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	<title>Ivan MAGRI - Artiste - Forum Opéra</title>
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	<title>Ivan MAGRI - Artiste - Forum Opéra</title>
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		<title>VERDI, Nabucco – Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-vienne-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2026 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quatre représentations à cheval entre février et mars, en plein redoux printanier toujours propice aux refroidissements… il fallait viser juste pour entendre le Nabucco tel qu’annoncé par le Wiener Staatsoper et qui devait réunir autour du roi Assyrien d’Amartuvshin Enkhbat, entres autres, Anna Netrebko et Alexander Vinogradov. Après une première sans encombre le vendredi, c’est &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quatre représentations à cheval entre février et mars, en plein redoux printanier toujours propice aux refroidissements… il fallait viser juste pour entendre le <em>Nabucco</em> tel qu’annoncé par le Wiener Staatsoper et qui devait réunir autour du roi Assyrien d’<strong>Amartuvshin Enkhbat</strong>, entres autres, Anna Netrebko et <strong>Alexander Vinogradov</strong>. Après une première sans encombre le vendredi, c’est une heure avant la représentation que le service de presse nous avertit en ce lundi. Sur place, aucune affichette, rien sur le site ou les réseaux sociaux de l’Opéra. C’est donc par une annonce sur scène que la nouvelle tombe : souffrante, Anna Netrebko se voit contrainte de renoncer à chanter. Prévenue en début d’après-midi, <strong>Eliška Weissová</strong>, en troupe à Prague, a fait la route depuis la capitale tchèque et sauve la soirée.<br />
De fait, elle la sauve comme elle peut, dans un rôle chausse-trappe qu’elle semble ne pas avoir interprété sur scène depuis la saison 2020/2021. On l’imagine simplement briefée sur la mise en scène et par le chef d’orchestre. Toutes ces circonstances devaient permettre de jeter un voile pudique sur sa performance. Que des huées et des cris de « sortez- la ! » viennent perturber sa scène à peine le récitatif achevé témoigne de la goujaterie ostentatoire d’une partie du public viennois. Ce n’est qu’à la fin de la scène, que certains, moins nombreux mais ayant encore un minimum de connaissance des us, se réveillent pour encourager le pauvre soprano. S’ensuivent des échanges d’insultes entre les deux factions, altercations que nous croyions réservées aux commentaires sur la mise en scène.<br />
Pour le reste, il s’agit en définitive d’une soirée de répertoire, dans une vieille mise en scène sans topos aucun de <strong>Günter Krämer</strong>, où brille les deux clés de fa. Amartuvshin Enkbhbat impose tout d’abord un Nabucco marmoréen au sommet de sa puissance avant d’en sonder les affres psychologiques et de triompher dans une scène où les accents douloureux se lient à un phrasé princier avant d’exulter dans une strette à la puissance impressionnante. Alexander Vinogradov prête le marbre sombre et noble de sa voix à Zaccaria dans un portrait tout à fait convaincant. <strong>Ivan Magri</strong> (Ismaele) et <strong>Monika Bohinec</strong> assurent leur rôle sans brillant particulier à l’inverse des <em>comprimari</em> d’où se dégagent en particulier le noir Grand Prêtre de Baal de <strong>Dan Paul Dumitrescu</strong> et l’Anna agile de <strong>Maria Zherebiateva.</strong></p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Nabucco_ENKHBAT_VINOGRADOV_BOHINEC_DSC9549_C-Wiener-Staatsoper-Michael-Poehn-1294x600.jpg" />© Wiener Staatsoper / Michael Poehn</pre>
<p>Même <strong>Marco Armiliato</strong>, habitué du répertoire, conduit l’orchestre sans raffinement. Oublieux de ce que la partition doit encore à Rossini, il verse dans la fureur et le fracas. Alexander Vinogradov, pourtant peu avare de décibels, ne saura faire face à cette phalange ainsi lâchée dans l’ultime réplique de l’œuvre. Les chœurs du Staatsoper sont en revanche irréprochables dans cette œuvre qui les sollicite tout particulièrement et leur réserve une des pages les plus attendues du répertoire.<br />
A une époque où tout semble dû au public, on peut se demander pourquoi une doublure n’était pas prévue de longue date pour un rôle dont les titulaires au niveau international se font rares (<a href="https://www.forumopera.com/breve/nabucco-bisse-a-naples/">Marina Rebeka vient de l’ajouter à son répertoire</a>). En outre, les moyens de communication sont aujourd’hui démultipliés et les théâtres disposent de toutes les informations pour avertir directement les spectateurs d’une représentation en particulier. Il eut sans doute été préférable d’annoncer le remplacement à tous dès lors qu’il était connu, et pas uniquement à la presse alors même que les revendeurs s’en donnent à cœur joie devant le théâtre. Quoi qu’il en soit de ces bévues, rien ne saurait justifier le comportement agressif d’une partie du public viennois envers une interprète conspuée avant même d’avoir pu terminer, arrivée dans des conditions impossibles pour sauver une soirée. Aux saluts, en guise de soufflet adressé au public, aucun artiste ne viendra saluer seul. C’est toute la distribution et le chef qui paraissent devant le rideau, Eliška Weissová au centre d’un bloc solidaire.</p>
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		<title>Gala Verdien &#8211; Parme</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/gala-verdien-parme/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 17 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au programme de ce concert verdien ce 10 octobre le dernier acte de Luisa Miller et celui de Rigoletto. Ils ont en commun la mort d’une héroïne sous le regard désespéré de son père. La première meurt empoisonnée par celui qu’elle aime – il croyait qu’elle l’avait trahi – la seconde pour sauver la vie de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au programme de ce concert verdien ce 10 octobre le dernier acte de <em>Luisa Miller </em>et celui de <em>Rigoletto</em>. Ils ont en commun la mort d’une héroïne sous le regard désespéré de son père. La première meurt empoisonnée par celui qu’elle aime – il croyait qu’elle l’avait trahi – la seconde pour sauver la vie de celui qu’elle aime bien qu’elle ait eu la preuve qu’il la trahissait. L’une et l’autre sont étroitement liées à un père très protecteur : Luisa a sauvé le sien en acceptant un chantage qui la déshonorait, Gilda sait bien qu’elle représente tout pour Rigoletto depuis la mort de sa mère. Privés de compagnes, ces deux hommes semblent avoir du mal à laisser leurs filles vivre de façon autonome. Luisa veut mourir ? Gilda aime un imposteur ? Les deux pères font pression sur elles pour obtenir, fût-ce par un chantage, qu’elles restent auprès d’eux.</p>
<p>Outre cette parenté thématique, l’intérêt de ce rapprochement s’impose à l’écoute : de <em>Luisa Miller </em>(1849) à <em>Rigoletto</em> (1851) Verdi semble avoir trouvé les clefs d’une efficacité majeure de ses capacités expressives, et la direction vigilante et dynamique de <strong>Paolo Carignani</strong>  le met en lumière avec une précision que les musiciens de l’Orchestre Philharmonique Arturo Toscanini épousent impeccablement. Ce n’est pas le moindre des plaisirs que dispense cette fête sonore que de voir et d’entendre la symbiose entre le chef qui ponctue inlassablement les nuances et les musiciens qui semblent respirer cette énergie.</p>
<p>Le troisième acte de <em>Luisa Miller </em>est en miroir avec le premier, mais alors que celui-ci commençait dans la joie le dernier s’ouvre sur l’inquiétude des amies de Luisa. La plus proche d’elle est Laura, rôle confié à une élève de l’Académie Verdienne, <strong>Maria Kosovitsa</strong>, au timbre séduisant et à la présence gracieuse. Le défi de la soirée est relevé par une autre élève de l’Académie, <strong>Alessia Panza</strong>, qui incarne Luisa. Est-elle d’abord handicapée par une tension bien compréhensible ? La justesse de l’intonation nous semble un moment incertaine. Au fil de l’exposition, on apprécie globalement les intentions expressives, sauf quand la virtuosité démonstrative frôle à un moment les « cocottes ». L’extension n’est pas superlative dans l’aigu mais l’émission est homogène et le souffle semble assez long, autant d’acquis prometteurs. Le ténor <strong>Ivan Magri </strong>lui donne une réplique stylistiquement impeccable, restituant la fougue et la hargne de l’amoureux qui s’est cru trahi et a décidé d’en finir en entrainant dans la mort la présumée coupable. Le baryton mongol <strong>Ariunbaatar Ganbaatar </strong>prête au père abusif sa haute stature et sa voix sonore <strong>; </strong>le duo où il invite Luisa à partir avec lui pour mener une vie d’errance précaire – qui vaudra mieux que leur environnement menaçant – dont la courbe mélodique et les couleurs annoncent l’air de Germont, est très réussi. <strong>Francesco Leone </strong>assure sobrement les quelques mots du comte Walter. Les chœurs ont quant à eux rempli leur rôle de témoins de la métamorphose de Luisa et du malheur final.</p>
<p>Après l’entracte, c’est donc le dernier acte de <em>Rigoletto</em>, ce moment culminant de l’œuvre où la cohabitation du sordide et du sublime bouleversent le spectateur, témoin impuissant de la détresse de Gilda, de son sacrifice, et de l’horreur vécue par Rigoletto. <strong>Francesco Leone</strong> peut enfin faire entendre en Sparafucile une voix de basse plutôt chantante car sa profondeur n’est pas abyssale. Sa sœur Maddalena est plus que chantée, mieux vaut dire jouée tant les mimiques et les gestes accompagnent le chant, par <strong>Teresa Iervolino</strong>, qui n’en fait pas une malheureuse exploitée par son frère, mais une professionnelle refusant de voir trucider un client pour lequel elle a un gros faible. Faut-il dire qu’elle a toute la ressource vocale nécessaire à faire de son intervention un numéro des plus savoureux sans recourir aux sons forcés qu’on entend parfois ? Ce séducteur volage et menteur a la prestance de <strong>Davide Tuscano</strong>, qui délivre l’attendu « La donna è mobile » avec élégance, sans chercher l’effet, et reprendra l’air en coulisse avec la même légèreté, celle du personnage insouciant ou indifférent aux conséquences de sa conduite. C’est à <strong>Giuliana Gianfaldoni </strong>qu’il revient d’incarner l’héroïne à qui son père révèle la traîtrise de celui qu’elle idolâtre, et à <strong>Ariunbaatar Ganbaatar</strong>, désormais chez lui au Regio après son triomphe dans <em>Giovanna d’Arco</em> de faire entendre cet homme bien décidé à ouvrir les yeux de sa fille, même en lui brisant le cœur, et à faire tuer celui qui a osé la souiller. Elle a les moyens techniques de rendre justice aux difficultés de l’écriture, et la sensibilité nécessaire pour communiquer l’émotion de l’amoureuse blessée. Il a les moyens nécessaires à faire entendre la colère profonde et le désir inquiet de protéger celle qui est toujours sa petite fille, et, peut-être parce qu’il est plus familier du rôle, son italien sonne nettement mieux. Voix de bronze ou de flûte, sonorités élégiaques ou ampleurs menaçantes, les timbres se marient  dans un tissu de nuances qui se combinent magnifiquement dans les  ensembles, et tandis que le malheur des uns côtoie le badinage des autres, le spectateur comblé savoure ces mélanges vocaux enchâssés somptueusement par la musique, avant l’uppercut de l’accord final, qui déclenche les ovations. Un beau programme, où <em>Rigoletto </em>apparaît comme le fruit enfin mûr de la détermination du compositeur, et une belle réalisation !</p>
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		<title>VERDI, Nabucco &#8211; Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-nabucco-berlin-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Oct 2024 04:05:00 +0000</pubDate>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>A Berlin, Staatsoper, les seconds couteaux sont parfois tellement affilés qu’on les sent prêts à prendre les premiers rôles ! C’est un peu ce qu’on se dit en quittant <em>Unter den Linden</em> à l’issue d’une représentation de <em>Nabucco</em> de très grande classe avec, donc, une sorte de cast B qui en ferait rêver plus d’un. Dans cette nouvelle production proposée par <strong>Emma Dante</strong>, intéressante à plus d’un titre mais qui pose aussi son lot de questionnements, on le verra, Anna Netrebko (Abigaille) et René Pape (Zaccaria) ont vite cédé la place à <strong>Anastasia Bartoli</strong> et <strong>Mika Kares</strong>, qui ont ébloui une salle où pas un siège n’est resté vide.<br />
Concernant ce dernier, nous l’avions admiré dans le <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-berlin-staatsoper-lor-resume-a-lanneau/">Ring proposé ici même en 2022</a> par Thielemann/Tcherniakov. Tour à tour Fasolt, Hunding et Hagen, sa puissance et ses incarnations en diable nous avaient à l’époque retourné. Ce soir, il est un Zaccaria époustouflant de présence, de puissance et d’intensité. Tout juste s’est-on demandé s’il était suffisamment échauffé pour son « D’Egitto là su i lidi », où la souplesse a pu manquer au tout début de l’aria – les graves du « Timor » final impressionnent en revanche déjà. La cabalette à suivre, reprise avec ornements s’il vous plaît, laisse augurer que la soirée sera belle. Et de fait, Miko Kares déroule ensuite un des rôles de basse verdiens les plus accomplis, avec panache et aisance, fa dièse aigu compris !<br />
Quant à Anastasia Bartoli qui reprend le rôle d’Abigaille, c’est l’émotion de la soirée. Il sera difficile d’être objectif et de trouver à redire à cette prestation absolument achevée, alors soyons honnête jusqu’au bout et disons-le une fois pour toutes : la seule chose qui manque encore à Bartoli c’est la longueur. On aurait aimé que certaines phrases ne finissent pas trop vite, que le plaisir soit prolongé d’entendre l’émotion pure dite à travers les notes. Mais tout le reste y est, et en abondance. La présence tout d’abord ; la tête fière, relevée et comminatoire, ses faux airs de Cruella, l’élégance dans le geste, y compris dans la menace, y compris dans le suicide. Mais surtout cette voix. Elle avait déjà impressionné Antoine Brunetto cet été à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-ermione-pesaro/">Pesaro dans le rôle-titre de <em>Ermione</em></a>. Il l’avait trouvée « incandescente ». C’est exactement cela : elle brûle par la présence et la portée de la voix. Pas une once de faiblesse dans les aigus, pas le moindre relâchement dans la portée des graves, pas de difficulté apparente dans les innombrables cabrioles de sa partie. Comme toujours, Abigaille est attendue en entrée du II. L’arioso est pleinement incarné, l’aria se termine comme une prière irrésistible. Et que dire de la cabalette (avec reprise ornée en sus) qui emporte tout sur son passage et l’enthousiasme bruyant d’un public qui lui réservera au final une ovation dont elle se souviendra certainement.<br />
Voilà donc à quoi ressemble le cast B de ce Nabucco ! <strong>Luca Salsi</strong>, quant à lui, présent dans le rôle-titre depuis la première le 02 octobre dernier, est le troisième larron à récolter aussi bruyamment les <em>vivat</em> du public. Et comme c’est justice. Salsi est aujourd’hui un grand Nabucco parce qu’il est crédible sur toute la longueur, parce que ses états d’âme et son revirement final, il sait entièrement les partager avec la salle. La voix réussit par la nuance à décrire tout ce qu’il faut d’autorité, de force, voire de férocité, mais aussi de tendresse, de pitié et finalement de piété ; du grand art. <strong>Sonja Herranen</strong> est une Anna au soprano impétueux et <strong>Andrés Moreno Garcia</strong> s’acquitte fort bien du modeste rôle d’Abdallo, qui a toute son importance dans le déroulement de l’intrigue. On attendait plus de légèreté en revanche de la Fenena de <strong>Marina Prudenskaya</strong>, plus à l’aise dans les ensembles du début de l’ouvrage que dans son aria du IV (« Oh, dischiuso »), et bien mieux d’un <strong>Ivan Magrì</strong>, plusieurs fois en difficulté dans le rôle d’Ismaele (problèmes de justesse et dureté dans les aigus <em>forte</em>). <strong>Bertrand de Billy</strong>, à la tête de la Staatskapelle, dynamise l’orchestre par un tempo allant, plus qu’allant, nerveux, intense et captivant, notable dès l’ouverture. Ce tempo sera logiquement tenu tout au long de la soirée à l’exception notable de l’aria « Dio di Giuda », pris par contraste très lentement et qui rend cette scène de la conversion de Nabucco d’autant plus saisissante. Ce rythme soutenu a pu entraîner quelques décalages sans conséquence (air d’entrée de Zaccaria), y compris dans les nombreuses parties chorales. Chœur pléthorique avec un « Va pensiero » vibrant à souhait.</p>
<pre style="text-align: center;"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/https___www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_58715_af2b8d5d33932194711de1b149971869_Nabucco_040-1294x600.jpg" alt="" width="686" height="318" />
© Bernd Uhlig</pre>
<p>Reste la question de la mise en scène. La Sicilienne Emma Dante (qui avait proposé <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-la-cenerentola-barcelone/">Cenerentola en mai dernier</a> à Barcelone) offre une vision atemporelle de <em>Nabucco, </em>en tout cas certainement pas historique, les costumes étant contemporains, les Assyriens tous armés de pistolets. Les Hébreux sont des Juifs orthodoxes : on les voit attentifs à accomplir leurs prières avec soin. Le mur du Temple est omniprésent (et on le voit plusieurs fois attaqué par les Assyriens) ; les symboles juifs sont mis à mal (Nabucco, au I, détruit les Tables de la Loi) et les violences sont bien visibles sur scène.<br />
Mettre en scène <em>Nabucco</em> aujourd’hui peut relever du pari risqué. Montrer des Juifs se faire prendre en otage, se faire brutaliser, exécuter, montrer des cadavres d’enfants arrachés des mains de leurs mères, des corps recouverts de linceuls blancs, montrer des assaillants ivres de sang, sans parler des imprécations contre le peuple juif contenues dans le livret de Temistocle Solera, tout cela renvoie invariablement le spectateur vers une tragique actualité. Faut-il le faire ? Avec un tel réalisme ? Dans le contexte géopolitique actuel ? Dans la note d’intention, Emma Dante se dit consciente que le terrain est glissant : elle l’assume crânement.<br />
Dont acte.</p>
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		<title>VERDI, Aida &#8211; Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-aida-berlin-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Oct 2023 07:35:09 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Soirée de contrariétés au Staatsoper de Berlin pour la 8 eme représentation d’une Aida dont la nouvelle production, le 3 octobre dernier, s’était achevée sous les huées conjuguées du public et d’une bonne partie de la presse allemande. Calixto Bieito, à qui l’on doit cette production n’est pas, cette fois-ci, le seul en cause – &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Soirée de contrariétés au Staatsoper de Berlin pour la 8 eme représentation d’une <em>Aida</em> dont la nouvelle production, le 3 octobre dernier, s’était achevée sous les huées conjuguées du public et d’une bonne partie de la presse allemande. <strong>Calixto Bieito</strong>, à qui l’on doit cette production n’est pas, cette fois-ci, le seul en cause – sa mise en scène nous le verrons, attire (recherche même ?) les foudres comme le vinaigre les mouches, mais elle mérite d’être discutée. Non, tout commence avant le lever de rideau où l’on fait trois annonces : la défection de Clémentine Margaine dans le rôle d’Amnéris (remplacée par <strong>Eve-Maud Hubeaux</strong>), la méforme vocale de l’Amonasro d’<strong>Alfredo</strong> <strong>Daza</strong> (qui a toutefois tenu bon jusqu’au bout) et surtout le refroidissement de <strong>Maria-José Siri</strong>, qui devait tenir le rôle-titre. Elle a en fait tenu un acte, le temps de trouver <em>in extremis</em> une doublure, en l’occurrence <strong>Oksana Nosatova</strong> qui, installée d’abord en loge, puis en bordure de scène, a chanté la partition tandis que Maria-José Siri mimait son rôle. Difficile, dans ces conditions très dégradées, de juger les voix. Chacun a fait de son mieux. Eve-Maud Hubeaux avait été Amneris à <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/aida-salzbourg-orient-occident-regards-croises/">Salzbourg en 2022</a> (où déjà elle fut une doublure, celle d’Anita Rachvelishvili). Arrivée précipitamment à Berlin elle a dû apprendre sur le fil la mise en scène et délivre au final une prestation très honorable, essentiellement après l’entracte et surtout au IV, où tout le dramatisme du personnage transpire enfin. <strong>Grigory Shkarupa</strong> est un roi à la couronne ferrée de…cartouches de mitraillette, aux éternelles lunettes de soleil et prompt à manier le pistolet ; bref un « beau gosse » à la voix captieuse et ferme. <strong>Erwin Schrott</strong> est un Ramphis vaillant, qualificatif que l’on n’utilisera pas pour rendre compte de la prestation du Radamès d’<strong>Ivan</strong> <strong>Magrì</strong> : la mise en scène fait certes de lui un éternel perdant, mais jamais la virilité du guerrier, la force et le courage de celui qui ne renonce jamais, ne sont vraiment rendus. Si l’on ajoute une voix, aux vraies qualités par ailleurs  (clarté, souffle), incapable de rendre les souffrances, les combats, les blessures du capitaine, nous avons le portrait d’un Radamès falot, condamné à triturer des grenades (les fruits !) et à s’en barbouiller, en lieu et place de préparatif de guerre !</p>
<pre><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/https-__www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_51531_349c3987157740e587de28abc89d7a98_aida_OHP__E2_94_AC_C2_AE_Herwig_PRAMMER_R5_5809-1294x600.jpg" alt="" width="820" height="380" />© Bernd Uhlig</pre>
<p>L’orchestre est admirable, <strong>Nicola Luisotti</strong> est certainement conscient de conduire une formation de luxe ; c’est grâce à elle, merveilleux fil conducteur au milieu de tant d’embûches, que tous les obstacles sont finalement franchis. On regrettera un ou deux décalages sévères avec les chœurs, quant à eux irréprochables.</p>
<p>En confiant à Calixto Bieito une nouvelle production berlinoise, la direction du Staatsoper savait à quoi s’en tenir ; son <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/a-poil-max/">Freischütz</a></em> au Komische Oper en 2012 (huit ans après un <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/en-mai-de-mozart-fais-ce-quil-te-plait/">Entführung</a></em> décoiffant), déconseillé aux moins de 16 ans, avait fait hurler la critique, de même que son <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lohengrin-berlin-staatsoper-pari-a-demi-reussi-ne-veut-pas-dire-fausse-route-streaming/">Lohengrin</a></em> berlinois de 2020. Bieito a sans doute des comptes à régler avec le public (du reste lorsque le rideau s’ouvre, des hommes et des femmes, en tenue de prisonniers s’avancent vers le public, sur l’avant-scène, et miment de lui jeter rageusement des pierres). Mais tout cela n’est qu’un avant-goût d’une proposition qui se moque de l’histoire racontée comme d’une guigne. C’est bien le principal reproche que l’on peut faire à Bieito ; non pas tant d’avoir transposé (les transpositions deviennent la norme), mais de l’avoir fait sans prendre assise sur le terreau à disposition. Il y avait et il y a toujours matière à relire Aida à partir des événements nombreux qui jalonnent l’histoire. Mais ici Bieito ne voit qu’une chose dans la trame d’ensemble ; le rapport de classes dans la société et les ravages de la colonisation. Posés ces deux préalables à la compréhension du propos, Bieito va disserter, expliciter, démontrer, nous faire voir <em>ad nauseam</em> tout ce que le livret ne recèle évidemment pas. Le progrès est réservé aux classes supérieures, que ce soit en Europe ou dans les colonies africaines. Il y a des vainqueurs et des vaincus, des privilégiés et des opprimés. Dans une mise en scène qui tient plus du collage que de la trame narrative suivie, Bieito offre à nos yeux toute une série d’épisodes, plus ou moins convaincants mais, globalement, disons-le, jamais à propos. Le statut d’esclave d’Aida n’apparait pas clairement et le conflit entre Aida et Amnéris est celui entre deux familles aisées. L’Afrique est vue uniquement comme une terre de colonisation ou de safaris sanglants. Les soldats égyptiens sont armés de kalachnikovs, les enfants sont des esclaves ; on les voit trier les déchets de matériels électroniques au rebut. Le peuple opprimé se contente de boîte de goodies à moitié vides pour accepter sa condition de victime. Les ballets sont supprimés ; en lieu et place, des employées de magasin, habillées aux couleurs de Tati, une salade sur la tête, forment l’armée des employées au rythme de travail infernal (des vidéos aux images accélérées les montrent s’affairant dans une grande surface).</p>
<p>On pourrait multiplier les exemples d’une mise en scène foisonnante. Au final, c’est, très banalement, notre société capitaliste, de surconsommation qui est vilipendée. Soit, mais pas sûr qu’il était nécessaire de grossir le trait à ce point.</p>
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		<title>PUCCINI, Turandot — Berlin (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/turandot-berlin-staatsoper-la-deshumanisation-autant-que-possible/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Mar 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Art total sur la scène du Staatsoper de Berlin pour la dixième représentation de la production de 2022 de Turandot, signée Philipp Stölzl. En plus des attributs habituels d’une mise en scène d’opéra, les machinistes ont en effet une partie déterminante à jouer, et c’est assez justement que trois d’entre eux sont invités sur scène &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Art total sur la scène du Staatsoper de Berlin pour la dixième représentation de la production de 2022 de <em>Turandot</em>, signée <strong>Philipp Stölzl</strong>. En plus des attributs habituels d’une mise en scène d’opéra, les machinistes ont en effet une partie déterminante à jouer, et c’est assez justement que trois d’entre eux sont invités sur scène aux saluts de fin de partie pour recueillir les applaudissements mérités de la salle.</p>
<p>La scène est en effet presque entièrement occupée par l’immense « marionnette » articulée (dans l’esprit « Royal de luxe »), figurant la princesse Turandot. Habillée en début de pièce d’une robe à panier, et le visage recouvert d’un masque chinois, cette marionnette, tout au long des trois actes, est en mouvement, émergeant d’une immense fosse circulaire en cœur de scène, s’élevant en l’air, et faisant l’objet d’un nombre incalculable de manipulations de la part d’une demi-douzaine de machinistes, accompagnant les mouvements assistés par ordinateur en régie. La performance technique mérite d’être soulignée et la réussite visuelle est totale. On saluera, en général, le travail d’éclairage et de décors (tout est signé de Philipp Stölzl) qui accompagne parfaitement la proposition du metteur en scène.</p>
<p><img decoding="async" alt="" height="330" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_41926_dd989c112f202b2799284f0b23387062_ber_turandot_gp0036.jpg?itok=IJoHqf26" width="468" /><br />
	© Matthias Baus</p>
<p>L’idée est la déshumanisation autant que possible du personnage de Turandot. Il s’agit d’en faire une caricature d’elle-même, voire de mettre en doute son existence propre (elle ne fait pas d’apparition furtive au I, sa marionnette s’en charge !) : « Turandot n’existe pas » nous disent bien les trois compères Ping, Pang et Pong. Turandot c’est donc cette immense marionnette, sans vie, sans cœur, sans sexe non plus : quand le panier de la robe est soulevé par les machinistes, on n’y découvre rien d’autre qu’un vide sidéral. Point de vie, de matrice cachée. Pire même, ce vide est un lieu mortifère. C’est là que les prétendants sont suppliciés (les scènes sont montrées sans retenue). Elle ne donne pas la vie mais engendre la mort. Au III, lorsque des Pékinois seront exécutés, c’est toujours dans la fosse circulaire, sous la robe, qu’ils disparaitront. C’est encore sous la robe qu’un amas des crânes ayant appartenu aux anciens torturés devient un terrain de jeu des trois ministres qui jonglent avec les ossements.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="312" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_41937_4dd94fcbc0ebea2c985e2fb1281c552a_ber_turandot_gp0356.jpg?itok=yotkZFeE" width="468" /><br />
	© Matthias Baus</p>
<p>Au fil de l’action, la marionnette est dépouillée de ses attributs, de la robe, de son tronc, et même de son masque chinois qui découvre alors…le crâne d’un squelette. Décidément cette Turandot incarne bien la mort, elle a tout pour faire fuir et on se demande ce qui peut attirer Calaf ! Pour être entièrement fidèle à son idée d’une princesse incapable de sentiments, le metteur en scène détourne le « happy end », en soi bien peu crédible, et choisit de la faire mourir : au lieu de se donner à Calaf, elle tombe morte dans ses bras, après s’être empoisonnée.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" height="313" src="https://www.forumopera.com/sites/default/files/styles/large/public/https_www.staatsoper-berlin.de_downloads-b_de_media_41995_cac17cdb24c0570b0a94792b079bafd2_ber_turandot_ohp0755.jpg?itok=14VaBWWz" width="468" /><br />
	© Matthias Baus</p>
<p>Distribution de haut vol autour du jeune chef français <strong>Maxime Pascal</strong>. C’est donc lui qui a repris cette production créée en 2022 par Zubin Mehta. Il dirige une Staatskapelle toute en couleurs et percussion. La direction est soignée, l’attention portée aux chœurs est permanente, la partition l’exige. On aura plaisir à retrouver Maxime Pascal au festival d’Aix où il dirigera cet été <em>L’Opéra de quat’ sous</em>, puis <em>The Greek Passion</em> (Martinů) au festival de Salzbourg. Les chœurs d’hommes et de femmes viennent en nombre figurer le peuple pékinois et réalisent un sans-faute.</p>
<p><strong>Elena Pankratova</strong> est une princesse à l’inhumanité absolue et admirable. Aucune faille dans le chant, aucune fêlure dans les aigus perforants. « In questa reggia » donne le ton des deux derniers actes : ce sera sans faiblesse et sans limite. Nous découvrons <strong>Ivan Magri</strong> en Calaf. Le personnage qu’il incarne est attiré par la princesse comme un aimant. Il essaie de la comprendre, il est lui-même littéralement hissé à sa hauteur au I pour essayer de percer la mécanique qui se cache derrière la marionnette ; il n’y parviendra pas. Après une entrée un peu courte, Ivan Magri gagne en assurance et son « Nessun dorma » passe la rampe sans difficulté. <strong>Olga Peretyatko</strong> est une Liù de luxe. Elle est somme toute bien élégante sur scène pour être une esclave crédible ! Qu’importe, le « Signore ascoltà » du I est tout en finesse, les aigus sont filés et l’on retrouvera les mêmes qualités dans la scène de mort.</p>
<p><strong>René Pape</strong> en Timur, <strong>Giula Orendt</strong> (Ping), <strong>Andrés Moreno Garcia</strong> (Pang) et <strong>Matthew Newlin</strong> Pong), complètent superbement la distribution d’une production qui restera comme une des plus spectaculaires et intelligentes qui nous aient été données de voir de cet opéra.</p>
<p> </p>
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		<title>VERDI, Nabucco — Parme</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/nabucco-parme-nabucco-hype/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Oct 2019 04:01:40 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le Regietheater avait jusqu&#8217;ici plutôt épargné les belles provinces italiennes, mais cette nouvelle production de Nabucco nous rappelle que nul n’est désormais à l’abri. Nouveau duo hype, Stefano Ricci et Gianni Forte ont fondé en 2006 le Ricci/Forte Performing Arts Ensemble. Formés auprès de Luca Ronconi à Rome et Edward Albee à la New York &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le <em>Regietheater </em>avait jusqu&rsquo;ici plutôt épargné les belles provinces italiennes, mais cette nouvelle production de <em>Nabucco </em>nous rappelle que nul n’est désormais à l’abri. Nouveau duo <em>hype</em>, <strong>Stefano Ricci</strong> et <strong>Gianni Forte</strong> ont fondé en 2006 le Ricci/Forte Performing Arts Ensemble. Formés auprès de Luca Ronconi à Rome et Edward Albee à la New York University, ils ont depuis développé leur propre style, très éloignés de ces deux maîtres, et plus proche du travail de plasticiens ou de chorégraphes, quelque chose entre Jan Fabre et Romeo Castellucci. Leur thématique est des plus classiques : critique de la société de consommation, de la cruauté du monde contemporain et de ses injustices, dénonciation de la prédominance des images, des frontières entre les peuples, etc. C’est donc sans doute par antiphrase qu’ils sont qualifiés « d’enfants terribles de la scène italienne » tant le propos est convenu. Le <em>Nabucco </em>proposé n’échappe pas à ces préoccupations. Nous sommes en 2046. Babylone est un vaisseau qui vogue sur les mers sans jamais s’arrêter. Dans son mouvement incessant, il a recueilli des migrants tout en en laissant quelques autres se noyer dans les flots (ce qui nous vaut d’ailleurs une très belle scène dansée au ralenti, le travail sur les corps étant une des signatures de Ricci / Forte). Ces migrants sont les derniers survivants d’une antique religion disparue : les catholiques (comprendre : d’ici 30 ans, les rôles seront peut-être inversés). Les Assyriens célèbrent quant à eux le culte de la consommation. Ainsi, le vaisseau est rempli d’œuvres d’art pillées on ne sait où, et jamais déballées (comprendre : la soif de posséder). Entre deux scènes lyriques, deux soldats arrachent des pages de livres censurés, et les passent à la broyeuse (comprendre : le pouvoir impose sa censure). Nabucco et Abigaille sont constamment suivis de journalistes en uniforme qui enregistrent toutes leurs déclarations (comprendre : les médias vous mentent). Des écrans affichent les inévitables images de la Syrie dévastée. Au final, migrants et autochtones seront fondus dans un même creuset. Message humaniste et modérément optimiste (les anciens oppressés deviennent vite les nouveaux oppresseurs), bien éloigné de la thématique originelle de l’ouvrage : nationaliste social, Giuseppe Verdi ne fut pas vraiment le chantre du vivre-ensemble entre Italiens et Autrichiens, et le « Va, pensiero » ne peut se comprendre si on cherche à oublier qu’il est d’abord le cri, échappant aux ciseaux d&rsquo;Anastasie, d’un peuple asservi. Dans la pratique, la mise en œuvre du concept n’est pas extrêmement claire, et, sans lecture préalable des notes d’intention du programme (dévorées à l’entracte), il est difficile de saisir où le metteur en scène veut en venir.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="277" src="/sites/default/files/styles/large/public/2209_nabuccofv2019_parte_iii.jpg?itok=02gF8eKF" title="© Roberto Ricci Teatro Regio di Parma" width="468" /><br />
	© Roberto Ricci Teatro Regio di Parma</p>
<p>En revanche, à  l’inverse des standards du <em>R</em><em>egietheater</em> allemand, la scénographie est plutôt belle, colorée et spectaculaire. A noter qu’à l’occasion d’un changement de décor un peu long, les danseurs interprètent une incroyable évocation de noyades (voir photo). Un gros fil de laine bleu dans leur mains figure le niveau de l’eau, et les danseurs miment l’asphyxie quand ils ont la tête en dessous de fil, ou reprennent bruyamment leur respiration lorsqu’elle est au-dessus. Une scène assez forte, mais sans grand rapport avec l’opéra : une partie du public, mécontent, ne se privera pas de manifester. En dehors des figurants et des danseurs, le « travail sur les corps » nous laisse un peu sur notre faim, avec pas mal de scènes où les protagonistes principaux semblent laissés à l’abandon, et où les chœurs sont simplement alignés pour chanter. Le « Va, pensiero » est en revanche très réussi, avec une arrivée progressive des artistes du chœurs qui coule de source avec la musique. Au global, un spectacle intéressant, mais partiellement abouti, excellent contrepoint d&rsquo;une <a href="/aida-busseto-aida-au-naturel"><em>Aida </em>archi-classique</a> : dans cette édition du Festival Verdi, il y en a ainsi pour tous les goûts.</p>
<p>Entendu dans ce rôle à <a href="/nabucco-lyon-le-triomphe-danna-pirozzi">Lyon et au Théâtre des Champs-Elysées</a>, <strong>Amartuvshin Enkhbat </strong>confirme un potentiel important (rappelons qu&rsquo;il n&rsquo;a que 33 ans). La voix est puissante, d&rsquo;une parfaite homogénéité sur toute la tessiture, d&rsquo;une grande musicalité, dans la lignée d&rsquo;un Renato Bruson, mais avec une plus grande aisance dans l&rsquo;aigu. Sa prestance naturelle lui permet d&rsquo;interpréter un Nabucco naturellement royal, qui en impose sans histrionisme ni vulgarité. L&rsquo;interprétation est encore un peu lisse et on attendrait davantage d&rsquo;expressivité et d&rsquo;émotion dans son « Oh ! di qual onta aggravasi » ou dans le « Dio di Giuda ! » (par ailleurs suivi d&rsquo;une cabalette électrisante). Cela viendra avec la fréquentation du rôle. <strong>Saioa Hernández</strong> est une Abigaille vaillante et convaincante, à la limite de ses moyens vocaux. La voix est puissante, l’aigu sûr mais un peu acide, les redoutables vocalises sont très correctement exécutées. Toutefois, un aigu passe à la trappe dans le récitatif d’entrée, et les paroles dans les montées chromatiques sur « L&rsquo;umil schiava a supplicar » de la cabalette, sont remplacées par une suite de voyelles, ce qui est d’ailleurs assez courant. Les différents aspects du personnage sont bien évoqués, monstre hystérique initialement, femme repentante au final. On appréciera aussi une certaine retenue : son « Anch&rsquo;io dischiuso un giorno ebbi alla gioia il core » exprime une vraie fêlure. Pour autant, est-il prudent de garder un tel rôle à son répertoire ? <strong>Ivan Magrì</strong> est un Ismaele au timbre solaire, avec une belle voix de lirico spinto qui ne force jamais, et un bel engagement dramatique : un luxe dans ce rôle souvent sacrifié. Alternant avec Michele Pertusi, <strong>Rubén Amoretti</strong> nous a paru un peu fatigué en Zaccaria. La Fenena d&rsquo;<strong>Annalisa Stroppa</strong> est tout simplement idéale : une artiste à suivre dans des rôles plus importants.</p>
<p>Le <strong>Chœur du Teatro Regio</strong> est tout bonnement phénoménal. Electrisant dans les parties rapides (en particulier au premier acte) et émouvant dans l&rsquo;incontournable « Va, pensiero », pour une fois justement bissé, il nous fait partager son évident plaisir de chanter. A la tête de l&rsquo;excellente <strong>Filarmonica Arturo Toscanini,</strong> <strong>Francesco Ivan Ciampa</strong> nous entraîne dans un véritable déchaînement de passions. Le final de l&rsquo;acte I est l&rsquo;un des plus rapides jamais entendus, totalement électrisant. L&rsquo;attention au plateau est remarquable, les chanteurs étant constamment en osmose avec le chef. La baguette est nerveuse, et précise, tendre à l&rsquo;occasion. <a href="/spectacle/des-brigands-rehabilites">Voilà plusieurs années que nous avons remarqué ce jeune chef</a>, et il serait grand temps qu&rsquo;il soit reconnu par le circuit international qui manque cruellement de professionnels de cette valeur.</p>
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		<title>I due Foscari</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/i-due-foscari-leo-le-serenissime/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Cedric Manuel]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 08 Aug 2019 22:47:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Je l’avoue sans ambages : parmi les partitions de jeunesse, ces fameuses « années de galère » que Verdi décrivait comme à son habitude avec force dramatisation, j’ai un vrai faible pour I due Foscari, œuvre ramassée (moins de deux heures), à l’intrigue pas plus absurde que d’autres ouvrages lyriques du moment – et des bien plus célèbres – &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Je l’avoue sans ambages : parmi les partitions de jeunesse, ces fameuses « années de galère » que Verdi décrivait comme à son habitude avec force dramatisation, j’ai un vrai faible pour <em>I due Foscari</em>, œuvre ramassée (moins de deux heures), à l’intrigue pas plus absurde que d’autres ouvrages lyriques du moment – et des bien plus célèbres – et aux idées musicales tout à fait séduisantes pour ne pas dire remarquables. Même s’il conserve une structure très classique, le jeune compositeur (à peine 31 ans au moment de la création) n’y a pas encore trouvé toutes les clés de son génie, mais beaucoup est déjà en place : l’urgence et la tension dramatiques comme les profils de ses personnages. Telles ces merveilleuses phrases qui caractérisent les trois principaux, dans l’ordre de leur apparition : le beau thème désabusé, à la clarinette accompagnée par les cordes, qu’on entend dès le prélude, de l’infortuné Jacopo Foscari ; le tourbillonnant <em>allegro agitato </em>aux cordes, remplies de la détermination désespérée de Lucrezia et enfin l’admirable introduction aux violoncelles, pleine de nostalgie et de tendresse, pour le vieux Foscari, doge à l’autorité fanée et au trône chancelant. Contrairement à une légende tenace, la première de cet opéra, prévue d’abord à Venise – qui n’a pas voulu d’une œuvre montrant le Conseil des Dix sous son plus mauvais jour – puis réalisée à Rome, n’a pas été un four absolu mais un peu plus qu’un succès d’estime. L’œuvre traîne pourtant une réputation de statisme dramatique qui n’a pas contribué à la diffuser dans les théâtres. Elle connaît cependant un renouveau ces dernières années. Voici donc un disque très recommandable, dont la distribution n’atteint pas les sommets de celle réunie par Philips autour d’un plus terne Lamberto Gardelli dans les années 70, mais qui constitue une excellente version moderne de cet opéra trop méconnu et qui ne déparera certainement pas dans votre discothèque. D’autant qu’il ne nous est pas si souvent donné, ces derniers temps, d’entendre une œuvre si rare dans d’aussi bonnes conditions techniques alors même qu’il s’agit de captations de concert. </p>
<p>Il faut dire qu’elle contient un rôle en or pour les barytons verdiens, et les plus grands ne l’ont pas négligé, de Cappuccilli à Bruson, sans parler, plus récemment, d’autres légendes du chant dont on peut davantage douter de la tessiture pour ce rôle. Ces dernières années, <strong>Leo Nucci </strong>s’est imposé comme le plus marquant de tous les Francesco Foscari, qu’il chante depuis longtemps un peu partout dans le monde. Nul besoin de souligner la remarquable longévité du baryton, qui avait 76 ans au moment des concerts qui ont servi de base à cet enregistrement. </p>
<p>Ce n’est pas faire injure à ce monument de l’art lyrique que de dire que son doge accuse quelques moments de faiblesse lors de cette série de concerts. On peut relever ici ou là un léger engorgement, des aigus parfois très tendus, un souffle un peu plus court, des graves moins stables et une voix qui bouge un peu plus. Mais impossible de ne pas, dans le même temps, en admirer la technique vocale, le cantabile, cette intelligence du chant, de sa ligne et de sa respiration et cette lisibilité qui font particulièrement mouche dans les airs où il est attendu, et en premier lieu le poignant « O vecchio cor, che batti ». Il en va de même dans une scène finale très convaincante, dans laquelle le baryton se permet un suraigu qui ne figure a priori pas sur la partition et qu&rsquo;il n&rsquo;aurait sans doute pas osé avec un Muti, mais qui n’en reste pas moins remarquable lors des déchirants « rendetemi il figlio ». En somme, l’art de Nucci est de transformer ses quelques faiblesses en forces pour mieux caractériser ce doge au soir de son règne (le vrai Francesco Foscari est mort à 84 ans). Remarquable sur scène, il y réussit même au disque et une fois de plus, il nous bluffe. Chapeau bas.</p>
<p>Les autres interprètes réunis ici l’entourent non sans talent. Le Jacopo Foscari du ténor <strong>Ivan Magrì</strong>, en particulier, est solaire, passionnant. Ce jeune artiste, déjà entendu sur plusieurs scènes – votre serviteur l’avait ainsi beaucoup apprécié en duc de Mantoue à Rome voici quelques années – rappellera à ceux qui ont l’enregistrement de Philips dans l’oreille quelques intonations de l’admirable José Carreras dans le même rôle. On admirera notamment ses aigus, son sens des nuances, ses emportements fiévreux, le tout servi par un timbre des plus séduisants. Nul doute qu’on reparlera vite de lui.</p>
<p>La Lucrezia de <strong>Guanqun Yu </strong>peut paraître plus monolithique – bien qu’elle connaisse parfaitement le rôle – mais on n’en admire pas moins la tenue de la ligne et la jolie clarté du timbre, peut-être un peu léger ou un peu sage pour un rôle de cette nature, où l’interprète est censée être une révoltée toujours sur la brèche – on sait ce qu’en fait une Tatiana Serjan par exemple. Mais on se laisse séduire bien volontiers par un chant plein de fraîcheur, jusque dans sa cabalette « Più non vive », pleine de vocalises belcantistes. Les duos qu’elle réalise avec ses deux principaux partenaires sont de ce point de vue particulièrement réussis, en particulier dans la scène de la prison, au deuxième acte. </p>
<p>Les comprimari ne déméritent pas, en particulier le Loredano de <strong>Miklós Sebestyén </strong>qui n’a cependant pas la noirceur du personnage –il est vrai à peine esquissé- sans faire d’ombre aux trois principaux interprètes.</p>
<p>Le <strong>chœur de la radio bavaroise</strong>, dont on connaît le niveau d’excellence, ne déçoit certes pas dans ses rares interventions, pour lesquelles il faut bien dire que Verdi n’a pas écrit les meilleures pages de l’ouvrage, même s&rsquo;il réserve aux voix d&rsquo;hommes un des leitmotiv de la partition. </p>
<p><strong>L’orchestre de la radio de Munich </strong>n’est certes pas le plus prestigieux des deux orchestres de la radio bavaroise. Il n’en possède pas moins d’excellents instrumentistes et c’est bien sur eux que s’appuie un très bon <strong>Ivan Repušić</strong>, jeune chef croate qui a pris les rênes de cet orchestre à la suite d’Ulf Shirmer en 2017. Dans cette partition aux beaux moments d’orchestre, Verdi a privilégié l’intimisme, avec, notamment, des pages remarquables pour les pupitres de violoncelle ou les bois. On admire les couleurs instrumentales dans ces moments contemplatifs, comme dans les ensembles, où il sait être très présent et très expressif sans jamais couvrir les interprètes. Le chef donne à l’ensemble une certaine solennité, qui disparaît à peine lors de la joyeuse barcarolle qui ouvre l’acte III dans un allegro brillante, qui l’est en effet. Mais la scène finale est dramatique à souhait – dommage d’ailleurs, que la cloche de Saint-Marc, à la fin, soit si claire, là où il faudrait un glas sombre. Ce sérieux n’est pas hors de propos dans cette œuvre, sur laquelle plane sans cette une profonde tristesse. Verdi lui-même n’écrira-t-il pas à Piave quelques années après la création : « Dans les sujets qui sont tristes par nature, on finit toujours par se retrouver à la morgue, comme dans les Foscari. Du début à la fin, on reste dans la même teinte ».</p>
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		<title>Abondance de ténors à Londres ne nuit pas</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/abondance-de-tenors-a-londres-ne-nuit-pas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Jun 2017 15:43:14 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Où sont les ténors ? » pourrait chanter une Opera Queen sur l’air du tube de Patrick Juvet. Réponse : non pas au Théâtre des Champs-Elysées mercredi soir pour une exhumation en demi-teinte de La Reine de Chypre, mais pour l&#8217;essentiel à Londres où les hasards de la programmation réunissent au Royal Opera House messieurs Jonas Kaufmann, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Où sont les ténors ? » pourrait chanter une Opera Queen sur l’air du tube de Patrick Juvet. Réponse : non pas au Théâtre des Champs-Elysées mercredi soir pour <a href="/la-reine-de-chypre-paris-tce-la-deveine-dhalevy">une exhumation en demi-teinte de </a><em><a href="/la-reine-de-chypre-paris-tce-la-deveine-dhalevy">La Reine de Chypre</a>, </em>mais pour l&rsquo;essentiel à Londres où les hasards de la programmation réunissent au Royal Opera House messieurs <strong>Jonas Kaufmann</strong>, <strong>Gregory Kunde</strong>, <strong>Liparit Avetisyan</strong>, <strong>Ivan Magri</strong>, <strong>Roberto Alagna</strong> et <strong>Michael Spyres</strong>, dans des opéras différents évidemment : les deux premiers en alternance dans <em>Otello</em>, les trois suivants également en alternance dans <em>L’elisir d’amore</em> et le dernier dans le rôle-titre de <em>Mitridate</em>, définitivement et à juste titre admis dans la cour des grands. Et à propos d&rsquo;<em>Otello</em>, où sont les barytons ? Voilà une question dont on a suffisamment fait le tour, non ?</p>
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		<title>VERDI, Rigoletto — Rome</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/rigoletto-rome-le-bouffon-est-bossu-le-chef-nest-pas-manchot/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Cedric Manuel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Feb 2015 07:38:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La reprise de cette production, qui clôturait la précédente saison de l’opéra de Rome dans les conditions qu’on sait, aurait pu passer inaperçue, si on n’y avait pas été plus attentif. Nos fidèles lecteurs se souviendront peut-être que la mise en scène n’était pas renversante et un regard trop furtif sur la distribution annoncée, à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La reprise de cette production, qui clôturait la précédente saison de l’opéra de Rome dans les conditions qu’on sait, aurait pu passer inaperçue, si on n’y avait pas été plus attentif. Nos fidèles lecteurs se souviendront peut-être que la mise en scène n’était pas renversante et un regard trop furtif sur la distribution annoncée, à part le Rigoletto de George Petean, aurait pu nous faire manquer un spectacle dont la qualité d’interprétation a surclassé celle, pourtant déjà remarquable, d’octobre dernier (voir <a href="http://www.forumopera.com/rigoletto-rome-rideaux">compte rendu</a>)</p>
<p>Certes, nous disions alors que ce spectacle donnait plus à entendre qu’à voir. Un second regard sur le travail de <strong>Leo Muscato</strong>, ses rideaux et son atmosphère glauque, ne convainc pas davantage que la première fois. Là encore, tout doit reposer essentiellement sur les talents d’acteur des interprètes, sans qu’on puisse discerner quelque évolution de nature à rendre plus indulgent sur ce qui se passe sur scène.</p>
<p>Mais alors, si nous fermons au moins un œil et ouvrons encore plus grand nos deux oreilles, qu’entend-on ?</p>
<p>Peut-être rien moins qu’un des plus beaux<em> Rigoletto </em>qu’il nous ait été donné d’entendre.</p>
<p>Ce qui frappe d’abord, c’est la cohérence, et même la cohésion du plateau, son équilibre. Ce qui saisit ensuite, c’est la plongée dans le drame. L’auditeur est d’emblée captivé, il ne sera plus lâché.</p>
<p>Saluons d’abord, comme souvent, l’excellente tenue du <strong>chœur</strong>, meilleur encore qu’en octobre –ce qui peut également s’expliquer par une situation qui était alors véritablement dramatique pour son avenir.</p>
<p>Les seconds rôles tiennent globalement leur place, à part le Ceprano décidément inaudible de <strong>Leo Paul Chiarot. </strong>Les meilleurs d’entre eux restent néanmoins<strong> Carlo Cigni, </strong>Monterone plein d’autorité, sonore et crédible, et <strong>Marco Camastra</strong>, comme en octobre, très à son aise en Marullo.</p>
<p>Rien à redire au Sparafucile sombre et menaçant de <strong>Marco Spotti</strong>, au timbre de bronze et à la diction par ailleurs remarquable, ni à la Maddalena sensuelle et tourmentée <strong>d’Anna Malavasi</strong>, mezzo chaleureux habituée de l’opéra de Rome.</p>
<p>Certes, <strong>Irina Lungu</strong> n’atténue pas vraiment le côté naïf de Gilda, mais elle le chante particulièrement bien, avec finesse et intelligence, avec une retenue qui n’exclut pas la puissance, comme le montre par exemple l’aigu saisissant du final du 3e acte. C’est bien l’émotion qui accueille dans un silence de cathédrale la fin d’un « Caro nome » remarquable, et non une quelconque réprobation du public, qui lui réserve un triomphe aux saluts.</p>
<p>Nous avions déjà été conquis par le duc entendu en octobre, mais que dire d’<strong>Ivan Magrì</strong>. Ce jeune ténor sicilien s’impose immédiatement aussi bien vocalement que scéniquement dans un rôle qu’il a déjà beaucoup chanté. Idéal de timbre, il détient déjà une science du phrasé, une longueur de souffle, une projection tout à fait remarquables. On pourra néanmoins çà et là lui reprocher de manquer de nuances, d’aborder ses airs de façon toujours très sonore pour en imposer davantage, mais ne boudons pas notre plaisir. Il faut suivre ce jeune homme qui refera parler de lui.</p>
<p>De <strong>George Petean</strong> nous avions ici déjà salué ici le Simon Boccanegra nuancé et intelligent il y a plus de 2 ans. Son Rigoletto est un modèle. Modèle de chant, d’abord, à l’aise sur toute la tessiture, nuancé quand il le faut, extraordinairement puissant, on n’entend pas la moindre faille dans ses aigus, qui nous avaient paru tendus il y a deux ans. Comme une synthèse, son « Cortigiani, vil razza dannata » est bouleversant. Mais modèle de jeu, aussi :  Petean  compose à la perfection et sans balourdises un personnage torturé, rongé par l’angoisse et la solitude, mais qui laisse déborder à la fois tout son mépris, sa fureur et sa haine contre le duc et ses courtisans. Saisissant.</p>
<p>Tout ceci aurait déjà suffi à faire de la soirée un moment exceptionnel. Mais voilà, il y a aussi un chef à la tête d’un orchestre en état de grâce. <strong>Gaetano d’Espinosa</strong> n’est certes pas un inconnu : violoniste, ancien Konzermeister à la Staatskapelle de Dresde, chef principal invité de l’orchestre Giuseppe Verdi de Milan, assistant de Fabio Luisi à Vienne, il a déjà sillonné les continents ces dernières années, dans les salles de concert comme dans les théâtres. Pourtant, ce jeune sicilien est une révélation. Soucieux du détail autant que des équilibres, il déchaine un orchestre chauffé à blanc tout en réussissant à ne pas couvrir les voix, malgré des percussions qu’on pourra trouver trop fortes. Dès le prélude, ce qu’on entend laisse présager ce qui suit. Et on n’est pas déçu. Le chef fait sien la recommandation de Verdi selon laquelle il ne faut pas s’attarder et nous prend à la gorge. Sous sa direction précise, cinglante même, l’orchestre trouve des couleurs qu’on ne lui a pas toujours entendues, en particulier les cordes, plus charnues, plus unies que lors du récent <a href="http://www.forumopera.com/werther-rome-meli-melo"><em>Werther</em></a>. Mais à qui donc fait penser d’Espinosa en obtenant de tels résultats, à qui fait penser, ici, dans cette fosse, le geste à la fois économe et soudain impérieux du Sicilien ? Au Napolitain Muti, assurément.</p>
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		<title>VERDI, Rigoletto — Tel Aviv</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/un-rigoletto-sans-voix-est-ce-possible/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 May 2014 19:01:38 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  De tout temps, il s’est trouvé des critiques musicaux qui adoraient jouer au Beckmesser. Notant sur leur tableau noir les fautes qu’ils entendaient, ils n’avaient pas de plus grand plaisir que d’entendre leur craie crisser et de déverser leur bile sur tout ce qui n&#8217;allait pas dans un spectacle. Leur rôle aujourd&#8217;hui encore est &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			De tout temps, il s’est trouvé des critiques musicaux qui adoraient jouer au Beckmesser. Notant sur leur tableau noir les fautes qu’ils entendaient, ils n’avaient pas de plus grand plaisir que d’entendre leur craie crisser et de déverser leur bile sur tout ce qui n&rsquo;allait pas dans un spectacle. Leur rôle aujourd&rsquo;hui encore est important et respectable, ils sont un peu les gardiens du temple de la musique, et leur présence oblige les artistes à donner le meilleur d’eux-mêmes. Mais ils perdent souvent de vue l’ensemble d’une soirée, qui est plus que la somme de ses parties.</p>
<p><em>Rigoletto</em> donné en ce moment à Tel Aviv, dans les installations du New Israeli Opera, est un parfait exemple des limites d’une telle vision. Les fautes sont évidentes, et faciles à éreinter : la Gilda d’<strong>Hila Baggio</strong> n’a pas l’ampleur du rôle, et son soprano joliment corsé ne transperce pas le cœur comme il le devrait. Le Rigoletto de <strong>Carlos Almaguer</strong> est parfois fâché avec la justesse, et cède trop vite aux excès expressionnistes lorsqu’il se sent en difficulté. La basse<strong> Vladimir Braun </strong>est une pure horreur en Sparafucile. Massacrer un rôle de tueur, triste ironie. Le hautbois s’étrangle souvent dans les introductions d’aria, et seul le Duc d’<strong>Ivan Magri</strong> (déjà très remarqué dans <a href="/opera/une-traviata-de-chef"><em>La Traviat</em>a donnée dans la même ville en mars</a>, mais en version ce concert) ainsi que la Maddalena de <strong>Na’ama Goldman</strong> échappent à tout reproche, le premier grâce à un instrument aux lignes parfaitement maîtrisées (quelle « Donna e mobile » !), la seconde par une adéquation totale entre une personnalité et un rôle.</p>
<p>			Et pourtant, malgré ces faiblesses criantes, le spectacle nous happe et nous transporte, nous laissant complètement bouleversés au rideau final, en accord avec un public bruyamment enthousiaste. C’est que l’opéra est avant tout du théâtre, il ne faut pas l’oublier, et que la mise en scène de <strong>David Pountney </strong>est une réussite absolue : elle raconte une histoire tragique avec clarté et compassion, et l’émotion nait tout naturellement d’un tel traitement. Enfin, un régisseur qui fait confiance à l’œuvre ! Et à raison : le livret de <em>Rigoletto</em> est un des meilleurs légués par le 19e siècle. Dans des décors modernes mais beaux, les personnages sortent ou rentrent tour à tour de cages de verre qui illustrent leur isolement ; les éclairages sublimes de <strong>Paul Pyant</strong> révèlent les états d’âme des protagonistes avec une vérité qui prend à la gorge. Et lorsque Rigoletto enlace sa fille au deuxième acte, dans un geste d’une tendresse infinie et que tous deux pleurent l’innocence perdue, nous n’avons pas d’autre choix que de joindre nos larmes aux leurs. Il en va de même dans les dernières mesures du « Caro nome » : les courtisans fascinés par la beauté de la jeune fille qu’ils vont enlever susurrent « Quanto e bella » dans l’obscurité. Leur concentration et leurs costumes d’un raffinement inouï portent ce moment vers une sorte d’éternité. De la beauté et de la poésie, mais pas seulement. Le texte de Piave contient une part de sordide que le metteur en scène assume sans hésiter. Pendant la reprise de son aria, le Duc est gratifié par Maddalena d&rsquo;une fellation bien visible. Son chant ne semble pas en souffrir, bien au contraire. Les puristes fronceront le sourcil, mais voilà une audace qui, loin de violenter le texte, l&rsquo;enrichit d&rsquo;une perspective nouvelle.</p>
<p>			Deuxième ingrédient dans la réussite de la soirée : le choeur. Verdi lui a dévolu une large part de l’action. C’est presque un personnage à lui tout seul, et les choristes de Tel Aviv l’ont bien compris, qui règlent leurs mouvements avec une rigueur parfaite et donnent plus d’une fois l’impression que les courtisans sont un gigantesque félin, à l’affût de tout ce qui peut représenter l’innocence. L’autre triomphateur est le chef <strong>Daniel Cohen</strong>, qui tient son orchestre bien en main, moyennant les minuscules dérapages mentionnés en début d’article. Il soutient son quatuor à cordes avec une attention de chaque instant, portant les <em>crescendi</em> à une intensité dramatique presque insoutenable. Il a également à cœur de faire ressortir l&rsquo;importance de la percussion dans l&rsquo;instrumentation du Verdi de la première maturité, aidé par un timbalier qui joue comme si sa vie en dépendait. Tout au long des trois actes, le maestro israélien insuffle à son plateau le souffle et le tonus indispensables.</p>
<p>			Au moment de faire le bilan, les forces l&#8217;emportent largement sur les faiblesses. Le spectacle emporte l&rsquo;adhésion, parce qu&rsquo;il a permis au spectateur de s&rsquo;éveiller à la dimension tragique de l&rsquo;existence. Plus qu&rsquo;avec une simple démonstration technique de chanteurs virtuoses, à quoi on réduit trop souvent <em>Rigoletto</em>.</p>
<p>			 </p>
<p>			 </p>
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