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	<title>Hugo HYMAS - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Sat, 13 Dec 2025 17:08:37 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Hugo HYMAS - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>BACH, Magnificat en mi bémol majeur &#8211; Dijon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bach-magnificat-en-mi-bemol-majeur-dijon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Dec 2025 07:27:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Autour de la cantate de Noël Christen ätzet diesen Tag et du Magnificat, Vincent Dumestre nous réserve plus d’une surprise. D’abord le choix de la toute première version du Magnificat, en mi bémol au lieu de ré majeur, de dix ans antérieure à la version bien connue, ce qui ne va pas manquer d’étonner nombre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Autour de la cantate de Noël <em>Christen ätzet diesen Tag</em> et du <em>Magnificat</em>, <strong>Vincent Dumestre</strong> nous réserve plus d’une surprise. D’abord le choix de la toute première version du <em>Magnificat</em>, en mi bémol au lieu de ré majeur, de dix ans antérieure à la version bien connue, ce qui ne va pas manquer d’étonner nombre d’auditeurs –même si le programme de salle l’expliquait, comme le chef, après les applaudissements, rappelant son projet de reconstitution du Noël 1723, avec les œuvres que le tout nouveau cantor dirigea à la Nicolaikirche.</p>
<p>A son habitude, une scénographie fondée sur les éclairages et les déplacements accompagne la totalité du concert, sans entracte. Le choix a été fait de modifier les lumières en fonction des pièces ou des passages. Ainsi commençons-nous dans la pénombre lorsque l’orgue, seul, prélude à la cantate <em>Alleluia, Cantate Domino</em> de Bodenschatz. Une amplification instrumentale progressive conduira le chœur (auquel participent les solistes), en pleine lumière, à entonner le texte. Puissamment, avec un souci réel de l’articulation et de l’accentuation, aux hémioles bien marquées, la démonstration fonctionne. Le caractère archaïque, un peu fruste, de l’ouvrage traduit bien l’insertion de Bach dans le luthérianisme de la Thuringe comme de la Saxe. L’orgue improvise une transition qui permet l’enchaînement avec la cantate <em>Ätzet disen Tag</em>. Pourquoi pas ? Sinon que le même procédé prévaudra jusqu’à la fin du concert : aucune césure, aucun silence de recueillement après chaque pièce. Ce continuum, totalement artificiel, s’il est supportable une fois, irrite bientôt, sacrifiant l’émotion et le recueillement à un parti pris.</p>
<p>L’éclat des cuivres, tranchants, marque le début de la cantate de Bach. Le tempo très rapide, parfaitement maîtrisé par tous les interprètes, occulte quelque peu les lignes des parties chorales, ou confiées aux solistes. Le contraste est d’autant plus fort avec le récitatif accompagné (<em>O selger Tag</em> !) confié à l’alto. <strong>William Shelton</strong> donne tout son sens au texte, avec une longueur de voix, une ductilité exemplaires. La voix est sonore, égale dans tous les registres et l’émission admirable. Le duo suivant, avec le magnifique hautbois concertant (Gabriel Pidoux), confirme toutes les qualités de <strong>Victor Sicard</strong> et de la soprane, y compris dans sa seconde partie, animée, avant le retour de l’adagio. L’aria qui suit, où <strong>Hugo Hymas</strong> se joint à notre contre-ténor, est prise allant sans que les traits en souffrent dans leur conduite comme  dans leur précision. Le récitatif accompagné de basse, bien que privé du 3<sup>e</sup> hautbois, n’appelle que des éloges. Animé, coloré, aux traits contrastés et le souci constant du texte, le chœur final, jubilatoire, souffre également d’un tempo accéléré, qui nous prive d’une part du bonheur d’en savourer la richesse d’écriture. D’autant que l’orgue enchaîne une transition qui permettra intelligemment aux instruments de se réaccorder, à la faveur de projections renouvelées.</p>
<p><em>Ein Kinderlein so löbelich</em>, du recueil de Volpelius, fait suite. Son intérêt principal réside dans le récit de la Nativité qui nourrit ses nombreuses strophes. Même en en variant les interprètes, la réitération régulière du timbre devient fastidieuse à l’auditeur qui a renoncé à la narration. Sans même quelques secondes de pause, s’ensuit la première version du <em>Magnificat </em>(1). Aussi rare au disque qu’au concert, c’est elle qui légitimait pleinement ce concert. Les douze parties de la version définitive étaient enrichies de quatre pièces : 1. <em>Vom Himmel hoch</em>, magnifique motet à 3 parties et continuo, avec cantus firmus au soprano (aussitôt <em>l’Et exsultavit</em>) ; 2. <em>Freut euch und jubiliert</em>, pour les quatre solistes et basse continue, après le <em>Quia fecit mihi magna</em> ; 3. <em>Gloria in excelsis Deo</em>, pour cinq voix, violon solo et continuo (qui suit le <em>Fecit potentiam</em>); 4. enfin<em> Virga Jesse</em>, pour soprano et basse, avec le continuo (après <em>Esurientes</em>). Nous n’énumérerons pas chaque numéro. Le motet <em>Vom Himmel hoch</em>, inséré, est un pur bonheur, comme le <em>Quia respexit</em> chanté par la soprano, avec le hautbois déjà signalé. Si le <em>Omnes generationes</em> est techniquement parfait, ce qui conviendrait à un bref chœur de turba d’une Passion est ici hors de propos, oublions. Un peu de retenue aurait été bienvenue pour le <em>Quia fecit mihi magna</em> que chante fort bien la basse. Le <em>Freut euch und jubiliert, </em>avec son passage a cappella central aurait également gagné en dynamique dans un tempo plus modéré<em>… </em>Le<em> Deposuit </em>confié au ténor est un beau moment, où la virtuosité est au service de l’expression. Le <em>Esurientes</em> du contre-ténor, ici avec deux flûtes à bec, n’est pas moins beau. Le déroulé des longs traits de la soprano et de la basse du <em>Virga Jesse </em>n’appelle que des éloges, tout comme le trio <em>Suscepit Israel</em>, avec l’admirable cornet solo. Un peu de majesté aurait été bienvenue pour la fugue du <em>Sicut locotus est,</em> avant la jubilation du <em>Gloria</em> final.</p>
<p>Alors que l’on attend les applaudissements, mérités, le chef suspend brièvement pour enchaîner un simple choral qu’il a orchestré sans surprise. Redondant, superflu, sans intérêt, il casse l’émotion ressentie à l’écoute du <em>Magnificat</em>.  On cherche à comprendre.</p>
<p>La disposition de l’orchestre, autour duquel le chœur s’est rangé en arc de cercle, favorise l’individualisation des groupes. Sacqueboutes, trompettes, cornet (2) et timbales côté jardin, cordes centrales, et bois (hautbois, flûtes, basson) côté cour. Le continuo, conduit de l’orgue, souffrira de son anémie en cordes (un violoncelle et une contrebasse). L’ensemble, de 18 musiciens, dont Louise Ayrton est le violon solo, se montre irréprochable et aussi homogène que virtuose. Seul le déséquilibre des basses le prive de la plénitude attendue.</p>
<p>S’il faut saluer l’initiative de Vincent Dumestre de réunir une telle phalange autour d’un programme aussi original, on regrette l’enchaînement systématique des œuvres, l’ajout des lumières, malgré leur réalisation remarquable, des tempi rapides, plus fébriles que jubilatoires, qui ne sont pas loin de la précipitation, à laquelle ils n’échappent que grâce à la remarquable virtuosité de chacun. On sort très partagé, ému de certains numéros, admiratif de la qualité des interprètes, mais perturbé par des choix que l’on peine à comprendre.</p>
<p>Noël, Bach et Vincent Dumestre ont suffi à remplir l’auditorium. Le public applaudit chaleureusement chanteurs et instrumentistes, tout en se montrant aussi partagé que le critique. Un beau bis, le chœur final de la cantate 150, la chaconne, <em>Meine Tag in den Leiden</em>, sur un ostinato ascendant de quatre mesures, lui est offert.</p>
<pre>1. Dont l’édition moderne (Dürr, pour la <em>Neue Bach Gesellschaft</em>) date de 1955. Outre quelques modifications de l’instrumentation (ainsi les flûtes à bec remplacées par des traversos de la version définitive pour l’<em>Esurientes</em>) et de la tonalité (mi bémol, qui deviendra ré), cette version première insérait quatre pièces liées explicitement à Noël, qui furent supprimées pour en permettre le plus large usage.
2. Le cornet, joué par Hyacinthe Ameline, se substitue avec bonheur à la première trompette et assure avec brio un rôle majeur (quelles diminutions !) .</pre>
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		<title>HAENDEL, Chandos Anthems</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/haendel-chandos-anthems/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Rouvière]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Oct 2025 08:23:16 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après le coup d’éclat de ses premières créations londoniennes (Rinaldo, Amadigi), Haendel sembla se désintéresser de l’opéra pendant près de trois ans, n’offrant aucun drame à la scène entre le printemps 1717 et celui de 1720 (qui vit la création de la Royal Academy of Music). Le Saxon profitait alors de l’hospitalité de James Brydges, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><span style="font-size: medium;">Après le coup d’éclat de ses premières créations londoniennes (</span><span style="font-size: medium;"><i>Rinaldo, Amadigi</i></span><span style="font-size: medium;">), Haendel sembla se désintéresser de l’opéra pendant près de trois ans, n’offrant aucun drame à la scène entre le printemps 1717 et celui de 1720 (qui vit la création de la Royal Academy of Music). </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: medium;">Le Saxon profitait alors de l’hospitalité de James Brydges, comte de Carnarvon puis duc de Chandos, ancien trésorier des armées et plus grande fortune d’Angleterre, qui, dans sa résidence nouvellement construite de Cannons, entretenait sa propre troupe musicale, dirigée par Johann Christoph Pepusch (futur compositeur du </span><span style="font-size: medium;"><i>Beggar’s Opera</i></span><span style="font-size: medium;">). N’occupant en ces lieux aucun poste officiel, Haendel, soucieux de mériter la libéralité de son hôte, ne s’y montra pas moins prolifique : de ces années datent en effet deux </span><span style="font-size: medium;"><i>masks</i></span><span style="font-size: medium;">, </span><span style="font-size: medium;"><i>Acis &amp; Galatea</i></span><span style="font-size: medium;"> et </span><span style="font-size: medium;"><i>Haman &amp; Mordecai</i></span><span style="font-size: medium;"> (première version d’</span><span style="font-size: medium;"><i>Esther</i></span><span style="font-size: medium;">) ainsi que les onze antiennes connues aujourd’hui sous le nom de « Chandos anthems ». </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: medium;">Pièces paraliturgiques (en anglais), grands motets ou mini-oratorios, ces partitions témoignent d’un esprit bouillonnant, prompt à tirer les leçons du passé comme à se projeter dans l’avenir : outre l’influence de Purcell, elles charrient un nombre aussi impressionnant de réminiscences (emprunts aux cantates italiennes, aux psaumes écrits pour la Chapelle royale) que de prémonitions (formes, mélodies, solutions contrapuntiques qu’on retrouvera dans les oratorios de la maturité). Par exemple, « </span><span style="font-size: medium;"><i>Let God arise</i></span><span style="font-size: medium;"> »  débute par une sonate qui sera reprise dans </span><span style="font-size: medium;"><i>Radamisto</i></span><span style="font-size: medium;">, se poursuit avec un extrait du </span><span style="font-size: medium;"><i>Dixit Dominus</i></span><span style="font-size: medium;"> et s’achève sur un « </span><span style="font-size: medium;">Alleluia</span><span style="font-size: medium;"> » annonçant celui de </span><span style="font-size: medium;"><i>Messiah</i></span><span style="font-size: medium;">. Ces oeuvres témoignent également de leurs conditions d’exécution au sein d’une chapelle privée ne comptant d’abord qu’une douzaine de musiciens : ainsi, les premiers anthems ne comportent aucun alto (vocal ou instrumental), partie que le duc jugeait inutile, font la part belle au(x) ténor(s) solo(s), au hautbois, au basson, à l’orgue et au violon. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: medium;">Ces petits bijoux n’ont été que sporadiquement enregistrés : on n’en trouve qu’une intégrale digne de ce nom, celle d’Harry Christophers, aux choix désormais discutables (1989). Récemment, ils ont été remis en lumière par un beau disque de l’Ensemble Marguerite Louise consacré à trois d’entre eux (CVS, 2022) – dont deux (les anthems 4 et 6) se retrouvent dans le présent enregistrement : la comparaison s’imposait d’elle-même. </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: medium;">Elle s’avère pourtant ardue, tant les moyens employés diffèrent : le chœur de Gaétan Jarry, chez CVS, convoque deux fois plus de voix et son orchestre est plus fourni d’un tiers que ceux de <strong>Jonathan Cohen</strong>. La version de Jarry lorgne ainsi du côté de Versailles, accentuant la pompe et la théâtralité des œuvres.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: medium;">Celle de Cohen peut sembler d’emblée plus conforme à la « réalité historique », au moins en matière d’effectifs, avec un chœur réduit à huit chanteurs qui interprètent également les airs. Cohen accentue encore la particularité chambriste de sa lecture en confiant l’incipit de certains chœurs à deux ou trois solistes (« Have mercy upon me »). On y gagne une transparence accrue (la fugue annonçant </span><span style="font-size: medium;"><i>L’Allegro, Il Penseroso ed Il Moderato</i></span><span style="font-size: medium;">, à la fin du 3° anthem) et, par moments, un équilibre magique entre les diverses voix et instruments, proche de celui qu’on obtiendrait dans un madrigal (« </span><span style="font-size: medium;"><i>Let God arise</i></span><span style="font-size: medium;"> »). On aime aussi, chez Cohen, cette flexibilité du phrasé, qui confère un caractère large, presque sentimental, à la première sonate d’introduction, souligne avec grâce les pleins et déliés du chant (« Against Thee » – autre prémonition de </span><span style="font-size: medium;"><i>Messiah</i></span><span style="font-size: medium;">). </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: medium;">En revanche, les tempi s’avèrent moins variés ici que chez Jarry, les allegros moins allègres, les pages sombres moins dramatiques, les pages virtuoses plus sages (l’air de tempête « The waves of the sea », les soli de violon au début d’ « <em>As pants the hart </em>»), et les contrastes de textures évidemment moins sensibles. D’autant que sopranos et basses, impeccables dans les chœurs, déçoivent souvent dans les soli, les premières adoptant une émission droite de garçonnets qui n’a pas vraiment lieu d’être (ces soli furent créés par des cantatrices). </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: medium;">Cohen dispose cependant d’un superbe atout en la personne d’<strong>Hugo Hymas</strong>, ténor racé, souple, très agile (« Put thy trust in God », « Like as the smoke » !), qui avait campé Jupiter dans la seconde </span><span style="font-size: medium;"><i>Semele</i></span><span style="font-size: medium;"> de Gardiner ; et, pour l’intermittente partie d’alto, il a opportunément fait appel à un autre excellent ténor, <strong>Samuel Boden</strong> (au lieu du falsettiste retenu par Christophers). </span></p>
<p align="justify"><span style="font-size: medium;">En somme, nous retrouvons ici les qualités et défauts qu’Arcangelo avait déployés dans ses précédents enregistrements haendéliens (la </span><span style="font-size: medium;"><i>Brockes-Passion</i></span><span style="font-size: medium;"> en 2020 et </span><span style="font-size: medium;"><i>Theodora</i></span><span style="font-size: medium;"> en 2024, toujours chez Alpha) : une musicalité pudique et tendre ; une palette expressive réduite.</span></p>
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		<title>HAENDEL, Acis and Galatea &#8211; Namur</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haendel-acis-and-galatea-namur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 Mar 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un peu plus de vingt ans après Lully, le jeune Haendel ébloui par l’Italie tire des métamorphoses d’Ovide le sujet de son opéra Acis et Galatée. Sous les apparences d’une pastorale légère au doux parfum d’Arcadie, l’œuvre contient son lot de situations tragiques et de scènes dramatiques, permettant au compositeur, sous la forme un peu &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un peu plus de vingt ans après Lully, le jeune Haendel ébloui par l’Italie tire des métamorphoses d’Ovide le sujet de son opéra Acis et Galatée. Sous les apparences d’une pastorale légère au doux parfum d’Arcadie, l’œuvre contient son lot de situations tragiques et de scènes dramatiques, permettant au compositeur, sous la forme un peu répétitive et très convenue d’une suite d’<em>arias da capo</em>, d’introduire une grande variété de climats émotionnels, ce qui en fait une partition assez dense et du plus grand intérêt. Donné cette semaine en version de concert et en très petite formation au Grand Manège de Namur, l’œuvre a conservé tout son charme et son pouvoir de séduction.</p>
<p>Les neuf musiciens de l’ensemble Masques, chef au clavecin compris, ont fort à faire pour déployer toutes les richesses de la partition. Les interventions des bois (hautbois et flûtes) sont très soignées, mais celles des cordes mériteraient plus d’ampleur, celles du premier violon en particulier manquant aussi un peu de caractère. Dans cet effectif réduit, l’œuvre semble plus faite pour un minuscule théâtre de cour que pour un grand plateau moderne. Le chef <strong>Olivier Fortin</strong> présente cependant un travail de mise au point très abouti et une véritable construction dramatique de l’œuvre.</p>
<p>L’équipe vocale est dominée par la personnalité très forte de <strong>Tomas Kral</strong>. Spécialisé dans l’interprétation de la musique ancienne et baroque, apparu sur les scènes en 2005 déjà, le baryton tchèque a décidé d’incarner le géant Polyphème au-delà de ce qu’une version de concert requiert généralement. Il faut dire que son physique athlétique colle très adéquatement au personnage et qu’il semble éprouver un grand plaisir à pousser l’incarnation le plus loin possible. Arrivé sur scène avec de spectaculaires chaussettes à rayures pour seule entorse au strict habit noir des musiciens, on le retrouvera bondissant d’un bout à l’autre de la scène (et même de la salle), pieds nus et dépoitraillé, rendant ainsi toute sa sauvagerie au rôle, et toute leur force dramatique à ses interventions musicales du deuxième acte. Le contraste qu’il établit avec les autres chanteurs est saisissant, et de mon point de vue parfaitement justifié par le sens de l’œuvre. Il chante de mémoire là où ses comparses se tiennent à la partition, et fait preuve d’un investissement de tous les instants qui souligne l’irruption de l’élément tragique dans la partition.</p>
<p>A ses côtés mais dans un tout autre registre, <strong>Rachel Redmond</strong> en Galatée déploie une touchante musicalité et montre un sens aigu des situations, qu’elle interprète avec une certaine distance philosophique et une véritable grandeur. Née à Glasgow mais ayant fait l’essentiel de sa formation dans les équipes de William Christie avec le Jardin des voix, cette soprano mène sa carrière principalement en France. Et si la voix n’est pas très large – le rôle ne le requiert pas –&nbsp;l’interprétation est très soignée et très juste, pleine de charme.</p>
<p>Issu des chœurs de Cambridge et formé à l’université de Durham, le ténor anglais <strong>Hugo Hymas</strong> apporte lui aussi beaucoup de soin à l’interprétation du rôle de Acis en belle adéquation dramatique avec sa partenaire. Le duo qui clôt le premier acte et vers lequel culmine toute la première partie de l’œuvre est ainsi rendu avec une très émouvante complicité. <strong>Philippe Gagné</strong>, l’autre ténor de la distribution cumule le rôle de Damon et celui de Corydon. La voix est parfois un peu voilée mais il montre une belle aptitude à la virtuosité lorsque la partition le requiert. La mezzo <strong>Marie Pouchelon</strong> complète la distribution pour ce qui concerne les parties chorales. Au final, le public montre, par des applaudissements nourris, qu’il aura passé une excellente soirée.</p>
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		<item>
		<title>Purcell at Prayer – Thiré</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-at-prayer-thire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Sep 2024 03:58:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour cette deuxième journée de la manifestation «&#160;Dans les jardins de William Christie&#160;» à Thiré en Vendée, le temps s’annonce on ne peut plus clément. Contrairement à la veille, le vent est tombé et le soleil est au zénith. Encore tout émus des découvertes de la veille, les visiteurs se pressent dans les jardins pour &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour cette deuxième journée de la manifestation «&nbsp;Dans les jardins de <strong>William Christie</strong>&nbsp;» à Thiré en Vendée, le temps s’annonce on ne peut plus clément. Contrairement <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-thire/">à la veille</a>, le vent est tombé et le soleil est au zénith. Encore tout émus des découvertes de la veille, les visiteurs se pressent dans les jardins pour se repaître des activités qu’ils n’ont pas eu le temps de pratiquer le jour précédent. Il y a ceux qui se lancent en famille dans un parcours itinérant de danse baroque dans le village et les espaces verts sur le thème des <em>Mémoires</em> de Casanova, quand d’autres se passionnent pour le chant participatif sur le thème des oiseaux guidés par <strong>Sophie Daneman</strong>, celle-là même qui met en mouvement le très beau <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-dido-and-aeneas-thire/">Dido and Aeneas</a></em> donné en soirée sur le miroir d’eau, alors que d’autres visitent avec les jardiniers les différents espaces des jardins pensés et conçus par William Christie. De notre côté, nous écoutons avec délectation les <em>Conversations croisées </em>entre l’historien de l’art <strong>Henry-Claude Cousseau</strong> et l’académicien <strong>Erik Orsenna</strong>.</p>
<p>Tout irait pour le mieux dans le plus beau des mondes si l’on n’avait pas appris qu’une bonne partie de l’équipe était sur les dents&nbsp;; en effet, la mezzo Rebecca Leggett est souffrante. La lauréate du Jardin des Voix était membre du quintette prévu le soir même pour le programme de <em>Lamentations </em>de Roland de Lassus. Or, les difficultés de l’œuvre ne permettent pas de trouver au pied levé une remplaçante. Il faut donc trouver un programme de rechange et le répéter avant 20h… Quand on le croise à la pause déjeuner, <strong>Paul Agnew</strong>, à la direction musicale pour ce même concert pour voix seules, ne laisse rien paraître et sourit comme à l’accoutumée. Il se réjouissait de faire découvrir une partie du travail du prolifique Roland de Lassus (1532-1594, également connu sous le nom d’Orlando di Lasso ou encore Roland de Lattre). Un premier motet en appel à la paix aurait dû précéder un cycle de douze motets sur le mystère de la Nativité où intervenaient douze sybilles, dans un entrelacs complexe et étrange, tout en expérimentations chromatiques. Redoutable partition que ces prophéties où s’opèrent des changements de tonalités constants. Puis auraient succédé les <em>Lamentations du samedi saint</em>, chantées durant l’office des ténèbres, avec pour seul éclairage neuf bougies éteintes une par une à la fin de chaque mouvement. Enfin, des «&nbsp;Psaumes de pénitence&nbsp;» auraient conclu l’expérience, avec les œuvres parmi les plus célèbres du compositeur dont l’humaniste Samuel van Quickelberg disait à l’époque&nbsp;: «&nbsp;lorsqu’il lui fallait mettre en accord le mot et la chose, d’exprimer l’intensité des diverses émotions en donnant à voir la chose comme si elle se produisait, que l’on peut se demander si c’est la suavité des émotions qui confère sa beauté à la plainte du chant, ou bien l’inverse&nbsp;». Paul Agnew avait bien l’intention de mettre en valeur le génie et la modernité de l’œuvre, en essayant avec ses partenaires de reproduire la palette chromatique du créateur. Las, il faudra renoncer à cette expérience qui s’annonçait passionnante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2024-Les-Arts-Florissants-Day_4_005-Jay-Qin-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-171447"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jay Qin</sup></figcaption></figure>


<p>En attendant, les mini-concerts de l’après-midi dans les jardins ont commencé et il est tout de même possible d’entendre <em>Suzanne un jour</em> de Roland de Lassus, donné dans le Petit bois d’Henry-Claude. Les sopranos <strong>Maud Gnidzaz</strong> et <strong>Juliette Perret</strong>, l’alto <strong>Daniel Brand</strong>, le ténor <strong>Michael Loughlin Smith</strong> et la basse <strong>Christophe Gautier</strong> se tirent à merveille des chausse-trapes d’une œuvre moins séduisante que fascinante dans sa complexité formelle. Le contenu des petits concerts est choisi par les artistes. Quelques minutes plus tard, dans un genre très différent, on écoute les chansons originales et les improvisations sur le thème de l’amour de <strong>Douglas Balliett</strong>, contrebassiste et compositeur américain (ancien élève de la Juilliard School, présent à la quasi-totalité des éditions du festival) et <strong>Thomas Dunford</strong>, luthiste fétiche des Arts Florissants dont on se souvient, par exemple, du beau programme <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-recettes-de-lamour-thire-la-vie-en-roses/?utm_source=refresh&amp;utm_content=1692738954&amp;utm_medium=self&amp;utm_term=age-91226&amp;utm_campaign=auto-refresh-stale-content">«&nbsp;Les recettes de l’amour&nbsp;»</a> donné en 2022 avec Lea Desandre et William Christie. Les deux artistes affichent une évidente complicité et un plaisir de jouer ensemble dans une sorte de jam baroco-jazzy qui électrise l’auditoire. On regrette de ne pouvoir rester toute la semaine jusqu’au terme du festival, car ce serait l’occasion d’entendre une <em>Passion selon saint Marc</em> composée par Douglas Balliett. Cette création a été commissionnée par les Arts Florissants et marque l’un des temps forts du festival.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2024-Les-Arts-Florissants-Day_3-063-Jay-Qin-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-171450"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Jay Qin</sup></figcaption></figure>


<p>Après dîner, les bénévoles dévoués organisent le transfert à quelques kilomètres de là, dans l’église de Saint-Juire-Champgillon, car l’église de Thiré est en travaux actuellement. Dans le sanctuaire où chaque siège est occupé et l’éclairage réduit à quelques cierges, un parfum capiteux à base de lys émane de deux somptueux bouquets embellissant les pilastres du chœur. Paul Agnew prend la parole pour expliquer au public que le programme annoncé va être remplacé par un autre, en raison de l’absence de Rebecca Leggett, totalement aphone. Une partie de la journée a été consacrée à concocter un nouveau programme cohérent, en privilégiant des solos plutôt que des ensembles, en fonction de ce que les artistes étaient capables de présenter le soir même. Le jeune <strong>Gabriel Rignol </strong>au théorbe a accepté de se joindre aux chanteurs, secondé par <strong>Florian Carré </strong>au clavecin, lequel se trouvait encore à Paris le matin même… Aucune rumeur de protestation dans l’auditoire pour accueillir l’annonce&nbsp;: Paul Agnew sait y faire et l’on se prend immédiatement d’empathie pour lui et les siens. Ce sont finalement des pièces sacrées de Purcell qui sont proposées… Le pédagogue écossais nous rappelle que Purcell serait sans doute surpris de savoir que nous connaissons surtout sa musique profane, lui qui a tant composé pour le domaine sacré. Et curieusement, cette sélection d’œuvres religieuses intitulée «&nbsp;Purcell at Prayer&nbsp;» est une première dans le festival. L’alto <strong>Mélodie Ruvio</strong>, le ténor <strong>Hugo Hymas</strong> et la basse <strong>Edward Grint</strong> devaient interpréter initialement les œuvres de Lassus. Ils s’adaptent parfaitement à l’univers polyphonique du compositeur anglais. Le public retient son souffle. Pour les soutenir, les sopranos Juliette Perret et <strong>Violaine Le Chenadec </strong>complètent avec Paul Agnew un sextette en idéale harmonie. Très vite, le plaisir de chanter ensemble prend le dessus sur la tension des répétitions à l’arrachée de la folle journée (d’autant que Juliette Perret se produisait trois fois de suite au cours de l’après-midi dans les jardins et Paul Agnew deux fois&nbsp;!). Quelque chose de magique se produit et au terme du concert, c’est un tonnerre d’applaudissements qui salue les artistes. Le moment que nous avons vécu appartient aux grands bonheurs que l’on peut éprouver dans le spectacle vivant&nbsp;: le professionnalisme des artistes, leur capacité d’adaptation et leur connaissance du répertoire leur ont permis de se dépasser et de nous combler.</p>
<p>Après la pause d’une demi-heure et le traditionnel chocolat chaud offert par les paroissiens, tout le monde revient s’installer dans l’église pour la «&nbsp;Méditation à l’aube de la nuit&nbsp;», conçue comme un moment privilégié qui permet de se préparer au sommeil. Les règles sont rappelées par Paul Agnew&nbsp;: il s’agit de laisser infuser la musique à l’issue de la journée et pour cela, s’abstenir d’applaudir. La soprano Violaine Le Chenadec est accompagnée de son époux <strong>Adrien Mabire</strong> au cornet à bouquin, le couple étant soutenu par Gabriel Rignol au théorbe, tout jeune, mais merveilleusement doué. Nous entendons cette fois Monteverdi et ses contemporains. Le couple Mabire/Le Chenadec fonctionne particulièrement bien. La voix, bien timbrée, ample et émouvante, est magnifiée par le jeu inspiré du cornettiste, dont on goûte avec délices la virtuosité exceptionnelle (et en plus, il chante parfaitement bien…). Du coin de l’œil, on aperçoit Paul Agnew, installé dans le public, visiblement ému et soulagé, les yeux mi-clos, qui se repaît des sonorités idéalement réverbérées dans la petite église.</p>
<p>On quitte à grand regret ce festival enchanteur, avec une petite pointe d’envie pour les bienheureux qui peuvent rester jusqu’au bout. Eux entendront les <em>Lamentations de Lassus</em> le lendemain, puis l’extraordinaire violoniste Théotime Langlois de Swarte et son complice William Christie qu’on avait eu la chance d’<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/les-recettes-de-lamour-thire-la-vie-en-roses/?utm_source=refresh&amp;utm_content=1692738954&amp;utm_medium=self&amp;utm_term=age-91226&amp;utm_campaign=auto-refresh-stale-content">entendre par le passé</a>, mais également <em>Orphée et Eurydice</em> de Gluck en version de concert dirigée par Paul Agnew sur le miroir d’eau et bien sûr, la création déjà évoquée&nbsp;: la <em>Passion selon saint Marc</em>. Au bout de quatre jours, le taux de remplissage était de 99&nbsp;%&nbsp;! Il faudra s’y prendre tôt pour les réservations l’année prochaine…</p>


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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="&quot;O come sei gentile&quot; (Monteverdi) - Violaine Le Chenadec &amp; Adrien Mabire" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/53KDkXTM1zw?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Salve Regina - Doug Balliett" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/btIewTK3d5I?list=PL8ltSP2mqeAg9rZKO00Kecz5cbGxObl-k" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>BACH, Passion selon saint Matthieu &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bach-passion-selon-saint-matthieu-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime de Brogniez]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Apr 2024 06:35:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est presqu’un rituel : chaque année, à la fin du Carême, le Mélomane qui a depuis longtemps déserté les églises se rend dans une salle de concert pour y entendre le récit de la Passion. Si le drame ne le touche peut-être pas pour les mêmes raisons que le Chrétien, il n’empêche que, immanquablement, il est &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est presqu’un rituel : chaque année, à la fin du Carême, le Mélomane qui a depuis longtemps déserté les églises se rend dans une salle de concert pour y entendre le récit de la Passion. Si le drame ne le touche peut-être pas pour les mêmes raisons que le Chrétien, il n’empêche que, immanquablement, il est touché physiquement par une musique d’une expressivité inouïe. Sans doute parce qu’elle exprime une blessure faite à l’humanité toute entière et, dès lors, touche une forme d’universel. Peut-être aussi parce qu’elle évoque des thèmes qui vont au-delà du religieux : trahison, vindicte populaire, (in)justice, souffrance, mort, deuil, espoir. A-t-on jamais mieux résumé ce qui inquiète toute humanité<a href="applewebdata://9BB34933-8C2D-4A8D-9A49-00E70DD20C47#_ftn1" name="_ftnref1">[1]</a> ?</p>
<p>À ce rituel se greffent des traditions. Musicalement, les interprétations proposées depuis plusieurs dizaines d’années par <strong>Philippe Herreweghe </strong>et le <strong>Collegium Vocale Gent</strong> font autorité et, précisément, ont largement contribué à forger ce qu’est la <em>Passion selon saint Matthieu</em> aujourd’hui. C’est donc à une exécution sûre que nous assistons. Chaque changement de <em>tempo</em>, chaque <em>rallentando</em>, chaque enchaînement, chaque manière d’amener la fin d’une séquence, en un mot, chaque note et chaque respiration, ont été murement réfléchis et éprouvés. C’est presqu’un exercice de style, l’aboutissement de la méditation et du travail d’une vie, au risque de ne plus questionner certains parti-pris désormais bien ancrés : faut-il absolument conclure chaque choral par un ralenti à certains égards caricatural (certains écriraient : lourd) ? Faut-il terminer un chœur plein d’animation par une retenue qui n’en finit pas (« das mördrische Blut ! », dans le n° 27) ? Faut-il nécessairement respirer par phrase musicale quand le texte commande autre chose (dans le n° 10 par exemple : « an Händen und an Füßen/gebunden in der Höll ») ? Ne faudrait-il pas, à certains moments, admettre que la partition verse dans la théâtralité et l’assumer plus franchement (on pense à nouveau au n° 27) ? Il s’agit là de choix d’interprétation très clairement posés. Et s’il nous revient de poser des questions, c’est bien à Herreweghe d’y répondre : il connaît assurément infiniment mieux la partition et les nuances de l’œuvre.</p>
<p>Monumentale à bien des égards, l’œuvre s’appuie sur un double orchestre – chacun ayant son propre continuo – et un double chœur. Si, lors de la création de l’œuvre à l’église Saint-Thomas de Leipzig, il est très probable que le chœur 2 était significativement plus petit que le chœur 1 (les deux tribunes qui existaient alors ne permettaient en effet pas d’accueillir un nombre égal de chanteurs), accentuant ainsi les effets de réponse qui parcourent la partition, le choix est ici porté sur des effectifs égaux. Il en résulte un équilibre remarquable, sans doute adapté aux conditions contemporaines d’exécution de l’œuvre – c’est-à-dire, dans une salle de concert. D’emblée, le chœur d’ouverture impose une maîtrise absolue et un sens dramatique assuré. La musique avance pas à pas, comme un chemin de croix. Les effets de réponse sont clairs et s’enchaînent fluidement, soutenus par un choral aérien mais présent. Du côté de l’orchestre, la lecture est analytique. Chaque phrase et ligne mélodique fait l’objet d’une attention particulière qui la fait exister et qui, en même temps, assure une densité sonore exceptionnelle à l’ensemble. C’est certainement le génie de l’écriture de Bach qui le permet, mais c’est assurément une lecture d’une très grande finesse qui actualise cette potentialité.</p>
<p>D’une manière générale, les chœurs sont parfaits. Tantôt inquiets, voire déchaînés – même si on aurait parfois aimé encore plus d’investissement dans le n° 27 –, ils sont aussi capables du plus grand apaisement. Les chorals offrent à cet égard une belle variété d’intentions – allant de l’inquiétude sincère dans le n° 3 à l’affliction la mieux incarnée dans le n° 37 –, tandis que certaines réponses cristallisent en un seul mot deux millénaires de souffrance (« Barrabam ! » dans le n° 45 ou « Lass ihn kreuzigen ! » dans le n° 50).</p>
<p><strong>Julian Prégardien</strong> est un Évangéliste qui peine d’abord à sortir du rôle d’un narrateur neutre (mais peut-être est-ce un parti-pris stylistique). Là où la partition laisse une grande liberté dans les récitatifs, offrant parfois la possibilité de s’affranchir de toute mesure ou contrainte rythmique rigide, il offre une lecture sage, très récitée. Rapidement, néanmoins, le personnage s’anime, offrant quelques moments très théâtraux (dans le n° 36, son « speiten » [« crachèrent »] est terriblement violent – ce que les consonnes du mot et l’écriture de Bach appellent évidemment). Il gagne en épaisseur dramatique et resserre la tension qui devient extrême au moment de la crucifixion, car c’est lors d’une intervention de l’Évangéliste – donc dans un récitatif – que Jésus est crucifié (n° 58 : « L’ayant goûté, il [Jésus] ne voulut pas le boire. Quand ils l’eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements […] »). La voix est claire et bien projetée, les aigus lumineux. Il passe en toutes circonstances et offre aussi quelques moments plus chantés où il déploie une ligne sûre et un sens de la phrase irréprochable.</p>
<p>Le Jésus de <strong>Florian Boesch </strong>est certainement un élément central de la dramaturgie de l’œuvre. D’emblée, il incarne son personnage avec une présence affirmée. Confiant face à un destin que son personnage connaît déjà, Florian Boesch offre une interprétation qui traduit l’angoisse, la peur même, mais qui ne verse jamais dans le pathétique. C’est bien ce que le texte et la partition exigent : Jésus est humain, mais il accepte un sort qui relève du divin. Les phrases sont menées à leur terme avec un sens du phrasé irréprochable (le dialogue reproduit dans le n° 11 offre, à cet égard, de magnifiques moments). Les graves sont pleins, nourris, très noirs quand le texte l’exige (dans le n° 18 par exemple : « Meine Seele ist betrübt bis an den Tod, bleibet hier und wachet mit mir »).</p>
<p><strong>Grace Davidson </strong>livre un « Blute nur » (n° 8) qui reste un peu léger, au regard du texte (« Saigne, ô tendre cœur ! Ah ! Un enfant que tu as élevé, qui a sucé ton sein, menace de tuer ton protecteur, car il est devenu perfide comme le serpent »). Les aigus sont légèrement voilés et certains appuis arrivent en retard. Les vocalises sont en revanche menées avec finesse et élégance. <strong>Dorothee Mields </strong>a le timbre qui convient au « Wiewohl mein Herz in Tränen schwimmt » et à l’air qui suit (n° 12 et 13). Le son est rond, ample, chaleureux. L’interprétation un peu retenue dans un air qu’on entendrait volontiers exalté. Dans le « So ist mein Jesus nun gefangen » (n° 27), elle mène un dialogue parfait avec les <em>traverso</em> et <strong>Hugh Cutting</strong>, contre-ténor qui avait déjà gratifié le « Buß und Reu » et l’arioso qui le précède (n° 5 et 6) de son timbre doux et rond. L’interprétation du contre-ténor aurait néanmoins pu être plus inquiète encore dans cet air (n° 6). Dans l’air d’ouverture de la seconde partie (n° 30), en revanche, le dosage entre affliction et inquiétude est parfait et la progression idéale. Le « Erbarme dich » (n° 39) est un moment suspendu, où le moindre détail est abouti (un crescendo léger donne par exemple au « dich » un relief particulier). <strong>William Shelton </strong>– contre-ténor à la voix enveloppante – surprend par le contraste entre un arioso (n° 51) très saccadé et un air (n° 51) qui révèle un sens du phrasé particulièrement abouti. Dans le « O Schmerz » (n° 19) et l’air qui suit (n° 20), <strong>Hugo Hymas </strong>livre une lecture engagée et inquiète, offrant de beaux contrastes. Si le timbre manque parfois d’éclat, la projection est idéale et les vocalises souples. <strong>Benedict Hymas </strong>est idéal dans le « Geduld ! » et l’arioso qui le précède (n° 34 et 35). Son timbre englobe tout et apporte de l’unité à une orchestration dont le caractère saccadé est ici volontairement souligné. <strong>Dingle Yandell </strong>sert adéquatement le « Gerne will ich mich bequemen » (n° 23), mais c’est dans le « Gebt mir meinem Jesum wieder ! » (n° 42) qu’il se révèle réellement. Le ton est ici vindicatif et il parvient à adopter le caractère intransigeant que le texte demande. Les vocalises sont parfaitement conduites, en bonne intelligence avec les cordes qui mènent l’air. Enfin, <strong>Konstantin Krimmel </strong>est un Pierre au timbre clair et tranchant et à la projection efficace, tandis que le Pilate de <strong>Philipp Kaven </strong>et le Judas de <strong>Julian Millán </strong>complètent idéalement une distribution globalement excellente.</p>
<p>« Höchst vergnügt schlummern da die Augen ein » (« Pleinement heureux, les yeux s’endorment paisiblement »).</p>
<pre><a href="applewebdata://9BB34933-8C2D-4A8D-9A49-00E70DD20C47#_ftnref1" name="_ftn1">[1]</a> À propos de l’autre Passion de Bach, Annie Ernaux écrit quelques lignes qui suffisent à prouver le caractère universel de pièces dont la portée dépasse de loin la religion. Elle vient d’avorter : « J’écoutais dans ma chambre <em>La passion selon saint Jean </em>de Bach. Quand s’élevait la voix solitaire de l’Évangéliste récitant, en allemand, la passion du Christ, il me semblait que c’était mon épreuve d’octobre à janvier qui était racontée dans une langue inconnue. Puis venaient les chœurs. <em>Wohin ! Wohin !</em> Un horizon immense s’ouvrait, la cuisine du passage Cardinet, la sonde et le sang se fondaient dans la souffrance du monde et la mort éternelle. Je me sentais sauvée » (A. Ernaux, <em>L’événement</em>, Paris, Gallimard, 2000, p. 118).</pre>
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		<title>La Resurrezione</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/la-resurrezione-pas-de-quoi-reveiller-un-mort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 Sep 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Fabuleuse corne d’abondance dans laquelle Haendel piochera régulièrement pour en recycler des pépites, sa production italienne recèle d’éclatantes réussites tant dans le domaine de la cantate (La Lucrezia, Armida) que dans celui de l’opéra (Agrippina) ou de l’oratorio avec cette Resurrezione créée à Rome le dimanche de Pâques 1708. « La maîtrise technique et stylistique, l’imagination orchestrale, la justesse expressive &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Fabuleuse corne d’abondance dans laquelle Haendel piochera régulièrement pour en recycler des pépites, sa production italienne recèle d’éclatantes réussites tant dans le domaine de la cantate (<em>La Lucrezia</em>, <em>Armida</em>) que dans celui de l’opéra (<em>Agrippina</em>) ou de l’oratorio avec cette<em> Resurrezione</em> créée à Rome le dimanche de Pâques 1708. « La maîtrise technique et stylistique, l’imagination orchestrale, la justesse expressive de ce jeune voyageur qui venait juste de fêter ses vingt-trois ans tiennent ici du prodige ! » s’enflamme Ivan A. Alexandre et nous partageons sans réserve son admiration.  </p>
<p>Haendel se retrouve un peu comme Charlie dans la chocolaterie – une comparaison qui n’offusquerait probablement pas ce bon vivant – :  le marquis Ruspoli, commanditaire de l’œuvre et protecteur du Saxon, lui donne accès à des ressources instrumentales dont il ne disposera plus jamais et qui vont stimuler une invention déjà profuse. Il conçoit « l’orchestration la plus précise et la plus soignée » (Ivan A. Alexandre) qu’il ait jamais couchée sur du papier à musique : airs à quatre parties de violons – la formation aligne trente-quatre cordes emmenées par rien moins que Corelli ! –, à deux flûtes, en concerto grosso avec <em>oboe sorde</em>, avec trompettes ou archiluth… Or, cette partition exubérante et constamment inspirée demeure étonnamment peu fréquentée. La faute en incombe peut-être au livret de Capece, mal ficelé et dépourvu de tension dramatique. Néanmoins, c’était déjà le cas de la pièce spéculative à l’origine d’<em>Il trionfo del Tempo e del Disinganno</em> (1707), premier oratorio italien de Haendel, qui retient pourtant davantage<a href="https://www.forumopera.com/il-trionfo-del-tempo-e-del-disinganno-paris-philharmonie-le-triomphe-de-la-couleur"> l’attention des producteurs</a> et dont les carences n’ont pas découragé des metteurs en scène tels que Krzystof Warlikowski, Ted Huffmann ou Ludger Engels. </p>
<p><em>La Resurrezione </em>juxtapose plus qu’elle ne noue deux fils qui s’articulent en deux journées. Elle s’ouvre sur un Ange qui, au seuil des Enfers, proclame la victoire du Christ sur l’impudent Lucifer. Il conduit ensuite « la descente aux Enfers » où les âmes des Justes, menées par Adam et Ève, sont libérées de leur esclavage – selon la tradition chrétienne, à l’aube du Samedi Saint. Entre temps, à Jérusalem, Marie-Madeleine et Marie Cléophas, plongées dans l’affliction, recouvrent espoir quand Jean l’Évangéliste leur rappelle la promesse de Jésus de revenir auprès d’elles le troisième jour. Le dimanche de Pâques, au matin, l’ange vainc Lucifer en lui montrant les deux Marie qui se rendent sur le tombeau vide, puis il leur apparait également et annonce la résurrection du Christ.</p>
<p>Douze ans après avoir dirigé <strong>Lucy Crowe</strong> et son <strong>English Concert</strong> dans un récital consacré à la période italienne du compositeur (« Il caro Sassone »), <strong>Harry Bicket</strong> ne s’est pas bonifié et sa tiédeur s’avère toujours aussi exaspérante, lissant les reliefs, édulcorant les contrastes et privant la plupart des numéros de leur juste énergie.  « Disseratevi, o porte d’Averno » (Angelo), le feu d’artifice en ré majeur qui suit l’ouverture de <em>La Resurrezione</em>, vire au pétard mouillé : un manque criant de nerf, des coloris délavés et des trompettes noyées dans une mollesse dont la direction ne se départira que trop rarement. Le soprano a perdu en flexibilité (sauts d’intervalle) et les suraigus frisent parfois l’étranglement. Lucifero a plus de chance et nous offre d’ailleurs la seule bonne surprise de cet enregistrement : « Caddi, è ver » révèle le grain nourri d’<strong>Ashley Riches</strong>, baryton-basse ferme, délié et très en verve, probablement trop au goût de certains, mais la grandiloquence du personnage ne demande pas autre chose. Par contre, la langueur de Bicket escamote l’urgence de « O voi, dell’Erebo » et installe les Enfers au boudoir… </p>
<p>« Ferma l’ali » nous réjouit d’abord, mais l’illusion ne dure guère : idoine de ton, le matériau évoquant parfois Jennifer Smith, <strong>Sophie Bevan</strong> semblait parfaite en Maddalena, mais l’expression ne se renouvelera guère et restera à la surface des mots. L&rsquo;élan (relatif) qui anime le <em>duetto </em>de Maddalena et Cleofe (« Dolci chiodi, amate spine ») tient surtout à l’engagement de <strong>Iestyn Davies</strong>. Une fois encore, l&rsquo;interprète se distingue par la finesse et par la richesse de ses intentions (la section B de « Naufragando va per l’onde »), mais sa partie requiert des graves plus charnus et des couleurs profondes (« Piangete, sì, piangete »), que possédaient aussi bien Carolyn Watkinson (Hogwood) que Sonia Prina (Haïm). Si « Quando è parto » flatte la beauté juvénile de son ténor aigu, déjà remarqué chez Haendel ou Purcell, <a href="https://www.forumopera.com/the-indian-queen-lille-purcell-enfin-rendu-au-theatre"><strong>Hugo Hymas </strong></a>semble livré à lui-même et peine à sortir de sa réserve (« Ecco il sol ch’esce dal mare »). Mais où sont donc passées les saisissantes cascades de cordes qui zèbrent  l’azur pour évoquer le rapace ravissant la tourterelle du nid (« Così la tortorella ») ? Bicket les a manifestement gommées ! Cette intervention présomptueuse et castratrice trahit une incompréhension totale du génie de Haendel et finit de discréditer un enregistrement dispensable.  </p>
<p>Nous en resterons à la lecture visionnaire de Marc Minkowski, qui domine une maigre et décevante discographie (Hogwood, McGegan, Koopman, Haïm), tout en espérant découvrir un jour la proposition de chefs de l’envergure de Fasolis, Petrou, Cummings ou Noally. </p>
<p> </p>
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		<title>PURCELL, The Indian Queen — Lille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/the-indian-queen-lille-purcell-enfin-rendu-au-theatre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Oct 2019 04:01:27 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nous en rêvions et plus d’un chef français en caressait l’idée : Emmanuelle Haïm l’a fait, retrouvant pour l’occasion le metteur en scène flamand Guy Cassiers avec qui elle ressuscitait il y a quatre ans le Xerse francisé de Cavalli et Lully. Cette nouvelle production de The Indian Queen réinsère la musique de Purcell dans la pièce de théâtre pour laquelle elle fut composée. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Nous en rêvions et plus d’un chef français en caressait l’idée : <strong>Emmanuelle Haïm </strong>l’a fait, retrouvant pour l’occasion le metteur en scène flamand <strong>Guy Cassiers </strong>avec qui elle ressuscitait il y a quatre ans le<a href="https://www.forumopera.com/xerse-lille-la-revanche-de-cavalli-sur-lully"> <em>Xerse </em></a>francisé de Cavalli et Lully. Cette nouvelle production de <em>The Indian Queen </em>réinsère la musique de Purcell dans la pièce de théâtre pour laquelle elle fut composée. L’air de rien, cette phrase énonce un prodige, inouï sur les planches de l’Hexagone, où même les plus connus des semi-opéras (<em>King Arthur</em>, <em>The Fairy Queen</em>) sont d’ordinaire joués pour eux-mêmes, assemblages disparates et sans la moindre cohérence dramatique. Vous l’aurez compris, avec ce projet ambitieux et risqué, l’Opéra de Lille crée l’un des événements les plus excitants de la rentrée lyrique. </p>
<p>Ecrite à deux mains par le célèbre dramaturge John Dryden et son beau-frère Robert Howard, <em>The Indian Queen </em>voit le jour en 1664, dans une version qui accueille des musiques de John Banister. Trente ans plus tard, Henry Purcell se lance dans la composition de nouveaux accompagnements. Sa disparition prématurée interrompt l’écriture et nous laisse avec un prologue, des pièces pour les deux premiers actes, mais seulement un air pour le quatrième et un chœur pour le dernier. Avant de nous pencher sur le travail et les choix posés par Emmanuelle Haïm, il convient de nous arrêter un moment sur l’excellente pièce * de Dryden et Howard, qui sera une véritable découverte pour la plupart des spectateurs. <em>The Indian Queen </em>appartient au genre, très en vogue à la Restauration, du drame héroïque dont le ton comme le style trahissent l’influence de Pierre Corneille mais évoquent aussi les tragédies historiques de Shakespeare. La lecture de l’argument révèle une trame politico sentimentale a priori relativement conventionnelle et sombre qui aurait pu inspirer un livret d’opéra, mais elle ne laisse en rien présager ni la force ni la beauté du texte. </p>
<p><em>The Indian Queen </em>est émaillée de répliques lapidaires et brillantes qui résument, ici un dilemme, là un désaccord insurmontable, avec un goût manifeste pour le paradoxe. Victorieux, à trois reprises, des troupes aztèques, le général Montezuma, impavide jeune guerrier, réclame pour toute récompense la main d’Orazia, la fille du roi Inca qui lui propose, en vain, villes et royaumes : « Thou giv’st me only what before I gave ». Tout le drame va procéder du refus obstiné du monarque, outré par la demande de ce jeune homme d’origine inconnue et donc d’extraction douteuse. Furieux, Montezuma décide de changer de camp et libère d’ailleurs le prince Acacis pour entrer au service de sa mère, Zempoalla (la reine indienne du titre). Cette dernière a fait assassiner le roi du Mexique (son frère !) par le général Traxalla, son âme damnée, avant d’usurper le trône. Quand leur relation finit de se déliter, Acacis et Zempoalla ont cet échange implacable :  « I am thy mother. – No, you are my shame. » Montezuma triomphe des armées péruviennes, l’Inca et sa fille Orazia sont arrêtés, mais il les protège face à Zempoalla, qui a promis d’offrir aux dieux d’éventuels prisonniers si elle réussissait à vaincre le Pérou. Pour corser le tout, l’usurpatrice s’éprend de Montezuma et Traxalla s’entiche d’Orazia, chacun voulant soustraire l’objet de sa passion au sacrifice qui les attend, car évidemment la popularité de Montezuma représente un danger. De surcroît, Acacis en pince aussi pour la fille de l’Inca. Montezuma et lui sont écartelés entre une ardente amitié et leur rivalité amoureuse (« You for my country fight, I for your love »), Acacis proposant finalement un duel dont il sortira blessé. Orazia suppliera le jeune prince de renoncer à cet amour impossible, mais il préfèrera mettre fin à ses jours non sans lui avoir asséné : « You bid me live, and yet command me die ! » Le retour à point nommé de la reine légitime, Amexia, qui reconnaît en Montezuma sa progéniture, consacre le dénouement du drame et l’infâme Traxalla succombe au poignard de son ennemi. Difficile toutefois d’y voir un <em>lieto fine </em>comme à l’opéra, le suicide d’Acacis jetant une ombre funeste sur les noces de l’intrépide guerrier et de la princesse Inca.   </p>
<p>Le principal obstacle à la reconstitution d’un spectacle tel qu’il était donné à époque, mêlant théâtre et semi opéra, réside dans les parties déclamées. En effet, il est impensable de ne pas recourir à des <em>native speakers</em>, ils sont d’ailleurs l’une des clés essentielles de la réussite de cette production lilloise où une équipe 100 % britannique rend justice à la prosodie des vers de Dryden et Howard. Les acteurs se produisent, pour la plupart, aussi bien à la scène que dans des séries à succès, ce qui ne nous étonne guère : tant <strong>James MacGregor</strong>, Montezuma râblé et sculptural, que <strong>Matthew Romain</strong>, beauté plus romantique qui sied au tendre et noble Acacis, pourrait figurer dans la distribution des <em>Tudor </em>ou de <em>Downton Abbey</em>. Tout le casting est impeccable, y compris pour un rôle secondaire comme l’Inca que <strong>Christopher Ettridge </strong>dote d’une épaisseur et d’une autorité appréciable. Cependant, comme souvent, ce sont les scélérats qui nous comblent, notamment quand le roué et goguenard Traxalla de <strong>Ben Porter</strong> défie l’intraitable Zempoalla campée par <strong>Julie Legrand</strong>. Sans foi ni loi – elle ose même, dans un élan de colère, menacer les dieux –, cruelle et cynique, l’usurpatrice affiche néanmoins un courage et une superbe qui susciteraient presque l’admiration lorsque ses ennemis lui offrent leur pardon et qu’elle les toise : « I cannot yet forget what I have been : Would you give life to, that was a queen ? Must you then give, and must I take ? ».  </p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="332" src="/sites/default/files/styles/large/public/20191003_indianqueen_0810.jpg?itok=5-2v0UBc" title="James McGregor (Montezuma) et Matthew Romain (Acacis) © Frédéric Iovino" width="468" /><br />
	James McGregor (Montezuma) et Matthew Romain (Acacis) © Frédéric Iovino</p>
<p>Pratique courante dans le théâtre contemporain, les acteurs sont équipés de micros, ce qui confère un naturel incomparable à leur jeu. Libérés des contraintes acoustiques, ils peuvent déployer une infinie variété d’inflexions et de nuances. Toutefois, Guy Cassiers franchit avec hardiesse un pas supplémentaire en imaginant un dispositif de cinq écrans, mobiles et de dimensions variables, où sont projetées des scènes préalablement filmées dans une esthétique et des costumes flamboyants qui rappellent <em>Game of Thrones </em>ou <em>Lord of the Rings </em>(<strong>Tim Van Steenbergen </strong>et <strong>Mieke Van Buggenhout</strong>). Cette prestation tranche avec les tenues et les compositions nettement plus sobres des artistes qui jouent simultanément les mêmes tableaux sur le plateau. Si les caméras scrutent les visages avec une acuité remarquable, en particulier celui, formidablement expressif, de Julie Legrand (Zempoalla), cette scénographie désarçonne et agace même lorsque la vidéo (<strong>Frederik Jassogne</strong>) se montre envahissante et tend à oblitérer la performance des acteurs. Passé le premier quart d’heure, leur verbe finit heureusement par nous captiver et concentre dans l’oreille une attention que l’œil ne sait plus tenir. « <em>Entre l’histoire projetée et le récit raconté sur scène</em>, commente le dramaturge Erwin Jans, on <em>peut établir différentes relations : réflexion, contraste, abstraction, ralentissement, agrandissement, stylisation… Le spectateur est invité à en faire une (im)possible synthèse. </em>» En réalité, la projection du film alterne avec des photographies du reporter de guerre mexicain <strong>Narciso Contreras </strong>qui a couvert les zones de conflit du Moyen-Orient au cours de ces dernières années. Guy Cassiers entend souligner ainsi le coût humain exorbitant, de tout temps et en tout lieu, des querelles entre puissants. La scénographie s’épure au cours de la seconde partie, les écrans se figeant sous la forme d’un polyptique et le <em>live </em>de prendre le pas sur le différé en nous dévoilant l’articulation fascinante du théâtre et de la musique. </p>
<p>C’est l’autre révélation de cette <em>Indian Queen</em> : réinscrite dans le contexte qui l’a vu naître, la musique de Purcell recouvre une urgence, une vivacité inédites et s’enrichit au contact du drame avec lequel elle entre volontiers en résonance. L’émulation n’y est sans doute pas étrangère, comme la connivence entre la chef et le metteur en scène qui fédèrent la troupe d’acteurs et de chanteurs anglophones réunis à Lille. Les voix sont jeunes, fraiches sinon encore un peu vertes (le soprano gracile de <strong>Rowan Pierce</strong>), mais l’engagement et la sensibilité des artistes nous désarment et nous inclinent à l’indulgence. A l’endroit d’<strong>Hugo Hymas</strong>, pour commencer, ténor aigu ravissant et délicat, mais à la vocalisation fort appliquée, qui s’était déjà distingué chez <a href="https://www.forumopera.com/semele-paris-philharmonie-pleins-pouvoirs">Haendel </a>et <a href="https://www.forumopera.com/la-creation-haydn-philharmonie-de-paris-paris-philharmonie-et-factus-est-christie">Haydn</a> sous la conduite de William Christie. Si « Lost is my quiet for ever », judicieusement inséré par Emmanuelle Haïm après une réplique d’Acacis au II, se pare avec <strong>Nick Pritchard </strong>et <strong>Gareth Brynmor John </strong>d’accents touchants, ce dernier exalte aussi le caractère incantatoire du fameux récitatif d”Ismeron « You twice ten hundred Deities ». Quant à <strong>Zoë Brookshaw</strong>, elle réinvente ni plus ni moins « I attempt from love’s sickness to fly in vain », peut-être le numéro le plus souvent donné en récital mais qui possède cette fois l&rsquo;énergie et ce frémissement que seul le théâtre peut lui conférer. Modérément sollicités dans cette œuvre, les chœurs du <strong>Concert d’Astrée</strong>, d’une plénitude souveraine à l’instar des instrumentistes, n’en tirent pas moins leur épingle du jeu.</p>
<p>Et pourtant rien ne semblait acquis, loin de là ! Parce que rien n’est plus malaisé aujourd’hui que d’appréhender ce type d’ouvrage, plutôt composite, dont les contemporains de Purcell raffolaient et qui était tout sauf strictement codifié. Ondoyant et divers, le genre s’apparentait à un terrain d’expérimentation pour les artistes, poètes et musiciens. « <em>La musique et la narration ne coïncident pas entièrement</em>, observe Erwin Jans ; <em>plutôt que soutenir et renforcer le texte, la musique et le récit se font face ou se juxtaposent.</em> » Les protagonistes de l’intrigue théâtrale déclament et ne chantent quasi jamais, ils n’apparaissent pas dans les semi-opéras, peuplés d’autres personnages.  Dans le semi-opéra, le chant est principalement réservé aux dieux (ici celui du Sommeil), aux créatures surnaturelles (les Esprits aériens) et, parmi les humains, à ceux qui sont en contact avec l’au-delà : sorcières, magiciens ou aliénés. En l’occurrence, le magicien Ismeron intervient dans le drame même, quand Zempoalla le consulte pour élucider un songe qui la taraude et se révélera finalement prémonitoire. Le rôle fut conçu pour la basse Richard Leveridge qui avait également créé le Cold Genius dans <em>King Arthur</em>. Fait tout aussi exceptionnel, l’air « They tell us », au quatrième acte, était destiné à Orazia. L’excellente <strong>Elisabeth Hopper </strong>n’étant pas à la fois comédienne et chanteuse comme Letitia Cross, la première titulaire du rôle lors de la création<em>, </em>le morceau se voit donc confier à Rowan Pierce. </p>
<p>Comme la majorité de ses pairs avant elle, Emmanuelle Haïm a renoncé aux morceaux, trop faibles, que Daniel Purcell composa après la mort de son frère pour le cinquième acte. Pour combler les lacunes de cette partition inachevée, elle a préféré explorer, avec le concours de son assistant <strong>James Halliday</strong>, l’œuvre d’Henry, n&#8217;empruntant, par ailleurs, qu&rsquo;à ses maîtres, qui un <em>ground </em> (<em>Venus and Adonis </em>de John Blow), qui un <em>curtain tune </em>(<em>The Tempest </em>de Matthew Locke). Les purcelliens seront aux anges en retrouvant des pages chéries entre toutes, à l’instar de la sublime <em>Music for the funeral of Queen Mary </em>(« Man that is born of a woman ») mais seuls les plus pointus reconnaîtront la non moins sublime « So when glitt’ring Queen of Night » tirée du <em>Yorkshire Feast Song </em>(Z. 333), climax de la soirée qui nous suspend aux lèvres d’<strong>Anna Dennis. </strong>Présence magnétique et port de reine, souffle long et ligne voluptueuse, ensorcelante : pourquoi se fait-elle si rare en France ? La saison dernière, nous regrettions déjà qu’elle soit cantonnée en Drusilla dans <em>L<a href="https://www.forumopera.com/lincoronazione-di-poppea-paris-philharmonie-au-commencement-etait-laffect">’Incoronazione di Poppea</a> </em>dirigé par John Eliot Gardiner tant elle éclipsait la Poppée de Hanna Blazikova. Autre moment suspendu, transcendé par le plus expressif des rubato, la version instrumentale de « Here the deities approve » nous bouleverse et témoigne de l’intelligence dramatique des choix posés par Emmanuelle Haïm, qui réussit à intégrer la musique au drame. Les deux derniers actes, nous l’avons dit, procèdent d’un dépouillement salutaire sur le plan scénique et consacrent une véritable symbiose des arts. Les mots paraissent grandiloquents, maladroits ; il faut le voir, l’entendre non pour le croire mais le comprendre et le vivre, au-delà du langage, en laissant cette vibration ineffable nous gagner. </p>
<p><strong>Prochaines représentations : mardi 9 et vendredi 11 octobre à 19h30, samedi 12 octobre à 18h00, cette dernière sera diffusée en direct sur Mezzo, Mezzo Live HD, et en replay sur CultureBox-France.TV.</strong></p>
<p>___</p>
<p>* livret téléchargeable sur le site de l&rsquo;<a href="https://www.opera-lille.fr/fr/saison-19-20/bdd/sid/99860_the-indian-queen" target="_blank" rel="noopener">Opéra de Lille</a></p>
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		<title>HAENDEL, Semele — Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/semele-paris-philharmonie-pleins-pouvoirs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Apr 2019 07:19:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est des chefs auxquels on donnerait, sinon le bon Dieu sans confession, du moins toute la musique sans concession. Sir John Eliot Gardiner est de ceux-là qui, du haut de leur longue carrière, semblent n’avoir qu’un geste à faire pour offrir au mélomane les plus grands plaisirs qu’il soit permis d’attendre d’un concert. La &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est des chefs auxquels on donnerait, sinon le bon Dieu sans confession, du moins toute la musique sans concession. <strong>Sir John Eliot Gardiner</strong> est de ceux-là qui, du haut de leur longue carrière, semblent n’avoir qu’un geste à faire pour offrir au mélomane les plus grands plaisirs qu’il soit permis d’attendre d’un concert. La <em>Semele</em> proposée lundi 8 avril à la Philharmonie de Paris (quelques jours après une autre <em>Semele</em> de concert, au Théâtre des Champs-Elysées) marquait le début d’une tournée internationale comptant une poignée de rendez-vous prestigieux – Barcelone, Londres, Milan et Rome. Pour l’occasion, on a vu les choses en grand : version de concert, certes, mais avec mise en espace signée <strong>Thomas Guthrie</strong>, solistes et chœurs chantant sans partition, et costumes distinguant les mortels (tenue de soirée classique) des dieux (vêtements souples en lin coloré). Sous des éclairages très travaillés, les artistes jouent véritablement, se déplaçant d’un bout à l’autre du plateau et incarnant leur personnage ainsi qu’ils le feraient sur une scène de théâtre. Il ne s’agit donc de donner les pleins pouvoirs à la musique, au texte, déclamé avec un soin tout particulier, mais sans se priver totalement des effets du jeu dramatique : une fois de plus, l’efficacité d’une version de concert bien préparée est démontrée avec brio.</p>
<p>On glissera sur le marketing, qui vend au chaland « <em>Handel’s sexiest opera</em> », et l’on ne retiendra que cette affirmation selon laquelle <em>Semele</em> serait en fin de compte le premier opéra de longue durée en anglais, même s’il prit à l’origine la forme d’un oratorio, interprété pendant le Carême (malgré son sujet à caractère « explicite »). Près de quarante ans après avoir enregistré l’intégrale parue en 1993, John Eliot Gardiner remet l’ouvrage sur le métier, et l’on comprend dès les premiers instants qu’une soirée mémorable commence. Par le mordant des attaques, le côté presque râpeux des cordes, l’ouverture s’impose immédiatement comme tout autre chose qu’un passage obligé, et ce sentiment d’urgence expressive ne se démentira pas une seule fois. De la saveur orchestrale des <strong>English Baroque Soloists</strong>, on citera comme seul exemple le duo de bassons qui accompagne la visite au dieu Somnus, mais le concert fourmille de moments où les instrumentistes montrent de quoi ils sont capables dans ce répertoire qui leur est familier. Chantant dans sa langue, le <strong>Monteverdi Choir</strong> est dans une forme éclatante et subjugue par sa capacité d’investir de sens chaque mot, chaque syllabe, tout en jouant la comédie comme si un jeu de scène particulier avait été attribué à chaque artiste.</p>
<p>Avec pareil écrin, il n’y avait plus qu’à réunir les meilleurs solistes possibles… Et sur ce plan-là aussi, la satisfaction est totale. On l’avait remarquée en Atalanta dans un <a href="https://www.forumopera.com/dvd/xerxes-xerxes-et-les-garcons-a-table"><em>Serse</em> donné à Francfort</a> : la soprano <strong>Louise Alder</strong> sera pour beaucoup la révélation de la soirée, par la qualité de son timbre, par sa virtuosité irrésistible, notamment dans « Myself I shall adore » et « No, no, I’ll take no less » (même si Semele est loin d’être le plus exigeant des rôles haendéliens dans ce domaine) et par ses dons d’actrice – ah, ces moues boudeuses chaque fois que Jupiter se dérobe à ses ardeurs ! Pour rendre visite à la mortelle, Jupiter prend la forme juvénile et tendre de <strong>Hugo Hymas </strong>; le ténor avait déjà fait preuve de ses talents dans <em>La Création</em> dirigée par William Christie, <a href="https://www.forumopera.com/la-creation-haydn-philharmonie-de-paris-paris-philharmonie-et-factus-est-christie">l’an dernier dans cette même Philharmonie</a>. Face à ces deux Britanniques, les autres grands rôles sont confiés à des chanteurs issus du continent. On ne présente plus <strong>Lucile Richardot</strong>, époustouflante Junon et pudique Ino, le plus drôle étant le moment où l’une se fait passer pour l’autre, grand moment de comédie. La voix impressionne par sa densité et ses couleurs, et l’actrice est stupéfiante d’autorité : il est temps que notre compatriote puisse aborder les grands rôles dont elle a amplement l’étoffe. D’Italie viennent Athamas, un <strong>Carlo Vistoli</strong> dont le léger manque de puissance sonore est compensé par l’investissement dramatique, et surtout Cadmus/Somnus, le remarquable <strong>Gianluca Buratto</strong>, qui donne à entendre une réelle voix de basse comme il en faut pour servir Haendel et comme on en rencontre hélas trop peu.</p>
<p>Des rangs du chœur sortent quelques chanteurs pour les rôles moins exposés, notamment <strong>Emily Owen</strong> dont l’Iris réussit à exister à côté de Lucile Richardot, l’exploit n’est pas mince, <strong>Daniel D’Souza</strong>, remarquable Grand-Prêtre, <strong>Alison Ponsford-Hill </strong>à qui est réservée l’air « Endless Pleasure », interprété d’une voix délicieusement fraîche.</p>
<p>Pour que l’opéra surmonte tous les obstacles qui se dresse sur sa route, suffirait-il donc donner les pleins pouvoirs à Sir John Eliot Gardiner ?</p>
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		<title>HAYDN, Die Schöpfung — Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-creation-haydn-philharmonie-de-paris-paris-philharmonie-et-factus-est-christie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claire-Marie Caussin]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 May 2018 20:20:22 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/et-factus-est-christie/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Il est peu d’œuvres aussi fascinantes que La Création de Haydn ; peu d’œuvres également qui osent aborder le mystère immense des origines du monde. Mais lorsque William Christie apparaît sur la scène de la Philharmonie – chaussettes rouges et mocassins vernis aux pieds ! –, il semble déjà connaître les plans divins. Il construit l&#8217;oratorio avec &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est peu d’œuvres aussi fascinantes que <em>La Création </em>de Haydn ; peu d’œuvres également qui osent aborder le mystère immense des origines du monde. Mais lorsque <strong>William Christie</strong> apparaît sur la scène de la Philharmonie – chaussettes rouges et mocassins vernis aux pieds ! –, il semble déjà connaître les plans divins. Il construit l&rsquo;oratorio avec une intelligence rare : l&rsquo;introduction, tout en intimité et en mystère, ne cède pas la place à un fortissimo détonnant lorsque la lumière apparaît (récitatif et chœur « <em>Am Anfang schuf Gott</em> »). Le chef préfère soigner sa narration : chaque partie obéit alors à un crescendo méthodique, qui trouve son apothéose dans le chœur final et un « <em>Amen</em> » retentissant. Voici que William Christie se fait démiurge : il dirige d&rsquo;une main de maître les forces en présence et donne forme, à sa guise, à l&rsquo;univers.</p>
<p>Il trouve en ses solistes des partenaires idéaux. <strong>Alex Rosen</strong>, incarnant Raphaël, est le premier à prendre la parole. Œil vif, balayant la salle d&rsquo;un regard assuré, il est un narrateur hors-pair. Déjà dans les récitatifs on apprécie son timbre pur, ne cédant pas à la tentation de grossir une voix grave et pourtant lumineuse. Mais les airs lui offrent la possibilité d&rsquo;exhiber avec un plaisir insolent – et non dissimulé – une aisance absolue. De l&rsquo;extrême grave (le fa vrombissant du « <em>Nun scheint in vollem Glanze</em> » !) à la voix de tête (très belle, dans le trio « <em>Vollendet ist das große Werk</em> »), du pianissimo au forte, Alex Rosen est en pleine possession de ses moyens.</p>
<p>Le jeune ténor anglais <strong>Hugo Hymas</strong> n&rsquo;est pas en reste : la voix est d&rsquo;une rondeur chaleureuse, sans aucune tension, et parfois teintée de mélancolie, comme dans le superbe « <em>Mit Würd&rsquo; und Hoheit angetan</em> », qui demeure l&rsquo;un des temps forts de la soirée. Chaque mot y est goûté, comme si c&rsquo;était le soliste lui-même qui le choisissait. A cela s&rsquo;ajoutent un engagement physique permanent et une présence intense qui en font un Uriel d&rsquo;une grande richesse, jamais en retrait dans les ensembles, et beau contrepoint à un Raphaël plus démonstratif.</p>
<p><strong>Sandrine Piau</strong> enfin, plus connue du grand public, séduit par sa diction claire et franche. La voix n&rsquo;est certes pas très ronde, mais son énonciation est puissante dans les récitatifs. Dans les airs, elle fait preuve d&rsquo;une virtuosité sans ostentation : les trilles du « <em>Auf starkem Fittige</em> » et le contre-ut du « <em>Mit Staunen sieht das Wunderwerk</em> » semblent d&rsquo;une facilité étonnante. Dans la troisième partie, chantant Eve auprès de l&rsquo;Adam d&rsquo;Alex Rosen, le timbre s&rsquo;enrichit et le couple nous offre des duos d&rsquo;une harmonie parfaite. Quel plaisir surtout – et cela concerne les trois chanteurs ! – de comprendre chaque mot prononcé, dans un allemand sans défaut !</p>
<p>Mais <em>La Création</em> ne serait rien sans ses chœurs. Ici, les différents pupitres impressionnent par leur homogénéité. En réalité, il semble souvent que tous les chanteurs parlent d&rsquo;une seule voix. Même dans les fugues les plus complexes ils parviennent à trouver un son d&rsquo;ensemble et un équilibre idéal. On admire également la précision des consonnes, prononcées avec une simultanéité inédite. Un détail certes, mais qui est la marque des grands chœurs.</p>
<p>Quant à l&rsquo;orchestre, difficile de trouver à redire. Les violons sont d&rsquo;une clarté digne des meilleurs ensembles viennois, et toujours réactifs aux tempi rapides de William Christie. Mais ce sont les vents qui tirent leur épingle du jeu. Malgré quelques inexactitudes dans l&rsquo;introduction, ils s&rsquo;imposent à chaque solo qui leur est confié. Le souffle des vents planait sur les levers de soleil des récitatifs « <em>Und Gott sprach : Es sei&rsquo;n Lichter&#8230;</em> » et « <em>Aus Rosenwolken</em> », moments d&rsquo;une grâce infinie. Au-delà d&rsquo;une peinture pittoresque de la terre et de ses habitants, Haydn nous livre un oratorio profond, habité, tout entier voué à la gloire de Dieu, mais aussi – et surtout ? – de l&rsquo;homme. La direction de William Christie, en grand architecte de cette soirée, n&rsquo;est que clarté. <em>Fiat lux ? Et factus est Christie</em>.</p>
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