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	<title>Eric LE SAGE - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Eric LE SAGE - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>SCHUMANN/FAURÉ &#8211; Saṁsāra</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/schumann-faure-sa%e1%b9%81sara/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 12 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Saṁsāra : concept présent dans plusieurs religions orientales (hindouisme, bouddhisme…) qui désigne le cycle des renaissances, des réincarnations qui se succèdent sans que l’individu atteigne l’éveil et puisse ainsi se détacher de la souffrance. C’est aussi le nom de cet album de Kate Lindsey et Éric Le Sage. Le programme est de fait construit autour &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Saṁsāra : concept présent dans plusieurs religions orientales (hindouisme, bouddhisme…) qui désigne le cycle des renaissances, des réincarnations qui se succèdent sans que l’individu atteigne l’éveil et puisse ainsi se détacher de la souffrance. C’est aussi le nom de cet album de <strong>Kate Lindsey</strong> et <strong>Éric Le Sage</strong>. Le programme est de fait construit autour de deux grands cycles qui retracent des vies de personnages féminins, jusqu’à l’appel de la mort : <em>Frauenliebe und Leben</em>, de Schumann/von Chamisso, et <em>La Chanson</em> <em>d’Ève</em>, de Fauré/Van Lerberghe. Le rassemblement des deux œuvres est assez intéressant, notamment en confrontant les deux images très différentes que les auteurs se font de la femme au sens universel. On apprend également en lisant le livret que la conception de l’album a correspondu à un moment très particulier de la vie de la chanteuse : la disparition de son père en même temps que la naissance de sa fille. Cela suffit à justifier ce titre, les mélodies isolées choisies n’ayant que très peu à voir avec le concept précédemment évoqué. Cet enregistrement a heureusement bien d’autres atouts que sa présentation, à savoir un duo d’artistes prestigieux mais reconnus pour leur intégrité. Les amateurs d’opéra connaissent bien Kate Lindsey pour ses incarnations baroques et ses rôles en pantalon, tandis qu’Éric Le Sage est un chambriste incontournable, et a largement servi Schumann et Fauré au disque. De quoi déjà justifier l’écoute, d’autant plus que <em>La Chanson d’Ève</em> n’est pas l’œuvre la mieux connue de son compositeur. C’est d’ailleurs cette partie du programme qui nous convainc le plus, nous y reviendrons plus tard.</p>
<p>L’album s’ouvre avec « Der Nussbaum », extrait des <em>Myrthen</em> de Schumann, sur un texte de Mosen. S’il expose d’emblée certaines des qualités que l’on appréciera tout au long de l’album (la qualité des piani, la sensation de frémissement, le jeu sur les couleurs), c’est hélas celui qui nous paraît le moins abouti. Le duo est un peu bancal, le piano paraissant toujours en avance par rapport à la voix (notamment du fait de basses désynchronisées de la main droite), créant un léger effet d’agitation. Même si l’on sent Lindsey attentive au mot et au sens, son allemand est un peu lisse. On s’étonne surtout d’une grosse erreur avec un « nächstem » prononcé (et accentué) « nachstem ». C’est peu, mais c’est dommage pour une entrée en matière. Heureusement, on ne retrouve pas ce genre d’approximation par la suite, même si la partie germanique n’est pas celle que nous préférons.</p>
<h3>Vivre pour lui</h3>
<p>Avec les <em>Frauenliebe und Leben</em>, sur des textes de Chamisso, on comprend davantage le projet musical du duo, souvent très juste vis-à-vis de l’esprit du texte. On apprécie l’immense douceur dont tous les deux sont capables, aussi bien que les éclats de joie. Néanmoins, on continue par moments d’être dérangés par des problèmes de cohésion. Le piano semble ainsi avoir une approche très instrumentale du répertoire, pas forcément toujours accordée au rythme de la langue allemande, et se retrouve parfois comme freiné par certains mots que Kate Lindsey cherche à valoriser. C’est cependant une version originale, souvent émouvante et très investie.<br />
Le cycle commence avec la description d’un coup de foudre, « Seit ich ihn gesehen », ici interprété avec une simplicité assez touchante, grâce notamment à un tempo suffisamment allant. Le suivant, « Er, der Herrlichste von allen », probablement l’un des plus beaux du cycle, est aussi l’un des plus réussis de cette interprétation. Alors que les rythmes pointés peuvent parfois lui donner un caractère martial, il n’en est rien ici : l’esprit est noble, mais aussi profondément doux. Tout au plus peut-on trouver que les ornementations, assez élargies, s’y font un peu redondantes. « Ich kann’s nicht fassen » est enthousiasmant par la joie sautillante de son début, très adolescente, et par le temps accordé au texte. Grâce à cette liberté agogique, il n’en est que plus intelligible. Après un « Du Ring an meinem Finger » assez alangui, voici le moment du mariage avec « Helft mir, ihr Schwestern ». Contrairement à beaucoup de versions qui font le choix de faire de la marche nuptiale finale un élément presque comique et séparé, les artistes choisissent ici  de tout prendre avec le caractère solennel et la définition sonore de la fin. C’est très convaincant pour Éric Le Sage, d’autant plus que le rythme est impeccable, mais avec ce tempo il aurait fallu compenser avec un peu plus d’urgence de la part de Kate Lindsey, le lied manquant alors son effet à nos oreilles. « Süßer Freund », moment d’abandon et de sensualité du cycle, bénéficie de pianissimi impalpables et d’une belle écoute harmonique, dans une version remarquable une fois encore de douceur et de délicatesse, notamment avec le soin porté à des mots comme « gut » ou « geliebter ». La montée en puissance lors de l’étreinte est assez saisissante, grâce notamment au soutien du piano, qui crée une animation sans nervosité, quand bien même la transition avec la partie suivante est plus maladroite. Par rapport à d’autres enregistrements, l’évocation du berceau à la fin apparaît moins comme une révélation, le début étant déjà dans une nuance extrême, mais c’est un choix musical qui fonctionne. « An meinem Herzen », est très animé, extraverti, mais nous paraît manquer un peu de tendresse pour une mère qui s’adresse à son enfant, toute euphorique qu’elle puisse être. Le cycle se conclut avec un très beau « Nun hast du mir den ersten Schmerz getan », dont l’expressivité se construit par le jeu sur les consonnes, et l’appui bienvenu de certaines dissonances (« leer », « schleier »). Un postlude de piano un peu trop en avant à notre goût ne suffit pas à dissiper cette dernière bonne impression.</p>
<h3>Le Premier Matin du monde</h3>
<p><em>La Chanson d’Ève</em>, sur des textes de Charles van Lerberghe, est un cycle un peu moins donné, même s’il en existe plusieurs versions très intéressantes (Connolly/Martineau, Deshayes/Lucas, Bunel/Ristorcelli). Aussi peut-on d’abord le présenter brièvement. L’œuvre de Lerberghe, publiée en 1904, est un long poème symboliste, divisé en un prélude et 4 parties : Premières paroles, La Tentation, La Faute et Crépuscule. Là où les parties se rapprochent du déroulé biblique, le poète s’en détache en assumant un manque de continuité et de cohérence (« Ève a pêché ici, et a retrouvé son innocence là-bas », écrit-il en préface). Ainsi Ève n’apparait-elle pas maudite dans les dernières pages, mais toujours apaisée, lumineuse, et encline à l’émerveillement, même à l’approche de sa fin. Plutôt que d’adopter un point de vue moraliste comme cela a pu être fait sur le personnage, Lerberghe en donne sa vision subjective, rêvée : « l’Ève enfant de la nature, l’Ève symbole de toute la grâce féminine ».<br />
Cette idée est renforcée par la mise en musique de Fauré qui, pour ses dix mélodies, choisit 7 extraits des Premières Paroles, et aucun de La Faute. À la seule exception de la 9e mélodie, la douleur ou l’idée de culpabilité se trouvent donc évacuées, au profit d’une esthétique très sensorielle qui fait la part belle aux splendeurs du jardin d’Éden. L’un des écueils faciles dans cette musique est de tomber dans l’hédonisme, et de ne pas réussir à renouveler le discours (comme souvent avec le Fauré tardif). Ce n’est pas le cas de cette version, toujours riche de sens (et de mystère) tout en restant très séduisante plastiquement. Contrairement aux réserves qu’on pouvait avoir avec Schumann, le duo est ici complètement fusionnel, que ce soit en terme de couleurs ou de phrasés. Évacuons donc rapidement le seul élément qui peut nous poser problème : le français de Kate Lindsey est globalement compréhensible, grâce à la justesse des intentions, mais ses voyelles manquent régulièrement de définition (les nasales, comme souvent avec les chanteurs étrangers, mais aussi les [ɘ] qui se transforment parfois en [a]). Ce n’est pas dramatique, mais avec des textes aussi riches en images et symboles, l’auditeur peut parfois avoir besoin de se référer à un support écrit pour tout saisir.<br />
La première mélodie « Paradis », qui annonce le projet du cycle, fait immédiatement bonne impression. La naissance d’Ève, le « premier matin du monde » est évoqué d’abord avec une nudité qui rappelle le plain-chant, grâce aussi à la prise de son légèrement réverbérante. La conduite harmonique, le son de duo, sont très aboutis, mais on apprécie encore davantage la structuration du texte. La progression musicale suit complètement le sens du poème, loin d’une contemplation immobile, créant une superbe ouverture à ce qui va suivre. Ces qualités esthétiques et rhétoriques se retrouvent tout au long du cycle, que nous n’allons donc pas chercher à détailler. Si certains nous séduisent moins, en nous paraissant manquer de souplesse (« Dans un parfum de roses blanches »), on retient surtout de vraies réussites, comme « Eau vivante », exemplairement fluide, et surtout les deux derniers. Avec « Crépuscule », on retrouve ainsi dans un premier temps l’impression de néant originel que nous avait procurée le premier, avant de se diriger vers une violence, pas éclatante, mais déchirante, dans la dernière strophe. Enfin, « O mort, poussière d’étoiles », nous séduit totalement. Le duo y est complètement fusionnel, dans un tempo très juste, calme mais déterminé, toujours phrasé sur le long terme. Cette fin apaisée conclut en douceur une lecture sensible et juste.</p>
<h3><span style="color: #750202; font-size: 1.666667rem;">Florilège final</span></h3>
<p>Le geste aurait été plus signifiant pour nous de terminer le disque sur ces dernières notes, plutôt qu’avec les quelques mélodies rajoutées à la suite, sans trop de liant, même si l’on y entend quelques très belles choses. Plutôt qu’un « Lotosblume » un peu trop allant et concret à notre goût, on retient ainsi un très beau « Clair de lune ». On a beau avoir l’impression de connaître le poème de Verlaine et la musique de Fauré par cœur à force de l’entendre, la mélodie nous touche quand elle est interprétée avec cette justesse-là. Que ce soit par le chant du piano, le choix de tempo ou de phrasé, le duo confère à la musique une monotonie mélancolique tout à fait adéquate, avant la légère éclaircie de la dernière strophe. Une version humble et émouvante. Enfin, l’album se clôture avec un dernier extrait des Myrthen, « Du bist wie eine Blume », fidèle à toutes les qualités plastiques qu’on a pu trouver à l’album.</p>
<figure id="attachment_187180" aria-describedby="caption-attachment-187180" style="width: 785px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="size-full wp-image-187180" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_8859.jpeg" alt="" width="785" height="600" /><figcaption id="caption-attachment-187180" class="wp-caption-text">©️Gianni Rizzotti</figcaption></figure>
<p>Si la partie germanique a pu nous frustrer au début du disque, notamment pour des problématiques de duo, ce n’est pas ce que l’on retient à l’issue de la dernière piste. On a surtout envie de recommander cet album pour ce qu’il comporte de délicatesse, de finesse d’interprétation poétique, et pour une version de <em>La Chanson d’Ève</em> aussi séduisante qu’intéressante. Non seulement ce sont deux artistes passionnants individuellement (les pianissimi de Kate Lindsey justifient à eux seuls l’écoute), mais leur collaboration aboutit ici à une proposition singulière, humble et touchante. A conseiller aux fans des artistes et de Fauré. Dommage que, comme souvent, l’aspect visuel de l’album mette l’accent sur une chanteuse star, plutôt que sur le duo, dans un répertoire purement chambriste…ce qui fait encore moins sens au vu de la notoriété de ce pianiste.</p>
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		<title>Récital Sandrine Piau &#8211; Namur</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/chansons-damour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Sandrine Piau possède une voix qu’on reconnait aisément par sa clarté, la précision de son intonation, son délicieux petit vibrato, source de couleurs et de charme, le tout empreint d’une grande pureté. Il en va ainsi depuis le début de sa carrière, qu’elle mène très intelligemment, consciente des répertoires qui lui conviennent, dont elle ne &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Sandrine Piau</strong> possède une voix qu’on reconnait aisément par sa clarté, la précision de son intonation, son délicieux petit vibrato, source de couleurs et de charme, le tout empreint d’une grande pureté. Il en va ainsi depuis le début de sa carrière, qu’elle mène très intelligemment, consciente des répertoires qui lui conviennent, dont elle ne sort guère et pourquoi le ferait-elle ? La mélodie française, à laquelle était principalement consacré le récital namurois, fait partie de ceux-là. Elle n’hésite pas à y mêler des pages germaniques (elle l’a souvent fait dans ses enregistrements thématiques) tout en respectant une unité d’intention. La soprano est aussi excellente musicienne, très raffinée dans ses interprétations, avec une maîtrise accomplie du sens de la phrase et une grammaire bien rôdée de petits effets d’interprétation dont elle use avec beaucoup de discernement. Elle a longtemps eu pour partenaire Susan Manhoff, avec qui elle formait un duo exceptionnel de complicité et de raffinement, mais ces temps-là sont révolus ; et c’est donc avec <strong>Eric Le Sage</strong> qu’elle poursuit sa route.</p>
<p>C’est devenu un passage obligé ces deux ou trois dernières années :&nbsp; partout les producteurs de concert souhaitent mettre en avant les œuvres des compositrices longtemps délaissées, partout les artistes se plient à cette suggestion. Et donc, en ouverture de programme, Sandrine Piau et Eric Le Sage donnaient trois Lieder de Clara Schumann issus de l’opus 13, composés entre 1840 et 1843, au début de son mariage avec Robert. Ils sont magnifiques, ces Lieder de Clara Schumann, et n’ont rien à envier à ceux d’autres grands compositeurs allemands. Un peu troublés par un problème de tourne en tout début de programme (les partitions sur tablette numérique ne résolvent pas tout) nos deux artistes se sont vite repris pour aborder ensuite Chausson, que Sandrine Piau interprète avec grand soin et beaucoup de poésie, puis deux mélodies de Poulenc sur des textes d’Apollinaire où apparaît, heureuse surprise, une solide dose d’humour et de second degré.</p>
<p>Moins investi que sa partenaire, Eric Le Sage nous a semblé en retrait, exagérément discret. Ce pianiste pourtant familier du répertoire et rompu à tous les exercices, est un habile virtuose et allait d’ailleurs livrer en milieu de programme une magistrale interprétation des <em>Variations Symphoniques</em> op.13 de Schumann, enthousiasmante à souhait. Mais sa prestation comme accompagnateur, moins soignée et moins imaginative, n’a pas toujours été à la hauteur de sa partenaire. Ce fut encore le cas pour <em>La bonne chanson</em> (Fauré &#8211; Verlaine) qui clôturait le programme, cycle magnifique mais complexe, à la ligne harmonique particulièrement élaborée, propre à décontenancer les auditeurs les moins familiers – les autres s’en délectent. L’articulation du piano parut ici encore un peu molle et imprécise, avec abondance de pédale pour masquer le tout, mais la chanteuse, moins confiante qu’il n’aurait fallu, réussit quand même, par sa sincérité touchante, à sauver la mise et instaurer un climat délicieusement poétique propre à rendre justice à l’œuvre.</p>
<p>Aucun bis ne vint hélas prolonger l’atmosphère intime et délicate de la soirée.</p>
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		<title>Récital Julian Prégardien &#8211; Namur</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-julien-pregardien-namur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Sep 2024 05:37:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Proposer un récital de Lieder pour ouvrir sa saison, on peut bien dire que le Grand Manège de Namur n’a pas choisi la facilité ! Ce genre à une réputation d’élitisme, il est peu propice à attirer les foules et si les spécialistes s’en délectent, le grand public s’en sent un peu exclu, que ce soit &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Proposer un récital de Lieder pour ouvrir sa saison, on peut bien dire que le Grand Manège de Namur n’a pas choisi la facilité ! Ce genre à une réputation d’élitisme, il est peu propice à attirer les foules et si les spécialistes s’en délectent, le grand public s’en sent un peu exclu, que ce soit par méconnaissance de la langue ou par manque de familiarité avec le répertoire et ses codes.</p>
<p>Or c’est précisément ce à quoi s’attaque <strong>Julian Prégardien</strong> qui ne souhaite qu’une chose, pouvoir partager son amour du Lied avec le plus grand nombre, casser les codes, assouplir le rituel, ou même s’en dégager complètement au profit d’un contact plus direct, plus spontané, plus vrai avec le texte.</p>
<p>Si le cœur du programme était consacré au <em>Dichterliebe</em> de Schumann, c’est par Grieg, dont les Lieder sont moins courus mais qui en composa néanmoins de nombreux cahiers (quelques 150 mélodies), que les deux artistes commencent leur récital. Les six pièces de l’opus 48 datent de 1888 et sont d’une veine tout à fait comparable aux Lieder de Brahms par exemple. Diversité des auteurs des textes, pas de rappel thématique de l’une à l’autre, ces mélodies ne constituent pas à proprement parler un cycle. Leur charme est pourtant bien agissant, avec pour point culminant le très beau <em>Verschwiegene Nachtigall, </em>et le très poétique<em> Ein traum </em>pour conclusion<em>.</em> L’expression très libre et spontanée de Prégardien, soutenu très attentivement par <strong>Eric Le Sage</strong> au piano, confère un charme bien particulier à cette première partie de programme.</p>
<p>La suite, donnée sans interruption, est consacrée aux quatre <em>Nachtstücke</em> pour piano de Schumann, ensemble assez dense et néanmoins fantasque, qui constitue une sorte d’introduction idéale au <em>Dichterliebe</em> qui va suivre et que tout le monde attend.</p>
<p>Liberté de ton et attention très soignée aux textes chantés sont probablement les deux principales caractéristiques de l’interprétation du duo de musiciens, qui font aussi preuve d’une grande familiarité et d’un immense amour de l’œuvre. En véritables chambristes, ils construisent ensemble la tension dramatique qui sous-tend le fil du cycle, mais aussi les moments de détente qui viennent de-ci de-là alléger l’atmosphère. Tout est intense et conduit, mais la spontanéité l’emporte, tout comme le sens de la narration et un énorme pouvoir de conviction qui tient au charisme du chanteur face à son public. Son visage reflète à chaque instant le sens du texte, sans aucune affectation, avec une sincérité parfaite et touchante. Le magnifique <em>Ich grolle nicht</em> à mi-parcours, et le surprenant <em>Ich hab im Traum geweinet</em>, comme suspendu dans les airs et entrecoupé de longs silences qui en renforcent l’étrangeté, sont particulièrement réussis et témoignent de l’expressivité très personnelle du chanteur, de son audace interprétative, de sa constante recherche de sens à travers le texte. Aidé d’Eric Le Sage, fin connaisseur de Schumann et très inspiré également, le chanteur parvient très naturellement à rendre la grande arche poétique que constitue le cycle, tout en réservant un sort particulier à chaque mélodie dans un parfaite continuité d’intention jusqu’au postlude final.</p>
<p>Largement applaudis par le public, les deux artistes donneront encore deux bis, <em>Dein Angesicht</em> et pour finir le très célèbre <em>Widmung</em>, touchant hommage de Robert Schumann à Clara, grâce auquel chaque membre du public peut quitter la salle le cœur comblé.</p>
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		<title>Dichterliebe</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/dichterliebe-un-theatre-amoureux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Jul 2020 05:04:29 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il faut toujours lire ses confrères, surtout les bons. C’est à une petite note de Jean-Charles Hoffelé que je dois d’avoir découvert une merveille qui m’avait échappé. Certes, ce n’est pas une nouveauté (avril 2019), mais qu’importe, n’est-ce pas ? Il y a des interprétations, dont on sait qu’on les aimera longtemps. C’est en somme &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il faut toujours lire ses confrères, surtout les bons. C’est à une petite note de Jean-Charles Hoffelé que je dois d’avoir découvert une merveille qui m’avait échappé. Certes, ce n’est pas une nouveauté (avril 2019), mais qu’importe, n’est-ce pas ? Il y a des interprétations, dont on sait qu’on les aimera longtemps.</p>
<p>C’est en somme un paysage sentimental, fervent et désespéré, que propose ici <strong>Julian Prégardien</strong>.<br />
	Au centre, l’archétype du cycle de lieder romantique, <em>Dichterliebe</em>, seize miniatures, seize poèmes du <em>Buch der Lieder</em> de Heinrich Heine. Autour d’elles, quelques lieder et des pièces pour piano seul.</p>
<p>La première pièce de l’album est un superbe lied à deux voix, <em>In der Nacht</em>, extrait du <em>Spanisches Liederspiel</em> : d’abord s’élève une voix féminine, ici <strong>Sandrine Piau</strong>, et c’est sur le mot « <em>Liebe »</em>, qu’elle sera rejointe par la voix masculine, celle si ronde, si chaude, si effusive de Julian Prégardien, toutes deux s’entremêlant en deux lignes amoureuses.</p>
<p>Tel sera le paysage de ce programme, conjugal en somme, à l’image de ce couple qui dut conquérir devant un tribunal le droit de s’unir, face à l’interdit du père Wieck (personnage plus complexe que sa légende).<br />
	Et Clara sera donc sans cesse en arrière-plan d’un album, qui est avant tout un portrait musical du Dichter.</p>
<p><strong>Un couple uni par la musique</strong></p>
<p>Quand il découvrit la <em>Romance op. 11 n° 2 </em>de Clara, la dernière pièce qu’elle signa du nom de Clara Wieck, Robert lui écrivit : « À l’écoute de ta <em>Romance</em>, j’ai <em>entendu</em> une nouvelle fois que nous devions devenir mari et femme ». C’est lui qui souligne <em>entendu</em>. Et cette Romance datée de novembre 1839 fait écho aux <em>Romances</em> de Robert, <em>op. 28 n° 1 et 2</em>, achevées quelques semaines auparavant. La deuxième, en fa dièse majeur, est d’une délicieuse simplicité sur le cristallin Blüthner que joue (merveilleusement) <strong>Eric Le Sage</strong>.</p>
<p>Il est typique de l’esprit Biedermeier, ce mot <em>Romanze</em>, non moins que le mot <em>Ballade</em>. Et c’est une Ballade que <em>Die Löwenbraut</em> (La fiancée du lion), sur un texte de Chamisso, long récit, un peu chanson de geste, où l’on voit un lion, qui pourrait être Robert, ne pas vouloir que lui soit arrachée sa fiancée. Les mots du poète avaient de quoi les troubler tous deux :<br />
	« Nous étions, aux jours qui ne sont plus, / De fidèles compagnons de jeu, / Nous nous chérissions et nous aimions. / J’ai grandi, tu le vois : je ne suis plus / La petite fille aux sentiments enfantins. »<br />
	Plus tard, de Chamisso aussi, Robert mettra en musique <em>L’Amour et la Vie d’une Femme.</em> Mais comment ne pas retrouver déjà dans ces vers le souvenir de la maison Wieck, quand la petite fille était troublée par la présence du nouvel élève de son père, ce jeune homme silencieux qui hésitait encore entre littérature et musique, autant qu’il hésitait entre d’ardentes affections masculines et d’éphémères amourettes désincarnées.</p>
<p>Autre perle et confidence à deux, la chanson populaire « Wenn ici ein Vöglein wär<em>»</em>, dont Clara fit un canon à deux voix, enrichi ensuite par Robert, écriture à deux mains, datée de novembre 1840, premier retour au lied après l’angoisse du mariage.</p>
<p>Ces petites pièces, et aussi le très tourmenté <em>Mein Herz ist schwer</em> extrait de <em>Myrthen</em>, op. 25 (« Je dois pleurer, / Sinon mon coeur sombre va se consumer »), entourent, sertissent <em>Les Amours du Poète</em>, dont Julian Prégardien offre, après tant d’autres qu’on n’oublie certes pas *, une lecture palpitante d’urgence et d’intimité.</p>
<p><strong>L’expressivité d’abord</strong></p>
<p>L’oreille sera parfois surprise par de minuscules détails inhabituels, inflexions, ornements, accents, que Julian Prégardien se donne le droit d’apporter à l’illustre cycle (et Sandrine Piau vient susurrer un confidentiel « Ich liebe dich », dans <em>Wenn ich in deine Augen seh’</em>).<br />
	« Robert Schumann aurait sans doute rejeté certaines de mes modifications. D’autres, je l’espère l’auraient fait réfléchir », écrit le ténor. Et parfois c’est aux esquisses de certains lieder qu’il revient, les estimant « bien plus convaincantes d’un point de vue rythmique ou déclamatoire ». Par exemple, l’auditeur sera pour le moins secoué ou désarçonné par la fureur, l’âpreté avec lesquelles sont chantés les vers « Sie hat ja selbst zerrissen, / Zerrissen mir das Herz », (Car c’est elle-même qui a déchiré, / déchiré mon coeur), à la fin du lied <em>Und wüssten’s die Blumen, die kleinen</em>.</p>
<p>C’est donc une interprétation très engagée, pressante, nerveuse, dramatique, juvénile, et Eric Le Sage, tout en vivacité, est à l’unisson du climat passionnel, furieusement romantique, ou romanesque, insufflé par Julian Prégardien. La voix est belle, charmeuse parfois, même si elle ne se préoccupe pas de faire du beau son. C’est d’un théâtre amoureux qu’il s’agit, et le naturel, la sincérité, l’impudeur même, l’urgence embrasent les vers de Heine, qui sont dits autant que chantés.</p>
<p><strong>Violence et passion</strong></p>
<p>Le cycle évoque l’histoire d’un amour, sa naissance, l’éloignement de l’aimée, la trahison, le désespoir du Poète, auquel Julian Prégardien prête sa voix. Et on admire tour à tour la virulence (<em>Das ist ein Flöten und Geigen</em>, le n° 9, qui marque la trahison de la bien-aimée, qui en épouse un autre), l’épuisement et le désespoir (<em>Hör’ ich das Liedchen klingen</em>), l’amertume sardonique typiquement Heine (<em>Ein Jüngling liebt ein Mädchen</em>), la douceur élégiaque (<em>Am leuchtenden Sommermorgen</em>), bref toute une palette de couleurs de sentiments, portée par la souplesse des phrasés, la versatilité des climats et une manière de lumière intérieure.</p>
<p>Redisons à quel point Eric Le Sage se place sur le même plan avec son merveilleux Blüthner de 1856. On sait que chacun des lieder se termine par un postlude impertinent ou sentimental, qui conduit au lied suivant, par un chemin harmonique et rythmique impalpable. Le parfait schumannien qu’est Eric Le Sage fait de chacun un petit bijou d’invention.</p>
<p>L’album se conclue avec <em>Mein Wagen rollet langsam</em>, lied publié tardivement, mais qui fut conçu pour faire partie de <em>Dichterliebe </em>(c’est l’un des quatre lieder retirés au moment de la publication par Peters en 1844, après que trois autres éditeurs s’étaient récusés…) La partie pianistique, toute en caprices, méandres, improvisations, est ici primordiale (d’ailleurs écrite en premier) et le texte, qui semble côtoyer les territoires de la folie, se pose sur elle, à la manière d’un <em>sprechgesang</em> avant l’heure. Dommage que Julian Prégardien pour cette dernière plage, étonnamment, pêche par trop de retenue. En profiter pour réécouter de ce lied une interprétation hallucinée/hallucinante (voir note ci-dessous…)</p>
<p>	*…et d’abord Fischer-Dieskau, bien sûr. Soit dit en passant, le In der Nacht par Julia Varady et lui (et Christoph Eschenbach) nous semble insurpassé..</p>
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