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	<title>Karen CARGILL - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Karen CARGILL - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>MAHLER, Das Lied von der Erde &#8211; Paris (Philharmonie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mahler-das-lied-von-der-erde-paris-philharmonie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2026 04:02:16 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est des œuvres exceptionnelles, créées non pour le divertissement ou pour nourrir l’hubris du compositeur, mais qui engage celui-ci et l’auditeur dans tous les aspects de sa vie, morale, philosophique et spirituelle. C’est à l’écoute d’une telle œuvre que nous conviait cette semaine l’Orchestre de Paris dirigé par son futur chef principal <strong>Esa-Pekka Salonen </strong>(en septembre 2027). Après une première partie consacrée au 4<sup>e</sup> concerto pour violon de W.A. Mozart mettant à l’honneur Iris Scialom, le concert va se muer en une expérience mystique grâce au génie propre de cette « Symphonie de lieder » qu’est selon Gustav Mahler lui-même <em>Le Chant de la Terre</em> et à son interprétation. Un Chant tour à tour ironique, lyrique et tragique qu’ont porté haut le chef finlandais et <strong>Karen Cargill</strong> (Prix du Memorial Kathleen Ferrier en 2002). Fresque d’une heure composée l’été 1908 à Toblach dans le Sud-Tyrol, alors que les élans optimistes de la Symphonie des « Mille » de 1906 se sont fracassées sur un malheur inouï, celui de la perte de Putzi, la fille aînée de Mahler en juillet 1907, celui de la découverte de sa propre condamnation à cause d’une malformation cardiaque et enfin un autre, moindre mais bien réel, la fin du mandat de direction de l’Opéra de Vienne, effectif à l’automne 1907 après bien des combats. Sur des textes issus de la traduction de poèmes chinois qu’il réécrira en partie, Gustav Mahler conçoit six lieder faisant cycle, de la Chanson à boire d’un ivrogne chantant la douleur (le ténor <strong>Andrew Staples</strong> convaincant) à l’Adieu bouleversant &#8211; ces ultimes paroles du compositeur (avant la 9e symphonie, non publiée de son vivant comme <em>Le Chant de la Terre</em>). De la première à la dernière note, Esa-Pekka Salonen livre une version de haute volée, manifestant une connaissance profonde des ressources magnifiques de cet orchestre et de ses pupitres, dont les cordes menées par les deux solos vertigineux de <strong>Zsolt-Tihamér Visontay</strong>, les bois et les cuivres. Le chef finlandais en osmose avec ses musiciens livre une œuvre raffinée, profonde, pittoresque parfois (avec ses chinoiseries et pavillons de porcelaine) et suprêmement bouleversante. Comme le chef créateur de ce Chant en 1911, Bruno Walter, il fait sentir que le chef-d’œuvre est celui d’un regard « tourné vers les lointains » * comme un dernier retour en arrière sur le passé, sur les joies vécues « sur la terre chérie ». Un Chant qui témoigne d’un renoncement à l’existence temporelle mais pas à la vie éternelle, celle de la création, et d’une fusion cosmique, Ewig. Pour Bruno Walter, Mahler a au moment de l’écriture puis de l’orchestration du <em>Chant de la Terre</em> courant 1908 « le détachement du Prince André de Tolstoï. » Alors combien de chefs ont été capables de nous hisser à ce sublime ? Peu.</p>
<p>L’orchestre varie les voix alors qu’Andrew Staples entonne sa chanson (Das Trinklied) croyant avoir trouvé le remède à la tristesse de vivre. Le timbre un peu métallique et nasal du ténor dessine parfaitement le personnage qui clame « Sombre est la vie, sombre est la mort » (motif répété plusieurs fois pendant le cycle) après un prélude agité avec sa fanfare et ses bois lourds. L’espoir cependant revient avec la perspective du printemps. Le solitaire en automne (Der Einsame) accompagné de la tristesse d’un tapis de cordes au rythme ralenti pleure mais trouve refuge dans la nature. Cette plainte est magnifiée par les accents sombres et mystérieux du mezzo généreux et puissant de Karen Cargill. Un timbre aussi prenant que celui de Kathleen Ferrier, dont le même Bruno Walter louait la science de sonder les profondeurs. Exactement ce que réussit aussi la battue précise du chef, organisant idéalement les plans sonores aux lignes parfois expressionnistes, faisant chatoyer les couleurs avec une rare science timbrique (un art porté à l’incandescence dans « Der Abschied »). Le solo du hautbois de Sébastien Giot se faisant déchirant. « Von der Jugend » (De la jeunesse) emporte Andrew Staples dans un scherzo allègre, avec une voix toute d’agilité et de légèreté. La grâce initiale de « Von der Schönheit » (De la Beauté) alors que la mezzo écossaise chante l’épisode des jeunes filles cueillant des lotus laisse la place à la marche héroïque des cavaliers qu’elles vont admirer, avant de revenir à une paix résignée. La jeunesse est déjà loin, comme oubliée, le silence revient alors sur une mélodie jouée aux bois et aux cordes mi-graves. Le chant de l’oiseau (flûte magnifique de Vincent Lucas) accompagne le retour du Buveur (« Der Trunkene ») mais celui-ci se moque du retour du printemps, tout à l’ivresse que traduit un orchestre concentré. Enfin symphonie d’une demi-heure dans l’œuvre,  L’Adieu suspend le temps, et son caractère tragique et puissant met à nu les âmes, avec ces affirmations amères au chant que la mezzo écossaise parvient à évider jusqu’au serrement de cœur, avant que la voix ne s&rsquo;épanouisse à nouveau dans un bel envol cosmique. Cette véritable prophétie livrant les dernières paroles du Compositeur condamné aux adieux, désespéré mais serein, acceptant son destin, réfléchissant sur sa place dans l’univers, précède et succède à un vaste mouvement crescendo mobilisant tous les pupitres avant qu’advienne la lumière céleste porté aux cimes par le chant de Karen Cargill, dans un climat orchestral évoquant la mort et sa transfiguration &#8211; avec les sept « Ewig » répétés au son des harpes et du célesta. Seule l’œuvre longue et sublime superbement interprétée a ce pouvoir de nous dépouiller des scories du quotidien et nous faire prendre de la hauteur pour embrasser passé, présent et futur le temps d’un concert.</p>
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<p>* Citations entre guillemets traduites du livre que Bruno Walter a consacré à G. Mahler</p>
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