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	<title>Paola LEOCI - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Paola LEOCI - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>ROSSINI, Soirées Musicales / La cambiale di matrimonio &#8211; Pesaro</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-soirees-musicales-la-cambiale-di-matrimonio-pesaro/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Antoine Brunetto]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un drôle d’attelage que le Festival Rossini de Pesaro propose ce soir, en couplant Soirées Musicales (recueil de mélodies) avec Il cambiale di matrimonio (opéra en 1 acte). Les Soirées musicales sont un recueil de mélodies publié par Rossini en 1835, comportant 8 mélodies solo et 4 duos, n’ayant pas de lien entre elles, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div data-olk-copy-source="MessageBody">C’est un drôle d’attelage que le Festival Rossini de Pesaro propose ce soir, en couplant <em>Soirées Musicales</em> (recueil de mélodies) avec<em> Il cambiale di matrimonio</em> (opéra en 1 acte).</div>
<div></div>
<div>Les <em>Soirées musicales</em> sont un recueil de mélodies publié par Rossini en 1835, comportant 8 mélodies solo et 4 duos, n’ayant pas de lien entre elles, si ce n&rsquo;est les auteurs des textes, Pietro Metastasio et Carlo Pepoli. La plus célèbre d’entre elles est sans conteste la star des bis, <em>La danza</em>. Les formes sont d&rsquo;ailleurs variés, de la barcarole au bolero en passant par la tyrolienne ou la tarentelle.</div>
<div></div>
<div>La particularité de la proposition de ce soir (outre de les présenter en une seule traite) est d&rsquo;offrir  une version orchestrée de ces mélodies, accompagnées originellement au piano.</div>
<div></div>
<div>Dans ces mélodies, le ténor <strong>Paolo Nevi</strong> et la soprano <strong>Vittoriana de Amicis</strong> se partagent les mélodies solo, n’étant rejoints brièvement par <strong>Gurgen Baveyan</strong> (baryton) et <strong>Andrea Niño</strong> (mezzo) que pour les duos.</div>
<div></div>
<div>Parmi la distribution réunie ce soir, composée de jeunes chanteurs intervenant par ailleurs dans d’autres œuvres programmées cette année par le festival (on retrouvait les trois derniers le lendemain dans <em>L’Italiana in Algeri</em>), <strong>Paolo Nevi</strong> est celui qui fait la plus forte impression: déjà remarqué la veille dans ses brèves interventions en Eacide dans <em>Zelmira,</em> le ténor semble souvent contenir ses moyens conséquents dans les miniatures proposées. Voilà un chanteur prometteur ! La soprano, elle, est piquante, mais nous avouons préférer une voix de ténor dans la fameuse <em>danza</em>.</div>
<div></div>
<div>Après l’entracte, changement d’ambiance total avec la farce en un acte <em>La cambiale di matrimonio</em>, premier opéra créé par Rossini en 1810 à Venise.</div>
<div></div>
<div>Il s’agit de la reprise d’une production imaginée par <strong>Laurence Dale</strong> en 2020, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/giovanna-darco-la-cambiale-di-matrimonio-pesaro-un-decor-envahissant/">déjà décrite avec force détails par Maurice Salles</a> lors de sa création (mais avec un couplage différent). Nous renvoyons d’ailleurs à son article pour la description détaillée de l’intrigue, on ne peut plus simple : par intérêt financier, un barbon (Tobia Mill) veut marier sa fille soprano (Fanny) à un baryton arrivant du Canada (Slook), alors qu’elle est amoureuse d’un ténor (Milfort).</div>
<div></div>
<div>La façade de la demeure victorienne qui accueille le spectateur est pleine de surprises, s’ouvrant, dévoilant différentes pièces, et animant avec une certaine maestria le spectacle. Nous ne serons pas aussi sévère que notre confrère sur les ajouts du metteur en scène et avouerons avoir souri aux facéties du plantigrade arrivé avec le sieur Slook du Canada. De même le jeu est très enlevé, profitant des qualités comiques indéniables des chanteurs, en particulier de <strong>Pietro Spagnoli</strong> (Tobia Mill), qui illumine le spectacle par sa verve communicative et sa science de chant rossinien. C’est drôle, superbement bien chanté, en un mot, irrésistible.</div>
<div></div>
<div>Il trouve un partenaire et adversaire à sa taille avec <strong>Mattia Ollivieri</strong> (Slook). Au-delà d’une silhouette élancée et d’un physique fort agréable (ce dont joue la mise en scène), le baryton campe un canadien dont les premiers abords un peu rustres cachent intelligence et empathie. La voix claire et puissante sait se plier aux circonvolutions vocales chères au maître de Pesaro.</div>
<div></div>
<div>On est moins séduits par la Fanni de <strong>Paola Leoci</strong>, non pas à cause d’une quelconque défaillance, la tessiture et la technique belcantiste étant sans conteste parfaitement maîtrisées. Il manque cependant un zeste de charme, de volupté dans le timbre de cette jeune fille amoureuse. <strong>Jack Swanson</strong> a bien peu à se mettre sous la dent en amoureux transi (Milfort), mais il le fait très bien, avec un moelleux fort appréciable.</div>
<div></div>
<div>Le couple de domestiques (<strong>Ramiro Maturana</strong> et <strong>Inés Lorans</strong>) est charmant, cette dernière interprétant avec beaucoup de pétulance son aria « Anch’io son giovane ».</div>
<div></div>
<div>Après un concert Pertusi qui nous avait inquiétés, la Filarmonica Gioachino Rossini semble transfigurée ce soir, que ce soit au niveau de la virtuosité ou de la couleur des instruments soli. La direction dynamique mais jamais précipitée de <strong>Christopher Franklin</strong> se coule avec aisance que ce soit dans les mélodies ou dans la farce.</div>
<div></div>
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		<item>
		<title>DONIZETTI, Le convenienze ed inconvenienze teatrali &#8211; Wexford</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-le-convenienze-ed-inconvenienze-teatrali-wexford/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Explorant à nouveau les coulisses du monde lyrique – thème de cette 73e édition –&#160;après la superbe proposition de the Critic, le festival de Wexford creuse la même veine avec une rareté à couper le souffle : Le convenienze ed inconvenienze teatrali, c&#8217;est-à-dire les conventions et inconvénients du théâtre. Ce titre programme permet à Donizetti &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Explorant à nouveau les coulisses du monde lyrique – thème de cette 73e édition –&nbsp;après la superbe proposition de <em>the Critic</em>, le festival de Wexford creuse la même veine avec une rareté à couper le souffle : <em>Le convenienze ed inconvenienze teatrali</em>, c&rsquo;est-à-dire l<em>es conventions et inconvénients du théâtre</em>. Ce titre programme permet à Donizetti de décliner sur scène tous les poncifs, codes, travers du métier, tous les impondérables humains ou financiers en mesure de compromettre l&rsquo;équilibre funambulesque d&rsquo;une création lyrique.</p>
<p>Naturellement la troupe qui répète cette improbable pièce s&rsquo;avère assez médiocre, ce qu&rsquo;accentue encore la transposition dans les années 1980 avec des costumes et perruques délicieusement ringards dus à <strong>Madeleine Boyd</strong>.<br>Dès cette première répétition, les egos sont gonflés à l&rsquo;hélium, caprices et chantages vont bon train pour obtenir qui un solo, qui un duo, et ainsi, enfin, percer. Les rivalités sont exacerbées par l&rsquo;intrusion de la mère de la Seconda Donna qui, comme le veut la tradition du genre, nourrit les ambitions les plus démesurées pour sa progéniture au point que – nouvelle Arnalta – elle l&rsquo;a biberonnée à la testosterone.<br>En effet, c&rsquo;est l&rsquo;extraordinaire <strong>Paolo Bordogna</strong> qui campe cette Mamma Agata d&rsquo;anthologie. Proprement hilarante, elle massacre consciencieusement l&rsquo;air du saule extrait d&rsquo;<em>Otello</em> en improvisant les paroles qui lui échappent ou encore s&rsquo;essaie à une chorégraphie sur pointes –&nbsp;ce avec une indéniable crédibilité qui plus est !<br>Aussi impeccable musicalement que désopilant, le baryton prend le pouvoir de la production fictive comme du plateau du National Opera. Il remplace le texte par des onomatopées avec désinvolture ; singe, détourne ou ruine les effets attendus d&rsquo;un grand air d&rsquo;opera seria avec une facilité confondante&#8230; Quelle technique, quel incroyable abattage, vraiment !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Le-convenienze-ed-inconvenienze-teatrali-WFO-Pic131-Patricio-Cassinoni-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-174745"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Patricio Cassinoni</sup></figcaption></figure>


<p>Que vient faire Bernstein dans cette galère, me direz-vous ? Il satisfait à l&rsquo;habitude des airs d&#8217;emprunts en forme de clin d&rsquo;œil, dont le compositeur lui-même émailla ses représentations en son temps. Ainsi, <strong>Alberto Robert</strong>, Premier ténor à l&rsquo;émission franche et naturelle, veut absolument monter la <em>Mélodie du bonheur</em> et finit par renoncer à trouver ici sa Maria sur l&rsquo;air de « Come Gentile » de <em>Don</em> <em>Pasquale</em> interprété d&rsquo;ailleurs avec beaucoup de sensibilité.</p>
<p>Les bouffonneries trouvent également en <strong>Giuseppe Toia</strong> un comparse de choix. Epoux et manager de la Prima Donna, il dessine de son baryton rond et bien projeté une silhouette à la fois retorse et énamourée tout à fait réjouissante. <strong>Matteo Loi, William Kyle, Hannah Bennett, Philip Kalmanovitch </strong>et <strong>Henry Grant Kerswell</strong> complètent avantageusement une distribution parfaitement au diapason.<br>On aurait aimé plus entendre le soprano agile et bien campé de <strong>Paola Leoci</strong>, fille sous influence, tétanisée par cette mère dragon, qui pourrait supplier « Saint Georges protégez-nous » comme un personnage de Lucky Luke* lorsque Peter Mario Katona lui propose un rôle à Covent Garden&#8230; pour peu qu&rsquo;elle y vienne seule.</p>
<p>La bouffonnerie infuse la moindre réplique, les chorégraphies crées par <strong>Amy Share Kissiov</strong> singeant les comédies musicales de Broadway ou le ballet contemporain façon Bob Wilson sont désopilantes et remarquablement exécutées par des danseurs survitaminés. <strong>Orpha Phelan</strong>, irlandaise, connaît le festival depuis toujours, elle offre une mise en scène aussi millimétrée que jubilatoire où ses talents de directrice d&rsquo;acteur pousse chacun à jouer le jeu de l&rsquo;autodérision et de la caricature avec un talent confondant.</p>
<p>Comme de juste, cette mécanique de précision ne fonctionnerait pas sans une cheffe extrêmement investie, totalement à l&rsquo;écoute du plateau, c&rsquo;est le cas de <strong>Danila Grassi</strong> qui tire le meilleur de l&rsquo;orchestre et des pupitres masculins du chœur du festival.</p>
<p>La partition éminemment exigeante de Donizetti trouve donc ici des interprètes de haute volée et la salle sera sans doute à nouveau debout les 25, 28 octobre ainsi que le 2 novembre pour les prochaines représentations dont on n&rsquo;ose imaginer que ce soient les dernières.</p>
<p>*<em>La caravane</em>, tome 24</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/donizetti-le-convenienze-ed-inconvenienze-teatrali-wexford/">DONIZETTI, Le convenienze ed inconvenienze teatrali &#8211; Wexford</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>ROSSINI, Adelaide di Borgogna &#8211; Pesaro</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-adelaide-di-borgogna-pesaro/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 21 Aug 2023 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Créé à Rome le 27 décembre 1817, l’opéra Adelaide di Borgogna disparaît du répertoire en seulement huit ans puisqu’après 1825 on n’en trouve plus trace jusqu’au concert londonien de 1978. Un insuccès, donc, qu’on s’explique mal tant la musique regorge, pour nous, de quoi charmer. Le livret, que de longues recherches ont fini par attribuer &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Créé à Rome le 27 décembre 1817, l’opéra <em>Adelaide di Borgogna </em>disparaît du répertoire en seulement huit ans puisqu’après 1825 on n’en trouve plus trace jusqu’au concert londonien de 1978. Un insuccès, donc, qu’on s’explique mal tant la musique regorge, pour nous, de quoi charmer. Le livret, que de longues recherches ont fini par attribuer à Giovanni Federico Schmidt, se base sur les péripéties de la fin du royaume d’Italie au Xe siècle. Lotario mort, le maire du palais Berengario veut s’emparer du trône en obligeant la veuve à épouser son fils Adalberto. Mais Adelaide résiste et réclame l’aide d’Otton, roi des Germains, qui veut recréer l’empire de Charlemagne. Une fois vainqueur, il épouse Adelaide, accorde le royaume d’Italie à Berengario mais fait de celui-ci son vassal.</p>
<p>Intérieur d’une forteresse, vue du lac de Garde, campement de soldats, un vestibule, un défilé, un cabinet, une place bordée d’édifices majestueux, la tente d’Ottone près du champ de bataille, extérieur de la forteresse, cet inventaire n’est que la liste des lieux divers prévus pour le déroulement de l’action. <strong>Arnaud Bernard </strong>a trouvé une solution à la fois pratique et élégante&nbsp;en installant la production dans un théâtre où on répète <em>Adelaide di Borgogna. </em>L’idée n’est pas nouvelle, mais la réalisation est très satisfaisante car elle est accomplie de façon impeccable et avec esprit&nbsp;; par exemple de la fumée déclenche une alerte incendie qui correspond à la confusion et à la panique des combats.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Olga-Peretyatko_Varduhy-Abrahamyan_Paola-Leoci_Valery-MakarovSBB05454.jpg?&amp;cacheBreak=1692544903226">© Amati-Bacciardi</pre>
<p>Avant le début de l’ouverture, un homme – le veilleur ? – traverse le plateau à peine éclairé et désert, puis&nbsp; tout s’illumine et la musique accompagne l’arrivée progressive de tous les intervenants. Face au public les magasins des accessoires que les machinistes ouvriront en fonction des besoins, pour en extraire et y ranger après usage les éléments scéniques utiles, gradins amovibles, trône, sièges et jusqu’à un lit à baldaquin démontable. Dans les renfoncements latéraux, un dégagement à jardin et un distributeur de boissons à cour, probablement près de l’entrée des artistes puisque tous ceux qui sont venus travailler sont arrivés par là, secouant leurs parapluies. A l’avant-scène à jardin un espace exigu, comme une loge provisoire où se changer ou attendre de rentrer en scène est réservé aus solistes principaux, tandis qu’à cour le pianiste peut suivre la répétition et intervenir pour les récitatifs secs. Le chef de chœur, lui, se déplace pour le diriger selon les positions assignées aux choristes. Que Michele D’Elia et Giovanni Farina soient sur scène ce qu’ils sont dans la réalité ne contribue pas peu à la mystification.</p>
<p>Le dernier arrivé est le metteur en scène – un comédien – qui s’installe à cour derrière la table de régie, à l’avant-scène ; son assistant s’y trouve déjà et interagit avec les intervenants – choristes, solistes, machinistes – pour leur indiquer ou leur rappeler la conduite à tenir prescrite par la mise en scène. Evidemment tous deux seront souvent assaillis par les solistes et on imagine qu’ils viennent demander des précisions, discuter telle prescription, se plaindre d’une option qui favorise un partenaire, bref, tout ce qui peut survenir dans une entreprise à court terme où les individualités sont à la fois partenaires et concurrentes. Arnaud Bernard saisit-il l’occasion d’attendrir le spectateur sur le dur métier de metteur en scène, un vrai sacerdoce quand il faut gérer impréparation et indiscipline ?</p>
<p>Quoi qu’il en soit, pour prévenir l’accusation de partialité qui nous fait tolérer ici des actions secondaires que nous condamnions ailleurs, elles sont dans ce spectacle le fait de personnages appartenant à la même unité théâtrale et n’ont aucune prétention au protagonisme. En quelque sorte, elles constituent un décor humain dont la cohérence est immédiatement perceptible. En outre la dualité entre l’interprète et le personnage, comme les interactions entre les interprètes et leurs interférences dans la pratique théâtrale, sont des ressorts dramatiques aussi vieux que le théâtre lui-même. Dès l’ouverture <em>il primo uomo</em> (le ténor) serre de près une danseuse entreprenante, alors qu’il entretient, la colère de l’arrivante qui les surprend le révèle, une liaison avec la prima donna. Comme il interprète Adalberto, qui veut épouser Adelaide, incarnée par la prima donna, les relations tendues des personnages apparaissent comme l’écho ou la projection de celles des interprètes, et le tour de force d’Arnaud Bernard et des chanteurs est de porter jusqu’au bout sans faille cette mise en abyme. Il n’est jusqu’à la décision du personnage d’Eurice qui n’apparaisse comme la vengeance d’une femme bafouée par les infidélités de son « mari » Berengario.</p>
<p>La chose évidente est que l’option choisie par ce metteur en scène – qui n’est pas Arnaud Bernard, mais allez savoir – n’est pas la rupture avec la tradition. Est-ce un parti pris esthétique ou une adaptation pragmatique aux ressources du théâtre ? Le jeu de scène outré de la prima donna, lors de sa première scène en répétition, relève d’une conception conventionnelle et surannée, adjectifs dont on pourrait affecter le choix des accessoires et des décors, ces derniers constitués de toiles peintes sur châssis ou tombant des cintres qui semblent des pastiches des décors de Sanquirico. Mais ils ne prendront toute la place qu’au dernier tableau, qui semble reconstituer une représentation « à l’ancienne » parce qu’alors la mise en place est terminée, la mise en scène a abouti et le spectacle est prêt pour la représentation au public, les éléments matériels de la réalité du bâtiment disparaissant alors derrière la fiction d’une église majestueuse où un évêque préside au couronnement d’Adelaide comme souveraine aux côtés d’Ottone.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Rene-Barbera_Olga-Peretyatko.C4C2879-1294x600.jpg?&amp;cacheBreak=1692544903226">© Amati-Bacciardi</pre>
<p>Et c’est dans cet acmé de solennité et d’harmonie qu’Arnaud Bernard introduit un élément perturbateur pourtant longuement et très subtilement préparé. Ottone est un rôle en travesti, interprété pas une chanteuse, comme à la création. Quand elle n’est pas sur le plateau, mais dans le réduit adjacent au plateau qui sert de loge aux solistes, on ne s’étonne donc pas de la voir réconforter sa partenaire, manifestement affectée par l’infidélité du chanteur. Mais cette compassion, si elle est d’abord pure solidarité féminine, évolue car peu à peu les gestes affectueux dont elle entoure la malheureuse deviennent les manifestations de plus en plus mal réfrénées d’une attirance irrépressible, qui débouchera sur un baiser passionné. S’en suit une gêne réciproque, mais l’interprète d’Adelaide reste troublée, et quand au cours d’une scène d’intimité prescrite par la mise en scène Ottone l’embrassera à nouveau, elle semblera déçue que c’ait été si bref. Sans y être attentif, on pourrait fort bien ne rien remarquer, car les deux interprètes jouent le jeu avec une subtilité qui rend insane toute arrière-pensée grivoise.</p>
<p>Donc, dernier tableau solennel, de l’or partout, sur la toile peinte, sur l’autel, sur les tenues d’apparat d’Ottone et d’Adelaide, l’évêque, les chœurs sur leur trente-et un, bannières, fillettes portant des bouquets, et pluie de pétales&nbsp; tombant des cintres&nbsp; par le vieux rouleau à trous, quand … l’interprète d’Ottone se dépouille de sa couronne, de son manteau, de son pourpoint, et libère sa chevelure, révélant ainsi sa féminité. Du bord de la scène le metteur en scène esquisse des gestes vains, abasourdi, tandis que le ténor furibond dans son costume de prisonnier le somme d’intervenir. Cependant la chanteuse a mis un genou en terre et tendu à Adelaide une bague, et tandis que la reprise finale retentit – on a éloigné précipitamment les fillettes pour les préserver de cette scène scandaleuse – celle-ci l’accepte et les deux chanteuses filent à l’anglaise, laissant en plan l’assistance médusée tandis que le rideau tombe. Oui, comme Stefano Poda, Arnaud Bernard est intervenu, mais son option ne modifie pas le climat final : un mariage est un évènement heureux, même si la destination est Lesbos et non Cythère.</p>
<p>Sidération, incompréhension, ou approbation, aucune réaction négative n’a été perceptible, beaucoup de sourires, quelques gloussements, mais surtout des tonnerres d’applaudissements pour Adelaide et Ottone. <strong>Olga Peretyatko</strong> s’est amusée visiblement à jouer les divas à l’ancienne sur le plateau, avec mouvements emphatiques et postures convenues, une gestuelle qu’elle abandonne graduellement&nbsp; au fur et à mesure de l’évolution psychologique du personnage. Elle semble parvenue à une maturité interprétative purgée de certaines coquetteries d’autrefois, tant scéniquement que vocalement, et sa composition est une source constante de plaisir. Mention spéciale pour la scène où, restée seule dans le théâtre, elle semble exhaler une confidence intime alors qu’elle répète, on le comprendra plus tard, une aria du personnage, dont les sentiments de détresse coïncident avec les siens, tandis que l’interprète d’Ottone, de retour au théâtre, est le témoin muet et bouleversé de ce soliloque. Cette impression d’un seuil de maturité, on l’éprouve aussi avec <strong>Varduhi Abrahamyan</strong>, dont l’habileté théâtrale est toujours supérieure et dont la qualité vocale, intacte, semble avoir enfin atteint l’homogénéité recherchée car les notes naguère écrasées dans la recherche de graves ont complètement disparu. La souplesse, l’agilité, l’extension, l’expressivité font toujours merveille et on s’incline avec reconnaissance.</p>
<p>L’autre élément du trio amoureux, le ténor infidèle dans le personnage calculateur d’Adalberto, est nourri par l’engagement théâtral lui aussi sans défaut de <strong>René Barbera </strong>et plus encore par la fluidité d’un chant dont la souplesse virtuose orne le timbre séduisant. Berengario, le père calculateur dont le fils est la marionnette, a la désinvolture scénique de celui qui connaît son rôle et met à profit les plages de liberté pour mener sa vie de séducteur&nbsp;; <strong>Riccardo Fassi </strong>a la profondeur vocale et l’énergie nécessaires de l’ambitieux qui a ourdi le plan pour s’emparer du royaume au détriment de la veuve de Lotario. <strong>Paola Leoci </strong>est précise dans son rôle, suivant d’abord la répétition avec sa partition et juste dans l’expression du ressentiment d’une femme qui saisit l’occasion de prendre l’initiative qui lui était déniée. Les ténors <strong>Valéry Makarov </strong>et <strong>Antonio Mandrillo </strong>campent respectivement Iroldo, gouverneur de la forteresse de Canosso où Adelaide serait détenue, et Ernesto, un officier de la garde d’Ottone, avec tout le dévouement nécessaire pour ces rôles d’utilité.</p>
<p>Il reste, après les compliments d’usage complètement mérités par le chœur et les louanges à l’orchestre, à tresser une couronne à l’assistant de &nbsp;Francesco Lanzillota qui, &nbsp;victime au soir de la première d’un accident de la route, était dans l’incapacité de diriger les trois représentations restantes. Enrico Lombardi a convaincu de son aptitude à maîtriser la partition complexe et la chaleur des musiciens à son endroit est un indice certain qu’ils ont reconnu sa valeur. Une belle soirée, donc, une réussite globale, avec malheureusement de nombreux sièges vides.</p>

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		<title>MOZART, Le nozze di Figaro — Saint-Etienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-nozze-di-figaro-saint-etienne-figaro-croque-la-pomme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Nov 2022 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En ces temps incertains, quel meilleur remède aux inquiétudes et aux peurs – fondées comme artificielles – que les Noces de Figaro ? La salle est comble, et, dès que l’éclairage décline, les spectateurs applaudissent le décor. Pour cette nouvelle production, la mise en scène actualise l’ouvrage, avec intelligence. Dès avant la première note, le public &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En ces temps incertains, quel meilleur remède aux inquiétudes et aux peurs – fondées comme artificielles – que <em>les Noces de Figaro</em> ? La salle est comble, et, dès que l’éclairage décline, les spectateurs applaudissent le décor. Pour cette nouvelle production, la mise en scène actualise l’ouvrage, avec intelligence. Dès avant la première note, le public découvre ainsi une structure monumentale, sur deux niveaux, celui du bas étant principalement occupé par la future chambre de Figaro et de Suzanne, en cours de rénovation. Au premier, auquel on accède par un escalier droit, latéral, le salon de la Comtesse, et une salle de bain attenante, que l’on devine derrière un moucharabieh. Ce dernier descendra ensuite pour occulter le rez-de chaussée. L’ensemble du décor pivotera durant l’entracte : une belle salle de réception, dont le pignon végétalisé sera entouré de pommiers en pots, au dernier acte. Les éclairages appropriés mettent en valeur les différentes scènes et les protagonistes, ménageant de beaux tableaux. Les costumes, contemporains, sont bien dessinés, malgré leur relative banalité, en dehors des tenues de la Comtesse et  de Marcelline.</p>
<p>Le propos de <strong>Laurent Delvert</strong>, mettre en avant les « germes prérévolutionnaires, féministes », ne conduit à aucune outrance : le livret est suffisamment explicite, heureusement… La direction d’acteurs, soignée, demeure cependant conventionnelle, et c’est le tempérament et l’expérience dramatique de chacun qui semblent donner ce supplément d’âme attendu. Le parti pris d’animer les scènes par des mouvements des personnages muets, anticipant leur apparition, ou confortant leur caractère, est bienvenu, quitte à distraire parfois des airs et ensembles. L’idée de consommer des pommes, ou de les cueillir, est originale, pertinente, et accompagne l’action : le clin d’œil final, chargé d’humour, donne tout son sens à la comédie. En effet, durant le grand ensemble, dans des ouvertures ménagées au haut du mur végétalisé, apparaissent les bustes dénudés d’Adam et d’Eve, le premier offrant la pomme à la seconde…</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/2_c_eric_viou.jpg?itok=imxihK0U" title="Figaro (Jean-Gabriel Saint-Martin) et Suzanne (Norma Naoun) © Eric Viou" width="468" /><br />
	Figaro (Jean-Gabriel Saint-Martin) et Suzanne (Norma Nahoun) © Eric Viou</p>
<p>L’ouverture confirme les qualités de l’orchestre et de son chef, <strong>Giuseppe Grazioli</strong> : animée, claire, nuancée, toujours ça avance, anticipant le rythme de l’ouvrage. Mais, s’il cisèle les phrases, assemblant les timbres jusqu’à la fusion (la belle cavatine de Barberine, <strong>Paola Leoci</strong>), bien des numéros demeurent inaboutis, entre fièvre et brouillard, privés de précision, de clarté incisive, de lumière. L’esprit, l’humour, le caractère bouffe semblent estompés. Ainsi, l’exquise légèreté de la marche prénuptiale est-elle ici simplement prosaïque. La disposition des musiciens en fosse, l’importance des cordes, le fait que c&rsquo;était la première, ont certainement joué en leur défaveur. A noter la conduite des ensembles, dont l’équilibre, la précision, le soutien et les phrasés sont remarquables. Notons la contribution réjouissante du pianoforte de <strong>Florent Caroubi</strong>, qui inscrit les récitatifs secco dans une vie où la fantaisie le dispute à l’animation. Puisse son jeu inspirer l’orchestre !</p>
<p>Toutes les voix, bien qu’inégales, sont saines et franches. Si l’engagement de chacun est assuré, on attendait davantage de contrastes, une palette expressive plus large, du bouffe au pathétique. Plusieurs mettront quelque temps à développer la plénitude de leurs moyens. Ce n’est pas le cas de <strong>Norma Nahoun</strong>, qui domine la distribution, nous valant une Suzanne d&rsquo;exception. Son chant comme son jeu dramatique emportent l’adhésion. Son ultime air (<em>Deh vieni</em>) est un régal, aux graves colorés comme aux aigus lumineux. Aussi comédienne que musicienne, c&rsquo;est un plaisir constant que de l&rsquo;écouter. Jamais ne démérite son Figaro – <strong>Jean-Gabriel Saint-Martin</strong> – malgré un <em>Se vuol ballare</em> dépourvu de tonicité et de projection. L’abattage viendra ensuite. Le <em>Non più andrai</em> est desservi par un accompagnement que l’on attendait plus vigoureux, martial. Les récitatifs, bien articulés, souples, n’appellent que des éloges, comme son <em>Aprite</em>, au dernier acte.</p>
<p><img decoding="async" alt="" class="image-large" height="311" src="/sites/default/files/styles/large/public/_dsc4012_c_opera_de_saint-etienne_-_cyrille_cauvet.jpg?itok=Gly8p5sZ" title="La Comtesse (Charlotte Despaux) en son salon © Opéra de Saint-Etienne, Cyrille Cauvet" width="468" /><br />
	La Comtesse (Charlotte Despaux) en son salon © Opéra de Saint-Etienne, Cyrille Cauvet</p>
<p>La Comtesse, <strong>Charlotte Despaux</strong>, nous paraît bien quelconque dans son <em>Porgi amor</em>, l’émotion n’est pas là, ni la noblesse. Malgré une certaine instabilité, la voix est riche, soutenue, c’est beau, mais on n’y croit pas. Au fil des scènes, elle gagnera en assurance. Le <em>Dove sono </em>sera davantage maîtrisé, malgré un orchestre terne. <strong>Alessio Arduini</strong>, qui chante le Comte, ne manque ni d’élégance, ni de séduction. L’autorité vocale incertaine du début s’oublie tant la présence scénique et le jeu sont convaincants. Aux derniers actes, en pleine possession de ses moyens, vocaux comme dramatiques, ses récitatifs et sa participation aux ensembles seront remarquables. Le Chérubin d’<strong>Eléonore Gagey</strong>, grande asperge poussée trop vite, est savoureux. La souplesse de la conduite, la légèreté, la fraîcheur passionnée sont servies avec de belles couleurs, et ce dès le <em>Non so più</em>. Son duo avec la Comtesse, <em>Presto aprite</em>, est splendide. Bravo ! <strong>Vincent Le Texier</strong> surprend par ses premières interventions. Pourquoi simuler un vieillissement prématuré de Bartolo dans <em>La vendetta</em>, frisant le chevrotement, dépourvu d’insinuation ? Heureusement, notre baryton-basse retrouvera vite son émission, toujours servie par un jeu consommé. La Marcelline de <strong>Marie Lenormand</strong> paraît un peu en retrait dans son duetto avec Suzanne, mais nous vaudra un bel aria (<em>Il capro e la capretta</em>). <strong>Ronan Nédélec</strong> (Antonio), bien que privé d’air, est une des meilleures voix de la soirée, solide, expressive et conduite avec art. Basilio (<strong>Carl Ghazarossian</strong>), Don Curzio (<strong>Antonio Mandrillo</strong>) sont honorablement défendus. Les ensembles, particulièrement le septuor du II et le riche finale du IV, produits d’une mécanique théâtrale bien huilée, sont équilibrés, précis, animés, mais statiques. Le chœur se montre exemplaire à chacune de ses interventions. Ses deux paysannes solistes en remontreraient à beaucoup.</p>
<p>Le public avait le plus souvent retenu ses applaudissements après les airs les plus connus : ses longues ovations lors des saluts attestent son bonheur. La réussite est appréciée et nous ne doutons pas qu’à la faveur des soirées à venir, les quelques réserves disparaissent. *</p>
<p>* Dernière représentation le jeudi 10 novembre à 20h</p>
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		<title>Baccanali</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/baccanali-cest-tircis-et-cest-aminte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 31 Jul 2017 18:54:29 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Bien plus que de « bacchanales », c’est de bucoliques qu’il s’agit avec cette œuvre de Steffani, dont la durée n’atteint pas une heure et demie. Dans cette pastorale, les interventions divines ne font qu’encadrer l’action : le prologue déclamé par Atlas, et une intervention finale de Bacchus vient dénouer l’intrigue. Enfin, si tant est que l’on puisse &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Bien plus que de « bacchanales », c’est de bucoliques qu’il s’agit avec cette œuvre de Steffani, dont la durée n’atteint pas une heure et demie. Dans cette pastorale, les interventions divines ne font qu’encadrer l’action : le prologue déclamé par Atlas, et une intervention finale de Bacchus vient dénouer l’intrigue. Enfin, si tant est que l’on puisse parler d’une intrigue, en l’occurrence, à propos de ce chassé-croisé entre deux nymphes, une dryade et quatre bergers. On danse, on rit, on gémit, on se moque, on joue à colin-maillard, on déplore l’inconstance des amants, mais il n’y aura pas de fin heureuse où chacun trouve sa chacune (le nombre impair des personnages ne le permet pas). Inconsolables, Ergaste et Dryade préfèrent s’enfuir, et les autres s’amusent des fêtes bachiques sur lesquels l’opéra se conclut.</p>
<p>Dramatiquement, donc, une bergerie sans grand intérêt. Musicalement, rien de renversant, mais la partition se laisse écouter agréablement. On n’est pas si éloigné de Lully, mort moins de dix ans auparavant, avec malgré tout une veine italienne plus libre de s’exprimer : un peu plus de virtuosité que n’en admet en général la tragédie lyrique. Malgré les moments de rage ou de désespoir, exprimés à travers des récitatifs soignés préparant une belle aria qui rappelle parfois la tradition de l’air de cour, l’humeur est surtout au divertissement, avec échange de distiques chantés tantôt par deux nymphes, tantôt par deux bergers.</p>
<p>Le livret d’accompagnement étant particulièrement avare d’informations sur les interprètes, il faut partir à la chasse aux renseignements. Sur l’orchestre, d’abord : l’<strong>Ensemble Cremona Antiqua</strong>, fondé en 2004 par <strong>Antonio Greco</strong>, signe avec ce <em>live</em> son premier enregistrement commercialisé. Composé de dix instrumentistes, il tient ici dignement son rôle et, dans le cadre intime du cloître San Domenico, il soutient correctement les voix.</p>
<p>Quant aux chanteurs, on imagine bien que le festival de Martina Franca n’a pas confié à des stars cette œuvre d’un compositeur encore assez confidentiel malgré le soutien de divers grands noms depuis quelques années. Rien ne l’indique sur le disque, mais il s’agit ici de l’atelier de l&rsquo;Accademia del Belcanto « Rodolfo Celletti » (l’année précédente, Antonio Greco avait dirigé de jeunes chanteurs dans <em>Le Couronnement de Poppée</em>).</p>
<p>De jeunes artistes, donc, parmi lesquels on distingue déjà quelles belles voix. <strong>Chiara Manese</strong> est une mezzo très prometteuse, au timbre séduisant, qui prête au berger Fileno des accents touchants. Les deux nymphes sont interprétées avec beaucoup d’entrain par les sopranos <strong>Vittoria Magnarello</strong> et <strong>Paola Leoci</strong>. Des trois autres bergers, on retiendra surtout Ergasto, le délicat ténor <strong>Yasushi Watanabe</strong>. La basse <strong>Nicolò Donini </strong>possède également une étoffe appréciable dans le bref rôle d’Atlas. Quant aux autres, la jeunesse de leur voix s’entend hélas à travers certaines acidités ou un assez criant manque de chair.</p>
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