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	<title>Daniel KLUGE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Daniel KLUGE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>STRAUSS, Salome &#8211; Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/strauss-salome-hambourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Nov 2023 08:45:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>D’abord la toute fin, quand le rideau tombe sur la mort de Salome. De très longues secondes s’égrènent – on comprendra qu’elles permettront à l’héroïne de se changer. Puis le rideau se relève enfin et toute la salle avec lui, face à Asmik Grigorian, seule à saluer et comme encore sonnée. Elle vient de rendre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>D’abord la toute fin, quand le rideau tombe sur la mort de Salome. De très longues secondes s’égrènent – on comprendra qu’elles permettront à l’héroïne de se changer. Puis le rideau se relève enfin et toute la salle avec lui, face à <strong>Asmik Grigorian</strong>, seule à saluer et comme encore sonnée. Elle vient de rendre une copie parfaite, sans doute le pressent-elle, le public quant à lui ne s’y trompe pas.</p>
<p>Hambourg donne ce soir-là la deuxième représentation de la nouvelle production de <em>Salome</em>. Georges Delnon, l&rsquo;intendant du Staatsoper Hamburg, a demandé à <strong>Dmitri Tcherniakov</strong> de revenir sur les bords de l’Alster après une <em>Elektra</em> donnée il y a deux ans et avant un autre Strauss l’an prochain, on ne nous dit pas lequel. Mais Tcherni a posé ses conditions : recréer le couple <strong>Violeta Urmana</strong> – <strong>John Daszak</strong> qui figuraient Klytämnestra et Ägisth – ils seront donc Herodias et Herodes et, surtout, gagner la confiance d’Asmik Grigorian qu’il considère comme la meilleure Salome du circuit. A coup sûr Tcherniakov a fait le bon choix. Asmik Grigorian avait réussi une prise de ce rôle remarquée en <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/salome-lepreuve-du-mal/">2018 à Salzbourg</a>, ce qui l’avait amenée à le reprendre à Vienne, Londres, Madrid et Milan. Ici, elle se plie aux exigences du metteur en scène russe avec une intelligence et un engagement dévastateurs. Il y a une telle dissemblance entre la silhouette gracile, fragile même, qui se met quasiment à nu sur scène, et la voix pétrifiante qui émane de ce corps de jeune femme. L’ambitus du rôle est extrême et Grigorian habite tous les étages ; elle s’empare des graves avec voracité, et va chercher aux tréfonds d’elle-même les ressources pour nous faire don de fortissimi au tout haut de l’échelle. On pense qu’elle n’y arrivera pas, on pense que le « Ich habe ihn geküsst, deinen Mund » final est hors de sa portée ou qu’elle finira par y trébucher. Que non ! Non seulement elle nous assène sans faillir toutes les notes sans exception mais il n’y a pas une once de fébrilité à déceler. L’énergie qui émane de ce personnage est stupéfiante. Mais si Tcherniakov la voulait précisément pour ce rôle, c’est aussi pour ses qualités d’actrice, parce qu’il pressentait qu’elle se plierait à l’originalité de sa proposition.</p>
<p style="text-align: center;"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/08_Salome_c_Monika_Rittershaus_klein-1294x600.jpg" alt="" width="729" height="338" /><br />
© Monika Rittershaus</p>
<p style="text-align: left;">On le sait, Tcherniakov transpose tout le temps ; on se souvient de son Ring berlinois et de son centre d’expérimentations humaines, on a aussi en mémoire son <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/esquisse-cosi-fan-tutte/">Così fan tutte</a></em> aixois (2023) avec ses trois couples de quinquagénaires en location saisonnière le temps d’un week-end. Pour ce <em>Salome</em>, l’action est transposée de nos jours (Herodes filme Salome avec son téléphone portable) : nous sommes dans un grand appartement bourgeois où vingt convives sont réunis pour l’anniversaire de Herodes. Il est notable que tous les protagonistes (y compris Jochanaan, en bout de table et dos au public, ce qui correspond assez bien à la voix venue de loin, de la citerne, que l’on devrait percevoir avant son arrivée sur scène) sont présents, quasiment tout du long. La table est somptueuse, les décors luxueux et toutes les armoires de rangement sont remplies de … bustes, ce qui va volontairement conduire le spectateur sur une fausse piste : ces bustes en effet ne préfigurent aucunement la tête de Jochanaan que l’on porterait sur un plateau en argent, ce genre de sauvagerie n’ayant pas lieu d’être dans une société aussi raffinée que celle autour de Herodes et Herodias. Au début de la pièce, Salome, chez qui l’on pressent très vite une terrible fragilité psychique, apparaît en complet décalage avec les invités de ses parents. Sa fascination pour Jochanaan devient visible par tous, elle s’approche de lui, le touche mais ne réussit jamais à le séduire ; avant la mort de Salome, Jochanaan se lèvera enfin de table et quittera la pièce, convaincu de son incapacité à la faire rentrer dans le droit chemin. La mort de Salome, qui tombe brutalement sans que personne ne s’approche d’elle, est donc celle de l’impuissance, davantage que celle de l’amour impossible. Malgré tous les artifices qu’elle déploiera, elle ne parviendra pas à faire varier celui qui est décrit comme un prophète de malheur, un charlatan comme notre époque en compte tant. Jochanaan est au centre des discussions, notamment celles entre les Juifs et les Nazaréens qui s’écharpent sur le sens à donner à ses élucubrations. Ces Juifs caricaturés dans la pièce, qui se disputent sur le droit chemin de la foi et sont dépeints comme des personnages de pacotille avec un sous-entendu antisémite, ont conduit, dans le contexte international actuel, à une prise de position de la direction du Staatsoper qui a fait figurer sur les programmes de salle : « Le texte de <em>Salome</em> contient des passages qui formulent des clichés antisémites. En raison de la situation actuelle, nous ne voulons pas laisser cela sans commentaire. Nous nous distançons expressément de toute forme d&rsquo;antisémitisme. Notre travail artistique est synonyme de démocratie, de tolérance et d&rsquo;humanisme », voici donc ce que formulent l&rsquo;intendant Georges Delnon, le metteur en scène Dmitri Tcherniakov et le directeur musical <strong>Kent Nagano</strong>.</p>
<p style="text-align: center;"><img decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/01_Salome_c_Monika_Rittershaus_klein-1294x600.jpg" alt="" width="746" height="346" /><br />
© Monika Rittershaus</p>
<p>Juifs, Nazaréens et soldats, qui forment le gros des convives, tiennent à merveille leurs querelles. Narraboth (qui, notons-le, ne se suicidera pas) est le très vaillant <strong>Oleksiy</strong> <strong>Pachikov</strong>, de la troupe, il est un amoureux éconduit crédible et impétueux. <strong>Kyle Ketelsen</strong> incarne Jochanaan. Celui-ci joue le rôle de l’invité surprise, celui que l’on a convié pour entendre et discuter les élucubrations. Capable d’une folle énergie, il possède un baryton sonore et expressif. Violeta Urmana trouve en Herodias un rôle davantage à sa mesure que Klytämnestra ; sa furie, dans la seconde partie de l’ouvrage est parfaitement rendue. Saluons la très brillante prestation du Herodes de John Daszak, qui passe par toutes les émotions avec une authenticité admirable et sans jamais fléchir. L’orchestre philharmonique de Hambourg est aux mains de son directeur musical, <strong>Kent Nagano</strong>. La symbiose est parfaite entre chef et musiciens. On entend les mille et une nuances d’une musique aux couleurs infinies, capable de nous éblouir et de nous submerger.</p>
<p>Ce spectacle peut d’ores et déjà être revu sur <a href="https://www.ndr.de/kultur/buehne/Salome-Premiere-begeistert-Hamburger-Opern-Publikum,salome188.html">arte .tv </a>qui avait filmé la première.</p>
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		<title>DONIZETTI, Lucia di Lammermoor — Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/lucia-di-lamermoor-hambourg-lucia-cest-adele/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 Oct 2021 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La soirée s’annonçait mal avant même que le spectacle ait commencé ! Le maestro Bisanti n’avait pas encore levé le moindre accord de cette Lucia hambourgeoise que les huées fusaient ici et là de rangs étonnamment clairsemés (décidément en Allemagne aussi le Corona a encore raison de la fièvre opératique). Ils furent donc quelques-uns à s’engouffrer &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La soirée s’annonçait mal avant même que le spectacle ait commencé ! Le maestro <strong>Bisanti </strong>n’avait pas encore levé le moindre accord de cette <em>Lucia </em>hambourgeoise que les huées fusaient ici et là de rangs étonnamment clairsemés (décidément en Allemagne aussi le Corona a encore raison de la fièvre opératique). Ils furent donc quelques-uns à s’engouffrer dans la provocation un peu grossière, on le verra, de <strong>Amelie Niermeyer</strong> et de sa lecture, pourtant plus fine qu’il y parut au premier abord, du drame donizettien.</p>
<p>D’abord donc les huées. Bien sûr, puisqu’avant même que le rideau se lève, la vidéo-projection géante d’un clip agressif s’impose à nous en gros plan : danse et texte imaginés par Amelie Niermeyer elle-même. Personnages : des femmes de toutes conditions représentant les combats féministes de Biélorussie, d’Amérique du Sud et de Turquie. Lieu de tournage : Hambourg (le Jungfernstieg et les bords de l’Alster devant l’Hôtel de ville), le tout  pour bien dire que tout se passe ici et maintenant. La chorégraphie est simple voire simpliste (on comprendra plus tard pourquoi), mais les paroles font mouche : elles reprennent en fait toute la dialectique #metoo de ces dernières années et les éléments de langage courus sur la violence de la « domination blanche hétéropatriarcale » dans notre société. Quand Lucia signe l’acte de mariage, la vidéo montre les femmes s’écroulant une par une, comme froidement exécutées par la violence masculine ! Vous aviez aimé le Regietheater 2.0, vous allez adorer le théâtre d’Amelie N. !</p>
<p>Pour bien comprendre le point d’ancrage de la réflexion, la metteuse en scène allemande proclame <em>urbi et orbi</em> qu’elle elle est tombée littéralement amoureuse d’Adèle Haenel le 28 février 2020, lors de cette désormais fameuse cérémonie des Césars où un prix fut remis à Roman Polanski. On connaît l’affaire ; Adèle Haenel quitte ostensiblement la salle tout en vilipendant la culture machiste et dominante de notre société. Amelie Niermeyer va donc <a href="https://www.staatsoper-hamburg.de/en/schedule/event.php?AuffNr=175279">reprendre la problématique</a> #metoo, la pousser le plus loin possible, non sans tordre, on s’en doute, l’histoire dans tous les sens, mais non sans réussir, doit-on le reconnaître, à tirer la pelote jusqu’au bout avec une vraie constance. On l’aura compris, clairement, pour Amelie Niermeyer Lucia c’est Adèle ! Et donc pour bien le mettre en condition, le spectateur masculin venu naïvement assister à un drame d’amour, de trahison familiale et de romantisme, se voit pointé du doigt dans ce clip d’avant-propos, et accusé tour à tour de « prédateur », « violeur » et « meurtrier ». On ne pouvait s’attendre à ce qu’il applaudît.</p>
<p><img decoding="async" alt="" height="299" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/stueck-3863-gallery.png?itok=teBybvaB" width="319" /><br />
	 © Brinkhoff/Mögenburg</p>
<p>Concrètement, Lucia est chez elle, grande demeure bourgeoise sur deux niveaux, mais elle est la seule femme de la maison avec Alisa : le huis clos est complet et les hommes omniprésents. Il  y a non seulement les personnages de l’intrigue autour de Lucia, mais il y a aussi cette quinzaine de figurants, rôles muets et masqués, qui tournent en permanence autour d&rsquo;elle comme des vautours au-dessus de leur proie. Pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, ces hommes se ressemblent tous (ils portent le même masque), ils sont donc non identifiables mais figurent aussi chacun d’entre nous, dans son anonymat. C’est effectivement toute la société patriarcale qui tourne autour de Lucia ; et dans celle-ci, c’est bien connu, tous sont de mèche : le frère, l’ami, le promis et même le curé. Comment, dans ces conditions, Lucia peut-elle s’en sortir ? Comment peut-elle ne pas en devenir folle ? Et bien justement, et c’est sans doute là la plus belle réussite de cette proposition, Lucia connait le danger qui l’entoure, elle le mesure chaque jour (l’action s’étend sur plusieurs mois), mais elle le dompte en quelque sorte, résiste aux hommes, abat froidement son mari lors de la nuit de noces (la scène est montrée crûment) ; elle est ensuite maintenue entravée et bâillonnée dans son lit par son frère, pendant qu’on fait croire à Edgardo qu’elle est morte, mais elle ne se rend pas et ne sombre jamais dans la folie. Femmes, résistez aux hommes coûte que coûte, vous en sortirez grandies !</p>
<p>Il faut, pour incarner le personnage de Lucia dans une telle mise en scène, un abattage dont ne manque pas <strong>Venera Gimadieva</strong> ; dans son « quando rapito in estasi » elle doit s’inclure dans la chorégraphie de la troupe de danseuses qui apparaît sur le mur derrière elle en vidéoprojection ; réussite esthétique, belle prouesse à la fois vocale et… gymnique. La soprano russe est présente en quasi-permanence sur scène ; lorsque l’action se déroule sans elle, au rez-de-chaussée de la maison, on la voit à l’étage dans une pièce qui peut être sa chambre, son bureau, la chambre nuptiale qui devient la chambre du crime, puis sa geôle. Le rôle lui pose bien des difficultés qu’elle s’efforce de surmonter en ralentissant à l’extrême les passages les plus périlleux. Mais elle parvient à s’acquitter de l’intégralité de la partition, ce qui n’est pas une mince affaire. L’Edgardo d’<strong>Oleksiy Palchykov</strong> a reçu une ovation méritée ; la projection est correcte, le timbre nous a semblé un peu clair et pour tout dire dépourvu de cette part sombre qui sied à Edgardo, mais la technique est solide ; surtout son « Tu che a Dio spiegasti l&rsquo;ali » reste en nos mémoires. <strong>Alexey Bogdanchikov </strong>est un Enrico retors à souhait, non dépourvu de puissance et de technique. Un point particulier au Raimondo d’<strong>Alexander Roslavets </strong>pour la chaleur du timbre et le cantabile<em> ad libitum</em>. Rien à redire à l’Arturo de <strong>Seungwoo Simon Yang</strong>, au Normanno de <strong>Daniel Kluge</strong> et l’Alisa de <strong>Kristina Stanek</strong>.</p>
<p>Orchestre du Staatsoper en petite forme ; il faut dire que pour les besoins de la mise en scène (les 15 figurants hommes sont pratiquement tout le temps sur le plateau), le chœur est relégué dans les loges, ce qui oblige le chef  Giampaolo Bisanti à de nombreuses contorsions pour se retourner vers ses choristes ; les décalages sont notables. On terminera par deux jolis moments ; l’introduction à la harpe du grand air du I de Lucia est une pure merveille, grâce à des ornements aussi fins que maîtrisés ; enfin l’accompagnement au Glasharmonika de la scène de la folie, qui est aussi un moment de grâce.</p>
<p> </p>
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