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	<title>Jone MARTINEZ - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Jone MARTINEZ - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>HAYDN, Orlando Furioso &#8211; Esterhaza</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/haydn-orlando-furioso-esterhaza/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 02 Sep 2026 04:01:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après l’ <em>Armida</em> donnée l’an dernier à Esterháza dans le cadre du festival Haydneum, qui nous avait subjugué sans réserve, peu s&rsquo;en faut que l’ <em>Orlando Paladino </em>proposé cette année ne nous ensorcelle à son tour. Non que la qualité sonore ait changé : dans le même salon d’Apollon le plaisir d’entendre la qualité des musiciens de l’orchestre<strong> <em>Orfeo</em></strong> se renouvelle, et la direction de <strong>György Vashegyi </strong>a la même souplesse, la même énergie et la même précision attentive et gourmande. Mais le chef, qui dirige l’œuvre pour la première fois, a choisi de couper certains récitatifs secs sans pour autant, il insiste, sacrifier une seule note de musique. Cette option a pour nous l’inconvénient de faire disparaître des éléments du texte qui contribuent à rendre l’œuvre passionnante, car les personnages traditionnellement révérés s’y révèlent beaucoup moins respectables ou admirables et elle y prend une irrévérence inattendue et réjouissante.</p>
<p>Ainsi quand Angelica, inquiétée par l’absence prolongée de Medoro, évoque son bien-aimé, elle emploie des termes qui caractérisent un très jeune homme, voire un jeune garçon, ce qui ouvre à l’imagination un champ où le personnage, incarnation consacrée de la noblesse et de la tendresse amoureuse, pourrait bien être en réalité une femme mûre à la sensualité affolée par un adolescent. Medoro lui-même, quand il lui explique son retard, révèle une conduite si continuellement prudente qu’elle ressemble à de la couardise, ce qui disparaît si on supprime cette part de son récit. Pasquale, l’écuyer de Rodomonte, est un bavard aussi vantard que son maître mais l&rsquo;auditeur de ce concert ne l&rsquo;entend pas se vanter de ses innombrables conquêtes parisiennes. Et quand Medoro s’élance enfin lance enfin au combat pour défendre Angelica, elle supplie ses agresseurs de respecter son sexe, formule dont l’ambigüité fait tout le sel mais dont nous avons été privés.</p>
<p>Soyons clair : il ne s’agit pas pour nous de pourfendre ces choix, mais de relever qu’ils orientent la réception de l’œuvre. Définie comme « héroï-comique » elle est , de l’aveu même du chef, essentiellement comique, et certes les deux airs de Pasquale, celui où le chant sillabato anticipe les vertiges rossiniens, et celui où il vante ses talents de musicien et de chanteur, ou encore le duo amoureux avec la bergère Eurilla où son ardeur amoureuse est telle qu’il ne peut s’exprimer que par des exclamations monosyllabiques sont conservés et suscitent plaisir et amusement .</p>
<p>Mais la musique, même malicieuse, est pleine d’accents qui ponctuent les situations, et son élégance, l’éclat et la tension avec lesquels elle sonne et vibre subjuguent et estompent l’intention parodique, même dans le « triomphe » de Pasquale, véritable orgie de cuivres et de percussions, car si le personnage est ridicule, ainsi exécutée la musique est triomphale. Alors l’héroïque et le dramatique prennent le dessus. En tout cas ce fut notre perception d’auditeur dompté par la beauté sonore de cette lecture à l&rsquo;impact étourdissant car elle s’impose comme une évidence nécessaire. Les mains du chef semblent modeler la partition avec une délicate minutie et elle émane de l’orchestre avec une vitalité qui emporte. Ni lourdeur ni fadeur, la sève d’une invention mélodique et la science du compositeur rendues sensibles et grisantes. Comment peut-on jouer si peu les opéras de Haydn ? Comment ne pas s’émouvoir d’ y entendre déjà <em>Don Giovanni</em> ou <em>Le Nozze</em> ?</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RPT_7835-scaled-e1788266031201.jpg" /></p>
<p>Le bonheur tient aussi à la distribution. Le couple de héros, Angelica et Medoro, a pour pendant celui qui se constitue entre la bergère Eurilla et le vantard Pasquale, l’écuyer de Rodomonte. Les amours des roturiers n’ont rien de tragique : on se voit, on se plait, et on se le dit sans traîner. Elle est sentimentale, « fleur bleue », on n’en peut douter en l’écoutant s’extasier sur les « mamours » que se font Angelica et Medoro, mais cet étranger hâbleur – car Pasquale vante son courage et la séduction irrésistible qui fait de lui un bourreau des cœurs – pourrait être la clé de l’évasion dont elle semble rêver dès sa première intervention. <strong>Ella Marshall Smith</strong>, mutine à souhait, sert son personnage de toute la souplesse de sa voix agile, déjà notable dans l’ <em>Armida </em>en 2025. Pasquale est, sur le plan vocal, particulièrement bien servi, avec deux cavatines, deux duos et surtout deux airs qui sont des morceaux de bravoure, tant le premier, qui réclame une vélocité et une agilité dignes du chant sillabato de Rossini, que le deuxième, où l’extension et la ductilité vocales sont sollicitées jusqu’à leur limite. Le jeune ténor <strong>Varga-Toth Attila</strong>, qui nous avait impressionné l’an dernier, a sans le moindre doute les prérequis nécessaires pour maîtriser le rôle, et il le démontre, malgré la tension légitime qu’il nous semble percevoir. S’il lui est donné de le reprendre, gageons qu’il gagnera en désinvolture pour imposer ce personnage de hâbleur grand cousin de Leporello.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RPT_7625-scaled-e1788265395271.jpg" /></p>
<p>Le personnage de Rodomonte est complexe, car il s’agit d’un souverain dans le rôle chevaleresque du défenseur d’une femme harcelée et menacée. Mais il s’agit aussi d’un vantard inlassable a l’ego boursouflé, et c’est cette dimension burlesque qui nous a un rien manqué dans l’interprétation de <strong>Szélpal Szilveszter</strong>, que nous avons perçue comme centrée sur l’affirmation brutale de l’autorité. En revanche sa profondeur vocale sied tout à fait au personnage de Caronte, le gardien des eaux du Léthé qui guériront Orlando en lui faisant oublier sa fixation sur Angelica.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RPT_7589-scaled-e1788265583113.jpg" /></p>
<p>Le rôle de Medoro est ingrat : ce parangon de l’amour chevaleresque est dépourvu dans cette œuvre de tout panache. Il ne cesse d’esquiver les combats durant les deux premiers actes, et il est vaincu à peine s’ y est-il engagé au dernier acte. Le ténor <strong>Megyesi Zoltan </strong>lui prête sa musicalité raffinée et sa maîtrise technique, ciselant son émission et la nuançant avec une précision admirable. Le rôle d’Angelica n’est pas plus simple : elle ne cesse de se lamenter, de façon plutôt répétitive puisque sa situation n’évolue pas : elle a fui les menaces d’Orlando mais comme il l’a retrouvée dans sa retraite les affres se répètent, et elle ressasse ses craintes, qu’ Haydn a rendu mélodieuses et ornées comme il convient, pour son statut royal et pour exprimer leur progression. <strong>Jone Martinez </strong>a l&rsquo;étendue et la virtuosité nécessaires pour triompher de ces difficultés et son timbre la douceur qui est inhérente au personnage.</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RPT_7390-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1788265047344" /></p>
<p>Il y a dans l’histoire une dea ex machina, la magicienne Alcina, qui se présente comme la maîtresse du monde. <strong>Szutrély Katalin</strong>, définie dans le programme comme soprano, sait trouver les graves nécessaires pour, associés aux aigus dardés que lui permet sa grande voix, imposer l’autorité de la magicienne, que sa haute stature contribue à installer. Fallait-il supprimer le passage où elle exprime sa décision d’agir pour résoudre le cas Orlando ? Il nous semble intéressant parce que le personnage s’y révèle soucieux d’user de son pouvoir en faveur d&rsquo;une option qui ramène «le patient» à la raison. (Un parallèle serait possible avec les thérapies destinées à guérir les obsessions, mais il nous entrainerait trop loin).</p>
<p><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/RPT_7491-scaled-e1788265099642.jpg" /></p>
<p>Dans le rôle-titre, <strong>Cyrille Dubois </strong>tel qu’en lui-même s’impose magistralement. Dans sa voix passent l’autorité d&rsquo; Orlando, de celui qui sait sa valeur et son rang, l’anxiété du chasseur dont la proie se dérobe, la colère croissante au fil des échecs successifs de la traque, le désarroi de l’incompréhension – comment peut-elle ne pas m’aimer ? – la fureur et l’humiliation du jaloux qui découvre la confirmation publique de son infortune, la hauteur méprisante du guerrier face à une femelle impudente, aucune nuance de la marée des sentiments d’Orlando ne lui a échappé, et il poussera le scrupule jusqu’à adopter et à conserver une pose figée aussi longtemps que dure l’enchantement qui a transformé Orlando en pierre. La voix a toute la fermeté, la clarté, la force de la projection, l’émission est dosée au micron près en fonction de l’intensité du sentiment, on ne peut que rendre les armes devant le triomphe incontestable de cet Orlando !</p>
<p>Des micros attestaient d’un enregistrement. Sera-t-il diffusé ? En Hongrie comme ailleurs les changements politiques sont souvent le début d’une ère du soupçon pour les responsables culturels qui ont bénéficié de subventions lorsque les sortants étaient au pouvoir. Formons le vœu que l’ensemble Orfeo et son chef, représentants si brillants des musiciens hongrois à travers la fondation Haydneum, ne soient pas victimes d’une chasse aux sorcières. Ce serait la musique et en définitive les mélomanes qui y perdraient à coup sûr !</p>
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		<title>CESTI, Il pomo d&#8217;oro &#8211; Innsbruck</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cesti-il-pomo-doro-innsbruck/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Aug 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">On n&rsquo;a pas tous les jours 50 ans, alors pour sa cinquantième édition, le Festival d&rsquo;Innsbruck a décidé de marquer les esprits en recréant en version scénique une des œuvres mythiques du répertoire baroque, réputée immontable par sa durée (près de 6h30 de musique !), son livret (quarante-sept rôles !) mais aussi son état de conservation (les actes III et V ne subsistent qu&rsquo;à l&rsquo;état de fragments). <em>Il pomo d&rsquo;oro</em> de Cesti est une œuvre culte, commentée et étudiée, mais qui n&rsquo;avait pas été reprise dans son intégralité sur une scène depuis sa création en 1668. Et il s&rsquo;agit là d&rsquo;une vraie proposition de festival, puisque l&rsquo;opéra est, comme à sa création, donné en deux soirées : à la fin du premier soir, les artistes ne viennent pas saluer et les spectateurs doivent revenir le lendemain pour connaître le fin mot de l&rsquo;histoire.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Il est difficile d&rsquo;imaginer un ouvrage plus disproportionné, en dehors du <em>Ring</em> que Wagner composera deux siècles plus tard et du <em>Licht</em> de Stockhausen. Commandé au début de 1666 pour les noces de l&#8217;empereur Léopold Iᵉʳ et de Marguerite-Thérèse d&rsquo;Espagne, <em>Il pomo d&rsquo;oro</em> constituait la réponse habsbourgeoise à l&rsquo;<em>Ercole amante</em> de Cavalli, commandé en 1660 pour le mariage de Louis XIV, et devait le dépasser en ampleur comme en beauté. L&rsquo;ouvrage est finalement donné en juillet 1668, pour l&rsquo;anniversaire de l&rsquo;impératrice, sur deux journées, vraisemblablement les 13 et 14 juillet (d&rsquo;autres sources indiquent le 12 et le 13, d&rsquo;autres encore le 12 et le 14).</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Il faut se représenter ce qu&rsquo;a pu être ce spectacle démesuré. Car il s&rsquo;agit bien avant tout d&rsquo;un spectacle total, une <em>festa teatrale</em>, comme son sous-titre l&rsquo;indique, et non seulement un drame musical : Francesco Sbarra, poète de cour venu d&rsquo;Innsbruck, est chargé d&rsquo;écrire le poème ; Antonio Cesti, qui a servi lui aussi autrefois à la cour d&rsquo;Innsbruck, est choisi pour en composer la musique ; Ludovico Ottavio Burnacini conçoit vingt-trois décors et trente-neuf machines pour un théâtre de bois, construit ex nihilo pour l&rsquo;occasion et capable d&rsquo;accueillir quelque cinq mille spectateurs ; Venturi règle les danses, Santini les combats, Schmelzer la musique des ballets, le comte de Waldstein l&rsquo;intendance. Léopold Iᵉʳ, grand connaisseur en musique, compose lui-même quelques numéros. En tout, quarante-sept rôles et plus d&rsquo;une centaine de participants se succèdent sur le plateau, accompagnés par un orchestre hors norme : plusieurs groupes de cordes, deux cornets, trois trombones, un basson, deux flûtes à bec et un continuo très fourni, sans commune mesure avec ce qu&rsquo;on peut trouver dans d&rsquo;autres fosses européennes de l&rsquo;époque. Cette débauche de moyens – l&rsquo;unique représentation coûtera près de 100 000 thalers, soit plusieurs dizaines de millions d&rsquo;euros actuels – n&rsquo;était possible que parce qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une commande princière ; un théâtre privé vénitien n&rsquo;aurait jamais pu se permettre de tels excès.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-218952 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/all-the-gods-c-birgit-gufler-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /></p>
<pre style="text-align: center;">© Birgit Gufler</pre>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">La réputation d&rsquo;ouvrage impossible qu&rsquo;<em>Il pomo d&rsquo;oro</em> traîne après lui n&rsquo;est donc pas usurpée : il s&rsquo;agit incontestablement de l&rsquo;une des œuvres les plus longues et fastueuses jamais écrites pour la scène lyrique. Quelques recréations ont déjà été tentées – en août 1980, ici même, le festival d&rsquo;Innsbruck faisait entendre quelques numéros dans un programme Cesti chanté notamment par René Jacobs ; la première exécution intégrale en concert eut lieu en 1981 à Aidenbach, puis une seconde en juillet 1989 à Vienne. La partition nous est parvenue dans un état parcellaire : seuls le prologue et les actes I, II et IV ont été conservés dans leur intégralité. De nombreux numéros vocaux des actes III et V furent retrouvés à la Biblioteca Estense de Modène, mais beaucoup de choses demeurent inconnues, notamment les parties orchestrales. Ottavio Dantone a donc entrepris de reconstituer cette musique perdue, en puisant dans le catalogue des opéras de Cesti (notamment dans <em>Il Tito</em> ou <em>La Dori</em>) les pages qui convenaient le mieux au texte des scènes manquantes. Le résultat, disons-le d&#8217;emblée, est parfaitement réussi, puisqu&rsquo;on n&rsquo;entend absolument pas les sutures entre fragments conservés et éléments reconstitués.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Le <em>pomo d&rsquo;oro</em> du titre italien n&rsquo;est pas une tomate, mais bien la pomme d&rsquo;or lancée sur l&rsquo;Olympe par la déesse Discorde, gravée d&rsquo;un « à la plus belle » qui sème la zizanie chez les déesses. L&rsquo;histoire est bien connue : Pâris accorde finalement la pomme à Vénus, qui lui promet en échange la plus belle femme du monde. Mais Pallas-Athéna et Junon ne se laissent pas faire, et devant les troubles qu&rsquo;entraînent ces rivalités jusque chez les humains, Jupiter décide de confisquer la pomme et de l&rsquo;offrir à une mortelle qui réunit à la fois la beauté de Vénus, la puissance de Junon et la sagesse de Pallas, afin que toutes trois soient satisfaites : ce sera l&rsquo;impératrice Marguerite-Thérèse elle-même. Cette intrigue est prétexte à l&rsquo;apparition de toute la crème de l&rsquo;Olympe, de Mercure à Ganymède, jusqu&rsquo;aux trois Grâces, aux trois Furies, aux Vents, dans des tableaux extrêmement variés, et permet l&rsquo;entremêlement d&rsquo;intrigues parallèles, la principale étant l&rsquo;abandon par Pâris de son amante Ennone, elle-même désirée par le jeune Aurindo, que tente de raisonner Filaura, la nourrice de la nymphe. Étonnamment, cette surcharge de personnages et de fils narratifs ne crée pas nécessairement de confusion et l&rsquo;histoire se suit plutôt bien, sans réel temps mort.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">La musique que Cesti compose sur ce livret est très séduisante : majoritairement récitative, elle suit le texte de près mais ménage aussi aux personnages de petits airs où ils expriment isolément leurs sentiments. De là une alternance de <em>lamenti</em>, de duos sensuels, de scènes chorales, de pages virtuoses ou mordantes. Les épisodes pastoraux combleront les amateurs du genre : le duo Pâris/Ennone est du plus haut goût vénitien, tout comme les plaintes répétées de la nymphe, dont on ne se lasse pas. Le déchaînement des éléments que déclenche Junon au dernier acte prend des accents pré-vivaldiens – encore s&rsquo;agit-il là d&rsquo;une page empruntée à un autre ouvrage de Cesti, et l&rsquo;on ne sait plus très bien qui, du compositeur ou de son reconstructeur, on admire. La scène qui clôt le deuxième acte, où Pallas confisque leurs instruments aux Arts et à la Science pour préparer la guerre, marque durablement, davantage par ce qu&rsquo;elle dit – combien la guerre ruine les arts et les sciences – que par sa musique, pourtant de la plus belle eau, comme le reste de l&rsquo;ouvrage.</p>
<p><img decoding="async" class="wp-image-218953 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Giacomo-Nanni-Eolo-Mauro-Borgioni-Euro-Jiayu-Jin-Zeffiro-Danilo-Pastore-Volturno-Ziga-Copi-Austro-Sophie-Rennert-Giunone-choir-and-dancers-c-birgit-gufler-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /></p>
<pre style="text-align: center;">Giacomo Nanni (Eolo), Mauro Borgioni (Euro), Jiayu Jin (Zeffiro), Danilo Pastore (Volturno), Žiga Čopi (Austro), Sophie Rennert (Giunone) © Birgit Gufler</pre>
</div>
<p>&nbsp;</p>
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<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Face à cette œuvre monstrueuse, le metteur en scène <strong>Fabio Ceresa</strong> entreprend de trouver un équivalent aux merveilles scéniques de Burnacini, et donc de faire de la machinerie elle-même une partie du spectacle. Un petit nuage avec les personnages monte et descend des cintres à presque chaque scène, des espaces entiers sont engloutis sous le plateau, le décor tourne, tandis que gravures et photographies agrandies forment des toiles peintes, pour composer un monde qui assume constamment son artificialité. La séparation entre les mondes divin et mortel est très nettement rendue : les dieux vivent dans la couleur et la fantaisie, les mortels dans la grisaille. Un décor d&rsquo;hôtel contemporain en fournit l&rsquo;exemple le plus parlant : Filaura y devient femme de ménage, Aurindo groom, tandis que Pâris et Ennone en sont les clients. Les costumes, innombrables, mêlent quant à eux des références à l&rsquo;Antiquité, à la Renaissance et des accessoires contemporains, comme les Converse de Mercure. Tout ceci est d&rsquo;un kitsch assumé, d&rsquo;une cohérence esthétique assez inégale. Mais le festival d&rsquo;Innsbruck n&rsquo;a pas à sa disposition les caisses de l&#8217;empereur d&rsquo;Autriche et on lui sait déjà gré de ne pas couper des scènes ou des personnages, donc d&rsquo;avoir produit une quantité faramineuse de costumes et de décors différents.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Le rire constitue l&rsquo;autre grand instrument de la stratégie du metteur en scène. Le prologue transforme le panégyrique à la gloire des Habsbourg en concours de miss, chaque pays étant chargé d&rsquo;exhiber un talent stéréotypé : l&rsquo;Italie, par exemple, tourne une pâte à pizza du bout des doigts, la Bohême fait résonner des verres en cristal. La scène des Vents verse quant à elle plus franchement dans l&rsquo;actualisation politique : Trump y fait son apparition, avec sa gestuelle caractéristique, qui s&rsquo;accorde à la musique jusque dans certains passages ornés ; l&rsquo;émirat arabe qui lance un avion en papier sur deux tours faites de lingots d&rsquo;or renvoie en revanche au 11 septembre avec une désinvolture gênante. À l&rsquo;inverse, le retour de Trump à la fin de l&rsquo;acte IV pour déchirer un carton rouge, référence à l&rsquo;actualité récente, est désopilant. Ceresa revendique cette profusion de stimuli dans sa note d&rsquo;intention comme un « dîner composé de plusieurs plats » pour soutenir l&rsquo;attention sur deux soirées. Le problème est que tous les gags ne se valent pas et que ce regard humoristique devient un peu hégémonique. <em>Il pomo d&rsquo;oro</em> contient déjà son propre comique, et en quantité finalement assez limitée. Ce rire-là est-il celui de l&rsquo;ouvrage ou celui qu&rsquo;on lui prête ?</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Reste la question de l&rsquo;épilogue, qui est évidemment la page la plus datée du livret parce que la plus circonstancielle. L&rsquo;outrance de la flatterie faisait alors partie du protocole, et nul n&rsquo;était tenu de prendre au pied de la lettre qu&rsquo;une impératrice de dix-sept ans possédât la puissance de Junon, la sagesse de Pallas et la beauté de Vénus. Ceresa transpose la résolution en faisant apparaître à la place de l&rsquo;impératrice une Miss Europe, cape aux douze étoiles sur les épaules et visage masqué de diamants. La solution est cohérente avec le prologue, et il faut lui reconnaître cette logique. Le geste n&rsquo;en devient pas moins un peu naïf et bancal dès lors qu&rsquo;il change de destinataire : proclamer l&rsquo;Europe parfaite ne relève d&rsquo;aucune convention partagée et le spectateur ne reçoit plus un rituel mais une opinion – généreuse sans doute, non sans quelque chose d&rsquo;autoritaire dans cette manière de mettre fin au conflit en absorbant toutes les différences. L&rsquo;image est belle ; elle est aussi plus équivoque qu&rsquo;elle n&rsquo;en a l&rsquo;air.</p>
<p><img decoding="async" class="wp-image-218956 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/il-pomo-d-oro-4340_c-birgit-gufler-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /></p>
<pre style="text-align: center;">© Birgit Gufler</pre>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Vingt solistes se partagent les quarante-sept rôles, et tous sont des bêtes de scène, capables de changer d&#8217;emploi à plusieurs reprises et de passer du sérieux au grotesque sans perdre le fil. Le chouchou du public est sans conteste <strong>Alberto Allegrezza</strong>, à qui America puis Filaura offrent un terrain idéal : ténor bouffe sonore et incisif, il fait claquer le texte avec une gourmandise communicative, tandis que le costume et le maquillage poussent l&rsquo;exagération jusqu&rsquo;au drag, qui rappelle à la fois la démesure de Divine et l&rsquo;érotisme de Freddie Mercury passant l&rsquo;aspirateur dans le clip d&rsquo;<em>I Want to Break Free</em>. Profondément émouvante, <strong>Mathilde Ortscheidt</strong> donne à Ennone un timbre sombre, dense et un beau phrasé : ses plaintes sont l&rsquo;un des rares moments où l&rsquo;immense machine spectaculaire laisse place à l&rsquo;histoire intime. Même singularité de couleur, androgyne et grave, chez <strong>Margherita Maria Sala</strong> (Italia, Mercurio, Alceste), qui rappelle parfois Ewa Podleś et se trouve aussi bien à son aise dans le chant héroïque que dans le <em>lamento</em> (on aimerait tant l&rsquo;entendre dans Farnace ou dans Rossini). <strong>Mauro Borgioni</strong>, enfin, est un Pâris idéal : la fraîcheur amoureuse comme le maintien arrogant sont caractérisés avec la même précision, et la voix, déliée, garde toujours sa noblesse.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Les trois déesses sont distribuées avec autant de soin scénique que vocal : <strong>Sophie Rennert</strong> impose à Junon sa taille, sa majesté et un timbre mordant ; <strong>Shira Patchornik</strong> possède en Pallas l&rsquo;abattage, la technique et un charisme fou, quelque chose de vipérin aussi, même si la voix demeure parfois un peu pointue ; <strong>Jone Martínez</strong> est une Vénus sensuelle, au timbre moins caractéristique, mais pleinement convaincante.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">À leurs côtés, <strong>Rémy Brès-Feuillet</strong> prête à Aurindo un beau timbre et compose un personnage de dépressif fiévreux très réussi, même si le rôle descend souvent un peu trop bas pour lui. <strong>Giacomo Nanni</strong> dispose en Jupiter d&rsquo;un baryton ample et parfaitement articulé, <strong>Paul Figuier</strong> étonne autant en élément du Feu surexcité qu&rsquo;en Ganymède fripon, <strong>Ester Ferraro </strong>campe une Discorde mordante à laquelle ne manque qu&rsquo;un peu de puissance et <strong>José Coca Loza</strong> trouve avec Pluton et Charon un terrain à la mesure de sa voix caverneuse. Dans le rôle discret d&rsquo;Apollon, <strong>Filippo Mineccia</strong> est hilarant d&rsquo;infatuation. On regrettera davantage que <strong>Rocco Cavalluzzi</strong>, très convaincant scéniquement en Momo, laisse passer trop peu de texte, la voix étant engorgée, ce qui rend également le timbre grisâtre.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">À la tête de l&rsquo;<strong>Accademia Bizantina</strong>, Ottavio Dantone impressionne : sa direction est tendue, variée et attentive à la construction d&rsquo;ensemble. Les tempi restent toujours assez mobiles pour que les longues scènes ne s&rsquo;affaissent jamais. L&rsquo;orchestre est d&rsquo;une beauté qui laisse pantois, mais son mérite ne tient pas qu&rsquo;à la splendeur du son : Dantone met en valeur la caractérisation des personnages opérée par Cesti. Dans le tableau infernal, le clavecin accompagne Proserpine tandis que les cordes graves et le basson soutiennent la voix de Pluton ; Momo reçoit un accompagnement pointé où pizzicati et basson se mêlent pour produire quelque chose de sautillant et de lourd à la fois. Cette variété de climats, la magnificence des scènes de tutti où éclatent les cuivres, la grâce des pages plus intimes : voilà ce qui empêche six heures et demie de musique de devenir ennuyeuses.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Le chœur <strong>NovoCanto</strong>, préparé par <strong>Brigitte Wurzer</strong>, est à la hauteur dans toutes ses interventions et particulièrement investi scéniquement. Les danseurs du <strong>Street Motion Studio</strong> et de la <strong>Compagnia Fattoria Vittadini</strong> convainquent moins en dehors des passages de ballroom et de voguing réglés par <strong>Davide Riminucci</strong>, surtout du côté masculin ; l&rsquo;un d&rsquo;eux se distingue néanmoins par la souplesse de ses lignes.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-218961 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Shira-Patchornik-Pallade-c-birgit-gufler-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /></p>
<pre style="text-align: center;">Shira Patchornik (Pallade) © Birgit Gufler</pre>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">On l&rsquo;aura dit, tout dans ce spectacle n&rsquo;est pas également convaincant : l&rsquo;ironie est trop présente, certaines plaisanteries politiques sont maladroites et quelques choix esthétiques peuvent diviser. Mais la musique est merveilleuse de bout en bout, Dantone maintient la tension à la tête d&rsquo;un orchestre d&rsquo;une splendeur sonore rare, les chanteurs jouent le jeu avec une générosité constante, et Ceresa renouvelle assez les images pour que la démesure ne tourne jamais à l&rsquo;épreuve d&rsquo;endurance pour le public et les artistes. Enfin, l&rsquo;expérience de voir une œuvre si majestueuse sur deux soirs n&rsquo;a pas d&rsquo;équivalent.</p>
<p class="font-claude-response-body break-words whitespace-normal" dir="ltr">Spectacle fascinant, parfois inégal, mais une franche réussite : la standing ovation d&rsquo;une dizaine de minutes au terme de la seconde soirée saluait autant un exploit qu&rsquo;une œuvre et des artistes qu&rsquo;on aurait volontiers retrouvés pour une troisième soirée. On ne peut qu&rsquo;encourager nos lecteurs à faire le voyage à Innsbruck pour assister à ce spectacle mémorable.</p>
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		<title>NEBRA, Venus y Adonis</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/nebra-venus-y-adonis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Feb 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alberto Miguélez Rouco a fondé Los Elementos dans un but spécifique : redonner vie au répertoire baroque espagnol, en premier lieu les œuvres de José Melchor Baltasar Gaspar de Nebra Blasco (Calatayud, 6 janvier 1702 &#8211; Madrid, 11 juillet 1768). En 1996, L’Ensemble baroque de Limoges enregistrait Viento es la dicha de amor. D’autres disques &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Alberto Miguélez Rouco</strong> a fondé <strong>Los Elementos</strong> dans un but spécifique : redonner vie au répertoire baroque espagnol, en premier lieu les œuvres de José Melchor Baltasar Gaspar de Nebra Blasco (Calatayud, 6 janvier 1702 &#8211; Madrid, 11 juillet 1768). En 1996, L’Ensemble baroque de Limoges enregistrait <i>Viento es la dicha de amor</i>. D’autres disques ont ensuite mis à l’honneur les compositeurs espagnols et leurs opéras en castillan, défendus notamment par Rousset (récital remarqué avec Bayo), Eduardo López Banzo, Emilio Moreno ou récemment l’ensemble Nereydas. Rouco lui-même a déjà enregistré deux zarzuelas de Nebra datées de 1744, <i>Vendado es Amor, no es ciego </i>et <i>Donde hay violencia no hay culpa</i>. Le présent disque porte à cinq les opéras et zarzuelas de Nebra disponibles, puisqu’on peut aussi écouter <i>Amor aumenta el valor </i>et <i>Iphigenia en Tracia.</i></p>
<p>C’est à partir des années 1720 et surtout les années 1740 que Nebra fait jouer ses opéras, avant d’œuvrer comme vice-maître de chapelle de la couronne jusqu’à la fin de sa vie, laissant un important corpus sacré. Tout cela fait de lui l’un des plus grands compositeurs espagnols du siècle, dont la musique constamment agréable s’écoute avec plaisir.</p>
<p>On n’est certes pas dépaysé tant son style adhère aux codes italiens quasi hégémoniques alors, mâtiné d’éléments plus typiquement espagnols. <i>Venus y Adonis</i> ne déroge pas à cette règle. Tiré du triptyque <i>Las tres comedias en una</i>, créé à Madrid en 1729, cet « ópera chiquita » s’apparente à une <i>serenata</i> ou pastorale, où la présence d’un couple comique renvoie au drame espagnol du siècle précédent, ou à un usage en train de s’éteindre au même moment à Naples, par exemple.</p>
<p>Vénus y apprend qu’un mortel rivalise en beauté avec elle : inadmissible ! Un Mars enamouré promet de venger l’affront. Le dieu guerrier sous-traite la mission à Cybèle, qui invoque un terrible sanglier. Mais entre-temps, Vénus rencontre Adonis et tombe amoureuse. Le valeureux jouvenceau va à l’encontre du monstre, et expire alors dans les bras de son aimée. Vénus fait renaître Adonis sous forme d&rsquo;anémone. Si le trio amoureux chante l’essentiel des airs et duos, l’ensemble est pimenté par les interventions relativement fréquentes d’un petit chœur, les facéties d’un couple ancillaire (Clarín et Celfa) et l’apparition ponctuelle de Cybèle. Tous les affects y passent, comme il est d’usage, entre accents belliqueux, air de tempête, tendres épanchements, sommeil, jalousie, adieux, etc.</p>
<p>Au service d’une dramaturgie assez générique, les mélodies de Nebra sont toujours séduisantes à défaut de s’inscrire dans la mémoire, avec une constante vivacité rythmique. Une musique diablement efficace, sans temps mort, pimpante et sensible, familière dans ses similitudes avec l’idiome italien. Des accents vivaldiens passent çà et là, avec une influence napolitaine qui ne fera que s’affirmer dans les opéras des années 1740.</p>
<p>Le continuo est habilement varié et les cuivres et bois viennent opportunément colorer les divers numéros – jusqu&rsquo;aux castagnettes le temps d&rsquo;un air. Pourtant, l’œuvre n’a survécu que sous forme de copies truffées d&rsquo;erreurs des lignes vocales et des parties séparées du premier violon et de la basse continue. Le <i>maestro</i> Rouco s’est donc attelé à compléter toute l’écriture des cordes intermédiaires et des autres instruments, selon ce qu’appelle le livret (cors pour l’air « Trompas venatorias »), la typologie des airs et les usages de Nebra dans d’autres opéras parvenus de manière plus complète. Pour l’ouverture, une rutilante sinfonia pour clavecin en cinq mouvements a été réorchestrée. Ce <i>Venus y Adonis </i>s’apparente donc fortement à un pastiche de Nebra signé Rouco. La pratique se justifie pleinement dans l’opéra du <i>seicento</i>, et l’on ne peut nier la réussite du <i>Motezuma</i> de Vivaldi complété par Alessandro Ciccolini ou des interventions néo-baroques d’un Alarcón. Sans parler de l’adagio d’Albinoni, qui éclipse les véritables œuvres du musicien ! Même l’opéra français de la fin du XIXe est aujourd’hui proposé avec des réorchestrations. Nous avouons préférer découvrir une œuvre conçue de bout en bout par son créateur.</p>
<p><strong>Alberto Miguélez Rouco</strong> mérite néanmoins tous les éloges pour sa volonté de promouvoir Nebra et le soin avec lequel il le sert. Ses choix et sa direction sont parfaitement dosés, entre italianisme bien compris et espagnolades (vif « Cualquiera mozuela »). <strong>Los Elementos</strong> sont gorgés de couleurs et d&rsquo;une précision acérée. Sans être syllabique, la vocalité est assez peu exigeante, et c’est surtout l’orchestre qui porte l’air de tempête « Bate a la navicella », là où l’opéra italien aurait sans doute poussé la virtuosité plus loin. Les chanteuses ici réunies sont largement à la hauteur de la tâche, si l’on ne chipote pas sur les trilles, et offrent quelques divisions pour varier les reprises. Tous les personnages sont interprétés par des voix de soprano assez centrales, à vrai dire parfaitement interchangeables à l’exception de la contralto incarnant Cybèle. On ne saurait dire qui, de Vénus, Adonis ou Mars s’exprime, ce qui suscite une certaine monotonie. En dépit de cette réserve, <b>Paola Valentina Molinari</b> (Vénus), <b>Natalie Pérez</b> (Adonis) et <b>Jone Martínez</b> (Mars) remplissent leur rôles avec ce qu’il faut de couleurs et de présence. <b>Ana Vieira Leite</b> et <b>Judit Subirana</b> se distinguent sensiblement du trio principal par des accents plus piquants : chacun de leur air est une amusante respiration, et leur duo caquetant est délicieux. <b>Margherita Maria Sala</b> enfin n’a pas grand-chose pour se mettre en valeur, mais vient apporter de la variété par sa couleur plus sombre.</p>
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