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	<title>Adrien LEGROS - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Adrien LEGROS - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>Mireille</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/mireille-nayez-pas-peur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Mar 2019 14:28:25 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est vrai qu’à la lecture de la distribution, on pourrait avoir des craintes, tant l’enregistrement de Mireille que réédite le label Malibran semble incarner une certaine idée de l’opéra français que d’aucuns jugent irrémédiablement désuète et tout juste bonne à faire ricaner. Malgré l’immense admiration que l’on éprouve pour Michel Sénéchal, on se demande ce &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est vrai qu’à la lecture de la distribution, on pourrait avoir des craintes, tant l’enregistrement de <em>Mireille</em> que réédite le label Malibran semble incarner une certaine idée de l’opéra français que d’aucuns jugent irrémédiablement désuète et tout juste bonne à faire ricaner. Malgré l’immense admiration que l’on éprouve pour <strong>Michel Sénéchal</strong>, on se demande ce que vient faire dans le rôle de Vincent ce Goro, ce Basilio des <em>Noces</em>, celui qui fut inoubliable en Platée. Son timbre et son style n’ont pas valu à <strong>Renée Doria</strong> que des admirateurs, et certains de nos confrères ont tôt fait de rayer d’un trait de plume toutes ses incarnations. De l’orchestre anonyme dirigé par <strong>Jésus Etcheverry</strong>, on ne sait trop qu’attendre a priori.</p>
<p>Eh bien, justement, il faut vaincre tous les possibles a priori et écouter en toute objectivité cette version. A cette condition, on pourra faire une belle découverte. Certes, il y a quelques bruitages envahissants : les cigales pendant tout le premier acte, ou le glouglou du Rhône au deuxième tableau du troisième acte. Evidemment, Andreloun n’est pas confié à une voix d’enfant ou même à une femme, mais – sur le papier, c’est presque un gag – à un chanteur de charme qui s’était fait un nom dans l’opérette, le baryton léger <strong>Aimé Doniat</strong>. Mais si la direction lénifiante de Michel Plasson vous a gâté plus d’une intégrale d’opéra français, vous apprécierez l’impétuosité de Jésus Etcheverry, qui emporte la partition sans jamais s’amollir, et qui arrache <em>Mireille</em> à tout risque de nunucherie. Même les redoutables magnanarelles sont pleines de vigueur (avec des éclats de rire particulièrement sonores mais pas faux pour autant) : par bonheur, le Chœur de Paris ne ressemble en rien aux troupeaux de rombières qu’on pouvait entendre ici et là à la même époque.</p>
<p>Venons-en aux solistes. Oubliez la trompette à laquelle ressemblait Michel Sénéchal dans ses rôles de caractère : il évite ici la caricature et parvient à conférer à son Vincent une certaine dignité, à en faire un héros assez crédible, bien que sans doute juvénile et frêle. Le personnage lorgne davantage vers l’opéra-comique que vers l’opéra, et au dernier acte, notamment avec « Anges du paradis », on touche néanmoins aux limites de l’exercice, mais reste une admirable diction du français, malgré certaines voyelles un peu flûtées, un peu précieuses.</p>
<p>Quant à Renée Doria, sauf cas d’aversion viscérale insurmontable, il faudrait vraiment être sourd pour ne pas rester ébahi devant l’élégance avec laquelle elle incarne la malheureuse héroïne (et de l’élégance, il en faut pour rendre acceptable « Oh, c’Vincent » avec son élision du e muet qu&rsquo;on attendrait plutôt dans une opérette), et par le naturel déconcertant avec laquelle elle semble triompher de toutes les embûches que Gounod avait semées sur le chemin de Madame Carvalho, sans que le « brillant » exigé par la créatrice ne lui pose le moindre problème (« Oh légère hirondelle » est inclus en bonus à la fin du deuxième disque). Si vous n’aimez pas cette façon de chanter, c’est bien que l’obstination des grandes maisons de disque à faire disparaître le style français a porté ses fruits.</p>
<p>Vous reconnaîtrez au moins que <strong>Robert Massard </strong>est le plus bel Ourrias dont on puisse rêver, sanguin, robuste, bien chantant mais avec le côté brut du personnage. Vous saluerez bien bas <strong>Adrien Legros</strong>, en vous émerveillant que notre pays ait pu posséder une telle basse sans qu’on lui fasse enregistrer tous les pères nobles de l’opéra français. <strong>Solange Michel</strong> a le parfait bon goût de nous épargner en Taven les goules et autres stryges : sa sorcière n’est qu’une vieille femme assez inoffensive, et c’est fort bien ainsi. On appréciera aussi la Vincenette impeccable de <strong>Christiane Stutzmann</strong>, la mère de Nathalie. Eh oui, il n’y a là que des chanteurs francophones, et même français, dans ce disque : il fut un temps où il était parfaitement possible de rassembler une telle distribution pour les piliers du répertoire. A quand la prochaine fois ?</p>
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		<title>Manon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/manon-pour-reparer-une-injustice/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 31 Aug 2016 08:28:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En avril 1955, EMI fit enregistrer à Victoria de Los Angeles une intégrale de Manon. Passons sur le fait qu’aucune chanteuse française n’ait alors été jugée digne de cet honneur pour nous focaliser uniquement sur son Des Grieux : n’y avait-il vraiment personne d’autre qu’Henri Legay pour donner la réplique à la soprano espagnole ? Nicolaï Gedda &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En avril 1955, EMI fit enregistrer à Victoria de Los Angeles une intégrale de <em>Manon. </em>Passons sur le fait qu’aucune chanteuse française n’ait alors été jugée digne de cet honneur pour nous focaliser uniquement sur son Des Grieux : n’y avait-il vraiment personne d’autre qu’Henri Legay pour donner la réplique à la soprano espagnole ? Nicolaï Gedda était peut-être pris ailleurs, mais il y avait un jeune ténor français qui allait, l’année suivante, enregistrer des extraits de <em>Manon</em> avec pour partenaire Renée Doria, et qui aurait sans doute été de taille à relever le défi : hélas, par une injustice criante, personne ne songea à <strong>Alain Vanzo</strong>, qui fut sans doute l’un des plus beaux Des Grieux de cette deuxième moitié du XX<sup>e</sup> siècle, comme il reste le meilleur Gérald jamais entendu dans <em>Lakmé</em>. Et comme jamais le studio ne rattrapa cette cruelle omission, il faut se consoler avec des <em>lives</em> : en 1968, au Liceu, Vanzo retrouvait Des Grieux avec Montserrat Caballé, puis en 1969 à Mexico, avec Beverly Sills (version amputée de tout le Cours-la-Reine), mais l’entourage hispanophone ne brille pas toujours par son idiomaticité. D’où l’intérêt supérieur de la présente version, captée (sans doute avec un petit magnétophone posé sur les genoux d’un auditeur) quelques années auparavant à l’Opéra de Monte-Carlo : distribution presque exclusivement francophone, direction assurée par <strong>Jésus Etcheverry</strong>, qui connaissait le répertoire français comme sa poche et avait également dirigé les extraits enregistrés en 1956, version bien plus proche de l’intégrale que beaucoup d’autres (bien sûr, le final du premier acte est coupé, ainsi que les couplets de Guillot à l’hôtel de Transylvanie, mais on entend tout le ballet ; manque bizarrement le chœur d’entrée du Cours-la-Reine, « Voyez, mules à fleurettes »).</p>
<p>Atout majeur, enfin, la présence dans le rôle-titre d’une interprète qui, pour avoir surtout chanté l’opéra italien, n’en constitue pas moins une très bonne surprise. <strong>Anna Moffo</strong> avait alors trente ans, le rôle de Manon n’outrepassait pas ses capacités – elle en enregistra à la même époque de <a href="http://www.forumopera.com/cd/anna-moffo-the-complete-rca-recital-albums-redecouvrir-anna-moffo">larges extraits avec Giuseppe di Stefano</a> –, et l’on imagine que scéniquement, le personnage devait aller comme un gant à cette artiste dont le rapide succès planétaire reposa en partie sur d’incontestables appas. Le français est acceptable malgré quelques coquetteries un peu exotiques (Moffo chantait aussi le rôle en italien, à l’époque), et en tout cas le personnage existe incontestablement, animé d’une vie parfois stupéfiante : un peu trop mûre au premier acte, cette Manon-là se révèle vite une redoutable croqueuse d’hommes, avec des accents de tigresse assoiffée de sang, là où Los Angeles restait « gentille » même à Saint-Sulpice : confronté à cette mante religieuse, Alain Vanzo devient à son tour plus passionné des chevaliers sans rien perdre de son style impeccable ni de son sens des nuances. Tchèque de naissance mais naturalisé français, créateur du <em>Lear</em> de Reimann à Garnier en 1982, <strong>Peter Gottlieb</strong> est un excellent Lescaut, comédien accompli, à la diction irréprochable. <strong>Adrien Legros</strong> prête à Des Grieux père une voix bien timbrée, presque trop puissante (ce comte-là n’a rien d’un vieillard sénile). <strong>Michel Hamel</strong> est un Guillot jeune, qui chante vraiment son rôle, et avec distinction, ce qui n’est pas si courant.</p>
<p>Le seul bémol, mais il est de taille, concerne la qualité sonore : les premières plages du premier disque et les dernières du deuxième sont franchement pénibles, et le défilement de la bande donne souvent l’impression d’entendre transvaser des littres d’essence d’un jerrycan à un autre, mais il faut passer outre pour savourer cette fort intéressante version de <em>Manon</em>. On s’en souviendra en allant écouter en septembre Patricia Petibon à Genève, ou un jour à Paris.</p>
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		<title>Le Trouvère</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/le-trouvere-lopera-ou-la-revanche-des-femmes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Jan 2016 06:40:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>N’en déplaise à Catherine Clément, l’art lyrique ne fait pas que consacrer la « défaite des femmes ». D’une part, parce qu’il existe plus de livrets qu’on ne pense, où des héroïnes fortes voient leurs ambitions récompensées ; d’autre part, parce que, sur le plan moral, les dames l’emportent souvent haut la main sur les messieurs. Dans Il &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>N’en déplaise à Catherine Clément, l’art lyrique ne fait pas que consacrer la « défaite des femmes ». D’une part, parce qu’il existe plus de livrets qu’on ne pense, où des héroïnes fortes voient leurs ambitions récompensées ; d’autre part, parce que, sur le plan moral, les dames l’emportent souvent haut la main sur les messieurs. Dans <em>Il trovatore</em>, certes Leonora se suicide par le poison et Azucena bascule définitivement dans la démence, mais les hommes ne sont que d’affreux personnages – Manrico est un jaloux pathologique qui ne rate pas une occasion de traiter Leonora de traîtresse et d’infâme, tandis que Luna n’est qu’un bourreau barbare.</p>
<p>Alors, quand un enregistrement vient rajouter la suprématie vocale, l’avantage est incontestablement dans le camp féminin, et le sexe dit fort se débrouille de son mieux pour ne pas faire trop mauvaise figure. C’est le cas avec ce <em>Trouvère</em>, donné à la radio française dans la traduction assurée par Emilien Pacini, version d’abord créée à Bruxelles en 1856, puis à Paris l’année suivante. Inutile d’espérer pourtant le ballet et les airs composés spécialement pour cette seconde mouture (on se reportera à la captation sur le vif réalisée au festival de Martina Franca publiée chez Dynamic). Malgré de nombreuses coupes ici et là, dont certaines aberrantes (il manque tout le passage où Leonora s’empoisonne puis chante sa joie d’avoir sauvé le Trouvère), c’est bien la partition approuvée par Verdi qui est ici utilisée, avec certains passages qui n’existent pas dans la version originale italienne, comme le deuxième couplet d’Azucena interrogée par Luna.</p>
<p>Inutile aussi d’attendre beaucoup de la direction de <strong>Jules Gressier</strong>, assez planplan, souvent beaucoup trop lente là où il faudrait au contraire un bon coup de fouet. Dans le duo entre Luna et Leonora, le baryton essaye de presser le mouvement, mais rien à faire, l’orchestre est désespérément poussif.</p>
<p>C’est donc à la distribution qu’on prêtera l’oreille la plus attentive. Le nadir absolu est évidemment le contre-emploi total que représente <strong>Génio</strong> dans le (très court) rôle de Ruiz. Le Manrique de <strong>Raphaël Romagnoni </strong>déçoit. Il y a bien peu d’italianité dans le chant de celui qui interprétait le ténor italien du <em>Chevalier à la rose</em> à l’Opéra de Paris en 1949 aux côtés de Maria Reining et de Rise Stevens. Certes, il s’agit d’une version en français, mais cela ne justifie pas l’absence totale des trilles stipulés par la partition, ni certains arrangements avec les aigus. Enfin, là où l’on rêve de la noblesse d’un Thill ou de l’ardeur d’un Vezzani, il faut se contenter d’une gouaille à la Gireaudeau. Avec <strong>Charles Cambon</strong>, on se situe très nettement un cran plus haut, même si ce baryton de fort belle étoffe ne brille pas non plus par le scrupule stylistique. Du côté des messieurs, c’est peut-être <strong>Adrien Legros</strong> en Ferrando qui dispense le plus de satisfactions, par la qualité du timbre et la propreté du chant.</p>
<p>Restent donc les dames, et là, c’est un autre monde. D&rsquo;abord <strong>Geneviève Moizan</strong>, déjà honorée par Malibran dans la série consacrée à la troupe de l’Opéra de Paris : timbre d’une densité admirable et implication dramatique de chaque instant, voilà une Léonore qui ne s’en laisse pas conter et qui est tout sauf la figure passive qu’on a souvent tendance à voir en elle. Quant à <strong>Denise Scharley</strong>, dans un monde bien fait, on ne devrait plus avoir à présenter cette voix hors du commun, scandaleusement négligée par le disque : elle livre une Azucena d’anthologie, comme le fut à Martina Franca, dans la version française, celle qui est aujourd’hui son héritière, Sylvie Brunet.</p>
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		<title>Le Pré aux clercs</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/le-pre-aux-clercs-marguerite-sans-les-huguenots/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Feb 2015 17:29:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Si avec la reprise de Zampa en 2008, la Salle Favart peinait à nous convaincre du bien-fondé de ressusciter les œuvres de Hérold, il est vraisemblable que la production du Pré aux clercs qui sera donnée en ce mois de mars prouvera combien le compositeur est digne d’intérêt. Ce ne peut être un hasard si cet &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si avec la reprise de <em>Zampa</em> en 2008, la Salle Favart peinait à nous convaincre du bien-fondé de ressusciter les œuvres de Hérold, il est vraisemblable que la production du <em>Pré aux clercs </em>qui sera donnée en ce mois de mars prouvera combien le compositeur est digne d’intérêt. Ce ne peut être un hasard si cet opéra-comique fêta en 1949 sa 1600<sup>e</sup> représentation ! Ce chiffre laisse rêveur, quand on songe à l’oubli à peu près total dont pâtit à présent <em>Le Pré aux clercs</em>. Les proustiens savent l’éloge qu’en fait le duc de Guermantes, mais qui se souvient encore du duo « Les rendez-vous de noble compagnie » ? Certes, Sumi Jo inclut l’air d’Isabelle « Jours de mon enfance » dans son disque <em>Carnaval </em>en 1994, mais cela n’a pas suffi à remettre la musique de Hérold à la place qu’elle mérite. Enfin, maintenant que <em>Les Huguenots</em> sont revenus en France et reviendront bientôt à Paris, on se réjouit que Marguerite de Valois, épouse de Henri de Navarre, retrouve son visage d’opéra-comique après avoir revécu dans le grand-opéra dont elle est l’une des protagonistes.</p>
<p>Du <em>Pré aux clercs</em>, le label Malibran propose aujourd’hui en deux CD les deux principaux enregistrements existant, le second ne retenant que les quelques airs les plus connus. Deux distributions exclusivement constituées d’artistes français rompus à l’interprétation d’œuvres de notre répertoire (contrairement au concert diffusé par la BBC en 1987, avec notamment John Aler et Carole Farley). L’intégrale – 86 minutes de musique – et les extraits ont leurs atouts respectifs, et il est bien dommage qu’à seulement trois ans d’écart les meilleurs artistes des deux versions n’aient pas pu être rassemblés pour un seul enregistrement qui ravirait tous les suffrages.</p>
<p>Repris au pied levé par Julie Dorus-Gras, créatrice des plus grands rôles de Meyerbeer et de Halévy (dont la Marguerite des <em>Huguenots</em> quelques années plus tard), le rôle d’Isabelle est typique de ces personnages de soprano colorature dont le public français était friand. Dominant la mêlée, avec une aisance stupéfiante d’un extrême à l’autre de sa tessiture, <strong>Renée Doria</strong> surclasse sans peine <strong>Denise Boursin</strong>, dont le grelot acidulé sonne bien daté (Isabelle est une princesse béarnaise, pas une fillette entrant au CP). <strong>Berthe Monmart</strong> est une Marguerite d’une immense noblesse, mais <strong>Michèle Le Bris</strong> ne peut pas lutter sur ce terrain, même si elle n’a que deux plages pour faire défendre son personnage. <strong>Claudine Collart </strong>est une exquise Nicette, dont on se dit qu’elle aurait pu faire une belle Isabelle, mais <strong>Françoise Louvay</strong> ne lui cède en rien. Chez les messieurs, le compte y est un peu moins. Mergy fut créé par Etienne Thénard, un premier ténor d’opéra-comique habitué à chanter la musique de Rossini et Bellini, ce que n’était peut-être pas tout à fait <strong>Michel Sénéchal</strong>, et encore moins <strong>Joseph Peyron</strong>. Ce dernier, dont on a souvent eu lieu de déplorer les intonations plébéiennes, témoigne malgré tout d’une belle maîtrise de l’aigu dans son air « Ce soir j’arrive donc ». En Girot, <strong>Lucien Lovano</strong> et <strong>Adrien Legros</strong> s’imposent tous deux, avec des moyens bien différents. <strong>Gaston Rey</strong> joue franchement la carte de l’opérette avec son Cantarelli zézayant, là où <strong>Pierre Giannotti </strong>chante sans vouloir faire rire à tout prix. <strong>Robert Benedetti </strong>dirige l’œuvre avec un entrain qui ne se relâche à aucun moment, là où les extraits confiés à <strong>Jesus Etcheverry</strong> semblent parfois un peu manquer du dynamisme qui s’impose. Voilà en tout cas de quoi se préparer aux représentations parisiennes tant attendues…</p>
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