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	<title>Laurent TOUCHE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Laurent TOUCHE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>OFFENBACH, La Périchole &#8211; Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/offenbach-la-perichole-saint-etienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 04 Jan 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On se souvient de l’ingénieuse et efficace mise en scène de l’Enlèvement au sérail, produite ici-même en juin dernier. Son réalisateur, Jean-Christophe Mast, nous revient, toujours flanqué de Jérôme Bourdin, qui signe décors et costumes, pour une Périchole réjouissante, riche en surprises et en trouvailles. Une mécanique bien huilée vous emporte, grisé, pour une soirée &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>On se souvient de l’ingénieuse et efficace mise en scène de <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="_wp_link_placeholder" data-wplink-edit="true"><em>l’Enlèvement au sérail</em>,</a> produite ici-même en juin dernier. Son réalisateur, <strong>Jean-Christophe Mast</strong>, nous revient, toujours flanqué de <strong>Jérôme Bourdin</strong>, qui signe décors et costumes, pour une <em>Périchole</em> réjouissante, riche en surprises et en trouvailles. Une mécanique bien huilée vous emporte, grisé, pour une soirée festive, rythmée à souhait. La direction d’acteur est soignée, parfois proche du music-hall, dont la gestique et la chorégraphie emportent l’adhésion. L’atmosphère foraine, carnavalesque, les travestissements réjouissent, même si cette lecture laisse peu de place à l’émotion que la musique recèle. L’ambiguïté sur laquelle repose l’ouvrage est occultée. Si le sourire est constant, la douce amertume est réduite à la portion congrue. Le ton de la farce, grotesque, l’emporte ce soir, évitant la caricature (les puissants ne sont antipathiques que par leurs actes) et la niaiserie. Pratiquement pas d’actualisation du livret ni de cause à défendre, la fidélité à l’esprit festif est pleinement assumée.</p>
<p>Le metteur en scène a-t-il été marqué par <em>le Temple du soleil</em> ? Son Pérou, de fantaisie, coloré à souhait, tourne autour d’une pyramide inca, avec des lamas emblématiques, et des costumes aussi caractérisés que cocasses. Un ingénieux dispositif sur plateau tournant évitera les changements de tableau, conférant unité renforcée et continuité au déroulé de l’œuvre. Riches en couleurs, les costumes, recherchés, sont drôles, particulièrement pour le Vice-roi et ses assistants. Pour ne parler que de Don Andrès, entre sa première et sa dernière apparition, les changements appropriés de tenue sont aussi comiques que justes. Cela va de son déguisement en docteur (couplets de l’incognito) à la tenue d’apparat du souverain, en passant par un séducteur mi catcheur-mi Monsieur Propre, et par un geôlier catcheur caricatural. On est bien dans le registre bouffe et la drôlerie est constante. L’univers forain et carnavalesque n’est pas très loin, avec ses manèges, attractions (lanceurs de couteaux) et buvette des Trois cousines. Ses tons crus et bigarrés, sa fantaisie, donnent le ton. La coiffure commune à Panatellas et Hinoyosa, dignitaires jumeaux et exécutants du Vice-roi, les tresses des Péruviennes, il n’est pas un détail qui ne participe à cette joyeuse débauche de formes et de tons. Un régal visuel que ce fouillis synthétique de clichés. Les  têtes de lamas couronnant chacune des faces de la pyramide, qui crachent de l’or si besoin, ne sont que l’affirmation de leur omniprésence : chevaux de bois-lamas, autos tamponneuses-lamas…</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" title="611632425_10239791210382038_4635132049990957492_n" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/611632425_10239791210382038_4635132049990957492_n-1294x600.jpg" alt="" />© Cyrille Cauvet - Opéra de Saint-Etienne</pre>
<p>La distribution, sans réelles inégalités, se caractérise par de nombreuses prises de rôle qui excluent toute routine : l’aisance constante des chanteurs-comédiens d’une troupe complice est manifeste. Notre Périchole affiche une santé rayonnante. Pour cette prise de rôle, <strong>Marie-Andrée Bouchard-Lesieur</strong>, déploie ce soir des moyens éblouissants, on pense à Régine Crespin, avec, en plus, un sens singulier de l’opéra-bouffe ; il est vrai qu’Offenbach lui est familier. La voix est sonore, aux graves assurés, colorée, ductile et articulée de façon exemplaire. Plus rebelle que soumise, elle nous réjouit et nous émeut, déchirée entre son amour pour le malheureux Piquillo et la misère de leur quotidien, que la mise en scène traduit de façon superficielle. Mais l’émotion attendue est bien là dans la scène de la lettre, la finesse aussi (« Ah ! quel dîner je viens de faire », sa griserie). Attendrissant sont le « Nigaud, nigaud, tu ne comprends donc rien », comme le « Je t’adore, brigand ». Les duos sont autant de moments de bonheur. Une grande voix.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" title="611336880_10239791211222059_1883902186151145014_n" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/611336880_10239791211222059_1883902186151145014_n-1294x600.jpg" alt="" />© Cyrille Cauvet - Opéra de Saint-Etienne</pre>
<p><strong>Kaëlig Boché </strong>(Pedrillo, dans <em>l’Enlèvement au Sérail</em> en juin), s’empare du rôle de Piquillo, écrasant, dans chacun des trois actes. Le chanteur de rue n’est ce soir ni trop gauche ou ballot, ni vulgaire. La voix est sûre et impressionne, l’éclat et le mordant sont au rendez-vous. La tendresse comme l’indignation, la jalousie et la peine sont traduites avec art, dans la lointaine descendance d’Alain Vanzo. Après la complainte de l’Espagnol à la jeune Indienne, le duetto du mariage est un excellent moment. Son suicide avorté est aussi convaincant que celui de Papageno. Sa dignité, sa droiture, comme sa peine (« On me proposait d’être infâme ») alors qu’il croupit sur la paille, ont le ton juste, avant la complainte des amoureux, dont l’émotion sera partagée par le Vice-roi comme par la salle. Un grand bravo. <strong>Florent Karrer</strong> nous vaut un Don Andrès de Ribeira imposant, athlétique, jeune et séduisant, l’un des Vice-rois les plus convaincants, les plus drôles, que l’on ait vus et écoutés. Ses costumes renouvelés et sa gestique le dispensent de toute bouffonnerie ajoutée. Ce n’est pas le despote concupiscent, calculateur et suffisant que l’on rencontre souvent, mais un homme, veuf, qui s’éprend sincèrement de la Périchole. Sa clémence finale n’est pas feinte, calculée, mais sincère. Le trio de la prison (« la jalousie et la souffrance »), où la constance de son amour est manifeste nous émeut. Dès les couplets de l’incognito, la voix s’impose, puissante, riche en couleurs, d’une intelligibilité constante. Chacune de ses apparitions est un morceau d’anthologie, vocale comme visuelle. Le public acclamera chaleureusement nos trois premiers rôles pour le bonheur de leur chant et de leur jeu.</p>
<p>Les courtisans serviles, voire obséquieux, et facétieux, forment un duo réussi. Don Miguel de Panatellas est confié à <strong>Flannan Obé</strong>, une présence, une voix et une diction d’exception, et Don Pedro de Hinoyosa à <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong>, également remarquable. « Les maris courbaient la tête » (boléro) où ils accompagnent Piquillo auprès du geôlier (Vice-roi) est abouti. Les trois cousines, les dames d’honneur (<strong>Amandine Ammirati, Mathilde Lemaire, Aliénor Feix</strong>), ont du chien, faisant preuve d’une assurance individuelle et collective remarquable, et répondant à toutes les attentes, musicales, dramatiques et chorégraphiques. Chacune de leurs interventions réjouit. On retiendra particulièrement les deux couplets du cancan, et la valse du troisième acte, truculente. On boit d’abondance dans l’ouvrage. Les deux notaires (<strong>Alix Varenne et Frédéric Bayle</strong>) sont impayables, dont l’ébriété (« Tenez-vous bien par le bras ») s’ajoute à la griserie de la Périchole, et à l’ivresse de Piquillo. Les voix sont bien assorties et leur jeu divertissant. Pour le marquis de Tarapote, le vieux prisonnier, <strong>Jean-Claude Calon</strong> ne convainc qu’à moitié : ses gestes sans équivoque se substituant à la demi-douzaine de baisers à la Périchole, renouvelés, s’imposaient-ils ? Les nombreux ensembles sont autant de réussites et de bonheur, et on ne les énumérera pas, sinon les trios du dernier acte (du joli geôlier, puis de la prison), d’une rare perfection vocale.</p>
<p>A la tête de l’orchestre symphonique Saint-Etienne Loire, et de son chœur, <strong>Laurent Touche</strong>, à la fois familier du répertoire et de ses interprètes, impose une direction aussi fouillée que dynamique et truculente. Dès l’ouverture, l‘<em>allegro non troppo</em> est pris dans le tempo juste, et le thème de la lettre, confié au hautbois, puis à l’alto solo, lyrique à souhait. Elégance, joie débridée, sensibilité, comme poésie et humour, souligné par les couleurs de l’orchestre sont au rendez-vous : les espagnolades (Séguedille, Boléro, « Il grandira… ») réjouissent tout particulièrement. La pesanteur appuyée du chœur des patrouilles, les finales endiablés des premier et troisième actes sont irrésistibles. L’attention constante portée au chant, la cohésion, la précision des ensembles n’appellent que des éloges. Est-il besoin de souligner les qualités du chœur, très sollicité, rayonnant, intelligible ? Le plus souvent mixte, signalons cependant le chœur des dames de la Cour, puis celui des Seigneurs, qui attestent l’équilibre des pupitres. Ses évolutions servent fort bien le propos, chaque chanteur se doublant d’un acteur engagé.</p>
<p>Malgré le seul – petit – bémol, relatif au manque d’ambiguïté de la lecture, la virtuosité débridée d’une vraie troupe, servie par une direction et une mise en scène de haut vol, sont longuement ovationnés par un public galvanisé, ce qui n’était que justice. Pour celles et ceux qui n’auraient eu le bonheur d’assister à cette <em>Périchole</em>, l’Opéra de Marseille en reprendra la production, succédant à celle d’Olivier Le Pelletier. A surveiller !</p>
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		<title>SAINT-SAËNS, Samson et Dalila &#8211; Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-samson-et-dalila-saint-etienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 May 2025 04:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Donnée à Kiel en octobre 23, pour 12 représentations durant la saison, cette production de Samson et Dalila renvoie aux conditions de la création de l’ouvrage. En effet, créé à Weimar (1), où le projet d’oratorio avait fait place à un ambitieux opéra biblique, il ne fut donné en France (Rouen, puis Paris) qu’en 1890. &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Donnée à Kiel en octobre 23, pour 12 représentations durant la saison, cette production de <em>Samson et Dalila</em> renvoie aux conditions de la création de l’ouvrage. En effet, créé à Weimar (1), où le projet d’oratorio avait fait place à un ambitieux opéra biblique, il ne fut donné en France (Rouen, puis Paris) qu’en 1890. La « profanation » d’un épisode biblique fut sans doute la première raison de la réticence des scènes françaises à le monter (2), il y a aussi le souvenir douloureux de la Commune, alors que l’opéra exalte la révolte qui libère de l’oppresseur&#8230; <em>Samson</em> n’était pas reparu à Saint-Etienne depuis 2008. Il était donc temps de le retrouver. De cette extraordinaire soirée, on retiendra beaucoup d’éléments. D’abord une mise en scène résolument distanciée, où toute l’équipe fait un, affûtée. Elle captive, toujours esthétique et efficace, et fait oublier les quelques faiblesses vocales ou l’incarnation inaboutie de telle ou tel personnage.</p>
<p>Trois noms à retenir, déjà : ceux de <strong>Immo Karaman</strong>, de <strong>Guillaume Tourniaire</strong> et de <strong>Laurent Touche</strong>, auxquels on doit l’excellence de la mise en scène, de la direction musicale et des chœurs. Le premier, inconnu de nos scènes, nous vaut, avec son équipe, un spectacle aussi éblouissant que captivant. La mise en scène, les décors, costumes et éclairages, comme la vidéo nous viennent d’Outre-Rhin, comme déjà dit. Et c’est un choc. Heureusement oubliés le peplum façon Cecil B. de Mille, comme la dernière contextualisation avignonnaise. Cependant, sans outrances, la force, l’énergie, l’orientalisme sensuel sont traduits de façon efficace auxquels concourent, le dépouillement, la pureté des lignes, une beauté plastique qui ne se démentiront jamais. Chaque tableau est un régal. Les images de « L’aube qui blanchit déjà les coteaux », suivies de la bacchanale, puis de la figuration du temple avant son écroulement resteront longtemps gravées dans la mémoire des auditeurs.</p>
<p>Le Prélude, accablé, retenu, intensément dramatique, voit se lever très lentement le rideau de scène sur un espace dépouillé à l’extrême, dont le chœur (des Hébreux), aux costumes uniformes et noirs, forme le bloc central, géométrique, qui s’animera, individuellement, au fil des progressions. La gestique, la direction d’acteur seront un des points forts de cette production, qui associe, fusionne, dix danseurs avec les chanteurs. Les lumières, très travaillées, et des vidéos occasionnelles, pertinentes, suggestives, participent à la beauté et à l’émotion visuelle. Atteignant au grandiose et au sublime, loin du réalisme (3) comme de l’anecdote, cette passionnante mise en scène, intemporelle, de portée universelle, témoigne du métier le plus sûr et il serait dommage que sa diffusion s’arrête au terme des représentations stéphanoises.</p>
<p><strong>Guillaume Tourniaire</strong> impose une direction exemplaire et efficace : l’orchestre et le chœur – préparé avec art par <strong>Laurent Touche</strong> – seront captivés et donneront le meilleur d’eux-mêmes, animés, clairs, avec la plus large palette expressive. Malgré la complexité de l’écriture, des enchaînements, des mouvements scéniques, toujours la musique nous fascine par sa beauté et son expression dramatique. Les nuances extrêmes, les progressions, les équilibres sont ménagés avec art, les voix connaissent le plus bel écrin. Les effluves de la nuit orientale du II, que seules la musique et la chorégraphie illustrent ce soir, sont un bonheur.</p>
<p>Un large bandeau tombant des cintres s’incurve vers la salle. Modelé par les éclairages et la vidéo, il constituera l’élément permanent des trois actes, le deuxième esquissant la silhouette d’une maison, qui abritera la scène de séduction de Dalila ravissant la chevelure de Samson, puis un étagement de sept fenêtres sur cinq niveaux, qui se réduira à celles de sa base avant l’effondrement du temple. L’opposition du noir et du blanc domine, déclinée sous toutes ses formes, décors et costumes, avec des éclairages qui, avec la vidéo, servent merveilleusement le propos.</p>
<p>La distribution, totalement nouvelle, francophone, se signale par son engagement, mais ne tient pas toutes ses promesses. Samson, que chante pour la première fois <strong>Florian Laconi, </strong>nous laisse un peu sur notre faim. L’envergure n’est pas celle d’un héros, prophète et meneur, avec ses faiblesses et sa fragilité. Les moyens semblent amoindris, et l’engagement indéniable de notre ténor ne les supplée pas. Le souffle n’a plus la longueur attendue, un vibrato démesuré altère tout soutien et toute projection, les aigus à l’arraché sont douloureux. Il n’y a que dans la plainte, dans les demi-teintes, au dernier acte que le chant se fait émouvant. Même sans meule, l’air correspondant bouleverse. L’humanité douloureuse de Samson se traduit essentiellement par un jeu convaincant.</p>
<p>Dalila, un des rôles les plus exigeants, les plus lourds du répertoire lyrique, appelle des qualités peu communes. Il se construit sur le temps.<strong> Marie Gautrot</strong>, après l’avoir incarnée en Avignon, la <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-samson-et-dalila-avignon/">saison passée</a>, confirme l’opulence du timbre, ensoleillé, l’émission arrogante et l’aisance constante. La voix est longue et souple. Bien sûr, « Mon cœur s’ouvre à ta voix », qui a largement contribué au succès de l’ouvrage, appelle les acclamations du public. Ses deux duos avec le Grand-prêtre atteignent à une vérité dramatique et musicale peu commune. Petite réserve, le jeu de la séductrice ambiguë ne convainc pas toujours : la sensualité reste en-deçà des attentes, particulièrement dans les scènes où elle est accompagnée par les danseurs.</p>
<p>Le Grand prêtre de Dagon, en dehors des deux grands duos signalés, n’a qu’un air (« Maudite soit à jamais la race »). <strong>Philippe-Nicolas Martin </strong>impressionne par son autorité, sa puissance et son style. Une belle leçon de chant comme on l’aime. Les deux basses de la distribution (le satrape de Gaza, Abimélech, et le Vieillard hébreu) n’appellent que des éloges. L’un de nos chanteurs les plus prometteurs, <strong>Alexandre Baldo</strong>, le premier, malgré la brièveté de son intervention, s’impose dès son récit « Qui donc élève ici la voix ? » qui l’oppose à Samson. La qualité du chant, de la diction, de l’expression méprisante impressionne, et il s’impose comme le vainqueur &#8211; vocal – de l’affrontement. L’intervention de <strong>Louis Morvan</strong>, le vieillard hébreu, préparée par le chœur des basses à l’unisson, est un moment de félicité radieuse. Les deux Philistins, le messager n’appellent que des éloges.</p>
<p>Le chœur, tour à tour des Israélites, des vieillards hébreux, puis des Philistins, est sollicité abondamment. Non seulement la mise en place relève de la perfection, mais l’émission, l’intelligibilité, la dynamique nous ravissent. Une grande et magnifique soirée, forte en émotions, qui n’aura laissé personne indifférent : les longues ovations en témoignent.</p>
<ul>
<li>
<pre>(1) « sans Liszt [qui stimula son écriture et le créa à Weimar], <em>Samson</em> n’existerait pas » disait Saint-Saëns. 
(2) Encore qu’en 1743, mais on était en pays anglican, le public londonien avait fait un triomphe au <em>Samson</em> de Haendel, oratorio si proche de l’opéra qu’on le porte régulièrement à la scène. 
(3) Malgré la dimension intemporelle et universelle du message délivré, comment ne pas penser au drame qui, de nouveau, se joue actuellement à Gaza ?</pre>
</li>
</ul>
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		<title>LEHÁR, La Veuve joyeuse — Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-veuve-joyeuse-saint-etienne-la-vie-en-bleu-et-rose/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Jan 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Une histoire d’amour de jeunesse, contrariée, explicite La Veuve joyeuse. Missia Palmieri et le comte Danilo se sont aimés, mais elle a épousé un milliardaire, qui l’a laissée veuve. Sa fortune est vitale à leur pays microscopique, et les prétendants s’alignent. Le Baron Popoff, assisté de Figg, son dévoué interprète, vont tout mettre en œuvre pour &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Une histoire d’amour de jeunesse, contrariée, explicite <em>La Veuve joyeuse</em>. Missia Palmieri et le comte Danilo se sont aimés, mais elle a épousé un milliardaire, qui l’a laissée veuve. Sa fortune est vitale à leur pays microscopique, et les prétendants s’alignent. Le Baron Popoff, assisté de Figg, son dévoué interprète, vont tout mettre en œuvre pour que la Marsovie ne connaisse pas la ruine. Ajoutez des quiproquos, une substitution, quelques maris trompés, de belles chorégraphies, le tout servi par un texte savoureux et une musique leste sur laquelle règnent la valse viennoise, les galops, polkas, mazurkas et même un cake-walk, vous avez les clés du succès planétaire de cette opérette. Le sinistre COVID en avait interdit la nouvelle production de l’Opéra de Saint-Etienne, programmée pour la saison 2020-2021. Les temps ont heureusement changé, qui nous valent cette réalisation, en harmonie avec les réjouissances de fin d’année. La distribution a été intégralement maintenue.</p>
<p>C’est la version française qui a été retenue, dont la qualité et l’efficacité dramatique ont été éprouvées depuis plus d’un siècle. <strong> Jean-Louis Pichon</strong>, dont on se souvient des réalisations, mais aussi des attaches stéphanoises, signe la mise en scène, réalisée par <strong>Jean-Christophe Mast</strong>, le premier, souffrant, n’ayant pas eu la disponibilité pour ce faire. <strong>Jérôme Bourdin </strong>a conçu un cadre unique, élégant et aux lignes épurées, intégralement bleu bleuet, sur deux niveaux, avec rampes d’accès latérales et escalier central, ce qui ménage un bel espace intérieur. Outre le compromettant éventail-messager qui circulera tout au long de l’ouvrage, quelques chaises, des poufs, tous bleus, un petit pavillon-volière, un imposant miroir où les flèches dessinent un cœur, un lustre monumental suffiront à nous inviter à l’ambassade de Marsovie, puis au grand bal organisé par Missia, enfin chez Maxims, servis par de judicieux éclairages de <strong>Michel Theuil</strong>. Les somptueux costumes apportent leur note de couleur à l’ensemble, comme les chorégraphies de <strong>Laurence Fanon</strong>, qui concernent non seulement une dizaine de remarquables danseurs, mais aussi tous les artistes du chœur comme les solistes. La direction d’acteurs, essentielle, fonctionne, même si la présence et l’aisance ne sont pas également partagées par chacun. </p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/vj_4.jpg?itok=nTZ1-oMb" title="La Veuve joyeuse © Hubert Genouilhac" width="468" /><br />
	La Veuve joyeuse © Hubert Genouilhac</p>
<p>En dehors de l’ajout, aussi surpenant que bienvenu, de l’évocation des amours juvéniles de Danilo et Missia (… « Heure exquise » à l’orchestre), avant le galop d’ouverture, nulle transposition ni relecture, encore moins actualisation (comme à Nice, il y a un an,<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/la-veuve-joyeuse-nice-une-veuve-toute-neuve"> une « Veuve » toute neuve</a>), l’ouvrage est servi avec fidélité et finesse. Il en résulte une fraîcheur, une lisibilité et une vie inaccoutumées. Les principaux protagonistes vivent, les caractères sont bien dessinés, rendant crédibles une intrigue qui ne l’est guère.</p>
<p>On a trop souvent coutume de réduire l’action à celle des couples (Missia-Danilo et Nadia-Coutançon). Ce soir, le baron Popoff, que campe <strong>Olivier Grand</strong>, et Figg (<strong>Jacques Lemaire</strong>) sont les maîtres du jeu, des bouffes comme on les aime. Le premier, totalement dévoué à sa principauté et sincèrement amoureux de sa femme, est d’une vérité criante. Baryton sonore, aux graves solides, mais aussi comédien hors pair, le premier s’impose comme personnage central, attachant, loin du clown grotesque – le cocu magnifique et ridicule – que l’on croise les plus souvent. On se prend à regretter que Lehár n’ait pas confié davantage de passages chantés à Figg, le traducteur, car notre ténor bouffe, lui aussi, crève l’écran par la vérité de sa composition. L’excellence en matière d’opérette.</p>
<p>Aussi familière de ce genre que de l’opéra, <strong>Olivia Doray</strong> nous vaut une Missia Palmieri subtile, dont l’évolution psychologique est traduite avec justesse. Les moyens sont là et le chant comme le jeu n’appellent que des éloges. La chanson de Vilya, les duos et ensembles sont conduits avec art. La voix, bien timbrée, souple, aux aigus clairs, se marie à celle de Danilo, bien sûr, mais aussi à celle de tous ses partenaires. Nadia, l’épouse du baron Popoff, que courtise Camille de Coutançon, est incarnée par <strong>Chloé Chaume</strong>. L’émission a cette vivacité, cette légèreté toute en nuances, sans une once de vulgarité de soubrette et ce, dès son premier duo avec Camille. Le second (« Viens dans ce joli pavillon »), dans toutes les oreilles, est un bijou, justement salué par le public.</p>
<p><strong>Jean-Christophe Lanièce</strong> est Danilo, beau baryton martin, dont l’air d’entrée « Pardonne-moi, chère patrie », prometteur, sera suivi de magnifiques duos, l’ultime (« Heure exquise ») atteignant la perfection. Comme son partenaire et rival Camille (le ténor <strong>Camille Tresmontant</strong>), la progression vocale sera éclatante, jusqu’à la plénitude finale. Aucun des petits rôles ne démérite, qu’ils soient chantés ou simplement joués. Les grands ensembles, en dehors des finales de chaque acte, sont les septuors, masculin (« Je proclame que les femmes », au II) puis féminin (« Nous sommes les p’tites femmes frivoles », au III). Autant de moments de belle musique où l’opérette se hisse au meilleur niveau.</p>
<p>La danse sous-tend l’ensemble de la musique et du rythme de l’opérette, et le corps de ballet s’y montre exemplaire d’élégance et de charme, de vivacité, mais aussi d’acrobaties spectaculaires qui accompagnent le can-can. Un régal.</p>
<p><strong>Laurent Touche</strong>, d’autant plus attentif au chant qu’il se partage habituellement entre la direction des chœurs et celle de l’orchestre, nous vaut une élégance, une émotion renouvelées, sachant obtenir de ses instrumentistes des couleurs et des équilibres admirables. Les solos des cordes, des bois, l’introduction de l’ultime « Heure exquise », confiée aux seules cordes, par exemple, sont des moments de bonheur. La dynamique, la précision, l’attention à chacun sont indéniables. Le chœur n’appelle que des éloges, équilibré, intelligible, d’une aisance scénique permanente. Une production pétillante, légère, euphorisante, raffinée, qui mérite la plus large diffusion.</p>
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		<title>GOUNOD, Le Médecin malgré lui — Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-medecin-malgre-lui-saint-etienne-farce-sans-folie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 16 Oct 2015 05:00:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Excellente idée qu’a eue l’Opéra de Saint-Etienne d’ouvrir sa saison avec ce Médecin malgré lui trop peu souvent donné. On imagine que le bicentenaire de la naissance de Gounod permettra de réentendre quelques œuvres bien oubliées, et en 2018 sonnera peut-être alors l’heure du Tribut de Zamora qui dort depuis longtemps dans les bibliothèques. En &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Excellente idée qu’a eue l’Opéra de Saint-Etienne d’ouvrir sa saison avec ce <em>Médecin malgré lui </em>trop peu souvent donné. On imagine que le bicentenaire de la naissance de Gounod permettra de réentendre quelques œuvres bien oubliées, et en 2018 sonnera peut-être alors l’heure du<em> Tribut de Zamora</em> qui dort depuis longtemps dans les bibliothèques. En attendant, il faut se réjouir que certaines institutions aient l’heureuse initiative de programmer des titres moins fréquentés que <em>Faust</em>, <em>Roméo</em> ou <em>Mireille</em>. Sans aller jusqu’à l’exhumation absolue que fut le <em>Cinq-Mars</em> monté la saison dernière par le Palazzetto Bru Zane, on rappellera la récente <em>Colombe</em> offerte par l’Opéra du Rhin. Quant au <em>Médecin malgré lui</em>, son sort n’est finalement pas si lamentable car, Molière aidant, sans doute, on a pu le voir dans une production réglée par Sandrine Anglade, notamment à Lille en 2009, à Rouen en 2010 et à Versailles en 2011 ; Laurent Pelly s’y attaquera à son tour en avril 2016 à Genève.</p>
<p>Même si le programme de salle n’indique que deux représentations stéphanoises, il est bon de préciser que ces deux-là furent précédées de deux autres, spécialement destinées à un public scolaire. Là aussi, l’initiative est heureuse, mais peut-être a-t-elle eu des conséquences sur l’ensemble de l’opération. Faut-il y voir l’explication des coupes fâcheuses qui affectent la partition dès le duo Sganarelle-Martine ? L’œuvre n’est pas si longue, on y parle beaucoup – Barbier et Carré n’ont réellement écrit que les paroles chantées, s’effaçant derrière Molière pour le reste – et, sans aller jusqu’à espérer redécouvrir les récitatifs spécialement composés par Erik Satie en 1923 pour Monte-Carlo, on pouvait au moins souhaiter écouter tout ce qu’a écrit Gounod. Est-ce également par ce jeune public qu’il faut justifier les choix de la mise en scène ? <strong>Alain Terrat</strong> opte pour un second degré pas toujours très loin du théâtre de boulevard, avec ces passages obligés que semblent hélas être devenus grimaces et petits pas de danse. <em>Le Médecin malgré lui</em> n’est pas la plus profonde des pièces de Molière, loin de là ; il devrait pourtant y avoir moyen d’en tirer autre chose que ce spectacle certes agréable, mais assez peu inspiré. <strong>Jérôme Bourdin </strong>propose un décor de gloriette, joli mais pas forcément commode, avec une tournette inutile (qui sert surtout à faire choir les chanteurs), et des costumes entièrement conçus dans une gamme de jaune-vert – couleurs censément réservées à Sganarelle –, chargés de rubans et d’ornements, qui évoquent le style du défunt Frédéric Pineau, collaborateur attitré de Jean-Louis Pichon : c’est toute une esthétique qui fait retour à Saint-Etienne, semble-t-il. Reste la question de la comédie qu’il faut bien faire jouer aux chanteurs : l’accent québécois de Jean-Kristof Bouton est des plus réjouissants, mais son acolyte Carl Ghazarossian semble incapable d’adopter la diction paysanne voulue par le texte. De manière plus générale, il manque un vrai grain de folie à cette comédie dont le metteur en scène rappelle lui-même que ce devrait être une farce.</p>
<p class="rtecenter"><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/_dsc1155.jpg?itok=Pogtyh8h" width="468" /></p>
<p class="rtecenter">© Cyrille Cauvet</p>
<p>La France est décidément un riche vivier de barytons, et l’on souhaite à <strong>Philippe-Nicolas Martin</strong> de se voir confier d’autres premiers rôles dont il a parfaitement l’étoffe vocale ; pour l’avoir vu dans l’inénarrable <em>Fairy Queen in progress</em> à Hardelot, on sait de quoi l&rsquo;acteur est capable, mais sa verve comique semble ici un peu étouffée. D’un Gounod l’autre, on retrouve en Léandre ouvertement ridicule le ténor <strong>Jean-Christophe Born</strong>, peut-être plus à l’aise ici que dans la récente<em> Colombe</em> alsacienne, particulièrement dans son deuxième air, le fabliau « Je portais dans une cage ». Les deux mezzos qu’appelle la distribution présentent des qualités bien distinctes, qu’on aurait aimé trouver réunies : <strong>Marie Gautrot</strong> possède un timbre riche, mais<strong> Sophie Leleu</strong> a une voix plus égale et une diction bien plus nette. La basse <strong>Virgile Ancely</strong> est un régal à entendre, même dans les interventions parlées de Géronte. <strong>Jean-Kristof Bouton</strong> et <strong>Carl Ghazarossian</strong> sont bien appariés en Valère et Lucas, et l’on guette avec intérêt les prochaines prestations du baryton canadien. En Lucinde, l’expressivité de <strong>Jennifer Courtois</strong> prime nécessairement, pour un rôle d’abord limité à « Hin, hi, hon, han », puis aux quelques répliques par lesquelles elle brave son père.</p>
<p>Réduit à quatorze personnes et néanmoins fort sonore, le <strong>Chœur lyrique Saint-Etienne Loire</strong> rend justice aux pages que Gounod a composées, notamment le premier chœur des fagotiers et des bergères, où l’on entend déjà les laboureurs de <em>Faust</em> et les magnanarelles de <em>Mireille</em>. Avec des tempos pas toujours aussi enlevés qu’on pourrait le désirer, <strong>Laurent Touche</strong> à la tête de l’<strong>Orchestre symphonique Saint-Etienne Loire</strong> a peut-être été plus sensible à la majesté du pastiche Grand-Siècle qu’à la légèreté de l’opéra-comique Second Empire.</p></p>
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		<title>MESSAGER, Fortunio — Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/fortunio-saint-etienne-les-chandeliers-de-rochefort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2014 07:58:10 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Troisième présentation pour ce Fortunio créé à Limoges puis donné à Rennes la saison dernière. Et comme on applaudira dans les mois qui viennent des Caprices de Marianne où Musset est revu dans l’esprit des années 1950, c’est un Fortunio très sixties que propose Emmanuelle Cordoliani. Tout le premier acte est très explicitement placé sous &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Troisième présentation pour ce <em>Fortunio</em> créé à Limoges puis donné <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/spectacle/comme-un-bonbon">à Rennes la saison dernière</a>. Et comme on applaudira dans les mois qui viennent des <em>Caprices de Marianne</em> où Musset est revu dans l’esprit des années 1950, c’est un <em>Fortunio</em> très <em>sixties</em> que propose Emmanuelle Cordoliani. Tout le premier acte est très explicitement placé sous l’égide de Jacques Demy, l’action étant située dans une ville fort semblable au Rochefort de ses <em>Demoiselles</em> : dans un décor de place publique au dallage évoquant une toile de Vasarély, les choristes en costumes aux couleurs pastel ou délicieusement acidulées chantent en prenant des poses figées ou en esquissant un pas de danse autour d’un bassin où trône un sculpture tournante. Ce charmant ensemble nous transporte à une époque où le monde pouvait encore croire à sa propre innocence, et peu importe qu’il ne s’agisse ni des années 1830 de Musset (choix aujourd’hui devenu rare sur scène), ni des années 1900 de Messager, où Denis Podalydès avait ancré <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/spectacle/comedie-francaise">sa mise en scène à l’Opéra-Comique</a>. Le côté « comédie musicale » revient au deuxième acte avec le compliment adressé à Jacqueline par les clercs, ici transformé en numéro de revue mené par Landry entouré de ses girls. La deuxième partie de la soirée est moins propice à la danse, à mesure que l’on s’éloigne du vaudeville pour aborder des sentiments plus vrais, mais le spectacle fait le choix d’un certain onirisme, puisque Jacqueline dort finalement à la belle étoile, sur un carré de gazon, sous un vaste drap de soie violette.</p>
<p>Tout irait pour le mieux si ce <em>Fortunio</em>-là avait un Fortunio à la hauteur. Or tel n’est pas vraiment le cas d’<strong>Antonio</strong> <strong>Figueroa</strong> : scéniquement, il a la silhouette du jeune homme timide mais passionné, mais vocalement, le compte n’y est pas tout à fait. L’aigu se rétrécit, se pince et se nasalise, et l’orchestre le couvre systématiquement. Messager n’a certes pas choisi la facilité, en exigeant un ténor solide pour incarner ce garçon frêle, mais l’artiste que l’on entend ici n’a pas la voix du rôle. C’est d’autant plus dommage que la distribution réunie autour de lui est de qualité. <strong>Norma Nahoun</strong> est une fort belle Jacqueline, dont la sensualité s’affirme peu à peu, à mesure que sa tenue s’éloigne des années 1960 pour se rapprocher des <em>seventies</em> (non sans un curieux détour par une robe de Barbie princesse au troisième acte). Le timbre est frais, l’actrice est sensible, et l’on suivra son parcours avec intérêt. Par l’exubérance de son jeu et la vigueur de ses accents, <strong>Thomas Dolié</strong> est un parfait Landry : il ne fait qu’une bouchée de ce personnage assez secondaire, et il semble désormais prêt à aborder des emplois plus lourds. Avec un tempérament très différent, le Clavaroche de <strong>Marc Scoffoni</strong> atteint presque les mêmes hauteurs : très à l’aise dans la comédie boulevardière du deuxième acte, il semble un peu trop réservé au premier, où un costume de gendarme assez peu fringant ne l’aide sans doute guère à traduire la suffisance de ce bellâtre conquérant. <strong>Didier Henry</strong> a désormais l’âge de Maître André, mais il a heureusement encore de quoi chanter ce rôle au lieu de le parler comme ont tendance à le faire certains titulaire. Autour d’eux, les rôles secondaires ont été confiés à divers artistes du chœur, notamment <strong>Philippe Noncle</strong> et <strong>Christophe Bernard</strong> en officiers très <em>Demoiselles de Rochefort</em>. L’orchestre est dirigé avec beaucoup d’allant par <strong>Laurent Touche</strong>, peut-être trop même : la célèbre « Chanson de Fortunio », par exemple est prise à un rythme un rien rapide, à moins que ce choix n’ait été dicté par la nécessité de ne pas mettre l’interprète à trop rude épreuve. Avis donc à qui aurait la bonne idée de reprendre ce spectacle : <em>Fortunio</em> cherche chandelier.</p>
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