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	<title>Gavriel HEINE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Gavriel HEINE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BERNSTEIN, Candide — Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bernstein-candide-lausanne-un-candide-petillant-et-doux-amer/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Nov 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>A la fois chic, grinçant, drôle, touchant, électrique, ce Candide est étincelant. On espère que des directeurs de théâtres auront envie de s’en emparer, et qu’il n’en restera pas à ses quatre (!) seules représentations lausannoises. D’abord, pour monter Candide, il faut un excellent Candide, et on l’a ! Miles Mykkanen, jeune ténor étasunien, rend &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>A la fois chic, grinçant, drôle, touchant, électrique, ce <em>Candide </em>est étincelant. On espère que des directeurs de théâtres auront envie de s’en emparer, et qu’il n’en restera pas à ses quatre (!) seules représentations lausannoises.</p>
<p>D’abord, pour monter <em>Candide</em>, il faut un excellent Candide, et on l’a ! <strong>Miles Mykkanen</strong>, jeune ténor étasunien, rend vrai le personnage par sa seule présence (faussement) pataude. Il joue de sa rondeur, comme un enfant prolongé livré à la cruauté du monde. Les malheurs pleuvent sur lui, Cunégonde le berne, Pangloss l’assomme de son Leibniz pour les nuls, divers aigrefins le bernent, mais il se promène comme le personnage sérieux et sincère qu’il demeure, pur dans un monde violent. Une manière de Tamino ou de Belmonte en somme.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/candide_generalepiano_credits_jean-guy_python_3.jpeg?itok=zSiQzxwn" title="© Jean-Guy Python" width="414" /><br />
	Miles Mykkanen © Jean-Guy Python</p>
<p>Première image, il est debout sur une mappemonde, exercice d’équilibre pas facile, qui démontre à lui seul, que loin d’être pataud, il (le chanteur, pas le personnage) est très en accord avec son corps, ce que démontrera une voix saine, pleine, homogène, projetée, d’une habileté technique redoutable. On remarquera lors d’un de ses airs un passage en voix de tête puis un élargissement de l’émission, une manière de crescendo, le faisant se retrouver en voix de poitrine, sans couture apparente… Très fort !<br />
	De surcroît, sa Cunégonde, <strong>Marie Lys</strong>, est elle aussi dans une forme vocale insolente : son air à coloratures, « Glitter and be gay ! » sera d’une ébouriffante virtuosité, avec ses trois contre <em>mi</em>-bémol impeccables, ses glissandos comiques, son apparente facilité, et de surcroît quelques acrobaties (voir photos) sur le portique central et une dernière note en s’y balançant comme au gymnase. Triomphe, applaudissements à n’en plus finir.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/candide_generalepiano_credits_jean-guy_python_6_2.jpeg?itok=5B9PzObZ" title="Marie Lys © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Marie Lys © Jean-Guy Python</p>
<p>Rien de plus grinçant que cette comédie musicale, bien sûr, cornaquée ici par un excellent Narrateur, un <em>master of ceremony</em>, sardonique, assez dans l’esprit du Joel Grey de <em>Cabaret</em>. Frac et insolence, allusions au monde actuel, qui n’a pas beaucoup fait de progrès depuis le siècle de Voltaire : épidémies, catastrophes naturelles, invasions, guerre, ce n’est plus l’époque de la <em>spanish Inquisition</em> contre laquelle moulinait le seigneur de Ferney, ni celle de la <em>Red scare</em>, la chasse aux sorcières du sénateur McCarthy, à l’assaut de laquelle partaient Lilian Hellman, la librettiste, et le libéral (à l’américaine) Bernstein, mais en somme ça va plutôt moins bien… et parmi les anachronismes que tricotera l’excellent <strong>Mike Winter</strong> (le Narrateur) on entendra passer un Poutine qui ne détonera pas. Et l’on verra à un certain moment tomber doucement du ciel (image poétique drôlatiquement jolie) une pluie de sacs en plastique de supermarché, comme pour célébrer un nouveau fléau auquel Voltaire n’avait pas pensé…</p>
<p><strong>De menaçants tricornes</strong></p>
<p>Le dispositif scénique dessiné par <strong>Vincent Lemaire</strong> est très réussi. Une sorte d’arène blanche, élégante, brillante, très <em>clean</em>, dominée par une tribune où sont perchés une trentaine d’observateurs en tenues vénitiennes, dans une sublime harmonie de couleurs noires et mordorées, bicornes pour les hommes et hautes coiffures pour les femmes. Un peu comme certains personnages de Sade ou de Marivaux, ces aristocrates, manière de société savante, font du petit monde du château de Thunder-ten-tronckh en Westphalie (Candide, Cunégonde, Maximilien, Pangloss et Paquette la camériste) les sujets de leurs expériences, en les plongeant dans le tragique du monde.</p>
<p><strong>Femmes puissantes</strong></p>
<p>Deux femmes dans les mêmes somptueux atours (<strong>Christian Lacroix</strong> a drapé des kilomètres de taffetas changeant – ou faisant office de…) descendront parfois dans l’arène pour jouer le rôle de manipulatrices. Pas d’autres éléments sinon un carton où Pangloss disparaitra avec Paquette pour quelques privautés – charme théâtral à l’ancienne des trappes…<br />
	Autre accessoire, un portique à l’avant-scène muni d’une porte en verre, lieu de passage entre le dehors et le dedans, mais aussi agrès où grimperont non seulement Cunégonde, mais aussi Candide (qui chantera un de ses airs perché là-haut) ou Maximilien, le frère de Cunégonde, auquel <strong>Joël Terrin</strong> prêtera sa silhouette de grand sifflet et un timbre de ténor très clair (il brillera dès le quatuor d’entrée, « Life is Happiness indeed », où ces jeunes privilégiés, ignorant tout du monde, s’esbaudissent de leur bonheur).</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/candide_generalepiano_credits_jean-guy_python_4.jpeg?itok=Rnq0VAtP" title="© Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	© Jean-Guy Python</p>
<p>Ce premier ensemble aura été le vrai démarrage de la <em>comic operetta</em>. Auparavant, l’ouverture (qu’on a peut-être trop dans l’oreille dirigée à un tempo d’enfer par Bernstein) aura semblé très plan-plan. En tout cas d’une prudence toute vaudoise. Dans un effectif réduit mettant en lumière une flûte espiègle et des bois diserts.</p>
<p><strong>L&rsquo;amertume derrière la gaieté</strong></p>
<p><strong>Candide</strong> a connu de multiples avatars, dont un réaménagement après la création en 1956 à Broadway, qui connut un succès moyen (77 représentations tout de même). Sur le livret originel de Hugh Wheeler intervinrent pas moins de six <em>lyricists</em>, dont Stephen Sondheim (qui l’année suivante écrirait les paroles de <em>West Side Story</em>). Bernstein conçut ensuite une version de concert avec un narrateur, dont il serait en partie l’auteur du texte. C’est la version adoptée ici et ce narrateur donne à l’ensemble un faux air de cabaret berlinois. Et un second degré qui fait penser à l’esprit d’<em>Ariadne auf Naxos</em>, avec son côté expérimental que souligne ici la mise en scène inventive, brillante, élégante d&rsquo;un <strong>Vincent Boussard </strong>très inspiré.</p>
<p>Le paradoxe étant bien sûr que la gaieté de cette comédie dissimule à demi l’amertume profonde du propos. Et un cynisme allègre… C’est le docteur Pangloss évoquant cette syphilis que lui a transmise Paquette, ce virus dont il retrace tout le parcours, d’un Maure à un Japonais, puis d’un Suisse « au nom oublié » à une petite Parisienne, de là à un navigateur écossais, mais d’abord rapporté d’Amérique par Colomb, et sans le virus, dixit Pangloss, on n’aurait connu ni le chocolat, ni le tabac… Seront évoqués toujours aussi gaiement les 30 000 victimes d’un volcan près de Lisbonne ou le viol de Cunégonde sous la menace des baïonnettes de la soldatesque.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/candide_generalepiano_credits_jean-guy_python_9.jpeg?itok=Cu9XgWbX" title="Anne Steiger, Marie Lys © Jean-Guy Python" width="351" /><br />
	Anne Steiger, Marie Lys © Jean-Guy Python</p>
<p>… Cunégonde qui, arrivée à Paris, sera entretenue à la fois par l’Archevèque et un banquier juif financier du Vatican. En l’occurrence ici la robe de l’Archevêque clignotant comme un arbre de Noël et le chapeau d’hassidim du banquier s’allumant comme un plafonnier, Candide pour les occire tous deux n’aura qu’à leur couper le courant…</p>
<p><strong>Avant le politiquement correct</strong></p>
<p>On le voit, tout cela date d’avant le politiquement correct, et une des scènes les plus réjouissantes est le crucial autodafé avec son irrésistible et bondissant refrain « What a Day for an Auto-da-fé !  – Quel beau jour pour boire en regardant des gens griller ! » Pangloss sera pendu après s’être félicité de l’invention de la corde, ce qui prouve bien que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles…</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/candide_generalepiano_credits_jean-guy_python_5.jpeg?itok=eiYkd6h9" title=" Franco Pomponi © Jean-Guy Python" width="468" /> <br />
	Franco Pomponi © Jean-Guy Python</p>
<p>L’air de Candide qui suivra sera un modèle de chant legato, en même temps que de doute : « It must be me… – Ce doit être moi qui ne sais pas voir la lumière su soleil… » et cela se terminera par une note filée d’une impalpable douceur. Son lamento, « Cunégonde, it’s true ? » quand il la croyait morte, avait déjà été par Miles Mykkanen une démonstration de chant expressif et pudique à la fois, mettant en valeur son timbre dense et très charnel.<br />
	De Pangloss, le baryton<strong> Franco Pomponi</strong> fait une composition savoureuse, au style clownesque assumé, son allure du premier acte avec son nez en carotte (stigmate de la syphilis) évoquant assez l’épouvantail du <em>Magicien d’Oz</em>. Vocalement, il semble avoir choisi l’option « comédien qui chante » dans une esthétique très comédie musicale.</p>
<p>Quant à <strong>Gavriel Heine</strong> à la tête de l’<strong>Orchestre de Chambre de Lausanne</strong>, après l’Ouverture un peu quiète à nos oreilles, il allait ensuite respirer à l’unisson des chanteurs, les écouter, à l’occasion les suivre. Et notamment attiser dans la scène de l’autodafé et dans le chœur d’adieu des Surinamiens, particulièrement pimpant, le dynamisme d’un excellent <strong>Chœur de l’Opéra de Lausanne</strong>, magnifiquement préparé par <strong>Patrick Marie Aubert</strong>. Non seulement ces choristes participent à l’action (ils sont presque toujours en scène et manifestement Vincent Boussard les a dirigés de près), mais ils font entendre de très belles choses, notamment ce chœur des seules voix féminines dans la dernière scène, auxquelles Bernstein prête la ferveur d’un choral.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/candide_generalepiano_credits_jean-guy_python_7.jpeg?itok=F4SwCkAh" title="© Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	© Jean-Guy Python</p>
<p>C’est justement au milieu des choristes en grand équipage et envahissant pour la première fois la scène, que le quatuor, à bord d’une baignoire volante s’envolant dans les cintres, image à la Jules Verne, partira pour le Nouveau Monde, plein d’espoir (« Farewell to distress »), avec Buenos Aires pour première étape.<br />
	Danseurs de tango obligés (excellents, notamment une danseuse dans un numéro à la Cyd Charisse ravageur), sublime robe fuchsia pour Cunégonde et Fandango de la Vieille dame, « I was born in Rovno Gobernia » (soit dit en passant la province de naissance de Bernstein père…), qu’on aimerait un peu plus acéré, un peu plus galbé côté orchestre. C’est également en comédienne qu’<strong>Anna Steiger</strong> incarne cette Old Lady, passablement entremetteuse, vêtue d’une série de tenues extravagantes, du tablier de la soubrette à la robe panthère, à une parodie de tailleur Chanel… Elle assume crânement ce burlesque.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="343" src="/sites/default/files/styles/large/public/candide_generalepiano_credits_jean-guy_python_8.jpeg?itok=tNM8yhgE" title="Au premier plan, le Narrateur, Mike Winter © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Au premier plan, le Narrateur, Mike Winter © Jean-Guy Python</p>
<p>Cunégonde est maintenant entretenue par le Gouverneur de Buenos Aires « au nom aussi long que ses moustaches » qui lui promet le mariage (<strong>Stuart Paterson</strong>, qui assume une poignée de rôles de méchants, qu’il se partage avec <strong>Bastien Combe</strong>, <strong>Raphaël Hardmeyer</strong>) tandis que Candide devient éleveur de moutons, dans cet Eldorado qu’il a enfin atteint. « Eldorado Clinics » précise une inscription sur le cadre de scène. Paradis illusoire…<br />
	Un Indien emplumé, Cacambo (à nouveau Franco Pomponi) lui fait visiter ce pays peuplé d’aras et de singes qui épousent des femmes. Les natifs de l’endroit l’enivrent de douces mélodies pour mieux l’emprisonner dans ses rêves.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/candide_generalepiano_credits_jean-guy_python_11.jpeg?itok=eZFVW-qH" title="Miles Mykkanen, Franco Pomponi © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Miles Mykkanen, Franco Pomponi © Jean-Guy Python<br />
	 </p>
<p><strong>« One single word : Absurd ! »</strong></p>
<p>Paradis d’amour de justice, où la jalousie, la haine n’existent plus, où la liberté s’exerce sans licence et l’amour sans possessivité, lui a raconté le Narrateur, et Candide chantera sa ballade « Up a seashell mount » dans un état second. Las ! La plupart  de ses moutons meurent, il part pour le Surinam.<br />
	C’est là que pleuvront du ciel les poétiques sacs plastiques que balayera un certain éboueur nommé Martin, chantant « Words, words, words », allusion shakespearienne, et nouvel air sardonique : « Libre arbitre, Humanité, Amour ! Des mots ! Il y a un mot qui pourrait s’appliquer à nous tous, piégés sur cette boule de poussière : Absurde ! »</p>
<p>Franco Pomponi, dans cette nouvelle composition, atteint au grandiose, avant de disparaître dans son carton…<br />
	C’est alors qu’un marchand hollandais nommé Vanderdendur (Stuart Patterson) qui chante joyeusement « Je suis une vraie fripouille, je suis riche à crever d’ennui », proposera à Candide un billet de passage pour Venise en échange des quelques derniers moutons qui lui restent et qu&rsquo;il transporte sous forme de sacs de voyages.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/candide_generalepiano_credits_jean-guy_python_12.jpeg?itok=qXME_LJA" title="Franco Pomponi, Miles Mikkanen © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Franco Pomponi, Miles Mikkanen © Jean-Guy Python</p>
<p><strong>Changement de ton</strong></p>
<p>C’est là que la mise en scène va prendre une bifurcation inattendue. Candide fait naufrage, il est recueilli par une galère où rament des esclaves dont l’un est Pangloss (pas vraiment pendu donc) et cinq rois déchus.<br />
	Cette galère avec ses lits métalliques blancs ressemble diablement à un navire-hôpital. D’ailleurs les observateurs sur leur tribune sont maintenant vêtus de blouses vertes comme des infirmiers et le casino vénitien où se déroulera la fin ressemblera décidément à un hôpital psychiatrique.</p>
<p>La <em>Venise Gavotte</em> est l’un des nombreux pastiches de cette partition joueuse, où l’on croit à chaque instant reconnaître un rappel de Strauss, de Gilbert &amp; Sullivan ou de Mahler, sans compter tout ce qui annonce <em>West Side Story</em> à quoi Bernstein travaillait à peu près en même temps, que ce soit un détail d’orchestration, un rythme latino ou un fragment de mélodie. L’un des duos Cunégonde-Candide était d’abord, dit-on, destiné à Tony et Maria, Bernstein le recycla.</p>
<p>ici, c’est le rayonnant « Is it this the meaning of my Life », où Miles Mykkanen, sur les riches phrases de cordes qui s’épanchent derrière lui, laisse monter une puissance éperdue, puis viendra le choral « Life is Life » dans une grande ferveur, douceur et amertume semblant s’entremêler.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="242" src="/sites/default/files/styles/large/public/candide_generalepiano_credits_jean-guy_python_2.jpeg?itok=SpA2SCTP" title="© Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	© Jean-Guy Python</p>
<p>On redresse les lits, on fait courir des fils, où l’on étend les draps, le chœur retire ses blouses vertes. Peut alors commencer le duo final « Make our Garden grow », « ni purs, ni sages, ni bons, nous ferons de notre mieux ».<br />
	Cunégonde rejoint Candide. Les années ont passé, elle a changé, elle a maintenant de grosses jambes et du ventre. Marie Lys retirera ce rembourrage pour venir saluer dans la robe fuchsia ! Mais pour le moment, sous le portique c’est une image aigre-douce. C’est même un tableau accablant, émouvant et beau. Désespérant et beau.<br />
	Leurs deux voix fusionnent, tous vont venir les rejoindre, les dix voix s’assemblant dans un grand crescendo, <em>a cappella</em> un instant, puis soutenus dans un accord victorieux.<br />
	Victorieux ? Vraiment ?<br />
	« Any questions ? », interroge le narrateur, ultime pirouette.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/candide_generalepiano_credits_jean-guy_python_1.jpeg?itok=ar3OL7D4" title="Miles Mykkanen, Marie Lys © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Miles Mykkanen, Marie Lys © Jean-Guy Python</p>
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			</item>
		<item>
		<title>TCHAÏKOVSKI, Eugène Onéguine — Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-eugene-oneguine-lausanne-natalia-tanasii-ou-la-lumiere-dune-nouvelle-tatiana/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 Apr 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Juste avant le spectacle, Eric Vigié, le directeur de l’Opéra de Lausanne – et metteur en scène de cet Onéguine – était entré sur scène pour annoncer que Natalia Tanasii, interprète de Tatiana, était en petite forme (murmure consterné dans le public), mais chanterait tout de même (aaah !), tout en réclamant l’indulgence du public (hochements de &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-size: 14px">Juste avant le spectacle, Eric Vigié, le directeur de l’Opéra de Lausanne – et metteur en scène de cet Onéguine – était entré sur scène pour annoncer que Natalia Tanasii, interprète de Tatiana, était en petite forme (murmure consterné dans le public), mais chanterait tout de même (aaah !), tout en réclamant l’indulgence du public (hochements de tête), que d’autre part il n’était pas question de boycotter la culture russe (applaudissements), et qu’il tenait à saluer son collègue et ami, Vladimir Ourine, directeur du Bolchoï, chassé de son fauteuil pour avoir signé la pétition des 17 grands noms de la culture russe contre la guerre en Ukraine (on a appris depuis que c’est Valery Gergiev qui chapeauterait désormais le Mariinski et le Bolchoi).</p>
<p style="font-size: 14px">De l’avis général, si Natalia Tanasii chante ainsi quand elle est souffrante, qu’est-ce que ce doit être quand elle est en pleine forme… Ce n’était en somme qu’une de ces annonces de précaution, dont le premier mérite est de resserrer le lien avec les artistes. On allait écouter l’air de la lettre suspendu aux moindres inflexions de cette voix et cela resterait le grand souvenir de cette soirée.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="285" src="/sites/default/files/styles/large/public/gendsc_3794.jpg?itok=gjimAuAC" title="© Opéra de Lausanne - Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	© Opéra de Lausanne &#8211; Jean-Guy Python</p>
<p style="font-size: 14px"><strong>Eric Vigié</strong> a choisi de déplacer l’opéra de Tchaïkovski dans le contexte de la Révolution d’Octobre.<br />
	Au premier acte, on est encore dans l’ancien monde, mais pour combien de temps ? Un dôme d’église russe domine la scène, surmonté de la croix orthodoxe et garni de tuiles de bois. Un chœur de moujiks (blouses paysannes et fausses barbes) vient offrir des épis de blé à Mme Larina, aimable maîtresse d’un domaine baigné de soleil. Ses deux filles, Tatiana et Olga font de la balançoire et rêvent d’amour.<br />
	Un gentil voisin, âme sensible et poétique, Lensky, vient leur présenter une de ses connaissances, Eugène Onéguine, et l’on sent bien que le ver est déjà dans le fruit, à voir cet Onéguine botté, en tenue quasi militaire et porteur d’une écharpe rouge. D’ailleurs un inquiétant personnage en uniforme kaki rôde dans le fond, tel un sbire de mélodrame. Bref, on le sent, cet Onéguine a devant lui un bel avenir de commissaire politique (ou d’officier du KGB, suivez mon regard).</p>
<p style="font-size: 14px"><strong>L’or des souvenirs</strong></p>
<p style="font-size: 14px">Les premières scènes seront parmi les meilleures : on aimera infiniment Filipyevna, la Nourrice, silhouette courbée et affectueuse de vieille femme, voix chaude de contralto, un peu trémulante, chargée d’humanité (la chanteuse chinoise <strong>Qiulin Zhang</strong>, pilier naguère du Capitole de Toulouse et qui fut Erda dans maintes Tétralogies… Cette Filipyevna, elle l’a chantée même à l’Opéra de Pékin).<br /><strong>Susanne Gritschneder</strong> dessine d’une voix impérieuse de mezzo la silhouette altière de Madame Larina, on apprécie d’emblée la fermeté de son timbre et de ses phrasés, tandis que la blonde<strong> Irina Maltseva</strong> (Olga), très voltigeante dans ses déplacements, apporte le contrepoint de sa voix chaleureuse à celle de Tatiana.<br />
	Malheureusement, le soir de la première, on la trouvera assez mal à l’aise avec l’air d’Olga, son seul grand air, « Akh, Tanya, vsiegda metchtaïech ty ! – Ah, Tania, tu rêves sans cesse, je ne te ressemble vraiment pas, les chansons me rendent joyeuses… », et c’est dommage qu’on l’y ait trouvée un peu en délicatesse avec l’intonation et le rythme ; en revanche elle sera parfaitement assurée dans les ensembles, et d’abord le beau quatuor de présentation.<br /><strong>Pavel Petrov </strong>qui chante Lensky est doté d’un très joli timbre de ténor léger, parfait pour l’idéaliste fragile qu’est son personnage. C’est une voix qui n’est pas très grande et que l’orchestre souvent (un peu trop) sonore de <strong>Gavriel Heine</strong> couvre parfois. Mais on aime la tendresse de son arioso amoureux, « Ia lioubliou vas, Olga – Je vous aime, Olga, comme seul le cœur fou d’un poète peut aimer… » Belles lignes musicales, couleurs dorées, la voix est radieuse au centre et dans les notes hautes, un peu moins dans le grave, et surtout elle est dans l’esprit du rôle, à jamais marqué par Lemeshev.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/eugene_oneguine_crdits_jean-guy_python_5.jpg?itok=yQM4ygWx" title="Natalia Tanasii © Opéra de Lausanne - Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Natalia Tanasii © Opéra de Lausanne &#8211; Jean-Guy Python</p>
<p style="font-size: 14px"><strong>Amours impossibles et rêves inaccomplis</strong></p>
<p style="font-size: 14px">Le décor suivant sera très réussi : une sorte de serre au fond de la propriété, une chambre-véranda-refuge, aux vitres brisées, un lieu où rêver pour Tatiana. L’air de la lettre est sans doute l’une des plus belles choses qu’ait écrites Tchaïkovski, et comment ne pas croire que c’est lui-même qui chante ici ses amours impossibles, ses rêves inaccomplis, ses bouffées d’espoir… Tatiana, c’est lui, évidemment.<br />
	La soprano moldave <strong>Natalia Tanasii</strong> est en début de carrière, elle commence sagement avec des rôles comme Micaëla ou Zerlina. Elle est ici une magnifique Tatiana, digne de celles que nous avons le plus aimées, et en même temps tout à fait elle-même. Cette longue scène difficile, c’est elle qui la conduit, qui la respire, imposant un tempo très lent, celui de la vie intérieure, toute en pensées fugaces, de son personnage. L’orchestre a la sagesse de la suivre, et comment ne pas fondre une fois de plus en écoutant les échos que la clarinette ou la flûte ou un hautbois rêveur entrelacent à sa voix. On aimera les aigus clairs et brillants, le sourire qu’elle fait entendre ici ou là, cette manière de suspendre le temps, on aimera la reprise rayonnante, un trémolo expressif au passage, des notes hautes exaltées et exaltantes, une chaleur aussi dans ce timbre.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="325" src="/sites/default/files/styles/large/public/gendsc_5274.jpg?itok=NBCzetKm" title="Natalia Tanasii © Opéra de Lausanne - Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Natalia Tanasii © Opéra de Lausanne &#8211; Jean-Guy Python</p>
<p style="font-size: 14px">Encore une chose : le visage de Natalia Tanasii rayonne de sincérité, et c’est très émouvant de voir le personnage continuer de palpiter quand elle ne chante pas. C’est fait de toutes petites choses, et sans doute avant tout d’intériorité.</p>
<p style="font-size: 14px"><strong>Rudesses</strong></p>
<p style="font-size: 14px">En contraste, l’Onéguine du baryton-basse lituanien <strong>Kostas Smoriginas</strong> semblera particulièrement rustique et son premier aria, « Kagda by jizn’ damachnim krougom – Si j’avais voulu passer ma vie dans le cercle familial… » découpé à l’emporte-pièce, un peu hirsute, le timbre métallique et le legato aux abonnés absents. Sa première apparition déjà, « Moï diadia samykh tchesnykh » avait laissé une impression un peu rugueuse. On se demandera longtemps s’il s’agissait d’une couleur bravache conférée au personnage, et en ce cas assez réussie.</p>
<p style="font-size: 14px">Au passage, même si ça va de soi, dire le génie de Tchaïkovski. On connait l’histoire et cet opéra par cœur, et pourtant on souffre ici avec Tatiana comme la première fois. Dire aussi ces thèmes musicaux, peu nombreux finalement, mais obsédants, infiniment variés, à l’image de ceux de ses symphonies… Et la sincérité d’une voix, la sienne, qui n’est qu’à lui, reconnaissable immédiatement partout, ballets ou musique de chambre compris.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="268" src="/sites/default/files/styles/large/public/eugene_oneguine_crdits_jean-guy_python_2.jpg?itok=K24rcRk7" title="Au centre Pavel Petrov et Kostas Smoriginas © Opéra de Lausanne - Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Au centre Pavel Petrov et Kostas Smoriginas © Jean-Guy Python</p>
<p style="font-size: 14px"><strong>Joyeusetés bolcheviques</strong></p>
<p style="font-size: 14px">Au deuxième acte, la Révolution est arrivée, on le subodorait dès le chœur du premier acte, à voir les paysans avancer en bloc jusqu’à l’avant-scène en fixant le public d’un air pas commode, puis, devenus silhouettes en contre-jour, lever le poing !<br />
	La belle coupole de bois a été renversée, la scène est envahie d’uniformes, la valse se prête à une scène de fraternisation entre les moujiks devenus armée du peuple et les anciens propriétaires appelés à prendre le train du grand soir en marche. Si l’insouciante Olga accepte de danser avec le réfrigérant Onéguine, promu inquiétant apparatchik (on ne s’était donc pas trompé), si Tatiana installée dans la coupole renversée, tel un affût de canon, accepte un temps de jouer les égéries du monde nouveau que l’on coiffe d’un bonnet phrygien (!), en revanche Larina, emmitouflée dans son manteau de fourrure (tout ce qu’on lui a laissé) et la Nourrice, éternellement ronchonnante et fidèle à ses maîtres, ne se laissent pas prendre aux trompeuses séductions du joyeux bolchevisme. Et de cette révolution d’opéra-comique…</p>
<p style="font-size: 14px">Ici nous poserons un bémol personnel : en ces jours-ci où nous recevons tant d’images vraies et insupportables de violence, ce réalisme de théâtre, comme disait Jouvet, paraît décalé et incongru… A l’instar de ce Français de passage, manière de reporter de guerre à béret basque, ce Monsieur Triquet qui vient distiller ses couplets, un peu extra-terrestres eux aussi, et d’ailleurs très joliment chantés (« otchen’, otchen’ mila spiét ! ») par Jean Miannay.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="314" src="/sites/default/files/styles/large/public/eugene_oneguine_crdits_c_jean-guy_python_1.jpg?itok=7Q0Ddorj" title="Irina Maltseva © Opéra de Lausanne - Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Irina Maltseva © Opéra de Lausanne &#8211; Jean-Guy Python</p>
<p style="font-size: 14px"><strong>L’effroi des vies inaccomplies</strong></p>
<p style="font-size: 14px">Vêtu de probité candide et d’un manteau blanc, Lenski passe entre les soldats de la Révolution (et on admire au passage la cohésion, la solidité, l’éclat du <strong>Chœur de l’Opéra de Lausanne</strong>, en la circonstance dirigé par le pétersbourgeois <strong>Gleb Skvortsov </strong>(installé en Suisse romande de longue date) qui le fait sonner très russe, très mâle pour les voix d’hommes et un rien acidulé pour les voix féminines (le chœur des jeunes filles à la fin du premier acte).           <br />
	Le tableau suivant sera plus convaincant, il s’agit de la scène du duel. Comme on le sait, Pouchkine fut un fieffé duelliste. Au moins à quatre reprises il s’y livra pour de bon (une quinzaine de fois ce put être évité). En tout cas, il fut tué lors du dernier, contre Georges d’Anthès. Pouchkine était un Onéguine davantage qu’un Lenski. Et justement ici c’est Lensky qui va mourir.<br />
	Non sans avoir exprimé, de la plus romantique (et tchaïkovskienne) façon, toutes les années perdues sans les vivre.<br />
	« Dans votre maison, comme un rêve doré, mon enfance s’est écoulée », chantait-il à Mme Larina dans la scène précédente (« V vachem domié, kak nyizaltyié, maï diézkiyé gody tékli ! »), et là dans la brume du petit matin, une fois de plus, l’effroi de l’inaccomplissement l’étreint : « Kuda, kuda, kuda vy ousdalilis’, Viény maïei zltyié dni ? – Où, où, où avez-vous fui, jours dorés de ma jeunesse ? » Tchaïkovski était Tatiana, il est aussi Lensky.</p>
<p style="font-size: 14px">Après un prélude d’orchestre où les cordes ne s’illustrèrent pas par leur cohésion (euphémisme), on entendit à nouveau s’élever le timbre clair de Pavel Petrov, avec un peu plus d’affirmation qu’au premier acte, mettant en lumière son legato, ses notes hautes si radieuses et faisant regretter que les plus graves manquent un peu de corps. Ce fut l’un des moments (assez nombreux) où l’on regretta que Gavriel Heine retînt si peu son orchestre. Certes, l’<strong>Orchestre de chambre de Lausanne</strong>, dont nous avons souvent ici dit le plus grand bien, est, quand il joue Tchaïkovski, assez loin de sa zone de sécurité (Haydn, Mozart), mais n’est-ce pas le rôle du chef que de fusionner les pupitres, de construire un son d’ensemble et de ne pas couvrir les chanteurs ? Etonnant de la part d’un chef qui, nous dit-on, a dirigé plus de huit cents spectacles et concerts au Marinsky.</p>
<p style="font-size: 14px"><strong>Louise Brooks et Toukhatchevski</strong></p>
<p style="font-size: 14px">Le troisième acte, Eric Vigié, filant toujours sa métaphore soviétique, le situe au début des années trente, juste avant les grandes purges. Il y a fête au Comité Central, robes Arts Deco, queues de pie, on festoie sous les statues énormes de Lénine et Staline. Imagerie d’un kitsch très moscoutaire, on verra une petite ballerine coiffée d’une étoile dorée sortir d’un des socles pour un rapide entrechat, qui évidemment emballera les invités, bien obligés.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="318" src="/sites/default/files/styles/large/public/eugene_oneguine_crdits_c_jean-guy_python_5.jpg?itok=y1ZG61JV" title="© Opéra de Lausanne - Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	© Opéra de Lausanne &#8211; Jean-Guy Python</p>
<p style="font-size: 14px">Le prétexte de cette réception, c’est la projection d’un film. Car Tatiana est devenue une vedette du cinéma. Elle porte une robe rouge et or (assez peu seyante selon nous, découpée dans un rideau du Kremlin ?), ses cheveux sont coiffés à la Louise Brooks, et elle a épousé un vieux militaire, Grémine, qui va apparaître en vareuse blanche des grands soirs, une manière de maréchal Toukhatchevski en somme.<br />
	Onéguine, plus aparatchik que jamais, semble quant à lui être l’un des maîtres de l’heure et du lieu (position à haut risque à l’époque, comme on sait).</p>
<p style="font-size: 14px">Tandis que les invités s’assoiront pour voir le film au fond de la scène, on verra au premier plan Gremine chanter à Onéguine son seul air, mais si beau, celui où il confesse aimer Tatiana à la folie : « L’amour ne se soucie pas de l’âge – Loubvi vsié vozrasty pakorny ». <strong>Alexandr Bezrukov </strong>est un Grémine de beau style, fort bien chantant, on pourrait souhaiter (ce n’est qu’un goût personnel) une voix avec davantage de velours, mais surtout peut-être un peu plus d’effusion, ou d’émotion. Mais la ligne musicale est belle, et l’air très applaudi.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/eugene_oneguine_crdits_jean-guy_python_1.jpeg?itok=fV1qRIn5" title="Au 3ème acte Natalia Tanasii et Kostas Smoriginas © Jean-Guy Python" width="468" /><br />
	Au 3ème acte Natalia Tanasii et Kostas Smoriginas © Jean-Guy Python</p>
<p style="font-size: 14px"><strong>L’une aime, l’autre pas, et vice-versa, et c’est tout le drame</strong></p>
<p style="font-size: 14px">Juste ensuite vient le deuxième air attendu d’Onéguine, son bel arioso,  « Oujel’ ta samaïa Tatjana – Est-ce la même Tatiana ? », où Kostas Smoriginas à nouveau nous semblera quelque peu rude et carré. Certes il y met de la passion, mais non pas cette fragilité soudaine, cette fêlure, cette vacillation du personnage, suscitées par l’apparition de la nouvelle Tatiana.</p>
<p style="font-size: 14px">Or l’unique sujet de cet opéra, c’est bien le renversement des relations entre Tatiana et lui. Quand l’une aime, l’autre pas, et vice-versa. La fragilité d’Onéguine, on ne l’entendra ni dans cet air, ni dans la scène finale, point culminant de ce drame intime. En revanche, Natalia Tanasii s’y montrera souveraine d’intensité, de hauteur, non seulement par la superbe de la voix, dardant des aigus impavides, mais surtout par cette manière de faire surgir l’émotion et le personnage de la seule ligne musicale impeccablement maitrisée.</p>
<p style="font-size: 14px">Juste avant de chanter « Le bonheur est passé si près de nous – Akh ! Ststchastié byla tak vazmojna », il y aura sur ce Ah ! une note qu’elle fera durer presque à l’infini, un <em>fa</em> sauf erreur, comme pour immobiliser le temps, comme pour faire ressurgir tout entier le passé. Moment suspendu à jamais, un de ces moments où la musique parvient à dire l’indicible.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/gendsc_5274.jpeg?itok=XwW3emHs" width="468" /><br />
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<p dir="ltr"> </p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/tchaikovski-eugene-oneguine-lausanne-natalia-tanasii-ou-la-lumiere-dune-nouvelle-tatiana/">TCHAÏKOVSKI, Eugène Onéguine — Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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