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	<title>Kunal LAHIRY - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Kunal LAHIRY - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Récital Guðmundsdóttir/Lahiry, Paris (Athénée)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-gudmundsdottir-lahiry-paris-athenee/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 14 Jan 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ce lundi 12 janvier, le public de l’Athénée aurait dû entendre le baryton Jarrett Ott, en duo avec le pianiste Kunal Lahiry. Pour des raisons personnelles, le chanteur américain a dû annuler sa venue, laissant ainsi sa place à une musicienne moins familière des salles françaises : la soprano islandaise Álfheiður Erla Guðmundsdóttir. On ne &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ce lundi 12 janvier, le public de l’Athénée aurait dû entendre le baryton Jarrett Ott, en duo avec le pianiste <strong>Kunal Lahiry</strong>. Pour des raisons personnelles, le chanteur américain a dû annuler sa venue, laissant ainsi sa place à une musicienne moins familière des salles françaises : la soprano islandaise <strong>Álfheiður Erla Guðmundsdóttir</strong>. On ne peut savoir à quoi aurait ressemblé le récital initialement annoncé, lui aussi avec son lot de raretés, mais force est de constater que jamais on ne vient à le regretter, ni à se dire qu’on a affaire ici à une solution de remplacement. Les deux musiciens de ce soir se connaissent depuis longtemps, comme ils le rappellent dans leurs présentations au public, et sont actuellement en tournée avec pas moins de trois programmes différents en alternance. Celui de ce soir, Migrations, frappe par son ambition : d’Haydn à la création contemporaine, le panorama de mélodies est extrêmement divers, et en neuf langues différentes, de l’arabe au norvégien.</p>
<figure id="attachment_206469" aria-describedby="caption-attachment-206469" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-large wp-image-206469" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_2167-1024x1024.jpeg" alt="" width="1024" height="1024" /><figcaption id="caption-attachment-206469" class="wp-caption-text">Álfheiður Erla Guðmundsdóttir<br />©️Eva Schram</figcaption></figure>
<p>Avant de parler du récital, il convient de présenter rapidement les artistes. Elle, membre de la troupe du Théâtre de Bâle, alterne le chant avec son activité de compositrice et d’artiste visuelle. Lui, nommé New Generation Artist par la BBC, est à l’initiative de nombreux projets traitant de la queerness en musique. Les deux se sont rencontrés lors de leurs études à la Hochschule Hanns Eisler de Berlin, et ont en commun un intérêt prononcé pour la musique contemporaine. Le répertoire de ce récital Migrations fait ainsi honneur aux compositeurs vivants, qui représentent plus d’un tiers du programme, dont une création française.</p>
<p>Migrations, c’est donc un programme qui se veut « exploration du mouvement », et qui est à interpréter aussi bien comme une description des migrations naturelles (la récurrence des oiseaux), que des migrations forcées (chants traditionnels ukrainien et palestinien). On est assez épaté de l’intelligence et de la cohérence avec lesquelles il est composé, que ce soit poétiquement ou musicalement. Tout s’enchaîne naturellement, créant un chemin émotionnel saisissant qui trouve son acmé dans les quatre dernières pièces du programme, complètement juxtaposées. Si on ne peut pas mettre toutes les mélodies au même niveau, on note quelques découvertes marquantes : Nico Muhly, notamment, fait valoir une écriture vocale assez séduisante, très élastique, tandis que la mélodie de Judith Weir convainc par un langage pianistique et rythmique personnel.</p>
<p>Toujours est-il que le programme le plus sensible et stimulant du monde ne serait rien sans des interprètes à la hauteur. Or, ce duo a tout ce qu’on peut attendre d’un récital de mélodie, avec en plus une touche personnelle qui ne paraît jamais être une posture. Très différents dans leur personnalité scénique, les deux se rejoignent dans un mélange de prise de risques et de simplicité assez idéal. Ainsi, à partir du <em>Fåfäng önskan</em> de Sibelius, on est emporté par l’élan qu’ils parviennent à insuffler à chaque mélodie, et leur engagement physique commun. Le texte est incarné, contrasté, mais toujours inscrit dans un souffle musical qui évite tout maniérisme. <em>The Wanderer</em> de Haydn, par exemple, évite l’écueil habituel dans la mélodie classique qui est de faire du style pour le style. La ligne de piano est toujours aussi fluide, au service de la conduite harmonique et surtout de la structure du texte, tandis que l’émotion du chant de Guðmundsdóttir rappelle comme on est proche du premier romantisme. Les deux interprètes livrent également une version très marquante du chant ukrainien <em>Plyve katcha po Tysyni</em>, devenu symbole des morts causés par les crimes de l’armée russe. Dans leur propre arrangement, qui convoque des glissandi dans les cordes du piano, et ralentit le tempo quitte à sortir de la sensation de chanson, cet air populaire s’y fait plus requiem que jamais, profondément sombre et désarmant.</p>
<p>La deuxième partie du récital commence, avec davantage d’espoir, par la très belle chanson <em>North</em>, d’Errollyn Wallen, compositrice américaine aussi bien à l’aise dans la pop que dans l’avant-garde savante. Ici, c’est l’occasion pour les musiciens de montrer une fois de plus leur flexibilité, par la souplesse de leur jeu et les effets pop que la soprano maîtrise vocalement. On y entend par la suite un <em>Hexenlied</em> de Mendelssohn particulièrement enthousiasmant, qui ose faire du son mal aimable, et le <em>En Svane</em> de Grieg le plus sensible qu’il nous ait été donné d’entendre. C’est cependant bien la fin du récital qui finit de nous emporter totalement, avec l’enchaînement du chant palestinien <em>Hadi Ya Bahar</em>, de la <em>9e Étude</em> de Philip Glass, du spiritual <em>Oh Freedom</em> et du <em>Norden</em> de Sibelius. Il s’agit là d’un grand final bouleversant, évidemment plus douloureux que ce qui a précédé, où le beau se fait politique grâce à l’association des textes. Qui serait frileux à l’idée d’un programme trop idéologique serait de toute façon bien obligé de céder face à la réussite musicale indéniable. La progression dramatique y est implacable, jusqu’aux longues répétitions de piano de la fin du spiritual, avant le Sibelius en guise d’épilogue poétique.</p>
<p>Le public reste attentif tout du long du récital, captivé par cette proposition originale et sensible, dans un silence rare pour une salle parisienne. On en sort en se disant qu’on est un peu privilégié d’avoir passé ce moment avec eux, de l’Islande à la Russie, dans un grand geste poétique et humain. Pour ceux qui souhaiteraient découvrir ce duo, il donnera un programme consacré à Sylvia Plath à la Philharmonie de Paris le mardi 10 mars : esprits curieux, ne ratez pas cette occasion !</p>
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		<title>Les Lundis musicaux de l&#8217;Athénée, saison 2025-26</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/les-lundis-musicaux-de-lathenee-saison-2025-26/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Jun 2025 08:47:31 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alphonse Cemin entamera en 2025-26 une onzième saison comme directeur artistique des Lundis musicaux de l&#8217;Athénée depuis leur recréation. La manifestation parvient à se tailler un territoire original dans l&#8217;offre pléthorique parisienne en combinant récitals classiques de mélodie et Lied et propositions libres, et en invitant à la fois des artistes de premier plan (qu&#8217;on &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Alphonse Cemin</strong> entamera en 2025-26 une onzième saison comme directeur artistique des Lundis musicaux de l&rsquo;Athénée depuis leur recréation. La manifestation parvient à se tailler un territoire original dans l&rsquo;offre pléthorique parisienne en combinant récitals classiques de mélodie et Lied et propositions libres, et en invitant à la fois des artistes de premier plan (qu&rsquo;on est parfois peu habitué à entendre dans le répertoire de la mélodie) et des jeunes chanteurs prometteurs. La prochaine saison confirme cette recette : on entendra ainsi <strong>Julie Fuchs</strong>, <strong>Jarrett Ott</strong>, <strong>Sandrine Piau</strong> ou <strong>Huw Montague Randall</strong> accompagnés de grands noms du piano comme <strong>Julius Drake</strong> ou <strong>David Kadouch</strong>, mais aussi <strong>Laurence Kilsby</strong> (apparu cette saison dans <em>Castor et Pollux</em> à Garnier et dans <em>Samson</em> salle Favart) ou <strong>Deepa Johnny</strong>, mezzo canadienne encore peu connue en France qui doit faire ses débuts à l&rsquo;Opéra de Paris dans <em>Ercole Amante</em> et dans <em>Satyagraha </em>en 2026. Le programme éclectique promet de belles surprises et &#8211; nouveauté &#8211; inclut une soirée sans chanteur autour de l&rsquo;altiste britannique <strong>Lawrence Power</strong>, pour un récital immersif inauguré cette saison au Southbank Centre de Londres.</p>
<p>L&rsquo;essentiel de l&rsquo;agenda est à découvrir ci-dessous, plus d&rsquo;informations sur <a href="https://www.athenee-theatre.com/saison/spectacles.htm" target="_blank" rel="noopener">le site de l&rsquo;Athénée</a>.</p>
<ul>
<li>24 novembre : <strong>Deepa Johnny &amp; Alphonse Cemin</strong>. Œuvres de Monteverdi, Ravel, García Lorca.</li>
<li>22 décembre : <em>Christmas concert</em> : <strong>Neima Naouri,</strong> <strong>Pablo Campos, Damien Pass &amp; Alphonse Cemin</strong>.</li>
<li>12 janvier : <strong>Kunal Lahiry &amp; Jarrett Ott</strong>. Œuvres de Ravel, Copland, Schubert et de compositeurs contemporains américains (Adolphus Hailstork, Trevor Weston, Jasmine Barns, Curtis Stewart&#8230;).</li>
<li>26 janvier : <em>Soirée Satie</em> : <strong>Julie Fuchs, Félicien Brut, Alexis Cardenas, Davide Vittone &amp; Alphonse Cemin</strong>.</li>
<li>16 février : <em>Les Sept Péchés capitaux &#8211; cabaret</em> : <strong>Axelle Fanyo, Fleur Barron &amp; Julius Drake. Œuvres de Kurt Weill, Poulenc, Gershwin et Cole Porter</strong>.</li>
<li>23 février : <strong>Lawrence Power &amp; Âme</strong> : <em>Reflections</em>. Œuvres de Bach, Benjamin, Pärt, Saariaho, Berlioz.</li>
<li>16 mars : <strong>Alice Coote &amp; Julius Drake</strong>.</li>
<li>23 mars : <em>Contes</em> : <strong>Sandrine Piau &amp; David Kadouch</strong>. Œuvres de Ravel, Poulenc, Bernard, Wolf.</li>
<li>20 avril : <strong>Huw Montague Rendall &amp; Helio Vida</strong>. Œuvres de Poulenc, Fauré, Schönberg, Mahler.</li>
<li>18 mai : <em>Paris est une fête :</em> <strong>Laurence Kilsby &amp; Ella O&rsquo;Neill</strong>. Œuvres de Poulenc, Nadia Boulanger, Ned Rorem, Hahn, Honegger, Noël Coward.</li>
</ul>
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		<title>Licht in der Nacht, Lieder et Mélodies par Coline Dutilleul</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/licht-in-der-nacht-lieder-et-melodies-par-coline-dutilleul-au-tournant-du-siecle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Nov 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Brumes et langueur fin de siècle, c’est un voyage sentimental tout en délicatesse et en demi-teintes que propose ici Coline Dutilleul. Dans son texte liminaire, elle le situe entre impressionnisme et expressionnisme, mais c’est plutôt de symbolisme que nous parlerions. Rien de plus insaisissable que ce climat symboliste. Marcel Raymond évoque « le rêve d’un univers &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Brumes et langueur fin de siècle, c’est un voyage sentimental tout en délicatesse et en demi-teintes que propose ici <strong>Coline Dutilleul</strong>. Dans son texte liminaire, elle le situe entre impressionnisme et expressionnisme, mais c’est plutôt de symbolisme que nous parlerions.</p>
<p>Rien de plus insaisissable que ce climat symboliste. Marcel Raymond évoque « le rêve d’un univers magique, où l’homme ne se sentirait pas distinct des choses, où l’esprit régnerait sans intermédiaire sur les phénomènes, en dehors de toute voie rationnelle ».<br />
	Symbolisme, mais symbolisme de quoi ? C’est tout l’insaisissable de ce mouvement de l’évanescence, du je ne sais quoi… « Le sens, en musique, se forme pour le compositeur au fur et à mesure de la création, pour l’interprète et l’auditeur au cours de l’exécution » dit Jankélévitch….</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/cd_portrait_start_bea_3x4_g-12_0.jpg?itok=PpYLiCGR" title="© D.R." width="468" /><br />
	© D.R.</p>
<p>Et c’est bien le sentiment que suggère ici Coline Dutilleul : qu’elle est portée par à la fois la magie des mots et celle de la musique.<br />
	Et qu’une même sensibilité mélancolique, ennuagée, songeuse, baigne ces textes français ou allemands, inspirés par un même climat moral, un sentiment d’attente et de recueillement.</p>
<p><strong>Chien et loup</strong></p>
<p><em>Erwartung</em>, Attente, c’est précisément le titre du Lied choisi comme frontispice. Le Schoenberg de 1899, 25 ans, c’est celui de <em>La Nuit transfigurée</em>, elle aussi induite d’un poème de Richard Dehmel, post-tristanesque, comme ces <em>Vier Lieder</em>, op. 2, entre chien et loup, blêmes, embrumés. Coline Dutilleul leur prête une voix très contrôlée, jouant de toute sa dynamique, entre pianissimos de confidence et <em>forte</em> très expressifs. Le timbre, très chaud, a quelque chose de naturellement mélancolique, en accord avec le climat incertain de ces mélodies. Le texte est dit autant qu’il est chanté sur le piano très intime, très fraternel, poète et songeur de <strong>Kunal Lahiry</strong>, un superbe Bechstein profond et doux.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="263" src="/sites/default/files/styles/large/public/maxresdefault_26.jpg?itok=UuN0aCEd" title="© D.R." width="468" /><br />
	© D.R.</p>
<p><strong>Lumière française</strong></p>
<p>Le retour à l’antique des <em>Trois chansons de Bilitis</em>, ondulantes comme les courbes de Guimard, sur des textes vaporeux et d’un hellénisme sensuel de Pierre Louÿs, sont chantées par une sœur de Mélisande (Debussy travaille alors à <em>Pelléas</em>) et <em>La Chevelure</em> fait immanquablement penser à la scène de la tour. Coline Dutilleul fait de cette mélodie, l’une des plus belles de Debussy, une confidence troublante, toute proche, se soulevant un instant pour se ressouvenir d’une volupté très charnelle avant de retomber dans sa songerie frissonnante.</p>
<p>Si charmantes soient-elles, les <em>Deux Epigrammes de Clément Marot</em> semblent un peu éloignées du propos d’ensemble. Elles sont d’un Ravel ironique, pasticheur, émaillant ces mélodies faussement Renaissance de sonorités d’<em>espinette</em>, comme pour ne pas tomber dans les alanguissements à la mode. Coline Dutilleul joue le jeu et les chante avec une manière de préciosité un peu pointue,<br />
	Belle ligne dans <em>D’Anne qui me jecta de la neige</em>, avec un parti pris de notes non vibrées, et du piquant dans <em>D’Anne jouant de l’espinette.</em></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="291" src="/sites/default/files/styles/large/public/310805216_792481355373175_2235095651154388682_n.jpg?itok=2lymOq2c" width="468" /><br />
	© D.R.</p>
<p><strong>Une Alma de vingt ans</strong></p>
<p>C’est l’un des seize Lieder conservés d’Alma Mahler, <em>Licht in der Nacht</em>, qui a donné son titre (et son climat) à ce récital. Il ne figure d’ailleurs pas à son programme. En revanche on y trouve les <em>Fünf Lieder</em>  qu’elle composa dans les années 1900-1901, et que Gustav fit publier en 1910, lui qui, comme on sait, avait exigé que les compositions de sa jeune épouse ne fissent pas d’ombre aux siennes.<br />
	Alma avait alors vingt ans, Zemlinsky s’était institué son mentor et un peu davantage. Et les Lieder qu’on entend ici montrent quels dons elle avait et à quel point, si jeune, elle percevait la sensibilité de l’époque.<br />
	Coline Dutilleul et Kunal Lahiry donnent de <em>Die stille Stadt</em> (poème de Dehmel) une version toute de retenue, de pudeur, d’intimité, beaucoup moins pathétique que celle naguère d’Angelika Kirchschlager qui, accompagnée par un très expressif Helmut Deutsch, avait inclus elle aussi ces cinq mélodies dans son premier disque de récital.</p>
<p><em><strong>Less is more</strong></em></p>
<p>Coline Dutilleul parie sur le <em>less is more</em>. Le très expansif et joueur <em>In meines Vaters Garten</em> garde cette proximité tendre, ce ton de confidence, même si sa gaieté offre à la voix prétexte à montrer sa légèreté, son agilité et son brio.<br />
	Beaucoup de juvénilité amoureuse, de sourire, dans <em>Laue Sommersnacht</em>, un charme limpide dans <em>Bei dir es traut</em>, enfin une prestesse mozartienne dans<em> Ich wandle unter Blumen</em>, pour parachever la réussite de ce portrait de celle qui était encore Alma Schindler et pas encore la collectionneuse de génies qu’elle deviendrait.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="244" src="/sites/default/files/styles/large/public/6602734742675658796.jpg?itok=Q5QJ9_Gf" title="© D.R." width="468" /><br />
	© D.R.</p>
<p><strong>Âpre cruauté</strong></p>
<p>Les sœurs Boulanger n’étaient pas moins porteuses de dons. De Lili, on entendra deux mélodies de couleurs assez différentes. Si <em>Reflets </em>(1911), sur un texte de Maeterlinck, mélancolique promenade parmi des roseaux et des lys dignes d’un vase de Gallé, s’inscrit dans un climat nocturne très Art Nouveau, fugitif et précieux, porté par les arpèges ondoyants puis les gouttelettes du piano, en revanche <em>Clairières dans le ciel</em>, sur un poème de Francis Jammes, désenchanté jusqu’au désespoir, est d’une âpre cruauté, et, de dissonance en dissonance, monte jusqu’au cri avant de s’estomper dans l’incertain.<br />
	Pour piano seul, <em>D’un vieux jardin</em>, donnera de Lili Boulanger une image plus apaisée et permettra d’apprécier le beau toucher de Kunal Lahiry, comme l’avait fait le frémissant et secret <em>Stimme des Abends</em> de Zemlinsky,</p>
<p>De Nadia, <em>Un grand sommeil noir</em>, d’après Verlaine, commence dans un pathétique presque d’opéra et finira dans une sérénité quasi de barcarolle. Entre les deux, la voix atteindra à nouveau un sommet oppressant. Saisissante interprétation de cette mélodie glaçante, peu connue je crois (il en existe une belle version, non moins violente, par Edwin Crossley-Mercer).</p>
<p><strong>Vers l&rsquo;expressionnisme</strong></p>
<p>Ce disque superbe s&rsquo;achève dans des couleurs mouvantes, guère rassurantes, celles des <em>Vier Lieder</em>, op. 2 d’Alban Berg, d’un chromatisme exacerbé, qui semblent vouloir être une transition entre ici et l’ailleurs, cet ailleurs en l’occurrence étant le monde de l’atonalité.<br />
	Il ne s’agit dans ce mini-cycle, porté par un climat d’incertitude, que de sommeil et de mort, à l&rsquo;instar du premier de ces Lieder, <em>Dem Schmerz sein Recht</em>, d’abord blafard et mouvant, puis douloureuse aspiration à l’oubli. Coline Dutilleul leur prête une voix limpide, un sens de la ligne, avec très peu de vibrato, une grâce qui contraste avec l’âpreté des textes qu’elle dit impeccablement, et le piano converse avec elle, tour à tour délicat ou torrentiel, appuyé sur des graves intenses.</p>
<p>A ce programme subtilement composé, et interprété avec une infinie sensibilité, c&rsquo;est une conclusion très pure, même si évidemment les derniers mots de cette errance nocturne sont plutôt moroses :</p>
<p>« Stirb ! / Der Eine stirbt, daneben der Andere lebt : / Das macht die Welt so tiefschön.<br />
	&#8211; Meurs ! / L&rsquo;un meurt, tandis que l&rsquo;autre vit : / C’est ce qui fait le monde si profondément beau. »</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="260" src="/sites/default/files/styles/large/public/860_kunal-site.jpg?itok=mMeltN20" title="Kunal Lahiry © D.R." width="468" /><br />
	Kunal Lahiry © D.R.</p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
<p> </p>
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		<item>
		<title>A Royaumont sans y être tout en y étant</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/a-royaumont-sans-y-etre-tout-en-y-etant/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 08 Oct 2019 13:05:06 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/breve/a-royaumont-sans-y-etre-tout-en-y-etant/</guid>

					<description><![CDATA[<p>Même si vous n&#8217;avez pas pu aller à Royaumont ce week-end, même si vous ne faisiez pas partie des heureux élus auxquels Forum Opéra a fait gagner des places, vous pourrez quand même vous faire une idée de ce qu&#8217;on a entendu lors de la « Nuit de la mélodie et du lied » proposée &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Même si vous n&rsquo;avez pas pu aller à Royaumont ce week-end, même si vous ne faisiez pas partie des heureux élus auxquels Forum Opéra <a href="https://www.forumopera.com/breve/gagnez-des-places-pour-la-nuit-de-la-melodie-et-du-lied-a-royaumont">a fait gagner des places</a>, vous pourrez quand même vous faire une idée de ce qu&rsquo;on a entendu lors de la « Nuit de la mélodie et du lied » proposée le 5 octobre dans le cadre de l&rsquo;abbaye située à Asnières-sur-Oise. Le label B Records, spécialisé dans les captations sur le vif, vient en effet de publier <em>Le Promenoir des amants</em>, concert enregistré les 1er et 2 juin dernier dans le cadre de l&rsquo;Académie Orsay-Royaumont. Sur ce disque, on entend les quatre duos chant-piano qui doivent animer le concert de samedi : la basse <strong>Alex Rosen</strong> et le pianiste Michal Biel, dans du Loewe et du Schubert, la mezzo <strong>Marielou Jacquard</strong> et Kunal Lahiry dans les <em>Histoires naturelles</em> de Ravel, le baryton <strong>Jean-Christophe Lanièce</strong> et Romain Louveau dans trois lieder de Schumann et dans le cycle de Debussy dont s&rsquo;inspire le titre du CD, et enfin la soprano <strong>Marie-Laure Garnier</strong> et Célia Oneto-Bensaid qui se taillent la part du lion avec deux Zemlinsky, trois fables de La Fontaine par Caplet et la « Romanze » de Schubert. Evidemment, il est un peu culotté de faire graver à ces tout jeunes artistes des pièces célébrissimes (se colleter au « Roi des aulnes » dans sa version la plus connue est un cadeau empoisonné), on pourra s&rsquo;étonner de tels ou tels effets (le falsetto dans « Stirb&rsquo; Lieb&rsquo; und Freud&rsquo;! » de Schumann, est-ce vraiment une bonne idée ?), mais on ne pourra que s&rsquo;incliner devant l&rsquo;irrésistible maestria de Marie-Laure Garnier, souveraine dans les Caplet, et non moins splendide dans les lieder.</p>
<p><em>Le Promenoir des amants. </em>1 CD B Records LBM 021, 63 minutes</p>
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