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	<title>Karolina BENGTSSON - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Mon, 23 Mar 2026 20:34:25 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Karolina BENGTSSON - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>TRAETTA, Ifigenia in Tauride</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/traetta-ifigenia-in-tauride/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Mar 2026 04:45:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le dernier festival de musique ancienne d’Innsbruck mettait à l’honneur Ifigenia in Tauride de Traetta. Titre rare, mais pas totalement inconnu : créé à la cour de Vienne en 1763, il succède de peu à l’Orfeo de Gluck et s’appuie aussi sur les talents du castrat Guadagni. Ce voisinage a alimenté une relative curiosité à l’égard &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le dernier festival de musique ancienne d’Innsbruck mettait à l’honneur <em>Ifigenia in Tauride</em> de Traetta. Titre rare, mais pas totalement inconnu : créé à la cour de Vienne en 1763, il succède de peu à l’<em>Orfeo</em> de Gluck et s’appuie aussi sur les talents du castrat Guadagni. Ce voisinage a alimenté une relative curiosité à l’égard d’une partition rendue à la scène à Martina Franca en 1986, puis Heidelberg et Winterthur en 2014. Curiosité également justifiée par les qualités intrinsèques d’un drame inscrit dans les mouvements réformateurs de l’<em>opera seria</em>.</p>
<p>On connaît l’intérêt de <strong>Christophe Rousset</strong> pour l’opéra italien de la deuxième moitié du XVIII<sup>e </sup>siècle, qu’il s’agisse de l’opéra bouffe ou sérieux, des maîtres de l’école napolitaine ou de la tradition viennoise – et souvent plusieurs de ces caractéristiques à la fois. Lors de l’édition précédente du festival, le chef avait déjà exhumé l’oratorio vénitien <em>Rex Salomon</em> de Traetta (à écouter chez CPO), et l’on se souvient de l’intéressante <em>Antigona</em> sortie en 2000.</p>
<p>Traetta, né à Bitonto dans le Royaume de Naples, fut formé dans un des fameux conservatoires de la cité parthénopéenne. Après de nombreux opéras de facture classique, il collabore avec le poète Frugoni à la cour de Parme pour explorer de nouvelles pistes dramatiques inspirées de livrets ramistes (<em>Ippolito ed Aricia</em> et <em>I Tintaridi</em>, en 1759 et 1760). La volonté de renouvellement formel est encore patente dans <em>Sofonisba</em> (Mannheim, 1762) et <em>Antigona</em> (Saint-Pétersbourg, 1772), et bien sûr l’<em>Ifigenia in Tauride</em> viennoise.</p>
<p>Cet opéra s’inscrit dans un contexte intéressant, car la capitale autrichienne s’impose alors comme le centre d’un passionnant dialogue entre tradition et réforme. D’ailleurs, les têtes d’affiche de Traetta, le ténor Tibaldi, son épouse Rosa et le contralto Guadagni participent aux innovations gluckistes (<em>Orfeo</em>, <em>Telemaco</em>, <em>Alceste</em>) comme aux pages plus classiques tirées de Metastasio, poète impérial.</p>
<p>Certes moins radical que Calzabigi, Marco Coltellini fait assurément partie des novateurs. Avant d’inspirer à Hasse (<em>Piramo e Tisbe</em>) et Salieri (<em>Armida</em>) des pages originales, le librettiste adapte Euripide pour Traetta. Et pour Guadagni, car le souvenir d’<em>Orfeo</em> arrivé aux Enfers l’invite à produire une scène similaire entre le castrat le chœur. On retrouvera d’ailleurs ce moment entre Oreste et les Euménides en 1774 dans la tragédie parisienne de Gluck. Les principaux ressorts sont familiers : la culpabilité d’Oreste et sa tendresse pour Pylade, le désespoir et l’incertitude qui rongent Iphigénie, la cruauté de Thoas et de son peuple. Parmi les différences avec la version de Gluck figurent Doris, amie d’Iphigénie, et le dénouement de l’opéra : soudain saisie d’une inspiration divine, c’est l’héroïne elle-même qui poignarde Thoas, sans apparition de Diane. Plus d’éparpillement aussi, puisque Oreste, Doris et Pylade sont successivement menacés de sacrifice. Après deux actes bien menés, le troisième, conclu sur une succession de récitatifs, n’est pas tout à fait à la hauteur des ambitions de l’auteur. L’opéra reste très séduisant, avec plusieurs traits originaux. D’abord la tonalité tragique : il n’y a pas d’intrigue amoureuse, sauf si l’on veut interpréter ainsi le lien entre Oreste et Pylade. Ensuite, le rôle majeur du chœur, qui s’immisce jusque dans certains airs. Citons aussi le nombre inusité de récitatifs accompagnés et de duos. Enfin, si la vocalité reste largement fidèle aux canons belcantistes italiens, la grande mobilité de l’instrumentation et des lignes infléchit les codes du <em>serio</em> au service d’une expression moins figée.</p>
<p>Le travail de préparation des représentations d’Innsbruck apparaît clairement dans une exécution impeccable et nuancée. On connaît la précision et l’élégance de la baguette de Christophe Rousset, à la tête de ses <strong>Talens lyriques</strong>. Il imprime un élan constant aux arias, riches de touches instrumentales variées qui, pourtant, ne virent jamais à l’air concertant. On peut toutefois imaginer une approche moins uniment châtiée, ici plus solennelle, là plus sombre ou extravertie, surtout lors du délire d’Oreste au deuxième acte. Clou du spectacle, la scène reste trop polie, ce qui tient aussi à la prestation du chœur <strong>NovoCanto</strong>, qui manque souvent d’impact, notamment quand les pupitres sont séparés. Aussi l’opéra semble-t-il plus conventionnel qu’il ne l’est, au détriment de la dimension chorale et tragique.</p>
<p>Relatif manque de carrure aussi chez <strong>Alasdair Kent</strong> : en dépit de sa maîtrise technique et de son engagement, ce ténor léger n’a pas toute l’autorité du grand ténor <em>serio</em> requis pour le tyran sanguinaire, et peine à dessiner la menace sous les doubles croches.</p>
<p>Nous avions aimé <strong>Rocío Pérez </strong>dans <em>L’Olimpiade</em> de Cimarosa. Dans un rôle moins spectaculaire et plus dramatique, l’Espagnole marie superbement véhémence, expression et colorature. Les airs « Che mai risolvere » et « So, che pietà de’ miseri » sont deux bijoux de belcanto expressif. Autre satisfaction avec le Pylade de <strong>Suzanne Jerosme</strong>, frémissant et coloré dans une partie plus conventionnelle. Enfin,<strong> Karolina Bengtsson </strong>prête une vraie épaisseur à Doris.</p>
<p>Le contre-ténor <strong>Rafał Tomkiewicz </strong>ne dispose pas d’un instrument exceptionnel, mais a assez de voix (jusque dans le grave) et de tempérament pour rendre justice à sa partie, qui exige de l’expression avant tout. Capable d’éclats (agité « Oh Dio, dov’è la morte »), il colore finement sa grande scène dramatique et brille surtout dans la dentelle de son dernier air et le beau duo avec Iphigénie.</p>
<p>Après <em>Armida</em> de Salieri et cette <em>Ifigenia in Tauride</em>, on ne saurait trop encourager Rousset à continuer d’explorer les créations de cette fascinante période viennoise, entre tradition et innovation.</p>
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		<title>OFFENBACH : Die Banditen (Les Brigands) &#8211; Francfort</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-die-banditen-les-brigands-francfort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Nov 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Die Banditen ce sont Les Brigands, cet opéra-bouffe que Jacques Offenbach compose en trois mois, à 50 ans, en 1869, dans la foulée de ses plus beaux succès (La Belle Hélène en 1864, Barbe-Bleue et La Vie parisienne en 1866 et La Périchole en 1868). Il y aura encore dix années d’opéras-bouffes ou d’opéras comiques &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Die Banditen</em> ce sont <em>Les Brigands</em>, cet opéra-bouffe que Jacques Offenbach compose en trois mois, à 50 ans, en 1869, dans la foulée de ses plus beaux succès (<em>La Belle Hélène</em> en 1864, <em>Barbe-Bleue</em> et <em>La Vie parisienne</em> en 1866 et <em>La Périchole</em> en 1868). Il y aura encore dix années d’opéras-bouffes ou d’opéras comiques (dont <em>La Fille du tambour-major</em>) avant les ultimes <em>Contes d’Hoffmann</em>. L’œuvre est créée au Théâtre des  Variétés et très vite, comme de coutume, une traduction et une adaptation en allemand est entreprise, à destination du public germanophone, très friand d’opérettes françaises. La traduction la plus connue du livret de Meilhac et Halévy, pour la première diffusion allemande, est de Karl Treumann, acteur, metteur en scène et traducteur qui a adapté de nombreuses opérettes d’Offenbach pour la scène viennoise : on lui devait déjà de gros succès de traductions avec <em>Orpheus in der Unterwelt</em>, <em>Die</em> <em>schöne</em> <em>Helena</em> ou encore <em>Pariser</em> <em>Leben</em>. <em>Die Banditen</em> eurent le même écho en Allemagne du Sud et en Autriche que <em>Les Brigands</em> en France.<br />
Francfort s’est attaché à remettre au goût du jour la version allemande des <em>Brigands</em> (l’action et les personnages sont pratiquement identiques dans <em>Die Banditen</em>), mais la metteuse en scène allemande <strong>Katharina</strong> <strong>Thoma</strong> (qui avait déjà proposé <em>in loco</em> sa vision de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/tristan-und-isolde-francfort-la-croisiere-ne-samuse-plus/"><em>Tristan und Isolde</em></a>) a fait le choix d’une nouvelle et complète adaptation de l’œuvre. Nous assistons à la onzième représentation depuis la première de la nouvelle production en janvier 2024.<br />
L’esprit de l’opérette ou de l’opéra-bouffe « à la française » comme disent les Allemands est pleinement conservé dans cette version. La place est laissée libre à la farce et aux situations comiques, les clins d’œil à l’actualité se mutliplient (on affiche le drapeau européen à la frontière entre l’Italie et…l’Espagne, tout se monnaie en euro, les carabiniers sont munis de smartphones, l’auberge est renommée « restoroute » et Falsacappa ne veut pas marier sa fille à un éleveur bio !), mais beaucoup moins à l’improvisation dans les dialogues parlés, nous allons y venir.<br />
Le public est souvent le meilleur juge dans ce genre de pièce et les innombrables fous rires entendus dans les rangs plaident pour le travail et la conduite d’acteur de Katharina Thoma. Elle a surtout voulu retrouver la légèreté, le dynamisme et la folie qui traverse la scène autour de la musique d’Offenbach. Tous les acteurs sont mis à contribution et miment, dansent et s’agitent dans tous les sens autant qu’ils chantent. Le rythme est soutenu, nul temps mort et il faut rendre hommage au travail de chorégraphie auquel se soumet sans broncher l’ensemble de la troupe, solistes compris.<br />
On ne reprendra pas l’éternel refrain d’une langue allemande bien moins fluide et qui est donc moins bien adaptée à l’esprit offenbachien que la langue française. C’est un fait mais, curieusement, ce n’est pas là que réside le point faible de cette production.<br />
Il consiste plutôt dans l’absence de fluidité de la langue…allemande par les chanteurs venus de tous les horizons. Qu’on en juge : Falsacappa est chanté par un Américain (<strong>Michael Porter</strong>), Pietro par un Belge (<strong>Yves Saelens</strong>), Carmagnola par un Néo-Zélandais (<strong>Jonathan Abernethy</strong>), Barbavano par un Norvégien (<strong>Aleksander Myrling</strong>) et Pipo par un Casaque (<strong>Kudaibergen Abildin</strong>) ; côté féminin, <strong>Elizabeth Reiter</strong> qui chante Fiorella est américaine et <strong>Karolina Makula</strong> est une Fragoletto polonaise. Malgré les efforts très louables de tous ces chanteurs, l’aisance dans la langue de Goethe n’est pas suffisante pour qu’ils se permettent la moindre improvisation qui devrait faire le sel d’une représentation d’opéra-bouffe. L’exception qui confirme la règle c’est le – petit – rôle d’Antonio tenu par <strong>Matthias Schenke</strong> qui nous a octroyé un numéro de comédien hors pair avec une improvisation au III, prodiguée dans un allemand parfait teinté de dialecte de Hesse, ce qui, à Francfort, n’a pu qu’être chaudement apprécié. Il nous délivre quasiment un seul-en-scène de plusieurs minutes auquel il a visiblement pris autant de plaisir que le public.<br />
Mis à part cette réserve d’importance, il  n’y a pas grand-chose à redire à l’engagement vocal de cette troupe hétéroclite. Les moyens du Falsacappa de Michael Porter, d’Elizabeth Reiter en Fiorella et de Karolina Makula en Fragoletto, rendent justice à une partition portée par la direction alerte de <strong>Karsten Januschke</strong>, qui fait de son mieux pour dispenser à son orchestre à la fois tout le sérieux et toute la légèreté d’une musique champagne.</p>
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		<title>Karolina Bengtsson primée par la Fondation Birgit Nilsson</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/karolina-bengtsson-primee-par-la-fondation-birgit-nilsson/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Sep 2025 07:53:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est la jeune soprano suédoise Karolina Berngtsson qui a été choisie par la Fondation Birgit Nilsson pour sa bourse annuelle, qui s&#8217;élève à la coquette somme de 250.000 couronnes suédoises (= un peu plus de 22.000 euros). Formée à Copenhague  puis au Mozarteum de Salzbourg avec Barbara Bonney et Wolfgang Holzmair, elle a intégré la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;est la jeune soprano suédoise <strong>Karolina Berngtsson</strong> qui a été choisie par la Fondation Birgit Nilsson pour sa bourse annuelle, qui s&rsquo;élève à la coquette somme de 250.000 couronnes suédoises (= un peu plus de 22.000 euros). Formée à Copenhague  puis au Mozarteum de Salzbourg avec Barbara Bonney et Wolfgang Holzmair, elle a intégré la troupe de l&rsquo;Opéra de Francfort en 2022, y interprétant notamment Pamina. Elle a fait cette saison ses débuts avec l&rsquo;orchestre symphonique de Göteborg et l&rsquo;orchestre de la radio suédoise. Son répertoire très large va de l&rsquo;oratorio à la musique contemporaine. Elle a fait ses débuts au Festival d&rsquo;Aix-en-Provence il y a quelques semaines, en incarnant Camille dans <em>Louise</em> de Charpentier, une prestation <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-louise-aix-en-provence/">qui a enthousiasmé notre collègue Jean-Michel Pennetier.</a></p>
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		<title>CHARPENTIER, Louise &#8211; Aix-en-Provence</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-louise-aix-en-provence/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Jul 2025 04:43:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Achevée en 1893 mais créée en 1900 seulement, notamment suite au refus de nombreux théâtres de proposer un sujet aussi scabreux, Louise remporta un triomphe à sa première, et l&#8217;ouvrage sera régulièrement produit sur les scènes françaises jusqu&#8217;aux années 60 environ. Peut-on encore jouer Louise aujourd&#8217;hui ? Premier opéra naturaliste, l&#8217;ouvrage traite du désir féminin, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Achevée en 1893 mais créée en 1900 seulement, notamment suite au refus de nombreux théâtres de proposer un sujet aussi scabreux, <em>Louise</em> remporta un triomphe à sa première, et l&rsquo;ouvrage sera régulièrement produit sur les scènes françaises jusqu&rsquo;aux années 60 environ. Peut-on encore jouer <em>Louise</em> aujourd&rsquo;hui ? Premier opéra naturaliste, l&rsquo;ouvrage traite du désir féminin, du sentiment de liberté lié à la vie dans une grande ville, du refus de l&rsquo;autorité parentale et de ses conséquences, de l&rsquo;honneur de la famille (alors que celle-ci n&rsquo;est plus contrainte par le qu&rsquo;en-dira-t-on provincial du fait d&rsquo;un environnement anonyme)&#8230; toutes choses qui disparaissent largement après 1968, mais qui étaient encore bien réelles dans la France de l&rsquo;après-guerre, en particulier dans les familles fraichement montées à la ville. Le succès de l&rsquo;ouvrage doit ainsi probablement davantage à ces thématiques, prégnantes pour le public de l&rsquo;époque, qu&rsquo;à une musique correctement tournée mais sans grâce particulière, à l&rsquo;exception de l&rsquo;air « Depuis le jour » que la plupart des grands sopranos auront mis à leur répertoire (Charpentier n&rsquo;obtiendra d&rsquo;ailleurs plus jamais aucun succès majeur avec ses compositions). La popularité de l&rsquo;ouvrage à l&rsquo;international (on lit souvent que l&rsquo;œuvre conserve une certaine réputations aux États-Unis par exemple) tient sans doute beaucoup à son évocation du Paris montmartrois. Enfin, le livret est souvent un peu ronflant et emphatique.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Louise-—-Festival-dAix-en-Provence-2025-©-Monika-Rittershaus_12-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-194020"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Il fallait donc une sacrée audace pour reprogrammer cet ouvrage dans le cadre du festival d&rsquo;Aix-en-Provence, d&rsquo;autant qu&rsquo;il est particulièrement lourd à monter en raison d&rsquo;une distribution pléthorique, surtout si l&rsquo;on peut réunir des chanteurs capables de faire vivre la prosodie française. Une approche actuelle aurait pu lui rendre sa modernité : après tout, ce qu&rsquo;on appelle improprement les « crimes d&rsquo;honneur » se multiplient, sans parler de la banalisation des discours masculinistes ou du phénomène des <em>Incel</em>, autant de signes de la fragilité des droits des femmes. Ce n&rsquo;est pas l&rsquo;option qu&rsquo;a choisie <strong>Christof Loy</strong>. Considérant que la composition de l&rsquo;ouvrage suit de peu les travaux (contestés) de Charcot sur l&rsquo;hystérie (1), le metteur en scène allemand a choisi de faire de Louise une patiente traitée pour cette névrose. Le concept n&rsquo;est pas véritablement nouveau : c&rsquo;est celui développé par Andrei Serban pour la production de<em> Lucia di Lammermoor</em> donnée à l&rsquo;Opéra-Bastille depuis trente ans. On ne compte d&rsquo;ailleurs plus les mises en scène se référant &nbsp;à l&rsquo;univers médical : on se rappellera ainsi qu&rsquo;Aix a déjà donné une <em>Carmen</em> qui se passait dans un centre de thérapie sexuelle (2017), et de même pour son dernier <em>Così</em> <em>fan</em> <em>tutte</em> (2023). Dans un décor unique, la salle d&rsquo;attente d&rsquo;un hôpital, Louise fantasme un amour pour Julien (on découvrira à la toute dernière scène qu&rsquo;il s&rsquo;agit du médecin) et une relation quasi sexuelle avec son propre père, culminant dans une scène finale assez explicite qui se termine par le suicide de l&rsquo;héroïne (suicide lui aussi fantasmé puisqu&rsquo;après un court moment d&rsquo;obscurité totale, on se retrouve à nouveau dans l&rsquo;hôpital, Louise sortant réjouie du cabinet du médecin, et certainement pas guérie). Toute l&rsquo;œuvre est ainsi construite autour du délire de Louise. Certains personnages sont d&rsquo;ailleurs interprétés par ses proches : celui du Chiffonnier dont l&rsquo;histoire résume les craintes du Père pour sa fille, ou du Noctambule, aux mœurs dissolus, chanté par l&rsquo;interprète de Julien (ce qui peut engendrer une certaine confusion chez le spectateur non averti). On comprend moins pourquoi la Mère devient également la Première d&rsquo;atelier de l&rsquo;entreprise de confection dans laquelle travaille Louise (d&rsquo;autant que ladite Mère l&rsquo;a précédemment menacée de la forcer à travailler à la maison). Si le concept semble donc un peu bancal, il n&rsquo;est pas vraiment dérangeant. Enfin, la direction d&rsquo;acteur est excellente et le moindre des petits rôles est travaillé à la perfection. Le Paris montmartrois disparait en revanche dans cette mise en scène.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Louise-—-Festival-dAix-en-Provence-2025-©-Monika-Rittershaus_21-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-194056"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p><strong>Elsa Dreisig</strong> incarne une Louise introvertie, intérieurement vibrante, dont la fragilité s&rsquo;exprime dans un chant délicat, avec une projection souvent un peu ténue, sauf pour les grands scènes où elle fait éclater sa révolte. Sa prononciation est également d&rsquo;une grande clarté et elle se révèle une diseuse exceptionnelle. Le soprano sait également bouger son corps pour traduire avec justesse tout une palette de sentiments. Elle sait, avec une profonde justesse, rendre l&rsquo;évolution de son personnage, même si la révolte contre l&rsquo;autorité parentale devient ici la fuite vers la mort pour échapper à des pulsions incestueuses fantasmées. À sa première intervention, la voix d&rsquo;<strong>Adam Smith</strong> nous fait nous interroger. Le jeune chanteur nous rappelle un peu le grand Neil Shicoff : un chant si énergique, parfois à la limite de l&rsquo;accident toutefois, était-il nécessaire pour une œuvre plutôt délicate ? La réponse nous sera apportée avec le grand duo de l&rsquo;acte III qui nécessite en effet les ressources d&rsquo;un <em>lirico-spinto,</em> et où le ténor britannique, dominant sans problème le bouillonnement orchestral, achèvera de nous convaincre. Le français est dépourvu d&rsquo;accent, mais la prononciation (un peu à la Shicoff justement) est perfectible. Ajoutons une présence scénique évidente, un charme craquant, qui sait rendre très crédible et très vivant le personnage de Julien. <strong>Sophie Koch</strong> incarne la Mère avec autorité. À ce stade de sa carrière, la voix est parfois un peu dure, mais s&rsquo;accorde pour cela même avec ce rôle de composition. L&rsquo;actrice est impeccable. <strong>Nicolas Courjal</strong> est particulièrement investi dramatiquement dans son personnage de Père, lui aussi particulièrement névrosé, d&rsquo;autant que la mise en scène lui en demande beaucoup. Quelques aigus un peu sont à l&rsquo;arraché, mais cela passe dans le feu de l&rsquo;action, et contribue à exprimer le trouble psychique du personnage.</p>
<p>La pléthore de seconds rôles est impeccablement distribuées. <strong>Marianne Croux</strong> offre toute la truculence requise au personnage de la couturière Irma, avec un timbre chaud et de beaux graves. Remplaçant au pied levé Roberta Alexander souffrante et qui s&rsquo;est désistée pour toute la série, <strong>Annick Massis</strong> apporte une touche de nostalgie avec le personnage de la balayeuse qui connu son heure de gloire. La voix est toujours lumineuse et d&rsquo;une belle fraîcheur. Difficile de ne pas craquer pour le Gavroche idéal de <strong>Céleste Pinel</strong> campé avec abattage et humour (elle chante également l&rsquo;Apprentie, une jeune couturière). En marchand d&rsquo;habits, mais surtout en Pape des Fous, <strong>Grégoire Mour</strong> fait preuve d&rsquo;une splendide musicalité, d&rsquo;un beau phrasé, avec une belle maîtrise de la voix mixte. Là encore, la prononciation est impeccable. Les autres chanteurs ont des interventions souvent plus limitées mais toujours exigeantes, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de franchir le mur de l&rsquo;orchestre ou d&rsquo;exister au milieu des ensembles. Tous sont à citer car tous sont parfaits. Les deux gardiens de la paix, les jeunes <strong>Filipp Varik</strong> et <strong>Alexander de Jong</strong> sont déjà des promesses. Le Bricoleur de <strong>Frédéric Caton</strong> est pétri d&rsquo;humanité. <span style="font-size: revert;"><strong>Carol Garcia</strong> est une Gertrude espiègle et pleine de vie. </span><span style="font-size: revert;"><strong>Karolina</strong> <strong>Bengtsson</strong> est une Camille rêveuse et empathique. <strong>Julie Pasturaud</strong> est une Marguerite un brin maternelle. <strong>Marie-Thérèse Keller</strong> est une Madeleine enjouée. <strong>Marion Vergez-Pascal</strong> dispense un timbre agréable en Élise. <strong>Marion Lebègue</strong> (Suzanne, La Glaneuse de charbon) offre une belle projection et une excellente diction. </span><strong>Jennifer Courcier</strong> est une Blanche et une Plieuse de journaux pleine d&rsquo;entrain. <span style="font-size: revert;">Le <strong>Chœur de l’Opéra de Lyon</strong> et la <strong>Maîtrise des Bouches-du-Rhône</strong> sont excellents, idéalement </span>sonores, scéniquement très vivants, mais relativement peu sollicités par la partition.</p>
<p><strong>Giacomo Sagripanti</strong> dirige d&rsquo;une baguette experte, avec une grande attention envers le plateau. Les ensembles sont parfaitement coordonnés. En dépit des qualités de l&rsquo;orchestre de l&rsquo;Opéra de Lyon (par ailleurs renforcé par Orchestre des Jeunes de la Méditerranée pour la musique de scène), l&rsquo;acoustique de l&rsquo;Archevêché ne permet pas trop toutefois de goûter l&rsquo;opulence de l&rsquo;orchestration, l&rsquo;ensemble apparaissant davantage fondu qu&rsquo;émaillé de touches subtiles.</p>
<pre>(1) Fondateur de la neurologie, Jean-Martin Charcot, dont les apports scientifiques sont indéniables, se trompait toutefois sur la nature de l'hystérie qu'il pensait d'origine neurologique stricte, alors qu'on la considère aujourd'hui comme d'origine psychiatrique. </pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-louise-aix-en-provence/">CHARPENTIER, Louise &#8211; Aix-en-Provence</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>FORTNER, In seinem Garten liebt Don Perlimplín Belisa – Francfort</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/fortner-in-seinem-garten-liebt-don-perlimplin-belisa-francfort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Apr 2024 06:34:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Opéra de Francfort est sans aucun doute une des maisons les plus innovatrices d’Allemagne, maintenant un équilibre entre création, répertoire et redécouverte d’œuvres oubliées. Il présente actuellement Les Amours de don Perlimplín avec Bélise en leur jardin de Wolfgang Fortner d’après la pièce éponyme de Federico García Lorca. Fortner (1907-1987) appartient à une génération sacrifiée, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Opéra de Francfort est sans aucun doute une des maisons les plus innovatrices d’Allemagne, maintenant un équilibre entre création, répertoire et redécouverte d’œuvres oubliées. Il présente actuellement <i>Les Amours de don Perlimplín avec Bélise en leur jardin</i> de Wolfgang Fortner d’après la pièce éponyme de Federico García Lorca. Fortner (1907-1987) appartient à une génération sacrifiée, à cheval sur la seconde Guerre mondiale et stylistiquement variable, ce qui explique peut-être sa faible présence dans les programmations aujourd’hui. Entre autres sous la contrainte idéologique du régime national-socialiste, il commence par composer une musique néo-classique qui devient progressivement plus abstraite pour embrasser plus tard le dodécaphonisme et d’autres techniques d’écriture contemporaines. Parmi ses élèves comptent Hans Werner Henze et même Nam June Paik. Créé en 1962 au festival de Schwetzingen, son <i>Don Perlimplín</i> appartient à la période dodécaphonique qui fait cependant preuve d’une touche personnelle, réalisant des principes structurels et une hybridation esthétique au-delà des idées d’Arnold Schönberg. Après <i>Bluthochzeit</i> (<i>Noces de sang</i>, 1957), c’est la deuxième fois qu’il s’empare d’un texte de Lorca. Régulièrement joué jusque dans les années 1990, l’opéra a sombré dans l’oubli depuis.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/t1-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-159473"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Karolina Bengtsson © Barbara Aumüller</sup></figcaption></figure>


<p>De quoi s’agit-il ? La situation de départ est un poncif. Poussé par sa gouvernante Marcolfe, désireuse d’assurer l’avenir domestique de son maître, Don Perlimplín, homme d’un certain âge, épouse la jeune Bélise. En termes d’amour, les exigences de celle-ci dépassent les capacités physiques d’un homme qui, jusqu’alors, n’a vécu qu’avec ses livres. Elle le trompe probablement dès la nuit de noces. Toutefois, sous la plume brillante et ingénieuse de Lorca, l’histoire prend une tournure inattendue. Premièrement, le texte fut écrit suite à un projet d’opérette abandonné, que le poète poursuivait avec le compositeur Manuel de Falla, et les nombreux éléments rythmiques et sonores du langage ainsi que sa construction rigoureuse semblent en effet dégager de la musique, tel un livret ou une partition littéraire. En espagnol, rien que le titre est un double vers rimé heptasyllabe : <i>Amor de Don Perlimplín – con Belisa en su jardín</i>. Lorca prévoyait par ailleurs une musique de scène complexe, utilisant par exemple des sonates de Scarlatti, dont il essayait de restituer les sonorités italianisantes du XVIII<sup>e</sup> siècle dans ses dialogues, ce qui explique en partie l’aspect bouffonesque de certains passages de la pièce de théâtre. À l’instar de Scarlatti, Lorca tenait aussi à mélanger la culture populaire et traditionnelle avec de l’art savant. Deuxièmement, le caractère comique du sujet est sans cesse contrecarré par une sensibilité religieuse et existentielle. Dans le sous-titre, Lorca qualifie son œuvre d’estampe érotique (<i>aleluya érótica</i>). Or, au XVIII<sup>e</sup> siècle, les <i>aleluyas</i> étaient des estampes servant à glorifier Dieu au moment de Pâques, avant qu’elles ne prennent leur forme profane plus connue, car autour de 1848, dès l’apparition du personnage de Don Perlimplín qui n’est pas une invention de Lorca, ces images se transforment en une sorte de bande dessinée dont chaque vignette est assortie d’un double vers explicatif. Cette étrange dichotomie entre foi et divertissement lascif s’observe donc aussi dans le texte de Lorca qui, dans son adolescence, était obsédé par la vie du Christ. Cette interprétation christologique prend davantage de poids à la fin de <i>Don Perlimplín</i>, lorsque ce dernier invente un amant pour Bélise en lequel il se déguise lui-même. Il l’assassine et se suicide par là même, se sacrifiant pour l’idée d’un amour impossible et rachetant les péchés de Bélise dont le corps reçoit pour ainsi dire une âme purifiée.</p>
<p>Comment Fortner réagit-il à ce dispositif ? Tout d’abord, il se montre très sensible au texte, et cela bien qu’il utilise la traduction allemande plus que problématique d’Enrique Beck, aujourd’hui largement rejetée dans le monde du théâtre, qu’il surpoétise à son tour. Ainsi, le <i>staccato</i> initial des phrases de Lorca, qui devient un <i>legato</i> dans la seconde partie de l’œuvre, semble se répercuter sur la musique. Les mouvements de l’orchestre, très plastiques et évocateurs de gestes, sont d’abord morcelés et s’agglutinent autour des lignes vocales comme s’ils étaient une extension sonore de celles-ci, réagissant à la moindre inflexion du sens et de l’expression. Au fur et à mesure, ils s’autonomisent, créant des formes plus continues. La rigueur et l’économie de la construction musicale est contrebalancée par une orchestration suave et sensuelle, peut-être un écho lointain de la période néo-classique du compositeur. Evitant toute espagnolade, Fortner intègre des éléments folkloriques à son écriture au point qu’ils en deviennent indissociables. Certaines des couleurs très connotées telles la guitare et les cloches tubes sont déjà mentionnées dans les didascalies de Lorca.<span class="Apple-converted-space"> </span></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/t2-1024x683.jpeg" alt="" class="wp-image-159474" width="912" height="607"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Sebastian Geyer, Guillermo de la Chica López, Rouven Pabst, Evie Poaros, Mar Sánchez Cisneros, Luciano Baptiste © Barbara Aumüller</sup></figcaption></figure>


<p>Sous la baguette de<strong> Takeshi Moriuchi</strong>, la partition dévoile tout son potentiel, du timbre âpre des passages psychologiques jusqu’à la lumière scintillante des moments plus illustratifs. Le chef maîtrise les circonvolutions d’une musique parfois difficile à équilibrer, car Fortner crée de nombreux phénomènes spatiaux hors scène, dont un chœur invisible. La mise en scène de <strong>Dorothea Kirschbaum</strong> prend le pari du subconscient surréaliste. Un brouillard aquatique monte des profondeurs, paillettes et confettis tombent du ciel. Les décors daliniens de Christoph Fischer, plongés dans les lumières très contrastées de Jonathan Pickers, s’ouvrent et se décalent proportionnellement au dérapage de l’intrigue. Plusieurs motifs de Lorca sont élaborés : la scène est peuplée de lutins (dans une chorégraphie expressionniste de Gal Feffermann) alors que la pièce ne prévoit qu’un duo à l’acte II, l’amant imaginé par Perlimplín croise l’espace dès les premières minutes du spectacle pour se démultiplier à la fin. Kirschbaum soutient avoir voulu créer une Bélise plus libre, à l’opposé de « la femme qui a besoin d’un homme afin d’obtenir une âme », bien que, dans le texte de Lorca, il s’agit davantage d’une symbiose entre l’âme de Perlimplín et le corps de Bélise. Malgré toute son inventivité, cette approche est un tant soit peu stéréotypé. Lorca ne voulait pas appartenir au courant surréaliste et les images les plus extraordinaires de son univers artistique restent toujours ancrées dans la réalité d’un vécu quotidien. De nos jours, cela mériterait une réalisation plus sobre. Les costumes d’<strong>Henriette Hübschmann</strong> se font plus discrets et adaptés, entre élégance bourgeoise et tenue de <i>hacienda</i>.</p>
<p><strong>Sebastian Geyer</strong> – rodé à la musique contemporaine de Manfred Trojahn ou Thomas Adès – campe un Don Perlimplín ambigu. D’abord d’une grande timidité, aux prises avec sa vie intérieure, il s’épanouit au moment de prendre sa décision finale. Il semble alors découvrir les décors dans lesquels ils déambulait auparavant comme un étranger. Son baryton puissant, allant d’un fausset aérien aux profonds sons graves, donne un maximum de relief au chant pour lequel Fortner conçoit tout un spectre entre parler et chanter. La Marcolfe de <strong>Karolina Makuła</strong> – ancien membre de l’Académie de l’Opéra – est inquiète mais fière. Sa voix à la fois vigoureuse et tendre laisse naître un timbre plein de chaleur. Dans ce qui s’avère être le rôle le plus lyrique de la distribution, Bélise, interprétée par<strong> Karolina Bengtsson</strong>, n’apparait d’abord que sur un écran dans un contexte de récital, face à un pianiste – allusion au jeu lorquien entre folklore et musique savante ainsi qu’à la condition essentiellement charnelle du personnage en éternelle représentation. Sa voix de soprano, d’abord claire et faussement innocente, prend toute son ampleur une fois le personnage arrivé sur scène. Ses envolées lyriques et la détermination qui s’exprime dans son timbre trahissent un caractère beaucoup mois candide qu’il n’en a l’air de prime abord. Sa mère semble plus jeune et plus hystérique qu’elle-même. Anna Nekhames la joue avec beaucoup d’espièglerie ludique, chantant de manière volubile les lignes vocales de soprano léger très dessinées, aux pics virtuoses dans l’extrême aigu. Les Lutins (<strong>Idil Kutay</strong> et <strong>Ursula Hensges</strong>), qui prennent soin d’occulter la scène lors de la nuit de noces, donnant libre cours à l’imagination du public, s’expriment majoritairement en homorythmie. Leur arrivée est précédée de surprenants sons électroniques, repris aux flûtes derrière la scène. Bien que différentes, l’une plus à l’aise dans l’aigu, l’autre avec davantage de texture dans le grave, leur voix s’unissent alors à merveille, créant de beaux timbres secondaires. À plusieurs reprises, la musique engendre non seulement une forme mais aussi une perspective.</p>
<p>Le public est enthousiasmé par cette œuvre qu’on souhaiterait voir plus souvent sur les scènes internationales. Une fois de plus, l’Opéra de Francfort manifeste nettement qu’il a l’intuition des partitions à ressusciter.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/fortner-in-seinem-garten-liebt-don-perlimplin-belisa-francfort/">FORTNER, In seinem Garten liebt Don Perlimplín Belisa – Francfort</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MOZART, Ascanio in Alba – Francfort</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-ascanio-in-alba-francfort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julian Lembke]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Dec 2023 07:59:52 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Malgré son aspect de pur divertissement, la «&#160;Festa teatrale&#160;» Ascanio in Alba représente un enjeu considérable pour le jeune Mozart qui n’a que quinze ans au moment de la composition. L’opéra de Francfort présente une nouvelle production de cette œuvre particulière.&#160; Revenons un peu en arrière. Au milieu du XIIIe siècle, l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche mène &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Malgré son aspect de pur divertissement, la «&nbsp;Festa teatrale&nbsp;»<i> Ascanio in Alba</i> représente un enjeu considérable pour le jeune Mozart qui n’a que quinze ans au moment de la composition. L’opéra de Francfort présente une nouvelle production de cette œuvre particulière.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Revenons un peu en arrière. Au milieu du XIII<sup>e</sup> siècle, l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche mène une habile politique d’alliance en mariant ses enfants avec les descendants de familles royales diverses et variées, l’union la plus célèbre étant celle de sa fille Marie-Antoinette avec le futur Louis XVI. En 1771, son fils Ferdinand épouse Marie-Béatrice d’Este, mariage fomenté depuis plusieurs années sans que les intéressés ne se soient rencontrés une seule fois. À l’occasion des festivités, deux opéras sont commandés ; <i>Il Ruggiero</i> de Johann Adolph Hasse ainsi qu’<i>Ascanio in Alba</i> de Mozart. Le livret de Giuseppe Parini reprend la situation des époux sous forme d’allégorie : la déesse Vénus apprend à son fils Ascanio qu’il est censé prendre Silvia pour femme. Ne connaissant pas la fiancée, celui-ci reste dubitatif. Mais la déesse le rassure en expliquant que, déjà depuis de nombreuses années, Cupidon apparaît dans les rêves de Silvia sous les traits d’Ascanio. Afin que ce dernier puisse se former une idée de sa future fiancée, il a le droit de la rencontrer, sans toutefois dévoiler son identité. Silvia tombe amoureuse de l’étranger, tout en le repoussant par égard pour son mari désigné. Triomphalement, Venus unit le jeune couple.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
<p>Sur la scène du «&nbsp;Bockenheimer Depot&nbsp;», deuxième lieu de l’opéra de Francfort, une énorme sphère jaune fluo évoque à la fois un vaisseau spatial, un hall représentatif et des arènes stylisées. En parfait contraste avec cela, les costumes réalisent un dégradé de bleu et rose, faisant penser à des habits de fonctionnaires. L’esthétique oscille entre la fanfaronnade d’une entreprise à succès et le<span class="Apple-converted-space">&nbsp; </span>faste kitsch d’un rassemblement communiste en Chine. La lecture politique de la metteuse en scène <strong>Nina Brazier</strong>, proposant un commentaire sur l’abus du pouvoir, la dictature et le rôle de l’individu dans une société de plus en plus nivelée, se répercute essentiellement sur ces aspects visuels et moins sur la direction des personnages.</p>
<p><strong>Kateryna Kasper</strong> campe une Vénus à la fois malicieuse et suffisante, dont les aigus plein de souplesse sortent parfois comme une surprise de ses lignes vocales. L’Ascanio plus psychologique de la mezzo-soprano <strong>Cecelia Hall</strong>, à la voix douce et mélancolique, semble tiraillé entre l’empêchement et un enthousiasme naïf mais avenant. Le public français a pu l’entendre dans <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/il-turco-in-italia-aix-en-provence-malchance-ou-prescience/"><i>Il Turco in Italia</i> de Rossini (Zaida), dans le cadre de l’édition 2014 du Festival d’Aix-en-Provence</a>.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span>Le rôle de Silvia embrasse un spectre plus large, allant de la rêverie aux sentiments héroïques, et la voix sensuelle de<strong> Karolina Bengtsson</strong>, puissante mais également pourvue de beaux aigus dans une nuance <i>pp</i>, l’incarne parfaitement. Fauno, ami et confident de Silvia, est le deuxième rôle travesti avec Ascanio. Le personnage ressemble au futur Chérubin (<i>Les Noces de Figaro</i>) et<strong> Anna Nekhames</strong> maîtrise à merveille l’équilibre entre coquetterie et extrême virtuosité des coloratures, jeu spirituel et physique. L’univers vocal de cette production est principalement féminin et l&rsquo;aspect quelque peu intime est souligné par l&rsquo;absence du chœur, préenregistré et diffusé en temps différé. Le prêtre Aceste, interpreté par <strong>Andrew Kim</strong>, membre de l’Atelier lyrique de l’opéra, est un personnage dont la solennité frise l’aveugle obéissance. Il exécute les ordres de Venus quand on ne le voit pas caresser les décors, et Kim joue avec cette dichotomie vocale entre onctuosité et éclats sonores.</p>
<p>Ayant reçu le livret trop tard, Mozart achève la partition en moins d’un mois. Après le succès de son opéra <i>Mitridate</i>, l’an précédant à Milan, et d’autres projets en Italie, lui et son père espèrent obtenir un poste pour le jeune compositeur à la cour de Ferdinand, l’ainé de seulement deux ans de Mozart. Malgré le succès d’<i>Ascanio</i>, reléguant au second plan l’œuvre de Hasse, Marie-Thérèse s’y oppose, se méfiant des gens du théâtre qu’elle tient pour des clochards et des saltimbanques.</p>
<p>D’une certaine façon, cet opéra est donc une carte de visite, une lettre de motivation sonore exposant la maestria du jeune musicien. Mozart et Parini jouent avec les codes de l’<i>opera seria</i>, en adoptant certains à la lettre, variant d’autres. Le génie du compositeur, qui insuffle une vie inattendue à un vocabulaire technique préexistant, se fait d’ores et déjà ressentir. Quelques moments de <i>Così fan tutte</i> pointent le nez, bien que, par moments, les arias semblent couler de la plume d’un Jean-Chrétien Bach. Sous la direction d’<strong>Alden Gatt</strong>, jeune chef d’orchestre, pianiste et chef de chant américain qui assure lui-même l&rsquo;accompagnement au clavecin des récitatifs, l’orchestre mozartien développe avant tout un flux rythmique joyeux et inarrêtable, où les aspérités, tels que des accents ou des contrastes, restent en retrait.</p>
<p>À quelques jours des fêtes de fin d’année, la presse et le public accueillent favorablement ce «&nbsp;divertissement&nbsp;» aux profondeurs cachées.<span class="Apple-converted-space">&nbsp;</span></p>
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