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	<title>Spencer LANG - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Spencer LANG - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>HUMPERDINCK, Hänsel und Gretel – Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/humperdinck-hansel-und-gretel-strasbourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Dec 2025 06:00:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il aura fallu attendre près de sept années pour que cette production de Hänsel und Gretel voit enfin véritablement le jour. Commandée avant l’épidémie de Covid, elle avait néanmoins été montée sans public, dans une version réduite pour orchestre de chambre et proposée en streaming fin 2020. Yvan Beuvard l’avait chroniquée à ce moment-là. Cette &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il aura fallu attendre près de sept années pour que cette production de <em>Hänsel und Gretel</em> voit enfin véritablement le jour. Commandée avant l’épidémie de Covid, elle avait néanmoins été montée sans public, dans une version réduite pour orchestre de chambre et proposée en streaming fin 2020. <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/hansel-et-gretel-strasbourg-vision-desesperee-dune-enfance-sacrifiee-streaming/">Yvan Beuvard</a> l’avait chroniquée à ce moment-là. Cette fois, l’œuvre peut enfin être donnée comme elle l’était prévue, avec un orchestre complet, la mise en scène face au public et une distribution nouvelle à l’exception notable de <strong>Spencer Lang</strong>, incroyable interprète d’une sorcière peu conventionnelle…</p>
<p>Si <em>Hänsel und Gretel </em>est traditionnellement proposé pour les fêtes de fin d’années à l’attention des familles dans les pays germanophones, il ne faut surtout pas imaginer que la production qui nous intéresse est destinée à tous les publics, loin de là. La direction de l’opéra précise d’ailleurs que certaines scènes sont susceptibles de choquer les sensibilités des plus jeunes et conseille le spectacle aux plus de huit ans. Pour les enfants, mieux valait privilégier les fantastiques <em><a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/jones-schmidt-les-fantasticks-strasbourg/">Fantasticks</a></em>, le mois dernier, et passer son tour en préférant les carrousels du marché de Noël voisin. Entre parenthèses, notre spectacle pourrait permettre aux quelque trois millions de visiteurs du marché de Noël de Strasbourg de franchir les portes d’un opéra bien prestigieux et en soi gage de qualité, entre un vin chaud et la féerie des illuminations. Les amateurs d’opéra auront toutefois intérêt à se dépêcher de réserver des places, car le spectacle est pris d’assaut. Et le contraste entre les deux manifestations risque d’être assez brutal. En effet, la mise en scène de <strong>Pierre-Emmanuel Rousseau</strong> se détourne volontairement des illustrations traditionnelles du conte des frères Grimm pour, de façon assumée, proposer une vision plutôt trash de cette histoire. La sorcière est en fait un dangereux prédateur sexuel doublé d’un tueur en série déguisé en « vedette de music-hall transformiste s’ébattant dans une sorte de palais des glaces très Broadway », pour reprendre les propos d’<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/alain-perroux-le-theatre-permet-de-nous-dessiller-les-yeux-pour-voir-les-verites-universelles/">Alain Perroux</a> lorsqu’il présentait sa dernière saison. Voilà une interprétation très pertinente, si l’on prête attention aux doubles sens présents partout dans les dialogues. Les parents, quant à eux, sont des cabossés de la vie, installés dans une caravane entourée d’immondices, à savoir leurs maigres biens enfermés dans des sacs plastiques du plus repoussant effet, entre alcoolisme et syndrome de Diogène. Nous voilà prévenus.</p>
<p>Tout cela pourrait être bien laid et déprimant, mais au contraire, cette vision très noire de notre société est, par endroits, d’une beauté qui touche au sublime, surtout quand on découvre les créatures contorsionnistes mi-squelettes, mi-araignées qui peuplent le rêve-cauchemar des enfants perdus dans la forêt. Ces étranges et fascinantes créatures aux allures de danseurs de cabaret accompagnent notamment l’arrivée du marchand de sable, féerique, qui se fait dans un cygne lohengrinien de foire foraine, très wagnérien, ce qui est un clin d’œil mieux qu’approprié pour le compositeur Humperdinck, ami du maître de Bayreuth et par ailleurs très inspiré par son style. Le travail sur les décors de fête foraine désaffectée et fantomatique, les jeux d’éclairage de <strong>Gilles Gentner</strong> et surtout la chorégraphie intelligente et subtile du talentueux <strong>Pierre-Émile Lemieux-Venne </strong>magnifient le propos où les références les plus variées foisonnent. Les enfants sauvés à la fin de l’opéra ne sont pas sans rappeler des personnages de films d’horreur et l’on se souvient pêle-mêle de <em>Shining</em>, Diane Arbus, <em>Cabaret</em>, l’<em>Exorciste</em>, le magnifique <em>Freaks</em>, les coups de génie de David Lynch, etc., etc. L’œil et le cerveau ont du mal à suivre, mais l’expérience est envoûtante. Pour le metteur en scène, le cannibalisme de la sorcière est une métaphore de la sexualité, entre autres thématiques (le dénuement extrême, par exemple) qui s’adressent avant tout aux adultes. Et c’est là un beau compliment qu’on peut adresser à l’équipe artistique : à la fin du conte, on revient à la réalité, repus, intellectuellement nourri et curieusement rassuré et comblé, avec une vague pointe de nostalgie de l’enfance teintée de mélancolie. La magie si élégamment mise en musique par Humperdinck opère ici à plein.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Hansel-La-Sorciere-Le-Marchand-de-sable-Klara-Beck-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-204894"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Klara Beck</sup></figcaption></figure>


<p>Du côté des voix, on aurait aimé être aussi enthousiaste. Certes, on ne chante pas des rôles de petits garçon et fille comme on chanterait des adultes en pleine possession de leurs moyens ; mais tout de même, on aurait aimé une Gretel plus radieusement lyrique. La soprano <strong>Julietta Aleksanyan</strong> dispose d’un joli brin de voix délicieusement timbré et l’on sent l’étendue des moyens appuyée par une technique éprouvée, avec en prime une diction impeccable. Mais, est-ce le stress de la première ? La voix passe bien doucettement la rampe. On a ainsi la sensation que Hänsel s’adapte à sa partenaire pour ne pas trop l’écraser. La mezzo <strong>Patricia Nolz</strong> est un charmant Hänsel, adorable garnement avant que de céder à la terreur, ce qui met encore en valeur la vaillance et le courage qui succèdent. Gageons que le duo se bonifiera au fil des représentations. Dans le double rôle du Marchand de sable et de la Fée rosée, <strong>Louisa Stirland</strong> est tout à fait délicieuse et exquise. Gertrud est campée par <strong>Catherine Hunold</strong> qui en est presque décevante, tant la wagnérienne semble à l’étroit dans ce rôle finalement ingrat de mère épuisée et brisée par cette extrême pauvreté dans laquelle elle est empêtrée. La soprano boit jusqu’à la lie sa misère et sa culpabilité. En radical contraste, <strong>Damien Gastl</strong> est un Peter radieux et imposant, qui passe très largement la rampe, dont on apprécie sans compter les qualités de baryton aux graves impérieux et aigus brillants. Mais le véritable héros de cette production est le ténor <strong>Spencer Lang</strong>, épatante sorcière ambivalente et multisexe, routinière meneuse de revue accessoirement pédophile sinistre et macabre. Vocalement parfaitement à l’aise, c’est avant tout la performance théâtrale qui laisse pantois. Entre sa première apparition en Marlène Dietrich de rêve – en fourreau pailleté et fourrure immaculée, perruque qui cache à grand peine un visage ravagé – et l’effeuillage qui montre un habit d’écorché (compliments aux talents de costumier du metteur en scène), le ténor se fond dans des chorégraphies pas si aisées, nous terrifiant au passage, donnant chair et corps à cette sorcière Drag queen, toutes jambes dehors (qu’il a superbes, d’ailleurs, dans la lignée d’une Dietrich réputée avoir l’une des paires de jambes les plus belles du monde). Chapeaux bas. Le finale réunit toutes les voix, parfaitement en accord, à en pleurer d’émotion.</p>
<p>Dans la fosse, l’<strong>Orchestre national de Mulhouse</strong> sonne décidément toujours aussi bien, cordes délicates et mélancoliques, percutions et cuivres affirmés et brillants, entre accents wagnériens et délicatesse enfantine, sous la direction posée et inspirée de <strong>Christoph Koncz</strong>. Un bien beau spectacle de fin d’année, à découvrir en famille (enfin, presque, en faisant bien attention à la limite d’âge…).</p>


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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="OPÉRA | HANSEL ET GRETEL | La chorégraphie de Pierre-Émile Lemieux-Venne" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/htmzxoiw8wY?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="OPÉRA | HANSEL ET GRETEL | Présentation Alain Perroux" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/bSB5Hpcwm-E?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<item>
		<title>SONDHEIM, Sweeney Todd &#8211; Zurich</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/sondheim-sweeney-todd-zurich/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Dec 2023 10:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Puissance hors du commun de Bryn Terfel. Diable d’homme ! Et d’autant plus quand le rôle est diabolique. On se rappelle l’avoir vu sur la même scène il y a juste un an dans le rôle de Scarpia. Il ne faisait rien (hormis chanter bien sûr), il arpentait son bureau, et par sa seule stature &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Puissance hors du commun de <strong>Bryn Terfel</strong>. Diable d’homme ! Et d’autant plus quand le rôle est diabolique. On se rappelle l’avoir vu sur la même scène il y a juste un an dans le rôle de Scarpia. Il ne faisait rien (hormis chanter bien sûr), il arpentait son bureau, et par sa seule stature faisait peur. Dans ce <em>Sweeney Todd</em>, reprise d’une production de 2018 (reprise 100 % justifiée), il incarne la haine et le ressentiment. Et il est saisissant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_069-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-152855"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Bryn Terfel © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>L’histoire en quatre ou cinq lignes, s&rsquo;il faut la raconter : un habile et gentil barbier de Fleet Street, Benjamin Barker, voit sa vie basculer le jour où un juge libidineux le condamne à quinze ans de bagne pour se débarrasser de lui et s’emparer de sa femme. Quinze ans plus tard, le proscrit revient sous le nom de Sweeney Todd, il apprend de sa voisine Mrs. Lovett que sa femme Lucy s’est empoisonnée et que sa fille Johanna est devenue la pupille du juge, maintenue sous clé. D’où le dessein de se venger en trucidant le juge Turpin et de retrouver cette Johanna âgée de quinze ans. Il se contente de cet assassinat jusqu’au moment où Mrs. Lovett lui suggère d’ajouter de l’utile (pour son commerce de tourtes à la viande en décrépitude) au simple crime, si l’on ose écrire… et versera dans un délire sanguinaire.</p>
<p>Une histoire qui brasse un certain nombre de passions humaines, la justice, la vengeance, la fidélité, l’amour paternel. Mais aussi le meurtre, la cruauté et le cannibalisme…<br>Issue de ce qu’on appelle aujourd’hui une légende urbaine : un barbier londonien à l’époque romantique aurait trucidé ses clients et transmis les corps à sa voisine, une fabricante de tourtes, pour qu’elle les transforme en farce goûteuse… Curieusement ce récit (ou ce fantasme) a son homologue parisien, tout aussi horrifique et remontant au Moyen-Age, mettant en scène un barbier et une charcutière de la rue des Marmousets dans l’ile de la Cité.<br>Au fil des adaptations, s’est ajouté à la légende noire du barbier le thème de la vengeance, Sweeney Todd devenant un cousin de Jean Valjean ou d’Edmond Dantès, cousin très sanguinaire, ce qu’ils ne sont pas.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="789" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_177-1024x789.jpeg" alt="" class="wp-image-152860"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Angelica Kirschlager</sub> <sub>et Bryn Terfel © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Très naturellement se fait la comparaison entre cette version scénique et le film de Tim Burton. Évidemment que Bryn Terfel n’a guère de point commun avec la silhouette gracile d’un Johnny Depp au visage blafard et aux paupières ombrées d’un fard violet. Et que la voix frêle, presque chuchotée, de l’acteur n’a rien à voir avec les grandes orgues et les mugissements surhumains du géant gallois. La démesure est son domaine.</p>
<p>Le film jouait à plein le romantisme noir de l’East End londonien. À grands renforts de pavés mouillés, de fiacres inquiétants, de rues étroites plongées dans la nuit, de boutique lépreuse, de cave où brûlait un feu d’enfer, d’égouts où galopaient des rats, le génial décorateur Dante Ferretti avait ajouté une forte touche de fantastique aux vannes d’hémoglobine généreusement libérées par Tim Burton.</p>
<h4><strong>Brechtisme et music-hall</strong></h4>
<p>Ici l’effroi n’est pas moins oppressant, mais créé avec une étonnante économie de moyens (visibles tout au moins) par <strong>Andreas</strong> <strong>Homoki</strong> et son scénographe <strong>Michael Levine</strong>. De simples toiles peintes ennuagées de noir, ou évoquant vaguement des cheminées d’usines, descendent des cintres. Parfois la tringle s’arrête à mi-hauteur, comme pour créer un théâtre de marionnettes, où viennent s’afficher des personnages ou des choristes (un procédé semblable avait été utilisé par Homoki dans sa mise en scène de <em>Woyzeck</em>). Au premier plan, un cheminement de planches peut se soulever un peu pour laisser entrevoir des dessous mystérieux (la fameuse cave) et les personnages s’y glissent en rampant. Aucun décor réaliste par ailleurs.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_189-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-152861"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<p>Détail à noter : la scène est encadrée de grosses ampoules électriques au filament apparent, venues de quelque music-hall à l’ancienne, du genre Folies-Bergère, comme pour mettre à distance ce qui se déroule là, le sur-théâtraliser. Et le jeu des acteurs, volontiers caricatural, tutoiera le sur-jeu. Une mise à distance qui, pour le coup, nous fera penser souvent au brechtisme, et d’ailleurs il y a dans ce <em>Sweeney Todd</em>, formidable création de Stephen Sondheim, auteur à la fois des lyrics et de la musique, comme un souvenir de <em>L’Opéra de quat’ sous.</em></p>
<p>C’est au chœur que le metteur en scène confie le rôle d’être le décor du drame, il incarne la rue londonienne, l’opinion publique, le chœur antique. Homoki sait donner vie à un groupe, animer une masse; mais laisser à chaque choriste une personnalité, ne pas brimer les imaginations. L’une des premières images est l’arrivée de Sweeney Todd : une perche inclinée suffit à indiquer la coupée d’un navire, et les mouvements de balancement des choristes à suggérer la houle.</p>
<h4><strong>Les choristes en décor vivant</strong></h4>
<p>Il faut dire que la costumière <strong>Annemarie Woods</strong> s’est fait plaisir en dessinant une collection de crinolines, jaquettes, tenues de mineurs, pyjamas de bagnards, capelines, charlottes, casquettes et hauts-de forme assez réjouissante. Bourgeois, prolétaires des faubourgs, petites dames, tous dans un camaïeu de gris, anthracite, forment une manière de scénographie vivant.<br>Un <strong>Chœur de l’Opéra de Zurich</strong> nombreux, impressionnant de précision et de densité, augmenté de figurants pittoresques (particulièrement les deux ou trois barbus en grandes robes à paniers !), très habilement éclairé par <strong>Franck Evin</strong> sur fond de toiles peintes ombrageuses, l’impression d’une rue londonienne (de théâtre) est convaincante. S’en détachent ici ou là aussi un groupe de quatre hommes et deux femmes, qui en sont comme les porte-parole, très ardents. Eux aussi ils ont des « gueules », et d’ailleurs tout ça a de la gueule…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_034-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-152853"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Sur l&rsquo;échelle Spencer Lang © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Il suffira d’une échelle maintenue par deux choristes pour évoquer l’estrade du camelot Toby faisant l’éloge de l’élixir capillaire du Signor Pirelli. Seul meuble de tout le spectacle, mais essentiel, le funeste fauteuil de barbier (à bascule) sera livré dans une boite de bois qu’une grue imaginaire fera descendre des cintres. Illusion parfaite aussi pour le basculement brutal des corps dans les tréfonds (on se demande s’il y a substitution par des mannequins, mystère qui fait partie du plaisir).<br />Bref la machine théâtrale fonctionne dans un esprit <em>less is more</em> et système D très drôle. C’est le ton même des comédies musicale de Broadway ou de Shaftesbury. </p>
<p>De là la question insoluble&#8230;. Opéra, opéra-comique ou comédie musicale ? Terfel lui-même dit « dark opérette ». Tout-à-fait <em>dark</em> en effet. Horrible même. La partition est d’une telle variété d’écriture que Stephen Sondheim n’aide guère à trouver la réponse. On y trouve toute la nomenclature. Des ariosos, des airs, du sprechgesang, du mélodrame, des chœurs à plusieurs voix, des mélodies sentimentales, des duos de basses, un quatuor vocal tout à fait réglementaire, de longues lignes mélodiques qu’interrompent insolemment des interventions parlées, tout cela sur une orchestration sans cesse surprenante, qui peut aller de tapis de violons soyeux riches en glucides, à des <em>riffs</em> jazzy, à des impertinences de piccolo, à des ponctuations d’orgue. <br />Sondheim sait aussi brosser une lumineuse volière musicale pour évoquer la petite Johanna rêvant à sa fenêtre en regardant voler les libres oiseaux avec tous les accessoires obligés de l’ornithologie musicale. Ou brosser un lumineux tableaux (<em>By the Sea</em>) dans des harmonies fondantes pour peindre les rêves de villégiature amoureuse de Mrs. Lovett, qui se verrait bien en épouse de barbier (ravissements costumes rayés et ombrelles gris tourterelle de touristes à la Henry James).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_118-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-152858"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Bryn Terfel © Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Une manière de chanter autre</strong></h4>
<p>La grande difficulté étant de trouver un style de chant adapté, et s’adaptant à toutes ces volte-face, sachant que dans une tradition très Broadway les chanteurs sont sonorisés via micros HF. Plus besoin d’utiliser constamment sa voix lyrique, ce serait même souvent incongru. Par exemple <strong>Angelica Kirschlager</strong> qui chante l’abominable Mrs. Lovett peut utiliser une voix de poitrine et oublier le souci de projeter les notes, elle peut souvent user d’un parlé-chanté un peu grinçant, style mégère, caricatural à souhait, bref se servir avec brio de plusieurs voix (tout en faisant entendre ici ou là de beaux graves où on la retrouve). Elle déroule un numéro d’actrice brillant, et avec son abattage un peu farfelu, forme un parfait alter ego pour Terfel, héritant du burlesque d’Angela Lansbury, la créatrice du rôle, auquel elle ajoute son charme désinvolte personnel. Son apparition après l’entracte dans une luxueuse grande robe de taffetas vert et violine (avec une nouvelle coiffure compliquée de muse romantique) suffira à démontrer que ses affaires sont devenues prospères.<br>Le public fera un triomphe à leur duo de la fin du premier acte (<em>A little Priest</em>), morceau de bravoure aux cordes graves enjôleuses, que viennent ponctuer des vents sardoniques, tout cela dans un mouvement de valse maléfique, funèbre, morbide, telle la Valse de Ravel.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="768" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_105-1024x768.jpeg" alt="" class="wp-image-152857"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>« A little Priest », par Angelica Kirschlager et Bryn Terfel » © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>Autre exemple de travail vocal, <strong>Iain Milne</strong> qui incarne l’horrible exécuteur des hautes œuvres du juge, est souvent dans un quasi parlando, ce qui rend d’autant plus surprenantes les belles notes de vrai ténor qu’il lance à l’occasion.<br />La mendiante (pittoresque et très physique composition de <strong>Liliana Nikiteanu</strong>, très loin des rôles où on l’a admirée, brinquebalante, cauteleuse, émergeant des tréfonds, chante une manière d’argot cockney vaguement glapissant. C’est elle qui, répétant que la ville est en flammes à cause du feu d’enfer qu’entretient Mrs. Lovett pour cuire ses tourtes (<em>City on fire</em>), lancera le début de la fin. On ne saura qu’in extremis qui se cache sous cette défroque, révélation à la Eugène Sue.<br />Pittoresque aussi le signor Pirelli, où <strong>Daniel Norman</strong> peut ténoriser tant qu’il veut puisque Sondheim lui a écrit un pastiche d’air italien. Accent italien qui disparaîtra dès qu’il se dévoilera (et se dé-perruquera) comme ancien apprenti de Benjamin Barker et deviendra très encombrant. Un coup de rasoir bien placé résoudra la question.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="675" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_082-1024x675.jpeg" alt="" class="wp-image-152856"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Lain Milne (barbe) © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<p>C’est l’une des pesanteurs du genre, il faut une amourette et des romances. C’est à <strong>Elliot Madore</strong> qu’échoit le rôle d’Anthony, le pendant de Freddy dans <em>My Fair Lady</em> ou de Tony dans <em>West Side Story</em>. Du moins le chante-t-il sans fadeur d’une belle voix large, en équilibrant les deux styles de chant qu’il doit concilier : le phrasé lyrique et l’émission plus intime que demande le micro.<br>Beaucoup de fraicheur dans le timbre de <strong>Heidi Stober</strong> qui chante le rôle un peu anodin de Johanna.<br>En revanche le rôle de Toby, l’assistant de Pirelli entré au service de Todd, est d’un autre relief. Beau succès aux applauds pour <strong>Spencer Lang</strong>. Pétulant en bateleur sur son échelle (avec longue et fausse tignasse blonde grâce à l’élixir), on le retrouvera en amoureux transi de Mrs. Lovett (<em>Not while i’m around</em>). Le méchant juge Turpin a la belle voix de basse de <strong>David Soar</strong> à qui la partition offre de longues lignes onctueuses et notamment l’étonnante séquence de sa confession de puritain honteux de sa concupiscence : il a en transparence deviné le corps de sa pupille placée devant une fenêtre et dès lors doit l’épouser sans tarder. Homoki le fait se trainer à terre dans des poses expressionnistes très peinture baroque italienne.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_049-1024x576.jpeg" alt="" class="wp-image-152854"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>


<h4><strong><em>A dark operette</em></strong></h4>
<p>Expressionniste, le mot est dit. C’est bien le ton général, avec beaucoup de sarcasme, de second degré, et la <em>darkness</em> dont parle Terfel, D’où vient qu’on y prenne un plaisir euphorique ? Car ce sont aussi des innocents que trucide le barbier et que la pâtissière passe à la moulinette. Psychanalystes, à vous !</p>
<p>Jubilatoire, la verdeur d’Angelica Kirschlager, glapissant son «&nbsp;Worst Pies in London&nbsp;» en débitant un rat au hachoir (coups de boutoir syncopés à l’orchestre). Lors de la création en 2018, elle avait affirmé que ce serait sa dernière prestation à l’opéra. Apparemment elle y revient avec plaisir. Autre exemple de son talent de diseuse, son récit des turpitudes du juge, commenté avec ironie par les hautbois, flûte, clarinette. <br>Le <strong>Philharmonia Zurich</strong>, dirigé par <strong>David Charles Abell</strong>, fait respirer cette partition versicolore, mélange subtil de raffinements et d’efficacité, dentelle et punch à la fois, très musique de film parfois, et soudain d’un lyrisme soutenu, tel le crescendo sur <em>My Friends</em>, ce moment où Sweeney Todd s’exalte en retrouvant ses rasoirs argentés (et Terfel de s’offrir des portamentos de musical à l’américaine).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="595" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_192-1024x595.jpeg" alt="" class="wp-image-152862"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Monika Rittershaus</sup></figcaption></figure>


<h4><strong>Hénaurme !</strong></h4>
<p>Car il y a Terfel, bloc d’amertume et de rancœur, muré dans une noire mélancolie, sombre, minéral. Et en même temps bonasse, pataud, ambigu. Capable de douceurs impalpables dans la première apparition de la ballade «&nbsp;There was a Barber and his Wife and she was beautiful… and she was naive&nbsp;», ritournelle qui ponctue toute l’histoire (ce <em>naive</em> qu’il mordra avec une aigreur cinglante quand il reviendra une dernière fois à la fin du spectacle), puis vociférant sa haine.</p>
<p>Il a ce talent de dessiner une silhouette, par ses postures, sa démarche, d’y ajouter ce masque marmoréen et lourd, ce poids de vérité. Incarnation de la justice et du destin, il traverse la foule des figurants, un monumental haut-de-forme sur la tête, et pour un peu il n’aurait pas besoin de chanter… mais il y a ce timbre, cet acier froid, puissant, impérieux, qui achève de hisser la création jusqu’au grandiose, à l’<em>hénaurme</em>…</p>
<p>Mystère des grands acteurs. On pense à Harry Baur, le Jean Valjean des <em>Misérables</em> de Raymond Bernard. Cette manière de se hisser jusqu’au symbolique, jusqu’au légendaire.</p>
<p>Aussi impérieux dans ce personnage qu’il peut l’être en Wotan, Holländer ou Don Giovanni, comme si quelque lien obscur reliait toutes ces créatures imaginaires.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/sweeney_todd_c_monika_rittershaus_278.0x800-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-153289"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Bryn Terfel et Angelica Kirschlager © Monika Rittershaus</sub></figcaption></figure>
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		<title>HUMPERDINCK, Hänsel und Gretel — Strasbourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/hansel-et-gretel-strasbourg-vision-desesperee-dune-enfance-sacrifiee-streaming/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Jan 2021 04:56:06 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’Allemagne n’est pas loin. Hänsel und Gretel, incontournable Outre-Rhin, devait accompagner les fêtes de fin d’année. Las, la pandémie aura réduit les espoirs à néant, une nouvelle fois. Sauf que l’Opéra national du Rhin a choisi de réaliser l’œuvre sans public et de la diffuser ensuite. Dès le prélude, le ton du streaming est donné : &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>L’Allemagne n’est pas loin. <em>Hänsel und Gretel</em>, incontournable Outre-Rhin, devait accompagner les fêtes de fin d’année. Las, la pandémie aura réduit les espoirs à néant, une nouvelle fois. Sauf que l’Opéra national du Rhin a choisi de réaliser l’œuvre sans public et de la diffuser ensuite.</p>
<p>Dès le prélude, le ton du streaming est donné : fascinés par les vitrines, deux enfants traversent Strasbourg et son marché de Noël pour rejoindre l’opéra, où ils seront suivis d’autres jeunes, afin d’assister à la représentation, retransmise au foyer. On est alors loin d’imaginer la lecture renouvelée que nous propose <strong>Pierre-Emmanuel Rousseau</strong>, qui signe la mise en scène, mais aussi les décors et costumes. Destiner les contes au seul public enfantin est aussi réducteur que fallacieux. Bien avant que Bruno Bettelheim en propose une relecture psychanalytique, on savait que ceux-ci appelaient un décodage destiné aux adultes. Nombre de metteurs en scène de la version opératique du conte de Grimm ne s’en sont pas privés. Ici, on passe du bidonville à la fête foraine que domine la sorcière gourmande et prédatrice de jeunes garçons. Entre la misère matérielle sociale du couple et des enfants, et l’univers artificiel du music-hall, la forêt et la nuit assureront le passage. Ce qui fut une caravane, dans un bidonville qui suinte la misère et la faim, sera le cadre du premier tableau. Après la recherche de vivres dans une benne à ordures (les « fraises »), on se trouve dans la forêt obscure, peuplée d’êtres inquiétants, tableau qui trouve sa profondeur avec les éclairages de <strong>Gilles Gentner</strong>. Au dernier tableau, pas de maison de pain d’épices, mais des baraques de fête foraine, au centre desquelles <em>The Witch Palace</em> sera l’antre de la sorcière. C’est efficace, même si la dimension poétique, onirique est estompée par le parti pris réaliste de la mise en scène. </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/hanseetgretelpiano4150hdnpresse.jpg?itok=mhwNiqXr" title="Hansel et Gretel - la cabane de la sorcière © Opéra national du Rhin" width="468" /><br />
	Hansel et Gretel &#8211; la cabane de la sorcière © Opéra national du Rhin</p>
<p>Singulières sont les chorégraphies de <strong>Pierre-Emile Lemieux-Venne</strong>, en accord avec l’esprit de cette réalisation. On en retiendra surtout les évolutions – dignes du meilleur music-hall – de notre sorcière et de ses obligées.</p>
<p>On le sait, Humperdinck fut un fidèle serviteur et disciple de Wagner. La partition regorge de références, de <em>L</em><em>eitmotive</em> comme de transpositions (le coucou faisant office d’oiseau de la forêt de <em>Siegfried</em>). La mise en scène fait apparaître la marchande de sable et le petit homme de la rosée, dans un cygne, tel <em>Lohengrin</em>. Mais elle joue aussi sur les équivoques : généralement considérés comme bienfaisants, ces deux personnages, chantés ici dans le même costume de pierrot triste par une même interprète, sont devenus les complices de la sorcière et participent à la capture des enfants. On ne sourit guère, sinon lorsque la vamp, séductrice de taille imposante, va se débarrasser de son manteau de fourrure blanc, puis de son fourreau moulant pour apparaître – privée de sa perruque – en justaucorps sexy avec jarretelles. A ce propos, il faut mentionner l’excellente direction d’acteurs, non seulement de notre sorcière-vamp, mais aussi des enfants et de leurs parents.</p>
<p>Les proportions de la fosse et la distanciation des musiciens n’autorisaient pas la présence d’un orchestre wagnérien, nombreux et coloré. Aussi la réduction de la partition a-t-elle été effectuée par Tony Burke pour une formation de chambre. Les voix sont toujours intelligibles, très en avant, au détriment de l’orchestre, dominé trop souvent par les cordes. Si la compréhension du texte n’est jamais compromise, ce déséquilibre nous prive de la richesse – parfois capiteuse – des couleurs (les bois ?), des contrastes (les fortissimi sont bien sages tels que l’enregistrement nous les restitue) d’une trame foisonnante d’un orchestre aussi essentiel que chez Wagner.</p>
<p>La direction de <strong>Marko Letonja</strong>, attentive, scrupuleuse, porte-t-elle une responsabilité dans cet écrasement ? La restitution ne permet pas d’en juger. Le prélude était prometteur, toutes les pages orchestrales, la chevauchée des sorcières, la pantomime, l’introduction du troisième tableau, seraient idéales n’étaient cette dynamique et cette grâce insuffisantes. Le chœur d’enfants chante son « Die Hexerei ist nicht vorbei » avec conviction.</p>
<p><strong>Elisabeth Boudreault </strong>est une vraie Gretel.  Juvénile et frêle à souhait, le jeu et l’émission de la soprano Canadienne font l’unanimité. La voix est fraîche, lumineuse, agile, assortie d’une diction exemplaire, et il nous tarde de la réécouter dans son déjà large répertoire. Qui est l’aîné des enfants ? La maturité du personnage de Hänsel paraît moindre. De corpulence plus grande, <strong>Anaïk Morel</strong>, traduit bien le comportement du garçon. Le mezzo est beau et se marie idéalement en de nombreux duos au timbre de Gretel.</p>
<p>Comme Peter Schreier en son temps, c’est un ténor, <strong>Spencer Lang</strong>, qui incarne ce soir l’ambivalente sorcière, dont l’apparition est un morceau de bravoure (le rôle est écrit pour mezzo). La performance impressionne : vocalement splendide d’autorité, de sensualité comme de rage, toujours intelligible, avec cette voracité d’un prédateur sexuel, pédophile, aux attitudes dépourvues d’équivoque, engendrant un certain malaise. En authentique entraineuse de cabaret, la prouesse dramatique est incontestable, tout comme ses évolutions chorégraphiées.</p>
<p>Sorte de Papageno âgé, joyeux et inconséquent, alcoolique, à moins que ce ne soit un parent d’Osmin, Peter est confié à <strong>Markus Marquardt</strong>. Baryton puissant, bien timbré, aux graves solides, il forme un couple crédible avec Gertrud, la marâtre. <strong>Irmgard Vilsmaier</strong>, trouve l’acidité et l’autorité pour faire vivre son personnage avec l’intensité attendue.</p>
<p>C’est <strong>Hélène Carpentier</strong>, qui chante la marchande de sable, avec beaucoup de délicatesse, puis le petit homme de la rosée. On l’a écrit : la confusion des deux rôles en un même personnage, ici maléfique, dérange quelque peu. Cela n’occulte pas les indéniables qualités vocales de l’interprète.</p>
<p>Une réalisation qui interroge, servie par une distribution exemplaire, dans une orchestration qui montre ses limites.</p>
<p> </p>
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		<title>RAMEAU, Hippolyte et Aricie — Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/hippolyte-et-aricie-paris-tce-subtil-raffinement/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Brigitte Maroillat]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 26 May 2019 07:43:38 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est peut-être dans ses vigoureuses saveurs instrumentales que l’œuvre de Jean-Philippe Rameau semble le moins marquée par le sceau de son époque. Il y a une jeunesse insolente dans cette musique qui court et danse sur des timbres coruscants. Ces accents dramatiques alliés aux douceurs lyriques semblent d&#8217;ailleurs faire l’objet d’un regain d’intérêt ces derniers &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est peut-être dans ses vigoureuses saveurs instrumentales que l’œuvre de <strong>Jean-Philippe Rameau</strong> semble le moins marquée par le sceau de son époque. Il y a une jeunesse insolente dans cette musique qui court et danse sur des timbres coruscants. Ces accents dramatiques alliés aux douceurs lyriques semblent d&rsquo;ailleurs faire l’objet d’un regain d’intérêt ces derniers années conduisant <em>Hippolyte et Aricie</em> au-devant de la scène, en France comme à l’étranger, de Berlin à Glyndebourne en passant par Zurich. Les théâtres revisitent ainsi l&rsquo;œuvre dans divers habits et approches qui voient s’affronter les partisans de la voie historique et les maîtres de la transposition, sans oublier une voie médiane, celle de la poésie d’où surgit le rêve et un temps hors du temps qui semble s&rsquo;étirer sans douleur, comme dans la mise en scène fort réussie d’<strong>Yvan Alexandre</strong> pour l’opéra de Toulouse. Mais hier soir, au Théâtre des Champs Elysées, <em>Hippolyte et Aricie</em> était présenté dans une version concert, évitant ainsi l’écueil des discussions sur la parure dont on doit vêtir cet opéra, même si une certaine mise en espace n’était pas ici totalement absente, à travers les gestuelles et les déplacements des chanteurs.</p>
<p>Et c’est une prestation d&rsquo;un beau raffinement qu’il nous a été donné d’entendre, comme un juste écho à la langue de l&rsquo;abbé Pellegrin, librettiste de cette première tragédie lyrique de Rameau. La prestation des interprètes (ceux mêmes qui sont actuellement dans la même oeuvre sur la scène du théâtre de Zurich), nous fait lire sur chaque visage, dans chaque attitude, dans chaque mouvement l’émotion dont ils sont les émissaires. La partition vit comme un être de chair et de sang. Cet engagement d’ensemble des corps et des voix nous fait imaginer, l’atmosphère de la partition, ses toiles peintes, ses perspectives, ses couleurs automnales, sa symbolique aussi. La distribution de très belle tenue est incontestablement dominée par l’Hippolyte juvénile et lumineux de <strong>Cyrille Dubois</strong> dont l’élégance de la ligne de chant et la délicatesse du legato font ici merveille et la Phèdre incandescente de <strong>Stéphanie d’Oustrac</strong>. Tragédienne née, elle habite son personnage avec une telle conviction qu’elle séduit tant dans la rage exprimée que dans les accents éplorés. Son expérience consommée du récital et de la mélodie française confére incontestablement à son interprétation l’art de sculpter les mots.  L&rsquo;impressionnant Thésée d&rsquo;<strong>Edwin Crossley-Mercer</strong> n’est pas en reste. Doté d’une belle projection et une ardeur du verbe, l’excellent baryton-basse francophone (comme son nom ne l’indique pas) met ici en avant ses qualités d’acteurs, son impeccable diction et une voix puissante et solide dans tous les registres, de l&rsquo;aigu héroïque au grave abyssal.</p>
<p>Le reste de la distribution offre une belle présence aux personnages secondaires, dans des caractérisations habitées, La jeune et fraîche soprano <strong>Melissa Petit</strong> illumine de son timbre aérien et fruité le personnage d’Aricie avec quelques graves bien timbrés notamment dans son poignant duo avec Hippolyte au quatrième acte. <strong>Hamida Kristoffersen</strong> parvient à conférer une constellation émotionnelle au personnage guindé de Diane. Si la basse <strong>Wenwei Zhang</strong> unit à l’ampleur de la voix une verve scénique indéniable, il manque cependant de puissance dans l’extrême grave de sa tessiture pour être le Pluton plein d’autorité et d&rsquo;allant que l’on souhaiterait entendre. Il semble toutefois plus à son aise en Neptune dans ce style typiquement ramiste, déclamatoire et éloquent, qui caractérise le personnage. La voix, souple, bien timbrée et le jeu dramatique d’<strong>Aurélia Legay </strong>donnent une belle dimension à Oenone, la nourrice-confidente-manipulatrice. <strong>Gemma Ní Bhriain</strong> tour à tour grande prêtresse, chasseresse, et matelote se distingue par un superbe timbre. <strong> Spencer Lang</strong>, qui incarne également la deuxième Parque, prête une voix sonore et ronde à Tisiphone qui se fait particulièrement entendre au début du deuxième acte, lorsque la furie entraîne Thésée aux enfers. <strong>Nicholas Scott</strong>, ténor à la voix claire et à la diction remarquée, et  <strong>Alexander Kiechle</strong> basse au beau timbre, complètent avec brio la distribution. En les écoutant avec Spencer Lang, on se dit que le trio des Parques, qui se déploie sur le tapis soyeux d’une contrebasse inspirée, est vraiment un pur joyau. Le chœur de Zurich est quant à lui dans une forme éclatante, </p>
<p>A la tête de l’Orchestra La Scintilla de Zurich, l’intrépide cheffe <strong>Emmanuelle Haïm</strong> se lance à l’assaut du monument, déployant une belle énergie dans une gestuelle ample et nerveuse. Sous cette battue dansante et énergisante, ciselant détails et articulations, l’orchestre est impressionnant de justesse et de virtuosité instrumentale. Il propose des sonorités subtiles, notamment dans la musique la plus audacieuse, celle des enfers. On aurait pu toutefois attendre plus de contrastes et de couleurs de cette lecture électrisante, mais Il est vrai qu’ à force d’entendre des enregistrements enrichis en effets on place un curseur dans l’écoute qui n’est pas forcément au plus juste pour apprécier un <em>Hippolyte et Aricie</em> sur le vif.  La direction rend toutefois amplement justice à cette œuvre magnifique, dont André Campra, le rival de Rameau, disait qu&rsquo;elle comportait assez de musique pour faire dix opéras. Il y a, à l’évidence, dans cette lecture raffinée une vie en ébullition.</p>
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		<title>Das Land des Lächelns</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/das-land-des-lachelns-le-pays-des-soupirs/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claire-Marie Caussin]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Aug 2018 05:21:35 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/das-land-des-lachelns-le-pays-des-soupirs/</guid>

					<description><![CDATA[<p>« Lacheln trotz Weh und tausend Schmerzen » : sourire malgré la douleur et mille souffrances. Voilà la morale d’une opérette qui, à première vue, n’a pas grand-chose de joyeux ni de léger. Oubliez les amours heureuses et le happy end : le pays du sourire a tout l’air du pays des soupirs. C’est en ce sens que &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« <em>Lacheln trotz Weh und tausend Schmerzen</em> » : sourire malgré la douleur et mille souffrances. Voilà la morale d’une opérette qui, à première vue, n’a pas grand-chose de joyeux ni de léger. Oubliez les amours heureuses et le <em>happy end</em> : le pays du sourire a tout l’air du pays des soupirs.</p>
<p>C’est en ce sens que semble travailler le metteur en scène <strong>Andreas Homoki</strong> qui renonce à tout ce que l’œuvre pourrait avoir de kitsch. Les amateurs d’intérieurs viennois et d’exotisme seront déçus : les décors de Wolfgang Gussmann, d’une grande épure, ne se réfèrent à aucun pays évoqué dans le livret. Avec le mur de scène habillé de couleurs criardes, l’immense escalier, l’imposant rideau à paillettes (sans arrêt ouvert puis refermé !) et les chorégraphies dignes de Broadway, on tire même plutôt vers le music-hall.</p>
<p>Effacer les lieux provient sans doute d’un souhait d’universaliser le propos : <em>Das Land des Lächelns</em> est avant tout une fable sur la rencontre impossible entre les cultures et les êtres. Le metteur en scène se concentre ainsi d’avantage sur les protagonistes que sur le temps et les lieux : seuls les costumes permettent d’identifier l’origine géographique des personnages. L’opérette sera ici moins une affaire d’action que de sentiments.</p>
<p>Pour cela, Andreas Homoki se défait d’une partie des dialogues. L’œuvre se rapproche dès lors de l’opéra, mais en souffre un peu : certaines scènes apparaissent comme une juxtaposition de numéros musicaux et perdent en efficacité dramatique. C’est précisément ce en quoi les duos entre Lisa et le Prince Sou-Chong manquent de force : l’intensité musicale n’est secondée ni par un texte, ni par la direction d’acteurs, qui laisse les héros un peu désœuvrés sur le plateau, coincés entre deux fauteuils ou se poursuivant à répétition dans des escaliers trop vastes pour eux. Il nous manque une proposition dramaturgique forte pour adhérer pleinement au parti pris du metteur en scène.</p>
<p>En effet, il est plus que louable de vouloir donner aux personnages une profondeur ; mais aussi dramatique que soit son issue, l’opérette repose avant tout sur un mélange des registres : parlé et chanté, rire et larmes, sentiments et action, gravité et légèreté. En dépit de l’apparente recherche de drame du metteur en scène, ce sont les scènes comiques et celles à grand spectacle qui sont les plus réussies ici. C’est dans le duo entre Mi et Gustl (« Meine Liebe, deine Liebe ») ou la chorégraphie de « Von Apfelblüter einen Kranz » qu’Homoki se révèle le plus convaincant, peut-être malgré lui, convoquant avec talent le comique et le divertissement.</p>
<p>Cette production bénéficie heureusement de solistes de choix. <strong>Julia Kleiter</strong> trouve dans le rôle de Lisa un bel équilibre vocal entre opéra et opérette. La voix est saillante, vibrante, et la soprano donne une émouvante évolution dramatique à son personnage. De l’assurance des débuts aux adieux déchirants, de l’amour heureux à la nostalgie, l’héroïne se pare d’une multitude de sentiments et d’attitudes qui viennent équilibrer les faiblesses de la mise en scène.</p>
<p><strong>Piotr Beczala</strong> lui offre un très beau contraste en Prince Sou-Chong. S’il n’a pas le physique du rôle, il en a toute la délicatesse et l’élégance. Malgré quelques imprécisions quant au legato dans le premier air, la voix se révèle très vite solaire et d’une pureté idéale pour ce répertoire. Il suffit d’écouter « Dein ist mein ganzes Herz », cheval de bataille de tous les ténors, pour s’en convaincre. Mais on peut aussi lui préférer le duo « Wer hat die Liebe uns ins Herz gesenkt », où le ténor nous offre un aigu superbe.</p>
<p>Un couple parfait donc, qui trouve en Mi et Gustl un contrepoint tout à fait convaincant. <strong>Rebeca Olvera</strong> et <strong>Spencer Lang</strong> ont la voix et la <em>vis comica</em> nécessaires pour leur rôle, sans jamais tomber dans l’outrance. Ils se révèlent au contraire touchants et attachants.</p>
<p>Les petits rôles de <strong>Cheyne Davidson</strong> et <strong>Martin Zysset</strong>, s’ils ont peu d’importance musicalement, tirent leur épingle du jeu scéniquement, tour à tour inquiétants ou facétieux.</p>
<p>A la tête du Philharmonia Zürich, <strong>Fabio Luisi</strong> rend audibles les contrastes de la partition et accompagne avec conviction l’action et les sentiments des personnages. L’orchestre offre un son dense, riche – notamment grâce à ses solistes – et son investissement ne faiblit jamais.<em> Das Land des Lächelns</em> est sans doute un drame autour de l’altérité ; mais la musique de Lehár est aussi vecteur d’une foule d’autres choses : la tendresse, l’amour, la nostalgie, l’humour, que le chef illustre avec brio.</p>
<p>Si le metteur en scène a voulu mettre en valeur la part plus sombre de l’œuvre, c’est la part légère qui se révèle la plus réussie dans cette production. Les amateurs d’opérette regretteront sans doute des décors plus travaillés et le charme viennois, mais ce DVD bénéficie d’une distribution de choix qui vient atténuer les faiblesses scéniques.</p>
<p>Pays des soupirs ou pays du sourire ? Le Prince Sou-Chong avait raison : le sourire gagne toujours.</p>
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