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	<title>Rebecca LEGGETT - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Rebecca LEGGETT - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>HAENDEL, Il trionfo del Tempo e del Disinganno &#8211; Montpellier (Festival Radio France)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 10 Jul 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Premier et ultime oratorio, puisque repris en anglais au terme de la vie créative de Haendel, c’est la version originale, italienne, que restitue ce soir William Christie. On chercherait vainement quel grand chef baroque, en dehors de lui, ne l’a pas inscrit à son répertoire tant l’ouvrage se prête à une exécution captivante, en mobilisant &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Premier et ultime oratorio, puisque repris en anglais au terme de la vie créative de Haendel, c’est la version originale, italienne, que restitue ce soir <strong>William Christie</strong>. On chercherait vainement quel grand chef baroque, en dehors de lui, ne l’a pas inscrit à son répertoire tant l’ouvrage se prête à une exécution captivante, en mobilisant des moyens relativement limités (4 solistes seulement). Cependant, bien que fin connaisseur de Haendel, c’est la première fois que le jeune octogénaire l’aborde pour une tournée des festivals (1), et l’on se réjouissait à la perspective du concert qu’il nous offre, respectueux de la forme de l’oratorio, qui rend aux textes et à la musique toute leur force expressive (2). La vaste salle du Corum, qui n’est pas spécifiquement dédiée aux œuvres baroques, est comble. Elle sera comblée, les ovations d’une salle enthousiaste, seront justifiées par la quasi-perfection de la réalisation orchestrale et vocale. <em>Les Arts Florissants</em> ont-ils été plus disciplinés, plus virtuoses et plus malléables, à l’égal des <em>Berliner Philharmoniker</em> sous la férule de Karajan ? Le souvenir de la <em>Kleine Nachtmusik</em> de Mozart, confiée aux cordes de la formation berlinoise, avec ce que cela comportait d’admirable mais hors-sujet, nous vient à l’esprit. Car c’est à une véritable symphonie baroque que l’on assiste. Le sur-effectif des cordes (3), la disposition « traditionnelle », avec les bois derrière celles-ci, et quelque peu occultés par cet écran et le déséquilibre créé, un chef au pupitre, alors qu’on l’attendait au clavecin (quasi inaudible) et à l’orgue, c’est un peu comme Boulez dirigeant <em>Water Music</em> (il y a 50 ans). William Christie se montre très attentif au chant de ses solistes, il prononce silencieusement le texte, ostensiblement.</p>
<p>On ne peut qu’admirer la parfaite cohésion, la sophistication, le souci du moindre détail (4), l’indéniable unité de l’ensemble forgé au fil des décennies. Mais où sont l’imagination, la fantaisie, la liberté et l’improvisation, sinon celles fixées dans l’écriture qu’impose le chef ? Ajoutez à cela la basse continue, aux instrumentistes dispersés dans l’orchestre (tout comme le concertino où brillent particulièrement Emmanuel Resche-Caserta, et David Simpson), basse continue aussi sage, véloce, proprette, qu’insignifiante et terne nonobstant sa dynamique, et vous aurez compris que, malgré les possibles imperfections de formations plus légères et authentiques, on en préfère la verdeur, la liberté, la force expressive à une réalisation millimétrée, ciselée, dont l’homogénéité du son, la fusion des timbres (que la prise de son de Radio-France a certainement corrigée) nous privent du fruité comme de l’alacrité des couleurs.</p>
<p>La Beauté, livrée au Plaisir, sera convertie par les propos moralisateurs du Temps et de la Désillusion pour choisir le couvent, un cilice et les épines sans les fleurs. Avec deux duos, deux quatuors et quelques pages instrumentales, particulièrement l’ouverture et l’ample Sonata que Haendel a insérées dans l’oratorio, ce sera une succession d’airs (pas loin de 25), plus ou moins développés et de récitatifs de liaison, généralement brefs.</p>
<p>Après les réserves du début sur l’approche orchestrale de l’ouvrage, place aux éloges. On ne présente plus la délicieuse <strong>Julie Roset</strong>, révélée par <em>le Jardin des Voix</em>. Sa Bellezza a la séduction, la fraîcheur attendues. On est ébloui par la pureté d’émission, la délicatesse de la ligne, la sûreté des moyens comme la finesse de l’ornementation. Rayonnante, mutine, dès son deuxième air, son évolution psychologique a-t-elle été jamais mieux traduite ? L’adagio <em>Io sperai</em>, avec le hautbois solo, où le doute la ronge, est chargé de sensibilité. Pour ne pas faire plus long, allons à son ultime air, <em>Tu del ciel ministro,</em> sur lequel s’achève l’ouvrage. Avec le violon solo, admirable, on atteint un sommet d’émotion juste, d’une beauté suprême, lumineuse dont on cherche l’équivalent. Mentionnons aussi son air <em>Un pensiero nemico di pace</em>, qui impressionne par son incroyable virtuosité, dont le da capo est pris à la cravache, sans jamais la mettre en péril. Lister ses qualités appellerait un trop long développement. L’émission chaude, charnue et pleine, la longueur de souffle, la légèreté et la projection, tout force l’admiration. Certainement une des plus grandes voix de notre temps.</p>
<p>Les trois autres jeunes chanteurs que nous retrouvons à cette occasion nous viennent de la Juilliard School, avec laquelle notre chef a noué des liens solides. <em>Lascia la spina</em>, que chante Piacere, est la page la plus connue, lacrymatoire, quand elle n’est pas larmoyante (5). Mais il serait injuste de réduire le rôle qu’incarne <strong>Rebecca Leggett</strong> à ce seul air, au demeurant fort bien chanté. Nous retiendrons <em>Un leggiadro giovinetto</em>, comme son merveilleux duo avec Bellezza, <em>Il voler nel fiol</em>. Dans ce dernier, l’accord des voix est idéal, servi par des traits impeccables de précision, de souplesse et de légèreté. C’est dans son dernier air, <em>Come nembo</em>, figuraliste (les nuages orageux, le vent&#8230;), qu’elle culmine, impressionnante de souffle et de virtuosité. Avec l’ajout d’un zeste de sensualité, de séduction, et de rondeur, nous tenons là une Piacere de grande qualité. <strong>Jasmin White</strong>, tout de noir vêtue, chante Disinganno. Servie par une voix ample, égale, bien timbrée, conduite avec art, notre contralto impressionne par ses qualités. Chacun de ses cinq airs est un moment de bonheur. Puisqu’il est impossible de les commenter individuellement, citons, avec les flûtes, le <em>Crede l’uom</em>, et le <em>Più non cura</em>, sans oublier le précédent <em>l’Uomo sempre</em>, dont le quatrain est merveilleusement illustré. Le registre grave, sans poitrinage, est plein, rond, à l’égal de toute la tessiture. Du bonheur.Tempo, confié à<strong> James Way</strong>, s’impose dès son premier air, dramatique, <em>Urne voi !.</em> Le timbre est riche, comme la palette expressive, le chant est sonore, d’une projection et d’une articulation exemplaires. Si le deuxième souffre d’un orchestre impérieux, où les flûtes se joignent sans raison aux hautbois, le suivant, rageur, permet au chanteur de faire montre d’une virtuosité rare. Un grand ténor, promis à une belle carrière. Les deux quatuors sont remarquables, notre préférence allant au second, riche et ample, annonciateur du dénouement. Mentionnons enfin les récitatifs confiés aux chanteurs, qui valent par leur réelle expressivité</p>
<p>Ne boudons pas notre plaisir, car il fut réel. Malgré les réserves liées au choix d’un orchestre surdimensionné et aux quelques observations qui interrogent, la qualité exemplaire de l’ensemble – puissant, virtuose, contrasté, léché mais aseptisé – et des voix, superlatives, nous a valu une soirée que la plupart des auditeurs garderont longtemps en mémoire.</p>
<pre>(1) Après la Grange au Lac, Saint-Michel en Thiérache et avant que le même programme soit repris à Bad Kissinger (le 10) puis à Peralada (le 12).

(2) Malgré sa destination et l’absence d’action de cette allégorie moralisante, metteurs en scène et chorégraphes se sont appropriés l’ouvrage, de Bieito à Warlikowski, en passant par Ted Huffmann et d’autres. 

(3) 5 violons I, 4 violons II, 3 altos, 4 violoncelles et une contrebasse. C’est presqu’autant que dans <em>le Concert d’Astrée</em>, que dirigeait Emmanuelle Haïm à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/il-trionfo-del-tempo-e-del-disinganno-aix-en-provence-papa-maman-le-plaisir-et-moi/">Aix-en-Provence</a> – avec l’excuse qu’il s’agissait de la réalisation scénique de Warlikowski. C’est plus que la totalité des musiciens d’Ottavio Dantone à<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/il-trionfo-del-tempo-e-del-disinganno-beaune-le-triomphe-de-la-beaute-du-plaisir-et-de-lemotion/."> Beaune</a>, en 2021  Ajoutons à cela le fait que la partition a été écrite pour deux instrumentistes jouant à la fois le hautbois et le traverso. Ici, les deux timbres sont souvent mêlés. 

(4)Lle premier air de Disinganno, sur une ligne de basse obstinée confiée au violoncelle solo et à l’orgue avec le théorbe. Autre exemple, plus discutable, le travail d’orchestration auquel s’est livré le chef pour le duo <em>Il bel pianto</em> (Disinganno-Tempo), dont Haendel ne nous offre de nouveau que la partie de basse – quasi obstinée - pour accompagner les deux voix. Confiée au seul violoncelle solo pour commencer, elle va s’amplifier démesurément pour gagner tout l’orchestre. Pourquoi pas ? Encore que la nudité de la ligne de basse peut paraître suffisante sans qu’il soit besoin d’ajouter cet effet, manifestement spectaculaire. 

(5) Réemploi dans <em>Rinaldo</em> (1711) avec les paroles « <em>Lascia ch’io pianga</em> . Gérard Corbiau dans son « Farinelli » (1994) participera à la popularité de cette page.</pre>
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		<title>PURCELL, The Fairy Queen – Thiré</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/purcell-the-fairy-queen-thire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Aug 2023 03:53:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;est avec la représentation de The Fairy Queen que se termine la première journée de la 12e édition du festival «&#160;Dans les jardins de William Christie ». La narration de la première partie de la journée est à retrouver ici. Le miroir d’eau qui fait face aux terrasses du bâtiment, la maison de William Christie, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>C&rsquo;est avec la représentation de The Fairy Queen que se termine la première journée de la 12<sup>e</sup> édition du festival «&nbsp;Dans les jardins de William Christie ». La narration de la première partie de la journée est à retrouver <a href="https://www.forumopera.com/thire-une-experience-paradisiaque/">ici</a>.</strong></p>
<p>Le miroir d’eau qui fait face aux terrasses du bâtiment, la maison de William Christie, est déjà prêt pour l’événement du soir. Toutes les chaises du public sont disposées en éventail entre le jardin à la française et le canal sur lequel a été installée une plateforme pour l’orchestre, les chanteurs et les danseurs. On se dit que le décor est bien minimaliste&nbsp;: en l’occurrence, seules trois chaises jaunes sont placées devant les pupitres. Après un rapide dîner pris d’un côté par les équipes du festival et de l’autre par les visiteurs qui profitent de notre Glyndebourne à la française, tout le monde va s’installer face à la scène, dans une jauge élargie, puisque le nombre des billets vendus à l’avance correspond à la capacité d’accueil de la salle prévue en cas de nécessité de repli si la météo se révèle capricieuse. Or, pour ce soir, la nuit s’annonce chaude, claire, voire idéale pour le spectacle, car sans lune et avec un doux zéphyr qui soufflera à peine, si l’on y prête attention. Les deux premières rangées sont réservées aux invités de marque et le reste du public est séparé par une petite allée. Nous sommes juste derrière, bien en face de la scène flottante, avec dans le viseur une silhouette familière, celle de William Christie en personne. On ne peut s’empêcher de sourire car c’est un peu comme si on se trouvait plongé dans la célèbre gravure de Jean Lepautre où l’on voit de dos Louis XIV et sa cour contempler <em>Alceste</em> qui a pour décor principal le palais de Versailles. Notre miroir d’eau donne sur une sorte de portique végétal constitué de plusieurs arches en laurier du Portugal et le bassin de près de 100 mètres de long est bordé d’une double allée de platanes étoffée par une haie de charmes, ce qui en fait un merveilleux théâtre, entre fastes à la française (le Le Nôtre de Vaux-le-Vicomte, par exemple) et à la romaine (les jardins de la Villa d’Este à Tivoli croisés avec ceux de la Villa de l’empereur Hadrien, notamment).</p>
<p>L’orchestre des Arts florissants, son chef <strong>Paul Agnew</strong>, les chanteurs et les acteurs sont tous identiquement vêtus d’un tailleur pantalon noir, le col ouvrant sur une chemise blanche mais au fur et à mesure que tomberont les vestes, un arc-en-ciel de couleur va se faire jour. Le décor se réduit à une double banquette noire et les trois chaises boutons d’or déjà évoquées plus haut. Un choix qui ne laisse d’intriguer. On se promet de poser la question, au cours des deux entretiens prévus le lendemain, de la signification de cette couleur à Paul Agnew et au chorégraphe <strong>Mourad Merzouki</strong> qui a assuré la mise en espace&nbsp;: s’agit-il d’une allusion au Roi-soleil, à l’astre lui-même, au divin, à la tromperie ou autre fantaisie…&nbsp;? En attendant, le baryton <strong>Hugo Herman-Wilson</strong>, qu’on avait quitté auparavant sur les terrasses, arrive sur scène en titubant, maladroit dans son grand corps, avant de s’étaler de tout son long. Il incarne le poète ivre et on le trouve bien gauche. La suite montrera que cette entrée en matière un peu chaotique nous préparait à la transformation à venir et que ce dérapage est tout ce qu’il y a de plus contrôlé. Le poète ivre va vivre dans le rêve et nous aussi.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Festival-Jardins-William-Christie-2314-JGazeau-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-139843"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Julien Gazeau</sup></figcaption></figure>


<p><em>The Fairy Queen </em>est lié au <em>Songe d’une nuit d’été </em>de Shakespeare où au moins trois univers se côtoient, avec notamment le monde réel et celui des dieux en parallèle. Le parti pris par Paul Agnew et William Christie pour notre spectacle a été de se débarrasser totalement de la pièce au profit des seuls interludes ou masques créés par Purcell. L’idée a été de les transformer en ballet en les mettant bout à bout, sans chercher de fil conducteur là où il n’y en avait pas et les traitant pour ce qu’ils sont&nbsp;: des divertissements. «&nbsp;<em>J’entends une étrange musique, qui résonne dans les airs. C’est une musique de fée, envoyée par moi pour vous guérir de votre incrédulité</em>&nbsp;». Cet extrait de l’œuvre de Purcell a pu servir de fil conducteur et toute la chorégraphie va mettre en valeur le génie du musicien. Et il faut dire que cela fonctionne à merveille. Dès les premières minutes, on est pris dans une féerie ensorcelante qui naît à partir du quotidien et sourd de la simplicité apparente. Et un prodige se produit&nbsp;: on s’est laissé prendre par la main pour virevolter dans ce monde magique, comme si un charme mystérieux nous avait été versé sur les paupières.</p>
<p>Une fois n’est pas coutume, il ne sera pas question ici des qualités des uns et des autres. C’est à un ensemble qu’on a affaire et ces danseurs, chanteurs et musiciens sont en fusion totale, tous au service de la musique, qu’ils mettent en relief et en évidence comme jamais. Chacun donne son meilleur, galvanisé ou envoûté par l’un ou l’autre de ses partenaires. Paul Agnew dirige les <strong>Arts florissants</strong> avec beaucoup de sensualité, mais surtout une complicité et une confiance visiblement totale. Il se repaît lui aussi du spectacle, lançant des œillades énamourées et émerveillées sur les artistes. Ce qui se passe sur scène est époustouflant, incroyable, surnaturel. Le chorégraphe <a href="https://www.forumopera.com/mourad-merzouki-la-musique-baroque-est-pensee-pour-la-danse-on-lecoute-et-la-choregraphie-se-dessine-comme-un-tapis-quon-deroule/">Mourad Merzouki</a> a travaillé avec des danseurs qui sont des professionnels du hip-hop et du breakdance, mais il a également dans cette troupe deux artistes de formation classique qui arrivent tout droit de la Juilliard School. Ainsi, un mouvement commencé par un chanteur (car ils ont tous été contraints à danser, on ne leur a pas laissé le choix), se prolonge en entrechat et arabesque baroque avant de se terminer en danse échevelée ou en gestes merveilleusement saccadés. Le passage d’une technique à l’autre se fait dans la fluidité la plus totale et l’évolution d’un mouvement naturel en pure et délicate broderie du geste se fait sans qu’on s’en rende compte, avec une évidence irréfragable. À la fin du spectacle, on ne sait plus qui est chanteur ou danseur, tant la fusion est absolue. Même notre poète ivre a déployé des trésors de souplesse, de grâce et de beauté dans ses déambulations. On se prend par moments à se dire que tout cela est si simple. Mais c’est comme pour le <em>parlar cantando</em> baroque. Essayez donc un peu pour voir&nbsp;! Le langage une fois constitué n’efface pas les difficultés et les chausse-trapes qui le constituent. Les corps entrelacés ou affectueusement emboîtés forment de superbes tableaux vivants, un peu comme la <em>Descente de croix </em>de Pontormo transposée au cinéma par Pasolini. En voyant les chanteurs, tous lauréats de la 11<sup>e</sup> édition du Jardin des Voix, danser aussi bien, on se dit que c’est finalement à la portée de tout le monde, avant de se rendre compte que dans le groupe où l’on ne reconnaît plus personne, l’un des danseurs, véritable élastique, est en train de tourner sur sa tête… On pense beaucoup au savoir-faire de Pina Bausch marié à l’art de Chaplin mais surtout à celui de Buster Keaton, cet acrobate athlète sorti du music-hall dont on se dit que l’art de se réceptionner sur la nuque sur laquelle il tournoie à chaque chute a sans doute pas mal influencé les danses actuelles. Mais surtout, on ne peut s’empêcher de constater que pour faire fusionner l’humain et le divin, il n’y avait pas meilleure idée que l’avalanche de combinaisons de gestes qu’on a sous les yeux…</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Festival-Jardins-William-Christie-2504-JGazeau-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-139846"/></figure>


<p>Et la musique et le chant dans tout ça ? Eh bien, tous les sens sont à la fête ce soir et les riches sonorités de l’orchestre infusent en nous comme jamais. Une petite mention spéciale à la percussionniste des Arts florissants, l’inénarrable <strong>Marie-Ange Petit</strong>, qui nous ferait croire sans restriction que ce sont les oiseaux cachés dans les arbres qui jouent aux figurants merveilleusement sonores. Les solistes et notamment le premier violon <strong>Augusta McKay Lodge</strong> faussement désinvolte mais authentiquement virtuose s’avancent sur la scène et participent à la chorégraphie d’ensemble, ce qui porte notre bonheur à son comble. Au final, tout le monde chante, y compris les danseurs, on n’en croit d’abord pas ses yeux puis ses oreilles… Les chanteurs, eux, nous ont fait passer entre autres par tous les états saisonniers, incarnant superbement automne, hiver, printemps et été avec un nuancier des plus variés. Là encore, au milieu de cette excellence collective où tout semble si naturel et pourtant absolument sublimé, affichons une fois de plus, en toute subjectivité, une toute petite préférence pour la mezzo <strong>Georgia Burasko</strong> dont la ductilité et l’expressivité au charisme irrésistible la font passer d’un affect à un autre en un tournemain. Mais il faut bien avouer que le petit miracle qui vient de se dérouler devant nos yeux et nos oreilles nous a fait oublier toute velléité de faire du cas par cas, activité qui nous paraît sur l’heure totalement déplacée dans ce cadre où même les arbres semblent frémir en accord avec les protagonistes, comme dans les tableaux de Fragonard où tout fusionne amoureusement.</p>
<p>Au terme de deux fois une heure d’un spectacle passé comme un éclair avec la sensation d’avoir entendu la musique de Purcell comme jamais, le public jubile et William Christie applaudit, les mains bien haut. Le miroir d’eau scintille dans la douce nuit enchanteresse et avant de sortir, nous passons dans les jardins savamment éclairés avant de célébrer le succès de cette première au café où le jardin éphémère d’aromatiques achève de nous faire vriller l’odorat avec des odeurs de camphre, de basilic, d’anis ou de patchouli. Un peu comme lorsqu’on sort d’un spectacle à la Fenice et qu’on continue en remontant les canaux dans une gondole. Autant dire que la magie ne s’arrête plus, comme si l’on nous avait versé une poudre d’or magique sur les yeux aux effets pérennes. Tout le monde semble se déplacer sur un petit nuage et les yeux brillent, brillent, brillent… Il va pourtant falloir rentrer dormir, la <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/affetto-et-affetti-thire/">journée de demain</a> s’annonce elle aussi bien remplie en émotions.</p>
<p>Mais il faudra courir voir ce spectacle qui va encore évoluer et dont la tournée internationale ne fait que commencer, on en prend le pari.</p>


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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Dancing and playing &quot;The Fairy Queen&quot;, Purcell (extract)" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/W21sfGoABOM?list=PL8ltSP2mqeAg9rZKO00Kecz5cbGxObl-k" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Festival 2023 : musique baroque Dans Les Jardins de William Christie" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/DEWta9FPA_w?start=11&#038;feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></div>
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<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Festival Dans les Jardins de William Christie 2023 : clap de fin" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/0OfcRu9zLo8?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></div>
</div><figcaption class="wp-element-caption">Le mot de la fin du Festival dans les Jardins de William Christie et l&rsquo;annonce de la suite avec une tournée pour <em>The Fairy Queen.</em></figcaption></figure>
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		<title>Révélation des lauréats de la 11e Académie du Jardin des Voix</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/revelation-des-laureats-de-la-11e-academie-du-jardin-des-voix/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 26 Jun 2022 06:51:27 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le nom des huit lauréats de la 11e Edition du Jardin des Voix, l’académie pour jeunes chanteurs des Arts Florissants, a été révélé : Paulina Francisco, soprano • Usa Georgia Burashko, mezzo-soprano • Canada Rebecca Leggett, mezzo-soprano • UK Juliette Mey, mezzo-soprano • France Ilja Aksionov, ténor • Lituanie Rodrigo Carreto, ténor • Portugal Hugo &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/breve/revelation-des-laureats-de-la-11e-academie-du-jardin-des-voix/"> <span class="screen-reader-text">Révélation des lauréats de la 11e Académie du Jardin des Voix</span> Lire la suite »</a></p>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/breve/revelation-des-laureats-de-la-11e-academie-du-jardin-des-voix/">Révélation des lauréats de la 11e Académie du Jardin des Voix</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le nom des huit lauréats de la 11e Edition du Jardin des Voix, l’académie pour jeunes chanteurs des Arts Florissants, a été révélé :</p>
<ul>
<li><strong>Paulina Francisco</strong>, soprano • Usa</li>
<li><strong>Georgia Burashko</strong>, mezzo-soprano • Canada</li>
<li><strong>Rebecca Leggett</strong>, mezzo-soprano • UK</li>
<li><strong>Juliette Mey</strong>, mezzo-soprano • France</li>
<li><strong>Ilja Aksionov</strong>, ténor • Lituanie</li>
<li><strong>Rodrigo Carreto</strong>, ténor • Portugal</li>
<li><strong>Hugo Herman-Wilson</strong>, baryton • UK</li>
<li><strong>Benjamin Schilperoort</strong>, baryton-basse • UK</li>
</ul>
<p>Ces huit lauréats seront réunis les 19 et 20 août 2023 autour d’une nouvelle production de <em>The Fairy Queen</em> de Henry Purcell, dans une mise en scène et une chorégraphie de <strong>Mourad Merzouki </strong>et sous la direction musicale de <strong>William Christie</strong> et de<strong> Paul Agnew</strong> (en alternance).</p>
<p>Créée en 2002, l’académie biennale du Jardin des Voix a pour ambition de révéler au grand public de jeunes chanteurs venus des quatre coins du monde, destinés à figurer parmi les prochaines stars du baroque. Pour cette 11e édition, 169 candidatures de 29 nationalités différentes ont été reçues. </p>
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