une claustrophobie et un confinement à l’édifice. L’isolement, l’éloignement du monde, la règle quasi inhumaine sont ici stigmatisées, d’accord, mais la distance ainsi conférée est-elle souhaitable pour les oreilles du public ? L’opéra de Poulenc est intimiste et se fait l’écho de drames intérieurs incommensurables qui paraissent bien distants à la vision de ce DVD et qui l’étaient peut-être tout autant dans la salle du Staatsoper de Munich… 1 Les Carmélites, quant à elles, ne portent pas le voile mais pour la plupart des cheveux longs et des vêtements contemporains de laine grossière et de coupe laide. Comble de l’inélégance, un pan de chemisier qui dépasse d’un pull qui ne valorise évidemment pas les rondeurs de la pauvre <strong>Susanne Resmark</strong>. On lui intime l’ordre de quitter sa défroque, qu’à cela ne tienne, la voilà en soutien-gorge. Il s’agit de boire le calice jusqu’à la lie : ce calvaire met cependant magnifiquement en valeur une interprétation superbe et autoritaire. Cela dit, les lumières de <strong>Gleb Filshtinsky</strong> transcendent une scène finalement pas si désagréable à regarder par l’emploi d’une lumière mordorée qui adoucit les hideuses ampoules nues à l’éclairage cru – il y a donc tout de même quelque chose de divin et de transcendant dans cette production postmarxiste ou postmoderne, si l’on cherche bien…</p>
<p> </p>
<p>L’agonie de la Prieure est évidemment sans concession et toute dignité est à oublier dans la peur de la mort devenue immonde et les affres du doute que traverse Madame de Croissy. <strong>Sylvie Brunet </strong>est formidable dans ce rôle où, toute coquetterie ravalée, elle se vautre – on se croirait face à un moulage de Duane Hanson – et terrifie le spectateur. Vocalement, on l’a déjà vu davantage à son aise mais sa prestation reste magnifique. Étant donné le parti pris de mise en scène, c’est encore ce tableau qui est le plus convaincant et le mieux réussi de l’ensemble.</p>
<p> </p>
<p>Le plateau vocal est par ailleurs de belle qualité. <strong>Susan Gritton</strong> est une Blanche de la Force touchante, fragile et habitée. Le timbre est clair et vibrant, tandis que jeunesse et fraîcheur caractérisent une prestation tout en nuances. La diction est cependant quelquefois difficile, ce qui est un défaut que partagent la plupart des interprètes pas toujours audibles et pas toujours en phase avec la prose très particulière de l’œuvre. <strong>Bernard Richter</strong> campe un Chevalier noble aux aigus délicats (le public lui réserve un triomphe mérité) alors que les graves d’<strong>Alain Vernhes</strong> soulignent la fragilité vocale plutôt que la maladie du Marquis de La Force. <strong>Hélène Guilmette</strong> est en pleine adéquation avec le rôle de Constance, empreint comme à l’habitude de candeur, de luminosité et d’angélisme ; <strong>Soile Isokoski</strong> est idéalement digne et magistrale en Madame Lidoine. Le reste de la distribution à l’avenant, ce qui accentue encore la frustration que l’on ressent au moment de la scène finale, forcément sublime, sauf dans cette production ! Oubliée la Révolution française et le tranchant de l’échafaud. Les sœurs sont barricadées dans leur cabane pour un suicide collectif au gaz quand Blanche survient et défonce la porte puis sauve une à une ses semblables avant qu’une explosion finale fasse tout sauter. On se pince pour y croire, sans rire&#8230; Il va sans dire que toute émotion est impossible dans pareil contexte. Dmitri Tcherniakov a pris la chose trop à la lettre : il a guillotiné l’œuvre en la vidant de tout sens. Heureusement que <strong>Kent Nagano</strong> réussit à sauver de ce naufrage un orchestre juste de ton et haut dans la couleur.</p>
<p> </p>
<p>D’une qualité très correcte – la haute définition doublée d’une maîtrise du cadrage y sont pour quelque chose –, ce DVD ne comporte cependant aucun complément. Voilà qui est bien dommage. On aurait aimé un entretien avec Dmitri Tcherniakov et son dramaturge, histoire de comprendre&#8230; Ah ! J’oubliais… Le metteur en scène s’explique dans la brochure : « Blanche apparaît. Elle a vaincu sa peur. Libérée du doute, elle tente avec courage d’empêcher la catastrophe imminente. Et au prix de sa vie, elle sauve les sœurs du Carmel ». On en reste sans voix.</p>
<p> </p>
<p>On suggère, pour la constitution d’une DVDthèque idéale, d’acquérir plutôt les <em>Dialogues des Carmélites </em>mis en scène à Strasbourg par Marthe Keller en 1999 2, avec une scène finale sublime dans sa sobriété où le couperet cinglant et les voix sectionnées une à une égrènent encore à nos oreilles un inoubliable et éthéré « Salve Regina » qui s’étrangle en même temps nos sanglots. C’est devant tant de beauté qu’on a envie de se retrouver en larmes. Certainement pas de pleurer devant le présent ratage.</p>
<p> </p>
<p><strong>Catherine Jordy</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p>1. Voir à cet égard <a href="http://www.forumopera.com/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&amp;cntnt01articleid=1629&amp;cntnt01detailtemplate=gabarit_detail_breves&amp;cntnt01dateformat=%25d-%25m-%25Y&amp;cntnt01lang=fr_FR&amp;cntnt01returnid=54">la critique de Pierre-Emmanuel Lephay </a><strong>qui s’emporte comme rarement et nous confirme : « </strong>les voix qui nous ont paru étouffées par cet espace exigu qui plus est, souvent assez éloigné de la fosse d’orchestre ».</p>
<p>2. DVD Arthaus Musik et Bel Air Media, direction musicale Jan Latham-Koenig, avec Anne-Sophie Schmidt, Laurence Dale, Hedwig Fassbender, Nadine Denize, Patricia Petibon, Valérie Millot, Didier Henry, Opéra national du Rhin, 1999.</p>
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		<title>POULENC, Dialogues des Carmélites — Munich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/dialogues-des-carmelites-munich-ce-sont-poulenc-et-bernanos-quon-assassine/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre-Emmanuel Lephay]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Apr 2010 07:20:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est rare que nous nous emportions dans ces pages, mais ici, la colère, sinon la rage, qui nous ont saisi à la vision de cette nouvelle production du chef-d’œuvre de Poulenc nous oblige à nous révolter contre ce que nous qualifierons de détournement par un metteur en scène obsédé par des lubies qu’il cherche &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>          Il est rare que nous nous emportions dans ces pages, mais ici, la colère, sinon la rage, qui nous ont saisi à la vision de cette nouvelle production du chef-d’œuvre de Poulenc nous oblige à nous révolter contre ce que nous qualifierons de détournement par un metteur en scène obsédé par des lubies qu’il cherche à plaquer sur tout ce qu’il touche : la réactualisation dans le monde contemporain, le suicide, les images-choc.<br />
Nous avions peu goûté la <em>Khovantchina</em> du metteur en scène russe <strong>Tcherniakov</strong>  dans ce même théâtre il y trois ans, tout en reconnaissant à son travail une grande maîtrise et une grande intensité dramatique. Ici, la maltraitance qu’il fait subir à ces <em>Dialogues</em> occulte toutes les qualités similaires que l’on pourrait y trouver.<br />
Pour commencer, point de carmélites dans cette vision « désacralisée » : tout se passe dans une communauté de femmes &#8211; qui évoque les quakers sinon une secte &#8211; vivant recluse dans une « maison » en bois. Tout ou presque l’opéra se déroulera entre ces quatre murs. Cette maison bouge (assez gratuitement il faut avouer et avec un désagréable bruit de petit moteur) au gré des tableaux sur une scène complètement vide. Il n’est pas sûr que ce dispositif scénique avantage les voix qui nous ont paru étouffées par cet espace exigu qui plus est, souvent assez éloigné de la fosse d’orchestre.<br />
Aucune référence visuelle à la religion donc, alors que tout le livret et la musique ne cessent d’y faire allusion : latin, cloches, croix, autel, prie-Dieu, statue de l’enfant-Jésus&#8230; Seule celle-ci est présente (et vient donc ici comme un cheveu sur la soupe) : mais comment faire autrement puisque Blanche casse malencontreusement cette petite statue !? C’est dans de petits détails comme ceux-ci que l’inadéquation entre ce que l’on voit et ce que l’on entend est criante.<br />
Il n’y a bien sûr pas plus de référence faite à la Révolution française, l’action étant transposée dans une sorte d’état policier aux fonctionnaires peu scrupuleux (dont l’un d’eux vient hurler dans un mégaphone la condamnation à mort des « religieuses », un vrai massacre musical).<br />
Si jusque là, il n’y a, à la limite, rien de bien choquant (mais beaucoup d’absurdité), nous trouvons pour notre part de telles transformations bien vaines car qu’apportent-elles à l’œuvre ? Pas grand chose à vrai dire&#8230; Surtout, elles semblent viser à mettre en avant ce qui intéresse le plus Tcherniakov : le parcours de Blanche (depuis la peur jusque, non pas au courage, mais au comble du courage : l’héroïsme, ce qui n’est absolument pas le propos de Bernanos) et celui de Mère Marie qui apparaît toujours bridée par ses supérieures et s’opposant toujours avec virulence à celles-ci. C’est considérer la chose de manière bien contestable, car ce qui oppose Mère Marie à Mme Lidoine par exemple, n’est pas tant l’exercice du pouvoir que celui de l’exercice religieux et de l’orientation spirituelle.<br />
On pourra en outre être choqué par un Marquis de la Force bien peu concerné par sa fille (il quitte la scène avant même que celle-ci ait fini d’expliquer son choix de retraite chez les carmélites !) et dont la bonté (que Blanche évoque) est totalement absente (il devient même détestable et arrogant, par exemple en giflant son fils sans que l’on en comprenne vraiment la raison). Le Chevalier de la Force fera de même lors de son entretien avec sa sœur : il la quitte avant qu’elle ait fini son propos, ce qui, là encore, est en contradiction avec Bernanos. Le Chevalier « n’abandonne » en effet pas Blanche à son sort, il abdique par incommunicabilité entre lui et sa sœur. En outre, il ne peut saisir la motivation profonde de Blanche : c’est elle qui abandonne son frère, et tout ce qu’il représente &#8211; la famille, le monde, la peur &#8211; et non l’inverse.<br />
Notons encore dans la direction d’acteurs, de nombreuses situations sur-jouées : les sœurs se moquant ouvertement de Blanche par des rires (quand elle casse la statue de l’enfant-Jésus, quand elle est suspectée de voter contre la décision du martyre&#8230;), Mère Marie maltraitant la Prieure lors de son agonie, apprenant le résultat du vote au sujet du martyre ou encore cherchant à « dominer » Blanche presque par sadisme (alors qu’il s’agit pour Bernanos de protection : Mère Marie prend les bonnes décisions à la place de Blanche qui en est incapable). Et passons sur le ridicule d’une Mme Lidoine grillant une cigarette à la fenêtre&#8230; <br />
 <br />
Mais le plus grave réside dans la scène finale complètement détournée, à commencer dans le programme où l’action est ainsi résumée par Dmitri Tcherniakov lui-même : « Sous le regard d’une foule immense, les sœurs se préparent à leur martyre. Blanche apparaît. Elle a vaincu sa peur. Libérée du doute, elle tente avec courage d’empêcher la catastrophe imminente. Et au prix de sa vie, elle sauve les sœurs du Carmel »&#8230; Tcherniakov a donc osé : les sœurs, plutôt que de se laisser conduire à la guillotine, décident de se suicider en s’asphyxiant au gaz dans leur cabane barricadée de l’intérieur. Mais cela ne suffisait pas. Blanche défonce la porte de la maison, sort les sœurs une par une puis meurt dans l’explosion des bouteilles (causée par quoi d’ailleurs ?), le tout sous la surveillance impavide de vigiles qui auront préalablement entouré la maison d’un périmètre de sécurité (s’ils sont là pour veiller au bon déroulement de « l’exécution », pourquoi n’interviennent-ils pas et n’empêchent-ils pas Blanche d’agir ??). Cette réécriture de la scène, tout bonnement scandaleuse et donc, illogique en soi, est bien entendu en total contresens du livret et de la musique : le nombre de sœurs chantant le Salve Regina va en effet diminuant, au fur et à mesure de la guillotine, alors qu’ici, à la limite, il devrait aller grandissant, au fur et à mesure de la sortie des sœurs de la maison ! Par ailleurs, on entend bien la guillotine, mais il n’y a aucune raison scénique à ce bruit terrible.<br />
Tout d’abord consterné par ce que nous vîmes, nous sentîmes la colère et l’indignation monter au fur et à mesure de la scène, au point de lâcher malgré nous, et au grand dam de nos voisins, un sonore « n’importe quoi » au moment de l’explosion. Que <strong>M. Tcherniakov </strong>soit rebuté par la religion et ses signes, grand bien lui en fasse, mais qu’il ne mette pas en scène une œuvre qui hurle sa Foi et surtout, qu’il ne modifie pas une histoire &#8211; qui plus est authentique &#8211; en totale contradiction avec le livret et la musique. C’est comme si Don José et Carmen repartaient bras dessus bras dessous ou comme si Brünnhilde fichait le camp avec Hagen au lieu de s’immoler.<br /><strong>Mais surtout, comment Kent Nagano, cet ardent défenseur de la partition, à qui on doit un enregistrement capital de l’œuvre (qui égale, sinon surpasse, celui assez « vieille France » de Pierre Dervaux), a-t-il pu laisser faire une telle abomination ? </strong>N’est-il pas du devoir d’un directeur musical de freiner de telles ardeurs d’un metteur en scène qui maltraite autant l’œuvre ? On voit bien des chanteurs ou des metteurs en scène claquer la porte des répétitions, pourquoi pas un chef d’orchestre ? Le massacre qu’a infligé <strong>M. Tcherniakov</strong> à ce joyau de notre patrimoine lyrique que constituent <em>Dialogues des Carmélites</em> est inqualifiable et absolument révoltant. Il est des limites qui ont ici été outrageusement dépassées.</p>
<p>Nous aurions certes perdu un chef admirable, car <strong>Kent Nagano</strong> connaît ses <em>Dialogues</em> sur le bout des  doigts.  Le chef offre une lecture un peu différente de celle de son enregistrement : moins sobre, un peu plus extérieure sinon spectaculaire par moments (au point de couvrir parfois un peu les chanteurs), elle garde par contre les immenses qualités qui permettent à la partition de briller, à commencer par une grande lisibilité, un grand soin apporté aux textures, notamment dans les admirables interludes, et une grande intensité dramatique. Les couleurs du <strong>Bayerisches Staatorchester</strong> sont certes moins idoines que celles d’un orchestre français (notamment les bois, si sollicités par Poulenc) mais s’en tire avec les honneurs (même si l’on aurait aimé un cor anglais plus solide) avec notamment des <em>tutti</em> superbes.</p>
<p>Nous autres français sommes plutôt intransigeants lorsque nous entendons un opéra dans notre langue, surtout lorsque le texte est d’une qualité supérieure, comme c’est particulièrement le cas ici. Même s’il faut bien avouer que nous ne le comprîmes pas intégralement, il fut plutôt bien défendu dans son ensemble.<br />
Tout commence d’ailleurs parfaitement à ce niveau avec l’échange entre le Marquis d’un A<strong>lain Vernhes</strong> cependant un peu décevant (allant jusqu’à être en décalage rythmique et détonnant à une reprise) et le Chevalier de <strong>Bernard Richter,</strong> lui tout à fait admirable : projection, articulation impeccable, chant stylé aux aigus parfaitement amenés et maîtrisés, le tout avec une très jolie voix de ténor, bref, une totale réussite.<br />
La Blanche de <strong>Susan Gritton</strong>, dont le français est perfectible, ne fut pas tout à fait convaincante. Si elle arrive à traduire tout le pathétisme du parcours de Blanche, elle peine à en camper toute la fragilité et l’innocence par une voix peut-être un peu trop lyrique et qui manque par ailleurs d’un poil de puissance.<br />
Admirable par contre la Madame de Croissy de <strong>Sylvie Brunet </strong>dont la « filiation » avec Rita Gorr saute aux oreilles des habitués de la version discographique de Nagano : même couleur de la voix, même « raucité » (sans notion péjorative), même intensité dramatique, même aura scénique, même soin dans le mot. À nouveau une très belle réussite dans le parcours de cette chanteuse que nous aimons chaque fois davantage et qui accède enfin aux scènes de première importance.<br />
La Mère Marie de <strong>Susanne Resmark</strong>, annoncée souffrante mais qui semble retrouver sa voix au fur et à mesure de la représentation, affiche une belle autorité tant vocale que scénique, ce qui convient bien au personnage (et à la vision de Tcherniakov). La prononciation du français gâche cependant un peu l’ensemble.<br />
On retrouvera le même défaut chez Soile Isokoski dont la très belle voix colle idéalement au personnage de Madame Lidoine. Beaucoup de classe, d’autorité naturelle et de bonté émanent de son incarnation et d’un admirable art du chant.<br />
Carton plein par contre pour la sœur Constance d’<strong>Hélène Guilmette </strong>que nous avions adoré en Sophie dans le <em>Werther</em> strasbourgeois de l’an passé. Hélène Guilmette est Constance : la fraîcheur, l’insouciance, la beauté et la souplesse de la voix &#8211; parfaite pour le rôle, l’intelligence de l’artiste : tout est là et c’est un bonheur de tous les instants. Bravo !<br />
Le reste de la distribution est très bon, notamment pour Sœur Mathilde et Mère Jeanne, tandis que le chœur féminin est admirable.</p>
<p>Difficile malgré tout de goûter à toutes ces qualités avec une scénographie aussi contestable et, au final, scandaleuse. <br />
 </p>
<p> </p>
<p>
 </p>
<p> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dialogues-des-carmelites-munich-ce-sont-poulenc-et-bernanos-quon-assassine/">POULENC, Dialogues des Carmélites — Munich</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>PURCELL, King Arthur — Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/vive-le-roi/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Anne Le Nabour]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 11 May 2009 19:37:50 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p> Créé à Londres en 1691, King Arthur a fait l’objet de peu de représentations intégrales incluant les parties chantées et parlées. C’est donc à une version de concert du semi opera, sans « les rôles parlés qui figurent dans la pièce de John Dryden » comme l’indiquait le programme, que l’on a pu assister au &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           Créé à Londres en 1691, <em>King Arthur</em> a fait l’objet de peu de représentations intégrales incluant les parties chantées et parlées. C’est donc à une version de concert du <em>semi opera</em>, sans « les rôles parlés qui figurent dans la pièce de John Dryden » comme l’indiquait le programme, que l’on a pu assister au Théâtre des Champs-Élysées.</p>
<p>L’œuvre assez disparate sur le plan musical et dramatique, l’est encore plus sous cette forme, puisqu’il est quasiment impossible de comprendre l’histoire. Il faut donc trouver un facteur d’unité, ce qu’<strong>Hervé Niquet</strong> accomplit en accentuant l’aspect humoristique de la pièce par des <em>tempi</em> extrêmement rapides, tout à fait appropriés dans le chant de victoire « Come if you dare ». On est loin des mouvements lents et majestueux de l’interprétation d’Alfred Deller (édition Harmonia Mundi).<br />
Les membres du chœur sortent verres et bouteilles de champagne au moment de la chanson à boire « Old England ». Certes cela donne un vent de jeunesse et de dynamisme à l’œuvre de Purcell, mais n’empêche pas que certains passages manquent de contrastes, comme l’ouverture où la partie lente ne se distingue pas suffisamment de la fugue rapide qui suit. On aurait aussi aimé savourer davantage le sublime « Fairest Isle » pris à une allure moins vive.</p>
<p>La distribution, anglaise à l’exception du haute-contre suédois Anders J. Dahlin, semblait dans son élément, favorisant l’aspect humoristique de l’opéra par une gestuelle comique et laissant imaginer avec envie ce que pourrait donner une version scénique. La scène du froid interprétée par la basse <strong>Andrew Foster-Williams</strong>, soutenu par des cordes grinçantes et transies, a ainsi fait rire toute la salle : tant les grelottements comme l’interprétation vocale étaient plein de justesse. Le ténor <strong>James Gilchrist</strong> est apparu tout aussi convaincant notamment dans l’air des bergers. Quant aux voix de soprano, on retiendra surtout le jeu facétieux de <strong>Deborah York</strong> au timbre chaud et intime. <strong>Susan Gritton</strong> a proposé un « Fairest Isle » très expressif. C’est le haute-contre <strong>Anders J. Dahlin</strong>, entendu dernièrement dans le rôle titre de<em> Zoroastre</em>, qui suscite le plus de réserve : intervenant relativement peu, on perçoit néanmoins un manque de sonorité dans le registre grave.</p>
<p>Très investi sur le plan dramatique, le <strong>Chœur du Concert Spirituel</strong> a fait entendre des nuances et des articulations qui révèlent une réelle maîtrise de l’œuvre.</p>
<p>Pour ceux qui n’auraient pas pu assister à ce concert énergisant, il est possible d’entendre l’interprétation d’Hervé Niquet au disque mais avec une autre distribution (édition Glossa).</p>
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